III
Napoléon pour le prier de ne pas rappeler M. de Saligny, parce que son changement aurait de très mauvais résultats pour le pays. Étant sur le terrain, vous pourriez les appuyer, soit auprès de l'empereur Napoléon, soit auprès du nôtre, et faire comprendre combien il est important que M. de Saligny ne quitte pas cette légation. — J. Almonte. »
Le 27 août, le général Santiago Blanco écrivait également au même personnage : — « Par le dernier paquebot nous est arrivé la nouvelle que le ministre de France, M. le comte Dubois de Saligny était rappelé. Vous le connaissez et savez que ses talents, la connaissance qu'il a des personnes et la grande confiance qu'il inspire au parti conservateur le font considérer comme l'âme de tout ce que nous avons vu contre la démagogie et en faveur de Tordre et de l'empire. De sorte que lé départ de M. de Saligny est, pour les bons Mexicains, un puissant motif de découragement; et, pour les démagogues, le retour en Europe de cet habile diplomate, est une victoire. — S. Blanco. »
La conduite de M. de Saligny au Mexique a beaucoup été critiquée. J'ai eu des preuves que la calomnie la plus noire était au fond de toutes ces critiques. Si M. de Saligny avait imité la plupart des ministres étrangers et quelques-uns des nôtres, il aurait quitté le Mexique avec des millions au lieu de revenir pauvre.
Une lettre de Mafquez, datée du 2 septembre, tout en donnant des détails sur la situation du pays, fait des allusions à des mesures coercitives ordonnées par la régence ou le général Forey ; elles furent blâmées à Paris et retirées ensuite. Voici, du reste, le contenu de cette lettre. — « Les derniers événements qui ont eu lieu ces jours-ci sont d'une importance relative , considérant la situation du pays. L'attention générale est absorbée par la détention et la déportation de Payno, Morales, Puente del Rio et quelques autres personnages du parti démagogique. Leurs manœuvres ostensibles en faveur de ce qu'ils appellent la liberté, ont enfin trouvé un arrêt. Cet ignominieux parti palpe déjà son impuissance.
et à mesure qu*il s'évanouit, il pense pouvoir renouveler ses efforts et s*agite toujours.
Cl Les journaux vous auront appris les mesures prises dans toutes les branches de l'administration. Les résultats de queiqu^s-unes ne seront pas immédiats, mais sûrs. Les affaires les plus importantes ne sont pas encore soulevées, parce qu'on attend l'arrivée de l'empereur pour les arranger et les résoudre . , . . •
ce A l'intérieur il y a quelques mouvements ; il y a des désirs d'aller en avant, et l'on aurait déjà fait davantage, si les armes aidant l'opinion, l'on eût vérifié la promenade militaire que l'on prépare seulement.
ce L'on travaille à moraliser les classes qui servent la nation. Ce point est délicat, parce que toute la difificuité consiste dans le choix du personnel. Néanmoins, vous pouvez être sûr que nous allons bien. Vous connaissez les éléments sur lesquels le pays compte, et c'est pourquoi vous comprendrez combien il est important que l'empereur arrive. C'est à lui qu'est réservée l'impulsion qu'il doit donner à la machine, nous conduisant à l'apogée et à la grandeur que nous attendons. — L. Marquez. »
Au sujet des décorations distribuées par le général Forey aux officiers mexicains, plusieurs choix furent vivement critiqués par les Mexicains mêmes. Je ne sais si toutes ces croix récompensaient des faits de bravoure, mais il me semble que l'étoile d'honneur ne devait briller que sur des poitrines honorables, et l'on sait qu'elles ne l'étaient pas toutes. Le 10 septembre, un officier qui n'était pas parmi les élus me disait dans une lettre : ce Demain seront décorés les généraux Marquez, Ziris, Andrade, Lozada, Monténégro, Taboada , Facio » — celui qui passa peu de temps après par un conseil de guerre pour affaires de détournements dans les contrats Marquez — ce et Gutierrez, les colonels Mendez, Torres, Lopez » — celui qui trahit son souverain à Queretaro — ce et un sous-lieutenant d'artillerie , tous amis de Marquez; le général Almonte n'a rien reçu, parce qu'il n'a
rien demandé. » Ce système de se tenir toujours à l'écart des faveurs et de ne rien demander pour lui ou pour ses amis devint très nuisible au général Almonte et lui suscita beaucoup d'ennemis.
Ce même général, dans une lettre du 11 septembre adressée à l'un de ses compagnons d'arme, disait : c< Notre empire gagne du terrain de jour en jour, et l'opinion se fortiâe en sa faveur. Nous comptons déjà* les départements suivants qui, en entiers, reconnaissent l'empereur : Carmen, Tabasco, Tehuantepec, Vera-Cruz, Puebla, Tlaxcala et Mexico. Nous avons des troupes dans les suivants : Queretaro, Guerrero, Tamaulipas, Aguas-Calientes, Jalisco, Durango, Oajaca, Chiapas et Yucatan. Aussitôt que la colonne d'opérations marchera, ces départements reconnaîtront en entier le gouvernement et proclameront l'empire. »
Puis, il ajoute, eu parlant du retard de nos opérations militaires : « Il se perd ainsi un temps précieux, néanmoins, il se présente continuellement des chefs démagogues qui déposent les armes et prêtent serment à l'empire. Doblado a pris enfin les rênes du ministère juariste. Comonfort a le département de la guerre de ce même ministère qui ne vivra que le temps que mettront nos troupes à arriver à San-Luis Potosi, où l'opinion publique se manifeste contre ces messieurs, comme partout où ils vont et dont les excès les font connaître de plus près. — J. Almonte. »
Au mois de septembre 1863, on apprit que le général Forey, par un décret du 2 juillet, était noumé maréchal, rappelé en France et remplacé au Mexique par le général Bazaine. Un ordre du jour, daté du 30 septembre, annonça que le général Bazaine prendrait le commandement des troupes le 1" octobre. Dans sa proclamation le nouveau chef de l'expédition déclara que sa mission était de veiller strictement à l'exécution du manifeste du général Forey. Il ne pouvait en être autrement. Notre programme était évidemment libéral, sage et devait satisfaire la majorité des intéressés ; monseigneur Labastida et monseigneur Munjia
firent tous leurs efforts pour faire avorter ce programme; ils oublièrent que Jésus-Christ était né pauvre, aimait et prêchait la pauvreté; ils bouleversèrent tout le pays pour faire rendre les biens du clergé. Les généraux Almonte et Salas ne songeaient qu*au bien de la patrie; monseigneur Labastida ne voyait que les intérêts matériels du clergé ; le général Bazaine ne connaissait que ses ordres. Un conflit était inévitable entre ces différents personnages et ne tarda pas à éclater.
Parmi mes documents du mois d^octobre, je trouve un journal intime, racontant les faits qui se passaient alors, jour par jour. En voici des extraits... » 18 octobre. Le courrier a apporté au général Almonte une lettre de notre empereur F. Maximilien. Cette lettre à fait. fureur. Le générai avait ouvert les salons du palais pour recevoir ses amis tous les jeudis, depuis la semaine dernière. Cette, nuit fut la seconde réception... une multitude de dames envahit les salons; on ouvrit le piano et Ton improvisa un bal. La lettre de notre empereur Maximilien passait de main en main. Français et Mexicains^ dames, etc., tous voulaient la voir; c'était un délire... Vous connaissez le caractère mexicain, impressionnable et facile à tourner au bien ou au mal; aussi maintenant que le gouvernement est tout moralité, la société commence -à se réformer; c'est un enthousiasme immense.
«c Lundi 19. Hier Farchevêque a prêté serment et commence aujourd'hui ses fonctions dans la régence.
ce 28. Je crains beaucoup une rupture entre l'archevêque et le général Bazaine, parce que le premier est intransigible dans certaines choses, et aujourd'hui pour bien aller, la politique conciliatrice du général Almonte est nécessaire. »
La lettre de l'archiduc Maximilien qui produisit tant d'enthousiasme dans les salons du palais national, lors de la soirée du 18 octobre, était la réponse à la dépêche du ISjuillet, envoyée par la régence à l'archiduc pour lui notifier les décrets de l'assemblée des notables. Elle est écrite en fran-
cais, de la main de Tarchiduc, et adressée au général Al monte. La voici textuellement :
— ce Mon cher général. — Par une adresse en date du là juillet, la régence que vous présidez a bien voulu^m'informer des résolutions adoptées par l'assemblée des notables de Mexico, dans sa séance du 11 du même mois, tendant à substituer au régime républicain une monarchie tempérée, sous un chef ayant le titre d'empereur, et à m'offrir la couronne du nouvel empire.
