BOULEVARD MONTMARTRE
Au coin de la rue Vivienne
A, LACEOIX, Y£RBOEC£HOY£N £T G**, JÈDlïEUilS
A BBITXZLUS» A IXIPZIO XT A XJTOUIIVB
Tous droîU de tradactioo et de reprodaclion rèêenùs
INDÉPENDANCE
Depuis 1862 jusqu'en 1867, des fragments de Thistoire du Mexique et la question mexicaine ont été l'objet d'une multitude d'articles, de brochures et de livres. La bourgeoisie,
le commerce, l'industrie, la diplomatie ont improvisé des myriades d'écrivains qui ne connaissent ce pays que pour en avoir entendu parler, et qui en ont parlé avec l'exactitude et l'autorité que promettait la connaissance qu'ils en avaient ! Des sergents et des officiers du corps expéditionnaire ont fait, à leur tour, des histoires drolatiques ou lugubres sur cette contrée. J'ai eu le courage de lire une centaine de ces écrits fantaisistes et j'avoue que c'était une rude éprèuve. Ces élucubrations absurdes, inexactes ou partiales donnent les idées les plus fausses du Mexique et de la question mexicaine. Certains auteurs, confondant les noms de personnes avec des noms de ville, font les quiproquos les plus bizarres ; d'autres, prenant un village pour une capitale, font faire ainsi douze cents lieues en' vingt-quatre heures à toute une armée. Il me faudrait plus d'un volume pour relever ces
bévues; les signaler plus longuement serait inutile et fastidieux.
Pourtant, il est peu de ces écrivains qui ne soient persuadés de connaître le Mexique et de pouvoir le régénérer
mieux que personne. Quant l\ ceux qui l'ont parcouru le fusil sur le dos ou le sabre au poinp;, h pied ou h olieval, ceux qui sont allés de Vera-Cruz à Mexico simplement en diligence et sont revenus de même, sans aller plus loin, je ne sais s'ils ont eu le temps ou les moyens d'étudier le Mexique, son bisloire, les causes de ses révolutions et le caractère de ses babitanls; mais il me paraît difTicile d'acquérir en quelques mois, en deux ou trois années, dans les salons, les cafés, ou sous la tente, une connaissance exacte d'un pays et d'une nation. Une science superficielle est toujours dangereuse quand on la débite dans des journaux, des brocliures, des revues ou des livres. Je ne dirai donc rien de ces écrivains, ni de leurs ouvrages.
Je regrette d'être obligé de parler des articles de M. de Kératry, sur la chute de l'empereur Maximilien. Ces articles fourmillent d'erreurs bisloriques et d'appréciations erronées; mais, comme ils fourmillent aussi de documents inédits, je dois en tenir compte de temps à autre. On comprend que le maréchal fiazaine, fort ennuyé d'être violemment attaqué par la presse, et même calomnié, ait confié sa dé* lénbc à l'un de ses anciens officiers, et lui ait l'cniis une partie des lettres que lui adressait l'empereur Maximilien; malbeureusement, pour sa cause, M. de Kératry fait peu de cas de la logique ; sous prétexte de défendre le maréchal, il attaque le gouvernement français, le gouvernement mexicain, les roiiciioiinaires libéraux et conservateurs, le clergé; en un mut, il attaque tout le monde et prouve, en outre, que Je maréchal ne s'accordait avec personne, quoique Tempereur Maximilien lui eût écrit parfois des lettres très amicales. Son réquisitoire trouva naturellement un accueil empressé dans la licvue conicmpoydi^ie , devenue indépendante. Lorsque M. de Keratiy rouait articles en un vo-
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lume, il pria M. Prévost-Paradol de lui faire une préface. M. Prévost-Paradol, a'ayant aucune notion du Mexique, ne pouvait évidemment écrire qu'une préface d*oppositioii syslémalique, et non d'histoire, en tête d'un livre d'opposiiion éciieveiée. Ce n*eât donc pas dans le livre de M. de Kératry qu'on trouvera l'exactitude et Timpartialité pour la période bistorique qu'il raconte.
Il était îi présumer que la commission scientifique, instituée par S. Exc. M. Duruy, publierait, sur le 3Iexique ancien et moderne, des documents historiques d'une grande valeur. Là, encore, une amère déception attendait ceux qui cherclient à connaître la vérité sur cette intéressari'o et vaste contrée. Si je suis bien informé, la première idée de cette commission est due à Tempereur Napoléon qui, envisageant le côté pratique de notre intervention, voulait faire reconnaître par des ingénieurs géologues la véracité des rapports accrédités en Europe sur la richesse métallurgique des provinces mexicaines. Ces ingénieurs partirent, en effet, en 1864, pour accomplir leur mission. Le maréchal Vaillant développa l'idée de l'empereur et voulut donner à la commission scientifique le caractère universel de celle i\\n, jadis, explora l'Egypte. Enfin, M. Duruy eut l'honneur de rorgai\iser et de choisir le personnel de l'expédition qui devait explorer le Mexique.
Cette expédition, partie en i865, pour Mexico, coûta fort cher et ses résultats furent assez piteux. Les plantes envoyées par les botanistes restèrent longtemps à Vera-Gruz ou dans nos ports , en attendant d'être expédiées pour le Jardin des plantes ; elles furent presque toutes perdues pour la science et nos collections. Les minéraux, je crois, attendent encore un local pour les étaler. Les quelques objets aztèques qui se trouvent au Musée du Louvre pouvaient servir de noyau à un musée d'antiquités mexicaines, mais la commission n'acheta pas le§ collections importantes qui lui furent offertes et dédaigna celles qu'on lui donnait, de sorte que la France perdit, peut-être pour toujours, Tocca-
HISTOIBB m MBXIQUB
sion d'avoir un musée mexicain unique dans le monde, après celui de Mexico. La partie historique n'eut guère plus de
succès que la botanique et rarchéolop:ie.
Il faut bien Tavouer aussi, le budget de M. Duruy est uu peu restreint, et, s'il n'a pas fait d'avantage pour la science, ce n'est pas à cause du peu de sympathie que rencontrent ordinairement les savants spécialistes auprès des profes* seurs universitaires; en favorisant les uaiversilaires plutôt que les spécialistes, le ministre de Tinslruction publique subissait, sans doute, une situation qui Toblige à limiter ses faveurs et à les donner de préférence aux moins privilégiés. Néanmoins, à Tégard de l'expédition scientilique mexicaine, Son Excellence montra toute la c^énérosité possible, dans le cercle de ses facultés. M. Duruy récompensa deux deses membres, en lejs décorant en 1867 ; Tun s'était distingué par des travaux de traduction et des recherches laborieuses; un des membres de la commission m'affirma même qu'on lui doit la découverte de Veau de la Floride; l'autre, photographe convaincu, éleva le temple mexicain en toile peinte et rempli d'objets égyptiens et chinois qu'on admirait à l'Exposition universelle. La science et les arts, représentés dans cette expédition, furent ainsi rémunérés d'une manière tout aussi méritée que l'avait été, l'année précédente, la littérature populaire, dans l'un de ses plus nobles et plus infatigables propagateurs.
Les publications historiques et politiques déjà signalées étant donc inexactes, insuffisantes ou passionnées, la commission scientifique n'ayant encore rien publié de satisfaisant et d'utile, j'ai repris la plume pour combler une lacune importante. Gomme il bst db toutb impossibiutê de compbbndre LES événements PASSÉS DE 1861 A 1867, si l'on ne connaît pas
l'histoire du MEXIQUE, AU MOINS DEPUIS SON INDÉPENDANCE, je me
suis décidé à faire cette histoire. Afin de donner plus d'autorité à ce travail et m'eûacer complètement, je l'ai fait avec des documents mexicains, des -correspondances intimes, particulières, dans lesquelles la pensée de récrivain 8*épa<
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nouissait librement, franchement, ne s'imaginant pas. que ses lettres verraient un jour la lumière de la publicité.
Réunissant alors plus de quarante mille documents inédits, composés de mes correspondances mexicaines de 1846 à 1868, des documents que j'avais recueillis pendant vingt ans, des correspondances de mes amis qui ont joué un rôle sérieux dans la république, Tintervemion et Tempire, j'écrivis une longue histoire que je réduisis aux proportions actuelles pour la rendre accessible à tout le monde. Cette histoire, telle qu'elle est, ce n*est donc pas moi qui Tai faite, mais les acteurs et les témoins des événements politiques et militaires qui se sont passés au Mexique depuis son indépendance. Pour obéir aux désirs des personnages qui m'ont ainsi prêté leur concours, j'ai dù supprimer le nom, tantôt de Tauteur de la lettre, tantôt de celui à qui eile-était adressée ; parfois il a fallu m*en servir comme renseignement ou texte; d'autres fois, ces lettres m'étant adressées, je n'ai mis que leur contenu, sans les formules d'usage qui sont en tête ou à la fin de toutes lettres. J'ajouterai qu'elles sont criginales, et que je n'ai voulu en confier la traduction à personne afin de pouvoir répondre de son exactitude.
Quant à la correspondance de l'empereur Maximilien , j'avoue que je ne la public qu'à titre de peinture de son caractère et de ses appréciations {jcrsoiinelles, et non pas de monuments historiques. En efi'et» dans ses lettres comme dans ses conversations, l'empereur révèle peu de suite dans ses idées, peu de stabilité dans ses jugements, et même une ilexibilité d'esprit qui va jusqu'à la contradiction. Celte contradiction se trouve dans ses actes comme dans ses pensées. Juger les hommes et les événements d'après les tableaux tracés par l'empereur, c'est s'exposer à les voir sous un jour mobile donnant aux clairs et aux ombres des teintes souvent exagérées et rarement justes. Sa Majesté écrivait beaucoup, s'impressionnait facilement, se laissait aisément influencer, sans croire pourtant ce qu'on lui disait. Elle esquissait» dans une sorte de journal des portraits qui
n'avaient aucune ressemblance avec les originaux, des impressions qui s'efTaçaieiU vite et des récits dont Elle ne contrôlait pas toujours la sincérité. Souvent l'empereur comblait d'éloges et de faveurs des personnes qu'il maltraitait assez rudement dans son journal ou dans des conversations intimes. Les appréciations de Sa Majesté étant donc aussi mobiles, ses lettres ne pouvaient être publiées que pour indiquer sa pensée provisoire sur les hommes et les choses. Celles de l'impératrice Charlotte révèlent, au contraire, un esprit plus ferme, mieux assis, un coup d'œil juste, un peu caustique et fin. La femme, la souveraine et Thomme d'État se montrent tout à la fois, dans sa curieuse correspondance, et souvent dans la même lettre.
Naturellement, il m'aurait fallu vingt gros volume pour contenir toutes ces correspondances et j'ai dû élaguer les moins importantes. J'ai subslitué autant que possible ces lettres à mou récit; étant indillérent à la question, je ne me suis inspiré que de ces documents et non de mes propres idées. Aussi, l'on verra que le môme personnage et le même parti loués dans certaines circonstances, sont blâmés dans d'autres. Pour ne parler que de Santa-Anna et de Marquez, je n ai jamais eu de sympathies pour ces deux généraux ; il m'a fallu, néanmoins, modilier mon jugement à leur égard, pendant la plus grande partie de cette histoire.
Ces préliminaires indispensables étant posés, je dois dire qu'il n'est pas exact d'artlrmer, comme le font nos historiens français, que le premier cri d'indépendance poussé au Mexique fut un contre-coup de la grande crise qui bouleversa la France en 1789. Dans un [)ays aussi éloigné, oii la langue française était à peu près incomiue, où les imprimés étaient prohibés ou sévèrement examinés, nos ouvrages philosophiques et nos journaux ne pouvaient exercer aucune influence. Loin de là, le premier mouvement qui troubla le Mexique fut antifrançais et des plus monarchiques, ce fui un élan d'amour et de dévoùment envers Ferdinand VII, alors captif à Bayoaae. Des écrits bien autrement iucea-
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diaires furent lancés par les Espagnols eux-mêmes en Amérique comme dans la péninsule, lors de rinvasioii de l'Espagne en 1808, par Tarmée française. Pour exciter par tous les moyens le patriotisme national, les Espagnols répandirent à provision des écrits dans lesquels on faisait appel à rinfluence religieuse, aux droits de la nation. Les doctrines contenues dans ces publications produisirent partout l'effet attendu; elles commencèrent à dissiper les ténèbres dans lesquelles vivaient les colonies, elles suscitèrent réveil du peuple et préparèrent l'indépendance de toute rAmérique espagnole. Aussi, vit-on dans les assemblées provinciales toutes les classes de la société mexicaine prendre part aux délibérations en faveur du roi et contre les Français.
Joseph Bonaparte, dont le règne éphémère rappelle celui de Tempereur iMaximilien, était alors, un peu malgré lui, sur le trône; il ne commandait pas plus à l'Espagne qu'aux généraux de l'empire. La péninsule, livrée à Tanarchie, se débattait sous l'étreinte du nouveau César qui menaçait de conquérir le monde. Les provinces du royaume formaient des assemblées — juntes — séparées ; chacune voulait diriger la nation. Celle de Sévilie envoya des mandataires à Mexico pour se faire reconnaître. Le pouvoir royal était anéanti dans laNouveHe-Espagne par l'abdication de Ferdinand VII; les habitants furent donc obligés de prendre possession d'eux-mêmes et d'organiser un gouvernemeal quelconque.
La municipalité de Mexico vint, dans ses carrosses et en
costume de gala, remettre au vice-roi Iturrigaray, une délibération dans laquelle elle prolestait de son attachement à la maison de Bourbon, se déclarait prête à faire les plus grands sacrifices pour la défendre et demandait la convocation d'une assemblée nationale, formée des délégués des dilVérentes provinces.
