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lis HISTOIRE DU MBIIQUB.
solde» sans rations, sans vêtements ; misérables au dernier degré, ils présentent le plus odieux contraste avec leurs officiers supérieurs, qui, chamarrés d*or et d'argent, vivent dans le luxe le plus insolent
<c Le gouvernement actuel, à en juger par les derniers événements, devrait se trouver dans une situation satisfaisante pour ce qui concerne ses ressources pécuniaires. Il a perçu jusqu'à Toccupaiion de Vera-Crux par les Espagnols le produit des douanes des deux mers ; il dispose de tous les revenus de Tintérieur; il est maître de tous les biens du clergé s'élevant à la somme fabuleuse de cent millions de piastres ; il s*est approprié, en outre, les biens et les capitaux appartenant à Tinstruction publique et aux établissements de bienfaisance; il a décrété une suspension générale de tous les paiements, même de ceux stipulés par les conventions, de sorte que les dépôts entrent dans le trésor de la nation ; la mémoire nous manque pour énumérer les impôts et contributions qu*il a créés , et qu'il fait payer par anticipation en menaçant de la prison et de l'exil les récalcitrants; il dispose à son gré des terrains vagues et des mines abandonnées, et pour combler la mesure il a déclaré biens nationaux tous les biens particuliers... Un peu plus d'une année asuffipour dissiper d'aussi immenses ressources, sans qu'un seul instant les auteurs d'un gaspillage aussi inqualifiable aient eu en vue le bien public. Orphelins et pensionnaires , employés et militaires, tous sont réduits à la mendicité. Si au moins ils avaient l'espoir de trouver un refuge dans un de ces nombreux hospices que la charité chrétienne a consacrés aux malheureux! Mais les ressources des établissements pieux ont été engoufiîées par la caisse sans fond du trésor, et les édifices convertis en hôtels ou distribués en lots pour satisfaire au luxe d'infâmes spéculateurs.
« Tel est l'état des choses auquel viennent se joindre les innombrables maux dont j'ai parlé et qui forment, pour ainsi dire, le fond du tableau de nos prospérités. Il est inutile (J'ajouter que par suite de ces circonstances le commerce est
paralysé, Tindustrie en décadence, que l'agriculture est ruinée et manque de bras, que toutes les professions chômeni» que débiteurs et créanciers sont en état de faillite; à tout cela vient se joindre le manque des objets de première nécessité, la cherté des prix ; en un mot tout est ruine et 4éso* lation... »
A ces causes déjà si puissantes pour faire désirer un nouveau gouvernement, je dois ajouter d'autres faits omis pour ne point interrompre ma narration. Dès le commencement de 1862, les dix principaux États du Mexique furent mis en état de siège; puis vinrent les réclamations du ministre de Prusse, M. Wagner, contre Timpôt forcé de 2 ^o sur les ca« pitaux; la saisie des capitaux destidés par legs aux établissements pieux, l'anticipation des contributions, la suspension des garanties individuelles, le subside extraordinaire de guerre, le doublement des droits et des imp6ts, la contribution forcée de 500 francs par personne pour réunir la somme de 4 millions, les contributions extraordinaires sur les propriétés urbaines, la suppression des chapitres ecclésiastiques et la défense de porter Thabit ecclésiastique, le travail forcé aux fortifications de Mexico pour tous les hommes de seize à soixante ans, sauf à payer trois réaux par jour pour se faire exempter, la protestation de M. Wagner contre rimpôt de 1 ""/o sur les meubles et immeubles décrété le 13 septembre, l'expulsion des Français de Mexico, le nouveau subside de guerre de 762,000 francs, l'impôt de 1 Vo par mois et d'un quart les autres mois sur tous les capitaux au dessus de vingt-cinq piastres, la vente des communautés religieuses de Puebla et la défense aux religieuses de se réunir dans des maisons particulières, l'élévation de 10 ^/^ des droits d'essai et autres sur l'argent, la vente des biens des personnes soupçonnées de favoriser l'intervention, l'im^ pôt forcé de 1 ""jo sur les capitaux de mille piastres et an dessus, rélévation du droit de timbre et l'impôt de 1 % sur toutes les fectures et écritures publiques ou privées, la suppression des communautés religieuses dans toute la repu-
blique, la retraite du ministre de Prusse, enfin le 30 mai 1863, la dissolution du gouvernement de Juarez et sa fuite vers San Luis Potosi.
