‹ Histoire du Mexique. Juarez et Maximilien (volume 3)Chapitre 9 sur 12 · III. i · texte numérisé non relu

III. i

tu HISTOIRE DU MEXIQUE.

vouloir dire, VOUS êtes toujours ceux que nous avons appelés et nous vous aimons tout de même. — G. »

— « Puebla, 18 juin 1865. — Je remercie vous et le cabinet de rintérét que vous avez pris à la santé de mon bien-aimé père; il est non seulement hors de danger, mais, encore, on espère que nous le conserverons pendant quelques années. Je ne sais où B... a vu qu'il n*y avait plus d*espoir, il a eu la berlue apparemment. Il n'est pas question non plus de transférer la capitale dans la cité des anges; mais que Ton s*y plaît est authentique. — G. »

— «Puebla, 18 juin 1868.— Vous aurez la bonté de dire en mon nom au ministre de la guerre qu'il fasse préparer i'ordre relatif au général L'Hériller et à sa position dans le Michoacan. Les dispositions que le maréchal a prises pour combattre énergiquement l'ennemi dans ce département faciliteront beaucoup la position de L'Hériller. L'envoi de troupes autrichiennes dans ce département est pour ce moment très difficile. Le général Thun, toujours prêt à obéir aveuglément aux ordres du maréchal, m'avait parlé immédiatement des ordres de ce dernier. Des objections graves m'ont déterminé à dire au général Thun qu'il explique au maréchal d'une manière détaillée les raisons qui rendent pour le moment impossible la diminution des troupes de la division militaire de Puebla. Ges raisons, en peu de mots, sont les suivantes : l'armistice conclu dans la Sierra a presque expiré; d'un autre côté, l'entrevue intéressante que j'ai eue à Jalapa avec le général dissident Ortega me donne l'espoir d'un arrangement complet. Vous comprenez donc facilement qu'on ne peut, dans ce moment, retirer de ce côté-là des troupes, surtout quand on a l'intention de les envoyer àMorelia.Ge dernier fait alarmerait la Sierra et ferait croire à nos ennemis que notre position militaire est plus mauvaise qu'elle ne l'est réellement... — Maximilien. »

— « Puebla, 19 juin 1868. — L'empereur m'a annoncé qu'il vous écrivait au sujet du général L'Hériller, et' que les ordres étaient donnés au ministre de la guerre. Je ne saurais

que me féliciter de voir cette affaire, commencée le 25 mars, c'est à dire il y a près de trois mois, enfin parvenue à une heureuse solution, meilleure qu'elle l'aurait été à cette époque. » — J'ai déjà dit que ce général, faute de troupes, dut se résigner à rentrer en France, et n'alla pas au Michoacan. — « Pour ce qui est des nationalités agglomérées, ne vous en tourmentez nullement, je ne prétends pas ériger cette pensée en axiome, et je me rappelais avant la réception de votre lettre que c'était le plus mauvais argument que je vous avais donné, le seul, du reste, car je crois que les autres étaient justes

« Le général Douay ne paraît pas encore, bien qu'ardemment attendu. M. Dano part demain, après avoir dansé un second quadrille d*honneur avec moi. Le bal donné par nous aux Poblanos — habitants de Puebla — a été splendide, toilettes, beautés, décoration de la salle, tout s'est surpassé; les cangrejos — réactionnaires — ont coudoyé les puros — républicains rouges — et tout ce monde a dansé gaîment, sans se faire prier, même M. S., seul de son espèce... Vous aurez, je suppose, sympathisé avec les dangers courus par le général Âurelle de Paladine dans l'abordage du Daim et de la Couronne: on avait aussi répandu le bruit que le Nonce avait sombré, mais cela ne s'est pas vérifié, physiquement du moins.

« Je trouve que Y Ère nouvelle de Mexico aurait pu se passer de faire le dénombrement des personnes mortes à Mexico de la fièvre jaune, puisque cela ne soulage personne et peut rendre d'autres malades de peur.