Celte démarche de la municipalité de Mexico produisit une immense sensation dans tout le pays. Le vice-roi ne repoussa pas la proposition et la renvoya à l'audience pour
it * HISTOIRE DV ipiIjQUE.
avoir son opinion. Malheureusement raudiencet on se le rappelle, n'était pas seulement composée d'Espagnols, elle personnifiait, en outre, la domination de la mère patrie,
dans sa plus grande rigueur. Ses membres ne pouvaient se marier au Mexique, ne devant avoir d'autres intérêts que ceux de la péninsule. Une assemblée nationale élue, soit par les habitants, soit par les municipalités provinciales dans lescpielles les créoles formaient la majorité, donnait h la population mexicaine, proprement dite, des droits politiques dont elle avait été constamment privée; ensuite, l'élément espagnol devait être naturellement noyé, dans cette assemblée, par l'élément mexicain vingt fois, au moins, plus con* sidérable que le premier. L'audience comprit la double portée de cette mesure et la combattit violemment. La municipalité de Mexico insista et le vice-roi se montra disposé à lui donner raison. Dès lors les Espagnols résolurent la perte dlturrigaray; ils séduisirent la garde du palais, pénétrèrent, au nombre de trois cents, dans sa chambre, pendant la nuit du 16 septembre 1808, le saisirent et l'enfermèrent avec ses deux fils aînés dans les prisons de l'inquisition, comme je l'ai déjà dit dans YUistoire ancienne du Mexique. Sa femme et ses autres enfants furent confinés dans un cou* vent. On mit également sous les verrous plusieurs Mexicains des plus influents parmi les membres de la municipalité de Mexico, et ceux qui s'étaient prononcés dans le même sens. Les Espagnols s'organisèrent aussitôt en troupe armée pour comprimer l'élan des Mexicains qui commençaient à se croire quelque chose et murmuraient contre la conduite violente et présomptueuse de leurs maîtres.
La déposition d'Iturrigaray, les faits et gestes de l'audience, des Espagnols et de Vénégas qui devint vice-roi en 1810, exaspérèrent les Mexicains. Deux partis se formé* rent alors ou pour mieux dire se tranchèrent d'une manière caractéristique : celui des gachupines, nom donné aux Espagnols, et celui des guadalujieSy nom pris par les Mexicains,
mémoire de la protectrice du Mexique, Notre-Dame de
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Guadalupe, De la formation de ces partis surgirent, d'abord uoe lutte sourde, puis de vastes conspirations et finalement une formidable insurrection qui prit feu dans Tintendance de Guanajuato. L'assemblée provinciale du Michoacan avait déjà refusé obéissance à la métropole et s'était déclarée souveraine du pays; elle fut appuyée par tous les partisans des idées nationales» mais Tarmée d'insurgés dont elle disposait ne put résister aux soldats espagnols ; l'assemblée fut dispersée avant d'avoir rien organisé de sérieux. Peu de temps après sa dispersion parut don Miguel Hidalgo y Càstilla, curé de la petite ville de Dolorës, dans la province de Guanajuato.
Né en 4747, Hidalgo était un vieillard exalté, actif, énergique, passionné, aimant son pays. Il s'était adonné à l'amélioration de Texistence de ses paroissiens par la culture des arts utiles. Grâce à son industrie, les côteaux de Dolorès s'étaient couverts de belles vignes et de mûriers; mais, . comme en vertu du système protectionniste, l'Espagne avait prohibé 1^ fabrication du vin au Mexique et l'éducation des vers à soie. Tordre fui envoyé de Mexico d'arracher les vignes et les mûriers de Dolorès. Hidalgo, l'âme déjà remplie de haine contre les gachupines, entra dans plusieurs conspirations dont le but unique était le massacre des Espagnols. Lié avec les capitaines de milice créole Âliende» Abasolo et Aldema qui avaient tenu garnison à Guanajuato, il conspira de nouveau avec eux, et, deux ans après la déposition d'Iturrigaray, il leva l'étendard de la révolte. A l'approche des troupes envoyées pour s'emparer de lui, il fit sonner le tocsin et appela le peuple aux armes. Une foule dlndiens accourut se ranger sous sa bannière et dès le len* demain il prit deux villes dans les environs. Un de ses premiers actes fut d'y confisquer les propriétés espagnoles et de les distribuer à ses soldats. Quelques jours après, à la téte de quarante mille Mexicains sans discipline et mal armés, il se dirige sur Guanajuato, ville de soixante-quinze mille âmes, et Tune, des plus riches d^M. Mexi(;iue par ses mines d'argent.
Le combat s'engage; combat terrible inspiré par la soif de la vengeance, la haine des castes et la cupidité. L'intendant Riano, les Espagnols et les créoles les plus riches s'enferment dans la halle aux grains, — l'Alhoiidiga, — et se défendent en désespérés. Riano est tué dans une sortie; sa mort déconcerte la défense; une des portes de la halle est réduite en cendre par des fagots enflammés apportés par les Indiens. Les assaillants se précipitent par cette ouverture et massacrent tous ceux qu*ils rencontrent. liidal,i:(o n'essaya pas d'arrêter les tlots de sang qui couiaieiU autour de lui; il voulait inspirer la terreur à ses ennemis; mais il dépassa le but; les créoles eurent horreur de ces massacres et prirent dès lors le parti des Espagnols. Environ seize millions de francs furent trouvés en métaux précieux h l'Alhondiga seulement, et devinrent la proie des pillards ainsi que toutes les richesses enfermées dans les maisons espagnoles. Pareil butin donna de nouvelles forces à l'insurrection et de nouvelles recrues.
Acambaro, Gelaya, Guadalajara et Valladolid tombent ensuite aux pouvoirs des insurgés; partout Hidalgo souille sa victoire par le massacre de la population espagnole. Regardait-il cette extermination systématique comme une des conditions de l'affranchissement du peuple mexicain? Était-ce un de ces épouvantables calculs politiques qu'on retrouve dans le paroxysme des grandes révolutions? L'histoire ne le dit pas, mais système, calcul ou faiblesse» cette conduite causa sa perte. Le parti de l'indépendance fut subitement arrêté dans son développement par les excès des insur^^és qui foulaient aux pieds les lois de la guerre, de la religion et de rhumanité!
Le 28 octobre 1810, Hidalgo était à Toluca, à douze lieues de Mexico, avec une armée qui rappelait celle de Pierre TErmile. Il s'était fait pi'oclamer généralissime des troupes indépendantes; Allende avait le titre de capitaine général. Vénégas n'avait que huit mille hommes à opposer à ce torrent dévastateur; Us auraient suffi pour l'anéantir, s'ils
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avaient été commandés par un autre que le général Truxillo
qui se fit battre à Las Cruces par Hidalgo. Celte victoire, pourtant, coûta cher aux insurgés. Mexico ne bougeait pas"; ses habitants, contenus par les régiments espagnols pu terrifiés par les actes odieux de l'armée indépendante, restèrent simples spectateurs de ce drame. Hidalgo se retire vers l'intérieur, vigoureusement poursuivi par le général Calleja qui l'atleint . dans les plaines d'Acuico, met son armée en pièces et fait sabrer les fuyards par la cavalerie espagnole, sous les ordres du comte de la Gadena. Vaincu mais non découragé, il rassemble autour de lui ses hordes débandées, tandis que son lieutenant Allende rentre à Guanajuato où Calleja le suit. Le général espagnol s'empare de cette ville et se venge par les plus horribles cruautés du massacre de ses compatriotes. L'histoire raconte qu'il fit entasser sur la principale place de Guanajuato quatorze mille hommes, femmes et enfants, qui furent égorgés. Calleja, disant que la poudre et les balles coûtaient trop cher pour être employées dans cette boucherie, lança ses soldats sur ces victimes sans défense avec ordre de leur « couper la gorge ». Affreuse guerre de représailles, où le sang coulait sans aucun prolit pour les deux partis.
Hidalgo marche sur Guadalajara, s'empare de cette ville, ordonne la mort de tous les Espagnols qu'il a fait arrôier, pour se venger h son tour des cruautés de Calleja ; il réorganise son armée et va se fortifier au pont de Calderon où il attend les troupes de Calleja. Celui-ci arrive bientôt et fait un carnage épouvantable des insurgés. Cette fois la victoire des Espagnols est com[)lèie et la défaite des Mexicains une déroute. Les chefs mexicains se dirigèrent alors à marches forcées, avec les débris de leur armée, vers la frontière des États-Unis; mais le âl mars 1811, un officier de Tindépendance, Elisondo, les trahit et les livia pour obtenir son pardon. Ceux qui n'étaient pas ecclésiastiques furent immédiatement fusillés. Hidalgo et les autres prêtres ne pouvaient être condamnés par l'autorité militaire, avant d'avoir été dé-
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gradés par Tautorîté ecclésiastique. La dégradation du curé deDolorès se lit en présence d'un grand concours de peuple, puis il fut livré au bras séculier et fusillé par derrière.
Hidalgo n*avait aucun plan politique; ses proclamations, au moins celles que j'ai lues et qui furent trouvées k Za* mora en 1832, dans plusieurs maisons, commençaient toujours par ces mots : — « Vive Ferdinand VII. » — Le sentiment patriotique qui lui lit prendre les armes ne s'alliait à aucune combinaison sérieuse. Vindicatif et cruel, il ne sut pas parler le langage dé la justice et de la raison ni garantir les propriétés et la sûreté personnelle des gens paisibles qui voulaient rester neutres; il laissa partout derrière lui le deuil et la dévastation. Chacun craignit alors pour ses biens, pour sa vie, les créoles mêmes recherchèrent l'appui du gouvernement qu'ils détestaient pour les sauver du danger présent. Aussi, riiistoire ne trouve-t-elle à louer dans Hidalgo que son courage et son initiative dans la grande œuvre de l'insurrection.
La mort d'Hidalgo n'anéantit pas les espérancës des Mexicains patriotes; Morelos, Bfatamoros, Gaieana, Guer-
rero, Bravo, Mier y Teran apparurent presque en même temps, sur différents points, à la léte des insurgés. Ce n'étaient déjà plus ces masses tumultueuses et sans frein conduites par Hidalgo ; les malheurs et l'expérience avaient un peu discipliné ces nouvelles troupes et légalisé, pour ainsi dire, le mouvement insurreciionnel. Jusepli-3Iarie .Morelos est, sans coutre<liu la plus belle et la plus noble figure de cette époque. Fils d'un Indien, il embrassa l'état ecclésiastique, s'acquitta de ses devoirs avec beaucoup de zèie et devint curé de Caracuaro. Hidalgo, avec qui il était lié, l'ent raina dans la guerre de l'indépendance. Nommé généralissime, il justilia l'élection de ses compagnons d'armes par sa bravoure, son énergie et son activité; ce fut, de tous les généraux insurgés, celui qui montra le plus de véritables talents militaires. Sur les champs de bataille, c'était un liéros, un capitaine habile, dont 1 esprit, fécond eu
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ressources imprévues, le fit sortir vainqueur de quarante actions plus ou moins importantes. On affirme que le viceroi Galleja dit un jour, en parlant de Morelos : « Si cet
homme était venu à moi, je l'aurais fait maréchal de camp. » Le généralissime était mal secondé; néanmoins, parmi ses généraux, on peut citer, comme étant des figures peu communes : Bravo, généreux et magnanime; le curé Matamores» organisateur et belliqueux; Teran, d*une intelligence remarquable, et Guerrero, patriote malheureux.
Morelos éprouvait pour la cause de Tindépendance un enthousiasme sincère; il essaya d'introduire un peu d'humanité dans la guerre qui désolait son pays, et s'efforça, à plusieurs reprises, de décider les Espagnols à Téchange des prisonniers; mais il ne put y réussir. Dans la force de râge, lorsqu'il commença la campagne, on vit de suite que cet homme était d'une autre taille que celle d'Hidalgo ; quoique simple, affable et désintéressé, on lisait sur son visage grave et sombre l'énergie de son caractère. Aussitôt après sa nomination de généralissime, il convoqua un congrès, chargé de donner aux opérations militaires l'ensemble dont elles avaient besoin. Sous l'impulsion puissante de Morelos, l'insurrection se répandit avec la rapidité d'un incendie au nord, au sud, partout; il y eut un moment où les insurgés furent les maîtres de plus la moitié du Mexique. Les Espagnols étaient consternés; à la bataille du Palmar, ils perdirent un régiment qui venait de débarquer de Vera-Cruz, et avait appris a se mesurer avec les Français dans la péninsule; Maïamoros, qui commandait les Mexicains, écrasa les Espagnols dans cette mémorable journée. A Guautla, Moreilfc, enfermé dans celte place par Galleja, organisa la défense avec autant d'énergie que de lalenLs. Pendant trois mois environ, il tint tête aux Espagnols, mais la lamine vint rendre impossible une plus longue résistance; elle décimait les assiégés. Morelos résolut d'abandonner la ville dans la nuit du 2 mai 18i3; il opéra sa retraite avec la plus grande partie de la population, trop certain du sort qui lui était
HISTOIEB M MnaQtJB
réservé. Cette retraite fut si liabilement exécutée que les Espagnols ne s*en aperçurent pas. Calleja, furieux en apprenant la fuite de ses ennemis, massacra dans la ville abaadoQûée ceux qui n'avaient pu s'échapper.
Les années 1812 et 4813 fbrent ainsi signalées par les succès progressifs des insurgés. A la fin do 1813, ils occupaient les déiiiés, les mines et la campagne, de façon que presque toutes les villes du Mexique étaient autant de prisons d*oii les Espagnols ne pouvaient sortir, sans tomber entre les mains de leurs ennemis. Le 23 décembre 1813, l'armée indépendante fut battue à Santa-Maria près de Valladolid, où elle lit une médiocre contenance. Quelques jours après, le S janvier 1814, elle fut complètement mise en dérouté au combat de Puruaran, grâce à l'épaisseur d'un brouillard. Matamores, fait prisonnier h cette fatale journée, fut mis à mort. Je reviendrai sur cette exécution et sur celle de Miguel Bravo; maintenant, pour ne pas interrompre ce récit, je dois parler de ces revers qui présageaient de grands désastres. Lorsque Tinsurrection triomphait, Morelos rêva de constituer un <i:ouverïicment populaire et régulier; il eut le tort de le réaliser aussitôt; n'ailait-il pas se donner des maîtres? Un congrès, composé de douze députés élus par les provinces qui s'étaient déclarées pour la révolution, ouvrit sa première session à Zii^icuaro dans la province de Vallndolid le i3 septembre 1813, et s'intitula — Assemblée nationale. A peine ce nouveau pouvoir discutant fut-il élevé à côté du pouvoir agisi^ant, qu'il resserra les facultés de celui-ci, et contraria ses opérations. Dès lors le mouvement révolutionnaire sembla s'arrêter; la décadence du parti national couinienra el lis troupes insurgées, trop dispersées, furent battues eu détail.