Comprend-on maintenant pourquoi le gouvernement de Juarez était exécré partout où s'étendait sa lourde tyrannie et sa soif .insatiable d*or, et pourquoi l'intervention fut franchement accueillie avec enthousiasme? Pouvait-il en être autrement?
Les écrivains qui ont fait de la politique de parti auraient bien dû étudier l'histoire du Mexique avant de la dénaturer d'une manière aussi absurde, pour dénigrer le gouvernement français et donner de ridicules louanges à Juarez, dont on ne connaissait aucun de ses actes.
A peine Juarez fut-il parti de Mexico, qu'un mouvement en faveur de l'intervention éclata le 1^ juin dans la capitale. Le général D. Bruno Aguilar en était le chef; il envoya au général Forey un acte, couvert de mille signatures, demandant la convocation d'une assemblée de notables, dans laquelle se trouveraient réunis des représentants de toutes les classes de la société pour nommer un gouvernement provisoire, d'accord avec le général Almonte. En attendant l'arrivée des troupes françaises, le» étrangers s'armèrent pour maintenir l'ordre, et le général D. Mariano Salas fut chargé du commandement politique et militaire de la place. Il n'eut qu'à préparer la fête du 10 juin, en l'honneur de l'entrée solennelle du général Forey et de ses alliés. Le 16 juin, le commandant en chef le corps expéditionnaire, lança le décret suivant :
ce Considérant qu'il est urgent d'organiser les pouvoirs publics qui doivent remplacer l'intervention dans la direction des affaires du Mexique ;
« D'après les informations du ministre de l'empereur, je décrète ce qui suit :
Art. l^^ Un décret spécial, présenté par le ministre de l'empereur, désignera trente-cinq citoyens mexicains qui formeront un conseil supérieur de gouvernement.
ART. 2. Ce conseil se réunira dans le local qui lui sera désigné, deux jours après le décret de sa nomination.
ART. 3. La séance d'installation sera présidée par le plus ancien d'âge, assisté des deux membres les plus jeunes en qualité de secrétaires.
Art. 4. Le conseil supérieur procédera, dans cette première séance, à la nomination du président et de ses secrétaires. L'élection ne sera valide que lorsque les candidats élus auront obtenu la moitié, plus un des votes donnés.
Art. 8. L'installation des dignitaires élus aura lieu dans la même séance.
Art. 6. Le conseil procédera ensuite à la nomination de trois citoyens mexicains, qui seront chargés du pouvoir exécutif et de deux suppléants pour ces hautes fonctions. L'élection ne sera valide que lorsque les candidats auront obtenu la moitié, plus un des votes donnés.
Art. 7. Aussitôt que les membres du pouvoir exécutif seront élus, ils recevront la direction des afifaires du Mexique.
Art. 8. Le conseil supérieur désignera les honoraires que doivent recevoir les membres du gouvernement provisoire.
Art. 9.... Il sera convoqué en assemblée générale par son président, pour traiter les affaires les plus importantes, quand le demandera le pouvoir exécutif.
Art. 10. Le conseil supérieur s'adjoindra pour former rassemblée des notables, 215 membres choisis parmi les citoyens mexicains, sans distinction de rang ni de classe.
Art. 11. Pour appartenir à l'assemblée des notables, il sera nécessaire d'avoir vingt-cinq ans accomplis et de n'être point inhabile pouf aucune faute politique ou civile.
Art. 12. Les réunions de l'assemblée des notables s'effectueront immédiatement après la constitution de ce corps.
Art. 13. La première séance sera destinée à l'élection du président et de deux secrétaires qui seront installés immédiatement par le bureau provisoire, composé du plus ancien d'âge et des deux membres les plus jeunes.
m HISTOiRE DU MEIIQUB.
Art. 14. L'assemblée des notables s'occupera avant tout de la forme du gouvernement définitif du Mexique.
Le vote sur cette question devra réunir au moins les deux tiers des suffrages exprimés.