« En attendant l'arrivée de la députation chargée de me soumettre les vœux de l'assemblée à cet égard, je ne veux pas tarder de vous exprimer, général, à vous et aux deux autres membres de la régence, tous mes remercîments de la communication dont il s'agit, et de vous dire, que je suis vivement touché de ce qu'au moment où, grâce aux généreux efforts de S. M. l'empereur des Français, les souffrances du Mexique semblent toucher à leur terme, la pensée de sa principale commune se soit portée sur moi pour me déférer la noble tâche d'inaugurer parmi vous des institutions qui concilient le progrès avec l'ordre et la morale.
« Si les votes du pays tout entier viennent ratifier le vœu de la capitale, et si les autres conditions dont dépend l'accomplissement de ce vœu se réalisent, je n'hésiterai pas devant les difficultés de cette grande et belle entreprise.
« Quoi qu'il arrive, vous, mon cher général, qui pendant plus de deux ans, avez eu à lutter contre des obstacles de tout genre avant d'arriver au point favorable oîi les choses sont placées, aujourd'hui pour l'avenir du Mexique, vous aurez bien 'mérité de la patrie, et tout bon Mexicain devra rendre hommage à votre courageux dévoùment. La reconnaissance du pays vous récompensera sans doute aussi, de même que vos collègues, du zèle éclairé avec lequel vous vous acquittez delà mission difficile imposée à la régence.
ce En recommandant l'empire mexicain à la protection du Tout-Puissant, et en espérant qu'une heureuse solution des questions encore pendantes me ménagera le plaisir de vous
revoir bientôt, je suis, mon cher général, — votre tout affectionné, — Ferdinand Maximilien. — Miramar, 3 septembre 1863. »
Dans la correspondance qui s'établit alors entre le président de la régence et l'archiduc Maximilien, on voit que des personnes mal intentionnées faisaient courir le bruit que Tarchiduc ne viendrait pas. C'est pour démentir ces bruits et paralyser les fâcheux résultats qu'ils avaient que le président de la régence, pressait Tarchiduc de hâter son départ. Ces lettres, du reste, sont trop intéressantes pour ne pas en publier quelques-unes.
ce À Sa Majesté Ferdinand Maximilien P', empereur du Mexique. — Mexico, le 24 septenabre 1863. —Sire. — «Les deux lettres que YotreMajesté m'a fait l'honneur de m'adresser en date du 6 juillet et du 8 août, me sont exactement parvenues.
c( Les nouvelles qui sont arrivées à Votre Majesté depuis lors ont confirmé toutes mes prévisions. Le mouvement en faveur de l'empire et de l'empereur, élu par la volonté nationale, se propage de jour en jour et éclate spontanément partout où les malfaiteurs, auxquels la cause juariste sert de prétexte pour dévaster le pays, se retirent. Il suffit de marcher en avant, je ne saurais trop le redire à YotreMajesté pour voir tomber ce fantôme de résistance. Ce qui est arrivé à Mexico se répétera dans l'intérieur. Le maréchal Forey remet le commandement au général Bazaine à partir du premier octobre. D'après les idées hautement manifestées par ce dernier depuis longtemps, nous pouvons espérer qu'à cette date, les opérations militaires entreront enfin dans une phase d'activité qui leur donnera une solution aussi certaine que rapide.
. « Je pense que le jour où cette lettre sera dans les mains de Votre Majesté, l'autorité impériale sera reconnue sur la grande majorité du territoire. Les populations attendent avec impatience la marche de l'armée pour secouer le joug odieux qui les opprime, et la sincérité de leurs vœux pourra
d'autant moins être mise en dobte, que plusieurs d'entre elles n'attendent même pas la force libératrice pour se pro* noncer.
« Plus que jamais j'ose espérer que Votre M^gesté ne laissera pas retarder son départ et, après avoir rendu vaines toutes les intrigues et les manœuvres faites pour empêcher son acceptation, réduira au même sort toutes celles faites pour retarder son arrivée et sa prise de possession. Prolonger l'interrègne est aujourd'hui l'unique et dernier espoir des ennemis du pays; Votre Majesté ne voudra pas le leur laisser. Ainsi que les dernières lettres que j'ai eu l'honneur de vous adresser, Sire, je terminerai donc celle-ci, en suppliant Votre Majesté de venir aussi promptement que possible prendre les rênes du gouvernement de son empire et de ne pas croire à une résistance qui n'existe que dans les journaux, comme résistance politique, et qui, en réalité, n'a pour auteurs, dès à présent, que des gens plus dignes de la poursuite des gendarmes, que de l'attaque d'une armée comme celle qui va les disperser.
a Plein de gratitude pour l'approbation et les bonnes pa- ; rôles que contenaient pour moi les lettres de Votre Majesté, j'ai l'honneur d'être, avec le plus profond et le plus respectueux dévoûment, etc., — Juan N. Almonte. »
Voici la réponse à cette lettre , écrite également en français : — « Mon cher général. — Au moment où ces lignes vous parviendront, les troupes franco-mexicaines auront, ainsi que le fait espérer votre bonne lettre du 27 septembre, pu reprendre leur marche libératrice vers les provinces encore soumises au pouvoir des terroristes et mettre les populations de ces provinces à même de se prononcer librement sur le régime politique qu'elles désirent se donner. Si comme vous croyez pouvoir me l'assurer d'avance et comme semblent l'indiquer les manifestations partielles qui vous arrivaient déjà de ces contrées, les vœux de la grande msgorité de la nation m'appellent au trône , l'une des conditions essentielles de mon acceptation se trouvera remplie.
NTBRVENTION FRANÇAISE 141
(( J'espère que d*ici là» gr&ce aux démarches que s'apprêtent à faire en ce moment plusieurs membres de la députation à Paris, Londres et Madrid, on pourra compter sur la réalisation de l'autre condition , celle que vous avez si bien définie vous-même, en réclamant un traité de garantie entre le Mexique et les puissances signataires de la convention du 31 octobre 1861.
(c Tenez pour certain, mon cher général, que je n'hésite en aucune façon ; ma résolution est bien prise et, depuis mon discours du 3 octobre, elle est proclamée à la face du Mexique et du monde; je n'attends, pour prendre les rênes du gouvernement, que l'accomplissement des conditions que non seulement ma dignité, mais l'intérêt bien entendu de votre patrie elle-même m'ont obligé de poser. Cette assurance, je vous l'ai déjà donnée dans ma lettre du 10 octobre, et' je me plais à la renouveler ici; vous pouvez en faire tel usage qui vous paraîtra utile pour dissiper les doutes qui pourraient encore subsister au Mexique.
a L'archiduchesse et moi nous noujs réjouissons d'avance de la consolation que vous aurez de voir bientôt votre famille, et je suis, mon cher général, avec une estime sincère, — votre très affectionné — Ferdinand Maximilien. — Miramar, 4 novembre 1863. »
Voici cette lettre du 10 octobre, dont l'archiduc parle dans la précédente; elle est pareillement en français et je la publie textuellement.
d Mon cher général. — Cest avec bien du plaisir que j'ai reçu votre bonne lettre du 19 juillet dernier, dont le contenu me semble d'une grande importance.
« Et d'abord, on ne saurait nier que vos motifs pour renoncer à votre projet de voyage en Europe ont été des plus justes et des plus fondés. Toute grande qu'eût été l'utilité de votre présence ici, elle était, nul doute, plus nécessaire à Mexico dans ces graves conjonctures. Avec votre tact et votre prévoyance habituelle, vous avez préféré rester à votre
poste dont l'influence est si grande^ et votre patriotisme ne doit avoir qu'à s'en louer.