Morelos paya cher cette faute qu'il ne commit d'ailleurs que pour donner une sorte d'autorité aux actes de l'insurrection. Ce congrès, inquiété bientôt par les armes victorieuses des Espagnols, se vit obligé de fuir de ville en ville, traqué par Gaiieja. Morelos le protège par so^ petit corps
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d'armée; placé i fîrt^pîère-gaf de, il feit ftrce îi ses ennemis et
les combat avec une rare audace. Calleja s'empara de Zitacuaro, la brûla et défendit de la reconstruire, pour terrifier, par cet exemple» les autres villes qui eussent été tentées de se révolter. Arrivée à Chipalcingo, l'assemblée nationale acheva la constitution et proclama Tacte de l'indépendance du Mexique; mais cette indépendance n*éiait que trop fictive. Calleja envoya la constitution mexicaine au conseil royal qui la fit brûler par les mains du bourreau.
En 1815, le colonel Ilurbide, créole de l'armée de Calleja, avait été, par une marche habile et rapide sur le point de saisir le congrès mexicain; Morelos, pour mettre les députés en sûreté, entreprit son expédition de Tehuacan, dans la province de Puebla, où Teran avait déjà rassemblé des forces imposantes. Le prêtre soldat n'était accompagné que de cinq cents hommes pour l'aire plus de deux cents kilomètres à travers un pays occupé par les troupes royalistes. Il espérait, il est vrai, être rejoint par Teran et Guerrero ; mais ses courriers furent interceptés, et ces deux généraux ignoraient la situation de leur chef. Les Espagnols croyant que ses forces étaient plus considérables, n'osèrent pas Tattaquer jusqu'à son arrivée à Tesmalucan, où des espions, sinon des traîtres, s'empressèrent d'avertir secrètement don Emmanuel Coucha, commandant espagnol le plus voisin, du petit nombre de troupes commandées par le fameux curé révolutionnaire.
Le lendemain matin, 8 novembre 1815, Morelos, qui se croyait en sûreté, fut très surpris de voir déboucher des montagnes environnantes deux corps de royalistes qui venaient Tattaquer. Il ordonna de suite à son lieutenant Nicolas Bravo de continuer sa route avec ses troupes, pour servir d'escorte au congrès : — « Pourvu que le congrès soit sauf, dit-il, ma vie n'a pas d'importance. » Puis, voulant retarder la marche des Espagnols, il resta seul avec cinquante hommes qui se sauvèrent aussitôt que le combat devint un peu vif.
Morelos à Tesmalucaa a'était plus- Thomme de Cuautla. Dégoûté de la vie par les difficultés qu'il rencontrait pour
assurer l'indépendance de sua pays et pav des revers sanglants, il désirait sacrilier son existence h sa cause et finir ses jours d'une manière digue des commeucements de sa carrière militaire» Il ne voulut pas se sauver. Les royalistes qui n*osaient pas d'abord s approcher de lui le traitèrent brutalement dès qu'il fut couvert de chaînes et le conduisirent auprès de leur ;^énéral. Concha le reçut avec distinction et l'emmena à Mexico pour y être jugé. La population courut au devant du prisonnier jusqu'à San-Augustin de Las Guevas pour regarder ce vaincu, dont le nom avait été si longtemps la terreur de ses ennemis. Morelos resta froid devant celte curiosité malveillante, comme il demeura impassible pendant sa condamnation à mort. La publicité donnée à sa dégradation ecclésiastique fut la seule chose qui Taffecta. Le 22 décembre, Concha le conduisit à l'hôpital de San-Cristobal, où devait avoir lieu l'exécution. Morelos dîna avec le général espagnol, le remercia de ses bontés, l'embrassa, se confessa et marcha avec la plus parfaite sérénité vers l'endroit où se trouvaient les soldats qui devaient le fusiller. Il se mit ensuite à genoux en disant ces mots : — « Seigneur, si j'ai fait le bien, vous le savez; si j'ai fait le mal je recommande mon ùme à votre miséricorde. » Cette prière achevée, il s'attacha lui-même le mouchoir sur les yeux, donna le signal du feu, et tomba mort en priant pour son pays.
La mort de Morelos jeta la coiisternaiio!i dans le parti de riudéi)endance, car chacun comprit la perle que venait do faire celte cause qui s'eiait, pour ainsi dire, incarnée en lui. Redouté par ses ennemis, estimé de tous pour sa bravoure, sa droiture, la noblesse et la loyauté de son caractère, supérieur sur les champs de bataille , sage dans les conseils, Morelos faillit réaliser riiidépendaace de son pays. Il sut dominer les rivalités ambitieuses des chefs de son armée, organiser l'unité d'action qui doublait la force en disciplinant les intérêts individuels ; quand il mourut, la confusioa se mit
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dans les idées» et la dissidence parmi les généraux, aussi, le
prestige dont les insurgés avaient été entourés sous le chef habile qu ils venaient de perdre disparut à tout jamais. Quoiqu'il se crût parfois obligé d'agir sévèrement envers les vaincus, Horelos n'était point sanguinaire ; le seul trait de sanglantes représailles qu*on lui reproche est d'avoir fait mettre à mort deux cents soldats espagnols qu'il avait offerts en échange delà vie de son ami, le curé Matamoros. Nicolas Bravo fut plus généreux. Un jour il apprend que son père est au pouvoir de Calleja qui va le faire fusiller. Pour obtenir la vie du condamné, Bravo offre la liberté de trois cents prisonniers espagnols. Le vice-roi répond en faisant exécu* ter le père du jeune officier. Gelui«ci en recevant cette affireuse nouvelle veut se venger, mais le tableau lugubre de la boucherie qu'il préparait le révolte. Comprenant que de pareilles actions déshonoraient la cause de l'indépendance» il met en liberté les prisonniers et leur dit : — « Allez,, ne restez pas une minute ici, de peur que TenviQ ne me revienne de venger mon père. »
Parmi les autres victimes de cette guerre je citerai : Miguel Bravo qui périt de la main du bourreau à Puebla. Lorsque Morelos apprit sa mort, bientôt suivie de la capture de Matamores, il s'écria : — ce Tai perdu les deux bras ! » Victoria, Guui rero, Teran eurent le bonheur de voir l'indépendance de leur patrie, après de nouveaux combats et de nouvelles souffrances. Le congrès institué par Morelos ne tarda pas à être dissous, et celte dissolution généralisa le désordre. Je passerai sous silence les décrets sanguinaires et la conduite barbare, jusqu'^ la férocité, du vice-roi Calleja et des généraux Cruz, Truxillo et autres qui se signalèrent à cette époque ; je préfère esquisser rapidement Thistoire des hommes qui prolongèrent la lutte contre les Espagnols jusqu'à la détection d'iturbide.
Après Morelos, le seul générai influent qui restait pour continuer la guerre de l'indépendance, c'était Victoria; mais en 1816, deux divisions espagnoles, commandées par Myarès
HISTOIRB DU MEXIQUE
et Apodaca, débarquèrent à Vera-Cruz, et poursuivirent les
troupes de Victoria avec tant d'énergie que, malgré ses elforts désespérés, il lut obligé de remeiire 1 epée au fourreau. Ses soldats furent pris, tués ou découragés. Le zèle des Mexicains pour l'insurrection s'était usé ou ralenti» les habitants des villes et des villages refusaient de fournir des vivres aux insurgés; le général se voyait abandonné de tout le monde; un jour enfin il se trouva complètement seul. Alors, refusant le rang et les récompenses que lui offrait Apodaca pour sa soumission, il résolut de se retirer dans les campagnes et les forêts de la province de Vera-Cruz. Apodaca, craignant qu'il ne sortît de sa retraite, envoya mille hommes par petits détachements pour le cbasser comme une béte fauve, avec Tordre de brûler tous les villages qui lui donneraient asile ou secours. Ces rigueurs effrayèrent tellement les Indiens qu'ils se sauvaient h rapproche de Victoria ou couraient le dénoncer aux Espagnols. Après six mois d'une chasse pareille, on répandit le bruit de sa mort qui fut officiellement accrédité par la Gazette de Mexico,
Les épreuves fabuleuses endurées par ce général ne se terminèrent pas avec la cessation des poursuites dirigées contre lui. SouHVant de la nudité comme de la faim, il ue pouvait guère se nourrir qu'avec des fruits sauvages ; en hiver, ces fruits lui manquant, il finit par s'habituer à rester trois et quatre jours sans nourriture. Lors de la révolution dlturbide, deux Indiens allèrent à sa recherche et finirent par le trouver au bout de deux mois; mais en le voyant ils en eurent peur et s'enfuirent. Victoria, qui n'était plus qu'un fantôme cadavéreux, les fit revenir en les appelant à diffé* rentes rej)rises. Ceux-ci le conduisirent dans leur village pour lui prodiguer les soins dont il avait un si grand Ijesoin. La nouvelle de sa réapparition se répandit dans tout le Mexique avec la rapidité de la foudre ; d'abord on en douta, car on le croyait réellement mort; mais lorsqu'on sut que le général Guadalupe Victoria vivait encore, les palriolcsaccou-
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Furent au devant de lui et raccueillirent avec un enUiousiasme frénétique.
Le padre Torrès, curé de Cuchilinga, petit village de la province de Valladolid, n elail qu*une misérable copie d'Hidalgo, moins le despotisme. Sa carrière militaire nous révèle la voie dans laquelle était entrée la révolution, si peu de temps après la mort de Horelos. L'ignorance, Tégoisme, rimprévoyance, la haine de tout étranger dominent dans les conseils et dans les actes de tous les chefs. Torrès quitta son presbytère, avec un certain nombre de ses paroissiens, après avoir mis le feu i sa maison, pour y brûler un déta^ chement espagnol qui Toccupail. Les soldats s'étaient conduits en conquérants pendant leur séjour à Cuchilinga, et Torrès, pour assurer le succès de sa vengeance, les avait enivrés, de sorte qu'ils dormaient du sommeil de l'ivresse lorsqu'ils furent brûlés pendant la nuit.
Lorsque le padre Torrès devint maréchal de camp dans l'armée indépendante, Tinsurrection avait déjà perdu le caractère du patriotisme qui la fit naître; des muletiers» des laboureurs, les hommes les plus grossiers et les plus ignorants, commandaient des bandes, s'intitulaient colonels, généraux, imposaient leur domination par la l'orce, pour s'enrichir et satisfaire leurs passions. Les hommes de principes, de talents et d'éducation n'étaient plus respectés ; on appelait leurs efforts^pour établir Tordre : — tendances au despotisme; insultés, menacés dans leur vie, ils voyaient leurs propriétés arbitrairement confisquées, sous prétexte d'intérêt public. P^i'osant plus résister à leurs tyranniques oppresseurs, découragés par la stérilité de leurs tentatives au milieu de ce chaos, ils préférèrent la dépendance des Espagnols à l'enVoyable anarchie des indépendants. Torrès, par son ineptie et ses e^^cës, devait terminer eu 1818 le mou< vement de l'insurrection mexicaine commencé en 1810. Homme médiocre en dehors du champ de bataille, il ne fit servir son pouvoir que dans l'intérêt de ses passions jalouses et de son ambition vulgaire ; il ne sut pas ou ne voulut
HISTOIRE DU MBIIQUB.
pas relever la cause de l'indépendance de Tétat ou elle était tombée.
Nommé généralissime, il établit sa retraite dans la forteresse de Los-Remedios , située à soixante -quinze kilomètres environ de Guânojuato. C'était de là qu'il lançait ses décrets despotiques» qu'il souriait de la terreur inspirée aux crédules Mexicains par son nom et ses ordres. Quand les Espagnols reprenaient un bour^, une ville, ils foriifiaient et barricadaient toutes les maisons en prévision des tentatives d'attaques. Pour obvier à cet inconvénient, Torrès fit raser un grand nombre de bourgs et de villages qui se trouvaient dans le rayon de son commandement, sans réfléchir qu*il fiiisait ainsi plus de mal aux siens qu'à l'ennemi. Un jour il envoya l'ordre aux habitants de Puruaadiro de ramasser leurs effets et leurs meubles, dans un laps de temps de trois heures, et de mettre eux-mêmes le feû à leurs propres demeures. Ces malheureux demandèrent un sursis; aucune réponse ne leur fut rendue, mais au bout de trois beures, Torrès lit son entrée dans le village h la téte de soldais armés de torches, ceux-ci se répandent dans les rues, mettent le feu aux maisons et ne se retirent que lorsque le village est un monceau de cendres! De tels actes nont pas besoin de commentaires; ils fiétriraient la plus sainte des causes.
Le 11 avril 1817, Xavier Mina, neveu du guérillero espagnol Espoz y Mina, débarqua à Soto la Marina, petit port
situé h cent quarante kilomètres environ au nord de Tampico. Il avait recruté h New-York, à Baltimore et dans plusieurs autres villes des États-Uois, sept à huit cents Américains» Espagnols et Français, dont plus du tiers mourut en route. Parmi les Français se trouvaient Adrien Woll, vélite lancier dans la garde, sous l'empire, puis capitaine adjudant-major dans l'armée de Parii^, en lsl5, et Jean Arago, frère de l'astronome. 3Iina s'était ménagé des intelligences à Soto la Marina et devint maître de ce port sans effusion de sang. La guerre de l'indépendance au Mexique,
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en 1810, l'avait exalté; il résolut de venir en aide à ce peuple, et ce fut dans cette inteatioa qu'il débarqua» comme Oû l'a vu, sur les côtes du golfe.
Il apprit, à son arrivée, que le soi-disant congrès national , composé d*avocats, de bacheliers et de muletiers bavards, ineptes, nommés par eux-mêmes, pour la plupart, avait été une réunion ridicule, sans discipline et sans dignité, transportant ses séances partout où elle se trouvait, dans les bois, aux bords des rivières, dans les plaines ou sur les mcntagnes, suivant les généraux, promulguant une foule de décrets dont l'inopportunité entravait les opérations militaires et avait causé la perte de Morelos. Il apprit que Téran, fatigué d'être harcelé par ce congrès, l'avait dissous et remplacé par un « directoire exécutif, » composé de trois membres dont Téran avait été le principal sinon Tunique ; mais comme chaque chef travaillait pour son propre compte, le vice-roi profita de cette mésintelligence, fit investir Tehuacan où se trouvait Téran, le contraignit à capituler et à se rendre prisonnier. Il apprit, enfin, que le padre Torrès, voulant rendre son autorité plus durable, avait créé un semblant de gouvernement, composé d'un président, de deux membres et d'un secrétaire de la guerre. La réalité du pouvoir résidait tout entière dans les mains de Torrès. Ses créatures gouvernaient les districts qui s'étendaient sous sa domination. Ces petits tyrans écrasaient de vexations et de mesures arbitraires ceux qu'ils devaient protéger; ils faisaient maudire le nom de 1 indépendance, tandis que leur chef, enfermé dans une excellente forteresse, exerçait de son côté, sans crainte de représailles, les actes les plus despotiques.