Art. 18. Dans le cas où cette majorité de deux tiers ne serait pas obtenue, après trois jours de scrutin, le pouvoir exécutif dissoudra l'assemblée des notables , et le conseil supérieur procédera, sans délai, à la formation d'une nouvelle assemblée.
Art. 16. Les membres de l'assemblée précédente pourront être réélus.
Art. 17. L'assemblée des notables, après avoir déterminé ia forme du gouvernement définitif, s'occupera des questions qui lui seront présentées par le pouvoir exécutif.
Art. 18. Les secrétaires du conseil supérieur et de ses diverses sections, ainsi que ceux de l'assemblée des notables, rédigeront le procès-verbal des séances; ils signeront, avec les présidents, les résolutions votées par ces corps, qui se transmettront au pouvoir exécutif.
Art. 19. Les séances du conseil supérieur et de ses sections, de même que celles de l'assemblée des notables ne seront pas publiques. Les actes officiels pourront être publiés dans les journaux, toutes les fois qu'ils leur seront remis par les secrétaires avec l'autorisation des présidents respectifs.
Art. 20. Les membres du conseil supérieur et ceux de l'assemblée des notables n'auront aucun honoraire.
Art. 21 . Les membres du pouvoir exécutif se partageront les six ministères ; ils nommeront individuellement leurs employés pour toutes les fonctions dépendant de leurs ministères respectifs ; ils auront aussi la faculté de les destituer.
Art. 22. Le pouvoir exécutif recevra , pour être promulguées comme décrets, les résolutions de l'assemblée des notables. Il aura le droit de veto absolu sur ces résolutions. Les projets de loi préparés par le conseil supérieur se transmettront par son canal à l'assemblée des notables.
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Art. 23. Les fonctions du pouvoir executif cesseront dès le moment de Tinstallation du gouvernement définitif, proclamé par rassemblée des notables.
ART. 24. Le ministre de l'empereur reste chargé de l'exécution du présent décret qui sera inséré dans le BulleHn des actes officiels de rintervention.
« Donné à Mexico, le 16 juin 1863. Le général de division, sénateur , commandant en chef le corps expéditionnaire au Mexique, — Forey. »
Le 18 juin, les trente-cinq membres du conseil supérieur furent nommés. Leur installation eut lieu le 22 juin. Le pouvoir exécutif élu par ce conseil se composait du général D. Juan N. Âlmonte, de Mgr D. Pelagio Antonio de Labastida, archevêque de Mexico, et du général dedivision D. Mariàno Salas. Le premier suppléant était D. Juan B. de Ormaechea, évéque élu de Tulancingo, et le second, D. Ignacio Pavon, président de la suprême cour de justice.
Ce triumvirat était une combinaison fâcheuse, mais nécessaire alors. Il parut utile de faire représenter )e clergé au gouvernement provisoire, pour rassurer les masses vis-àvis de l'intervention française. La France passant aux yeux des populations d'origine espagnole, trop libérale en politique et pas assez catholique en religion, la nomination de monseigneur Labastida devenait, pour le peuple mexicain, une garantie de notre respect pour sa foi religieuse. Le général Salas, ancien président, homme très honorable et très respecté, représentait le parti militaire. Le général Almonte, qu'on pourrait appeler le Monck du Mexique, représentant la politique libérale, intelligente et conciliatrice d<ala France, sei*vaitde trait d'union entre les partis. Cette combinaison était donc fort sage en apparence, mais elle ne répondit pas à ce qu'on avait espéré.
Le 27 juin, le triumvirat nomma des sous-secrétaires d'État pour composer son ministère. D. J. M. Arroyo fut cfhargé des affaires étrangères ; D. José Ignacio Anievas eut le portefeuille de l'intérieur; D. Felipe Raygosa, celui de la
justice, des cultes et de rinstruction publique ; D. José Salazar Ilarregui, celui des travaux publics; D. Juan de Peza, celui de la guerre et de la marine, et D. Martin de Gastillo y Cos, celui des finances.