« Vous pouvez me proposer la somme que vous croyez qui pourrait être donnée à la sœur de l'officier assassiné à Morelia. Seulement, comme il faut faire la différence de la mort au champ d'honneur ou dans un guet-apens, je pense que cela ne pourrait être de la force d'une dot, mais uniquement d'un secours. Je suis toujours disposé à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour venir en aide à qui que ce soit de l'armée française, et à plus forte raison dans une circonstance comme celle-ci. — C. »

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— « Puebla, 22 juin 1868.— Je vous renvoie votre note sur les mariages militaires. Je suis d*avis qu'il faudrait exiger de ebaque offieier qui veut se marier, 6,000 piastres de Gautioû" nement; il ne faut jamais protéger les mariages militaires et moins encore dans un pays oii tout est si cher. Les mariages très fréquents des militaires créent un prolétariat affreux. J'en ai eu des preuves bien tristes en Autriche. — Maximilieu. »

— a Mexico, 35 juin 1865. — Il faudra payer la somme de 5,000 piastres pour les travaux des fortifications de la cajH-^ taie, mais j'espère bien que ces dépenses ne seront plus augmentées... Pour le général Cortez, le maréchal aura eu des raisons sérieuses pour le faire arrêter à Queretaro ; ja le crois moi -môme un homme dangereux. A Puebla et à Mexico il a fait croire à beaucoup Ae personnes qu'il était l'ami intime du maréchal.

a Pour ce qui concerne Toledo et Gorella, it faudra les mettre immédiatement en liberté et leur faire des excuses les plus complètes de la part de mon gouvernement, leur disant clairement et nettement que tout a été fait à notre insu. Cette arrestation est déplorable et d'autant plus désagréable que ces deux hommes ont été reçus par moi à Puebla et ont eu des instruction» de ma part. Vous comprenez le tri«te effet qu'un acte de cette nature doit produire sur ces ge»». Il sera peut-être bon que le préfet de Queretaro luimême reçoive Tordre de leur faire ces excuses et de leur dire que l'empereur est personnellement extrôinement fàchë de cet incident. Je crois que c'est le seul moyen de faire que ces gens ne perdent pas confiance dans la loyauté de leur souverain. — Maximilien. »

Dans toute la correspondance de l'empereur, on voit qfxe Sa Majesté se froissait continuellement des actes d'autorité politique ordonnés par le maréchal Bazaine, surtout lorsqu'ils consistaient en mesures de rigueur contre les Mexicains. L'empereur professait un tel amour pour sa patrie adoptive qu'il en était devenu partial, aveugle, quelquefois

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même injuste; il se faisait pourtant peu d'illusions sur la valeur morale des Mexicains, mais de même que l'enfant ma» lade est souvent Tenfant préféré, il était toujours disposé à la faiblesse, à la confiance, vis-à-vis des Mexicains, au doute, à la méfiance vis-à-vis des étrangers. Cette manière d'envisager les hommes, dans les circonstances difliciies où se trouvait Sa Majesté n'était pas politique, et lui fut fatale» mais il semble qu'elle était noble et digne, au point de vue du sentiment national. Seulement, je l'ai dit, ce sentiment national le faisait parfois devenir crédule à l'extrême, et souvent injuste envers le quartier général. Ainsi, l'auteur de la Cour de Rome a publié la lettre suivante, sans doute, écrite en double, puisque je possède l'original, à moins qu'un indiscret n'ait pris h Mexico copie de cette lettre inspirée par des jalousies mexicaines, et dans laquelle l'exposition de la situation militaire faite par Sa Majesté est complètement inexacte. Voici cette lettre textuellement :

a Ghapultepec, 29 juin 1865. — Je vous renvoie la pétition des commerçants de Guanajuato; aussi d'un autre côté, digne de foi, je reçois des nouvelles très alarmantes, il faudra tout de suite pourvoir à la sûceté de cette place importante. » — Elle n'était point menacée et des troupes de la légion étrangère l'occupaient encore ou la protégeaient. — « Si le moindre scandale arrive, j'en rends responsable le maréchal. Il faut le dire ouvertement, notre situation militaire est des plus mauvaises; Guanajuato et Guadalajara sont menacées; » — Guadalajara était parfaitement en sûreté et personne ne la menaçait; — « la ville de Morelia est entourée d'ennemis ; » — Mendez et le colonel Van der Smissen la défendaient; — « Acapulco est perdu et donne par son excellente position un chemin toujours ouvert pour alimenter la guerre et pour fournir l'ennemi d'hommes et d'armes ; Oajaca est presque dégarnie. » — Les Mexicains et les Autrichiens étaient chargés de sa défense. — « S. Luis Potosi est en dan* ger ; » — un fort détachement du 62« de ligne mettait cette ville à Tabri de tout coup de main ; — - « du nord ne viennent

