PR£M1£& £MP1AE
1867, avec des teintes devenant plus sombres de jour en jour. Tout cela est fort naturel, fort logique. Un peuple ne
cliange jamais impunément son ancienne forme de gouvernement contre une nouvelle, sans d'épouvantables catastrophes. Je ne blâme pas ce changement, il peut être iégi- . time, nécessaire môme; mais je constate un fait. Notre révolution de 89 fit tomber un roi surTéchafaud et noya la France dans des ruisseaux de sang, avant qu'elle se régularisât sous la main puissante de Napoléon. Au Mexique, la .• révolution de 1810 a ruiné, ensanglanté le pays depuis cinquante-huit ans, et a coûté la vie à deux empereurs. L'instabilité du pouvoir suprême a fait naître lanarciiie entrecoupée de servitude ; elle a ouvert l'arène h toutes les ambitions; elle a mis en ébuUition toutes les convoitises et
. tputes les chimères, en alarme tous les intérêts, la société constitutionnellement sens dessus dessous, et Ta livrée comme une place démantelée au [)remier venu. Passant de la forme fédérative à la forme unitaice, le Mexique a parcouru le cercle entier des combinaisons républicaines, variant avec une convulsîve rapidité ses présidents, ses dictateurs et ses législations; il n'a pas su s'arrêter sur la pente fatale de sa déchéance qui pourrait bien se terminer par la perte de son existeiice politique.
Pour expliquer les événements qui l^e sont déroulés depuis 1810, jusqu'en 1867, il faut bien comprendre quelle
. était la situation du Mexique en 1824. 11 s'était affranchi de > ses maîtres et de son libérateur, il profita de sa liberté pour devenir l'esclave d'une oligarchie prétentieuse, ignorante et sans patriotisme. Les Mexicains de celte époque expliquent eux-mêmes cette aberration par un aveu dont ils auraient dû profiter, a Dans notre organisation sociale, dit l'un d'eux qui a joué un grand rôle politique dans son pays, avec la lutte des idées anciennes contre les modernes, et la ténacité avec laquelle nous avons voulu accomplir le régime colonial et les formules constitutionncites d'un pays libre et civilisé, on
trouve la source de toutes nos erreurs» ainsi que dans la
fl HISTOlpe PU IfEXIQUB.
versatilité avec laquelle nous avons fait toutes ces transitions honteuses de certains principes aux principes diamé-^ tralemeiit contraires,
« Qu*étâit le peuple mexicain, politiquement parlant, à l'époque de son indépendance? Un être avili, submergé dans la stupidité, sans aucune notion de gouvernement... Il est un fait indubitaUie... c est qu'il n existait aucun élément pour que, par les seuls efforts de i*opinion publique, une cause pût triompher, aussi sainte, aussi juste, aussi libérale qu'elle fut. La majorité des Mexicains ignorait et beaucoup ignorent encôre quels sont leurs devoirs politique et social ; ils ignorent leurs droits, leurs lois et toutes les théories sanctionnées par le siècle.... Notre nationalité étant née d'une émeute, il est naturel que les émeutes et la force armée soient devenues par la suite l'arbitre des destinées d un peuple sans éducation civile d'aucune sorte. »
Tandis que le Mexique et les colonies espagnoles s'organisaient aussi pitoyablement avec la forme républicaine, la France envahissait TEspagne pour sauver la monarchie des mains de la révolution. La guerre d'Espagne Tonnait une partie du programme réellement français que M. de Châteaubriant espérait réaliser au congrès de Vérone. Dans ce programme se trouvait la solution des affaires américaines. Le duc de Wellington voulait la reconnaissance pure et simple de rindépendance des colonies espagnoles, sollicitée par le commerce britannique. M. de Cbateaubriant lui répondit qu'il serait préférable . c< une mesure générale, prise en commun par les divers cabinets de l'Europe, qui pourrait ménager à la fois les intérêts de l'Espagne, ceux de ses colonies et ceux des nations européennes, concilier les droits de la légitimité et les nécessités de la politique. » Ce qui se pas« sait à cette époque dans les cabinets de TEurope, concernant la question hispano-américaine, nous prouve combien cette question av'ait déjii d'importance, pour les intéi^éts européens, aux yeux des esprits clairvoyants.
. guerre d'Espagne terminée, il convenait d'aborder im-
PREMIER EMPIRE
médiatement la qoestion des colonies espagnoles, «c Je voudrais, disait alors H. de Ghateaubriant, vivre assez pour
voir... la réunion de TÉglise grecque et de l'Église latine, l'affranchissement de la Grèce, la création de monarchies bourbonniennes dans le nouveau monde, ét le juste accroissement de nos frontières. » Cela n'était point facile. Le roi d'Espagne, replongé dans les mains de sa domesticité, regimbait le premier; les calamités, trop méritées, d'où l'avait tiré la France, ne l'avaient pas corrigé; infatué de lui-même, caressant ses chimères rétrogrades, n'écoutant aucun conseil, ne comprenant aucune leçon, il considérait comme une offense à sa dignité l'arbitrage de l'Europe entre la Péninsule et ses colonies ; pourtant, la veille, enfermé à Cadix, il ne rougissait pas de signer le décret des Gortès sanctionnant l'érection de Buenos-Ayres en république. La France comptait surla peur et Tinlérêt pour faire agir Ferdinand VII. Le duc d'Angoulême, avant de le laisser entrer à Madrid, insista fortement pour que le roi, qu'il venait de sauver, accordât un gouvernement convenable à ses peuples et qu'il envoyât un infant conime souverain du Mexique. Le roi répondit qu'il verrait!
Il était pourtant très urgent de se presser à transiger avec les colonies, pour ne pas les perdre entièrement. Avec leur légitime amour de l'indépendance, toutes avaient conservé lu goût de la monarchie. On l'a vu au Mexique par le plan d'Igualael ravéneinent d'iturbide; en Colombie, Bolivar luimême, ce héros sympathique, ne se dissimulant pas l'insuffisance de ses compatriotes pour supporter le régime républicain, désirait la fondation d'un empire qu'il eût déféré de préférence à un Bourbon français; les provinces Argentines ii'avaient-elles pas également exprimé le vœu, en 1819, d'avoir un duc d'Orléans pour souverain? Les débuts des nouvelles républiques furent si malheureux qu'il n'eût pas été difficile pour l'Europe alliée de fonder des monarchies bourbonniennes, indépendantes et constitutionnelles dans toutes ces colonies qui les avaient demandées dès le corn-
mcncement de leurs révolutions. Mais contre cdle transaction s'élevaient rincroyable nullité de Ferdinand VII et le mauvais vouloir de rAngleterre.
Le commerce britannique avait fait de très bonnes affaires avec la chute de l'Espagne en Amérique; il s'était jeté sur ces contrées, si longtemps fermées par la prévoyance étroite du conseil des Indes ; en peu d'années il les avait couvertes de produits anglais, d'agents de toute nature, de compagnies affectées à toutes les destinations possibles. Les emprunts effectués par les colonies émancipées aux capitalistes de Londres, de Liverpool, de Manchester s'élevaient déjà au chiffre de 523,450,000 francs, somme énorme qui donnait aux préteurs une hypothèque sur le nouveau monde. L'Angleterre, dont les grands intérêts politiques ont toujours fléchi devant ses petits profits, ses devoirs dlionneur, ne voulait pas renoncer h cette anarchie lucrative perpétuée par la forme républicaine des colonies espagnoles. Aussi, au mois d'octobre 1823, M. Canning annonçait-il b l'ambassadeur de France, M. de Polignac, que dans un acte prochain, la Grande Bretagne reconnaîtrait purement et simplement les nouvelles républiques.
M. de Ghateaubriant , comprenant les conséquences d'une pareille détermination, s'empressa de demander à Ferdinand VII un décret proclamant la liberté de commerce avec les colonies insurgées. Ce point était des plus essentiels, car l'Angleterre , pour motiver sa reconnaissance des républiques espagnoles, mettait en avant les inconvénients du provisoire, les dommages causés à ses nationaux par l'absence d'otïiciers diplomatiques régulièrement accrédités. La liberté du commerce proja[iulguée, tout prétexte lui était enlevé, car elle pouvait nommer des consuls oii bon lui semblait et elle se condamnait, en persistant dans ses résolutions, à faire un éclat qui devait l'isoler en Europe. Tout donnait à prévoir qu'elle reculerait devant une telle situation; n'était-elle pas encore gouvernée par les tories, ayant le respect superstitieux des alliances continentales! On dut
PbBMIER EMPIRE.
employer la force, la ruse et la menace pour décider Ferdinand VII à signer ce décret qui jeta TAngleterre dans un complet désarroi. Pour se venger, elle ne voulut prendre
part h aucun projet de médiaiion inspiré par la France. Dans ses lettres confidentielles au principal de nos plénipotentiaires au congrès de Vérone, M. de Villèle donne les bases suivantes de ce projet; « Les cinq grandes puissances, dit^il, s'engageraient préalablennent à ne réclamer aucun avantage spécial dans leurs rapports commerciaux avec les nouveaux États d'Amérique; les métropoles eiies-mémes s'imposeraient la même réserve, et, la première, la France en donnerait Texem pie en traitant avec la république d'Haïti, moyennant une indemnité pour nos colons. Cette déclaration faite, les grandes puissances proposeraient à l'Espagne un compromis aux termes duquel ses possessions coloniales lui seraient garanties Ib où sa domination était demeurée entière; des infants seraient placés comme rois, là où, comme au Mexique , ce mode de transaction était possible, etc. »
Le 6 novembre 1823 , M. de Cbateaubriant écrivait au prince de Poiignac : — « Si l'Angleterre précipite trop la *
question, si elle se décide, malgré les protestations de l'Espagne et le sentiment des cours alliées, à reconnaître l'indépendance des colonies espagnoles, les choses n'iront pas .aussi facilement; nous pourrons gêner le pavillon de ses colonies, y soutenir le parti' royaliste ; et enfin si TAngleterre nous poussait à bout, nous n'avons pas encore évacué Cadix, Barcelone et la Corogne. Ceoi^ prince, e&t pour vous seul^ et pour vous faire comprendre quç, sans manquer aux convenances et à la mesure diplomatique, vous pouvez parler d'un ton forme à M. Ganning. »
Cette fermeté en imposa aux ministres anglais, et les choses en restèrent dans cette situation jusqu'au printemps de 1834, époque à laquelle on eût pu croire que la solution •désirée se réaliserait. Du côté de l'Espagne et des puissances coQtiaeataies, les plus gros empêchements étaient levés. I. a
HISTOIRE MJ MEXIQUE.
En Amérique, les vices des institutions républicaines, appliquées à des populations monarchiques, se trahissaient de plus en plus dans les souffrances des peuples. Tandis que les soldats de Ferdinand VII occupaient encore le fort de S. Juan d'Uloa, Iturbide préparait son retour au Mexique. Le gouvernement britannique en était venu h ne plus repousser rétablissement d'un infant sur le trône mexicain. L'ombre croissante des États-Unis lui donnait à réfléchir. La chute de M. de Ghaleaubriant, arrivée le 6 juin 1824, renversa son édifice si laborieusement construit; les monarchies boui bonnieniies turent abandonnées, l'Espagiieretomba dans son absolutisme, la république allait triompher partout sur le continent américain et enrichir les marchands de rAngleterre et des États-Unis.
Iturbide s^ennuyait dans sa résidence à Livourne, il passa dans la Grande Bretagne. Intluencé par ses compatriotes qui lui adressaient de pressantes sollicitations pour revenir au Mexique, il s'embarqua le 11 mai pour Soto-la-Marina, ignorant le décret du 8 avril 1824, lancé par le congrès mexicain qui le mettait hors la. loi. Il arriva le 14 juillet en vue du port. Un de ses aides de camp, nommé Benesky, fut envoyé au générai La Garza, commandant de la province, pour obtenir une autorisation de débarquement. Benesky révéla la présence d*Iturbide à bord du navire. A cette nouvelle, le général accorda de suite l'autorisation demandée. A peine débarqué, Iturbide est reconnu, entouré, traîné dans la prison de Solo*ia-Marina. Un instant après, Talcade se présente à lui, envoyé par La Garza, lui lit le décret du 8 avril, et lui dit qu'il n'a plus que trois heures à vivre! Il reçut ce coup avec sang-froid, déclara que \enu seul avec sa famille, il n'apportait aucune disposition hostile contre la république, et, La Garza ayant refusé de Tentendre, il lui fit remettre une lettre, dans laquelle il exposait les motifs de sa conduite, avec prière de renvoyer au congrès de Tamaulipas. Il pria ensuite le général de permettre h son chapelain, resté à bord, de venir lui rendre les derniers secoup de son
PREMIER EMPIRE
ministère. LaGarza, ému de compassion» effrayé, peut-être, . de la responsabilité qui allait peser lui, suspendit Texécu* tion. En ce moment, le congrès siégeait à Padilla : il lui
rendit compte de la capture d'Iturbide et vint prendre soa prisonnier pour le conduire dans cette ville. En route, pour honorer celui qu*il conduisait à la mort, il lui remit le commandement des soldats qui le gardaient.
La lettre de La Garza avait jeté la consternation dans le congrès, car les termes du décret étaient précis. Les députés, effrayés par le nom, les antécédents, les services rendus de celui qu'ils devaient condamner, cherchèrent dans la fuite un moyen d'échapper à cette responsabilité. Six seulement restent, s'érigent en tribunal et décident l'exécution immédiate; ils maintiennent la fatale sentence de mort en présence d'Iturbide et de La Garzà qui font valoir l'ignorance de la proscription lorsque l'ex-empereur partit de l'Angle* terre. A six heures du soir, Iturbide prévint lui-même le détachement qui le gardait, que l'heure de l'exécution était venue. Arrivé au lieu du supplice, il confia au prêtre qui l'accompagnait, pour le remettre à son fils ainé, le rosaire qu'il portait au cou, et une lettre pour sa femme. Il fit distribuer ensuite à la troupe Tor qu'il avait dans sa bourse, puis s*adressant à la foule émue, il s'écria d'une voix ferme qu'on put entendre de toute la place :
« Mexicains! au moment de mourir, je vous recommande l'amour de la patrie et l'observance de notre sainte religion : c'est elle qui doit vous conduire à la gloire; je meurs pour être venu à votre aide; et je meurs content parce que je meurs parmi vous !
« Je meurs avec honneur et non comme un traître; je ne laisserai pas cette tache h mes enfants et à la postérité!
(( Non, je ne suiâ pas un traître! Gardez la subordination et prêtez obéissance à vos chefs ! en exécutant leurs ordres accomplissez la volonté de Dieu ! Mes paroles ne sont point inspirées par la vanité : Je suis loin d'en avoir, adieu ! » ' Ayant dit ces mots, il commanda à l'adjudant CastUlo de
Digitizeu L.J
faire feu et tomba frappé de cinq ballos. Il fut enterré» sans aucune solennité, dans le cimetière de Padilia. Ainsi périt Iturbide, à i'àge de quarante ans, sans laisser de regrets
derrière lui, après avoir été Tobjet de l'enthousiasme le plus frénéliijue; mais, dans ce lugubre drame appelé l'histoire des révolutions mexicaines, ou verra bien d'autres chutes et bien d'autres contrastes, non moins incompréhensibles, non moins tristes et qui en font une perpétuelle insulte à la rai* son et au bon sens.
Les espérances des monarchistes mexicains tombèrent avec rhomme qu'ils avaient sacrifié à leurs ambitions, h leurs rancunes personnelles. Le clergé, les Espagnols, le haut commerce durent vivement regretter leur conduite inconcevable envers l'homme qui les rattachait h la mère patrie; mais, à l'exemple de la cour d*Espagne, ils ne savaient rien oublier; ils ne surent rien apprendre. En voulant imiter leurs voisins des États-Unis, plutôt par ineptie, pa^ haine contre les chefs qui tentaient de régulariser Tindépendance et la consolider par des institutions conformes aux mœurs nationales, que par goût, ils apprirent bientôt que leurs modèles deviendraient des maîtres. En effet, dès Tannée 1823, le président Monroe, dans son message, affecte de prendre le Mexiiiue en tutelle. Résolu à donner une protection, qu'on ne demandait pas, aux États nouvellement iiidépeadanls, par un manifeste solennel, le président Monroe proclama dans ce message une nouvelle politique d'intervention dont voici les principaux passages :
c< Les citoyens des Etats-Unis nourrissent les sentiments les meilleurs pour la liberté et le bonheur de leurs semblables de l'autre côté de TAtiantique... C'est seulement lorsque nos droits sont attaqués ou sérieusement menacés que nous nous sentons blessés et que nous nous préparons à nous défendre. Les événements (|ui se passent daiis notre hémisphère nous touchent plus immédiatement, par des raisons qui se présentent d'elles-mêmes à tout observateur éclairé el impiartial • .
. nUBilIBft SlinilB. 19
« Ea conséquence, c'est un hommage que nous devons îi la vérité ei à noue désir de conlinuer nos relations amicales avec les puissances alliéest de déclarer que nous con* sidérerions comme dangereux pour notre repos et pour notre sûreté toute tentative qu'elles feraient dans le but d'étendre leur système à une portion quelconque de cet hémisphère. Nous nous sommes abstenus d*intervenir dans les colonies ou dépendances réelles des différents États européens, et nous ferons de même à Tavenir, mais pour ce qui concerne les États qui ont proclamé et fait prévaloir leur existence indépendante, et dont après pleine considération» et conformément à de justes principes, nous avons reconnu Findépendance, nous ne pourrions regarder que comme une manifestation de sentiments hostiles aux États- Unis toute intervention qui aurait pour objet de les opprimer ou d'en contrôler, de quelque manière que ce fût, les destinées. Pendant la lutte qui a eu lieu entre ces nouveaux gouvernements et l'Espagne, nous nous sommes déclarés neutres; au moment même où nous les reconnaissions, nous avons observé la neutralité, et nous y persistons, pourvu qu'il ne se produise aucun changement qui, dans Topinion des pouvoirs constituant notre gouvernement, soit de nature à rendre indispensable à la sécurité des États-Unis un changement correspondant de notre part. »
Cette doctrine, on le voit, n'est qu'une déclaration courageuse de protection en faveur des jeunes républiques américaines, mais elle n'interdisait nullement l'établissement du système monarchique aux colonies espagnoles. En effet, les États-Unis reconnurent la monarchie d'iturbide au Mexique, et celle de la maison de Bragance au Brésil; la doctrine Monroe ne défendait que l'indépendance des nouveaux États, menacée par l'Espagne et compromise par les projets révélés au congrès de Vérone. Néanmoins, il était facile de comprendre que les Ëtats-Unis voulaient spéculer sur l'anarchie des nouvelles républiques, pour en tirer, à l'exemple de la Grande Bretagne, d abuid de:s profits commerciaux, ensuite
70 HISTOIRE DU MBUQUB.
des annexions de territoire. Les faits le prouveront bientôt.
Telle était la situation faite au Mexique, sous le triumvirat, par le manque de patriotisme de la classe aristocratique, par les ambitions des républicains» Taveugleaieat et les illu* sions ridicules de tous.
La monarchie venait à peine d*expirer au Mexique» et déjà le triumvirat se trouvait assiégé par tous les partis qui voulaient lui imposer leur loi. Sans pouvoir suffisant pour réprimer l'intluence des loges maçonniques; sans moyens ni facultés pour satisfaire l'ambition de quelques-unes de ces assemblées, alors si puissantes; sans sécurité, sanscoaflance et sans constitution ; luttant contre la tourbe des prétendants et contre la routine du régime colonial ; sans argent pour payer qui ou quoi que ce fût : tel était le bilan de ce pauvre triumvirat, avant et pendant la réunion du congrès du 23 juin 1833. Les capacités politiques et les dévoûments patriotiques faisant complètement défout parmi ces vanités ambitieuses, la liberté devait être sacrifiée, dès Taurore de la république mexicaine, à la nullité despotique des gouvernants. Le corps législatif lança, le 2 octobre, la loi des suspects. Un décret spécial donnait au pouvoir exécutif la l'acuité d'emprisonner, «sans s'assujettir aux formes légales,» tous ceux qu'il « soupçonnerait de vouloir altérer la traa-
quillité publique. » L'inquisition n'allait pas si loin. Trois jours après la promulgation de ce décret, cinquante personnes de toutes les classes et de toutes les cuaditions furent subilemenl incarcérées, sans aucune formalité. La terreur vint se joindre à tous les maux qui désolaient le pays.
Le Guatemala secoua le joug de la métropole. Le congrès constituant sanctionna son indépendance le 1''^ décembre 18:^3, et donna Tordre au générai Yiceuie Filisola de revenir au Mexique avec ses troupes, laissant cette province se gouverner comme elle Tentendait. L'Angleterre envoya deux agents diplomatiques à Mexico, MM. Harvey et Ward; les États-Unis accréditèrent aussi M. Robert Poinsett; tous furent admiral)iement reçus par le gouvernement mexicain. Ces agents, devenus ministres plénipotentiaires, se mêlèrent de la politique intérieure pour brouiller encore davan* tage la situation, et péclièrent en eau trouble des traités commerciaux plus avantageux pour leurs pays. « Ces contrats, disait Lorenzo Zavaia, ressemblent à ceux du pauvre avec le ricbe, du faible avec le fort. » Le gouvernement mexicain, manquant d'intelligence ou trop confiant dans la bonne foi du cabinel de Washington, se lajssa persuader par les États-Unis qu'il fallait réviser le traité des limites, conclu avec l'Espagne en 1819. Ces premières concessions amenèrent plus tard la guerre du Texas.