Deux jours après la nomination officielle des ministres , le pouvoir exécutif publia, sous forme de décret, la liste des notables élus par le conseil supérieur. Les deux tiers de ces notables étaient des propriétaires ; Tarmée, l'Église, la diplomatie, la magistrature, le barreau , le commerce et Tindus* trie fournissait l'autre tiers, dans lequel on voyait d'anciens employés de toutes les branches de l'administration, d'anciens fonctionnaires, des professeurs de science et des arts libéraux, un lithggraphe, un ingénieur, un tisserand, deux cordonniers, djeux peintres et deux orfèvres. Ces deux cents quinze représentants de la nation appartenaient à toutes les provinces du Mexique. Celle de Mexico fournit 75 membres celle de Vera-Cruz, 22; celle de Puebla, 16 ; celle du Ja lisco, 14; celle de Queretaro, 13; celle de Guanajuato 9 celle de Oajaca, 8; celle de Michoacan, 6; celle de Du rango, 6 ; celle d'Aguas Calientes, 6 ; celle de Zacatecas, 8 celle de San-Luis Potosi, 8; celle de Tlaxcala, 8; celle de la Sonora, 4; celle du Sinaloa, 4; celle du Tamaulipas, 3 celle du Yucatan, 3; celle de Chiapas, 3; celle du Nuevo Léon, 3 ; celle de Tabasco, 2 ; celle du Chihuahua, 2 et celle de la Basse-Californie, 1.
A la réunion préparatoire qui eut lieu le 7 juillet, trentequatre membres firent défaut, pour cause de maladie, d'affaires ou de refus de faire partie de l'assemblée. Les membres qui refusèrent étaient au nombre de sept ; je les cite parce qu'on les verra plus tard servir ou conspirer ciontre l'empire, ce sont : MM. Luis Cuevas, Fonseca, Morales, Olloqui, Orozco y Berra, Fernando Ramirez et Rio de la Loza. Le 8 juillet, jour de l'installation solennelle de cette assemblée, D. Teodosio Lares, président; D. José Maria Andrade et D. Alejandro Arango y Escandon, secrétaire du conseil supérieur, furent nommés dans ces mêmes quali-
tés à rassemblée des notables. A cette séance l'assemblée >nomma pareillement une commission composée de MM. Ignacio Aguilar y Marocho, Joaquin Velazquez de Léon, le général D. Santiago Blanco, Cayetano Orozco et D. Teofilo Marin pour statuer sur la forme du gouvernement qu'on adopterait pour le Mexique.
Le 10 juillet, cette commission lut à l'assemblée un rapport, par lequel elle concluait en faveur de la monarchie. Ce rapport commence par une historique abrégé de toutes les révolutions qui ont bouleversé de fond en comble le Mexique, ruiné, démembré le pays et démoralisé ses habitants; il s'étend sur les causes et les conséquences de ces révolutions ; démontre que depuis le curé Hidalgo, c'est à dire depuis 1810, le parti monarchique s'est toujours montré, toujours révélé, et qu'en différentes circonstances les monarchistes faillirent réussir à changer la forme d'un gouvernement qui avait amené la ruine de la patrie et qui était si opposé aux mœurs, aux coutumes, aux goûts de la nation et les remplacer par la monarchie à laquelle était habitué le peuple mexicain depuis des siècles. Voici les conclusions de ce rapport :
« Résumant donc brièvement ce qui vient d'être exposé, la commission croit avoir démontré de la manière la plus satisfaisante :
« lo Que le système républicain, soit sous la forme fédérative, soit sous celle de la plus énergique centralisation du pouvoir, a été depuis l'époque où il a été mis en pratique la source de tous les maux de notre patrie, et que le bon sens et l'expérience politique ne permettent pas d'espérer qu'on puisse les faire cesser autrement qu'en extirpant l'unique cause qui les a produits;
« t" Que l'institution de la monarchie est la seule convenable pour le Mexique, surtout dans les circonstances présentes, parce que combinant en elle l'ordre avec la liberté, et la force avec la justice, elle parvient presque toujours à vaincre l'anarchie i, à refréner la démagogie immorale et désorganisatrice par sa propre nature ;
iU HISTOIRR DU HEXIQaS.