pas de nouvelles, de manière que la position militaire est, je le répète, bien mauvaise, » — les généraux Escobedo et Negrete venaient d*étre mis en fuite par les généraux Brincourt et Jeanningros à la Angostura, — « plus mauvaise que l'automne passé. On a perdu un temps précieux, on a ruiné le trésor public, on a ébranlé la confiance et tout cela parce qu'on a rompu le traité de Miramar, qu'on a fait croire à Paris que la guerre est glorieusement finie, que des immenses territoires plus grands que la France étaient redevenus calmes et paisibles. Donnant suite à ce rapport complètement faux, on a rappelé une grande quantité de troupes, voulant gagner ainsi Toppositiou et on a laissé un chiffre insuffisant de soldats.

« D'un autre côté pour remplir un peu le vague, on nous fait dépenser des sommes immenses pour les mauvaises troupes auxiliaires, et de cette manière le pauvre pays doit payer des troupes françaises, qui n'existent pas, » — cela n'est pas exact, pendant toute l'année de 1865, le chiffre des rationnaires ayant été de 28,000 — « des hordes d'indigènes qui ne lui font que du mal, » — pourquoi ne pas leur avoir conservé les bons généraux qu'ils avaient? — « et en récompense de ces immenses sacrifices pécuniaires , nous voyons de tous les côlés les premières villes du pays, les centres de la richesse menacés par des troupes audacieuses qu'on se platt à nommer « ladrones » mais qui montrent un talent militaire très remarquable, profitant immédiatement des grandes faiblesses de notre position.

« Dans tous ces points il y a deux questions sérieuses à régler : l'insuffisance des troupes et les sommes inouïes que cette lente et malheureuse guerre engloutit.

c< Le point le plus brûlant pour le moment c'est d'assurer les grandes villes, la perte de Guanajuato serait un malheur irréparable, la prise de Morelia un scandale sans nom. A propoâ de Morelia, je me rappelle très bien les promesses qu'on m'avait faites l'automne passé, on parlait comme à présent de la saison des pluies, on disait qu'en hiver tout

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serait fait, on faisait mille promesses aux malheureuses populations, et il passe une année et nous voilà dans la même position déplorable.

« J'enverrai à Guanajuato le ministre Robles, à Morelia j'irai moi-même avec THeriller si l'état de ma santé, passablement mauvais, me le permettra. — Maximilien. »

J'ai déjà fait ressortir les principales inexactitudes de cette lettre qui me prouve, comme les rapports de la contre-police de Sa Majesté, que l'Empereur était fort mal renseigné par ses agents. L'Empereur ne pouvait ignorer la situation dans laquelle Juarez avait laissé le Mexique et celle que Sa Majesté trouva lors de son entrée dans la capitale en 1864. Le général Âlmonte lui remit un rapport détaillé de tout ce qui avait été fait sous la régence et, puisque cette ligne de conduite avait métamorphosé le pays en moins d'un an, pourquoi le gouvernement impérial n'avait-il pas suivi cette même ligne? A qui devait-on donc attribuer la cause première de la situation de l'empire en 186S? Dans ce triste drame, chacun a sa part de responsabilité; il est du devoir de l'historien de laisser les événements à leur auteur responsable, et ne pas faire planer sur d'autres des accusations non méritées dans telle ou telle circonstance. Quaat aux troupes mexicaines, elles ont montré fréquemment sous Santa-Anna et sous le général Woli ce qu'elles valaient, quand elles étaient bien commandées ; si l'on avait organisé l'armée nationale de la manière que j'ai indiquée plus haut, l'Empereur n'aurait pas eu à s'en plaindre comme il s'en plaignait à chaque instant.