Ces affligeantes nouvelles ne découragèrent pas Mina, il prit aussitôt le parti de rejoindre les troupes insurgées des provinces de Guanajuato et de Valladolid, de réunir les chefs en un grand conseil et de relever l'insurrection mourante. Un pareil projet semblait insensé, car, pour le réaliser, Mina devait, avec trois cents hommes et sans res-
sources pécuniaires, traverser les États de Tamaulipas, de
San-Luis Potosi, le sud de Zacatecas et battre constamment les troupes espagnoles. Il n'hésita pourtant pas devant les difficultés de cette entreprise. Avant son départ pour Tiatérieur, le général royaliste Arredondo» à la tête de quinze cents hommes, vint Fattaquer près de Santander. Mina se jeta sur les troupes espagnoles avec une telle impétuosité qu*il répandit la confusion dans leurs lignes et les obligea à battre en retraite.
Le 24 mai 1817, il se met en marche avec ses trois centhuit compagnons; quinze jours après il se trouve aux environs de Valle del Maiz et défait un corps de cavalerie envoyé pour lui barrer le passage. Sa petite armée trouva dans cette ville un soulagement aux misères subies pendant la route, et des provisions de toutes sortes. Mina ne s'empara que de rindispensable. Le 10 juin, il reprit sa marche. Ce jour-là, on vint lui dire que le commandant Arniman, avec sept cents fantassins et une nombreuse cavalerie, le poursuivait. Il fit aussitôt précipiter le pas à ses compagnons» et le 14 au soir, ils arrivèrent tous accablés de fatigue et de chaleur à riiacienda de Petotillos. Le lendemain, à la pointe du jour, les sentinelles crièrent : — Alerte! l'avant-garde de l'ennemi n'est plus qu'à deux milles. Mina, sans perdre son sang-froid, ordonne à cent soixante-deux des siens de gravir une éminence contiguê à Thacienda; puis, laissant ses troupes .harassées se reposer un peu, il s'élance sur Tavant-garde avec ses cent soixante-deux hommes et la met en déroute. Les fuyards reviennent bientôt h la charge, soutenus par les sept cents soldats d*Arniman. Mina, voyant alors une certaine hésitation se manifester dans la poignée d*hommes qu'il avait avec lui, jette le fourreau de son épée qui pendait à sa ceinture, et s'écrie : — «Je ne veux pour fouritau que la poitrine des Espagnols. » — Ces mots, Tair enthousiaste avec lequel ils sont prononcés, raniment les siens; la baïonnette au fusil, ils s'élancent une seconde fois sur Tennemi et le mettent complètement en déroute.
INDÉPENDANCE. VJ
Après ce merveilleux fait d'armes, Mina continue sa oiarcbe, arrive devant la ville de Real del Pino, dans la province deZacatecas, il la somme de se rendre ; mais elle refuse. La prendre de force était difficile, il la prit par ruse, à la laveur d'une nuit obscure, orageuse. Un butin considérable récompensa la petite armée de ses fatigues. Le colonel D. Gristobal Noba, commandant un corps de cavaliers mexicains, rencontra Mina peu de temps après cet exploit et le conduisit à la forteresse de Sombrero, occupée par les indépendants. C'était le 24 juin, par conséquent, en un mois le jeune guérillero de la Navarre avait fait deux cent cinquante lieues dans un pays ennemi, livré trois batailles et perdu seulement quarante hommes !
Torrès et ses lieutenants conçurent aussitôt un sentiment de jalousie contre ce chef, déjà célèbre, qui venait d'Europe à leur secours avec une poignée d'intrépides aventuriers. Ils prévirent que celui-ci les éclipserait bientôt par l'éclat de ses succès et de ses talents militaires; ils le considérèrent comme un intrus qui venait leur ravir l'honneur d'une entreprise qu'ils étaient incapables de mener à bien et résolurent secrètement de contrarier tous ses plans. A peine arrivé au fort de Sombrero, Mina avait demanclé une sorte d'assemblée générale pour aviser ensemble aux mesures à prendre. Torrès s'y rendit avec ses principaux chefs et loin de revenir de ses préventions, il changea sa jalousie en animadversion. Il ne laissa pourtant pas paraître ses dispositions hostiles, au contraire, il accabla Mina de marques d'amitié et lui promit même un contingent de six mille hommes. — « Six mille hommes! s'écria Mina ravi; avec une telle force, je pourrais niarchur sur Mexico et m'cii emparer 1 » — Hélas ! il ignorait encore à quelles gens il avait à faire.
Après un repos indispensable de quatre jours, le jeune général brûlait de se mesurer de nouveau avec Tennemi.
L'occasion se présenta le 28 juin. Un corps de sept cents ËspagnoiiS commandés par le colonel Casiaiios^ lit uu mou-
BISTOIBB DU liBXIQUB.
vemcnt dans la direction de Sombrero. Caslanos, un des plus braves ollioiers royalistes, était cruel comme Galleja, surnommé — « le boucher d'hommes ». — La terreur, les larmes, le sang le suivaient partout. Mina court à sa rencontre avec deux cents hommes d'infanterie et quelques chevaux, le rejoint i\ San Juan de Los LIanos et l'attaque avec sa vigueur habituelle. Les Espagnols se défendirent vaillamment. Au premier rang combattait Castanos. Au moment où les artilleurs, faute de mitraille, allaient cesser le feu de leurs pièces. — « Enfants! leur cria Castanos, apportez la caisse, si nous n'avons plus de mitraille, nous avons des piastres. » — Aussitôt, les cofTres sont jetés à terre, défoncés, et les canons bourrés de piastres. Malgré cette singulière prodigalité les Espagnols furent défaits, et Caslanos fut tué avec près de cinq cents des siens. Le len-' demain, les piastres ramassées vinrent grossir la bourse des compagnons de Mina, qui firent ensuite un butin de plus d*un million, en prenant Ttocienda de Jaral, située à vingt lieues au nord de Guanajuato, et qui appartenait au marquis de Moncade, le plus riche propriétaire de la Nouvelle-Espagne.
Ces succès ne pouvaient pas durer longtemps en présence de l'abandon et, il faut bien dire le mot, de la trahison des chefs patriotes. J^es Espagnols qui occupaient Léon réso-
Jurent d'attaquer Mina dans sa forteresse. Le 30 juillet, le général D. Pasquale Linan vint en faire le siège avec trois mille cinq cents hommes, deux obusiers et dix pièces d'artillerie. Les assiégés étaient au nombre de neuf cents personnes, y compris les paysans et les femmes qui s'y étaient joints précipitamment. Le l)onil)ardement commença le lendemain, dura trois jours et fut suivi d*un assaut infructueux. Le manque de vivres et d'eau mit bientôt la garnison au désespoir. Le padre Torrès fit semblant de venir à Taide des malheureux assiégés, mais étant tombé dans une ambuscade aux environs de Silao, où ses soldats furent battus, il revint précipitamment à Los ftemedios sans rien tenter de
INDÉPBNDANGB.
iiovvaan poùr porter des secours à celui qii*il regardait
comme un rival. Mina, en proie aux pensées les plus poignantes, vit que la chute de Sombrero était inévitable, si Ton ne venait pas à son secours ; il se décida à l'aller chercher lui-môoie. A la faveur d*uae nuit obscure, suivi de trois aides de camp, il s'engagea dans un ûéû\é, trompa la vigilance des sentinelles et parvint à s'échapper. Il eut bientôt la déception d'apprendre le mauvais vouloir des chefo patriotes. Le cœur ulcéré par l'hostilité flagrante de ceux pour lesquels il s'était engagé dans tant de périls, il envoya l'ordre au colonel Young, qui commandait en son absence, d'obtenir des Espagnols une capitulation aussi avantageuse que possible. Le général Linan promit seulement la vie sauve. Le 18 août, les assiégés, aux trois quarts morts de faim et de soif, peuvent à peine se tratner; ils défilent lentement devant les Espagnols en s'appuyant les uns contre les autres. Tout à coup, les soldats rompent leurs rangs et massacrent ces groupes affamés, ces spectres qui croyaient à l'ixonneur de Gastille ; les blessés demeurés dans l'ambulance furent égorgés sur leur lit. Quelques individus pourtant échappèrent à cette boucherie.
Mina^ indigné, mais non point abattu, jura de prendre sa Tevanche. Torrès, sommé de lui fournir les forces qu'il lui avait promises, lui réunit lîuit à neuf cents pillards, poltrons, mal armés, embarrassés de femmes qui les suivaient partout, et sans aucune discipline. Avec cette horde, bien différente de ses courageux compagnons, il s'empara de San- Luis de la Paz, échoua dans son attaque de Guanajuato et dut se sauver seul au rancho de Venadito. Il lui restait trente cavaliers et quarante fantassins, mais les Espagnols avaient perdu sa piste et ne savaient où le trouver. Il fut trahi comme Hidalgo, comme Morelos, comme tant d'autres. Arrantio, qui le poursuivait depuis Guanajuato, apprend le lieu de sa retraite; il donne à ses soldais l'ordre de sauter en selle et les lait marcher toute la nuit pour arriver à l'aurore au YenadUo. Mina fut pris, garrotté et conduit à Silao, puis
k IrapaatOt et finalement au quartier du général Linan, non loin de Los Remedios. La nouvelle de sa translation parvint
aussitôt aux oreilles de Torrès. Plusieurs officiers de Mina, retenus par le?:ënéralissirae sous le prétexte de fortifier son i refuge, voulurent tenter un coup de main contre le camp ennemi, surprendre les Espagnols et enlever Mina dans la confusion d'une attaque inattendue. Deux cents hommes s'of- . frirenl pour les seconder ; mais Torrès, pensant que le jeune chef navarrais devenu libre chercherait à se venger de ses perfidies ou le déposséderait de l'autorité dont il était indigne, s'opposa formellement à l'exécution de ce projet.
Informé de la capture de Mina, le vice-roi dépêcha aussitôt Tordre de le fusiller. Lell novembre 1817, un peu plus de six mois après son débarquement, n'ayant que vingt-huit ans, ce noble guérillero fut conduit au lieu deTexécution. II ne se plaignit point de sa destinée; il regretta seulement de n'être pas arrivé un an plus tôt au Mexique, où ses services auraient été plus efficaces et plus appréciés. Conduit à Tendroit fatal, il recommanda aux soldats de bien viser ; puis il ajouta : — « Ne me faites pas souliVirl » Torrès entendit peut-être la détonation des halles sous lesquelles tombait le plus vaillant défenseur de l'indépendance mexicaine.
Cette jalousie siupide, cette haine aveugle, cette ingratitude révoltante des Mexicains envers les étrangers qui venaient consacrer leur vie, leur talent et leur énergie au bienêtre , à la gloire du Mexique , frappent douloureusement ceux qui connaissent l'histoire de ce pauvre peuple et de ce malheureux pays. Un sentiment de justice, sinon de reconnaissaiice, aurait dû faire écrire en lettres d'or les noms de Mina, Arago, Woll dans Thistoire du Mexique, écrites par des Mexicains : c'est en vain que je les ai cherchés; on ne les trouve pas. Ne sont-ils point étrangers?
La chute de Sombrero et la mort de Mina excitèrent les Espagnols à j^oursuivre vigoureusement les derniers vestiges de l'insurrection. Jusqu'alors ils n'avaient pas attaqué, d'une manière sérieuse, la forteresse de Los Remedios,
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perchée comme un nid d'aigle sur les cimes escarpées et voisines de Tepeaca. Enflés par leurs succès, ils vinrent au nombre de six mille hommes de toutes armes en commencer le siège. Vers la fin de Tannée, les deux mille soldats qui composaient la garnison de Los Remédies avaient épuisé leurs vivres. Les assiégés ne voulant pas voir se renouveler les souifrances endurées par les défenseurs de Sombrero» et ne pouvant songer à capituler avec un ennemi qui massacrait ses prisonniers, se décidèrent à évacuer la place. L'évacuation fut fixée au l*^"" janvier 1818. Durant le siège les sentinelles des indépendants avaient Thabitude de s'appeler mutuellement à haute voix pendant la nuit pour se tenir éveillées. Le colonel Naboa fit cesser cette coutume aussitôt que l'évacuation fut résolue. L'ennemi n'entendant plus le cri des sentinelles en conclut que la garnison se préparait à la retraite; il prit immédiatement des mesures en conséquence. Dans la nuit du l*' janvier, Torrès, à la tête de Tavant-garde, descendit le premier les sentiers bordés de précipices qui regardent Pensicola, d'autres détachements le suivirent, mais les difficultés du chemin, surtout pendant la nuit» étaient telles que la marche ne s'effectuait qu*avec iine extrême lenteur, et, lorsque les Espagnols attaquèrent les fugitifs, la moitié de la garnison, les femmes, les enfants, les malades et les blessés se trouvaient encore dans la forteresse. Ici, la plume se refuse à décrire les scènes de désordre, de désespoir et de carnage dont furent témoins ces montagnes arides , sillonnées de ravins et de précipices dans lesquels roulèrent des centaines de victimes, fuyant les baïonnettes espagnoles qui les entouraient d'un cercle de fer et de feu. Au point du jour les royalistes fouillèrent chaque rocher, chaque buis* son et mirent à mort, sans distinclion d'âge ni de sexe, tous ceux qu'ils trouvèrent. Alors il se passa des scènes de barbarie auxquelles Timagination n'ose s'arrêter L
La destruction de Los Remédies termina l'insurrectfon dans la Nouvelle Espagne. Les Espagnols crurent; avoir
éteint à tout jamais l'ineendie allumé par Hidalgo ; ils se
trompèrent; leurs cruautés avaient attisé dans le cœur de tous les Mexicains une haine qui existe encore. La révolution de 1810 avait dégénéré en banditisme, mais le Mexique 1 n'attendait plus pour se soulever de nouveau que roccasion de proclamer l'indépendance avec des garanties d*ordre et de régularité, sans lesquelles la liberté n'est qu'un songe éphémère.