« S^" Que pour fonder ce trône il n'est pas possible de choisir un souverain parmi les enfants du pays, — bien qu'ilrenferme des. hommes d'un mérite éminent — par ce motif que les qualités essentrelles pour constituer un monarqae sont de celles qui ne s'improvisent pas, qu'il n'est pas donné à un simple particulier de posséder et de réunir, et qui bien moins encore s'obtiennent aa moyen du vote populaire;
4^ Que parmi les princes brillant autant par la spleudear d'une naissance iihistre que par l'éclat des qualités personnelles, l'archiduc Ferdinand-Maximilien d^ Autriche, est désigné au choix de la nation pour régir ses destinées, comme un dos rejetons les plus éminents de la race royale, autant par ses qualités personnelles, sa haute instruction, son intelligence élevée que par son aptitude au gouvernement.
« En conséquence, la commission soumet à la délibéra^ tion souveraine de cette respectable assemblée les propositions suivantes :
l"" La nation mexicaine adopte pour forme de gouvernement la monarchie tempérée et héréditaire sous un prince catholique;
â^Le souverain prendra le titre d'empereur du Mexique;
3^ La couronne impériale du Mexique sera offerte à S. A. I. et R. le prince Ferdinànd-Maximilien d'Autriche pour lui et ses descendants ;
4<* Dans le cas où , par des circonstances qu'on ne peut prévoir, l'archiduc Ferdinànd-Maximilien ne prendrait pas possession dû trône qui. lui est offert, la nation mexicaine s'en remet à la bienveillance de S. M. Napoléon III, empereur des Français, pour qu'il indique un autre prince catbo*liqueà qui la couronne sera ofterte.
— a Mexico, 10 juillet 1863, — Aguilar. — Velazquez de Léon. — Orozco. — Marin. — Blanco. »
La lecture de ce rapport, dit le procès-verbal de cette séance, fut fréquemment interrompue par des applaudissements enthousiastes et prolongés. Les propositions de la commission furent acceptées à l'unanimité par les deux cent
INTERYENTION FRANÇAISE. 1»
trente membres présents à ia séance. Le lendemain elles furent publiées sous forme de décret. Dans laséanceda 11 juillet, Tassembléeadopta une proposition, faite par un grand nombre de ses membres, de remercier,au nom de la nation, MM. le général Forey, les officiers supérieurs de l'armée française, M. de Saligny, le général Almonte, M. Gutierrez de Estrada et quelques-autres personnages. Elle déclai^a, en outre, que jusqu'à l'arrivée du souverain, le gouvernement provisoire exercerait ses fonctions avec le caractère de régence. Peu de jours après, la régence nomma une commission pour porter à l'archiduc Maximilien le décret de l'assemblée des notables et lui offrir la couronne du Mexique. Voici la lettre par laquelle le pouvoir exécutif annonce ces événeinents à l'arcbiduc.
« A Son Altesse impériale et royale apostolique, monseigneur l'Archiduc Ferdinand-Maximilien d'Autriche, empereur élu du Mexique. — Palais impérial de Mexico, le 12 juillet 1863. — Monseigneur.
c( En attendant que la commission qui doit se rendre le plus tôt possible auprès de Votre Altesse impériale et royale apostolique ait pu lui transmettre officiellement les vœux de la nation mexicaine représentée, conformément au droit public et aux usages traditionnels de notre pays, par une assemblée des notables, nous croyons devoir l'informer que la dite assemblée des notables, dans sa séance du 10 courant, a pris les résolutions, fait les déclarations suivantes, lesquelles ont été sur-le-champ promulguées et publiées par le pouvoir exécutif, au milieu d'une allégresse universelle. . (c L'assemblée constituante des notables, représentant la nation mexicaine, déclare : — suivent les quatre décrets cités à la page précédente.
« Gela fait, l'assemblée procéda à l'organisation du gouvernement chargé d'admioistrer le pays, pendant Tabsence et jusqu'à l'arrivée du souverain. Elle décida que les membres du gouvernement provisoire prendraient le titre de régents et continueraient à exercer l'autorité suprême, au nom
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de Votre Altesse impériale et royale apostolique, empereur élu du Mexique.