« Ghapultepec, 30 juin 186S. — Je vous renvoie la demande du général Parrodi. Je ne comprends pas de quelle troupe il s'agit. Je crains que ce soit de nouveau de ces malheureuses troupes auxiliaires qui ne sont bonnes à rien et qu'il faut dissoudre aussitôt que possible. — Maximilien. »

—a Mexico, 1^' juillet 1865. — On n'a donné à Puebla que 20' médailles de bronze. Je ne sais si les vingt-sept autres individus de la liste doivent en recevoir. Les renseignements

m HISTOIRB DU WOCIQUB.

que j'ai demandés se borneot tout bonnement au nombre des médailles que la chancellerie doit encore distribuer, parce que je les fournis. Si je reçois la réponse à tout ce que j*ai demandé, tout sera éclairci. Je veux qu'il ne reste aucune médaille ancienne ou nouvelle sans diplôme ou insertion à l'annuaire, et aucuu diplôme id. d'aucune époque sans médaille. Sans cela nous ne serons jamais au courant, et à force de réparer les omissions passées, on est exposé à en commettre de nouvelles, lorsque cela ne sa fait pas en une fois. c< Je vois avec plaisir que le maréchal a accepté la distribution des médailles qui est la seule chose importante. La question de port subséquent est une affaire toute naturelle de règlement intérieur. Pourvu que l'empereur les leur mette à la boutonnière, on est libre d*en faire après ce qu'on voudra. De notre côté, les formalités sont remplies, le reste ne nous regarde pas. — C. »

— ce Mexico, 6 juillet 1865. — Vous aurez la bonté de faire préparer, tout de suite, les décrets et les instructions nécessaires pour mettre en vigueur les deux grands commandements du nord et de me les faire soumettre, aussitôt que possible, pour approbation et signature... Vous remercierez les officiers mexicains qui ont fait et qui m'ont remis la traduction du règlement de la gendarmerie française. Vous me (lirez s'il faudra faire imprimer cette traduction. — Maximilien. »

— c( Chapultepec, 9 juillet 186S. — Je verrai demain, lundi à onze heures, le général Zuloaga... Pour ce qui concerne les Belges, il faudra leur procurer tout ce que le service demande ; je ne sais pas s'il y a encore de l'argent disponible en Belgique, je crois me rappeler que M. Eloin en a disposé pour des autres motifs.

<c La liste des invitations militaires pour le bal du 10 a été faite au quartier général et a été remise directement par le m£(réchal à M. Mora, — grand-mattre des cérémonies, — il sera bon que vous parliez au grand-maitre des cérémonies pour qu'un plus grand nombre soit invité. — Maximilien. »

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Ce dernier paragraphe répond à des plaintes faites par des officiers français qu'ils étaient peu invités aux soirées de la cour. La lettre suivante s'explique d'elle-même.

a Chapullepec, 19 juillet. — L'affaire des Polonais que vous signale:; est sérieuse. Il y a déjà bien longtemps que j'ai vu avec mécontentement que le général Thun n^a pas de sjfmpatbies pour ces pauvres gens et qu'il est même injuste envers eux. Vpus aurez la bonté de me transmettre tous les renseignements que vous aurez sur ee point délicat ». — Le général Thun n'aimait pas les Polonais qui se trouvaient dans sa brigade en grande quantité, et ne leur donnait aucun avancement.

c< Si les renseignements sur le baron Tindal sont bons, il me paraîtrait utile de lui réserver un poste dans Tarmée mexicaine », — on le fit colonel de la gendarmerie, — « et de lui faire connaître sa future destination. Les Hollandais sont ordinairement de bons et fidètes soldats. — Maximilien ».

— « Mexico, 20 juillet 1865. — J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les observations du major Lamarche et je les ai trouvées bonnes; il faudra choisir pour la gendarmerie des officiers aptes, d'un caractère ferme, et dévoués à leur devoir, sinon IHnalitution n'atteindra pas son but. On doit appeler le plus tftt possible les officiers proposés et reconnus comme aptes par la commission de révision pour remplir leurs obligations; le ministre de la guerre, par une circulaire et par le télégraphe, où cela sera possible, ordonnera, sans perdre de temps, d'envoyer dans la capitale le contingent de la gendar- Hierie de la brigade austro-belge et de l'armée mexicaine. Je désire que l'on mette dès officiers français dans la gendarmerie impériale, qui deviendra, avec le temps, exclusivement mexicaine ; pour cette raison, il n'y a besoin d'employer qu'une bonne partie, ou la moitié de ses officiers avec des officiers de la gendarmerie française.