Les Espagnols ayant conservé Ja position qu'ils avaient avant le plan d'Iguala, les républicains résolurent de les expulser et de s'emparer de leurs biens et de leurs emplois. Les États de Jalisco, Queretaro, Guernavaca, Oaxaca se préparèrent publiquement à cette mesure. Dans la nuit du i23 janvier 18:24, la garnison militaire de Mexico, sous les ordre du général Lobato, renforcée par quelques citoyens, se souleva contre le gouvernement, en demandant l'expulsion des Espagnols de tous les emplois publics, tant que FEspagne n'aurait pas reconnu' Tindépendance du Mexique. Les insurgés qui occupaient le quartier de Los GuUûj cl ie^
RËPUIUQUB FÉJXËIALB,
couvent de Belen furent rejoints par les détachements du palais, de la municipalité, de l'hôpital, de Thotel des monnaies et des casernes. Le gouvernement, ne trouvant plus personne à qui donnejr des ordres» se réfugia âans l'églisé de Saint-Pierre et Saint-Paul où se tenaient les sessions du congrès. Santa-Anna olfrit alors son épée au pouvoir exécutif, mais raUîtude du congrès rendit cette offi e à peu près inutile. Le pouvoir réunit des troupes k la hâte, le congrès déclara qu'il n'obéirait pàs aux injonctions d'une forcé armée. Les insurgés restèrent liiactifs pendant deux jours. Le général Lobalo finit par se soumettre au gouvernement; les officiers principaux firent de même; le lieutenant-colonel D. José Staboli refusa Tamnistie el se décida à prolonger la lutte. Il fut pris dans la nuit du 26 et condamné à (nort le lendemain; mais cette peine fut commuée en un exil p(.Tpétuel. Si la loi avait été inexorable, la liberté des citoyens» rordre public et la volonté nationale n'eussent sans doute pas été si souvent sous l'empire des baïonnettes et le jouet du premier soldat venu.
Cette conspiration ridicule n'eut pas d'autre suite, mais elle entraîna deux conséquences très graves : celle d'inau* gurer les voies de fait, les pétitions à main armée» et celle de soulever ce qu'on appela « la question espagnole. » Aussi la tranquillité publique était-elle à peine rétablie, que dans la session du 30 janvier, le congrès proposa la mesure suivante : — <K Une commission spéciale» ayant en vue le plan d'Iguala et ie traité de Gordova, présentera un projet de loi pour régulariser clairement les conditions et les obligations que devront remplir les Espagnols pour jouir des garanties indiquées dans lesdits plan et traité. » Cette mesure n'avait d'autre but que l'expulsion des Espagnols qui se vérifia plus tard.
A cette époque, fenthousiasme pour l'initiation aux rites maçonniques tenait du vertige. Les yorkinos ou communistes» importés des États-Unis par M. Poinsett» commen- Oâient à prendre une grande prépondérance sur les écosr
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sais. Cette prépondérance se devait surtout aux iturbidistes
qui se rangèrent du côté des yorkiiios, pour se venj^er de la coaduile des écossais contre Tex- empereur. Néanmoins, ces dissensions intérieures n'empêchaient pas les députés de travailler à l*acte constitutif de la confédération, qui fut sanctionné et publié le 1**' février 1824. Cet acte opposait une certaine barrière aux prétentions des partis; il fut la cause de la retraite du général Michelena qui demanda la légation de Londres, de Lucas Alaman qui rentra dans la vie privée, et du chanoine La LIave qui retourna à sa bota* nique. Ce changement de ministres n'avait pourtant aucune signification importante, car peu de temps après, MM. La Llave et Alaman reprirent chacun son ancien portefeuille. L*acte constitutif ne donna pas la moindre sécurité au gouvernement qui voyait partout des conspirations; celle appelée de la rue Gelaya, fut cause de plusieurs condamnations à mort, de Fincarcération de quelques citoyens et de Texil des généraux Bustamante et Quintanar; mais Tinanité de ces conspirations modifia la rigueur de ces peines.
Sur ces entrefaites, Santa- Anna fut envoyé dans le Yucatan pour pacitier cette province, souvent en guerre à cause de la rivalité de sa capitale Merida, avec le port de Gain*» pèche. Accueilli par les démonstrations les plus sympathiques, il sut bientôt rétablir l'ordre et fut nommé gouverneur de cet État. Il organisa divers corps actifs et permanents, remit les places et les forts en état de défense et rétablit partout la confiance et la prospérité. £n apprenant la mort dlturbide, le colonel Benito Azmar, commandant la place de Merida, prit la parole dans le salon du palais et termina sa lianuigue, à Santa-Anna, en applaudissant « à la mort du tyran. » A quoi Santa-Anna répondit : — « C/est un infâme assassinat! Messieurs, si la mort du chef d'iguala vous semble avantageuse à la patrie , vous pouvez l'en féliciter ; mais non pas moi, qui voit dans cet événement tragique et criminel une tache éternelle pour Tliistoiredu Mexique. » — Ces paroles étaient d'autant plus remarquables dans la
bouche da général, quil avait été le premier à lever l'étendard de la révolte, lorsque Iturbide eut dissous le congrès.
Le 28 septembre 1824, tous les votes pour la nomination du président étant arrivés^ on procéda au scrutin. Le général D. Guadalupe Victoria ayant obtenu les suffrages des législatures de Tabasco, Zacatecas, Jalisco, Puebla, Gohahuila, Guanajuato, Tamaulipas, Durango, S. Luis Potosi, Queretaro et Yucatan, et le général Pedraza, deux seulement, Victoria fut élu président. Le général D. Nicolas Bravo obtint la vice-présidence. Guerrero, Victoria et Bravo avaient été parfaitement unis pendant leur triumvirat, ne songeant qu'à Tintérêt public; mais une fois que la fortune et l'opinion âe déclarèrent pour Victoria, Tamour-propre les sépara, et comme chacun d'eux était afiBlié à un parti différent, ils devinrent bientôt de mortels ennemis. Le 4 octobre la constitution était achevée, promulguée, et cinq jours après le gouvernement fédéral s'installait officiellement.
Sous la présidence du général Victoria qui dura jusqu'au mois d'avril 1829, MH. Lucas Alaman, Manuel Gomez Pedraza, Sébastian Camacho, José Espinosa de los Montei os, Juan de Dios Caneda et José Maria Bocanegra furent successivement ministres des affaires étrangères ; Miguel Ramos Ârizpe et José Espinosa de los Monteros se partagèrent le portefeuille de la justice; Ignacio Esteva, Thomas Salgado, Francisco Garcia et Bernardo Gonzalez Angulo, celui des linances; Manuel Gomez Pedraza, Manuel Rincon, Vicente Guerrero et Francisco Moctezuma, celui de la guerre. On le voit, dès Torigine de la fédération, les changements ministériels ne firent pas défaut. A cette époque on délégua auprès du saint-siége un agent diplomatique qui se promena pendant dix-sept ans en Italie sans pouvoir obtenir un concordat du souverain pontife. Dans le même temps, le congrès refusa de reconnaître l'agent français comme minisire plénipotentiaire, tant que la France ne reconnaîtrait pas l'indépendance du Mexique.
Avant de parler des événements survenus pendant la pré-
HI&TOIRB DU MfiXiQUS.
sidence da générai Victoria, je crois devoir reproduire ici la manière dont les Mexicains envisngenîent la constitution
de 1824. Leur appréciation n'est, peut-être, pas impartiale, mais les événements ont justifié leur critique et c'est pourquoi je la cite^ Oans une histoire il ne suffit pas d*enregistrer les faits, les uns après les autres, il faut encore les expliquer, en révélant les causes qui les ont produits. Rafaël de . la Colina dit, en parlant de celte constitution : — « Modelée sur celle des États-Unis, elle est devenue pour nous une plante exotique qui n'a donné plus tard que des fruits amers» nuisifs et vénéneux. La seule réflexion qu'elle était la forme du gouvernement fédéral démocratique la mieux adaptée aux nécessités de la république du nord, cette seule réflexion, dis-je, aurait dû nous convaincre qu'elle était la moins appli*cable à nous. Deux peuples qui n'ont aucune analogie et n'en auront jamais, peuvent-ils être assujettis à la même
constitution politique? »
Voici la confession échappée 5 Luis de la Rosa, le plus tenace défenseur des principes démocratiques fédéraux, dans .un discours pour l'anniversaire de Tindépendance : — « La république du Nord, dit-il, est la seule qui, s'étant constituée a observé inviolablement sa sage constitution, et Ta fortifiée par bien des années de paix et de prospérité. Mais aussi, quelle différence entre la situation du Mexique et celle des États-Unis, quand l'une et l'autre ont proclamé leur indépendance. Dans les colonies de l'Amérique du nord, il n'y avait pas, comme au Mexique, une classe de conquérants et une nation conquise; il y avait là-bas une colonisation et non pas une conquête; les. anciens babitants furent exterminés ou réduits en esclavage et ne restèrent pas, comme ici, un peuple nombreux, soumis par sa civilisation arriérée ii la domination la plus oppressive... Là-bas, les colons conquirent leurs droits peu à peu, recevant de la métropole même la concession de ses libertés ; de sorte qu'on peut dire, qu'aidés, en une certaine manière, par la mère patrie, ils travaillèrent pendant plus de deux siècles à implanter les
EËPUBLIQUE FÉDÉRALE.
principes d'une constitution qui existait, en quelque sorte, quand ils n'ont fait que la formuler, au moment de leur
indépendance. »
Le rapport de la commission de la chambre des notables, est plus explicite et plus instructif dans ses appréciations historiques; voici quelques extraits importants de ce qu'il
dit à ce sujet : — « Mal comprises dès le commencement, les combinaisons si compliquées du ^gouvernement que l'on avait voulu acclimater par force dans la nation, la souveraineté des États, plante exotique transportée dans les provinces de la Nouvelle-Espagne habituées à un état de choses passif, sans vertus, sans lumières et sans habileté pour développer pacifiquement les institutions; il n'est pas facile de dire combien tout cela jeta de désordre dans les esprits, d*orgrueil et d'insubordination. Ce n'était pas là, comme le proclamaient des rêveurs, des entêtés politiques, de brillants satellites tournant harmonieusement autour d*un centre vigoureusement constitué, mais au contraire des corps errants, . sans règle de direction, sans but marqué dans leur route, entre lesquels tout homme sensé pouvait prophétiser des chocs continuels et violents. Ne parlons pas de cet amas de lois incohérentes entreprises à la tâche comme par un ouvrier besoigneux, ni du labyrinthe inextricable dans lequel se trouvèrent enlacés le système financier, et surtout les
lois concernant le commerce et rindustric
« Les chefs militaires dépendant de la fédération, et qui commandaient les forces de l armée dans les États, étaient les ennemis acharnés et jurés des gouverneurs, et en général de toutes les autorités civiles, s'éputsant en vain à se faire respecter par la force. C'est ce qui fil créer et augmenter les milices civiques, création amphibie qui, sans remédier aux dépenses des corps disciplinés, ne servait qu'à alimenter l'oisiveté et le vagabondage, et dont l'organisation informe • était une menace incessante pour Tordre public... L'antagonisme qui existait auparavant entre les chefs de l'État et . ceux de Tarmée s'introduisit parmi les troupes permanentes
UISTOIRB DU MEXIQUE.
et la milice civique. Qu'importait que les limites du pouvoir
général et de celui des États fussent bien marquées par la constitution... Une simple feuille de papier, privée de sanction morale, et qui n'abrite pas efficacement tous les intérêts» a toujours été une digue impuissante pour résister aux envahissements d*une ambition désordonnée, la plus funeste de toutes les passions politiques. Les premières résistances des petites souverainetés étaient timides; niais bientôt convaincues que la fédération manquait d*énergie pour les contenir, et que des menaces stériles étaient les seuls moyens de répression en son pouvoir, elles ne mirent plus de bornes à leurs usurpations ; la guerre fut faite ouvertement et sans quartier; les Étals indépendants formèrent entre eux de fortes coalitions qui permettaient de rendre plus vigoureuses leurs attaques contre le pouvoir central, et le gouvernement général vit avec le sentiment d'une rage impuissante réduire peu à peu son influence et ses ressources, ne vivant pour ainsi dire que grâce à la générosité d'auirui.
« £n même temps, il avait à soutenir les attaques incessantes et acharnées de la représentation nationale qui lui
disputait sans relâche ses attributions.... Aussi les luttes entre le législatif et rexécuiif devinrent-elles la plaie incurable et la maladie chronique d*une organisation aussi vicieuse ; cette maladie ne pouvait être combattue que par les subventions du trésor, destinées, entre les mains des présidents, à acheter les majorités, qui n'en gardaient pas
moins une altitude hostile
« Séduire iarmée avec de Tor, de Tavancement et des grades que Ton distribuait à des individus sans autre titre que la trahison; tromper les soldats au moyen de promesses niensoiigères, leur laisser croire qu'ils seraient payés avec exactitude; entraîner la plèbe dans des séditions qu'on avait l'espoir de voir se changer en anarchie et en désordre; spéculer par avance avec les indignes traficants du trésor public -au moyen de contrats ruineux pour le pays; offrir l'occupa-
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tion des emplois existant ou à créer pour satisfaire les révolutionnaires achetés, tels furent les principaux ressorts mis en jeu pour ea£Utmmer les esprits et faire triompher les proHundatl^ientos. d
Ces citations suffiront à peindre l'état de choses créé par la constitution de 1824. Le président Victoria, un des patriotes les plus respectables de la révolution, se reposait sur ses lauriers avec ses ministres; ils publiaient les lois décrétées par le «pouvoir législatif, veillaient à leur exécution et croyaient remplir ainsi leS devoirs de leurs fonctions. Le 12 avril, le congrès, en présence de cette apathie, ])rovoqua une motion pour obliger les ministres à venir une fois par semaine rendre compte à l'assemblée des affaires de TËtat. Le premier acte administratif du nouveau président fut de contracter un emprunt de vingt-quatre millions de piastres, avec plusieurs banquiers anglais. Souscrit à des conditions onéreuses* cet emprunt fut encore diminué par des banqueroutes et par les dilapidations du ministre des finances et de ses agents. Sans procurer des ressources proportionnées à son importance, il devint, par Taccumulaiion des intérêts, le principe de cette énorme dette qui s'éleva, en 18â0^ au cbiffre de deux cent cinquante-sept millions quarante et un mille deux cent cinquante francs.
L'attention publique occupée par les événements que je vais esquisser à grands traits se mêla fort peu de la conduite du pouvoir exécutif. On se rappelle que le fort de S.-lean d*Uloa était encore^occupé par les Espagnols; le président Victoria voulait absolument s'en emparer pour rendre libre le commerce de Vera-Cruz; il chargea le général D. Miguel Barragan de le réduire. Le général, non sans de grands efforts, eut Thonneur de faire capituler cette place le 18 novembre 1825. La capitulation fut honorable pour les Espagnols et la garnison se rembarqua pour la Havane aux frais du gouvernement mexicain. L^Ëspagne perdit ainsi le dernier point qu'elle occupait sur cette vieille terre conquise par Fernand Gortez.
HISTOIEE DU MEXIQUÈ.
« Si nous considérons les événements qui eurent lieu en 1825 et 1856, dit M. Suarez Navarre, dans son histoire de cette époque, nous verrons que le pouvoir exécutif devait fatalement sortir de Forbite de ses attributions. A peine les principes républicains fédéraux étaient-ils sanctionnés et les droils respectifs tracés, que le congrès constituant érigeait la dictature, trouvant insuiïisauts,. pour l'administration intérieure, les pouvoirs accordés au gouvernement par la loi fondamentale... Nos hommes ont toujours gouverné la république au moyen de lois de circonstance, pour suppléer aux lacunes de la constitution et à son manque d'harmonie avec notre mode detre, comme au genre de civilisation dans lequel nous nous trouvions. » Ceci était tellement vrai que le président ne pouvait faire respecter les lois et maintenir Tordre que par des pouvoirs extra-constitutionnels. Le môme fait se reproduisit dans les départements. A l'exemple de la capitale, les législatures provinciales accordèrent à leurs gouverneurs des facultés extraordinaires.
En dépit de ces facultés accordées à tous les chefs d'État, la lutte entre les deux loges maçonniques faisait prévoir des troubles prochains. M. Poinsett, ministre des États-Unis, avait ouvert un grand temple et donnait une extension considérable au rite des yorkinos. Le club des écossais n'était pas moins actif, mais il avait perdu beaucoup deson influence par la défection des ilurbidistes. D. Vicente Guerrero, derrière lequel se cachait M. Poinsett, était le chef des yorkinos. Ce parti devint le maître de la situation; D. Nicolas firavo présidait le club des écossais. La guerre qu'ils se faisaient réciproquement engendra la conspiration Arenas.
Le 19 janvier 1827, le P. Arenas eut une entrevue avec le général D. Ignacio Mora, pendant laquelle il lui révéla le plan d'une conspiration, ayant pour but le rétablissement de la monarchie espagnole, et l'engagea fortement à donner sa coopération aux conspirateurs. Le général lui demanda d'autres renseignements, puis une autre entrevue pour le jour suivant et s'ea alla tout de suite avertir le président de
BÉPUBUQUB ItDÛlALB. SI
ce qui se tramait contre la république. Les ministres, aussitôt assemblés, résolurent que, le lendemain, cinq témoins se cacheraient dans la chambre où devait avoir lieu le rendezvous, afin d'entendre la conversation et pouvoir déposer ensuite contre le P. Arenas. Ces cinq témoins furent D. José Maria Tornel, secrétaire particulier du président et député de Vera-Cruz, D. Francisco Molino del Campo, sénateur et gouverneur du district fédéral, le lieutenant -colonel D. Ignacio Faicon, D. Joaquin Hunos et D. Francisco Ruiz Fernandez. Le P. Arenas tomba dans le guet-apens, et fut incarcéré le même jour.
Cette conjuration servit de prétexte aux plus odieuses et aux plus violentes attaques des deux partis, «c Les yorkinos, dit D. Lorenzo Zavala, en parlant de cette triste affaire, exagéraient les progrès de la conspiration, pour en faire retomlper tout Todieux sur le parti écossais, qu'ils croyaient ou feignaient de croire complice de cet attentat. Les écossais, de leur côté, au lieu de présenter les faits dans leur vérité, niaient l'existence même du fait; ils attribuaient cet événement à un artifice des yorkinos, et paraissaient croire que c'était un drame représenté pour leur donner de Fimportance; ils arrivèrent à dire que le ministre des £tats*Unis, M. Poin-
• sett, avait conseillé au P. Arenas de faire ce pas. » Quelle que soit la mesure de Texactitude de ces accusations, il n'en est pas moins vrai que le nombre des incarcérés, à propos de cette conspiration, fut très considérable. Les Espagnols devinrent suspects dans toute la république; Tanimosité des Mexicains contre eux redoubla de tous les côtés et
'beaucoup furent emprisonnés. Le 2:2 mars, le ministre de la guerre ordonna pareillement Tarrestation des généraux Celestino Negrete, José Echevarri et d'un autre général espagnol du nom de Arana.
L'arrestation de ces généraux, trouvée injuste et arbitraire, souleva Tindignalioa du peuple. L'instruction deiieur cause fut confiée aux colonels, — gradués généraux, — Ândrade, Ârago et Romero, yorkinos, et Facio, écossais,
HISTOIRB PU MEXIQUB.
Les principaux accusés Arenas, Martinez et Segura avouaient le complot, mais ne voulaient révéler le nom d'aucun complice. Pedraza, désirant se taire un piédestal de celle conspiration, était ràme de tout le mouvement qui en fut la suite; il lui donna des proportions colossales pour compromettre les gens les plus notables du parti écossais. Les documents volumineux de ce procès prouvent h l'évidence que les partis en firent une arme de vengeance; il n'est donc pas étonnant de voir le verdict de la justice remis aux calendes grecques pour ce procès qui passionnait tout le Mexique. En attendant ce verdict, les troupes se soulevaient à Durango et dans d'autres provinces contre le gouvernement fédéral. Ces insurrections avaient pour but, en certaines localités, Texpuision des Espagnols; dans d'autres, le remplacement des autorités locales par des hommes favorables à un gouvernement central. A Vera-Cruz; le parti écossais chassa de la ville D. Ignacio Esteva, élu commissaire général par les yorkinos, ce qui fut cause du pronunciamiento du colonel fUncon. Les émeutes se propagèrent par la nonchalance du gouvernement ou son impuissance à les réprimer. Le 3 septembre, l'État de Jalisco fulmina son décret d*expulsion contre les Espagnols, le congrès de Mexico suivit son exemple le 8 octobre ; ils furent imités par les États du Michoacan, de Vera-Gruz, et bientôt cet ostracisme devint général.
Les auteurs de toutes les émeutes qui occasionnèrent la promulgation de ces décrets, restèrent impunis, le général Pedraza ne voulant pas leur résister par la force, pour éviter la guerre civile. Le parti écossais, contre lequel se dirigeaient tous les coups, craignant d'être proscrit des emplois lucratifs et voyant le congrès se soumettre aux caprices des yorkinos, courut aux armes pour faire respecter ses droits. Un nommé Manuel Montaào fit un pronunciamiento dans la petite ville d'Otumba. Son plan, précédé d'une proclamation, révèle de suite là main qui le faisait agir; il ne se composait que des quatre ariicles suivants :
B£PUfiLIQU£ FËDËRAUS
« Art. 1^. Le gouvernement suprême aura l'initiative au
congrès général de TUnion pour exterminer dans la république toutes sortes de sociétés secrètes « quels que soient leur nom et leur original.
« Art, 2. Le gouvernement suprême renouvellera complètement son ministère , choisissant pour ces fonctions des hommes connus par leur probité, leur mérite et leurs vertus.
« Art. 3. Il donnera, sans perdre de temps, un passe-port au ministre des Ëtats-Uuis près de la république mexicaine.
a Art. 4. Il fera observer strictement et religieusement notre constitution fédérale et nos lois existantes.
« Otumba, 23 décembre 1827. — J. Manuel Montano. »
Le générai Bravo, vice-président de la république, chef de ce mouvement, partit brusquement de Mexico pour appuyer Montano. Voici un extrait de la lettre qu*ii lui écrivit à ce sujet : « M. le lieutenant-colonel D. Manuel Montano. — Solitrera, 2 février 1828. Mon cher ami. Désirant développer et propager votre mouvement, je me suis résolu à quitter Mexico; et me trouvant ici, je désire aller au point que vous occupez; mais avant, je désire que vous me disiez dans quel endroit il se trouve, quelle est la force que vous avez maintenant, et quelles sont les opérations entreprises jusqu'à présent contre vous par le général Guerrero. — Nicolas Bravo. »
Deux autres lettres suivirent la première. Bravo justifiait sa révolte en disant : — « Il est nécessaire de guérir le mal dès son origine et d'arracher la racine des sociétés secrètes qui le causent; il faut inutiliser les principaux instruments des factions qui se composent de deux ou trois ministres et de celui des États-Unis. Il est également indispensable d'obtenir le rétablissement de Tobservancc des lois, si auvent et si scandaleusement enfreintes et méprisées par ceux mêmes que la nation a chargés de les faire exécuter. » Mais coaime le général Pedraza, minisire de la guerre, était un des hommes désignés comme devant être chassés du ministère, il défendait une cause personnelle en défendant celle
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du gouvernement; aussi s'empressa-t-il de donner trois mille hommes au général Guerrero pour poursuivre les insurgés. Dans une lettre datée de Uuamantla, 2 janvier 1828, Santa-Anna offre ses services au gouvernément et à Guerrero pour rétablir Tordre, mais la rapidité avec laquelle celle insurrection fut étouffée rendit ses services peu utiles; néanmoins Guerrero en parle avec éloge dans son rapport officiel.