(c Nous avons la conviction que Votre Altesse impériale et royale apostolique ne refusera pas de servir de souverain et de père à un malheureux peuple, épuisé depuis cinquante ans par tous les maux, auquel aucune épreuve douloureuse n*a été épargnée. Nous avons compté sur le grand cœur et les hautes qualités qui distinguent Votre Altesse impériale et royale apostolique et Tout désignée à nos suffrages. Nous avons compté sur le droit que nous avions presque de demander un prince à la race de nos premiers souverains catholiques, pour décider Votre Altesse impériale et royale à se consacrer à la grapde œuvre de la régénération de la nation mexicaine, devenue possible par la généreuse intervention de la France et de son glorieux empereur.
« Heureux de voir notre patrie bien-aimée, sauvée de rabtme où s'engloutissaient son indépendance, son territoire et jusqu'à son honneur, ne voulant pas douter que Votre Altesse impériale et royale* apostolique* n'accepte la noble et pénible tâche que lui imposent nos vœux enthousiastes, et pour laquelle elle aura le concours de tout un peuple reconnaissant, nous sommes fiers de nous dire les premiers et dès aujourd'hui, au nom de la patrie entière, — Sire, — de Votre Majesté,— les très humbles, très obéissants et très fidèles serviteurs. — Les président et membres de la régence : — le général de division, Juan N. Almonte. — le général de division, J. Mariano de Salas. — Docteur Juan B. Ormaechea, évéque de Tulancingo. »
La commission chargée de porter à l'arcbiduc Maximilien le décret ofiiciel de l'assemblée des notables se composait de D. José M. Gutierrez de Estrada, D. José Hidalgo, D. Antonio Escandon, D. Tomas Murphy, le général D. Adrien Woll, D. Ignacio Aguilar, D. Joaquin Velasquez de Léon, D. Francisco-Xavier Miranda, etD. Angel Iglesias comme secrétaire. Les quatre premiers se trouvaient en Europe, les autres s'embarquèrent à Vera-Gruz le 16 août pour Sainte
• Nazaire. Le 3 octobre 1863, la députation fut reçue ofiSciellement par Tarchiduc à son palais de Miramar. Voici les extraits les plus saillants du discours prononcé à cette occasion par le président, M. Gutierrez.
« Prince, — à peine rendue à la liberté par la puissante main d*un monarque magnanime, la nation mexicaine nous a envoyés vers Votre Altesse impériale, objet aujourd'hui de ses vœux les plus chers, comme aussi de ses plus chères espérances.
(( Nous ne nous appesantirons pas aujourd'hui sur les lonr gués tribulations que le Mexique a souffertes; cruelles infortunes, connues de tous, et qui ont fini pgr en faire un théâtre de désolation et de ruines!
a ... Hattre, une fois encore, de ses destinées, instruit de ses erreurs par ses maux, le Mexique fait, en ce moment, un suprême effort pour les réparer... Le Mexique attend beaucoup des institutions qui l'ont régi pendant trois siècles, et qui lui avaient, môme en s'effaçant, légué un splendide héritage que nous n'avons pas su conserver sous la république démocratique
« Interprètes des aspirations et des intimes souhaits de la patrie, nous venons, en son nom, vous offrir, monseigneur, la couronne du Mexique, qu'un décret solennel de l'assemblée des notables, déjà consacré par l'adhésion de tant de ^ provinces, et qui le sera bientôt, tout l'annonce, par la nation entière, vous décerne librement et spontanément »
 ces paroles, l'archiduc Maximilien répondit :
oc Messieurs, — je suis vivement touché du vœu émis par rassemblée des notables à Mexico, dans sa séance du 10 juillet, et que vous ôtes chargés de me communiquer.
a II est flatteur pour notre maison que les regards de vos
* compatriotes se soient tournés vers la famille de Charles- Quint, dès que le mot de monarchie a été prononcé.
« Quelque noble que soit la tâche d'assurer l'indépendance et la prospérité du Mexique, sous l'égide d'institutions à la fois stables et libres, je n'en reconnais pas moins, en com-
in% HISTOIRE DU MEXIQUE.
plet accord avec S. M. Tempereur des Français^ dont la g^ rieuse initiative a rendu possible la régénération de votre belle patrie, que la monarchie ne saurait y être établie sur une base légitime et parfaitement solide que si la nation tout entière, exprimant librement sa volonté, vient ratifier le vœu de la capitale. C'est donc du résultat des votes de la généralité du pays que je dois faire dépendre, en premier lieu, l'acceptation du trône qui m'est offert.