(c Une fois vérifiée la nomination des officiers de la brigade austro-belge, de Tarmée mexicaine et du corps expé-

Sn HISTOIRE DU MEXIQUE.

ditionnaire français, déclarés aptes par la commission organisatrice, on devra faire connaître les vacances au major Lamarche, afin qu'on puisse les remplir en demandant au gouvernement français des sujets auxquels ou ferait les Svantages proposés par ledit major Lamarche.

ce La gendarmerie impériale, pour répondre dignement à son but, devra se former avec les troupes étrangères présentes dans le pays et unies aux mexicaines qui se trouvent au service militaire. Considérant le nombre, elle sera d'un tiers de Français, d'autant de Mexicains et le reste d'austrobelges ; on la complétera au moyen d'enrôlements faits en Europe, et la fondera de la manière la plus prompte, sans considération de nationalité dans son organisation, mais au contraire, les mêlant avec beaucoup de soin ; le service et les dangers communs serviront de lien pour former une étroite confraternité. » — Suivent des détails d'organisation inutiles à reproduire. — « Maximilien. »

A cette époque arriva la nouvelle d'une victoire des Belges commandés par le colonel Van der Smissen, et des Mexicains commandés par le colonel Mendez qui battirent les troupes dissidentes dans le Michoacan. Les Belges, heureux d'avoir vengé une défaite récente dans cette môme localité, ne parlèrent pas du concours que leur avaient prêté les Mexicains. Mendez, froissé, répondit au rapport du colonel Van der Smissen, par une lettre fort digne dans laquelle il révélait que la victoire était due, en grande partie, à ses soldats. La vérité se fit bientôt jour sur cette affaire qui devint fort grave et finit par aboutir à la démission en masse des ofiBiciers belges. Les lettres suivantes donnent à ce sujet des détails intéressants. »

« Chapultepec, 21, juillet, -r Quand les rapports de Van der Smissen arriveront, vous aurez la bonté de me faire tout de suite les propositions de récompense. Van der Smissen lui-même recevra la croix de commandeur de la Guadalupe. Vous me préparerez une lettre que je veux adresser à Van der Smissen et dont il devra faire part à ses troupes.

SECOND EMPIBB. SOS

Il faudra louer dans la lettre la valeur des troupes belges et mexicaines. La lettre devra être écrite dans les deux langues. « Demandez au maréchal s'il croit sage qu'on rappelle tout de suite le général Parrodi, qui m*a été personnellement toujours peu sympathique. Dans le temps le maréchal l'avait assez protégé et ne voulait pas me donner raison quand je lui disais qu'il me paraissait très peu capable. Qui a étudié rhistoire du Mexique sait que Parrodi a été toujours très variable et ne péchait jamais par l'énergie. Dans le cas que le maréchal croie qu'on devrait le remplacer, il faudrait tout de suite proposer un autre. — Maximilien. »

— c( Chapultepec, 32 juillet 1865. — Je suis heureuse et aère que mes pauvres Belges aient enfin remporté une victoire de gros calibre et vengé leurs malheureux frères. L'empereur désire que dès que des détails assez circonstanciés seront parvenus au cabinet, on en fasse un rapport qui comme celui de Tacambaro pourra être publié dans les journaux belges... Si le rapport pouvait partir par le courrier américain du 25, ce serait une grande consolation en Belgique, car, en dépit de tout l'héroïsme et des services funèbres, tout le monde savait bien que la première affaire avait été rien moins qu'un succès. — G. »

— « Chapultepec, 22 juillet 1865. — L'échange des prisonniers belges devra se faire le plus tôt possible, en profitant de l'impression produite par le dernier fait d'armes.

« Je vois par les propositions faites pour une troupe d'Iguala qu'il y a malheureusement toujours encore des régiments auxiliaires qui devraient être depuis longtemps, d'après les propositions du maréchal et d'après mes ordres, dissous. Ce sont ces troupes auxiliaires qui ruinent la morale et les finances du pays. Nous payons une armée de vingt-huit mille hommes, nous avons, outre cela, huit mille Austro-Beiges, ce qui fait un total de trente-six^mille hommes ; c'est assez pour en finir avec les guérilleros et pour chasser Juarez. » — Quelle différence d'appréciation avec la lettre du 29 juin! — a Les auxiliaires sont la plaie du présent et de

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l'avenir, c*est une horde de mauvais sujets qui ne font que piller et tourner casaque. Tinsiste pour*qu*on licencie ces troupes et qu'on ne fasse aucune nouvelle dépense pour elle.