Lé général Bravo et les insurgés, réfugiés à Tulancingo, n'eurent pas le temps de s'y fortifier. Le 7 janvier au matin, l'attaque commença ; la résistance fut insignifiante, Bravo, Monlaiio, Gutierrez et tous les chefs tombèrent au pouvoir de Guerrero. Ce même jour, Barragan se prononçait à Vera- Gruz en proclamant le plan Montaiio. Cette échauffourée lui coûta la liberté. Les écossais firent des efforts surhumains pour obtenir la vie sauvQ aux révoltés prisonniers, Pedraza lui-même usa de toute son influence en leur faveur. Les yorkinos, indignés et furieux de la conduite de Pedraza, devinrent ses ennemis ; celui-ci gagna près des écossais ce qu'il perdit dans le parti contraire, et cette conduite dénotait d'autant plus d'adresse que Guerrero étant le futur candidat des yorkinos pour la présidence, Pedraza n'avait de chance d*étre élu que par le parti du général Bravo. Aussi les prisonniers de Tulancingo furent-ils simplement condamnés h l'exil.
Guerrero et Pedraza étaient les deux seuls candidats présentés par les partis pour la présidence. Le premier, homme du peuple et môme de couleur, s'était élevé par son propre courage; privé d'instruction, considéré comme ayant des moyens insuffisants, des manières embarrassées et représentant le parti démocratique, les classes supérieures de la société n'en voulurent pas. Le second, ancien serviteur du roi, élevé à Técole des vice-rois, habile, actif, intelligent, ayant tout le prestige d'une carrière honorable, de bons antécédents et de belles manières, représentait le parti conservateur aristocratique, parti dominant dans les loges écossaises. Les écossais n'avaient point à hésiter et Pe-
RÉPUBUQUB FÉD£RA£B.
draza devint leur candidat. Les démocrates menacèrent, dans. leurs journaux, les députés qui voteraient pour le candidat conservateur de se voir considérés comme traîtres à la nation et de soufR^ir « tôt ou tard ia peine due au crime de lèse-naiion. » Jamais la lutte n'avait été aussi violente, aussi haineuse, aussi menaçante. Pedraza Tut pourtant élu par Puebla, Guanajuato, Vera-Cruz, Queretaro, Oajaca, Jallsco, Zacatecas, Chiapas, Nuevo-Leon et Tabasco ; les suf* frages de Mexico, Michoacan, San Luis Poiosi, Gohahuila, Tamaulipas, Yucatan et Sonera furent pour Guerrero; Durango ue vota pas, parce que sa législature n'était pas en fonction au mois de septembre 18S8, époque des élections. Le général 1). Manuel Gomez Pedraza, ayant obtenu la majorité, fut élu président à la place du général Victoria, dont les pouvoirs expiraient au mois 4'avril 1829. Il fallait que les idées démocratiques eussent eu bien peu de prise dans la majorité de la nation, ou qu'elles fussent dèvenues bien redoutables pour que les yorkinos, si puissants alors, ne triomphassent pas de leurs rivaux avec une immense majorité. Les démocrates formaient ce que Ton a appelé depuis le parti d'action ; ils étaient au pouvoir, ils dominaient dans le congrès, et, malgré bien des maladresses du candidat conservateur, ils furent vaincus. On verra bientôt comment ils se vengèrent de cette défaite.
À Jalapa, une proposition du conseil municipal contre rélection de Pedraza souleva une émeute. Santa-Anna était gouverneur de la province de Vera-Cruz et partisan de Guerrero; D. Ignacio Mora, ami de Pedraza, commandait les troupes de cet État. Des opinions politiques divisaient ces deux généraux. Je n'essaierai pas d'expliquer la conduite de Santa-Anna dans les événements que je vais raconter, encore moins sa vie politique, qui ne commence réellement qu'en 1828; mais le rôle important joué par ce général m'oblige à faire son portrait, d*aprës les esquisses tracées par les personnes qui Tont connu et sa volumineuse correspondance que j'ai lue avec le plus vif intérêt.
H PISTOIIB DU MEXIQUE.
D. Antonio Lopez de Santa-Anna naquit à Jalapa le 21 février 1798, de parents nobles et jouissant d'une grande 6onsidération. Ses goûts le portant vers la carrière des armes, il entra comme cadet dans le régiment d'infanterie fixe de Vera-Cruz, le 9 juin 1810. Lors de la proclamation du plan d'Iguala, on le trouve liuulenant-colonel décoré de plusieurs ordres. Passiontié pour le jeu, aimant l'argent et poussant la galanterie jusqu'à la dissolution, il sacrilia, par ces trois excès, vingt fois le Mexique, quand il aurait pu le sauver. Retiré dans sa magnifique hacienda de « Manga-de-Glavo », il s'y reposait de ses travaux publics, en se livrant h ses trois passions favorites, il y méditait de nouveaux projets ; il remplaçait ses antipathies politiques par des amitiés personnelles; il songeait à renverser ceux qu'il avait élevés, et viceversa. Pendant vingt ans on se demande s'il ne préférait pas a son hamac de Manga-de-Clavo au fauteuil présidentiel », comme le disait Jean Arago dans une lettre que je publierai plus loin. Aspirant à l'impossible, dégoûté de la réalité, victorieux après une défaite, vaincu après une victoire , jouant sa vie et sa fortune avec autant d'indifférence qu'il exposait celle des autres, versant le sang, sans être cruel, Santa-Anna est la contradiction personnifiée, type exagéré de ses compatriotes. Il attacha son nom à toutes les révolutions ; tantôt les organisant pour son propre compte, tantôt y prenant part après les avoir vu commencer; travaillant aujourd'hui h l'élévation d'autrui et demain à la sienne; soutenant une faction pour l'opprimer ensuite, entretenant ainsi un jeu de bascule entre les partis, et n'en profitant que lorsque bon lui semble. On le voit enlacer le sort de sa patrie au sien propre, être tour à tour porté au pouvoir le plus absolu, puis précipité dans la captivité, la solitude ou l'exil. Adoré des uns, haï des autres, considéré par les Américains comme l'unique obstacle à leurs projets envahisseurs, il a toujours détesté l'étranger. Mélange de bonnes et de mauvaises qualités; ayant de grands talents naturels et de grandes faiblesses; entreprenant, sans fixité dans ses desseins, Sauta- Anna est
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au physique un homme distingué, d'une éloquence facile, persuasive et connaissant mieux que^ personne les ressorts qu'il faut presser pour mettre en jeu ses concitoyens. Tel est rhomme que les démocrates venaient chercher pour appuyer la résolution de la municipalité de Jalapa contre Pedraza.
Le congrès de Vera-Gruz, fit un décret pour suspendre le corps municipal séditieux. Santa-Anna dans une lettre datée de Jalapa, 4 septembre 18^8, à miauit, répond au congrès qu'il est très souffrant, et que ne pouvant faire lui-même exécuter les ordres du congrès, il a envoyé chercher le chef du département pour les faire exécuter. Le lendemain, Santa-Anna, accusé de connivence avec la municipalité» est remplacé par le général Mora. C'était jeter de l'huile sur le feu. Dans la nuit du 11 septembre, Santa-Anna, blessé de la conduite du gouvernement à son égard, quitte Jalapa avec un bataillon d'infanterie, un escadron de cavalerie« deux pièces d'artillerie et s'installe le lendemain matin dans le fort de Perote. Quatre jours après, il lance une proclamation dans laquelle il déclare que le peuple et l'armée annulaient l'élection du nouveau président, comme ennemi des institutions fédérales ; il demandait» en outre, l'expulsion complète des Espagnols, la nomination de Guerrero et le titre de « libératrice » pour son armée. Il terminait en protestant de son obéissance à la constitution, — qu'il violait, — et jurant qu'il ne déposerait les armes que lorsque ces diverses mesures seraient adoptées.
Le général insurgé ne mit pas le congrès hors la loi, mais il y fut mis et le général Rincon choisi pour le poursuivre. Santa-Anna fit tomber en son pouvoir la brigade du colonel D. Pablo Unda; chaque sortie qu!ii faisait lui procurait de grands avantages sur l'armée qui l'assiégeait ; Rincoii, du reste, agissait avec une lenteur favorable aux assiégés, et lorsqu'il écrivait au minisire de la guerre : — « L'oiseau est toujours enfermé, » il y avait trois jours que Santa-Anna était sur le chemin de Oajâca» et commençait une de ces campagnes d'escarmouches» de marches et contre-marches
HISTOIEB DU MEXIOUB
qui le rendaient insaisissable. Calderon, commandant les
troupes de Puebla, et Rincon se mirent à la poursuite du général insurgé, qui les battait quelquefois, subissait des échecs sans se décourager et leur glissait sans cesse entre lèt mains. Santa-Ânna mit en déroute le général Miranda, qui menaçait ses flancs avec mille hommes, et passant entre les deux lignes parallèles de Calderon et de Rincon, fortes de cinq mille hommes et de vingt pièces d'artillerie, il entra dans Oajaca et s'enferma dans le couvent de Santo-Domingo. Quelques jours après, soutenu parle colonel Arista, il reprit l'offensive avec tant de succès que les officiers du gouvernement demandèrent une suspension d'armes, en attendant les ordres de Mexico. Santa-Anna y consentit; mais cette sus* pension fut désapprouvée par le gouvernement» et le 14 novembre, Rincon attaqua les insurgés avec un redoublement d'énergie. La lutte entre Rincon et Santa-Anna dura deux mois et ne se termina que par le résultât des événements qui se passaient alors à Mexico.
Tandis que Santa-Anna se battait de son mieux, Juan Alvarez et Isidoro Montes de Oca proclamèrent, dans les dis^ tricts d'Acapulco et de Tosco, les principes du plan dePerote. Le gouverneur D. Lorenzo de Zavaia se mit également à la tète d*un parti armé qui parcourait les districts d'Apam, Oculla et Ghalco. Dans la nuit du 29 octobre, il entra clandestinement à Mexico et se mit h travailler pour organiser • une émeute capable de renverser Gomez Pedraza. Cela ne lui était pas difficile ; les éléments de révolte abondaient dans la capitale. Le 30 novembre était le jour assigné pour Texplosion du coup prémédité. Le président, les ministres et les chambres n'ignoraient pas ce qui se tramait, mais les intérêts personnels et les rancunes parlicuiièi'cs les engageaient à laisser faire. Yicloria, unanimement accusé d'avoir été la cause principale du succès de cette révolution» soit par connivence, soit par incapacité ou négligence de sa part, contraria toutes les mesures du ministre de la guerre, sou futur successeur.
A dix heures du soir, un coup de canon annonça Fexplosion de la tempête. Le colonel Santiago Garcia se rendit à Tancienne prison de la Âcordada où se trouvait un dépôt
considérable d'armes et de munitions; il avait avec lui Jes bataillons civiques. Zavala et Lobato se mirent à la tête des insurgés. Le gouvernement resta deux heures sans rien décider. Les révoltés demandèrent le changement des ministres et l'expulsion des Espagnols. Le gouvernement s'étant enfin décidé à se défendre, les hostilités commencèrent le S décembre. Le lendemain un régiment de cavalerie passa da côté des insurgés; la populace courait à la citadelle. et à la Acordada où Lobato et Zavala lui donnèrent des armes. Le général Guerrero se déclara leur chef. Gomez Pedraza s'enfuit de la capitale, pendant la nuit, pour aller à Guadalajara; le général Filisola sur lequel il avait compté repartait en même temps pour Puebla; le président restait à peu près seul, n'ayant guère pour le protéger que les soldats du lieutenant colonel Adrien Woll.
Les insurgés, encouragés par ces événements, attaquèrent le palais, défendu par une batterie et quelques troupes. Victoria alors songea k fàire cesser l'effusion du sang et se rendit à la citadelle dans le but de transiger avec Zavala. En ce moment plus de cinq mille révoltés mirent la ville au pillage; les habitants devinrent victimes des plus atroces violences, le grand dépôt du commerce, le Parian, les magasins, les maisons particulières et les ministères furent envahis et saccagés. Les capitaux et la fortune de plusieurs . milliers de familles disparurent en un instant et devinrent la proie d'une multitude de vagabonds armés de poignards et d'escopettes. Dans ces néfastes journées des S, 3 et 4 décembre le colonel Woll eut deux chevaux tués sous lui, et, au péril de sa vie, sauva du pillage et de l'incendie une partie de la ville de Mexico, ce qui lui valut une manifestation de reconnaissance de la part des notables commerçants. Les Espagnols, surtout, souffrirent énormément dans cette émeute. Le Parian était encombré de marchandises ; les col* I. s
nsTQiRB DU waïQim
fres regorgeaient d'argent; tout fut perdu. Les hommes, les femmes, les enfants, les soldats, se pressaient aux portes des plus riobes magasins, s'arrachaient les objets qu'ils emportaient, se Ottlbutaient, se frappaient mutueUemeAt de leurs poignards ou de leurs baïonnettes, et pendant ce pillage les rues étaient remplies de ces misérables qui couraient mettre en sûreté ce qu'ils avaient sauvé de la bagarre, puis revenaient disputer le reste du butin.
Après ces événements, on aurait cru que le général Victoria allait changer son cabinet et que Tinsurrection victorieuse allait dicter la loi; il n'en fut rien. Les conférences entre le président et les chefs insurgés durèrent trois jours, pendant lesquels on récrimina de part et d'autre sans rien décider. Le président Pedraza, étant parti pour Guadalajara, ob il resta jusqu'au mois de février, avant d'aller à Tampick) s'embarquer pour Londres, se démit de la présidence; le ministère de la guerre fui occupé par Guerrero qui laissa de suite son poste au général Moctezuma, pour aller commander les troupes de Puebia, Oajaca et Vera-Gruz. Les autres ministres ne suivirent pas cet exemple. Guerrero était envoyé à Puebia parce que les auloriiés de cet Éiat refusaient d'obéir au gouvernement de Mexico. Le pronunciamiento de Puebia, en faveur du plan de Santa-Anna, força Galderon à demander ui|e suspension d'armes. Cette suspension fut bientôt suivie d une transaction qui termina le siège d'Oajaca. Au milieu de ces émeutes et de ces révolutions, il commençait à devenir dithcile de savoir de quel côté se trouvait la légalité ; les notions du droit et du devoir devaient s'effîicer et laisser place aux intérêts privés; c'est, en effet, ce qui domine dans toute l'histoire du Mexique, depuis la présidence de Victoria jusqu'à celle de Juarez.
Le gouvernement de Victoria s'éteignit dans l'inertie et la faiblesse; il avait favorisé par son incapacité les révolutions qui troublèrent le pays et il laissait aller les rtoes du pouvoir sans chercher à faire respecter les lois. Des symptômes de désa^ectioA au sï;stèa»e fédéral oQW^eaç^iieat k ^m-
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nifester dans plusieurs États, à la suite de ces événements. Les élections pour le renouvellement complet de la Chambre des députés étant encore favorables au parti de Gberrero,
la question delà présidence de la république devenait d'une solution facile. Le 9 janvier 1829, les députés déclarèrent nulle rélectioQ de Gomez Pedraza ; ils nommèrent le général Guerrero président, et le général D. Anastasio Bustamante vice-président. Les yorkinos saluèrent ce jour comme le plus heureux de la république ; ils triomphaient de nouveau. Guerrero prit possession du fauteuil de la présidence le l** avril 1829, dans des conditions déplorables ; le trésor était vide, les recettes étaient insignifiantes, les dépenses ordinaires pour l'armée, la marine, les tribunaux et les administrations s'élevaient à plus de soixante millions de francs, sans compter les dépendes extraordinaires; le chaos était partout, Torage grondait de tous les côtés.
Au mois de juin, on apprit l'arrivée à la Havane d'un corps d'armée espagnol, envoyé par Ferdinand VII, pour reconquérir le Mexique. Le 16, une frégate française mouillant dans le port de Vera Cruz, annonça le départ de la flotte espagnole, portant quatre à cinq mille hommes commandés par le général D. Isidro Barradas, et dont le débarquement devait être prochain ; l'officier français ne sut pas ou ne voulut pas dire sur quel point de la côte s'effectuerait le débarquement. Cette expédition ne surprit personne, elle était annoncée depuis longtemps, mais elle ne laissait pas d'inquiéter le gouvernement. Santa-Anna avait repris ses fonctions de gouverneur d.e la province de Vera-Gruz, et commandait en outre la force armée de cette province. Sans attendre les instructions du gouvernement, il prit avec toute Tardeur de son patriotisme les meilleures dispositions pour recevoir l'ennemi. Les coffres de l'État étaient vides, mais le commerce lui prêta trente mille piastres pour faire face aux premières nécessités. Santa-Anna organisa une petite brigade de deux mille hommes, équipa quelques cavaliers et fréta des goélettes sur lesquelles il s'embarqua avec
IISIOIftB m MEXIQUB.
sa brigade et le matériel de guerre. On venait d'apprendre que les Espagnols avaient débarqué le 27 juillet à Gabo- Rojo non loin de Tampico.
Sans rinitiative énergique de Santa-Anna, Texpédition
espagnole eût pu réussir; car, à peine Guerrero avait-il été installé qu'il était déjà menacé de la perte du pouvoir. Il avait pour ministre des finances Lorenzo Zavala ; à la justice, Tabbé Manuel Herrera ; à la guerre, le général Moctezuma, et aux affaires étrangères l'avocat Bocanegra. L*opposition était si considérable contre ce gouvernement que le lendemain de Tinstall^tion du congrès, — 5 août, — Zavala fut mis en accusation, et ce ne fut que le 25, c'est à dire près d*un mois après le débarquement des Espagnols, que le pouvoir exécutif reçut des facultés extraordinaires pour défendre Tindépendance du pays contre les envahisseurs. La cause de cette hostilité était naturelle. Guerrero, d'après le programme politique qui Favait élevé à la présidence, dut songer à Texpulsion des Espagnols ; M. Poinsett l'y poussait fortement, pensant enrichir la Nouvelle-Orléans avec les capitaux des expulses. Le congrès seconda ses vues, et rendit une loi qui frappait six mille Espagnols, épargnés par celle de 18^7. Cet ostracisme était doublement impolitique. Le parti écossais , déjà renforcé par tous les yorkinos qui n'obtinrent aucune place sous leur gouvernement, s'accrut encore de tous ceux dont les intérêts se trouvaient indirectement lésés par ce coup d'État, et la république s'appauvrit de toutes les richesses possédées par les bannis.
Santa-Anna, n'ignorant point la situation des esprits et l'embarras du gouvernement, savait qu'il ne pouvait attendre aucun secours de la capitale; aussi, l'a-t-on vu prendre sur lui-même la responsabilité d une expédition des plus téméraires, vu l'exiguïté de ses moyens. Aussitôt que Barradas eût débarqué ses troupes, il lança une proclamation, plus particulièrement adressée à l'armée mexicaine, et dont voici quelques extraits :
«c Après huit ans d'absence» vous revoyez vos compagnous.
bcpvbliquk vCdérmjs.
aux côlés desquels vous avez combattu pour soutenir les droits de votre anciea et légitime souverain Ferdinand VII. . Sa Majesté sait que vous n'ôtes point coupables de ce qui s'est passé dans le royaume et se rappelle que vous lui avez été constants et fidèles. La trahison vous a vendus, vous et vos compagnons.
a Lorsque vous serviez notre roi, vous étiez unis, bien payés et bien nourris; ce que l'on appelle votre gouvernement vous laisse nus, sans solde et sans nourriture. Autre* fois vous serviez sous l'empire de l'ordre pour défendre vos foyers, la tranquillité publique et la. religion; aujourd'hui vous êtes le jouet de quelques chefs de parti qui «remuent les passions, émeutent les peuples pour élever un général, renverser un président et soutenir les temples immondes . des franc-maçons écossais et yorkinos.
« Les caisses de votre gouvernement sont vides et saccagées par quatre ambitieux, enrichis par les emprunts contractés avec des étrangers pour acheter des navires pourris et des effets iiiutiles. Servir sous l'empire d'une telle anarchie, c'est servir contre votre pays et contre la sainte religion de Jésus-Christ... — Isidro Barradas. »
Une autre proclamation fut également adressée par le même général aux citoyens du Mexique ; mais, tandis qu'il écrivait, Santa-Anna agissait. Trompant la surveillance des vaisseaux de guerre et des croiseurs ennemis, il débarqua, le a août, à la barre de Tuxpam, après avoir subi une tempête; il continua sa route, en pirogues, en canots par la lagune de Tamihahux et par terre, pour aller prendre position à Tampico-el-Alto, à trois lieues des Espagnols. Le général Mier y Teran, venu de Matamores, arrivait le IS, à Villerias, près d'Altamira, objectifs du général Barradas. Teran et son général en chef, Garza, abandonnèrent ces deux villes le 17, après une défense des plus médiocres. Santa-Anna apprit que Barradas, maître de Villerias, située à trente-cinq kilomètres environ de Tampico, avait Tintention de s'y enfermer avec quatre mille hommes, et qu'il ne restait au quartier
mtotfft mr wmçm.
général Cfae les dépôts, les malades, la caisse et un bataillon pour garder le fortin de la Barre. Voulant profiter de cette occasion, il quitta son quartier général de Pueblo-Viejo et» pensant surprendre la garnison de Tampico, il passa la rivière dans des canots k la faveur de la nuit. Quelques coups de fusil tirés intempestivement par ses paysans armés firent échouer son entreprise; alors, il se vil obligé d'engager un combat qui ne dura pas moins de cinq heures, mais -dont le résultat fut que le général Salomon, conunandant de la place, proposis de se rendre « moyennant une bonoraUe capitulation. » ' .
Celte proposition, acceptée avec empressement, allait être signée, lorsque le général Barradas arriva au secours de la place, avec deux mille cinq cents hommes. Barradas apprenant que son lieutenant était en train de rédiger une capitulation qu'il avait demandée, suspend les hostilités et sollicite une entrevue avec le général mexicain. Dans cette entrevue, il déclare que les deux généraux doivent se retirer dans leurs quartiers respectifs pour éviter TeiTusion de sang, tandis qu'on négocierait un armistice. Santa-Anna parut céder à cette déclaration qui le sortait d'un mauvais pas et lui donnait le temps de recruter et d'organiser son armée. Avant de se séparer du général espagnol, il lui laisse entendre qu'il avait vingt mille hommes dans son quartier général de Pueblo-Viejo et que le général Garza venait se joindre à lui avec sa division.