(( D'un autre côté, comprenant les devoirs sacrés d'un souverain, il faut que j'exige en faveur de l'empire qu'il s'agit de reconstituer, les garanties indispensables pour le mettre à l'abri des dangers qui menaceraient son intégrité et son indépendance.
(c Dans le cas où ces gages d'un avenir assuré seraient obtenus, et où le choix du noble peuple mexicain, pris dans son ensemble, se porterait sur moi, fort de l'assentiment de l'auguste chef de ma famille, et confiant dans l'appui du Tout-Puissant, je serais prêt à accepteria couronne.... »
En attendant les résultats du suffrage général, réclamé par l'archiduc, la commission se sépara pour ne se réunir officiellement que le 10 avril 1864. La dépêche de M. Drouyn de Lhuys au général Bazaine, datée du 17 août 1863, témoigne que le cabinet des Tuileries, de même que l'archiduc considérait le décret de l'assemblée des notables insuffisant pour ressusciter la monarchie au Mexique...
<c Nous avons accueilli avec plaisir, dit M. Drouyn de Lhuys dans cette dépêche, comme un symptôme de favorable augure, la maaifestation de l'assemblée des notables de Mexico, m faveur de l'établissement d'une monarchie et le nom du prince appelé à l'empire. Cependant , ainsi que je vous l'in^ dique dans un« précédente dépêche, nous ne saurions considérer les votes de cette assemblée que comme un premier indice des dispositions du pays. Avec toute l'autorité qui s'attache aux hommes qui la composent, l'assemblée recommande à ses concitoyens l'adoption d'institutions monarchiques, et elle désigne un prince à ses suffrages.
« II appartient maiDtenaat au gauvemement provisoire de recueillir ces suffrages de manière qu'il ne puisse planer aucun doute sur l'expression de la volonté du pays. Je n*ai pas à vous indiquer le mode à adopter pour que ce résultat indispensable soit complètement atteint : c'est dans les institutions et les habitudes locales qu'il faut le chercher. Soit que les municipalités doivent être appelées à se prononcer (kns les diverses provinces, à mesure qu'elles auront reconquis la disposition d'elles-mêmes, ou que les listes soient ouvertes par leurs soins pour recueillir les votes, le mode le meilleur sera celui qui assurera la plus large manifestation des vœux des populations dans les meilleures conditions d'indépendance et de sincérité. L'empereur, général, recommande particulièrement ce point essentiel à toute votre attention... »
Laissons de côté tout commentaire sur la manière dont fut appréciée la manifestation de l'assemblée des notables par l'archiduc Maximilien et le gouvernement français. Tandis que la commission de cette assemblée se promenait en Europe, des événements importants se passaient au Mexique. le vais citer les principaux d'après des lettres intimes. La première est de Santa-Anna.
« — Saint-Thomas, 15 juillet 1863. — ... Je suis très heureux de voir qu'il y existe dans la capitale un gouvernement national composé d'hommes honnêtes qui organiseront avec intelligence les différentes branches de l'administration publique. Je serais également très heureux d'apprendre que le pays s'est constitué au plus tôt à la satisfaction de tous les bons Mexicains.
a II y a déjà, longtemps que je me serais présenté dans ce pays pour mettre mon grain de sable à cette œuvre de régénération politique, mais quelques amis de Vera-Gruz. m'ayant dit qu'il y avait des ordres du général Foreypour m'en interdire l'entrée^ j'ai envoyé mon fils Angel, afin qu'il vit ce qu'il pouvait y avoir de vrai en cela.