« Parlons maintenant des divers points qui auraient dû être le sujet de nos entretiens si nous vous avions possédé ici pendant quelques jours. Vous commencez par vous rendre l'interprète des vœux qui m'appellent dans le pays. La franche déclaration que j'ai faite, le 3 de ce mois, à la députation mexicaine est déjà connue de toute l'Europe et ne tardera pas à l'être du Mexique. J'ai donc accepté la couronne avec un amour égal à celui avec lequel elle m'a été offerte, mais cette acceptation n'a pas été pleine et absolue, et elle ne pouvait pas l'être. Vous connaissez mes conditions depuis longtemps : conditions nécessaires pour la dignité de ma Maison, pour le respect que je me dois à moi-même, et non moins indispensables pour le bonheur du nouvel empire. C'est du pays que je me plais à considérer dès à présent comme mon autre patrie, qu'il dépend désormais en grande partie de rendre mon acceptation complète. Qu'il parle par la généralité de ses enfants, et c'est moi-même qui tiendrai à honneur de lui porter ma réponse, dès que les conditions auxquelles le succès est subordonné en Europe se seront réalisées. Mais, je le répète, il faut qu'ils parlent.
« Je reconnais avec vous, mon cher général, la gravité des autres questions traitées dans votre lettre avec autant de discernement que d'à-propos. Et c'est justement ce qui m'a confirmé dans mon intention de conférer avec la députation envoyée près de moi et dont le patriotisme et les lumières m'étaient pleinement garantis par la confiance dont la régence leur accordait un si éclatant témoignage. Les points S, 3, 4 et 8 de votre lettre et quelques autres que j'ai cru devoir proposer ont été examinés en ma présence par plusieurs membres de la députation, et le résultat de la discussion sérieuse et approfondie dont elles ont été l'objet se trouve consigné dans un rapport qui va être adressé à Votre Excellence par M. J. M. Gutierrez de Estrada. Je m'en rapporte à la teneur de ce document. Vous y trouverez tout ce
qu*il me serait possible à moi-même de répondre à tous les points que vous avez bien voulu me soumettre, surtout si vous fixez votre attention sur ma réponse à la députation lorsqu'elle se présenta à moi le 3 de ce mois.
« La question qui, selon moi, a la plus haute importance est celle qui est relative aux moyens de ramener les trois puissances signataires de la convention du 31 octobre 1861, à cette base légale, si essentielle pour placer la nouvelle monarchie dans des conditions qui garantissent sa sécurité, son indépendance et l'intégrité de son territoire. Tai vivement apprécié le loyal patriotisme avec lequel Votre Excellence insiste sur ce point capital.
« Il en est un autre sur lequel je dois aussi appuyer tout particulièrement; c'est la prompte pacification des principaux départements de 4'intérieur, afin qu'il soit rendu possible à la généralité de la nation d'exprimer librement et clairement ses vœux. C'est là la base indispensable de l'édifice qu'il s'agit d'élever sur des principes solides et stables. C'est pour moi le point de départ dont je ne saurais absolument me passer, comme il vous sera facile de le comprendre. Pendant que l'on travaillera à obtenir ce résultat au Mexique, on s'occupera activement de la solution des graves questions pendantes en Europe.
« Vous me faciliteriez grandement, général, cette dernière tâche en m'envoyant, comme je vous prie de me le faire, régulièrement, par les bateaux de Southampton et de Saint-Nazaire, des rapports détaillés où vous m'exposeriez avec une entière franchise la situation du pays.
« Veuillez me croire toujours, cher et honorable général, — votre très affectionné — Ferdinand-Maximilien. — Miramar, 10 octobre 1863. »
Dans une lettre du président de la régence, et datée du 8 octobre, le général Almonte envoyait à l'archiduc le plan de Chapultepec pour qu'il indiquât les changements à opérer dans ce château et l'approprier à sa nouvelle destination de résidence impériale. Le général ajoute qu'en attendant. Leurs
U4 HISTOIftB DU MBXIQUB.
Majestés pourraient habiter le palais occupé par le maréchal Forey jusqu'à son départ. Il dit ensuite que la campagne militaire ne peut tarder à s'ouvrir, les mouvements préparatoires étant commencés. Il répète les assertions déjà faites dans sa lettre du 37 septembre, sur la prompte pacification du pays ; il prie Tarcbiduc d'arriver au Mexique à la fin de décembre, et termine en le suppliant de nouveau de hâter son départ.
Pour bien comprendre l'esprit comme le contenu de cette correspondance, il est nécessaire de donner ici quelques explications. Las craintes de voir l'archiduc ne pas accepter le trône du Mexique, même après l'acceptation conditionnelle du 3 octobre , étaient parfaitement justifiées. L'archiduc se trouvait' entre des courants contradictoires qui prolongeaient ses hésitations. H. Jésus Teran, dont on a vu la signature au bas des préliminaires de la Soledad, comme secrétaire de Juarez, était allé à Miramar et faisait tous ses efforts auprès de l'archiduc, comme auprès de son secrétaire, M. le baron de Pont , pour dissuader le prince d'aller au Mexique. D'autre part, M. Guti errez de Estrada, le P. Miranda et leurs amis, tout en pressant l'archiduc de partir, voulaient le persuader de proclamer une politique conforme à leurs idées.
Des points importants restaient encore à résoudre. L'archiduc aurait pu imiter les présidents signataires des traités de Guadalupe, de la Mesilla, et Mac-Lane en cédant une partie du territoire mexicain, soit pour obtenir l'argent nécessaire à la réorganisation du Mexique, soit pour dédommager la France dans ses réclamations, et les sacrifices qui lui restaient à faire. Dans le public il fut même question de l'abandon de la Sonora et du Sinaloa à cet effet ; mais un pareil abandon ne pouvait que jeter un voile défavorable sur le nouvel empire ; l'archiduc devait donc maintenir l'intégrité du territoire mexicain ; il n'eut aucune peine à la maintenir^ Quant aux garanties qu'il demandait des trois puissances cosignataires de la convention de Londres, il ne
INTBEVBNTION FRANÇAISE. 145
pouvait obtenir de TEspagne et de l'Angleterre que leur appui moral, et ces puissances s'empressèrent de reconnaître le souverain du Mexique aussitôt que Tempire devint un fait accompli.
Restait la question des finances. Pour la résoudre, Farcbiduc recourut à un emprunt. Tous les traités rompus, les engagements contractés et non remplis, en un mot, tout le passé du Mexique devait rendre cet emprunt laborieux. L'argent n'est ni poétique, ni sentimental; aussi, malgré les beaux horizons, malgré les sympathies qui se présentaient en foce de la régénération probable de la patrie des Moctezuma, l'emprunt mexicain de 1863-1864 eut un reflet des anciens emprunts contractés par la république, depuis celui de, Victoria, jusqu'à ceux de Juarez. L'agiotage, les conditions onéreuses, les commissions exagérées qui enrichissent en vingt-quatre heures quelques individus, tous ces procédés flnancieVs, qui se renouvellent plus ou moins dans tops les emprunts étrangers, rendirent les emprunts mexi^ cains insuffisants et ruineux. Néanmoins, il est absurde dç mettre^ comme on l'a mis, la créance de Jecker, dans la cause déterminante de l'intervention et des emprunts mexicains. Que M. Jecker et d'autres intéressés au paiement de sa créance aient pris tous les moyens, même des moyens injustifiables, pour faire payer cette dette, c'est possible; mais, je le répète, cette créance qui n'avait rien à faire avec la triple intervention, n'avait rien à faire non plus avec les emprunts mexicains. Laissons donc les petits esprits et les petites passions ne voir que de petites choses dans les événements les plus importants de l'histoire d'un peuple.
Les conseillers que l'archiduc avait dans les membres de la coiQmission, pour éclairer sa conscience sur les besoins politiques, financiers, administratifs et sociaux du Mexique laissaient beaucoup à désirer. Il les a tous consultés et n'a suivi les conseils d'aucun. Voici pourquoi. Le général Woll, •pouvait renseigner le mieux Tarcbiduc sur les hommes et les choses du Mexique qu'il connaissait depuis quarante ans;
étranger 'eX militaire avant tout, le général était, sinon indifférend à toutes ces luttes des partis extrêmes, au moins juge impartial et sincèrement dévoué au bonheur de sa patrie adoptive ; mais sa qualité d*étranger et son âge, loin de plaider en sa faveur, furent les causes principales qui ne firent accepter ses conseils que sous bénéfice d'inventaire.