Torrès s'échappa, ainsi qu'un certain nombre de ses soldats; il se rérugia d'abord à Penjamo, puis finit par disparaître de la scène, et Ton ne sut jamais où ni quand il
mourut. Ses lieutenants, dispersés, fugitifs, sans armée rentrèrent, dans le néant d'où ils étaient sortis. Le congrès institué par Torrès se dispersa de lui-même. Un autre congrès, composé de cinq membres, le destitua de ses titres et fonctions de généralissime. Des treize compagnons de Mina qui avaient survécu à leur chef, l'un, Adrien Woll, avec le grade de lieutenant-colonel gagné à l'afilure de Peoiillos, était à Soto ia Marina, commandant cette place; Jean Arago, avec le grade de général, resta au Mexique. Tous les deux eurent leurs brevets légalisés sous Itui*bide et nous les verrons bientôt à Tœuvre.
La constitution de 1812, proclamée dans la péninsule, puis dans les colonies par la volonté des Cortès, lit plus pour la séparation du Mexique de l'Ëspagne que la révolution armée des patriotes mexicains. Elle avait conféré des droits électoraux à toute la population blanche des possessions espagnoles. Les indépendants, sentant leur supériorité sur ce terrain, écartèrent tous les Espagnols dans leurs élections. Sur six cent cinquante-deux élections à faire pour les municipalités et d'autres emplois, il n'y eut pas un seul Castillan élu. Les choix tombèrent exclusivement sur les patriotes plus ou moins notoires. Les délits politiques devinrent par. ce fait difficiles à punir. La liberté de la presse, introduite par la constitution dans un pays qui ne ravait jamais connue, avait développé l'esprit d'indépen-.
{NBÉPBNDjmSi as
dance d'une manière fabuleuse. Le dogme de la souveraineté du peuple une fois proclamé, la métropole avait décbiré ses Ulfes de souveraineté qu'elle tenait par droit de conquête. On ne fait jamais de concessions stériles aux peuples ; quand ils arracbent au pouvoir un principe, une liberté, il est inutile de chercher plus tard à les leur reprendre. Aussi, lorsque les autorités royales suspendirent la constitution de 1812, en Espagne comme au Mexique, le mal était fait, un abtme séparait *la Nouvelle Espagne de la mère patrie ; la séparation effective n'était plus qu'une afiBsdre de temps.
En 1820, Ferdinand VII, voyant ses colonies lui échapper, organisa dans l'île de Léon une expédition formidable, sous les ordres de Tex-vice roi Galleja, devenu comte deCalderon,
à la suite de sa victoire contre Hidalgo. L'armée expéditionnaire devait opérer sur les rives de la Plata. Parmi les principaux officiers de cette armée il s'en trouvait plusieurs imbus des idées de la révolution française, d'où était née la constitution des Goitès.Ges officiers, poussés parle colonel Riego commandant le bataillon des Asturies, cantonné près de Séville, se soulevèrent avec leurs régiments et finirent par rétablir la constitution de 1812. La conspiration de Riego — 4*» janvier 1820 — eut un contre-coup terrible au Mexique pour le parti gachupine, Ferdinand VII subit de fort mauvaise grâce cette réaction démocratique; on affirme même qu'il eut l'intention de se retirer au Mexique, croyant y être plus en sûreté qu'en Espagne. Le vice-roi Apodaca, ennuyé de remettre en vigueur une constitution qu'il avait abolie avant le décret royal, ne savait à quoi se résoudre. Le haut clergé mexicain, les grands propriétaires, le haut commerce, en un mot tout ce qu'on pouvait appeler Taristocratie du Mexique, vit avec déplaisir le roi proclamer une seconde fois la souveraineté du peuple. Ce parti, craignant le progrès des libertés, les innovations dangereuses de la Péninsule et la fureur démagogique des Gortès, délibéra sur le9 moyens de se préserver du torrent réformateur débordé
HISTOIBB DU MBXiQUB.
à Madrid, De tous les côtés on ne voyait que des assemblées
clandestines dans lesquelles on conspirait pour un nouvel ordre de choses. Il est plus facile d'imaj2;iaer que de décrire laconfusloa d'idées doal le Mexique fut alors le théâtre.
Les Espagnols et leurs adhérents voulaient qu'on adoptât la constitution; les uns avec, les autres sans modification. D'autres soupiraient après l'ancien gouvernement absolu qui leur garantissait les emplois lucratifs qu'ils exerçaient d'une manière despotique. Les Klexicains aspiraient à l'indépendance» mais ne s'accordaient ni sur la manière de l'établir, ni sur la forme du gouvernement qu'on devait adopter. Les uns désiraient commencer par exterminer les Espagnols et contisquer ensuite leurs biens; d'autres, moins sanguinaires, se seraient contentés de les bannir du pays; les plus modérés se bornaient à proposer leur exclusion de tout emploi public et de les faire descendre à la condition dans laquelle ils avaient tenu les Américains pendant trois siècles Quant à la forme du gouvernement, un parti prêchait pour une monarchie constitutionnelle avec un Bourbon pour sou* verain; un second penchait pour une république fédérative» et le dernier pour une république centrale. Tous les partisans de ces dilférents systèmes travaillaient avec ardeur à l'accomplissement de leurs projets. Telle était la situation des esprits lorsque le vice-roi confia le commandement des troupes du sud au colonel Iturbide, en remplacement d'Armijo, alors malade, à la suite de ses expéditions contre les guérillas de Vicente Guerrero.
Don Augustin Iturbide, né à Valladolid en 1784, était créole; il aimait passionnément son pays; mais en voyant les actes odieux commis par les révolutionnaires, il avait toujours refusé d'entrer dans leurs rangs et les avait combattus avec succès. « Bonaparte en Europe et Iturbide en Amérique sont les deux hommes les plus extraordinaires que l'histoire moderne offre au monde, » écrivait Bolivar à Riva-Aguero, ex>dictateur de la république péruvienne. A quinze ans il entra comme enseigne au régiment provin-
INDÉPENDANCE
cial de Valladolid. Les offioiers créoles qui servaient dans, ces régiments ne recevaient point de solde; rhoàneur de
servir dans l'armée espagnole leur en tenait lieu. En temps de paix leur service militaire se bornait à parader, A la bataille de Las Cruces, la valeur dliurbide lui valut le grade de capitaine. Ses autres grades furent également acquis à la pointe de l'épée; devenu colonel, il dispersa les forces de Tavocat Rayon, nommé général, et du padre Terrés, pendit et fusilla nombre de chefs insurgés, parmi lesquels j*ai cité le curé Matamores. Il se distingua à la bataille de Puruaran, où deux divisions de Farmée de Morelos trompées par l'obscurité de la nuit s'entre-massacrèrent, quand les Espagnols, profitant de ce désastre, anéantirent les forces du curé de Garacuaro. Iturbide obtint ensuite le commandement de rarmée du nord ; mais bientôt après, quoique absous par le vice-roi des accusations de violence et de concussion portées contre lui, il dut se démettre de son commandement. Iturbide se retira dans son hacienda, Tâme ulcérée par Tingratitude des Espagnols. Il y demeura depuis 1816 jusqu'en 4880. Ces quatre années de retraite avaient opéré une révolution dans ses idées. Partisan des opinions nouvelles, il n'était pas resté étranger au mouvement des esprits. Comprenant avec une intelligence lucide les vrais intérêts de sa patrie, il conçut son fameux programme d'Iguala. Sachant quMl a besoin d'une certaine autorité, de Certains moyens . d'action pour faire prévaloir ses projets, il va trouver le vice-roi et se fait réintégrer dans le service actif.
Envoyé par Àpodaca pour chasser des montagnes du sud Guerrero, le dernier chef de Tinsurrection de 1810, qui tenait tête encore aux troupes espagnoles, Iturbide partit de Mexico le 10 novembre 1820, avec sou régiment. Guerrero, contre lequel marchait Iturbide, grâce à la maladie d'Ârmijo, avait été bouvier lorsqu'il se mêla aux indépendants. Après s'être distingué dans tous les combats qu'ils livrèrent jus- , qu'à la mort de Mina, il se jeta dans les montagnes du sud,
non loin des plages brûlantes de l'océan Pacifique et conti-
nua à résister av^c succès à toutes le$ attaques dirigées contre lui.
Dans une marche nocturne» GuerrerOt n*ayant avec lui .que cent quarante Indiens, à moitié nus et mal armés, débouchait
sur un plateau escarpé. Il aperçut au bas de cette position des lueurs rougeâlres indiquant un campement espagnol. Les royalistes étaient au nombre de quinze cents et» ne redoutant aucune attaque» n'avaient pris aucune mesure de sûreté. Guerrero et ses Indiens arrivent au milieu du camp endormi, sans éveiller un seul soldat, éteignent les feux et poussent aussitôt des cris épouvantables. Les Espagnols, réveillés en sursaut, ignorant le nombre de leurs ennemis» se défendent mal dans les ténèbres, puis se sauvent dans toutes les directions, laissant à Guerrero un camp abondammeat approvisionné et un riche butin.
Loin de vouloir combattre un tel homme, Iturbide songe à s*en faire un appui. Il commence par exposer ses projets aux officiers de son régiment et à ceux des corps disséminés dans divers cantonnements qu'il réunit au sien ; tous s'y rallient avec enthousiasme et les soldats suivent bientôt cet exemple. Il fait demander une entrevue secrète à Guerrero qui s'y rend. Le fameux guérillero, séduit par le plan dlturbide, se joint à lui avec ses guérillas. Tous deux se rendent à la petite ville d'Iguala, où, le 24 février 1821, Iturbide proclama le programme suivant, comme sous le nom de Plan d'Iguala :
Art. 1"^^ La nation mexicaine est indépendante de la nation espagnole et de toute autre, même sur ce continent.
Art. 2. Sa religion sera la religion catholique, qui est celle professée par tous ses habitants.
Art. 3. La nation sera une, sans aucune distinction entre les Américains et les Européens.
Art. 4. Le gouvernement sera* une monarchie conslttu« tionnelle.
Art. 5. II sera nommé une assemblée composée de per- *sonnes jouissant de la plus haute réputation dans les .diii^rents partis qui se sont montrés.
Art. 6. Cette assemblée se réunira sous la présidence de Soa Excellence le comte del Veuadito, vice-roi actuel.
ÂBT. 7. Elle gouvernera au aom de la naUoa, d'après les lois actuellement en vigueur, et sa principale afbire sera de convoquer, en suivant telles dispositions qu'elle jugera ii propos de régler, un congrès pour former une constitution plus convenable au pays.
Art. 8. Sa H^esté Ferdinand VII sera invité à monter sur le trône de cet empire, et, en cas de refus de sa part, on invitera successivement les infants Don Carlos et Don Francisco de Paulo.
Art. 9. Si Sa Majesté Ferdinand VII et ses augustes firères n'acceptent pas cette invitation, la nation sera libre d'appeler au trône impérial tel membre des familles régnantes qu'il lui plaira de choisir.
Art. 10. La confectiçn de la constitution et le serment de l'empereur de l'observer fidèlement devront précéder son entrée dans le pays.
Art. 41. La distinction des castes, établie par les lois espagnoles, et qui en privait quelques-unes des droits de citoyen, est abolie. Tous les habitants du pays sont citoyens et égaux, et les voies de ravancementsont ouvertes à la vertu et au mérite.
Aht. 12. Il sera organisé une armée pour la défense de la religion, de Tindépendance et de Tunion, cbargée de garantir ces trois grands intérêts, elle sera, en conséquence, appelée rarmée des trois garanties.
Aht. 13, Elle jurera solennellement de défendre les bases de ce plan.
Art. 14. Elle observera strictement les ordonnances mi* liiaires actuellement en vigueur. *
Art. 15. Il n'y aura d'auUes promotions que celles qui seront dues à l'ancienneté, ou qui deviendront nécessaires pour le bien du service.
Art. 16. Cette armée sera considérée comme troupes de ligne.
HIBTOiaE DU MEXIQUE.
Art. 17. Les anciens partisans de Findépendance qui adhéreront immédiatement à ce plan seront considérés comme appartenant h cette armée.
ÂRT. 18. Les patriotes et paysans qai adhéreront parla suite seront considérés comme miUces provinciales.
Art. 19. Les prêtres séculiers et réguliers demeureront dans la situalioii où ils se trouveiit.
Art. 20. Tous les fonctionnaires publics , tant civils qu'ecclésiastiques, politiques et militaires, qui adhéreront à la cause de rîndépendance, conserveront leurs emplois, sans aucune distinction entre les Américains et les Européens.
ÂRT. 21 . Les fonctionnaires de toute espèce qui ne sont point attachés à la cause de l'indépendance, seront dépouillés de leurs emplois et- quitteront le territoire, emmenant
avec eux leurs familles et leurs elTets.
Art. 22. Les commandanls militaires se conduiront d'après des instructions générales conformes à ce plan, et qui leur seront transmises sans délai.
Art. 83. Aucun accusé ne sera condamné à une peine capitale parles commandants militaires. Les individus accusés de trahison envers la nation, ce qui est le plus grand crime après celui de trahison envers notre divin Maître, seront transférés à la forteresse de Barrabas , où ils demeureront jusqu'à ce que le . congrès ait décidé quelle punition leur doit être infligée.
Art. 24. Gomme il est indispensable que ce plan, qui a pour objet le bonheur du pays, soit mis à exécution, tout individu appartenant à l'armée devra le défendre, s'il le faut,
jusqu'à la dernière goutte de sou sang.
De la ville dlguala, le U février m\.
Ce plan, précédé d'une proclamation rédigée dans un
excellent esprit de conciliation, répondait parfaitement aux aspirations nationales, aux besoins du moment. Il accordait aux Mexicains le droit de faire les lois qui devaient les ré- -
INDÉPENDAiNCE.
gir, et d'avoir leur gouvernement établi sur leur propre territoire ; il abolissait l'odieuse distinction de castes et donnait aux Espagnols des garanties qui n'étaient point à dédaigner. Il n'est donc pas étonnant de voir toutes ,les opinions se rallier à ce programme, comme un moyen terme qui devait tout concilier. Le nom d'Iturbide, alors sur toutes les lèvres, devint d'une immense popularité, les Mexicains rappelaient le « conciliateur ». Les .adhésions publiques au plan dlguala se multiplièrent bientôt. Un grand nombre de villes le proclament, les régiments indigènes se prononcent; les soldats de Tindépendance reprennent les armes pour agir avec l'armée libératrice; Nicolas Bravo reparaît sur la scène, le colonel Bustamante soulève Guanajuato ; le général espagnol Celestino Negrete passe du côté des Mexicains; Vicente Filisola insurge Zitacuaro ; l'armée trigarante — des trois garanties -r- s'augmente de jour en jour d'une manière merveilleuse.