Le 8 septembre, Santa-Ânna, désirant reprendre Toffensive, intima Tordre à Barradas d'évacuer avec ses troupes le territoire de la république mexicaine ; il n'avait pourtant que douze cents hommes avec lui. Des pourparlers eurent lieu ; le général espagnol ne voulait pas capituler; il désirait un armistice pour évacuer le territoire. Santa-Anna refusa, et le 10, à deux heures de l'après-midi, à la suite d'une tempête épouvantable et d'une pluie diluvienne, il lança ses colonnes à l'assaut; une d'elles était commandée par Adrien Woli. Le fortin de la Barre, défendu par cinq cents hommes.
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86 reûdil à discrélion, après on combstt aoharùé qui coûta la vie à trois cents Espagnols et à leur commandant, le général Vasquez. Le lendemain à huit heures du matin, le drapeau Blanc fut hissé à Tampico et le général Salomon vint se présenter à Santa-Anna, lui demandant la suspension des hostilités, et lui déclarant : ^ « Que son général en chef ne voulait pas sacrifier ses soldats sans résultat, et que dès lors il se rendait à discrétion. »
Âla suite de cette reddition, plus de deux mille soldats espagnols remirent leurs drapeaux et leurs armes devant un piquet de six cent quatre-vingts Mexicains, reste de la colonne qui avait attaqué et occupé le fortin, l.a soumission avait été surtout motivée par la croyance qu'il se trouvait une armée au quartier général de Pueblo-Viejo. En apprenant la vérité, le général Barradas voulut se suicider ; il s'embarqua pour les États-Unis où il ne tarda pas à mourir. Adrien Woll reçut le grade de colonel d'infanterie pour sa belle conduite au fortin de la Barre, et la distinction de porter à la capitale les drapeaux pris sur l'ennemi ; mais une blessure à la jambe Pem pécha d'accomplir cette honorable mission. Santa-Anna se conduisit à Tégard des prisonniers avec beaucoup de générosité ; il prodigua les plus grands soins auifr malades et aux blessés, au nombre de plus de quinze cents, et leur distribua ce qu'il y avait dans ses magasins. Quelques jours après la reddition , plusieurs vaisseaux espagnols se présentèrent en vue du port avec des renforts d'bommes et des vivres, mais, informés du sort de la première division d'avant-garde, ils retournèrent à la Havane.
Les conséquences de cette habile campagne furent très heureuses pour le Mexique. L'Espagne abandonna définitivement ses projets sur ce pays. Tous les Mexicains se félicitèrent de ce succès comme sMl était Tœuvre de tous et non pas de l'initiative d*un seul homme. Santa Anna, acclamé par la nation comme son « fils de prédilection, » le « vainqueur de Tampico, » fut nommé général de division, — Litre correspondant à celui de marécbal de France, ~ et décoré
du titre de benemerito de la patria^ — bien mérité de la patrie. — Le gouvernement paya les insignes de son grade. Quelques législatures rendirent des décrets en soif honneur;
les Étals de Mexico et de Guanajualo lui firent don de deux ■ riches épées. Après sa victoire, Sanla-Anna se retira tranquillement à sa campagne de Manga-de-Clavo, pensant que les partis un peu calmés pendant la lutte avec les Espagnols se réconcilietaient et que le gouvernement démocratique qui régissait le pays, serait finalement accepté par la majorité du peuple. Il se trompait.
Des navires suspects ayant été aperçus à peu de distance des côtes, le gouvernement eut peur d'une nouvelle invasion et décréta la formation d^une armée de réserve devant stationner à Jalapa, Cordova et Orizava, d'où elle pourrait promptement se porter sur les côtes du sud ou du nord selon les besoins du moment. Cette armée fut confiée au vice^président, général Bustamaiite et commandée, sous ses ordres, par le général D. Joaquin Herrera. Une autre armée fut organisée dans le sud, sous le commandement du général Montes de Oca, et trouvant ces éléments de défense insufiisants, Guerrero pria les Ëtats du nord de développer leurs milices. Ces mesures furent mal interprétées ; on crut que le gouvernement voulait créer un régime militaire sur les ruines du système fédéral. Des lois restrictives contre la liberté de la presse, dont les excès avaient déjà fait tant de mal au Mexique, ameutèrent les esprits contre le pouvoir exécutif; mais ce qui souleva le plus d'opposition ce fut la loi sur les contributions. De tous les côtés on se faisait un point d'honneur de ne pas s'y soumettre; aucun État ne voulut l'accepter. Dès cette époque les États exercèrent leur droit de veto sur les délibérations du gouvernement général. Guerrero, se voyant abandonné de ses partisans les démocrates, se chercha des amis parmi les vaincus, il rappela les généraux Bravo, Barragan et les autres exilés de l'affaire de Tulancingo, et les réintégra dans leurs emplois. Le président faisait l'expérience indiquée par M. Tbiers
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dans son Histoire de la révolution : — « Lorsqu'un gouvernement veut parler aux factions le langage de la justice et des lois, il devient vite insupportable; et plus il est modéré, plus il est accusé de faiblesse et d'impuissance. » Mais on ne s'aperçoit de ces vérités que lorsqu'il est trop tard pour en profiter. Guerrero n'était plus le père du peuple; une fois au pouvoir, les démocrates le renièrent.. « Les directeurs de la basse démocratie, dit Zavala qui donna sa démission de ministre des finances à cette époque, quand ils ne se virent pas appelés dans Tadministration où ils croyaient entrer sans autre titre que celui d'avoir concouru à la déroute du pouvoir et au triomphe de la dernière révolution, commencèrent à conspirer contre leurs propres chefs. 3»
Le Yucatan leva le premier l'étendard contre le gouvernement fédéral. Le 6 novembre 1829, la garnison de Gampôche se réunit sur la place et proclama un gouvernement unitaire. Dans cet « acte du pronunciamiento de la garnison de Gampèche, pour la forme de gouvernement de république centrale, » les considérants attribuent au système fédéral tous les malheurs arrivés au Mexique, ainsi que la démoralisation des caractères. Ce mouvement se développa vite dans le Yucatan et dans d'autres États. Il devait éclater également à Vera-Gruz, mais la législature et les forces civiques de Jalapa s'y opposèrent momentanément; les généraux de Tarrnée de réserve s'étaient compromis pour proclamer dans cet État le plan de Campêche; Guerrero, furieux, voulut dissoudre l'armée de réserve. Le général Bustamante, en étant le chef, s^empressa d'écrire aux législatures provinciales, pour les engager h s'opposer à cette mesure. Santa-Anna essaya de conjurer la tempête, en interposant ses bons offîces auprès des révoltés de Campéche et en refusant de seconder les conspirateurs de Jalapa. Ges efforts ayant été inutiles et voyant une nouvelle révolution à la veille d'éclater, il se démit du commandement militaire, du gouvernement civil deVera-Cruz et se retira dans sa solitude de Manga-dc-Glavo pour ne pas être mêlé aux événements qu'il prévoyait.
HISIOIBB DU «BXIQOI.
Bostamante se rendit alors à Jalapa, et sous prétexte que *
Guerrero « ne gouvernait pas bien la république », se prononça contre lui. Son plan, daté de Jalapa, 4 décembre 1829, se composait de neuf articles dans lesquels il proclamait la déchéance du gouvernement actuel pour rétablir Tordre constitutionnel et le respect des lois. Ce qu'il y a de curieux dans toutes ces révoltes à main armée, c'est que les révoltés donnaient toujours pour prétexte de leur violation des lois et de la constitution» le respect qu'ils leur portaient. Un des articles de ce plan demandait naturellement la destitution de tous fit les fonctionnaires contre lesquels IPopinion publique s'était déclarée. » Comme de juste cette « opinion publique » était celle des conjurés. C*est avec un sentiment de profonde tristesse qu'on voit un général élevé à la viceprésidence par la protection de Guerrer'o, chercher à ren* verser celui qui l'avait comblé de bienfaits et donner, de si haut, l'exemple de l'ingratitude et de l'insubordination. Le plan de « l'armée protectrice de la souveraineté des États », comme s'intitulaient les insurgés de Jalapa, n'avait d'autre but que de renverser le président, les gouverneurs et les législatures démocratiques fédérales, jamais révolution ne fut aussi honteuse. Le ministre des affaires étrangères, Bocanegra, répondit au plan de Jalapa par une circulaire dans laquelle on lit ces paroles significatives : — « Gomment les institutions pourraient-elles se insiintenir, si le gouvernement général ne peut remplir ses devoirs? Cest pourtant ce qui arriverait si le manque de coopération des États le prive de ces liens et de cette barmonie qui font respecter la constitution et les lois. » C'est, en effet, ce qui arriva.
Une lettre datée de Manga-de-Glavo, 8 décembre 1839, nous montre que le général Muzquiz et le colonel Facio, chefs principaux du pronunciamiento, firent des tentatives répétées, mais infructueuses, pour entraîner Santa-Anna dans leur insurrection. Guerrero, hardi, courageux dans les combats, était trop bon de caractère ; il manquait d'énergie et de décision dans les moments suprêmes ; dégoûté du pou-
voir auquel il avait été élevé par une révolution, il ne tenta rien contre la révolution qui devait l*en faire desoeadre. Il se borna à se présenter, le 11 décembre, à l'ouverture des Chambres, et, dans son discours il dit aux députés et aux sénateurs : — « Investi par votre autorité du pouvoir énorme, de facultés extraordinaires pour sauver la patrie, je me présente dans votre enceinte pour me démettre de cette terrible charge. » Un fonctionnaire agissant ainsi au moment où ses ennemis marchaient sur son palais, n*était point Mi pour gouverner un pareil peuple.
La majorité des députés se composait de démocrates favorables à Tadministration actuelle; mais la presque tota« lité des sénateurs travaillaient de concert avec les révolutionnaires de Jalapa. Le président demanda Tautorisation de se mettre à la tète des troupes et de marcher contre les rebelles; il Tobtint. Le ministre Bocanegra fut élu par les Chambres pour remplacer le président, par intérim, et prêta serment le.l7. Le lendemain Guerrero quitta Mexico; mais an Heu d'aller h la rencontre de Bustamante, il l'évita et se dirigea vers le sud. A Vera-Cruz, la législature, opposée au plan des insurgés, demanda précipitamment à Santa-Anna de reprendre son commandement politique et militaire. Celui-ci l'accepta, pour soutenir l'administration de Guerrero, et prit possession de ses doubles pouvoirs le 17, dans l'après-midi. Cette acceptation inattendue paraît avoir eu pour motif un simple sentiment en faveur de la légalité.
Tandis que Santa-Anna se préparait à défendre les droits du président constitutionnel, le général Quintanar entra dans Mexico, à la téte des principales troupes insurgées; Bocanegra était enfermé dans le palais, défendu par le général Anaya demeuré ildèie avec quelques soldats. Les insurgés s'emparèrent, dans la nuit du Sâ, de l'hôtel de ville et de la cathédrale; du haut des terrasses et des tours ils tiraient sur le palais, séparé de ces deux édifices par la largeur d'une rue. La résistance n'était pas possible, et la capitale tomba le leademia matin au pouvoir dies ini^urgé^ ; dix on douze
100 HISTOttB MJ NBXIQUIL
hommes seulement furent tués ou blessés. Le général Quin«
tanar, qui n'avait pas reparu sur la scène politique depuis 1824, fut nommé par le conseil du gouvernement au pouvoir exécutif avec Lucas Alaman et Pedro Vêlez, en attendant Tarrivée de Bustamante. Ce triumvirat remplaça le président Bocanegra destitué, sans façon, par le conseil d'État. En peu de temps tous les États se soumirent au plan de Jalapa, à l'exception de Vera-Cruz qui tenait toujours, moins par affection pour Guerrero et par respect des lois, que par la persuasion que le triumvirat changerait la forme du gouver* nement, La législature de Vera-Cruz déclara qu'elle ne reconnaissait pas le gouvernement installé à Mexico, et donna au gouverneur les facultés nécessaires pour faire respecter sa décision. Santa-Anna se rendit alors à Jalapa, et, le 26 décembre 1829 , il fit une proclamation dans laquelle il motivait les résolutions de la législature de Vera-Cruz et sa détermination de défendre Tancien gouvernement, tout étant illégal, contre le nouveau pouvoir.
L'inconcevable faiblesse do Guerrero mit Santa -Anna dans une position critique et môme ridicule. Le 86, Guerrero, ayant appris les événements passés à Mexico et l'élection du triumvirat, laissa le commandement de son armée au général Ignacio Mora, et partit pendant la nuit avec une petite escorte pour sa ville natale de Tixla. Mora réunit alors un conseil de guerre et se prononça, le 27, pour le plan de Jalapa. En apprenant la fuite«de Guerrero et Tadhésion de ses troupes au nouveau pouvoir, les soldats de Santa-Anna désertèrent, et l'ancien gouvernement démocratique n'eut plus un seul défenseur au 1"^ janvier 1830 , jour où Bustamante prit possession de la présidence. Le générai Guerrero, pour éviter des dissensions qui pouvaient s'élever è son sujet, envoya sa démission de président et promit d'obéir aux résolutions des Chambres.
Bustamante, après son installation, réunit le congrès et nomma les ministres suivants : D. Lucas Alaman, aux affaires étrangères ; D. Ignacio Espinosa , à la justice ;
KÉPIBLIQUE FÉDÉRALE.
D. Rafaël Mangino » aux finances, et D. Antonio Facîo à la guerre. Dans ce mlaistère conservateur, Facio, élevé en Espagne, était considéré comme ennemi des démocrates et
des réformes; Espinosa et Alaman représentaient le clergé. Ce dernier a joué un rôle si important dans sou pays qu il mérite une mention particulière.
D. Lucas Alaman est né à Guanajuato d'une famille aisée qui renvoya faire ses études à Mexico au collège des Mines. N'ayant point le goût des armes, il étudia les lois pour pouvoir prendre part aux affaires politiques. Après la chute dlturbide, on fa vu devenir ministre;. puis, il abandonna le ministère^ vint à Londres et retourna dans son pays. Lors de la révolution de Jalapa, il était directeur de la Compagnie unie anglO' mexicaine, et gérant des propriétés du duc de Monteleone, dernier héritier et descendant de Fernand Gortez. Tour à tour avocat, ministre, prétendant à la présidence, industriel et banqueroutier, ^rlile en expédients, subissant toujours finfluence de l'Angleterre, historien distingué, Lucas Alaman était un homme à vues supérieures; il désirait sincèrement le bien de son pays, et pour atteindre ce but il foulait aux pieds l'opinion publique, avec ce cou* rage moral qui n*a pas pour se soutenir le clairon des batailles. D'une forte complexion, sans être robuste, d'une énergie à toute épreuve, il était, en outre, travailleur infa-' tigable; nul ne connaissait mieux que lui le prix du temps, nul ne savait mieux l'utiliser. Il faisait difficilement la part des difficultés matérielles pôurrexécution d'une mesure qu'il avait dictée; aussi rigoureuse qu'elle fût, elle ne l'épouvantait pas : « Qui veut la fin, disait-il, veut les moyens. »
Lors de sa rentrée au ministère, le Mexique se trouvait dans une situation pitoyable. Un an s'était à peine écoulé depuis le pillage de la capitale par les démocrates ; le trésor, comme toujours, était vide ; les troupes et les officiers réclamaient leur solde à grands cris; les chemins étaient inléstés de voleurs et les finances nulles; les places, sollicitées par tout ce qu'il y avait de plus inepte et de plus immoral dans
m .mSTOlRË DU MEXIQUE.
la république, se vendaient au plus offrant; une contre* bande efiDrénée, tolérée par les employés supérieurs des douanes, empêchait cet important revenu de remédier à la
pénurie du trésor; la confiance et Tordre n'existaient nulle part. Alaman voulut faire marcher de pair la réforme politique et la réforme financière. L'exécution de la seconde devait lui fournir les moyens d'opérer la première, et, pour y parvenir, il suflBsait d'appeler aux emplois les hommes les plus probes. Il semblait impossible de les trouver, et, s'il n'en trouva pas un grand nombre qui joignît la probité à la capacité, il sut, du moins, utiliser ceux qu il rencontra pour réprimer les concussions des employés qu'il maintenait, faute de pouvoir les changer. Par ce moyen, la contrebande fut comprimée; le trésor vit ses coffres se remplir du produit des droits qui n'enrichissaient autrefois que les administrateurs des douanes, et les troupes bien payées, bien vêtues, devinrent dès lors un appui pour le gouvernement.
Les dépenses ne dépassèrent plus les recettes; l'économie s'introduisit dans l'administration; le Mexique, pour la première fois depuis son indépendance, se vit organisé comme un gouvernement régulier, le brigandage des routes devint rare; les voleurs étaient fusillés, étranglés, — garrotados, — ou pendus aux murs de leur maison ; on put enfin circuler librement sur les grands chemins. Les généraux qui gênaient le pouvoir ou la tranquillité publique furent impitoyablement mis à mort, malgré le prestige de leur nom. Après avoir ainsi transformé le Mexique, Alaman voulut le faire industriel et manufacturier pour l'élever au niveau des États de l'Europe. Manquant de voies naturelles de communication, le Mexique a plus besoin d'industrie que les pays moins riches que lui en productions de toutes sortes; Alaman, pour encourager cette branche de la richesse publique, appliqua, sous le nom de Banque de secours, — « Banco de avio , » — une partie des fonds provenant des droits de douane à des prêts faits aux diverses industries du coton, de la laine, du fer et du papier ; une autre partie de ces
BËPUBUQUB FÈDÉRALB.
fonds était destinée à Tachât, en Europe, des machines nécessaires, livrées gratis aux manufacturiers. L'industrie allait
donc prendre son essor; la paix était rétablie, les arsenaux étalant garais de munitions, les droits de douanes régulièrement perdus, les chemins réparés, entretenus, purgés de bandits ; tout cela s'était fait dans Fespace de deux ans; tout fut détruit par la révolution de 183i2. Si l'empire de 1864, avait eu, comme ministre dirigeant, un homme énergique, intelligent et patriote comme Alaman, l'empire serait un fait accompli. .
Pourtant, l'administration de Bustamante n'était point couchée sur un lit de roses. Le président et ses ministres, pour affirmer leur pouvoir, crurent devoir faire légitimer par les chambres la révolution de Jalapa qui mettait les écossais, c*est à dire les conservateurs, à la tète des affaires publiques. Le congrès, toujours vénal, toujours instrument docile du vainqueur, et sans foi politique, avait déclaré national et légitime le mouvement qui avait élevé Guerrero à la présidence/ il déclara légitime et national celui qui l'en avait fait tomber, il fit plus, il déclara Guerrero « moralement incapable d'exercer la suprême magistrature. » Néanmoins, par respect pour ce vieux chef qui avait reçu le titre de « bien mérité de la patrie, » le mot : « moralement, » fut supprimé dans le décret d'incapacité lancé contre lui. Des législatures, des généraux et des colonels agitèrent le pays, au nom de la fédération que le gouvernement paraissait vouloir renverser pour lui substituer une république centrale, mais le centralisme avait tellement de partisans que ces agitations partielles n^ devinrent pas sérieuses alors.
Au commencement de mars 1830, Salgado, gouverneur du Michoacan, destitué par Bustamante, se souleva et se réfugia dans la petite ville de Zamora avec trois cents hommes. Il croyait que l'Ëtat de S. Luis Potosi et celui de Jalisco le soutiendraient. Il n'en fut rien : obligé de fuir le 23 mars, il tomba entre les mains de ceux qui le poursuivaient. Alvarez se révolta dans ses montagnes ; Guerrero sortit de Tixtla
fllSTOlRE DU MEXIQUE
pour se joindre aux prononcés» dëji ^ehforcës par D. Francisco Victoria, frère de Tex-président. Les insurgés n'avaient
d'autre but que celui de renverser le gouvernement; ils opéraient surtout dans les provinces du sud. Le général Bravo, chargé de les poursuivre, battit Alvarez le â& avril à Venta- Vieja, et s*empara d*Acapulco, qui retomba, par la dé-, faite d'Armijo, au pouvoir d'Alvarez au commencement d'octobre. Le 1'"'' janvier 1831, Bravo remporta une victoire sanglante et longtemps disputée sur les troupes d'Alvarez et de Guerrero. Après ce combat, les insurgés n'eurent que des guérillas pour continuer la lutte, plusieurs d'entre elles furent détruites par les colonels Canaliaso, Sesma et autres. Presque tous les chefs de ces bandes furent fusillés; les plus célèbres étaient Coiiados, trère du gouverneur de Mexico et Francisco Victoria.
Le général Facio, ministre de la guerre, ne pouvant espérer que ses lieutenants saisiraient Guerrero au milieu des montagnes du sud, résolut de s'en rendre maître par trahison. Ayant appris que les insurgés disposaient d'un bngantin a Colombo » pour le transport des vivres d'Acapulco à la Palizada, il se mit en relation avec le capitaine génois Picaluga qui le commandait et qui se trouvait alors à Mexico. Picaluga demanda deux cent cinquante mille francs pour livrer Guerrero. Ce prix parut énorme au ministre, mais il fut accepté. Le capitaine du « Colombo » invita Guerrero à venir dtner à bord; celui-ci, sans méfiance, se rendit à l'invitation, et, tandis qu'on était à table l'ancre fut levée, la viciime garottée et remise le 25 janvier 1831, entre les mains des autorités militaires de Santa-Cruz Huatulco, province de Tebuantepec. Le prisonnier, conduit à Oajaca, fut jugé et condamné à mort. Le 14 février, on vit ë Guilapa ce vétéran de l'indépendance marcher d'un pas mal assuré au lieu de l'exécution; soit l'etTel des fatigues, soit la pensée de cette inlàme trahison ou de l'horrible ingratitude de ses compatriotes, des larmes coulaient de ses yeux, lorsque la mort vint le frapper. L'administration de H* Bustamante ne s'est
Jamais lavée de ce crime, et le général Sanla-Anna promit de le venger. Dans celte triste histoire du Mexique, on voit toujours une trabiaon derrière one grande victime. Sous Bustamante, les exécutions commencèrent à devenir nombreuses; je ne doute pas qu*elles ne fussent utiles, sinon nécessaires, mais il est déplorable pour un gouvernement d'en venir à de pareilles extrémités, et lorsque ce gouvernement représente un parti, les exécutions politiques ont généralement Tair d'une vengeance.