a Arrivé à Yera-Cruz, le 27 du mois dernier par le pa-
quebot anglais, Angel eut une entrevue avec le commandant militaire et comprit que , s'il n*y avait pas une probibitioa à ma rentrée, elle devait être précédée d*un manifeste public dans lequel je jurerai de soutenir l'intervention française. Ensuite, on exigea d'Angel qu'il le fit immédiatement; ce qu'il refusa, en disant : « Que, si son père acceptait la for- « mule indiquée, il n'y aurait de sa part aucun inconvénient ce à faire de même. » Le chef militaire ne fut pas satisfait et sans attendre d'autres raisons, il le fit consigner sur un navire de guerre, où il resta jusqu'au retour du paquebot anglais.
c( Vous pouvez juger de mon étonnement, en apprenant ces faits. Aussi, je suspendis mon voyage que j'allais effectuer, parce qu'il ne m'était plus possible de me présenter dans mon pays, sous d'aussi défavorables auspices.
(c II paraît que l'alarme du commandant de Vera-Gruz provint d'un article que mon fils Pepe écrivit et publia à la Havane, pour démentir un journal espagnol dans lequel on avait pris la liberté d'annoncer que «firai promptement à (c Vera-Cruz pour m'trnir atuc envahisseurs du Mexique^ et « combattre mes compatriotes. » Mon fils Pepe agit motu propriOj animé d'un zèle naturel en faveur de son père et assura qu'en écrivant ainsi, il le faisait autorisé par lui. Sa conduite ne pouvait pas être plus noble ; mais comme en politique, il est le plus souvent maladroit de parler avant le temps, je lui ai manifesté le chagrin que m'avait causé son article, parce que j'en prévoyais les fâcheuses conséquences. — A. L. de Santa-Anna. »
Je crois qu'Angel avait mal compris le commandant de Vera-Cruz, car il y avait des ordres pour laisser pleine liberté à Santa-Anna de rentrer quand il voudrait. Le manifeste que son fils prétendait lui être demandé, était, au contraire, des plus inutiles, depuis que le Mexique avait un gouvernement régulier ; Santa-Anna, n'étant pas rentré dans sa patrie avant le 16 juin, ne pouvait plus y rentrer que comme simple citoyen, et loin d'exiger de lui une proclamation, on ne pouvait exiger que son silence.
INTERYENTION FRANÇAISE. U8
Le 1^ août, M. Hidalgo, nommé depuis, ministre du Mexique, à Paris, écrivait à l'un des membres du conseil supérieur: «Les bonnes nouvelles se suivent maintenant, comme autrefois les mauvaises. Nous sommes ici très contents et très satisfaits de ce qui se fait au Mexique. Il est très important que non seulement la capitale, mais encore les départements, et même les villages, produisent des actes demandant rarchiduc, parce que je crains, et avec raison, que s'il reçoit seulement Tadbésion de la capitale, l'archiduc ne retarde son voyage. — Hidalgo. »
Une autre lettre d'un de mes amis m'apprend que de tous côtés on suscitait des embarras à la régence. Le 17 août, il écrivait : « On a célébré la fête de notre protecteur l'empereur Napoléon avec un Te Deum^ une revue, des courses de taureaux et des feux d'artifice, de sorte que le maréchal Forey est enchanté. Nous restons dans la môme position au point de vue des opérations militaires. Les exigences deviennent tous les jours plus grandes; tout le monde demande de Targent et murmure quand on n'en donne pas. Tous veulent être servis les premiers, quoique ils n'aient rien feit que de rester dans leurs maisons à Mexico, tandis que nous travaillions. Marquez continue la guerre. On ne veut pas croire que Miramon soit de bonne foi, néanmoins le maréchal Forey a ordonné qu'on lui paie sa solde. Des dissidents se présentent tous les jours, et donnent leur adhésion au nouvel état de choses. Doblado a signifié à Juarez de changer sa politique, son ministère, et de lui donner des facultés de toutes sortes. Les populations de Tintérieur demandent avec avidité qu'on leur envoie des troupes pour les sauver. »
Le rappel en France de M. de Saligny paraît avoir causé un certain émoi parmi bon nombre de Mexicains, qui n'oubliaient point les services rendus à leur cause par ce diplomate : « Les municipalités de Mexico, Puebla, Gholula et Yera-Gruz, écrivait M. Almonte, le 3S août 1863, au général WoU, alors à Paris, envoient des exposés à S. M. l'empereur