Le parti espagnol ne s'était point corrigé, il persistait dans son système d'illusions ; il ne pouvait se résigner à voir des égaux dans les Mexicains et à ne plus les traiter en vaincus. Son attitude implacable contint un instant l'enthousiasme des populations, par l'effroi qu'elle inspirait. Apodaca ne sut pas ou ne put pas comprimer ce mouvement général ; une émeute, suscitée par les Espagnols, le déposa, sans l'incarcérer, et le remplaça provisoirement par le général Novella. La dernière heure de la domination espagnole venait de sonner; ses défenseurs ajoutaient la désunion à la faiblesse* Ceci se passait le 5 juillet 1821.
Tandis qu'Iturbide continuait sa marche triomphante, sans effusion de sang, sans pillage, sans qu'il y eût même une larme répandue sur son passage, le colonel Santa-Anna, sur lequel je donnerai bientôt des détails, quittait laSoledad, le 28 mars, à la tète de deux cents vétérans et d'un millier de graciés — indultadas — de son district. Après avoir proclamé le plan d'Iguala, il battit successivement, dispersa et incorporai en quelques mois, dans ses bandes, environ dix
filSTOlRË DU MEXIQUE.
mille bons soldats espagnols et créoles, à Cordova, Alvarado; Orizaba, Jalapa, Perote, PueDte del Rey, Tuxpam et Vera-* Cruz. Il arbora dans ce port, et de ses propres mains, le drapeau tricolore. La province de Vera Cruz, enthousiasmée, le reconnut pour son chef et son libérateur. Pour protéger Tabasco, il détacha sept cents homn[)es sous le commandement du lieutenant'colonel D. Juan N. Fernandez, de sorte que cette province et celle du Yucatan adhérèrent en consé^ quence au plan d'Iguala.
Sur ces entrefaites, débarquait à Vera-Gruz,le30 juillet 1821, le nouveau vice-roi, envoyé par le gouvernement constitutionnel de Madrid, en remplacement d*Apodaca. C'était le général 0*Donoju, ami deRiego et de Quiroga; il n*avait pas de troupes aveclui, etSanta-Anna tenait alors la place rigoureusement assiégée. O'Donoju remarqua bientôt le découragement de la garnison par suite de la défaite qu'elle avait éprouvée sous les murs de la ville le 89 juin, et de l'assaut qu'elle avait soutenu dans la matinée du 7 juillet. Instruit de ce qui se passait dans Tintérieur du pays, il comprit sa position et tâcha d'en tirer le meilleur parti pour l'Espagne. Il demanda au chef assiégeant une entrevue dans laqueUe il lui proposa de conclure un traité qui terminerait la guerre et serait basé sur le plan d'Iguala. Santa-Anna qui avait reconnu Iturbide comme généralissime de Tarmée trigarante, s'empressa d'écrire à son chef sur ce sujet et de préparer les voies à un arrangement. Iturbide lui répondit longuement, et dans cette lettre on lit les passages suivants : — « Nous avons appris avec joie vos victoires. Je désire vous connaître et vous embrasser... Vous écrivez en habile politique... votre conduite a mou approbation... Je vais me mettre en route pour votre province... Je serai dans la ville de Cordova le plus promptement possible, et j'espère y rencontrer le général O'Donoju; faites-lui entendre que sa personne sera sacrée parmi nous, etc. »
O'Donoju, convaincu de la loyauté d'Iturbide et de Santa- Anna, dità cedemier dans une conférence tenue prés de l'Ala-
INMPBNDàNCB. Il
meda de Vera-Cruz : — « N'en parlons plus ; je suis disposé à faire le voyage que vous me proposez, et je suis satisfait d*étre accompagné par le vïiillaut homme qui a attaqué ces murailles. » £t il les lui monlrait de la main. ODonoju et Iturbide arrivèrent à Cordova le même jour, à peu d'heures de distance; ils eurent ensemble plusieurs conférences préparatoires et signèrent le 24 août le « traité de Cordova. » €e traité» basé sur le plan d'Iguala, coQtenaiidix-sept articles motivés par la situation présente du Mexique qui s'était dé-^ claré indépendant et possédait une armée capable d'appuyer celte déclaration. Acapulco et Vera-Cruz restaient encore, il e^t vrai» fidèles au gouvernement, ipais, comme Mexico , elles étaient assiégées et ne pouvaient tarder à se reodre. Par ce traité, Ferdinand VII était appelé au trône, à la condition de respecter Tindépendance du pays ; en cas de refus de sa part, la couronne devait être offerte à son frère don Carlos, et en attendant rélection du aouvmiin, le pouvoir exécutif était confié à un conseil de régence, composé de cinq membres, dont Iturbide et O'Donoju faisaient partie, conjointement avec D. Manuel de la Barcena, D. José Isidro Yanez, et D. Manuel Veiasquez de Léon. Pour conclure , je dois ajouter qu'aux conférences de Cordova, il fut résolu qu'un autre infant d'Espagne, Don Carlos Luiz, héritier du grand duché de Lucques , serait substitué à Tarchiduc Charles d'Autriche, et que la qualité de membre d'une maison régnante cesserait d'être indispensable chez le candidat que l'Assemblée mexicaine pourrait élever au trône, à défaut de l'acceptation de Ferdinand VII et des trois infants d'Espagne.
La révolution ayant défini tivemeot triomphé, elle produisit ainsi la monarchie constituée par Iturbide, représentant de rélément créole, par Guerrero, représentant révolutionnaire de la race indienne, et par le vice-roi O'Donoju, représentant du principe de l'autorité, c'est à dire par tous les éléments déchaînés la veille dans une lutte à mort. Ce fait paraîtrait étrange s'il n'était point naturel dans un pays
4i HISTOIRE DU MEXIQUE.
oh le système monarchique n*avait cessé de dominer depuis
cinq siècles. Il sufTit de le signaler aux personnes convaincues des aspirations prétendues du Mexique vers le régime républicain, pour leur montrer sur quelles bases reposent leurs convictions.
Aussitôt après la signature du traité de Cordova, O'Donoju se rendit à Mexico, où il arriva le 26 septembre 1821. Le lendemain 27, Iturbide, à la téte de 16,000 hommes, ût son entrée dans la capitale. Le peuple l'accueillit avec enthousiasme et l'acclama au cri de : — « Vive le libérateur ! » — des monceaux de fleurs tombaient de toutes les fenêtres et jonchaient les rues par où il passait. Uacte de Tindépendance fut officiellement proclamé le lendemain, et comme récompense nationale Iturbide reçut des éloges publics, un million de piastres, vingt lieues carrées de terre et fut nommé généralissime de toutes les forces du nouvel État, Jamais plus beau jour ne brilla sur ce magniUque pays qui devait éprouver tant de malheurs.
PREMIER EMPIRE
L'assemblée des notables, décrétée par l'article 5 du plan dlguala, tint sa première séance le 18 septembre 1821 ; elle
déclara, le lendemain 16, — jour devenu fête nationale, — rindépendance qui ne fut olficiellement promulguée que le 28, comme je Tai déjà dit. Ce même jour, le gouvernement provisoire s'installa ; il commença ses fonctions par nommer D. José Manuel Herrera, ministre des affaires étrangères, D. José Domingo Manso, ministre de la justice, D. Raphaël Ferez Maldonado, ministre de finances, D. Antonio Medina, ministre de la guerre, et D.José Maria Fagoaga, président du conseil. O'Donoju, étant mort le 8 octobre, ftot remplacé par Vévêque dePuebla, D. Antonio Joaquin Ferez.
Lorsque les commissaires du Mexique, envoyés pour offrir le trône à Ferdinand VII, arrivèrent à Madrid, ils y furent très mal reçus. Le roi ne voulait pas abandonner la couronne des Castille pour en prendre une autre, gênée par une constilulion. Don Carlos, pensant succéder à son frère qui n'avait pas d'enfant, préféra rester. Don Francisco de Paulo
HISTOIRE DU MSXIQUB.
eût accepté, mais les Cortès, dont Tautorisation lui était
nécessaire, répudièrent avec dédain le traité de Cordova qui fut déclaré nul et non avenu. La cour de Madrid aurait pu» par une adhésion, sortir de la crise provoquée par ses rigueurs, avec des compensations que n'avait pas eues l'Angleterre elle-même, lors de l'émancipation de l'Amérique du nord! Malheureusement, l'Espagne, malgré ses révolutions, languissait encore dans l'absolutisme; elle était soumise à un roi qui» jugeant plus royal d'être gouverné par ses familiers que par les représentants de la nation, crut pouvoir traiter les peuples comme des enfants mutins. La cour et les Cortès prirent la résolution d'envoyer des renforts aux corps espagnols qui occupaient encore quelques posi- ^ tions en Amérique. La conséquence de cette conduite fut une rupture complète de tout pacte entre le Mexique et TEspagne.
Le pouvoir exécutif et l'assemblée des notables travaillèrent à Mexico, jusqu'au 24 février 1822, à la meilleure organisation possible de cette société qui n'avait que quelques jours d'existence. Ils imitèrent les institutions espagnoles, seuls modèles que possédaient les colonies. L'assemblée des notables finit par altérer les pouvoirs qui lui avaient été accordés; ses membres ambitieux entrèrent en lutte avec la régence» et de cet antagonisme prématuré devait naître l'hydre de l'anarchie.
Dès l'origine de cette assemblée on voit deux partis intriguer coutre le sauveur du Mexique : les républicains et les bourbonniens. Les républicains savaient qu'ils ne pourraient jamais amener Iturbide à contribuer à l'établissement de la république, parce que ce général croyait que cette forme de gouvernement ne convenait pas aux Mexicains. — «c La nature» disait-il» ne produit rien par de brusques changements; elle opère par degrés successifs. Le mojlde moral suit les mêmes lois que le monde physique. Tenter de nous affranchir tout d'un coup de l'état d'avilissement, de servitude et d'i|;aoraacc où nous ian^uissiouâ de{)uiâ iroiâ âiëoieâi
psniBR EMPniL a
durant lesquels nous n'eûmes ni livres, ni instituteurs, et où la. possession de quelques lumières eût été regardée comme un motif suffisant de. persécution ; penser que nous pouvions nous instruire et nous civiliser en un instant et comme par enchantement; que nous pouvions à la fois acquérir toutes les vertus, abjurer tous les préjugés, i^enoncer à toutes prétentions déraisonnables, étaient des chimères qui ne pouvaient appartenir qu'aux visions d^un enthousiaste. »
Les bourbonniens, de leur côté, désiraient sa chute, car aussitôt que la cour de Madrid eut désapprouvé la conduite de O'Donoju, le traité de Gordova devenant sans effet, dans la partie qui appelait les Bourbons au trône du Mexique, la nation rentrait dans la pleine jouissance d'élire pour son souverain Thomme qu'elle voudrait, et les bourbonniens, n*espérant plus voir un Bourbon ceindre la couronne mexicaine, ne songèrent qu*à faire retomber le pays sous la dépendance primitive de l'Espagne. Mais l'opinion publique étant en faveur d'Iturbide, toutes ces intrigues ne purent se produire au grand jour que plus tard. Un troisième parti, — celui des Itûrbidistes, — commençait à désirer un surcroît de grandeur pour son héros. Quant au parti appelé depuis — anarchiste, — il n'était pas encore régularisé en 1822.
Ces divisions, ces luttes sourdes paraîtraient étonnantes, le lendemain du triomphe de Tindépendance, si Thistoire
mexicaine ne nous en révélait pas les causes dans les passions de la veille, les intérêts du moment et Tintroduction au M^ique de loges maçonniques, créées dans un but politique. Les loges des firancs-maçons du vite écmais se formèrent à la fin de 1820. En 1822, les Espagnols et le parti bourbonnien secondaient les vues des jtcoiiflî.s et cherchaient à renverser Iturbide. Deux années plus tard, le ministre des Ëtats-Unis, M. Robert Poinsett, introduisit ie rite des yorkinos pour contre-balancer Tinfluence des Écossais. Voici ce que dit a leur sujet le rapport de lu commission de Tas-
le HiSTOIRB DU MBXigUB.
semblée des notables, nommée en i863, dans son aperçu sur
rhisloire mexicaine : — « Il s'établit des loges sous les dénominations de escoceses et de yorkinos..* Ces clubs ténébreux décidèrent dès lors du sort du pays; c'est là que se distribuaient les emplois publics, que se tramaient les complots pour assurer les élections, que se dictaient les listes de proscription et les arrêts de mort... le Mexique ne peut se rappeler Tépoque fatale pendant laquelle les sociétés secrêtes étendirent leur domination, sans se représenter l'abcminable scène où les autorités elles-mêmes livrèrent le premier assaut à la propriété, celle du pillage du Parian en 1828, qui ruina tant de familles, et cela avec l'autorisation d'un gouvernement obéissant à l'épée du chef de celte . honteuse sédition. »
En effet, on verra bientôt ces sociétés à l'œuvre pour renverser le frêle édifice construit sur le plan d'Iguala. Tandis que les intérêts privés se préparaient ainsi à se substituer aux intérêts publics, l'assemblée des notables montrait déjà son inexpérience, son ineptie et les mauvais sentiments qui Tagitaient. Son premier devoir après son installation était de publier une proclamation — convocatoria — pour les élections des députés et la réunion du congrès qui devait donner une constitution à la monarchie. Cette eomacatma contenait des instructions prescrivant le mode d'élection, et fixant le nombre des députés à élire dans cbaqae district; elle fut adressée aux députations provinciales qui la répandirent ensuite dans leurs juridictions respectives. Cet acte était tellement défectueux, malgré l'impardonnable lenteur avec laquelle il fut rédigé, qu'on assignait un seul député à des provinces de cent mille habitants, et quatre à une de cinquante mille. En outre, elle fit dépendre la nomination des députés, non du vote d'un district, mais de celui des municipalités des principales villes, dont les membres devinrent ainsi les seuls électeurs, de sorte qu'après la dissolution de l'assemblée, ils passèrent tous au congrès; car, en réalité ils so aommaicul eux-mêmes.
nmm mm. 17
Ce premier congrès s'installa le 24 février 1822, sous la présidence de D. Hipolito Odoardo. Il institua Tordre de M.-D. de Guadalupe, et conféra des récompenses à ceux qui avaient figuré pendant la révolution. 11 était pitoyablement composé ; auprès de quelques hommes d'honneur on voyait des individus d'une conduite notoirement scandaleuse, des banqueroutiers frauduleux, des démagogues fougueux, des officiers qui avaient violé les lois de la guerre, et même des ennemis de l'indépendance. Le principal objet pour lequel il avait été convoqué, était la rédaction d'une constitution mexicaine ; il n'en fut pas écrit une ligne. Il n'y avait pas de fonds pour payer l'armée, ni les fonctionnaires publics; pas de revenus, ni même de systëme financier; celui qui existait sous la domination espagnole avait été aboli sans être remplacé par un autre. Malgré les sollicitations pressantes et réitérées d'Iturbide, le congrès ne voulut point s'occuper de ces graves questions ; il refusa pareillement de prendre aucune mesure à Tégard des tribunaux, alors désertés, et de la justice qui était totalement négligée. A cette étrange incurie se joignirent bientôt les actes d'une malveillance directe. •
Le 3 avril, le général espagnol D. Juan de Orbegozo, fit remettre un ordre à Iturbide, le priant de se rendre personnellement au congrès pour lui faire part d'une communication concernantle salut public. Iturbide s'y rendit avec Yanez et Barcena, au moment où les députés venaient de conclure qu'on ne l'écouterait pas, influencés surtout par leurs collègues Bustamante, Iturralde, Odoardo et Roman. Orbegozo lui remit une note dans laquelle on l'accusait de faits relatifs à son administration. Iturbide voulut se justifier. Orbegozo lui dit qu'il ne pouvait pas permettre des explications et que la régence devait quitter la salle des sessions, que sinon le congrès ne se croirait pas libre pour délibérer. — « Je ne puis abandonner ma patrie à des mains inUdëles, répondit Iturbide. » Puis il accusa directement plusieurs meihbres du congrès, entre autres Fagoaga, Tagle et Odoardo, d'avoir
» HinOIMI DU wsssvx.
des intelligences avec les expéditionnaires espagnols qui se l)attaient à quinze lieues de la capitale contre les Mexicains. Les députés accusés quittèrent la salle et la régeace se re* tira, laissant le congrès dans une grande confusion.