Je dois placer ici quelques lignes sur la situation du clergé mexicain. Le pape Jules II avait autrefois accordé au roi d'Ëspagne la faculté de nommer les évéques aux sièges va* cants^ et les chanoines des cathédrales, dans toutes les possessions espagnoles. Après l'indépendance el dès 1821, la cour de Rome refusa toutes sortes de transactions, avec le gouvernement mexicain sur cette question. Le droit de patronat fut refusé au Mexique. En attendant un concordat qui ne se fiaisait pas, tous les évéchés du Mexique devinrent vacants, par rémigration de deux prélats et la mort des autres. Le personnel des chapitres ecclésiastiques était tellement diminué, que plusieurs cathédrales ne possédaient qu'un ou deux chanoines. Cette situation démoralisa singulièrement le clergé qui ne recevait ni instruction, ni direction. L'administration de Bustamante, étant très favorable au clergé, sut tirer profit de cet état de choses, en renonçant au droit de patronat. Cette abdication d'une prérogative nationale, plus ou moins contestée en droit, était fort peu patriotique; mais elle rattacha au pouvoir exécutif tout le clergé, et ce qu'on appelle les cléricaux, parti fort considérable alors au Mexique. Une loi fut promulguée pour remplir les Sièges épiscopaux vacants et compléter les chapitres ecclésiastiques qui gouvernaient les diocèses en l'absence des évêques; le clergé lui-même faisait ces nominations, et les bulles poiitilicales consacrant les nominalions portaient la clause motu proprio , qui n'a cessé d'exister depuis cette époque.
- Dans le courant de l'année 1831, le Mexique jouissait d*une grande tranquillité; le gouvernement avait une énorme majorité dans le congrès, malgré l'opposition que lui faisaient les députés D. Juan de Dios Ganedo, D. Francisco Garcia, et D. Valentin Gomez Farias; les partis modifièrent, non leurs rancunes, mais leurs drapeaux; les écossais devinrent les «camis de Tordre, » et les yorkinos, les a progressistes.» Ces derniers demandaient bien la destruction des lois restrictives contre la liberté de la presse, — qu'ils avalent inaugurées, — et Textinction des ordres monastiques; mais ces prétentions ne dépassaient pas, dans leur forme, la modération des débats parlementaires ou d'une polémique réservée. Néanmoins, vers la fin de cette même année, des troubles arrivés dans le Jalisco, et réprimés par des mesures anticonstitutionnelles, furentle prétextede la révolution del832. Santa-Anna, occupé dans son hacienda de Manga-de-Clavo de ses propres affaires, avait refusé de se mêler à la révolution qui coûta la vie à Guerrero, et n'avait,pas voulu prêter ses services à l'administration de Bustamante. Les mécontents résolurent de le mettre h leur tête.
Le 2 janvier 1832, la garnison de l'État de Vera-Gruz se prononce, et dans sa proclamation, datée de ce même jour, elle renouvelle les protestations faites par le plan de Jalapa, demande le renvoi des ministres, donne au général Santa- Anna le commandement des troupes, et le soin d'obtenir ce que réclamaient les insurgés. Santa-Anna appuya cet acte, et le 4 janvier il écrivit au général Bustamante une lettre dans laquelle il relève les conséquences des actes arbitraires ou rigoureux de ses ministres et le prie de conjurer la révolution en cédant aux justes réclamations de l'armée. Le pouvoir exécutif communiqua au congrès Pacte du 2 janvier, et la lettre qui l'accompagnait, en l'informant que, » bien que tous les ministres eussent remis leurs portefeuilles dans un but de conciliation et pour aplanir les difficultés, le vice-président s'était refusé à donner sa démission, afin de ne point créer un précédent pernicieux. » Les chambres dé-
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clarërent alors acte révolutionnaire cette pétition à main armée, et invitèrent le gouvernement b combattre Tinsurrec*
lion. Le général Calderon fut chargé de la réduire avec trois mille homûies de troupes, bien équipées^ qu'on lui donna.
Santa-Anna s'emparjs aussitôt de deux millions cinq cent mille francs qui se trouvaient à la douane de Vera-Gruz, et,
avec cet argent, il organise son armée. Woll et les deux Arago viennent à son appel. LegénéralJean Arago est chargé du commandement de Vera-Gruz, et son frère Joseph reçoit Tordre de former un corps de jarochos^ —habitants des campagnes de la côte.—Calderon arrive le 23 février à Santa-Fé, petit village situé presque aux portes de Vera-Cruz. Facio doit lui mener des renforts. Le 24, Santa-Auna apprend qu'un riche convoi d'argent, de munitions et de vivres, escorté par Ferez Palacios et cinq cents hommes, estattendupar Calderon, il part aussitôt avec deux cents cavaliers et deux compagnies de fantassins, jusqu'à Manantial, — cinq lieues de Vera-Cruz, —se jette sur le convoi, s'en empare et revient à Vera-Gruz avec le trésor, les munitions, les vivres et les cinq cents hommes d'escorte qui se'joignent à lui en criant : « Vive Santa-Anna ! mort aux ministres! » Le 3 mars, Santa- Anna, à la tète de six centg hommes d'uifanterie et cinq cents jaroehos, attaque, à Tolome, le général Calderon qui s'éloigne, avec trois mille sept cents hommes et de l'artillerie, des rivages empestés de Vera-Gruz. Aux premières détonations de lartillerie, les jaroehos se sauvent, entraînant le capitaine Arago qui fait de vains efforts pour les rallier. L'infanterie tient bon et se fait tuer bravement. Les meilleurs officiers de Santa-Anna sont massacrés, et lui-même ne doit la vie qu*à la vitesse de son cheval, qu'il lance au galop dans les bois, après la perte de la bataille.
Calderon, au lieu de courir h Vera-Cruz et de s'en emparer, comme cela lui eût été facile, le lendemain de sa victoire, ne parut que le 10 mars sous les murs de la ville. Elle était alors remise eu état de défense. Sauta-Aauâ comptait encore
UISTOIRE DU MEXIQUE
plus sur la fièvre jauae, la faim, la soif el la maladie que sur ses propres forces pour se débarrasser des assié^ants; il leur fit éprouver, néanmoins, des pertes sensibles par de
frdquentes sorties. Le 13 mai, Caldc ron dut lever le siège et se replier surMtxico; il nelui restait presque plus de troupes valides. Joseph Arago, chargé de poursuivre l'arrière-garde, commandée par le général Rincon, la mit dans un tel désordre qu'elle se sauva en abandonnant ses malades, son parc et son équipement.
Tandis que ces événements s'accomplissaient, le général Moctezuma se souleva dans la ville de Tampico, et se mit à la disposition de Santa-Anna. Les £tats deZaoateoas, Jalisco, Nuevo-Leon et Tamaulipas se disposaient à renverser l'administration de Bustamante. GomezFarias et Garcia, fidèles amis de Pedraza, président de droit, élu en 18:28, et exilés, travaillaient à sa réinstallalion. Ils manœuvrèrent pour qu*on le désirât à Zacatecas et dans le Jalisco, puis essayérent de faire tourner Finsurrection deVera-Gruz h son profit. Le général Inclan, poussé par eux, se prononça a Toluca le 27 avril, et menaça Bustamante et Santa-Anna, dans sa proclamation, de les combattre s'ils ne consentaient pas au retour de Pedraza. Trois jours après, le colonel D. Mariano Arista s*emparait de sa personne. Mais le root était jeté, le nom de Pedraza circulait dans toutes les bouches, comme remplaçant de Bustamante.
La presse se mit à discuter la légitimité du gouvernement actuel et la nécessité de rappeler Pedraza ; Santa-Ânna marcha sur Mexico. Calderon, voulant s'opposer à son passage, quitte Jalapa et se rend à Corral Falso où Santa-Anna le rejoignit le 13 juin. Àu moment d en venir aux mains, Calderon et son lieutenant Gorraza se présentent en parlementaire au camp des insurgés pour demander un armistice qui leur fut accordé de grand cœur. A la suite de cette transaction, les deux généraux nomment des commissaires pour négocier les détails de l'armistice, et la paix auprès du gouvernement, et se retirent ensuite chacun.de son côté. Bustamante, mé-.
IHfamiQIIB fiDÉBàlB.
content de cet arrangement, remplaça le général Calderon par le ministre Facio^ dans le commandemeat des troupes de Jalapa.
Sur ces entrefaites, Zacatecas, Durango et Jalisco se prononcent en faveur de Pedraza. Zacatecas ne se limite pas au
décret qui proclamait Texilé, président constitutionnel de la république, la législature organisa de suite quatre mille bommes de milice pour appuyer son décret. Le général D. José Ùrrea se prononça dans le même sens à Durango et mit un gouverneur démocrate h la place du conservateur qui dirigeait les affaires de cette province, depuis 1830. A Guadalajara, le gouverneur Cafiedo, conservateur et royaliste, en outre, s'entendit avec le généra) Guesta et le colonel Negrete pour seconder la révolution de Zacatecas. Dans la nuit du 15 juillet, Cuesta fit son pronunciamiento, tandis que le général Anaya se trouvait à Tenterrement de l'évêque Gordoa, escortant le corps du défunt avec ses troupes, tenant des cieif es en màin. Les autorités civiles et militaires prononcées obligèrent Anaya , commandant la force armée du gouvernement général, à quitter la ville. Le général Mier y Teran, de son c6té, se battait dans le Tamaulipas contre Hoctezuma, partisan de Santa-Anna, et finit par se suicider le 3 juillet. Le colonel Antonio Mejia révolutionnait contre le gouvernement de Mexico les colons du Texas, et s'emparait des douanes de Brazos-Santiago et autres ports de la côte. Les chambres, réunies de nouveau le 3 août, acceptèrent la démission des ministres, cause première de ce vaste conflit ; elles donnèrent le commandement de l'armée fédérale k Buslamante et nommèrent président, par intérim, le général D. Melchior Muzquiz, qui prit possession du pouvoir le 14. Le 19, Muzquiz organisa son ministère : D. Francisco Fagoaga fut appelé aux affaires étrangères ; D. Juan Ignacio Iberrl, à la guerre. Godoy était fédéraliste, mais les autres ministres étaient monarchistes. Ce ministère était encore moins acceptable, pour les prononcés, que le précédent. Busiamanta sortit à rencontre des forces révolutionnaires
commandées par Moctezuma ; il avait avec lui quatre mille hommes divisés en trois lîolonnes, à la tête desquelles se trouvaient les généraux gradués — généraux de brigade D. Juan Amador, D. Gabriel Duran et D. Mariano Ârista. Le 18 septembre, les deux armées se rencontrèrent au point nommé c( Gallineros ». Le combat commença h six heures du matin et se termina par la déroute complète de Moctezuma et le massacre de tous les fugitifs tombés au pouvoir 'des vainqueurs. Le lendemain de son triomphe , Bustamante donna . sa démission de président de la république et vS'occupa de rétablir les autorités chassées par la révolution. La cause de Pedraza était perdue, si Sauta-Anna ne Teût relevée par une marche rapide sur Puebla. Facio, stupéfait de ce mouvement et comprenant tout le ridicule de son action , se décida à combattre et s'établit sur un point de la route que suivait Santa-Anna. Celui-ci, l'ayant observé du haut de la tour de San-Augdstin de Palmar, devina son plan. 11 s'empressa de reconnaître la position à la tète de sa cavalerie, et fut assez heureux pour rencontrer, en retournant à son quartier général, la meilleure brigade de son adversaire, qui se rendit à discrétion. L'ex-ministre de la guerre n'eut plus qu'à se retirer en toute bâte vers.la capitale, abandonnant aux insurgés tout ce qui pouvait embarrasser sa fuite. Santa-Anna continua sa marche sur Puebla défendue par Andrade ; le 5 octobre, il était maître de tous les points importants de cette place. Cahleron, qui se trouvait accidentellement à Puebla, fit cesser le combat , en sa qualité de général de division ; il conclut avec Santa-Anna un nouvel arrangement par lequel le général Andrade rentrerait à Mexico directement, laissant une garnison aux fortins du cerro de Guadalupe. Cette transaction conclue, Andrade partit et arriva presque seul dans la capitale; ses troupes s'étaient prononcées en chemin en faveur de Santa-Anna.
Les États du Yucatan, Tabasco et Chiapas avaient secoué, le 16 septembre, le joug du gouvernement conservateur et s*étaient prononcés dans le sens des États du nord. La révo-
E£PUBUQU£ fKDÉMLE
Itttion se propageait ainsi avec une grande rapidité. Santa^ Anna en profita. Le 18 octobre, il mit ses troupes en marche
sur Mexico. Le général Valencia, qui opérait dans la vallée de la capitale, vint grossir Tarmée dite « libératrice ». Arrivé à Tacubaya, le général Santa-Aana intima, le 1^^ novembre. Tordre au générai Quintanar, qui défendait Mexico, de se rendre. Quintanar refusa, sachant que Bustamante arrivait au secours de la place et qu'il était déji\ à Queretaro. Santa-Anna, espérant que Quintanar le poursuivrait, partit à la rencontre de Bustamante ; les deux armées se rencontrèrent le 12, à la hacienda de Casas-Blancas ; après cinq heures et demie de combat, les troupes fédérales abandonnèrent leurs positions. Bustamante se retira sur Tequisquiac où Quintanar devait le rejoindre. Le 16, un convoi qui se dirigeait sur Puebla, escorté par Rodriguez , ayant failli .tomber entre les mains du général Anaya, Santa-Anna leva brusque* ment son camp, accomplit une marche forcée de vingt et une lieues, délivra Rodriguez du danger qui le menaçait et fit même des prisonniers à ses ennemis. £n présence de cette singulière manœuvre, Bustamante se vit obligé de courir après son rival et le 6 décembre les deux généraux se trouvèrent de nouveau en présence, près de Puebla, au rancho de Posadas. L'action s'engagea avec une violence extraordinaire; les deux chefs payèrent de leur personne et firent des prodiges de valeur; la bataille, qui dura presque toute la journée, fut encore plus sanglante que celle de Gallinero ; plus dp mille hommes y perdirent la vie, et pourtant elle fut sans résultat. Les lédéraux conservèrent leurs positions et les conservateurs se replièrent au cerro de San-Juan et dans quelques édifices de la ville peu ou pas défendus.
Les fédéraux de Tintérieur n'étaient pas abattus par leur défaite de Gallinero. Le Jalisco avait trois colonnes : la première, commandée par José de la Guesta et destinée à l'invasion de Guanajuato, se trouvait à Lagos, bloquée par le général Gortazar qui, de la ville d'Encarnacion avait les yeux sur Lagos et sur la division de Zacatecas, cantonnée à
BlâTOlRB W MEXIQUB.
Aguascalientes. La seconde, sous les ordres de Benito Quijano» pénétra dans le Michoacan, s'empara de Zamora défea-
due parle colonel Torrejoii et vagabonda, sans rien faire, jusqu'à ce que Cuesla Tincorporât dans sa brigade pour marcher sur Queretaro. La troisième, commandée par le colonel Wolly sauva la colonne de Quijano» après la prise de Zamora ; puis, accourant au secours de Guadalajara, menacé par les ministériels, les força à se retirer. Woll les poursuivit ensuite avec vigueur, traversa les barrancas de Atentique avec trois cents hommes, eu battit huit cents, et fit quatre cents prisonniers à l'ennemi, le 13 novembre. Il parcourut, après ces succès, le territoire de Ciolima, s'empara de sa capitale; mit en déroute à Tacinastla, le colonelmédecin D. Joaquin Solorzano et pénétra dans le Miclioacan. Une lettre datée de Guadalajara, 23 novembre 1833, me donne des détails fort curieux sur la campagne du colonel Woll ; en voici quelques extraits qui méritent d'être signalés :
« Je suis persuadé qu'aucun de ceux qui l'ont accompagné, — le colonel Woll, — ne se serait hasardé à franchir les limites de i*Ëtat, s'il eût été à sa place. Ce sont des Fabius, qui attribuent à prudence, ce qui peut en langue vraie se nommer lâcheté... La nouvelle de sa victoire a été reçue avec la plus grande démonstration de joie; les patriotes pariaient de ses talents et de sa valeur avec enthousiasme; quelques-uns auraient désiré que ce fut un Mexicain qui eût remporté celte victoire. La jalousie règne ici plus qu'ailleurs... Je voudrais le voir marclier sur Morelia, s'en emparer et s'unir ensuite à Saaia-Aniia, celte expédition lui ferait un grand nom. »
Ce vœu allait être accompli sans un pronunciamiento qui dérangea les plans du colonel Woll. Moctezuma, de son oolé, avait répare' son désastre et mis le siège devant Victoria, qui se rendit le 10 décembre. Valencia, Mejia et Jean Ai^ago occupaient Toluca depuis le 23 octobre. Bravo se réunit, le 13 décembre» à Tixtla avec Alvarez, pour coBclure
KiPUBUOtB FÉDÉftUfi. 113
un traité de paix. H ne restait donc plus & cette époque au gouvernement du général Muzquiz que l'État de Oajaca, du Michoacan, la partie non envahie par le colonel Woll, et du Ghihuahua, celle qui n'était pas soumise aux forces du général Urrea; tous les autres États étaient soulevés contre le pouvoir exécutif. Voici maintenant ce qui se passait à Puebla, après la bataille de Posadas.
Quoique ennemi de Pedraza, Santa-Ânna avait fini par se ranger à Tavis de ceux qui réclamaient son retour, comme étant le seul légalement élu» depuis Favénement du général Victoria. Après son premier arrangement avec Galderon, Santa-Anna avait envoyé aux États-Unis D. Joaquin Castillo y Lanzas, homme d*une grande probité, pour inviter Pedraza à revenir. Celui-ci hésita, tant que le triomphe des prononcés paraissait problématique, mais dès qu'il devint sérieux, il partit et débarqua à Vera-Gruz le 5 novembre; Santa-Anna apprit son retour le 10, h son quartier général de Huehuetoca, avant de venir à Puebla. Lors du combat de Posadas, Pedraza se trouvait à Puebla chargé de la défense de la ville. Le général Cortazar, voyant la situation désespérée du pouvoir exécutif, vint à Puebla, demanda une audience aux généraux Santa-Anna et Pedraza, et le 8 décembre ces trois personnages se réunirent dans rintention de faire cesser une guerre qui ruinait la république, coûtait la vie à tant de citoyens sans profiter h personne. Dans une narration exacte et succinte de ces événements, on lit le passage suivant, tracé de la main même de Pedraza, sur cette conférènce : — - « Nous entrâmes en conversation avec plusieurs chefs de l'armée de S. Exc. le général Bustamante, et tous, mus par un esprit patriotique, convaincus que le ministère et la majorité des Chambres avaient cherché à les convertir en tyrans de leur patrie, les sacrifiant à des vues personnelles, se décidèrent à fraterniser avec leurs compagnons d'armes et à me reconnaître pour le président constitutionnel )).
De cette conférence il en résulta un armistice entre les
belligérants, tandis qu'on devait discuter les bases d'un projet de paix. Le 12 décembre, les bases du plaa depacitication étaient posées, et MM. Gortazar^Gil-Perez, ÂDayaetBasadre, commissaires des généraux Bustamante et Santa-Anna, partirent pour les faire accepter par le gouvernement. « Les traités célébrés entre Santa-Anna et Bustamante, écrivait à ce sujet le général Castillo Megrete au colonel Woli, ont été mal accueillis par les deux partis, bien que je les croie favorables au second. Les Chambres font de Topposition... mais, sans forces, que feront-elles? — Guadalajara, 24 décembre 1832. )) — Les Chambres refusèrent d'adopter les bases de la pacification comme étant contraires à la constitution. Alors le 21 décembre, à Tbacienda de Zavaleta, située dans un des faubourgs de Puebla, les généraux Santa-Anna, Pedraza, le chanoine Ramos Arizpe, ravocat Gonzalez Angulo, se réunirent avec Bustamante et les principaux cbefs de sa division et rédigèrent le plan de Zavaleta par lequel on déclarait : — « 1» Que Tarmée soutiendrait le système fédéral républicain ; 2*' que le général Manuel Gomez Pedraza serait reconnu président légitime de la république, jusqu'au avril 1833, conformément h la loi fondamentale; 3° que l'on renouvellerait le congrès général et la législature de tous les Ëtats; Touverture de leurs sessions était fixé au 15 février 1833 ; le 25 mars les Chambres devaient se réunir pour Télectioa du président et du vice-président; 5® on proclamait une amnistie générale pour tous les délits politiques commis depuis le 1^' septembre 1828. Enfin, ce plan devait être considéré comme juste et légal, et s'opposer à son exécution était devenir trattre à la patrie et risquer de perdre ses emplois civils ou militaires ».
Ce plan, divisé en treize articles, porte la date de « Hacienda de Zavaleta, :23 décembre 1832 »; il mit fin à l'administration provisoire du général Muzquiz et à l'existence du congrès. Le 26, le général Pedraza prêta le serment consti* tutionnel, comme président de la république, entre les mains du conseil du gouvernement présidé par le gouver-
neur de Puebla. Il donna le portefeuille des affaires étrangères à Gonzalez Angulo; celui de la guerre, au général D. Joaquin Parres ; celui de la justice à Rames Arizpe, et
celui des finances à Gomez Farias. Son premier soin fut d'écrire au congrès des divers États pour aplanir les difficultés qui pouvaient se présenter contre l'adoption du plan de Zavaleta, et de détourner la tempête qui le menaçait du côté du sud, Alvarez et Bravo montrant une attitude hostile au nouveau pouvoir. Enfin, le 3 janvier 1833, il lit son entrée triomphale à Mexico, accompagné du général Santa-Anna.