« Je suis heureux d'apprendre qu*on a suivi mes ordres à Vera-Gruz et qu'on ne continue pas dans ce port des travaux de fortifications, pour le moment complètement inutiles. — Maximilien. »

— « Mexico, 3 juillet. — Je vous envoie un rapport très intéressant, fait par une personne qui connaît très bien tout ce qui concerne le Michoacan et la question militaire de ce département ; je ne sais comment nous pourrons appliquer ces propositions après la désagréable affaire de Van der Smissen. Mendez a militairement toute ma confiance, beaucoup plus que Van der Smissen, mais d'un autre côté la démission de ce dernier dans ce moment serait presque dangereuse. — Maximilien. »

— c( Chapultepec,24juillet. — J'espère que Bombelles vousa tout expliqué et que vous êtes en train de faire un fort bel article pour demain. Il vous sera peut*étre utile de connaître en outre la situation, chacun la fait à sa manière, que j'écris k mon père de ce qui s'est passé ce matin. Je vous la copie pour que vous y trouviez les paroles que je crois avoir dites à moins que la version de Bombelles ne soit mieux. » —

Lettre de l'impératrice Charlotte au roi Léopold :

ce Le 8i* de ligne qui a fait la campagne de Michoacan a avec les Belges, est venu ce matin en entier à Chapultepec « Pour me féliciter de la victoire de Van der Smissen , et (K m'a apporté un magnifique bouquet. Le colonel m'a fiait (c un charmant discours. Je n'ai répondu que ces mots : « Messieurs, je suis profondément touchée, je vous remera cie et je ne l'oublierai pas. J'ai passé devant le front des a troupes en parlant à la plupart des officiers et à place sieurs soldats, puis le régiment a défilé aux cris de vive (c l'empereur, vive l'impératrice. Ils étaient superbes, avec tt leur air martial , leurs pantalons rouges, couvre-nuques tt et guêtres blanches. »

SECOND EMPIRE. lOB

« A vous dire vrai, la vue de tout régiment français me cause un battement de cœur indéfinissable et je ne sais quel sentiment de consanguinité. Les drapeaux troués qui sont restés parmi les premiers souvenirs dé mon existence, produisent sur moi une sensation que je ne saurais dire. C'est de l'affection, de l'admiration, le tout ensemble, mais tout en la retenant, car que suis-je pour ces hommes-là qui me sont tant? — G. »

— ccCbapultepec, 28 juillet 1865.— Vous voudrez bien faire expédier les trois exemplaires ci-joints de la revue de YÈre nouvelie, à Tadresse de mon père, de mon frère le comte de Flandre et de l'impératrice Eugénie, je garde le quatrième» — Cette revue donnait le compte-rendu de la victoire des Belges et de l'affaire du 81^' de ligne. — « Je vous prie également de remettre à l'employé qui ferme les paquets les deux lettres signées pour qu'elles puissent partir demain. Enfin je vous recommande de vous informer de ce qui arrive aux lettres de Ramirez quand elles passent par le cabinet ; vous feriez bien de réprimander l'employé, car voilà la seconde fois que cela arrive. Toute lettre d'un ministre envoyée au cabinet devrait être expédiée de suite par une ordonnance et ne pas être laissée jusqu'au paquet du soir. L'empereur a dit à Ramirez que le désordre était dans son ministère et non ailleurs, mais il serait tout de même désirable que ces retards fussent évités à l'avenir. — G. »

^ a Chapultepec^ 6 août 1868.— Je viens de lire non sans enthousiasme le rapport de Van der Smissefi qui ne manque pas de nerf, et s'il est un peu enivré lui-même de son succès, je crois que c'est ce qui arrive à tout le monde pour une première action gagnée. Il est possible, du reste, que le colonel Mendez ait eu part à la prise de la batterie, j'espère qu'en ce cas on le proposera aussi pour quelque distinction. Je crois qu'il serait fort bien que ce rapport pût paraître ici dans les journaux si le maréchal n'y voit pas d'opposition. Il faut penser combien cela relèverait les Belges aux yeux du pays, car tout le monde, à commencer par moi, avions pensé