M. Hidalgo, éloigné du Mexique depuis 1848, l'avait à peu près oublié. Il était, du reste, d'une incompétence remarquable en tout ce qui concernait la politique et l'organisation administrative de son pays. Quant à M. Velazquez de Léon, dont l'archiduc fit un ministre d'État, on se rappelle le mot du général Tornel : — « Des deux frères Velazquez de Léon, je n'ai jamais pu faire un homme. » Le père Miranda, homme d'une valeur incontestable et plus souple que monseigneur Labastida et monseigneur Âfunjia, n'en était pas moins un clérical rétrograde, incapable de céder à la civilisation moderne, et à l'apaisement des partiâ les droits caduques du clergé mexicain. Il est inutile de parler des autres membres de la commission ; ils n'ont jamais brillé par leurs capacités politiques ou leur désintéressement.
M. Gutierrez, président de la commission, apôtre-martyr de la monarchie mexicaine, mort de douleur en apprenant la chute de l'empire, était de tout autre trempe que ses collègues. Il sut sacrifier et sa fortune et sa vie au principe monarchique. On l'a vu, dans le courant de cette histoire, exposer ses jours ou sa liberté, en manifestant ses idées à des heures inopportunes. Je ne crois pas qu'il soit jugé par la postérité aussi, j'allais dire drôlement, que le jugeait Timpétrice Charlotte dans une lettre, à propos d'une propriété qu'il voulait vendre : ce M. Gutierrez de Estrada, disait-elle, par l'entremise de M. Ulibarri son ami, voudrait que TÉtat lui achetât deux haciendas, si je ne me trompe, sises dans le département de Tula, et qui ont souffert, sous Juarez, un dommage estimé à 100,000 piastres, pour une somme de 183,000, valeur, assure-ton , desdites haciendas. Maintenant, il y a à considérer que M. Gutierrez de Esti*ada est.
non pas le père, mais le grand-père de l'empire mexicain, qui, iVnnée de ma naissance, s*est fait expulser pour avoir demandé qu'on mtt la république à la porte, et qu'enfin il a présidé toutes les députations mexicaines qui ont offert la couronne à l'empereur. Son caractère et toute sa vie ont été des plus honorables ; il est fortement cangrejOy »--écrevisse, rétrograde, — mais à son âge, loin de son pays, c'est pardonnable. Il vit dans les souvenirs de la monarchie espagnole, et ne s'aperçoit pas que le monde a tourné depuis lors. On ne saurait lui en vouloir pour cela. — Garlota. »
H. Gutierrez partageait pourtant les antipathies de ses compatriotes à l'égard des Espagnols, comme à l'égard de tous les étrangers; il était ultrà-catholique, mais pas aussi rétrograde que le dit l'impératrice Charlotte dans sa lettre. Quoi qu'il en soit, à part M. Gutierrez et le général Woll, la commission parut assez mal choisie pour laisser croire qu'elle avait été imposée à la régence par la situation. L'archiduc en eut une très médiocre opinion, dès la première conversation qu'il eut ,avec chacun de ses membres en particulier, car presque tous dans le tête-à-tête, critiquèrent leurs collègues et le président de la régence, qui fut défendu loyalement par le général Woll ; pour devenir ministres, ils se faisaient un piédestal de chaque compatriote qu'ils déchiraient.
Malgré l'envie sérieuse et solennellement manifestée d'accepter le trône du Mexique, l'archiduc avait donc encore, pendant l'automne de 1863, bien des motifs d'hésitation; pourtant, il n'attendait pour partir que le vote général du Mexique, l'accord de la France, de l'Angleterre et de l'Espagne sur les garanties qu'on donnerait au nouvel empire, et finalement la réussite de l'emprunt franco-anglais qui devait subvenir à ses premières nécessités. Ces nécessités auraient été considérablement amoindries , si l'archiduc avait connu le Mexique, s'il avait consulté des hommes compétents et n'appartenant à aucun des deux partis extrêmes» sur les besoins et les ressources de sa nouvelle patrie, sur
14S HISTOIRE DU MBIIQUE.
les moyens de la réorganiser provisoirement d*une manière économique et sur les écueils politiques ou financiers qu*il fallait éviter. Malheureusement, Tarchiduc avait sur ce pays des idées très erronées; il considéra son empire en artiste, en monarque idéaliste, et ne sut prendre aucune mesure utile pour le Mexique.
Si les échos de Miramar ne promettaient guère des jours de bonheur pour le Mexique et son futur souverain, l'horizon s'assombrissait également à Mexico. Aussitôt que la régence se fut constituée, elle se partagea les ministères pour faciliter sa tâche administrative. Le général Almonte avait la direction du ministère des finances et de celui des aCbires étrangères ; monseigneur JLabastida se chargea de ceux de l'intérieur et delà justice, et le général Salas eut ceux de la guerre et des travaux publics. Par économie, comme pour expédier plus promptement les affaires, ces différents ministères étaient confiés à des sous -secrétaires d'État. Dès que monseigneur Labastida vint à Mexico, il prit possession de son poste, provisoirement occupé par monseigneur Ormaechea, suppléant. Monseigneur Labastida voulait rappeler tous les décrets contre les biens de mainmorte et faire restituer au clergé les propriétés vendues en vertu des lois de désamoRtissement. Ayant sous sa juridiction les ministères de la justice et de l'intérieur, il défendit aux juges de recon* naître la validité des pagarès^ de statuer sur les causes concernant les biens du clergé, et voulait que les loyers fussent payés aux anciens propriétaires ecclésiastiques et non aux adjudicataires. Dans les délibérations privées de la régence, il insistait pour que les deux régents suivissent sa politique. Le général Almonte lui répondait que jamais la France ne consentirait à soutenir des lois, en opposition avec ce qu'elle avait sanctionné chez elle depuis 1789, avec les proclamations des généraux Forey et Bazaine, et les ordres de Napoléon III, prescrivant le maintien du statu fuo jusqu'à l'arrivée de l'empereur Maximilien. Il ajoutait que les locataires ne pouvaient se substituer au ministère public pour statuer sur
la légalité de la vente des propriétés qu'ils occupaient, et que, sans préjuger de l'avenir, ils devaient payer le loyer à ceux qui leur avaient loué la propriété, et non à d'autres.
Mgr Labastida répétait que maintenir la validité des pagarès et laisser payer les loyers des biens nationalisés aux nouveaux propriétaires, c'était reconnaître et par conséquent approuver les décrets de Comonfort et de Juarez. Ce raisonnement était faux , parce que le gouvernement provisoire n'avait pas la faculté de trancher cette question réservée pour sa solution à l'empereur Maximilien. Il était pénible de voir le premier prélat d'une nation de huit millions d'âmes compromettre le repos de sa patrie pour une question d'argent, si contraire aux préceptes évangéliques. Je ne parlerai pas des précédents dont Mgr Labastida pouvait* se prévaloir pour garder le silence dans cette triste affaire ; je dirai pourtant que le clergé français vaut, comme esprit patriotique et comme science théologique, le clergé mexicain ; néanmoins n'a-t-il pas accepté la nationalisation de ses biens? Le pape Pie IX, en revenant de Gaéte , n'a-t-il pas accepté la validité du papier monnaie mis en circulation par le triumvirat romain? Reconnaissait-il par là les spoliations et les décrets de Mazzini?Non, mais il subissait les faits accomplis pour ne pas jeter la perturbation dans ses États, en lésant dans leurs intérêts tous ceux qui, bon gré, mal gré, possédaient ce papier. Mgr Labastida dira-t-il que le Pape est moins catholique et moins théologien que lui? Mgr Munjia, plus violent ou plus intéressé encore que son collègue, disait : — a £h bien, perdons tout; il vaut mieux tout perdre que de transiger. » Ce raisonnement inqualiflable était bon pour ces messieurs, qui avaient de fortes sommes placées sur les banquiers de l'Europe, et pouvaient vivre tranquillement hors de leurs diocèses, sans souffrir des besoins matériels de la vie, mais les milliers d'invididus qui devaient, par nécessité, rester au Mexique, pouvaient-ils subir les exigences de l'épiscopat mexicain? On doit le dire» à la honte de ces prélats, la susceptibilité de leur conscience ni. 40
était exagérée, quand il s'agissait de leur fortune privée et des questions d'argent; elle était, malheureusement, trop élastique lorsqu'il s'agissait des intérêts de Dieu, de la religion et du peuple.