Les partis se dessinèrent alors plus ouvertement. D. Va^ lenlin Gomez Farias, député de Zacatecas défendit avec beaucoup de zèle le président de la régence. Davila envoyait du fort de S. Juan d*Uloa des circulaires pour exhorter les • Espagnv»ls à rétablir Tautorlté de Ferdinand VU. Deux villes venaient de sinsurger dans ce sens^ Le congrès donna un vote de confiance aux députés accusés de trahison. Le il avril, il déposa les régents Burcena, Véiasquez de Léon et l'évêque Ferez qui furent remplacés par le comte de Heras, D. Miguel Yalentin et D. Nicolas Bravo, ennemis d'iturbide. Après cette mesure, il décréta un règlement qui déclarait le commandement de Tarmée incompatible avec les fonctions du pouvoir exécutif. Ce décret fut la cause immédiate qui hâta révénement du 18 mai Des menaces proférées contre Iturbide, une conspiration découverte et dont Tobjet était de l'assassiner, émurent les amis du président et l'armée.
Dans la soirée du 18 mai, des soldats, conduits par Pio Marcha, sergent dans les troupes régulières, parcoururent la ville au cri de : ex Vive Augustin empereur du Mexi^ que. » A ce cri, d'autres soldats sortis des casernes vinrent se joindre aux premiers; bientôt la multitude fit retentir la ville des mêmes clameurs. La capitale s'illumina subitement, • les balcons se pavoisèrent et pas un citoyen n'exprima la moindre désapprobation, preuve incontestable de la popularité dont jouissait Iturbide. Il voulut protester contre cette singulière élection, mais ses amis l'en empêchèrent, en lui représentant que c'était le seul moyen d'opposer une digue aux maux que le congrès répandrait sur le pays par ses am* bitions, ses jalousies et son incapacité. Néanmoins, Télu populaire passa le reste de la nuit à rédiger une proclama^ tion pouT rappeler le peuple et l'armée à l'ordre et à la légalité» Le leiidemalu il couvoqua la régence, assembla les
' FRIMIBR IMHKE. it
généraux et les officiers supérieurs, instruisit officiellement le président du congrès de ce qui était arrivé, et Tinvita à convoquer sur-le-champ les députés pour une séance extraordinaire.
Après avoir vu ce qui s'était passé le mois précédent dans le congrès, on se serait attendu à plus de résistance dans la journée du 19 mai, pour la ratification du vote populaire •par la chambre, mais il ne faut pas oublier qu'à cette époquè les partisans d'Ituitide étaient très nombreux ; le clergé, redoutant les principes qui commençaient à se faire jour dans le congrès, favorisait également le président de Ja régence; il avait donc pour lui toute la nation, sauf les républicains, parti trop jeune encore pour être bien fort, et les Espagnols absolutistes. Ces deux partis n'auraient-ils pas constitué une grande minorité dans le congrès, ils auraient cédé dans ce moment, car la voix du peuple parlait trop haut, et il n*est jamais prudent de.lui résister lorsqu'elle se manifeste dans une émeute. Aussi, tous les députés appelés furent d'avis qu'Iturbide acceptât la couronne impériale. Quoique la salle des sessions fut encombrée par la foule, les députés se réunirent au nombre de quatre-vingt-quatorze ; ils envoyèrent une députation au futur empereur pour le prier d'assister h la séance. Celui-ci refusa d*abord, en prétextant que sa présence pourrait être considérée comme une entrave à la liberté des débats ; cependant, après de longues discussions» il fut obligé de s'y rendre. Aussitôt qu'il sort de ses appartements, d'immenses clameurs le saluent; les chevaux de sa voiture sont brusquement dételés et des hommes du peuple et de Tarmée la traînent jusqu'aux portes du palais, oii se tenaient les séances du congrès.
La question de sa nomination au trône ne souflRrit aucune difficulté ; les députés furent unanimes, et cela se comprend, la monarchie mexicaine n'avait pas de souverain, il lui eu fallait un, les senthnents monarchistes étant naturellement encore ceux de la presque totalité de la nation. On iîe pouvait improviser une dynastie, on improvisa le monarque. Lu
HISTOIRB BU MEXIQUE.
seule hésitation manifestée par quelques députés hostiles provenait de la considération que le traité de Cordova déclarant que le souverain appartiendrait à une dynastie régnante ou non, leurs pouvoirs ne leur paraissaient pas assez étendus pour les autoriser à décider contre Tesprit et la lettre du traité. Iturbide lui-même appuya cette opinion ; mais l'opinion contraire ayant prévalu, le vote eut lieu: soixante-dix-sept députés votèrent pour lui, quinze contre et deux se retirèrent sans voter. Â peine cette élection fut-elle connue que Tenthousiasme le moins équivoque se répandit parmi toutes les classes de la société, et la voiture de l'empereur fut traînée de nouveau par le peuple à sa résidence habituelle. La nouvelle de cet événement se transmit aussi* tôt dans les provinces, et les réponses exprimèrent à Punanimité que ce qui avait été fait dans la capitale était justement l'expression de leurs vœux les plus ardents. Le congrès lança un manifeste, dont voici les principaux passages.
« Mexicains!
« Vos représentants s'adressent à vous, pour la première fois, afin de vous annoncer l'événement extraordinaire qui a décidé la destinée de l'empire d'Anahuac. Son émanci*
pation est accomplie, puisqu'il a plu à l'Être suprcaie de rendre aux habitants cette liberté qu'il leur donne à leur naissance, en se servant d'un individu doué de qualités extraordinaires pour achever cette noble entreprise. Vous connaissez tous le plan d'Iguala, par lequel le senor Don Augustin Iturbide commença son grand œuvre; vous connaissez aussi le traité de Cordova... qui assure l'exécution du plan dlguala.
« Des événements si heureux n'auraient pu arriver, s'ils n'eussent été le résultat de l'unanimité de l'opinion publique... I/orsqu'on vit que l'Espagne avait annulé le traité de Cordova, 1 armée et le peuple, rompant subitement le silence à onze heures du soir, le 18 de ce mois, .saluèrent le généra-
PREMIER EMPIRE
lissfme Don ÂQgustin Iturbide , du titre 'd'empereur du
Mexique; proclamation qu'accompagnèrent des salves d'artillerie, le son des cloches, celui des fanfares et les acclamations de tous les habitants de Mexico» qui passèrent la nuit en réjouissances... et le lendemain à neuf heures, le congrès
s'assembla...
« Le congrès se disposait à commencer d'une manière grave et solennelle la discussion d'une question si importante ; mais, les cris du peuple redoublant à chaque instant, l'assemblée se convainquit de la nécessité de prendre en considération les droits imprescriptibles et la dignité de la nation mexicaine, qui, si elle avait été assez généreuse pour offrir le trône à la famille régnante d'Espagne, était loin d'imaginer qu'une telle offre pût être rejetée avec mépris...
« Occupé de ce grand objet depuis le premier moment de son existence politique, et jaloux devoir notre pays prendre son rang parmi les grandes nations, le congrès a proclamé le senor Don Augustin de Iturbide empereur constitutionnel du Mexique, persuadé qu'après avoir été le libérateur de sa patrie, il en sera le meilleur défenseur.
a La reconnaissance de la nation l'exigeait, les vœux unanimes de beaucoup de villes et de provinces le réclamaient impérieusement; le peuple de Mexico, et Tannée qui s'y trouvait réunie ont clairement et positivement exprimé les mêmes sentiments.
« La modération du héros d'Iguala avait plusieurs fois résisté à de semblables tentatives par un respect religieux pour le traité qu'il avait conclu. En vain voulut-il refuser encore, le 19, de se charger du fardeau d'une dignité si élevée; plus les vertus et la gloire qui lui avaient mérité cet honneur étaient éminentes, et plus sa résistance devait être inutile.
« Son amour de la liberté, son désintéressement, ses talents politiques et l'habileté avec laquelle il sait concilier des intérêts opposés, son intégrité et sa capacité pour les afiàires d'Ëtat, étaient autant de titres à votre admiration...
til UISTOIAE DU MEXIQUE.
<x Mexicains! vous avez aujourd'hui sur le trône impérial Iturbide le Grand; vos vœux sont comblés... On vient de
mellre sous vos yeux une relation suecinte de ce p;rand événement, ainsi que des motifs et des considérations qui Tont amené. Le congrès espère que vous adresserez au ciel les plus ardentes prières, pour que Thomme qui vient d*étre élu, par vous, remplisse ses pénibles devoirs avec l'aide et la protection du Très-Haut.
Sifjué Francisco Cantarinès, président; José Ignacio Gutierrez, député; Francisco Rivers, député, secrétaires. Mexico, le 21 mai 1823 , seconde année de l'indépendance de l'empire. »
Le congrès s'occupa ensuite de la dynastie dlturbide ; il créa des titres pour sa famille, et le 21 juin le nouvel empereur ftat sacré dans la cathédrale avec une solennité toute
européenne. Après cet événement qui donnait au Mexique des chances d'établir l'ordre, la prospérité et le bonheur du pays, il semblait que toutes les dissensions avaient cessé et fait place au repos; il n'en était rien. Les diCTérents partis, bien qu'ils dissimulassent, pendant quelque temps, leur dépit et leur ambition, n*en continuaient pas moins leurs machinations et leur hostilité. Plusieurs députés tinrent des conciliabules pour renverser le gouvernement, sous prétexte que Tempereur <c désirait » devenir monarque absolu. On ne citait aucune preuve pour appuyer ces accusations; mais parmi les députés, les uns, —républicains, — étaient mécontents de voir que l'indépendance du pays se consommait sans eux ; les autres, — bourbonniens,— voyaientavec déplaisir le Mexique s'organiser sans l'aide des Bourbons. Santa-Anna, dont la conduite étrange est la parfaite personnification de la politique de contraste et de contradiction qui a dirigé le Mexique depuis son indépendance jusqu'à la chute du second empire, Santa-Anna, dis-je, était alors colonel du 8« régiment d'infanterie; il avait été Tun des premiers à (élu dter Iturbide de son avènement au trône ; il avait assuré le
PREMIER EMPIRE. S8
nouvel empereur qu'il était d'aulaat plus satisfait de son élévation qu'il avait pris ses mesures pour le faire proclamer à Vera-Gruz, dans le cas ob il ne Taurait pas été à
Mexico. Actuellement, il importunait l'empereur pour le décider à dissoudre le congrès, s'offrant lui-même à chasser les députés de leur salle à la pointe des baïonnettes. D'autres personnages plus grands et moins violents suppliaient également Augustin I^"" d'user de l'article 170 de la constitution, alors en vigueur, qui l'autorisait à poursuivre les personnes impliquées dans des conspirations.
Irrité contre la perfidie des uns» influencé par l'insistance de ses partisans, Iturbide prit la détermination, le 26 août 1822, de faire arrêter les coupables, sans toutefois dissoudre le congrès. L'assemblée s'émut à cette mesure et demanda d'une manière impérieuse que les députés lui fussent remis, et qu'on Tinform&t des causes de leur détention, afin qu'ils pussent être jugés par le tribunal des Cortès. Iturbide, ne pouvant consentir à ce que les députés fussent renvoyés à ce tribunal, parce qu'il se composait de membres du congrès soupçonnés d'être impliqués dans ia conspiration, rejeta cette demande jusqu'à la clôture de l'instruction et jusqu'à ce qu'il fût statué par quel tribunal les inculpés seraient jugés. De là s'ensuivirent de part et d'autre des contestations qui durèrent jusqu'au 30 octobre.
A cette époque le mécontentement du peuple contre ses représentants arrivait à l'exaspération, et les provinces refusaient de payer les émoluments de leurs délégués. La représentation nationale s'était déjà laissé tomber dans le mépris par son apathie à l'égard de ce qui concernait le bien public et par son penchant à déprécier le plan d'Iguala. L'anarchie étant sur le point de replonger le Mexique dans d'incalculables malheurs, Augustin P"^ dépêcha, le 30 octobre, le général Cortazar, au président du congrès, pour lui notifier que ce corps avait cessé d'exister, et, sans violence aucune, l'assemblée fut dissoute à midi. L'empereur, de nouveau proclamé le libérateur de l'Anahuac et le père du peuple^
organisa une « Assemblée instituante, » composée de membres du congrès, au nombre de quarante-cinq et de buit suppléants, choisis parmi toutes les provinces^ Cette assemblée devait se borner à former une nouvelle convocatoria, ^t à n'exercer des fonctions législatives qu'en cas d'urgence. Cette mesure reçut Tapprobation générale.