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qu'ils étaient plutôt l'espérance de l'avenir que d*une grande solidité pour le présent. L'amour-propre est pour beaucoup dans la bravoure en général, ainsi il me semble qu'un encouragement de ce genre ne saurait être déplacé. J'approuve complètement que vous expédiez, en outre, le rapport au général Chazal. Vander Smissen, après tout, n'est pas si mai, car à part les faits qui parlent en sa faveur, le style aussi est bon et indique une certaine clarté d'esprit; avec le temps il se formera peut-être très bien. » — De nouveau succès l'ont prouvé.

c( Quant aux innombrables autres affaires dont j'ai à vous parler, ne vous ayant pas trouvé hier, je commence par répondre à celles que le cabinet m'envoie : 1^ Affaire Barreira... Je crois qu'il a son titre au grand-livre de la dette intérieure; il ne faut pas au Mexique aspirer à davantage. Une somme de cinquante-huit mille piastres, quand il y a des crédits, sans doute beaucoup meilleurs qui dorment dans les cartons, ne me paraît pas une bagatelle... ^ L'affaire J., par exemple, c'est une honte que le ministre des finances n'ait encore rien répondu, et il mériterait d'être destitué, parce que un oui ou un non, on le doit à tout le monde et surtout quand leur existence en dépend... M. Gastillo m'a dit que cet Anglais était un fort honnête homme, en plus» c*est un homme qui a beaucoup travaillé, ce que tous les fils de l'Anahuac ne font pas... — G. d

— a Chapultepec, 8 août 1865. — Je vous prie de faire mettre dans le Diana d'aujourd'hui ce qui suit : « S. H. l'impératrice, désirant faire un présent à la ville de Mexico, vient d'annoncer au préfet municipal, sa résolution de se charger des travaux d'embellissement de l'Alameda qui seront supportés sur sa cassette privée et dont elle prendra elle-même la. direction. » Gela doit être inséré naturellement dans la partie non officielle et en tête, s'il n'y a aucune nouvelle regardant l'empereur dans le même numéro. — Gh. »

Si M. de Reratry eût eu connaissance de cette lettre, il n'aurait pas dit, sans appuyer son assertion d'aucune preuve.

que les embellissements de Mexico et. de Ghapultepec ruinaient les finances mexicaines. La bourse de Leurs Majestés et celle de la municipalité de Mexico n*avaient rien de commun avec le trésor public.

« Mexico, 10 avril 1865. — Je n'accepte sous aucun prétexte la démission de Van der Smissen ; je ne sais comment s*est passée toute cette affaire... Le départ de Van der Smissen serait fatal en ce moment à tout le corps belge... Je vous envoie la lettre de Meiidez qui m'a beaucoup plu ; on peut préparer les décrets et dispositions qu'il propose. Je désirerais savoir quels sont les cinq Américains auxquels j'ai donné audience hier et si je peux les inviter à dtner. — Maximilien. »

— « Ghapultepec, 12 août 1865. — Le projet du maréchal sur la gendarmerie et la garde municipale me parait très bon, excepté le point de mettre — le général — Lamadrid sous les ordres de Tindal qu'on ne connaît pas encore assez et qui ne sait pas le castillan ; je crois qu'il serait très offensant pour Lamadrid de se trouver sous les ordres d'un lieutenant-colonel. Il faudrsw préparer en castillan les décrets relatifs à la garde municipale. — Maximilien. »

— <c Ghapultepec, 17 août 1865. — ... J'ai vu avec plaisir que le nombre des troupes françaises allait augmenter; c'était de toute nécessité pour améliorer la situation militaire et faire sortir au plus tôt du territoire national le gouvernement de Juarez.

ce Que ce fait soit nécessaire, les correspondances de V^Tashington et de New- York me le prouvent. Le gouvernement des États-Unis est assez bien disposé ; il reçoit déjà mes agents avec amabilité et encouragement, mais faisant toujours la craintive question : « Juarez est-il parti? » Les 3,000 hommes — auxiliaires demandés pour la frontière du nord — nécessaires pourront être payés par le gouvernement mexicain, mais ce gouvernement se rappellera toujours que le maréchal, avec ses étranges renvois de troupe a créé cette triste situation et que ce n'est pas le gouvernement

lâexicain qui a rompu le traité de Miratnar. » — Cette lettre, on le voit, contredit celle du 23 juillet, dans laquelle Tempereur reconnaissait avoir 36,000 hommes français et austrobelges à sa disposition, chiffre suffisatit pour chasser Juarez. Ces contradictions étaient malheureusement trop fréquentes chez Tempereuf; aussi ne pouvait-on pas se reposer sûrement sur sa parole ; c*est pénible à dire» mais toute sa correspondance le prouve.