Les ordres de Mgr Labastida portèrent immédiatement leurs fruits. Le général Âlmonte, de concert avec le général Salas, constituant la majorité de la régence, publia, les 23 et 24 octobre, des communiqués dont voici des extraits : c< Le gouvernement est informé que les détenteurs de pagarès éprouvent des difficultés à en obtenir le paiement aux échéances. Les débiteurs se fondent, dit-on, pour ajourner leur libération, sur des ordres donnés par Tautoriié supérieure à la justice du pays de ne pas connaître des causes de l'espèce qui seraient portées devant les tribunaux. De pareils bruits ne peuvent être répandus que par les ennemis du gouvernement, et leur but est évidemment de produire le désordre et la désaffection en paralysant les afiTaires, en prêtant à la régence des intentions qui préjugeraient une question importante.
ce Le gouvernement est informé que les locataires des biens nationalisés refusent le paiement de leurs loyers, en se fondant sur ce que la régence aurait interdit aux tribunaux de connaître de l'espèce qui leur en serait déféré... Le gouvernement proteste contre ces calomnies... Le manifeste du général en chef doit être et sera la règle du gouvernement de la nation, qui doit trop à la magnanimité de l'empereur Napoléon III pour s'écarter de ses intentions. Or, ce manifeste dit que : les ventes régulières seront confirmées et que les transactions frauduleuses seules seront sujettes à la révision. »
Le 9 novembre le sous-secrétaire d'État envoyait aux préfets la circulaire suivante : « La régence de l'empire ayant été informée que, malgré les communiqués publiés dans le n"" 41 de la Gazette officielle^ dont un exemplaire est joint à la présente, plusieurs juges s'abstiennent de connaître des affaires concernant les pagarès et les locations de propriétés
ayant appartenu au clergé, me charge de faire savoir à Votre Seigneurie que, conformément aux susdits communiqués, les juges et tribunaux ont été et sont dans l'obligation de con* naître de toutes les affaires dont il est question. »
Ces communiqués, publiés malgré monseigneur Labastida, rendirent l'archevêque plus cassant et plus irrité. Pour ne pas être soupçonné de seconder secrètement les exigences de monseigneur Labastida, les généraux Almonte et Salas durent rompre avec lui. Voici sur cette rupture des détails donnés par une lettre intime.
« Mexico, 17 novembre 1863. — « ... Le général Bazaine ayant exigé que Ton retirât le décret de séquestre, » — sur les propriétés des dissidents — « cela se fit ; on revisa l'an; cien » — décret — « qui rendait responsable, avec leurs propriétés, ceux qui font la guerre au gouvernement à main, armée; le général Bazaine demanda que ce décret fût pareillement abrogé, que Ton décrétât la circulation des pagarès des biens du clergé et que les juges fissent des poursuites, sur la demande des adjudicataires, contre ceux qui ne payaient pas les loyers des maisons adjugées. L'archevêque a refusé de signer ces décrets. Le général Bazaine Texigeait. Les généraux Almonte et Salas ont dû les signer pour éviter le scandale qu'aurait pti donner le général Bazaine de dissoudre la régence. L'archevêque, irrité, a protesté et s'est retiré chez lui, sans pour cela vouloir renoncer à la régence.
<c On a publié clandestinement des excommunications contre ceux qui demeurent dans des maisons adjugées. MM... échauffent l'archevêque et catéchisent les juges pour qu'ils se démettent de leurs fonctions. En présence de ces faits le général Bazaine diffère son départ pour l'intérieur et ne veut pas l'effectuer jusqu'à ce que l'archevêque se retire; celui-ci ne veut pas... et dit que passer par où veut le général Bazaine, serait la même chose qu'approuver les lois de réforme, tandis qu'en acceptant les faits tels que les a trouvés la régence, laissant leur solution à notre empereur quand il
viendra, on ne fait qu'écarter celte grave question. Voilà les conséquences d'avoir nommé trois régents au lieu d*un seul comme nous le voulions.
ce L'archevêque ne sort plus de son palais où tous les mécontents entrent et sortent, bavardent, etc., et tiennent le public dans un état insupportable... Vous figurez-vous la position du général Âlmonte tâchant de contenir le torrent du clergé pour qu'il ne se heurte avec le général Bazaine? L'archevêque dit qu'il ne veut pas renoncer à ses fonctions, parce qu'il doit remplir ses engagements contractés avec notre empereur et celui des Français, qu'il ne se mêle pas des actes de la régence parce qu'il ne veut pas les sanctionner, et que n'assistant pas à ses délibérations, tout ce que signent les deux autres régents est nul... Il n'y a ni jugement, ni désintéressement ici ; on ne sacrifie rien à la patrie ni au bien-être général.
(c Marque;: vient de partir pour Morelia : il a dû laisser ici son quartier-maître, le colonel Facio, que l'on est en train de juger, à cause d'un déficit d'équipement dans sa division pour une somme de 60,000 piastres,— 300,000 francs. — Cette affaire est mauvaise, et Facio est dans de mauvais draps. Le plus clair de tout cela est que Marquez l'a abandonné à son sort. Ce sont des Français qui le jugent. Vous ' savez que Facio a reçu des mains du maréchal Forey la croix de la Légion d'honneur pour avoir le mérite de ne pas s'être battu et d'être un voleur !
(c 18. Le général Bazaine part aujourd'hui pour l'intérieur et l'archevêque se retire de la régence. »
L'auteur de la brochure la Cour dç Rome, etc., dit, pag. 20 et 2S, que la régence fut obligée de dissoudre la cour suprême le i janvier 1863. Or, la régence n'ayant été établie qu'au mois de juin, comment pouvait-elle, cinq mois avant son existence, destituer les juges de cette cour? Mais j'aurais trop à faire s'il me fallait rectifier toutes les erreurs débitées sur le Mexique par ceux qui en ont parlé sans connaître son histoire. Avant de publier la lettre adressée par la
régence à Tarchiduc sur cet incident, je dois, pour ne pas pas interrompre l'ordre des dates, en citer une de l'archiduc, adressée au général Almonte, dont voici la teneur :
« Mon cher général. — Votre obligeante lettre du 10 novembre me donne des nouvelles généralement satisfaisantes sur le progrès des opérations militaires destinées à affranchir les provinces de l'intérieur d'un pouvoir qui semble leur être antipathique. Presque en même temps que votre lettre, m'est parvenu Tavis télégraphique de l'entrée du général Mejia à Queretaro.
c( Lorsque les vœux librement émis des États de Morelia, S. Luis Potosi, Guanajuato et Guadalajara seront venus s'ajouter à ceux des Éiats qui ont déjà ratifié le vote des notables de Mexico, et qu'ainsi les provinces les plus centrales, les plus riches et les plus peuplées se seront prononcées pour l'empire, je serai en droit d'espérer que le mouvement monarchique continuant sous l'impulsion du parti de l'ordre, le pays tout entier ne tardera pas à suivre le même exemple.
« Je pourrai, par conséquent, accepter, en ce cas, définitivement la couronne, puisquMl est probable que d'ici là, toutes choses pourront être réglées en Europe. Veuillez donc faire en sorte, cher général, qu'aussitôt que la régence connaîtra les adhésions susmentionnées, elle les transmette au président de la députation qui alors, accompagné de ceux des délégués qui se trouveront en Europe à cette époque, aurait à se rendre sans délai à Miramar pour venir me les présenter.