Le 16 janvier, Pedraza lança un décret pour expulser les Espagnols rentrés au Mexique, après Texpulsion du 20 mars i829. Ce décret fut une faute ; néanmoins, il suscita peu d'ennemis au président. A la tin de février, tous les Étals avaient terminé leurs élections pour le renouvellement des pouvoirs suprêmes. Alvarez et Bravo s'étaient pacifiquement . ralliés au nouvel ordre de choses. Il paraissait que Tordre et la raison allaient finalement régner dans cette pauvre république. Santa-Anna, avant de retourner à sa solitude de Manga-de-Glavo, publia, le 19 janvier^ un manifeste 5 ses concitoyens pour les engager à la concorde; on y lit les phrases suivantes : — « Indulgence pour les erreurs d'opinion, plus de rancunes, effacez de la mémoire le mot ven^ geance; c'est ainsi que vous atteindrez le but de vos désirs et de vos sacrifices, des jours longs, heureux pour la république, un bonheur durable pour tous. Si mes efforts et mon dévoûment pour la liberté méritent une récompense, répondez à mes vœux. Toute mon ambition se limite h laisser mon épée pour la charrue. Si quelque main revenait à troubler la paix publique et l'ordre constitutionnel, ne m'oubliez pas, je volerais à votre appel. »
Pedraza avait trop peu de temps à rester au pouvoir pour organiser quoi que ce soit. Ne désirant pas et ne pouvant pas être réélu, mais sachant que le bien-être de la nation dépendait du président, il employa toutes ses ressources pour (kire nommer Santa-Anna à la présidence, et Gomez
lie
HISTOIRS DU MEXIQUE.
Parias à la vice-présidence. Dans un document daté de
Mexico, 30 janvier 1833, adressé aux législatures de tous les États, il prie les gouverneurs et députés de ne point prêter Toreilie aux instigatioas des ennemis du repos public qui voudraient le réélire ou priver la république de « Tintelligence, du mérite et du prestige » de deux hommes comme Santa-Anna et Gomez Farias. Ses efforts furent couronnés de succès ; à l'exception de Cliilmahua et de Guanajuato, tous les autres États nommèrent, le 1*' avril 1833, Santa- Anna président constitutionnel, et Gomez Farias vice-président. Pendant Tabsence du premier, qui était toujours à sa campagne, le vice-président prit immédiatement les rênes du pouvoir. Du 16 mai, jusqu'au mois d'avril 1834, Santa- Anna et Gomez Farias eurent alternativement le pouvoir en main, le général Santa-Anna ayant dû plusieurs fois quitter Mexico, soit pour se mettre à la tête de l'armée , soit pour se reposer à Manga-de-Clavo.
Valentin Gomez Farias, médecin de Zacatecas, s'était fait remarquer dans toutes les législatures par son radicalisme et sa fermeté. Sous son administration et celle de SanU- Anna , D. Darlos Garcia et Francisco Lombarde se succédèrent au ministère des affaires étrangères; Ramos Arizpe et Quintaaar Roo, à celui de la justice , José Maria Bocanegra et Antonio Garay, aux finances , el Joaquin de Uerrera et Miguel Barragan, à la guerre. Parvenu au pouvoir» Gomez Farias suivit le contre-pied de la marche de Bustamante. Dans son discours d'ouverture aux Chambres, il déclara que l'uiiique moyen d'éviter les désordres et de doter la nation d'un gouvernement stable, était de faire de grandes réformes. Le congrès parut le comprendre, mais il se borna à destituer un grand nombre d'employés, afin de faire place aux favoris; il livra les emplois aux démocrates, attaqua le clergé dans ses prérogatives et dans ses biens, frappa de proscription les chefs du parti déchu et commença une réaction politique qui déconcerta toute la nation.
Pour combler le déficit du trésor, il s'appropria les biens
que les missions des Philippines possédaient au- Mexique, depuis le temps des Espagnols ; puis un second décret confisqua les propriétés du duc de Monteleone, comprises dans le district fédéral. Ces diverses mesures firent beaucoup de mécontents et donnèrent lieu à de nouvelles protestations à main armée. L'esprit public ne permettait pas qu'on passât d'un extrême à Fautre en si peu de temps. Treize jours après rinstallation de Gomez Parias, le général Jean Ârago écrivait de Mexico au colonel WoU» une lettre dans laquelle je lis les passages suivants : — « Rien de nouveau ici, si ce n'est des projets de réforme encore en herbe, des propositions à pleines mains faites aux chambres qui les approuvent ou les refusent, des cancans dont s'alarment les cœurs pusillanimes, beaucoup de pamphlets contre nous, parce que nous avons toujours triomphé... Santa-Ânna, à qui il a pris envie de se rendre malade, préfère, à ce qu'il paraît, au fauteuil de la présidence, le hamac de Manga-de CIavo... Mille autres choses, aussi peu claires, mais plus indifférentes encore... »
Un mois plus tard, ces alarmes dont faisait si peu de cas le général Arago prirent le caractère d'une révolution, seulement, on n'allait plus combattre, cette fois, pour un chan^ gement de personnes, mais pour le renversement de la forme gouvernementale. Les essais de république fédérale avaient été si déplorables et si malheureux pour le pays, qao ne pouvant cliercher un remède dans une monarchie, à laquelle on ne pensait guère, on YOuluttenter une république centrale. La lutte s'engagea donc entre les démocrates fédéralistes qui étaient au pouvoir et les conservateurs centralistes opprimés par le vice-président. Des écrivains français ont insinué que cette révolution avait été ménagée par Santa- Anna pour se faire nommer dictateur; plus de cinq cents lettres écrites à cette époque par différents personnages des deux partis me prouvent que cette assertion est inexacte. Elle eut pour cause cet ancien antagonisme de deux principes intéressés à prévaloir l'un sur l'autre, et qui depuis
118 HISTOIBE DU MEXIQUB,
1821 ne cessèrent de s'entre-déchirer; sous le régime républicain, les conservateurs voulaient, autant que possible, se rapprocher du système qui avait régi le Mexique pendant tant d'années» qui avait fait sa fortune et sous lequel il vivait en paix ; les démocrates, au contraire, irrités par les souvenirs cruels du passé, désiraient arracher des institutions nationales tout ce qui pouvait rappeler la domination espagnole et cléricale au Mexique. Pour taire cesser cet antagonisme qui fit répandre tant de sang, coûta tant de larmes et d'humiliations, il aurait fallu trouver une main honnête et ferme qui sût apaiser les rancunes, enchaîner les passions et réorganiser la nation mexicaine» en tenant compte des exigences de cette situation. Malheureusement» cette main ne s'est pas trouvée» et l'homme au pouvoiir a toujours été un homme de parti qui ne savait pas oublier.
Santa-Anna accourut à iMexico dans l'intention de réparer les fautes du vice-président, mais le gant était déjà jeté. Chose étrange» Santa-Auna allait se battre contre des gens qui voulaient le nommer dictateur. Le 86 mai» le colonel Ignacio Escolada se prononça à Morelia, anciennement Valladolid, — au nom de la religion persécutée et des droits méconnus du clergé et de Tarmée. Le colonel protestait néanmoins de son obéissance au général Santa-Anna. Le 31, le général Duran, à Ghalco, et Unde» à Talpam, se prononcèrent dans le môme sens. Sauta-Anna refuse. la dictature, proclame son respect pour la constitution aux applaudissements du congrès, et part le 2 juin pour étouûer la rébellion. Avant de partir» il reçut du général Duran une lettre dont voici quelques extraits : — « Mes compagnons et moi, loin de conspirer contre le pouvoir, notre intention est de lui donner, dans vos mains, les garanties propres à concilier tous les intérêts opposés, à consolider l'ordre public, uniques moyens de sauver la nation.
«Excellence» on a abusé du traité de Zavaleta et dans seulement trois mois qu'a duré l'administration du général Pedraza» il a fuit triomphcri sous uue honteuse dépendance»
RÉPUBUQUB FÉDBEALB. 119
le parti le plus dangereux à nos libertés, parce que ce* parti
est celui qui favorise les haines, les vengeances, les désordres et Tanarchie... — Gabriel Duran. »
Sans ctianger de résolution, Santa-Ânna partit emmenant sous ses ordres le général Ârista ; arrivé à Tenango, il fit reposer ses troupes, avant d'aller à Guernavaca où se trou* vait alors Duran. Le jour suivant, le président s'étant éloigné du camp, accompagné de quelques officiers, fut rejoint par le lieutenant-colonel Moreno, qui lui annonça que le général Arista, avec toute sa division, s'était prononcé en fïiveur des insurgés, en le proclamant dictateur; il ajouta qu*en cas de résistance de sa part, il avait Tordre de le conduire au général Duran. Je ne sais si Santa-Anna était tombé dans un piège tendu par Arista, avec le but de s'emparer de sa personne, ce qu'il y a de certain, c*est que le président, devenu' prisonnier, fut conduit à Morelîa, où se rendaient Arista, Duran et leurs deux divisions. A son entrée dans cette ville, il fut salué par la population aux cris de : — «Vive le libérateur! vive le dictateur! » Les fonctionnaires et les membres du conseil municipal vinrent à l'hôtel de ville le féliciter et lui demander ses ordres. Santa-Ânna leur témoigna sa gratitude pour leur dévoùment, mais leur déclara qu'étant prisonnier il n'avait rien à leur commander. Conduit ensuite à la hacienda de Buena-Yista, le 19 juin, il s'en échappa pendant la nuit, se dirigea sur Atlixco, et entra dans Puebla le 13, au matin.
Tandis que ces événements se passaient hors de la capitale, d'autres bien plus graves avaient lieu à Mexico. Gomez Farias, d'accord avec le congrès, continuait ses mesures de violence et de réaction; exaspéré de Topposition qui se manifestait dans le public, il sembla décidé à tout bouleverser plutôt que de modifier sa conduite. Il augmenta la milice, déjà si antipathique au peuple ; il offrit une décoration et cent mille piastres à celui qui délivrerait le président; il remplaça le conseil municipal, alors en fonction, par les membres qui siégeaient en 1829 ; il proclama la fameuse loi
HI8T0IRB DU MBXIQDE.
appelée del caso, par laquelle il expulsa de la république un grand nombre de citoyens, en prévenant le public que tous ceux qui se trouveraient « dans le môme cas, » auraient le même sort, sans qu'il tùi nécessaire de recourir à de nouvelles formalités. C'était la seconde loi de suspects, proclamée par les démocrates au pouvoir. En rappelant ces lois et celles d'expulsion des Espagnols, on voit que ce les amis du progrès » comprenaient singulièrement la liberté. Il est bon de constater que les gouvernements démocrates mexicains ont eu toujours besoin d'employer des rigueurs anticonstitutionnelles pour prolonger leur existence politique.
Les Mexicains virent avec stupeur des actes d'une telle nature et les craintes les plus justifiées s'emparèrent des hautes classes. Personne n*osait parler des affaires publiques; on était entouré d'espions, et comme si la situation n'était pas assez déplorable, le choléra-morbus vint ajouter ses calamités aux maux dont souffrait toute la nation. Le 23 juin, une partie de la garnison se souleva dans une des casernes voisines du palais, mais ce pronunciamiento, étouffé dès sa naissance, ne servit qu'à remplir les prisons, déjà encombrées. Dans ce même temps, Arista et Duran éprouvaient un échec à Queretaro, où les troupes du gou*vernement entrèrent de vive force et firent un grand nombre de prisonniers. Ce succès alarma la garnison de Morelia qui abandonna subitement la ville et prit la route de Zinapecuaro, dans le but de se réunir h Escalada qui s'y trouvait avec quelques soldats. Morelia fut occupée par le général Salgado, etCortazar se mit à la poursuite des rebelles. A Tepeaca, le général Lemus attaqua Arista, mais il fut battu parce qu'une partie de ses troupes s'unit aux rebelles. Dans la correspondance du général Arago, j'ai trouvé sur cette affaire les détails suivants, envoyés au général Woll,
«c Mexico, 6 juillet 1833. — C'est, mon cher, lorsque nous espérions qu'on allait donner un grand coup, et peut-être le dernier, à la révolution, que la plus noire infamie a détruit nos espérances et ranimé celles de nos ennemis. Les 8% d""
et 12® escadrons de cavalerie, ainsi que les restes du 4® et les compagnies de chasseurs du 3* bataillon de Matitlan» passèrent à l'ennemi au moment même où le feu commençait; et, plus criminels, mille fois, que les Saxons, ils tournèrent leurs armes contre leurs camarades. Cette malheureuse affaire eut lieu à Tepeaca, à sept lieues de Puebla qui, aujourd'hui, est assiégée par Arista et Duran. Nous organisons ici une nouvelle division, et le général président sortira sous peu de jours. Je suis nommé major général de la nouvelle armée qui se trouve presque sans cavalerie : auronsnous un Lutzen?... Lemus, Heredia» Gespedès et presque tous les officiers sont prisonniers. Maillet, qui avouait bêtement qu'il n'avait vu que du feu dans le pronunciamiento d'Arista, avait été destiné à la division Lemus, et il est aussi prisonnier. Cet homme est vraiment malheureux; il n*en est pas de même de Quijano et Delgado qui parviennent à se sauver et qui arrivent ici en oeurriers pour annoncer la défection des troupes.
« Je suis harassé de fatigue... voilà quatre jours que je ne dors pas» ayant été chargé de cette commandance générale à cause du départ projeté du général Anaya... Il est triste d'être témoin de si près des événements Ainestes qui se passent autour de nous. Je vois bien noir dans Tavenir... — Jean Arago. »
Puebla était défendue par le général Victoria, lorsque Arista vint l'assiéger. La garnison commenta son feu sur les assiégeants qui se dirigeaient, en trois colonnes, sur la porte appelée de Mexico. Plusieurs combats curent lieu avec quelques succès d'abord du côté des insurgés, mais ensuite ils furent repoussés avec de grandes pertes. Ayant appris que Santa-Anna venait au secours de la place, Arista battit en retraite, prit position au Cerro-Colorado et se retira finalement à Guanajuato dans un état misérable. Santa-Anna se mit à sa poursuite et arriva à Tula au moment où les insurgés venaient de quitter cette ville, en route sur Guanajuato; il fallait à tout prix les empêcher de passer. Arago, chef d*état-
major de Santa-Anna, envoya de suite un courrier au général WoU, avec la lettre suivante :
— «Tula, 20 juillet 1833. — Moii cher Woîl. Nous arrivons ici quelques heures après le départ de l'ennemi qui poursuit sa marche sur Quereiaro. Les ordres qu'on a donnés au général Cuesta pour qu'il occupe cette ville, où je vous suppose déjà, sont du plus haut intérêt, et je ne doute nullement que vous emploierez toute votre influence pour qu'ils soient exécutés fidèlement. Le sort de la république dépend peut-être de la résolution de cette division de défendre Queretaro et d'entretenir Fennemi quelques heures pour nous donner le temps d'arriver... — Jean Arago. »
Mais Arista, ne voulant pas être pris entre deux feux, esquiva les troupes du général WoU, et vint se fortifier de son mieux à Guanajuato. Le général Valencia, ayant complètement battu Escalada dans le bois de Las Gruces, il ne restait plus qu'à faire le siège de Guanajuato pour se rendre mattre de l'insurrection . Ce siège se fit avec toutes les forces dont disposait alors Santa-Anna. Les fortilications tombèrent bientôt au pouvoir des troupes du gouvernement, et, pour prouver que cette révolution n'était point une comédie, je vais citer des fragments d'une lettre particulière • du général WoU, écrite sous les murs de Guanajuato, le 5 octobre 1833. ' * •
« ... J'ai attaqué Valenciana que j'ai pris de force à la tète du 12^ de ligne* On avait donné l'ordre de ne laisser en vie aucun officier; mais j'ai contenu mes troupes. Les officiers étaient à genoux, quand arriva Mejia qui, s'étonnant de ce que nous n'avions pas tué ces malheureux, me donna l'ordre de les faire fusilier. Je résiste; il se fâche et me demande si je veux obéir. Je réponds que non. — N'étes-vous pas général mexicain? me dit-il. — Oui, seiior, je suis général mexicain pour me battre, mais non pas pour fusiller personne. — Eli bien , allez-vous présenter au général président, vous êtes aux arrêts. — Avec plaisir, senor, parce que cet arrêt, le seul qui m'a été infligé dans ma vie, m'honore beaucoup •
BÉPUBLÎQUE fËDÉRALË.
et Je m'en allai ; mais à peine eus-je fàit cent pas que je reçus de Mejia mâme» Tordre de continuer l'attaque, avec
• ma brigade et trois pièces, sur le Meliado, jusqu'au moment où Arista demanda à parlementer. Duran a tenu avec une partie de sa cavalerie; les croisés sont perdus» parce que prenant demain le Meliado, ils seront obligés de sé rendre à discrétion... — Adrien WolL »
En effet, les forts de Valencia, Gerona et Meliado, étant pris, Arista obtint une suspension d'armes, pendant laquelle il négocia la reddition de Guan^yuato et la vie sauve de tous les révoltés. Les vaincus furent ramenés prisonniers à Mexico, où Santa-Anna fit son entrée aux acclamations de la foule. La guerre civile pouvait être considérée comme terminée après la reddition d'Arista et d'Escalada, vu qu'il ne restait plus qu'un très petit nombre de leur parti qui se soutenait avec peine dans les provinces du Michoacan et de Oajaca. Le général Woll, commandant la brigade d'arrièregarde, était chargé, par un ordre portant la date dé Salamanca, 19 octobre, et signé Jean Arago, de protéger l'armée qui rentrait, et de veiller sur les insurgés de Michoacan, «t car il pourrait, se faire, disait-il, que Garcia, par une marche forcée, abandonnât les environs de Yalladolid pour revenir sur le Valle Santiago. )> Woll s'acquitta si bien de sa mission, qu'il mit en déroute, à Puruandiro, mille cavaliers régulicTrs, n'ayant avec lui que quelques fantassins, et leur prit tous leurs bagages. Cette brillante action valut aux vainqueurs une médaille commémorative ; quant au général, il était déjà nommé benemerito, — bien mérité. — Sur sept personnes qui portaient ce titre, Woll était le seul étranger qui Teût reçu, il devint général effectif.
De retour à Mexico, Santa«Anna, ne songea nullement à prendre en mains les rênes du gouvernement; le titre et les fonctions de président paraissaient ne lui être agréables en aucune manière. Cet homme étrange, qu'on a tant accusé d'ambition, semblait éprouver une profonde répugnance pour le pouvoir suprême ; il laissa de nouveau Gomez Farias
124 HiSTOlES DU MEXIQUE.
gouverner à sa guise et retourna dans son hacienda de Hanga-de-Clavo. D*un autre côté, on s'explique difRcilement
comment une nation nese révolte pas, quand après avoirconfié ses intérêts h un homme qui a sa confiance, elle se voit gouvernée ppr un brouillon qui met le désordre dans les affaires publiques. Mais, tâcher de trouver de la logique et du sens commun dans la politique mexicaine, serait un labeur inutile. Je dois me limiter à cataloguer les fàits, tels qu*ils se présentent, me bornant à contrôler leur exactitude.
Tandis que Santa-Anna, surnommé le Cincinnatus mexicain, se reposait à la campagne, Gomez Farias continuait ses mesures réactives qui le rendirent odieux. Il bannit plusieurs membres du clergé, disposa des cures vacantes, proclama la liberté des cultes et la nationalisation des biens de mainmorte. Ces actes étant arbitraires ou prématurés soulevèrent Tindignation générale. La presse de l'opposition commençait à accuser Santa-Anna de son indifférence pour le bien public et des maux^ont souffrait la nation. Tous ces éléments de mécontentements ressuscitèrent la révolution mai éteinte. Le pronunciamiento qui prit le nom de Guernavaca eut un écho à Tenancingo, Toluca, Orizaba, Zacatecas et même dans la capitale. Le pays, fatigué des actes subversifs de Farias, demanda son éloignement des affisiires. Santa-Anna se vit obligé de reprendre le pouvoir, h la grande joie des habitants qui Testimaient et avaient beaucoup de confiance en son patriotisme. Le président, comme s'il eût ignoré ce qu'avait fait son substitut, le désavoua, rapporta la plupart des décrets lancés par les chambres, les déclara illégales pour avoir prolongé leur session au delà du terme fixé par la loi, et convoqua une autre assemblée pour Tannée suivante. Les législatures des Ëtats abondaient dans ce sens et voulaient la chute du vice*président. Celui-ci, qui avait eu de sérieuses altercations avec le président, demanda ses passeports et sortit de la république. Cette révolution se fit sans effusion de sang et la tranquillité publique régna de nouveau pendant toute l'année 1834.
PoofMriver à eae résultat, Santa-Xnaa n'employa la force nulle part; il protégea simplemeiu les institutions conservatrices contre les démocrates qui voulaient les détruire, sans permettre toutefois à pei'sonne de vouloir attaquer le système fédéral. Voici quelques extraits de ses lettres, adressées au générai WoU commandant alors à Irapuato, et très remarquables à bien des titres.
« — Mexico, 20 août 1834... J'écris aujourd'hui au colonel D. Gayetano Montoya, qu'il 6;s^ important de chasser des peuples eette' ftaneste wersioa qu'ils osA conçue contre ie régime représentatif; les «ililaires surtoict doivent beaucoup travailler dans ce sens... — A. L. de Santa-Anna. »
« — Mexico, 3 septembre 1834... Les difficultés et même l'impossibilité d'eiTacer dans le peuple Taversioa du système repnésentatif fédéral. proviennent de n'avoir pas sa donner à ropinion la direction qu'elle devait prendre... Aucun système de gouvernement n'est absolument bon, ni absolument mauvais : le système fédéral suivi par les derniers mandataires était une vraie tyrannie pendant iaqueii<e les hommes se vinent prèvés des garanties que les rois d*Ëspagae -— durent respecter dans les derniers temps. Ce ^rait une folie de vouloir détruire sa maison parce qu'elle a des défauts qui la rendent sujette à toutes les inclémences de l'atmosphère; c*en serait une plus grande encore de vouloir détruire notre institution dans Tespérance d*en avoir une meilleure ; nous n'aurions ni l'une ni l'autre; la nation serait livrée à ranarcliie qui est le plus grand de tous les maux. On doit faire comprendre ces vérités au peuple, et quand il les comprendra il changera d'opinion... A. L. de Sania-Anna. »
Ces lettres du président nous révèlent les répugnances insurmontables du peuple mexicain pour le régime fédéral républicain, essentiellement démocratique. Ces répugnances, du reste, se sont manifestées, on l'a déjà vu, par des désordres plus graves» sous les administrations démocratiques que sous les gouvernements conservateurs. Malgré cet aveu, Santa-Anna était sincèrement républicain fédéraliste» et» si I. 11
m HISTOIRE DU MEXIQUE.
plus tard il changea de conviction» c'est qu'il est patriote avaot tout; il fait passer le bonheur de la patrie avant l'entétement dans des opinions basées uniquement sur des théories. Ses opinions se seraient modifiées plus tôt, s'il s était donné la peine d'étudier ses compatriotes dans leur histoire passée et dans leur histoire présente; mais, on le voit toujours» aux préoccupations politiques» aux fatigues du pouvoir» il préfère les plaisirs de sa campagne et le calme du simple citoyen. En 1834, il ne songe qu'aux élections : ... « On ne doit travailler en rien, disait-il dans une lettre datée du 10 septembre» autant qu'à former une bonne représentation nationale, pour que la nation se régénère et parvienne à cette félicité dont la réalité se fàit attendre plus de temps qu'il n'est juste. » Cette bonne représentation étaitelle possible dans un pays sans passé politique et dont les traditions étaient celles de la monarchie absolue? Les événements répondront pour moi. Aussitôt le congrès installé à la fin de 1834» Santa-Anna» trouvant les élections satisfaisantes et le pays tranquille, pensa de nouveau à retourner à Manga-de-Clavo ! Il se trouvait mal assis dans son fauteuil présidentiel ; il regrettait déjà son hamac des terres-chaudes, qu'il venait à peine de quitter.