A la suite de ce coup d'Ëtat, l'empire redevint tranquille et le gouvernement s'occupa de développer la prospérité publique et de s'emparer du fort de S. Juan d'Uloa qui restait encore entre les mains des Espagnols et commandait la ville de Vera-Cruz. Malheureusement» llurbide n'était point à la hauteur de la situation. Pour créer un empire le lendemain d'une révolutiou, il fiiut plus que du talent et de Tà- propos, il faut un esprit pratique, un génie organisateur, une énergie exceptionnelle; sans ces trois qualités, toujours rares h trouver réunies dans le même individu, le trône chancelle bien vite et s*écroule en brisant le souverain que les circonstances avaient fôit roi, sans en avoir reçu les dons par la nature. La nouvelle administration était très dispendieuse, et pourtant l'Étal ne percevait aucune rente lixe pour payer les membres et les employés de la cour. Les finances n'étant point régularisées, Iturbide manquait d*argent pour satisfaire les besoins publics et les ambitions privées. Les rentes qui formaient les principaux revenus du Mexique avaient considérablement diminué pendrai la guerre de Tinsurreclion, tandis que les dépenses augmentaient. Le commerce était paralysé autant par les événements de la Péninsule que par rincertiiudo de la situation politique dans laquelle se iruuvaii la Nouvelle Espagne. Les Espagnols, mécontents de l'indépendance, abandonnaient le pays, emmenant avec eux leurs immenses capitaux, leurs familles et leurs serviteurs. Les mines, ruinées par la révolution et le manque de capitaux, ne rapportaient plus rien au trésor. Les bourbonniens et les an'ciens insurgés, un peu délaissés par l'empereur, furent travaillés par les sociétés secrètes pour les convertir en ennemis du pouvoir actuel. Tous ceux qui avaient pris
les titres de généraux, de colonels, d'officiers, d'intendants, les députés, ceux qui avaient souffert dans leurs biens, sous le régime espagnol, les blessés, en un mot, la moitié de la nation demandait des places ou des secours. Le trésor, sans ressource, ne payait personne, la solde de l'armée même était très arriérée. L'empire chancelait de tous les côtés.
Santa-Âtina commandait alors la province de Vera-Gruz, sous les ordres d*Echevarri qui en était capitaine général. Tous deux avaient des instructions particulières relativement à la prise de S. Juan d'Uloa. Quelque jalousie s*éleva entre ces deux chefs au sujet de leur autorité respective. Des plaintes portées par Echevarri, la députation provinciale et d'autres personnages contre Santa-Anna, décidèrent l'empereur h lui retirer son commandement; néanmoins à cause dé sa bravoure et des services rendus, il lui donna la croix de Tordre de la Guadalupe et le grade de brigadier général. Les républicains, qui devenaient nombreux, grâce h l'active propagande des agents des États-Unis, profitèrent du mécontentement de Santa-Anna. et flattèrent habilement son amour-propre et son patriotisme, en l'appelant le «(Washington mexicain, » pour le décider à proclamer la république. Il revint h Vera-Cruz, où la perte de son commandement n'était pas encore connue, flatta les ofliciers de l'espoir d'obtenir de Tavancement, abusa la garnison par ses promesses et proclama la république, le 2 décembre 1833.
Santa Anna, secondé par Guadalupe Victoria, Vicente Guerrero et Nicolas Bravo, intimida les villes voisines d'Alvarado et d'Antigua, attaqua Jalapa, mais il fut battu et dut se renfermer dans la place de Vera-Gruz. Quoique Echevaril eût reçu de Tempereur les preuves de la plus grande amitié, quoiqu'il eût l'ordre d'attaquer Santa-Anna, il mit tant de lenteur et de mollesse dans le siège qu'il dura jusqu'au 1^ février 1833, époque où la convention de Gasa- Mata fut conclue entre les assiégeants et les assiégés, pour le rétablissement du congrès. Echevarri était un Espagnol élevé par Iturbide du rang de capitaine à celui de général,
56 HISTOIBE DU MEXIQUE.
chevalier de Guadalupe, aide de camp de l'empereur et capitaine général des provinces de Puebla, Oajaca et Vera* Cruz; il le destinait à former un des anneaux de la chaîne
fraleniclle qu'il voulait élablir entre les Espaj^niols et les Mexicains. Dès qu'il eut lieu de soupçonner la fidélité d'£chevarri, il eût du prendre le commandement de l'armée» afin de ne pas mettre le gouvernement à la merci de quelques brouillons ambitieux; mais il commit la faute irréparable, — si commune aux souverains, — d'avoir trop de confiance dans ceux qu'il avait comblés de faveurs. Sa confiance lui coûta cher. Ëchevarri entra en correspondance avec le gouverneur de Vera-Gruz, oublia son ressentiment contre Santa-Anna, se rallia h son opinion et capitula avec lui, lorsqu'il avait des forces considérablement supérieures à celles du chef insurgé. Le 1^' février 1823, les officiers supérieurs des deux troupes firent une convention au quartier général de la Casa -Mata, sous prétexte de réunir le congrès, mais en réalité pour renverser l'empire. Parmi les signataires de cette convention figuraient Anastasio Bustamaute, Manuel Gutierrez, Jean Arago, Cortaza» etc.
Les révoltés tombèrent comme un torrent sur les provinces de Vera-Cruz et de Puebla. Vivanco qui commandait h Puebla, par intérim, se réunit aux rebelles. Iturbide, dans le dessein de les réduire à l'obéissance sans recourir à la force, va prendre position entre le corps d'armée des in* surgés et Mexico. L'assemblée instituante avait, dès le 8 décembre, rédigé la convocatoria pour un nouveau congrès. Les commissaires envoyés par l'empereur aux rebelles fixèrent avec eux des limites aux troupes des deux côt^s et stipulèrent qu'elles resteraient dans leurs lignes respectives jusqu'à ce que la représentation nationale pût s'assembler et décider la question pendante entre les partis, qui se soumettaient h sa décision. Lorsqu'un gouvernement, au lieu de combattre des insurgés, parlemente avec eux, il est jugé, il est perdu. La trahison de Negrete et de Moran vint bientôt prouver à l'empereur que les nouveaux pouvoirs ne se
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mMIBE EMPIRB.
fondent pas avec des familiers, des amis du lendemain qui ne savent que précipiter leurs maîtres et leurs bienfaiteurs dans des calaslrophes au fond desquelles ils ont un secret infaillible pour les enterrer à tout jamais ; les empires se fondent avec de Taudace, de l'énergie, et non pas avec des idées, des sentiments et de la faiblesse. Les deux généraux Negrete et Moran quittèrent la table de l'empereur, avec * lequel ils jouaient tous les soirs, pour aller se joindre aux insurgés. Aveugles instruments du parti écossais, ils coopérèrent tous les deux à la chute de l'empire pour obéir aux résolutions de la grande loge écossaise.
Cinquante -huit députés, parmi lesquels on remarquait tous ceux qui avaient été incarcérés depuis le 36 août 1822, jusqu'au iS mars 1823, date de leur mise en liberté, se réu* Dirent en congrès. Cette réunion, illégale à plusieurs titres, rétait surtout par le nombre insuffisant de ses membres. Mais la volonté des vainqueurs obligea Iturbide de lui restituer l'exercice de ses fonctions. L'empire n'existait plus. José del Valle, ancien député, conspirateur, ayant donné des preuves de son républicanisme devant le congrès, fut tiré de prison pour prendre le portefeuille des affaires étrangères. Les rebelles avaient envoyé* des émissaires dans les provinces pour les engager h se prononcer en faveur de l'acte de Casa-Mata ; plusieurs députations provinciales y adhérèrent, tout en manifestant la résolution de respecter la personne de Tempereur. Celui-ci n'avait jamais reçu une piastre des revenus assignés à ses fonctions par la première assemblée des notables, et, depuis son élévation au trône, il recevait à peine de quoi subvenir strictement à sa dépense. L'empereur, dégoûté de tant d'ingratitude et craignant d*ëtre la cause de nouveaux malheurs, abdiqua le 20 mars, remit entre les mains de José del Yalle l'acte de son abdication et une lettre par laquelle il exposait Thislorique de son administration, les sacrifices qu'il savait faire en acceptant le trône qui devait lui faire perdre et son repos et l'amour de ses concitoyens ; il ajoutait que s'il avait différé son abdica-.
S8 HlSTOifl^ DU MEXIQUE.
lion c'est qu'il attendait la réunion du congrès, seule auto^ rité à laquelle il devait confier le pouvoir exécutif.
José del Valle, après avoir lu ces documents, dit, au nom d'Iturbide, que « l'empereur demandait à se retirer à l'étranger pour éviter les persécutions, les soupçons et les révolutions qui pourraient se faire soit en son nom, soit à cause de lui. Que n'ayant reçu qu'une très petite partie des sommes qu'il devait recevoir, comme chef du pouvoir, il avait dû contracter des dettes pour une somme de cent cinquante mille piastres, et engager son honneur pour les acquitter, ce qui lui faisait espérer que la nation les paierait. » Le congrès promit de payer et lui fit une pension annuelle de vingtcinq mille piastres pour aller vivre en Italie. Le jour fixé pour son départ de Mexico, le peuple voulut Tempêcher de partir, et quand Vivanco harangua les troupes, elles répondirent par le cri de : — « Vive Augustin I^. » — Le 11 mars 1823, une garde d'honneur l'accompagna à Antigua où l'exempereur s'embarqua pour Livourne.
Dès ce jour on vit le Mexique tendre à « détruire tout le vieux, à essayer tout le nouveau, » selon Texpression du colonel de la Golina ; il s'enfonça sans hésitation, quoique avec regret, dans le sombre inconnu des révolutions ; il se crut subitement capable de réaliser les rêves les plus chimériques, et dans cette illusion il échafauda, non sans effort, sur les ruines de la monarchie aztèque, espagnole et mexicaine, une république qui devint bientôt un fléau pour le pays, une ignominie pour la civilisation. « Avec Iturbide, dit Suarez Navarro, on perdit pour toujours l'unique espérance qui existait alors, de contenir les ambitions personnelles... Sur Santa-Anna pesait une immense responsabilité; sur lui devaient tomber les malédictions des futures générations... Les efforts du parti écossais pour faire trouver dans les provinces un écho au cri de Vera-Cruz, étaient notoires ; ceux des Espagnols pour nous diviser et nous précipiter dans l'abtme, étaient palpables. Comment détruire la prépouijiéraace d une faction parfaitement organisée? (Comment
lui arracher le pouvoir suprême tombé entre ses mains par la révolution et par l'abdication de l'empereur? Comment sauver et réaliser les principes républicains invoqués par le mouvement du 2 décembre?» La situation était en efiét assez difficile et permit de prévoir l'anarchie qui devait désormais passer à Tordre du jour au Mexique.
Le 31 mai i8iâ, le congrès nomma provisoirement un triumvirat, cçmposé des généraux Victoria, Bravo et Negrete, ayant le pouvoir exécutif ; le 81 juillet, MarianoMichelena, Miguel Dominguez et Vicente Guerrero furent nommés suppléants; les ministres étaient Lucas Alaman aux atTaires étrangères ; Pablo de la LIave, à la justice; Joaquin Herrera, à la guerre ; Francisco Arillaga, aux finances. Juan Guzman, Ignacio Esteya et Manuel Mier y Teran remplacèrent plus tard trois des ministres élus. Ce pouvoir exécutif dura jusqu'au 10 octobre 1824. Le général Santa- Ânna, envoyé à S. Luis Potosi pour contenir les iturbidistes qui pouvaient s^opposer à Texécution de l'acte de la Gasa- Mata, se prononça le 5 juin pour obliger le gouvernement à reconnaître Tindépendance des provinces, et le congrès à lancer sa eanvocataria pour la nouvelle assemblée. Le 5 novembre 1823, le second congrès constituant s'installa, sous la présidence du docteur D. Miguel Guridi y Alcocer, et commença ses travaux constitutifs, se divisant dès ce moment en deux partis bien tranchés : les centralistes et les fédéralistes.
Une fois promulgué nul le décret qui avait élevé Iturbide au trône, et traître celui qui chercherait à le rétablir, il est évident que la république devenait indispensable et qu'il ne fallait plus songer au plan d'Iguala. Les Bourbonniens et les écossais demandaient une république centrale ; les anciens insurgés, les républicains et les iturbidistos se rangèrent du côté de la fédération, proclamée en principe dans le pronunciamiento de S. Luis Potosi. L'armée ne formait pas encore de faction ; chaque chef avait ses opinions particulières ; ainsii Bravo, Negrete et Moran étaient centraliste^; Busta-
* 60 HISTOIRE DU.MEIIQUE.
mante, Burragan» Guerrero et Quintanar étaient fédéralistes; les avocats, tous de ce dernier parti. Le Jàlisco et le
Yucatan se déclarèrent États souverains; les autres provinces suivirent bientôt cet exemple. Le congrès général fut dépouillé de ses facultés législatives par les députations et les municipalités provinciales ; on l'appela « Congrès convoquant, » au lieu de « Congrès constituant. » Les députés, oubliant qu'ils avaient juré de « former la constitution de la nation mexicaine sur les bases fondamentales du plan d'Iguala» c'est à dire avec une monarchie étrangère, » se constituèrent en permanence pour organiser le Mexique sous la forme républicaine. Le congrès dut se décider, malgré lui, à faire une loi nouvelle pour les élections, conforme à celle des Cortès d'Espagne qui concédait le droit de suffrage à tous les citoyens jouissant de leurs droits politiques. Néanmoins, il restait dans une situation étrange de nullité, les provinces ne voulant plus reconnaître son autorité.
Le principe fédéral envahit peu h peu les populations. Malheureusement, la constitution de 1824, étant inspirée par des idées antifédérales, laissa la porte ouverte à toutes les exigences des partis que l'enthousiasme, d'un côté, et la peur de l'autre, auraient pu contenir dans les limites de la légalité. Naturellement, les idées nouvelles débordant de toutes parts les législateurs improvisés par la révolution, les titres de noblesse furent abolis, les blasons arrachés, les tribunaux spéciaux supprimés. Le principe démocratique s'épanouissait, mais comme il est difficile de détruire en un jour les habitudes de trois siècles, les éléments monarchiques subsistèrent, et» plus tard, ils firent une guerre acharnée aux républicains, non seulement à la tribune et dans la presse, mais encore sur les champs de bataille. En attendant, les finances étant nulles, on dut recourir à des emprunts étrangers qui ruinèrent le trésor et détruisirent le crédit.
Tel est le tableau que présentait le Mexique en 1833 et eu 1824, Vcst celui qu'il nous présentera désormais jusqu'en '