« Soyez persuadé qu'à partir du moment de mon acceptation définitive, je m'efforcerai, autant que possible, de rapprocher le terme de mon départ pour ma nouvelle patrie.
a Le temps qui se passera jusqu'au jour de mon arrivée sur le sol mexicain sera pour vous, mon cher général, un temps d'épreuves de tout genre ; mais je ne doute pas qu'en maintenant cette attitude calme et prudente que vous avez observée jusqu'à présent, et en ayant soin de conserver à votre tâche son caractère essentiellement provisoire, vous
ne veniez à bout des nombreuses difficultés dont elle est entourée.
c( Je charge le baron de Pont de vous faire connaître mes vues sur plusieurs points de détails, et je suis, cher général, avec une estime sincère — votre très affectionné — Maximilien. — Miramar ce 26 décembre 1863. »
Le 27 novembre, le général AI monte rendait compte à Tarchiduc de l'affaire de monseigneur Labastida dans les termes suivants. Pour ne point me répéter je retrancherai de celte lettre les détails déjà connus.
« Mexico, le 27 novembre 1863. — Sire... — Les pièces que j'envoie ci-jointe à Votre Majesté — en copie depuis le n* 1 jusqu'au n° 21 — la mettront au courant d'une sorte de petite crise que mes deux dernières lettres pouvaient lui faire pressentir. Cette crise a été amenée, d'un côté par les exigences du général français pour le paiement des pagaris et des loyers de propriétés ecclésiastiques entre les mains des détenteurs actuels, et les exigences contraires impérieusement manifestées, au nom du clergé, par monseigneur l'archevêque de Mexico.
ce ... Sauf le pénible sujet dont je viens d'entretenir Votre Majesté tout marche vite et bien : Queretaro a été occupé le 17 courant par le général Mejia ; l'armée franco-mexicaine est accueillie avec un enthousiasme comparable à celui de Hon entrée à Mexico ; au moment où je vous écris, j'attends d'heure en heure la nouvelle de l'entrée du général Bazaine à Guanajuato, et du général Marquez à Morelia. A part des escarmouches amenées par hasard, dans l'une desquelles a péri le général Gomonfort qui commandait en chef la soi* disante armée de Juarez, on ne peut joindre personne.. Ainsi que je n'ai cessé de le répéter à Votre Majesté, nulle résistance n'est possible en présence de l'hostilité des popula* lions contre le régime dont nous venons les délivrer.
ce Aux États que nous possédions déjà il faut joindre, dès aujourd'hui, Queretaro, Michoacan, Morelia, Guanajuato et, quand cette lettre sera aux mains de Votre Majesté, Aguas-
INTERVENTION FRANÇAISE. iSS
€alientes, Zacatecas et San-Luis Potosi. La ville de Guadalajara. n'attend que notre approche pour faire son mouvement. Tovar et Lozada, maître de presque tout le reste de TÉtat de Jalisco, sont aux portes, prêts à .entrer au premier ordre. Sur les huit millions d'habitants auxquels est aujourd'hui réduite la population, plus de six millions ont adhéré à l'empire à l'heure où Votre Majesté lit cette lettre, et le reste aspire à une délivrance que les distances seules retardent, et non pas une foVce réelle appartenant h l'ennemi.
« Vidaurri vient de me faire savoir par le retour de l'agent que je lui avais envoyé, non seulement que les détails rapportés dans la lettre de M. S*** — ci-jointe en copie sous le n** 22 — étaient exacts et qu'il ne permettrait pas aux débris juaristes de se réfugier sur son tefriioire pour y amener leur triste cortège d'exactions et de brigandage, mais encore qu'il allait réunir le congrès de ses deux États de Nuevo-Leon et Cohahuila pour soumettre à leur vote l'adhésion à l'empire. Il se charge, en, outre, de pacifier tout le nord, Durango, Chihuahua, Basse-Californie, Sonora et Sinaloa. Votre Majesté se rendra facilement compte de l'importance de l'adhésion de Vidaurri qui nous délivre de la besogne diflTicile, mais surtout longue, qui restait à faire sur toute la frontière du nord, où la population, rare et disséminée, pouvait être maintenue longtemps dans une erreur préjudiciable à rentière pacification de l'empire, les dissidents étant sûrs des sympathies et du concours occulte, mais actif, des Yankees.
« Plus que jamais, en présence du grand mouvement d'ûpinion qui se déclare partout, de l'adhésion des États les plus riches, les plus peuplés, les plus importants, je considère Tempire comme un fôit accompli, et j'aspire à le remettre aux mains de Votre Majesté.
<!c La famille de Juarez a quitté S. Luis Potosi ; il ne tardera pas à la suivre, la marche de l'armée franco-mexicaine ayant provoqué, non pas une retraite, mais une ftjite générale, une véritable déroute. Si, comme je n'en doute pas,.
Vidaurri tient ses engagements, Juarez et les siens n'ont plus d'autres ressources que de quitter le pays; ils n*y posséderont plus dans un mois, ni un élément de défense, ni un refuge.
<c Dès aujourd'hui, Sire, les conditions posées par Votre Majesté sont remplies, et le vœu de l'immense majorité du territoire et de la population ne peut plus être révoqué en doute : Mexico, Puebla, TIascala, Yera-Cruz, Carmen, Yucatan, — insoumis depuis trente ans, — Tabasco, Chiapas, Tamaulipas, Queretaro, Guanajuato, Michoacan, Aguas-Caliehtes, Zacatecas, S. Luis Potosi, presque tout le Jalisco, une partie de Oajara et de Guerrero, ou sont à nous ou vont y être dans un bref délai ; l'ennemi se retire de partout et en toute hâte; c'est une question de marche, rien de plus. Or ces États comprennent les trois quarts du territoire et plus des quatre cinquièmes de la population totale de l'empire ; en outre , l'adhésion de Vidaurri ne laisse plus aux dissidents qu'une partie de Oajaca et de Guerrero.
« En présence d'une telle situation qui réalise complètetement ce que j'avais annoncé à Votre Majesté, quand la résistance ne consiste plus que dans des actes isolés de brigandage, commis par les bandes organisées ad hoc, et dont la destruction est une affaire de police et de gendarmerie, non plus affaire de guerre, je me crois autorisé à supplier Votre Majesté de ne pas retarder davantage son départ. Tous les doutes aujourd'hui sont levés et les dernières difficultés disparaîtront en votre, présence. Ces difficultés, du reste, sont toutes du genre de celle dont je rends compte à Votre Majesté au début de cette lettre, et, contre elles, vous seul. Sire, pouvez être tout-puissant.
ce Je ne doute pas que les lettres du général Bazaine h l'empereur Napoléon ne soient conformes à mes assertions, et sur la question militaire, et sur l'adhésion enthousiaste donnée par le pays à mesure que notre marche élargit le cercle de la zone délivrée.
c( J'espère, en conséquence, Sire, apprendre bientôt que
NTERYBNTION FRA^CAISB. 157
Votre Majesté, confiante dans les dispositions de tout un peuple qui l'attend avec impatience et le montre avec une ardente activité, hâtera le plus possible son arrivée parmi nous et viendra commencer personnellement l'œuvre de réorganisation qui doit nous régénérer et montrer au monde un grand souverain à la tête d'un grand peuple» là où le monde était accoutumé à voir et à plaindre un malheureux pays voué jusqu'à présent à une pitié dédaigneuse.
ce J'ai l'honjieur d'être, etc. — J. N. Almonte. »
A cette lettre, l'archiduc répondit par la suivante :
(c Mon cher général. — Vos communications du 27 novembre dernier m'ont informé des détails de la crise que venait de traverser la régence et qui s'est terminée par la retraite de monseigneur Labastida.
c( A la distance où je me trouve encore du théâtre des événements , je ne prétends pas prononcer sur la question qui a donné naissance à cette crise , mais tout me porte à croire, dès à présent, que vous avez bien fait d'éviter un conflit avec l'autorité française, en laissant subsister provisoirement le statu quo, tout comme je suis d'avis que la patrie devra vous être reconnaissante de la persévérance et de l'abnégation jdont vous avez fait preuve depuis l'origine de l'intervention.
(c Je vous remercie, cher général, des bonnes nouvelles que vous me donnez du progrès des opérations militaires dans l'intérieur du pays: elles permettent d'espérer que, d'ici à peu de semaines, nous connaîtrons les votes du reste de la nation au sujet de ses futures destinées.
(c L'adhésion de Vidaurri me paraît, comme à vous, un fait d'une haute importance.
(C Ma résolution, je le répète, est prise depuis le 3 octobre, et aussitôt que les négociations relatives aux garanties indispensables à obtenir pour la nouvelle monarchie auront abouti, ce qui, j'en ai l'espoir, ne va pas tarder, je suis prêt à me rendre aux désirs des Mexicains.