Au mois de janvier 1835, le président Santa-Anna présenta sa démission pour rentrer dans la vie privée; le congrès ne Taccepta pas, mais il consentit à lui donner un congé. Le général Miguel Barragan fut choisi pour remplacer provisoirement Santa-Anna à la présidence. Au mois de février de l'année suivante, il mourut, et le congrès installa à sa place l'avocat José Justo Corro, qui gouverna, par intérim, jusqu'au mois d'avril 1837. Les ministres de ces deux présidents intérimaires furent D. José Maria Gutierrez de Ëstrada et D. Manuel Diaz de Bonilla, aux affaires étrangères; D. Hariano Blanco et D. José Corro, à la justice; D. Vicente Segura, D. Antonio Vellejo et D. RafaelManjino eurent leportefeuille des finances» et le général José Maria Tornel reçut celui de la guerre. Ce Tornel disait des frères Velasquez de Léon, qu'il plaça plus tard au ministère, malgré leur peu d'intelligence : — « Des deux, je n'ai jamais pu faire un homme. »
Au commencement de Tannée 1838, il y eut dans le sud
as
quelques manifestations regrettables contre les étrangers qui , pourtant, étaient encore en très petit nombre au Mexique. « Je viens d'apprendre, écrivait le président, le 7 février, à Tun de mes amis, qu'il s'est allumé une nouvelle révolution dans le sud, touchant un ressort qui avait été respecté jusqu aujourd'hui, pour ne pas nous discréditer devant les nations étrangères; mais le génie du mal, qui ne respecte rien et qui espère tout du désordre, profitera de cette occasion pour attirer l'antipathie qu'on remarque contre les étrangers parmi notre population peu instruite, pour connaître la vraie origine de ses malheurs... — Miguel Barragan. » — 11 eût mieux valu empêcher le génie du mal de s'ébattre à son aise que de fermer les yeux lorsqu'il troublait le repos public. Le général Gortazar j voyait plus clair. Voici sur ce même sujet une lettre qui mérite d'être connue :
« Ceïaya, 8 février 1835. — Je n'ai rien lu contre les
étrangers que ce qu'a rapporté le télégraphe, le 2 de ce mois... La pauvreté, l'ignorance et l'excessive immoralité doivent donner de tels résultats. Espagnols» religion, étrangers, sont des prétextes recherchés pour foire des révolutions, et nous ne verrons pas le fruit de la douloureuse expérience qu'on en retirera. On marche sans connaître les principes que l'on proclame; tous croient avoir le droit de iaire des lois. Ceux qui font les révolutions n*ont aucune instruction et s'inquiètent fort peu d'étudier dans le grand livre du monde; ils ignorent ce qu'ils sont; ils cherchent seulement à sauver le jour, en satisfaisant la multitude de nécessités qu'ils se créent, et tout cela ne fait que précipiter plus tôt dans l'abîme. De là vient la rapide succession des ' partis dans le triomphe» et, ne voyant aucun remède k tous ces maux, je m'en afflige en vain et cherche à me retirer dans un coin... — Luis Gortazar. »
Cette lettre prophétique, stéréotype en peu de lignes la situation morale et politique du pays. Huit jours après, Gortazar devient encore plus explicite et présage ce qui devait arriver... « Si le congrès , dit-il , dans une lettre du 16 fé-
Trier, prodimait aoiaord'hui des mesures imprudeotesi alar* mante» poar le peuple , les anarchistes feraient sentir leurs
féroces tendances et nous précipiteraient dans une révolutionbarbare...Toutle matériel du feu révolutionnaire provient de la constitution : celle-ci n'a pas su concilier les intérêts d'un clergé organisé sous une monarchie absolue et fana* tique qui lie saurait servir une république calquée sur celle du nord, — les États-Unis, — de sorte que ce corps privilégié se heurtera toujours contre le pouvoir exécutif... Que Dieu nous protège dans le mauvais cèemin que nous sommes obligésdesuivre... — LuisCortazar. »
Tous les Mexicains honnêtes et sensés connaissaient le mal, mais aucun n'était assez fort pour imposer le remède ou assez patriote pour l'accepter. « La mauvaise étoile de la république qui ne laisse pas asseoir la paix, disait le présidentBarragan, rend illusoires les espérances, et inutiles les efforts du gouvernement pour établir un système de finances. » Les finances ont toujours été le seul objectif des gouvernements mexicains ; mais;, comment le simple bon sens ne leur faisait-il pas comprendre que les finances sont le résultat de Tordre^ de l'économie et d'une bonne administration, que Tordre est le résultat de la moralité du peuple et que la moralité ne s'acquiert que par la pratique des vertus civiques. Les démocrates comme les conservateurs ont* ils jamais connu ces vertus? les ont-ils jamais pratiquées de 1821 à 18671 Tous ont trouvé leur châtiment dans leur propre égoïsme, et je commence à douter que ce demi-siècle d'amères leçons leur soit jamais profitable.
Dans le niémoire lu aux Chambres, par M. Gutierrez de Ëstrada, au mois de mars 1835, sur la situation intérieure et extérieure du Mexique, je trouve des renseignements et des projets de loi qui ne peuvent être tenus sous silence. M. Gutierrez passe d'abord la revue des puissances avec lesquelles le Mexique est en relations, et montre l'exceUenee des rapports de la république avec les deux continents. Il y avait bien de la pai*t du ministre anglais des réclamations
HISTOJRB DU MBIIQUE.
faites pour les sommes considérables prises en 1833, par le
général Arista à la « Compagnie unie mexicaine » de Guanajuato; mais le gouvernement espérait que les Chambres ne feraienl pas droit aux réclamations anglaises. Voici quelquesunes des raisons de M. Gutierrez pour engager les Chambres à ne pas accorder d'indemnité aux étrangers volés pendant les révolutions... « Il est également digne d'observer que le môme état de choses qui occasionne ces désastres procure aussi de très grands prolits à ceux qui risquent leurs capitaux; enfin on doit songer que les indemnités deviendraient tellement grandes qu'aucun trésor ne suffirait à les payer. Dans la révolution tous souffrent, tous voient leurs propriétés détruites, et si l'on accorde des indemnités aux marchands étrangers, aux sujets des autres nations, on devrait aussi en accorder aux sujets de la république» parce que la justice doit être égale» et dans ce cas, elle pencherait autant pour les uns que pour les autres ». — Le ministre termine son rapport sur les affaires étrangères en annonçant que la reine Christine allait reconnaître Tindépendance du Mexique et qu'on était en train de négocier un traité de commerce et d'amitié avec TËspagne.
Sur la situation intérieure, M. Gutierrez feit un rapide historique des principes qui ont amené la dernière révolution, il critique les actes du dernier congrès et ceux du président déchu... ce A la tyrannie civile» dit-il» s*unit bientôt la tyrannie religieuse. La loi sur les cures qui arrachait les pasteurs de leurs églises et fit aller errants nos vénérables évêques, fatigua enfin la patience des peuples, et l'on vit, dès lors, les premiers symptômes de résistance' h l'oppression qu'on ne pouvait plus tolérer ». Avant de passer à l'exposé dès différentes branches de Tadministration» M. Gutierrez malmène assez vertement la constitution de 1824» et surtout le droit de pétition, exercé par toute autre voie que celle des députés. Il propose ensuite une loi en vingt-deux articles» que Ton pourrait appeler — loi contre les étran* gers. — et qui révèle toute l'antipathie que ce ministre n'a
cessé de leur témoigner«Ges idées peu libérales, mais essentiellement mexicaines» n'ont pas mis H. Gutierrez à l'abri des accusations de manque de patriotisme que lui ont
adressées ses concitoyens; pour s'assurer de son civisme, ils n'avaient qu'à se rappeler le projet de loi du 24 mars 1835 qu'il présenta aux Chambres.
Dans l'article 14 de ce projet, il demande l'expulsion du territoire de tout étranger qui ne se sera pas fiait naturaliser six mois après son arrivée au Mexique. L'article 15 n'accorde les amnisties et les pardons pour délits politiques qu'aux étrangers naturalisés ; les autres'sont sujets à toutes les rigueurs des lois mexicaines, mais non à leurs bénéfices. L'article 16 leur refuse tout droit à des indemnités pour dommages soufferts pendant la révolution. L'article 17 les déclare sujets à toutes les contributions que paient les Mexicains. M. Gutierrez présenta pourtant deux autres projets de loi qui lui font honneur : — celui de la franchise de taxe de tous les journaux étrangers et mexicains, et celui pour l'augmentation des fonds de la Banque de secours, Banco de avio.
Les fonds de cette Banque avaient été supprimés le l«r mars 1833^ à cause de la pénurie du trésor. M. Gutierrez non seulement les rétablit, mais les augmenta, pour développer l'industrie cotonnière du Mexique. Ce projet, aussi louable que patriotique, appliqué sérieusement, aurait eu de beaux résultats, si les intérêts privés n'avaient pas dominé les intérêts généraux. Alaman, on se le rappelle, avait décrété la Banco de avio pour créer rindustrie des tissus au Mexique, et, pour favoriser sa création, il avait promulgué des lois prohibitives ou restrictives sur l'importation des matières premières et des cotons tissés ; il s'était surtout occupé d'empêcher la contrebande. Malheureusement, la contrebande enrichissait trop de monde; les gouvernements qui se succédèrent depuis le plan de Zavaleta, fermèrent les yeux, moyennant iinaiices, ou ne purent pas l'empêcher.
Le petit port de Tuxpam devint le dépôt de ce commerce
HISTOIRE DU BfSUQUB.
interlope; il jetait sur le littoral des milliers de ballots de cotoQ, venus de la Nouvelle-Orléans; des mulleliers apostés enlevaient pendant la nuit les ballots et les introduisaient dans rintérieur. Les filatures nationales furent bientôt en détresse, et la banqueroute de la plupart des industriels d'Orizaba h Mexico répandit partout le découragement et le désarroi. M. Alaman lui-même dut fermer sa ûlature d'Ori* zaba et son déficit s'éleva à sept millions de francs.
Le ii mars 1835, c'est à dire sept jours après avoir entendu le rapport de M. Gutierrez deEstrada, sur la situation extérieure et intérieure du pays, le congrès général décréta que la milice locale serait réduite à un individu sur cinq cents habitants; en outre, elle devait être organisée et distribuée pour le service de la nation, selon la volonté du gouvernement suprême. En transmettant ee décret dans les différents districts, on avait ordonné de recueillir toutes les armes excédantes et de les mettre à la disposition du gouvernement, qui s'engageait à eii indemniser les propriétaires. Les assemblées des États, — la plupart du moins, — crurent voir dans cette mesure Tintention de désarmer les citoyens et de leur ôtertous moyens de résistance; ils la considérèrent également comme une atteinte blessante portée à leur autorité. L'État de Zacatecas, en particulier, avait pris quelques jours auparavant une décision contraire, en autorisant le gouverneur à feire usage de la milice locale pour combattre toute agression de quelque côté qu elle vînt, et disposer, h cet effet, des fonds publics.
Se basant sur ce décret, le gouverneur Gosio adressa aux autorités de Zacatecas une circulaire pour les informer qu'il s'opposerait par la force à toutes les tentatives qui auraient pour but de soutenir la loi réformatrice du congrès souverain. Le gouvernement central s'efforça d'atténuer ces dispositions hostiles en déclarantqu'iin'entendait porter aucune atteiote aux droits des États ; mais, que le pouvoir ne pouvant uniquement s'appuyer sur ces masses arméesdont Torganisation défectueuse troublait constamment la lianquillité publi-
idraiLIQUB GEISTRMI.
que, il devait les Fégukriser. Zacatecas continuant ses aetes hoâliles, l'ordre fut donné au général G<>rU2dr de partir, et un détacheaieiit de trcds eMts hdmmes, tirés^ de S. Luis Polosi^ prit position au poial de la Parada. Alors, le gouver* neur Cosio expédia uue dépêche au président intérimaire pour lui faire connaître qu'un semblable procédé attaquant rindépendance de l'État, il se voyait dait» l'obligation dere* pousser la force par la force. Barragan répondit que le gouvernemeni suprême était résolu à faire respecter la loi du congrès général. Les hostilités commencèrent-
L'insurrection de Zacatecas trouva de Técho dans le sud, car je vois Santa-Anna dire dans une lettre datée du â avril 183S : « Alvarez a levé Tétendard de ta. réJ^eHion, crevant se superposer an vote de la nation ; il sera bientôt puni, et celle-ci vengée des outrages que lui inflige ce cosaque ingrat. » Mais il ne paraît pas qu'on se soit occupé de châtier ce rebelle ; la révolution de ziabcatecas appelait plus directement l'attention du gonvemement Barragan ptia son ami Santa-Annn de se meltre à la tête des troupes, et de partir pour Zacatecas. Santa-Anna se rendit à cet appel, avec trois mille vétérans, et le général Woll pour chef d'état-major. Arrivé à Posillos, il intima Tordre à Cosio de se rendre, et lui donna huit jours pour délibérer. Sur son reftas, les deux armées se disposèrent au combat. La milice de Zacatecas, forte de onze mille hommes bien armés et protégés par dix pièces d'artillerie vint se mettre en ligne de bataille dans la plaine de Guadalupe, adossée à la ville. Santa-Anna arriva pendant la nuit et donna l'ordre au général Woll d'aller reconnaître Guadalupe. Il était quatre heures du matin : Woll part, suivi de son ordonnance, passe derrière l'armée, entre dans la place, rencontre le capitaine Romanco, aide de camp du général Garcia, le fait prisonnier et retourne au quartier général* Tout cela ne se fit pas sans bruit ; les sentinelles tirent sur Woll, les coups de feu éveillent Tennemî; Santa-Anna n'attend pas que la milice vienne attaquer sa peiite armée, et donne le signal du combaU Après une ba-
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m HISTOmB DU MBXIQUE.
taille sanglante qui dura deux heures, Santa-Anna remporta la victoire, força cent cinquante olïiciers et deux mille cinq cents soldats à se rendre et s'empara de presque toute Tartillerie. Il envoya de suite le général Woll avec cinquante lanciers à Zacatecas, et le fit suivre de près par le bataillon du colonel Paredès. Woll enlève Tune après Tautre les fortifications de la Canada ; arrivé sur la place de Zacatecas, au milieu d*un feu meurtrier, il commande aux troupes ennemies qui garnissaient les redoutes et les terrasses des maisons de cesser le feu ; elles hésitent, mais en voyant déboucher le bataillon de Paredès, elles obéissent et Tinsurrectioa est vaincue.
Santa-Ânna revint à Mexico, et fut reçu, par la population comme par le gouvernement, avec toute la distinction qu'il
méritait. La révolte de Zacatecas était à peine réprimée que la municipalité d'Orizaba se déclara subitement pour le centralisme, demandant que le président abolît les institutions fédérales, et déclarât la république une et indivisible. Cette manifestation fut soutenue quelques jours après, par la ville de Toluca et sa garnison. Les esprits étaient si disposés en faveur de cette forme du gouvernement, qu'en un instant les États d'Oajaca, Queretaro, S. Luis Potosi, Zacatecas, Durango et la ville de Guadalupe-Hlidalgo adoptèrent la cause d'Orizaba. Dans ce conflit, le conseil du gouvernement convoqua le congrès générai pour s'occuper de ces manifestalions publiques qui voulaient changer le système fédératif. Après une longue discussion, les chambres déclarèrent avoir des facultés suffisantes pour accéder aux vœux de tous les Ëtats cités, et elles s^occupèrent des lois organiques qui devaient servir de base au nouveau système administratif.
Le travail n'était pas encore terminé que l'État du Texas s'insurgeait. Mais avant de parler de la guerre du Texas, en 1836, je dois raconter les événements qui la rendirent inévitable.
On se rappelle qu'en 4803, le gouvernement de Washington, désirant posséder les deux rives du Mississipi, acheta
r£publiquë centrale.
la Louisiane à la France. A peine fut-i! en possession de ce vaste territoire» qu'il suscita des querelles à l'Espagne, sous prétexte que ses frontières naturelles arrivaient jusqu'au
Rio-Grande. De lù, s'ensuivirent des conflits et des réclainations qui durèrent jusqu'en 1819, époque à laquelle les États-Unis et l'Espagne conclurent un traité pour régler définitivement les limites des deut Ëtats. Par ce traité, la frontière commençait à rembouchure du Rio Sabinas, s'étendait jusqu'au 32" de latitude nord, puis renionlait en ligne droite la rivière Rouge jusqu*au lOô** de longitude ouest, • méridien de Greenwich. De la sorte, les États-Unis entraient en possession des riches contrées» appelées alors : « Floride orientale et Floride occidentale. » Pendant cette même année de 1819, des Américains commandés par le général Long pénétrèrent au Texas et voulurent s emparer de Nacogdochès; ils furent repoussés par les Mexicains, mais, dès ce moment, le Mexique n'eut plus de repos du côté du Texas.
Le cinquième article du traité de 1819 stipulait que les habitants des territoires cédés, à Test et au nord de la ligne de démarcation, pourraient s'établir, quand ils le voudraient, en deçà des frontières espagnoles. Cette clause engagea le nommé Moïse Âustin à demander, par l'entremise du général Maria Martinez, gouverneur de Bejar, au gouverneur de la province, D. Joaquin Arredondo, Tautorisation de s'établir au Texas avec trois cents familles de colons. L'autorisation fut accordée et les terrains concèdes, sous la condition que les colons seraient de la Louisiane, catholiques, et jureraient fidélité au roi et aux lois. Ces formalités remplies, les titres de concession furent accordés le 17 janvier 1821. Le 10 juin de cette même année, Austin mourut et son ôls Étienne hérita du privilège. Les changements politiques survenus k Mexico Tobligèrent à se rendre dans la capitale pour faire confirmer les titres obtenus sous le gouvernement espagnol, enfin, le 14 janvier 1823, ses concessions furent légalisées, puis confirmées le 14 avril, après la chute de l'empire, et £tienne Austin put revenir au Texas.
La république mexicaine ayant adoifté le système fédéral»
le Texas devint partie intégrante du Cohahuila; en vertn de ses droits, la législature de cet État accorda de nouvelles concessions de terrains à A^stin pour l'introduction de huit cents femilles. A ces donations sT^ii ajoutèrent d^autres, de sorte qu'en tirés peu de temps huit mille famîl^les américaines, appartenant à (butes les religions et à tontes les classes de la société, envahirent le Texas. Une loi mexicaine accordait pendant sept ans une franchise de tout impôt auxcolûos texiens; aussi, de TEurope comme des États- Unis, accoururent bientôt des milliers d'avienloriers qui, ne voulant pas se livrer au travail de l'agriculture, cberobaient fortune en faisant la contrebande avec les provinces des frontières. ^
Telle était la situation du Texas, lorsque le général Mier y Teran 6it «Mimé par ile président Victoria, dief de ia commission qui devait réviser, avec les États-Unis, et sur leur demande, le traité de 1819. Dès son arrivée à San-Antonio de Bejar, le général Teran put se rendre compte du formidable ennemi, introduit par le Mexique même sur son praiNre territoire. Peu de mois après la proamlgatioa de la loi du 21 mairs 1826, qui régularisait tes compagnies prési-* diales, deux Américains, Hayden Edwards et John Hunter, projetèrent Tindépendance du Texas, sous le nom de: « République de Frecionia, » d'accord avec deux chefs 4les Gherol^ees. Ce projet ne favorisait pas las vues d'JÉl^ienm Austin ; aussi, s'ennpressM-il ée dévoâèer ce «complotâBcemmandaiit D« Mateo Ahumada qui senitimn^diatementen voûte pour attaquer les Américains. Ceux-ci ne Tattendirent pas; ils ^ tuèrent Hunter et se dispersèreni aux États-Unis. Ainsi finit cette «échaufioMi^ ; mais tes dangers créés par la prodiga* lité des concessions et des privilèges devenaient de plus èn plus inquiétants,
Alaman crut pouvoir, d'un trait de plume, remédier au n^al. Par la loi du 6 avril 1830, il prohiba la colonisation étrangère et l'entrée des étrangers daas >les États iiiiiéipo-
BtFmiQUB GBNTRALB. 1S7
phes/ et décréta rorganisation des douanes maritimes et
territoriales. Le général Mier y Teran fut chargé d'aller, au Texas, faire exécuter les ordres du gouvernement. Ces mesures exaspérèrent les colons qui, jusqu'alors, avaient vécu et prospéré, grâce aux lois libérales qui les régissaient depuis i824. Une série non interrompue d'émeutes locales suivit rentrée de Teran au Texas. L'insubordination et l'aniraosité des Texiens contre le gouvernement de Mexico se développèrent avec rapidité sur tout le territoire. Un nommé John Austin parcourut le pays pour engager les habitants à proclamer Findépendance du Texas ; chaque jour il arrivait de la Nouvelle-Orléans des goélettes chargées d'armes et de munitions; les Mexicains furent attaqués dans * les districts d'Anahuac et de Nacogdochès; à la fin de Tannée 1831, les Américains avaient môme établi un gouvernement provisoire à Bràzoria. Cet état de choses dura jusqu'en 1835, époque à laquelle les aventuriers venus des États-Unis prirent les armes pour déclarer l'indépendance du Texas. Commandés par Samuel Houston, nommé président de la future république, ils s'emparent de San Antonio de Bejar le 11 décembre; le général D. Martin Cios qui défendait la ville dut capituler et se retirer à Loredo , près du Rio* Grande.