« Le Mexique a payé régulièrement toutes les sommet dues à la France, il a payé, en outre, les troupes auxiliaires,à cause de la diminution des troupes françaises. Le gouvernement français ne peut pas en dire autant puisqu'il s'était obligé par les traités les plus solennels à maintenir pendaM toute cette année 28,000 hommes de troupes françaises dans notre pays. » — Le 22 juillet, l'empereur lui-même, avouait dans sa lettre citée pi us haut que ce nombre de 28,000 hommes existait! — « Le plan de campagne — accompagnant cette lettre — au Michoacan a été fait par un des meilleurs militaires du pays, le maréchal en a fait mille fois les éloges mérités... Le ministre de la guerre propose de donner la direction de cette campagne au colonel Mendez qui est aussi de Morelia, et par conséquent, connaît très bien le pays.

« Ce même militaire a fait pendant plusieurs années la guerre dans ce pays, et dit que la saison des pluies n'emjbêchera pas l'exécution des mouvements; il faut remarquer qu'au point de vue moral c'est le meilleur moolent à cause de la démoralisation complète survenue par le dernier eoup porté, à Tacambaro, aux forces d'Arteaga; il serait sage d^ ne pas laisser encore aux dissidents le temps de se remettre et de nous voir ensuite obligés à donner de brillantes batailles ou faire des sièges très coiliteux... Je ue compte pas sur les promesses pour le mois de novembre, puisque leà mêmes m'ont été faites l'année dernière... L^ coups dans ce pays doivent être prompts, profitant toujours de la démo» ralisation, et elle règne en ce moment au Hidioacan. — Maxi milieu. »

— a Mexico, 1*' septembre 1868.— J'ai ajouté une note au projet de décret concernant le maréchal, mais je suis en train de réfléchir que ce n*est pas assez et que l'occasion est trop favorable pour ne pas préciser plus clairement les facultés de part et d'autre. Il ne suffit pas de« rendre compte, » il faudrait ce me semble qu'une fois établi, ce qui est d'incontestable justice, que rien ne peut se faire sans le consentement du maréchal, il serait nécessaire d'y superposer l'autorisation de l'empereur donnant force de loi à ce consentement, en principe pour tous les cas et spécialement lorsqu'il s'agit d'opérations mixtes ou purement mexicaines. Le maréchal serait le maître puisque rien ne peut se faire, même de la part des troupes au service du Mexique, sans son consentement, et l'empereur le serait aussi dans une sphère plus élevée, puisqu'on en référerait à lui pour valider toutes les décisions. Il va sans dire que c'est plutôt une affaire de forme et de hiérarchie, cela n'entraverait pas le maréchal, ce serait l'extrémité de la pyramide et éviterait beaucoup de froissements entre les deux sphères d'action qui s'enchâsseraient au lieu de se contrarier. Ce serait une satisfaction de dignité pour l'empereur, un gage de franchise donné des deux côtés aux relations mutuelles et c'est selon moi la seule manière de rédiger le décret qui par sa nature est un « compromis. »

« Si au lieu de cela, on donne tout à l'un et rien à l'autre, c'est créer un État dans l'État, ce qui est inadmissible même quand c'est une armée et qui, dans la pratique produit des fronderies et des mauvaises humeurs, car les hommes sont plus disposés à dépasser leurs facultés qu'à les restreindre. Je crois donc que par renonciation des attributions des deux pouvoirs qui doivent agir en harmonie, vous rendrez un grand service aux deux assertions que vous avez toujours cherché à concilier, avec tant de constance et de tact. — Gh. »

A côté de cette lettre, si remarquable par l'élévation des idées et la justesse des aperçus, je dois en citer d'autres, n'ayant aucun rapport même indirect avec la question mili-:

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