« Croyez, mon cher général, aux sentiments de haute
1S8 HISTOIRE DU HEIIOUE.
estime avec lesquels je suis — votre très affectueux — Maximilien. — Miramar, ce 10 janvier 1864. »
Pour terminer ici l'incident de monseigneur Labastida , j'ajouterai quelques extraits d'une lettre de M. Gutierrez de Estrada qui prouvent que la question des biens du clergé n'avait point été résolue entre les Mexicains de la députalion et l'archiduc... « Il est très désirable, dit M. Gutierrez dans cette lettre, datée de Paris, 8 décembre, qu'en attendant que l'archiduc se décide à partir, les difficultés ne s'aggravent pas... au point de produire une rupture absolue entre la régence et le parti catholico* monarchique... Si l'on doit introniser les principes de Juarez, dérouté et fugitif, à quoi, auront servi tant de sacrifices faits par nous et par nos prolecteurs et alliés?
« Demain, MM. Aguilar et Velazquez de Léon, vont partir pour voir s'ils pourront obtenir de l'archiduc ce oui tant désiré. » .
M. Gutierrez appelait à tort càtholico-monarchique , ce parti qui ne voulait rien sacrifier à la patrie ni à la monarchie, mais les conservateurs progressistes et monarchistes, représentés par M. Almonte étaient-ils donc protestants et républicains? En maintenant le statu quo trouvé par l'înléN veniion et par la régence, la régence et rintervention rrini* ironisaient rien. Il fallait que le parti réactionnaire eût réellement bien peu profité des leçons du passé, pour vouloir qu'on ne tînt pas compte de la situation nouvelle faite par les lois de réforme mises en vigueur depuis plusieurs années.
Les événements justifiaient pleinement les assertions du général Almonte, contenues dans ses lettres à l'archiduc. Le général Bazaine, parti de Mexico, le 18 novembre, se trouvait le 27 du même mois à Acambaro avec la division Castagny et celle de Marquez. A Maravatio seulement, le commandant Billot rencontra, le 21 novembre, cent cinquante lanciers dissidents, qui laissèrent dix des leurs tués dans cette rencontre. Ce fut le 12 de ce mois que le corn-
INTBRVENTKm FRANÇAISE. 159
mandant Aguirre de la division Mejia, avec cent hommes, tua Gomonfort et plusieurs officiers de son détachement. Une autre version affirma que la troupe de la division Mejia qui surprit Gomonfort, était commandée par les deux frères Tronooso. Ces deux jeunes gens, après avoir servi longtemps sous Doblado, se déclarèrent contre lui, lors de l'exécution de leur frère afné, ordonnée par Doblado, et se mirent au service du général Mejia pour venger leur frère. Le général Bazaine envoya la division Marquez, accompagnée de la brigade Berlhier, à Morelia, où elle arriva le 30 novembre. Le 2 décembre, le général Berthier, laissant Marquez seul dans le Michoacan, se mit en route pour rejoindre le général Bazaine et la division Douay qui arrivait de son côté par la route de Queretaro, sans avoir tiré un coup de fusil. Lé 4 décembre» le général Douay, précédé de la division Mejia, laissa Gelaya, et marcha sur Guanajuato, qui fut occupé le 8, sans coup férir. Le général Bazaine, avec la cavalerie, se dirigea pareillement vers le nord pour continuer les opérations. Partout, affirment nos soldats, les journaux et les correspondances du Mexique de cette époque , l'armée franco-mexicaine fut accueillie avec de grandes démonstra* tions de joie. Le 16 décembre, le général Bazaine, arrivé à Lagos, poursuivant Doblado qui fuyait en toute hâte, organise une colonne légère pour l'atteindre plus facilement, mais c'est en vain, l'ennemi fuit à marches forcées, et finit par se disperser.
Voici d'autres lettres qui confirment l'exactitude de ces renseignements. La première est du général Marquez au gé*néral Woll.
ce Morelia, 4 décembre 1863. — Mon cher ami et compagnon. — Dans toutes mes précédentes lettres je vous an^ nonçais que les populations seraient occupées, — militairement — sans un grand effort; aujourd'hui, j'ai le plaisir de vous écrire de cette ville qui m'a reçu parfaitement, sans que dans les localités traversées de la capitale ici, nous ayons eu la moindre chose à faire, ni le moindre embarras;
tout au contraire, partout nous avons trouvé une grande / décision pour notre cause et les démonstrations de confiance et de joie ont été très grandes.
c( L*ennemi, sans tirer un coup, se retire à l'approche de nos troupes, et cherche quelquefois à pousser les habitants au crime, les obligeant à assassiner les nôtres; mais il ne réussit pas même en cela; parce que la grande différence qui existe entre la conduite inique des juaristes, de leurs partisans et celle de nos troupes et de nos autorités qui garantissent par leur moralité et leur politique conciliatrice, la vie et les intérêts des particuliers, désarme complètement (^eux qui, trompés par les grossières calomnies des partisans de la licence, ont quelques préventions contre les nôtres.
c( Nous occupons déjà les principaux départements de l'empire, et lorsque vous recevrez cette lettre, vous pouvez être sûr que nous occuperons aussi ceux de S. Luis Potosi, Jalisco et Zacatecas, ne restant plus que les frontières qui de fait seront soumises à l'ordre dès quon le voudra.
(c Je suis très heureux de vous apprendre tout cela, parce que c'est la preuve la plus irréfragable que notre cause est nationale, que notre forme de gouvernement adoptée est la désirée, que l'élection du prince Haximilien est approuvée par la majorité, et qu'on espère trouver dans son auguste personne la félicité tant désirée pour notre patrie.
« Les désirs de l'empereur sont donc réalisés; il nous tarde de l'avoir au plus tôt dans le pays; parce que la complète pacification, par la destruction des guérillas, ne pourra s'effectuer que par une augmentation de nos troupes, ce qui ne peut avoir lieu sans une mesure extraordinaire pour le recrutement. Maintenant on ne peut établir la conscription employée en Europe sous différents noms, et le système de la leva — enrôlement forcé — étant prohibé, il est indispensable de suppléer par une mesure quelconque à ce mode de recrutement. L'empereur seul pourra le décréter, etc. — L. Marquez. »
En voici une autre de M. Almonte, adressée pareillement au môme général :
« Mexico, 9 décembre 1863. — Mon cher ami et compagnon. — Les nouvelles apportées aujourd'hui par ce courrier ne sauraient être plus satisfaisantes. Tout le district de Morelia est occupé; Queretaro, Gelaya, Léon, aujourd'hui Guanajuato, le sont par les généraux Douay et Mejia; Silao Test également par le général Bazaine, comme il me le dit dans une lettre que je viens de recevoir. Doblado a demandé une entrevue au général Bazaine, mais comme celui-ci connaissait déjà sa duplicité, il lui répondit qu'il n'y voyait aucun inconvénient et que pour cela il se rendait à Guanajuato avec ses troupes. Doblado alors abandonna la ville et se rendit à Silao. Bazaine partit pour cette ville, mais à son arrivée les troupes démagogues s'étaient déjà retirées dans l'intérieur. S. Luis Potosi et Guadalajara seront bientôt en notre pouvoir. Yidaurri reconnaîtra l'empire dans le Nuevo Léon, et alors les conditions de notre empereur seront remplies, etc. — - J. Almonte. »
Le 8 novembre Cortina écrivait à Juarez qu'il avait fait fusillé la veille à Matamoros le général espagnol Gobos, qui voulait, disait-il, dans sa proclamation aux habitants des frontières, les soustraire à la tyrannie insupportable sous laquelle ils gémissaient, soumis « au caprice et à la discrétion de quelques hommes qui , ici comme dans quelques autres États, absorbent comme des sangsues les fonds publics et le fruit de vois travaux. » Après avoir trahi les conservateurs pour un million qui ne lui fut pas payé, il trahit les juaristes qui le fusillèrent!
Le 16 novembre, Uraga,Doblado* Negrete, Tapia, Iglesias, Berriozabal, Régules, Alvarez, Miranda, Camaiio et d'autres généraux vinrent, à la tête de plus de huit mille hommes et d'une nombreuse artillerie, attaquer Morelia. L'attaque fut si violente que pendant deux heures les juaristes se maintinrent au milieu de la ville dans la journée du 21 au 22. Les généraux Marquez, Monténégro et Gutiorrez payèrent vail-
temment de leurs personnes, et par de prodigieux efforts de bravoure parvinrent à repousser les assaillants qui se retirèrent dans la soirée du 23. Au moment où les juaristes opéraient leur retraite, le général Marquez monta sur la terrasse de sa maison pour observer leurs mouvements, et fiit grièvement blessé par une balle de fusil, dans la joue droite. Les journaux et les lettres de Mexico du 24 novembre disent en parlant de ces faits : — ce Marquez, avec 2,000 hommes, est à Morelia où il a été attaqué par Uraga, qui avait avec lui plus de 8,000 hommes et quarante pièces d*artillerie. Uraga, battu, perdit onze pièces, 200 hommes tués et 1,500 prisonniers. Berriozabal, Uraga et Tapia ont été blessés. Marquez a reçu une blessure au visage. Juarez a quitté S. Luis Potosi pour se sauver à Monterey, sans consulter ses ministres. »
Le 26 décembre, M. Almonte écrivait à l'un des membres de la députation alors à Paris : — «Je ne crois pas qu'il y ait maintenant aucun motif pour retarder l'arrivée de notre souverain. Queretaro, Morelia, Celaya, Salamaoca, S. Miguel, Léon, Irapuato, Guanajuato et Lagos ont déjà proclamé l'empire, et leurs déclarations partiront par le prochain paquebot. Celles des premières populations sont parties avant hier. Le général Mejia doit occuper S. Luis Potosi, après avoir mis en déroute Negrete. Deux seules rencontres ont eu lieu, — celle de Negrete et celle d'Uraga — et la victoire nous est restée. Juarez, en apprenant ces nouvelles, est parti clandestinement pour Monterey. Doblado^ convaincu qu'il ne pourra tromper le général Bazaine, fuit du côté de Zacatecas. Les villes, les villages et les ranchos par où passent nos troupes les reçoivent avec un enthousiasme sans égal. Ces nouvelles convaincront sans doute notre souverain qu'il est désiré, et accéléreront, je l'espère, sou voyage, parce que sa présence dans le pays est la seule chose qui manque pour achever de compléter l'empire.
« M. de Saligny est parti hier pour s'embarquer à Vera- Gruz. Il s'est marié le jour antérieur, et l'archevêque a dû le dispenser des frais de bans» etc., parce que malgré tout ce
II^TERVENTION FlUNÇAISE. 163
qu'on a dit, le pauvre homme s*en va plus pauvre qu'on ne saurait le croire. J'espère que dans ses jours de malheur, ses amis ne l'abandonneront pas et lui montreront leur gratitude qu'il mérite, pour les services qu'il a rendus à la patrie.
(c Quant à la question religieuse, elle reste dans le statu quo, pour être résolue par notre souverain, lorsqu'il viendra. Malgré les exigences deâ deux partis, j'ai voulu qiie cette question restât comme nous l'avons trouvée à notre arrivée dans la capitale. En cela, je n'ai bit que suivre les instructions données par notre protecteur l'empereur Napoléon au général en chef, etc. — J. Almonte. »
Le général Douay, à la poursuite d'Uraga, finit par atteindre son arrière-garde. Dans cette rencontre^ le général Uraga perdit un matériel considérable, destiné au forage des canons, au frappage de la monnaie, des lingots de cuivre et cent quarante-trois mulets chargés d'avoine et de munitions. Serré de près, le général mexicain ne trouva d'autres moyens d'empêcher tout son parc de tomber entre nos mains que de le livrer aux flammes. Le 5 janvier, le général Bazaine entra dans Guadalajara, sans coup férir. A cette date, les assertions du président de la. régence étaient justifiées ; l'empire était un fait accompli ; il ne lui manquait plus que l'empereur.
On se rappelle la lettre de Santa-Ânna, envoyée le IS octobre 1861, de Saint-Thomas, à M. Gutierrez de Estrada, publiée par les journaux et dans laquelle il disait en t)arlant des maux du Mexique : « Le seul remède est de substituer un empire constitutionnel à cette farce appelée république. » On se rappelle également que dans une autre lettre datée du 30 novembre de la même année et adressée au même personnage, il approuvait le choix de l'archiduc Maximilienpour le trône du Mexique et disait : « Persuadé que le moment d'agir est venu, je suis disposé à me présenter le plus tôt possible sur le sol de ma patrie, décidé à travailler de toutes mes forces à la réussite de l'afifaire. Par le paquebot pro-
Chain, du 17 décembre, je vous donnerai avis du jour de mon départ de cette île, etc. » Le 22 décembre 1863, voyant que Tempire mexicain se constituait, il écrivit une lettre à Tarchiduc, dans laquelle il lui disait entre autres choses... ce Oui, monseigneur, en saluant Votre Altesse Impériale comme empereur du Mexique, en accédant au vœu de mes compatriotes, en vous offrant respectueusement mes faibles services^ je puis vous assurer, sans flatterie, que mon adhésion à Votre auguste personne n*a pas de bornes... Je puis également assurer à Votre Altesse impériale, que la voix qui s'est élevée dans le Mexique pour proclamer votre nom, n'est pas celle d'un parti. L'immense majorité aspire à rétablir l'empire des Moctezuma avec Votre Altesse Impériale à sa tête, persuadé que c'est l'unique remède pour guérir les maux de la société, la dernière ancre de salut. »
Santa-Anna ne put voir d'un œil impassible le nouvel empire se créer sans lui ; son amour-propre se révolta à l'idée que son pays, dont il avait si longtemps présidé les destinées, s'organiserait sans son concours. Il vint à Vera-Cruz et lança une proclamation dans laquelle il rappelait au peuple mexicain ses services rendus et ses gloires politiques et militaires; il l'engage ensuite à montrer sa reconnaissance <c envers le monarque magnanime qui a étendu sa maii\ puissante et généreuse sur lui et sans le secours duquel la nation gémirait encore sous le joug oppressif et barbare d'une anarchie sans frein. » Puis, il termine en déplorant ses erreurs dé jeunesse qui lui firent soutenir le système républicain auquel la patrie doit tous ses malheurs et dit : <c La dernière parole de ma conscience et de mes convictions, c'est la monarchie constitutionnelle. » Mais cette proclamation fut jugée inopportune par nos autorités militaires; on le pria de se rembarquer pour la Havane. 11 ne voulait pas se résigner, comme Miramon le fit, à rester simple général de division, avec ou sans commandement. Dans une lettre datée de la Havane, 4 avril 1864, il exhale son ressentiment dans ces termes :
INTBRYBNTION FRi^NÇAISB. 165
c< ... Avec la méfiance naturelle qu'inspire la chute de nos illusions, je m'étais enfin décidé à répondre à l'appel de mes amis, — il y avait mis plus de deux ans, — et je me mis en route pour Verà-Cruz... Mais, comme vous l'avez appris par la presse étrangère, je fus à la fin victime de l'envie la plus noire et des passions les plus misérables... L'organe sublime de la presse périodique a voulu justifier l'acte arbitraire dont j'ai été l'objet. Jamais je n'aurais cru me heurter dans ma vie politique contre un événement de telle nature, et croyez qu'il a fallu employer toute ma philosophie pour surmonter une vicissitude aussi amëre... Si notre empereur Ferdinand Maximilien m'envoie quelque honorable souvenir et m'ordonne de revenir sur le sol de la patrie, j'y retournerai, parce que je n'ai jamais cessé de désirer mourir où je suis né. Je vais, dès aujourd'hui dans ma résidence de Saint- Thomas , attendre la régénération de ma patrie, etc. — Â. L. de Santa-Ânna. — P. S. Pensant que le bateau, qui conduit S. M. l'Empereur, passera par ici, pour faire du' charbon , je m'arrête encore ici, à cause de cette circonstance. »
L'empereur ne passa pas par la Havane, et n'eut jamais de sympathie pour Santa-Anna; dont le caractère remuant et tergiversatif lui déplaisait.