A cette nouvelle, le président par intérim eut encore recours à Santa- Anna; il fit appel à son patriotisme pour reeonquérir le Texas et lé chargea de tous les détails de cette expédition. Voici, d'après les documents ofRciels, inédits pour la plupart, et les correspondances privées des généraux mexicains, Fhistorique de cette campagne. En ce moment» le pays avait un grand besoin de calme pour songer à sa transformation politiqué, et rédiger sa nouvelle constitu* tion ; ses finances étaient dans le plus déplorable état, ce qui, du reste, pouvait passer pour un état normal. En dépit de cette situation, il fallait lever une force suffisante pour faire la conquête projetée, sans dégarnir les points importants. La loi sur la milice, qui venait de causer une guerre
filSTOM W mXIQUB.
civile, ne permettait pas de lever des troupes dans ee eorps
réduit à ses cadres.
Le général Sania-Anna arriva deManga de-Clavo à Mexico, au commencement du mois de novembre. Le trésor étant j vide, par suite des hypothèques sur les douanes» dont les produits, engagés pour plusieurs années encore, servaient à payer des emprunts ruineux, le congrès, dans sa séance du 23 novembre 1835, permit au gouvernement un nouvel emprunt c^cinq cent mille piastres, destinées aux frais de la guerre. Avec cette autorisation» Santa-Anna se rendit à S. Luis Potosi» où se trouvait un noyau d'armée qui, depuis cinq jours, n*avait reçu ni solde, ni vivres. Le général président offrit immédiatement sa garantie personnelle pour obtenir du commerce dix mille piastres, à l'effet de subvenir aux nécessités les plus urgentes. Le 1^ décembre, il prit des engagements onéreux pour l'État, avec D. Joaquin Errasu, mais qui pouvaient devenir désastreux, s'il eût attendu plus longtemps. Par ce contrat, M. Errazu, s'engageait à fournir au quartier général deux cent mille piastres en ar- ' gentetdeux cent mille en traites, à la condition qu'on lui remettrait : l*»Le total de l'emprunt forcé des départements de S. Luis Potosi, Zacatecas, Guanajuato et Guadalajara; S® le subside de guerre des mêmes départements, et deux autres conventions douanières, non moins onéreuses. Santa- Anna dut subir ces rudes conditions par lesquelles il perdait cent mille piastres sur la somme accordée par le congrès* Le gouvernement les approuva le âl décembre , mais le congrès ne fut pas de son avis. La décision du congrès suscita mille embarras au général. Il n'en organisa pas moins un * corps de six mille hommes, une batterie de vingt pièces avec le matériel nécessaire, rapprovisiounement , les vivres^et les transports.
Il fallait agir promptement, car il y avait quatre cents
lieues à franchir pour arriver à San Antonio de Bejar, avant la saison des pluies; puis les ressources de cette petite ar- , mée étaient si minimes et si précaires» qu'il fallait terminer ^
la campagne avant qu'elles fassent épuisées. San Antonio
de Bejar était Tobjeclif du général en chef, cette ville devant lui servir de base d'opérations. Les Texiens ne se doutaient pas le moins du monde de soq . approclie;; de sorte qu'il arriva le 28 février 1836, aux portes de la ville sans avoir tiré un coup de fusil. La première colonne était mal commandée et se composait en grande partie de recrues; elle s'empara néanmoins de San-Antonio, malgré la résistance des Texiens qui se réfugièrent au fori de l'Alamo, situé sur une colline derrière la ville.
Voulant éviter l'effusion de sang, Santa-Anna envoya le colonel Almonte, — depuis général, — proposer aux Texiens de sejrendre; il leur promettait la vie sauve, à la condition de ne plus se battre contre le Mexique; Les Texiens refusèrent, et l'assaut fut donné dans la matinée du 5 mars. Les Mexicains furent encore vainqueurs. Cette victoire leur coûta soixante et dix hommes tués et trois cents blessés. La prise de l'Alamo jeta la consternation parmi les Texiens qui, dès lors, fuirent constamment devant les troupes mexicaines qui les poursuivaient.
Aussitôt après la prise de San-Antonio, Santa-Anna divisa son corps d'armée en trois colonnes. La première, forte de treize cents hommes, sous les ordres du général D. José Urrea, partit de suite pour opérer à droite, dans le sud, du côté de Goliad et du Copano. La seconde, forte de quatorze cents hommes et commandée par le général Ramirez y Sesma, se dirigea à gauche du côté de San-Felipe d'Austin. La troisième, au centre, sous les ordres du général D. José Andrade, devait combiner ses mouvements avec les deux autres colonnes. Le général en second , D. Vicente Filisola, restait à San-Antonio avec les cavaliers démontés, quelques fantassins, les dépôts et les malades. Le lieutenant-colonel D. Pedro Ampudia commandait Tarrière-garde et suivait l'armée, à deux journées de marche. Pour quiconque connaît le Texas et la nature de Tinsurrection texienne, ce plan de campagne paraîtra parfaitement coûçu; habilement exé- .
140 BISTOIfiB W MEXIQUB.
cuté, il aurait, en moins de deux mois, balayé du Texas tous les insurgés.
Le 15 mars, le général Woll, commandant la brigade d*avant-gard6 de la division Jlamirez, arriva en face de Gonzalës; il franchit le Guadalupe, ayant de l'eau jusqu'aux épaules, entra dans la ville, à laquelle les Texiens avaient mis le feu et s'empara de leur camp retranché sans coup férir. Dans cette malheureuse guerre, les Texiens pillaient, dévastaient et brûlaient tout sur leur passage, sous le prétexte d'arrêter et d'affamer les Mexicains ; la cause réelle de ce vandalisme doit se chercher dans le petit nombre de colons qui se trouvaient parmi les combattants. En effet, les colonnes de Travis, de Fanning, de Grant et même de Sa^ muel Houston, se composaient presque uniquement de flibustiers venus des États-Unis. De Gonzalës, les vainqueurs se portèrent sur le Colorado, sans s'arrêter. Dans la correspondance du général Santa-Anna, j*ai trouvé, sur la prise de Gonzalès et la marche des Mexicains, une lettre du général Woll, qui se termine par une propbétie, et dont voici quelques extraits :
ce A S. Exo. le général président Santa-Anna... Nous avons passé la rivière de Guadalupe le 15, en face de Gonzalès; Tennetni, à notre approche, a fui précipitamment, abandonnant une espèce de camp retranché, dans lequel nous avons trouvé des sacs, des gibernes, quelques armes et les ustensiles de cuisine des soldats ; mais en fuyant, ils ont mis le feu à toutes les maisons désertées par leurs habitants , et sur leur passage ils continuent de la même manière, de sorte que ces barbares font une guerre de désolation. Si l'on n'agit pas méthodiquement et avec prudence, si l'on s'aventure avec précipitation, si l'on veut en finir trop vite, peut-être les mêmes revers éprouvés par Charles XII, nous attendent. — Au camp, sur les bords du Colorado , 23 mars 4836. — Adrien Woll. »
Les succès remportés par les Mexicains et la fuite constante de l'ennemi, les avaient enhardis, au point de leur
BBPimUQIJB GBNmUS.
faire mépriser les Texiens comme gens poltrons et peu dangereux ; s'étant relâchés des précautions qu'ils devaient prendre eu campagne, ils ne tardèrent pas à être sévère** • ment punis de leur présomption. Le général Ramirez y Sesma, arrivé sur le Colorado, en face de Tennemi, demanda des renforts, par une dépêche expédiée le 25 mars, afin de pouvoir partager sa division en deux colonnes , en diriger l'une au nord, sur Austin, etFautre au sud. Santa-Ànna» qui se trouvait encore à San-Antonio, décida que le colonel Amat irait, avec six cents hommes, rejoindre le général Ramirez et que le général D. Vicente Filisola laisserait le commandement de San-Antonio au général Andrade, et marcherait rapidement, en sa qualité de second général en chef, sur le Colorado. Ces différents mouvetnents furent aussitôt exécutés et Santa-Anna, parti de San-Antonio le 31 mars, arriva le 5 avril au camp du Colorado, à l'endroit appelé Paso del Atascosito.
L'armée n'avait ni pont, ni bateaux pour passer le fleuve ; le général WoU fit jeter à Teau des balles de coton avec lesquelles il construisît les radeaux, et toute la division Ramirez put effectuer le passage. Apprenant alors que le générai Gaona se trouvait à trente lieues de San-Felipe d'Ausiin, et que le général Urrea marchait sur Brazoria, Santa-Anna prit le commandement de la division Ramirez, laissa le général WoU au Paso del Atascosito pour faciliter aux troupes de Filisola le passage du Colorado et partit le 6 pour San- Felipe, où il arriva dans la matinée du 7 avril. Cette ville venait d'être incendiée par un corps de cent cinquante Américains campés de l'autre côté du Brazos. Des renseignements fournis sur les Texiens le décidèrent à traverser immédiatement le Brazos et à courir sur leur principale colonne, commandée par Samuel Houston. La défaite de ce général amenait la fin de la guerre. Malheureusement, il fallait dix à douze jours pour construire les chalands nécessaires au passage de la rivière ; rester pendant ce temps les bras croisés 9 taudis que Tennemi se retirait toujours à marche for-
lu mstmn dm «gatiiB.
cées et complètement démoralisé, paraissait chose impossible et même honteuse au vainqueur. Le général Filisola n'était pas encore arrivé sur le Colorado ; la lenteur de sa marchejparait inexplicable, je dirai même plus» il est impossible de disculper ce général, qui a révélé dans cette campagne une immense incapacité , sinon une hostilité secrète contre Santa-Anna. Le général Gaona aurait dû faire sa jonction avec la division Ramirtz avant le ë ; le 8, on ne savait pas encore quand il la ferait.
Santa-Anna , impatienté par ces retards qui le mettaieat dans une fàusse situation , prend avec lui cinq cents flintassins, cinquante cavaliers et descend la rive droite du Brazos .à la recherche d*un gué. Le 13 avril, il s'empara du Paso de Tompson et fit venir la division Ramirez; le général Gaona, perdu dans le désert de Bastrop , ne put arriver que le 20 dans cette localité. Ayant appris que D. Lorenzo Zavala et tous les membres du gOLivernement texien se trouvaient à Harrisburg, Santa-Anna fait passer le Brazos, dans l'aprèsmidi du 14 , à ses cinq cents hommes , ses cinquante dragons» une pièce de six et cinquante caisses de cartouches. Dans la nuit du 18, il arrive & Harrisburg; la ville est en feu, le gouvernement et les habitants des maisons incendiées sont partis pour Galveston; quant au général Houston, il venait de se réfugier au Paso de Gross» avec huit cents hommes et deux pièces d*artillerie.
Le lendemain, Santa-Anna envoie le colonel Àlmonte, avec les cinquante dragons de son escorte, faire une reconnaissance jusqu'au Paso deLynchburg et New-Washington. Le colonel Almonte expédie un courrier au générai président, par lequel il lui dit : — « Plusieurs colons trouvés danà leurs maisons affirment unanimement que le général Houston se retire vers la rivière Trinidad par le Paso de Lyiicliburg. » Couper ce passage aux troupes ennemies et terminer par ce fait le mouvement révolutioiuiaire , devait naturellement tenter Santa-Aona. Il se décida donc aussitôt à marcher sur Lynchburg, prendre possession du terrain et
livrer bataille à iietston. Saae perdre de temps, U renferoe ses troupes de deux eents ftntassins, et fàit porter & franc
étrier, par son aide de camp, le colonel gradué D. José Maria CastiHo, l'ordre au général Filisola de choisir c< cinq cents fantassins » de la division du général Gos et de les lui envoyer de suite avec ce général.
Dans la matinée du 19, Santa-Anna commanda au capitaine Marcos Barragan d*aller avec quelques dragons h Lynchburg, éloigné de douze kilomètres de New-Washington, pour Tavertir de Tarrivée d'Houston. Le capitaine revint le lendemain k huit heures du matin, lui dijre que le général texien arrivait. Santa- Anna se met alors en marche, voit l'ennemi en possession d*un petit bois situé sur le bayou de Buffalo, dont les * eaux se mêlent à celles du San-Jacinto. Houston devait se battre ou se jeter à la rivière; les Mexicains, harassés» voient cette position et veulent en profiter ; il était cinq heures du soir. Le feu commence; Santa-Anna s'efforce, par • une manœuvre. habile, d'attirer l'ennemi au pied d'une colline ; mais, de part et d'autre, on meurt de fatigue et de faim, on a besoin de repos et de nourriture; les Texiens n'avancent pas ; les Mexicains ne s'approchent pas ; la nuit arrive et la bataille est remise au lendemain.
Le 21, à neuf heures du matin, le général Gos arrive avec quatre cents recrues, au lieu de cinq cents hommes d'élite que Santa-Anna avait demandés; les autres cent hommes étaient restés avec les bagages près d*Harrisburg. Filisola était sicilien et n'aimait pas Santa-Anna ; en lui envoyant des recrues à la place des soldats choisis demandés, il se donna l'air de vouloir mettre son chef dans un grand embarras, et ne put jamais justiûer sa^ conduite. A la vue de ce renfort» Santa-Anna jugea tout de suite que ces hommes seraient plus dangereux qu'utiles dans un combat qui devait être décisif et désespéré; il eut d'abord la pensée de se retirer; Thonneur le retint, autant que sa présomption et le peu de cas qu'il faisait des Texiens. Il voulut attaquer tout de suite» mais le général Cos lui dit : — « Que pour forc^ sa marche afin d'arriver
141 HISTOIBB DU MEXIQUE,
plus iài, sa troupe n'avait ni mangé, ni dormi depuis vingtquatre heures, et, qu'en attendant les bagages qui vien*
draient dans deux ou trois heures, — ils ne vkirent pas, — elle pouvait se reposer et se disposer à se battre. » Une heure après, le capitaine D, Miguel Âguirre, commandant les quatre-vingt-cinq dragons» composant toute la cavalerie mexicaine, demanda pareillement une heure ou deux de repos pour ses hommes et ses chevaux qui n'avaient rien mangé depuis la veille. Santa-Anna la lui accorda avec répugnance, car la cavalerie d*Âguirre devait surveiller les Texiens et Tarrivée des bagages; il lui recommanda pourtant de retourner à son poste d'observation aussitôt après le pansage. Santa-Anna, lui-même très fatigué, alla s'étendre à l'ombre d'un bois pour dormir un instant, après avoir recommandé à son chef d'état-major, le général D. Manuel Castril- Ion, de l'éveiller au moindre bruit, au moindre mouvement des Texiens. Le rapport du général Houston, au président Burnet, et celui de Santa-Anna au ministère de la guerre à 31exico, donnent les détails suivants sur la bataille de San- Jacinto. Pour bien comprendre cette action, il ne faut pas oublier que sur les douze cents hommes qu'avait Santa-Anna, cinq cents au moins étaient occupés à prendre leur repas ou livrés au sommeil. En outre, le général Filisola avait envoyé de Tompson un pli à Santa-Anna, malgré la défense expresse « d'expédier aucun courrier et de séparer un seul homme de ses lignes ». Ce courrier fut pris par les Texiens et leur révéla la situation difficile de Santa-Anna.
<c J'ai l'honneur de vous informer, écrivait, le 28 avril 1836, le général Houston au président Burnet , que dans la soirée du 18 courant, après une marche forcée de cinquantecinq milles, faite en deux jours et demi, l'armée arriva en face d'Harrisburg ; dans celte môme soirée nous saisîmes un courrier de l'ennemi, par lequel nous apprîmes que le général Santa-Anna, avec une de ses trois sections, marchait par le paso de Lynchburg, sur San-Jacinto, sans s'arrêter à Uarrisburg... Le lendemain nous nous remîmes en
• route ei marchâmes toute la nuit, sans prendre d'aliments. Aux premières lueurs du jour, nos vedettes rencontrèrent celles de renùemi«.. L'armée texienne s'arrêta, et se trouvait dans un bois, quand l'armée de Santa-Ânaa se découvrit» marchant en bataille... »
Après cette rencontre eut lieu rengagement du 20, dont j'ai parlé. Le 21 , tandis que tous reposaient au camp des Mexicains, comme si l'ennemi était à cent lieues, les Texiens surprirent les postes avancés des Mexicains, mirent en déroute trois compagnies qui défendaient le bois à la droite de l'armée et s'en emparèrent; le centre et la gauche furent en même temps attaqués avec de la cavalerie et deux pièces d'artillerie. Santa-Anna se réveilla ! Il donna de suite des ordres pour réparer le mal , mais il était trop tard. Les recrues enveloppaient les vétérans et les empêchaient de se servir de leurs armes; les soldats Jettent leurs fusils et se sauvent pour éviter la pluie de balles que leur envoyaient les Américains de tous les côtés. Gastrillon faisait sa toilette au lieu de veiller les mouvements de l'ennemi, comme l'en avait chargé son chef ; le canon lui rappelle qu'il n*est ni dans une salle de bain ni chez un coiffeur; il monte à cheval» court de côté et d'autre pour rétablir l'ordre dans les files mexicaines et tombé sur le champ de bataille» mortellement frappé. Lorsque Santa-Anna, voyant tout perdu, voulut fuir la scène de ce désastre, il ne trouva que deux dragons pour l'accompagner; toute son armée était prisonnière ou se sauvait avec une rapidité vertigineuse. Se rappelant que Filisola se trouvait au paso de Tompson, à seize lieues de San-Jacinto, il prit cette route, vigoureusement poursuivi par les Américains qui venaient de brûler un pont sur lequel il fallait passer. Santa-Anna laisse son cheval aller à l'aventure et se cache dans des broussailles. Pendant la nuit il traverse le bayou avec de l'eau jusqu'au cou, entre dans une cabane abandonnée, trouve des habits qu'il change contre les siens ruisselants d'ean, et continue sa course à pied. Dans la matinée du 22| quelques Texiens le rencoatrent et lui deman*
HiSTOIRB DU MBXIQIIB
dent : — « S'il n'a pas vu le général Santa-Anna? — Oui, leur répondit-il, il va devant, » — et, par cette réponse, il échappe à la mort. Peu d'heures après il est reconnu, par un autre détacbement qui le fait prisonnier et le conduit au général Houston. *
La déroute commença, selon le rapport de Samuel Houston, à quatre heures et demie dans la soirée du 21 et dura jusqu'au 22. Parmi les prisonniers mexicains, outre Santa- Anna et cinq à six cents hommes« se trouvaient encore le général Ces, le colonel Almonte et quatre ou cinq autres colonels. La caisse, les bagages, les munitions et plus de six cents fusils tombèrent au pouvoir des vainqueurs. Ou le voit» les causes de ce désastre furent l'envoi des recrues, à la place des hommes d'élite demandés, renvoi des bagages non demandés et qui nécessitèrent Toccupation de cent hommes pour les garder, la saisie du pli qui révélait la situation de Santa-Anna, la fatigue et la faim des quatre cents hommes du général Gos et de la cavalerie du capitaine Àguirre, le mépris» jusqu'alors justifié» que les Mexicains faisaient de l'ennemi, et finalement la conduite du général Gastrillon, chargé de surveiller le camp des Américains, qui se laissa surprendre tandis qu'il faisait sa toilette.
Avant de parler des conséquences de cette défaite et des événements qui la suivirent, je dois dire quelques mois sur les opérations du général Urrea. Quant au général Gaona» incorporé trop tard à la division Ramirez, et cause première des embarras de Santa-Anna, il ne joue qu'un rôle effacé dans cette triste campagne. Le général Urrea n*eut que des succès; il battit Grant, purgea les côtes de tous les détachements texiens, et fit prisonnier, à Goliad, Fanning et ses trois cents compagnons qui furent fusillés, n'étant point considérés comme des prisonniers de guerre, mais bien comme des insurgés; plusieurs parvinrent néanmoins h s'échapper, ce qui prouverait qu'on les exécuta en masse. Cette exécution a été très vivement reiN*ochée à Santa-Anna qui s'en est admirablement disculpé dans ses rapports officiels; je crois
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pourtant qu'il aurait pu sauver ces malheureux, et cfo'il aurait dû le faire. Le 25 avril, le général Urrea était à cheval sur Columbia et Brazoria, la première ville à six et la seconde à douze lieues de Tompson, où se réunirent les troupes des généraux Filisola» Gaona, Ramirez, Toisa et WolK
Conduit, dans la journée du 23, en la présence de Samuel Houston, Santa-Anna, qui ne savait pas Tanglais, eut pour interprète le fils de D. Lorenzo Zavala» aide de camp du général texien, qui lui proposa de donner Tordre aux troupes mexicaines de déposer les armes. Santa-Anna ayant refusé cette proposition, le général Houston lui fit un tableau des forces et des moyens que possédaient les Américains pour obtenir l'indépendance du Texas» et l'impossibilité dans laquelle se trouvait le Mexique de conserver cette province; puis il ajouta que pour assurer la vie dés prisonniers faits de part et d'autre, il fallait éviter un nouveau conflit entre les deux armées et célébrer un armistice. Santa-Anna subit volontiers les exigences du vainqueur; car, en écrivant au général Filisola, il lui donnait de ses nouvelles, et pouvait espérer que ce général profiterait de sa supériorité numérique et du voisinage des troupes américaines pour imposer sa propre volonté. Dans cette même journée du 22 avril, il envoya trois dépécbes h son lieutenant : Tune lui disait de rétrograder avec le général Gaona jusqu'à San-Antonio, d'ordonner au général Urrea de se retirer à Yictoria, et mettait à sa disposition les ressources en vivres et en argent qui se trouvaient à Matamoros et à Bejar. La seconde dépêche était un ordre de mise en liberté des prisonniers, et la troisième une recommandation de ne causer aucun dommage aux habitants, pendant cette retraite.
Le général Filisola ne parut pas comprendre que Santa- Anna, étant prisonnier, n'avait plus la liberté de commander librement, sans compromettre sa vie et celle de ses compagnons d'infortune. Etant devenu de fait, général en chef de Tarmée mexicaine, après le désastre de San-Jacinto, Filisola devait arriver'au pas de course sur rennemi, et sinon pour-
148 mSTOIBE DU MEXIQtJE.
suivre les hostilités, et probablement les terminer par une victoire, alors fiicile, au moins dicter les conditions de Tar-
mistjce et procéder à l'échange des prisonniers. Il ne fit rien de tout cela, comme on le voit par les extraits de la dépêche suivante, portée par le général Woll à Snnta-Anna.
ce Camp de Saint-Bernard, 28 avril 1836. — A Son Excellence le général président, D. Antonio Lopez de Santa-Anna. — Excellentissime Senor. — Aussitôt que j'ai eu connaissance, par quelques officiers et soldats dispersés, de la malheureuse rencontre dont Votre Excellence me fait part dans sa lettre du 22, j'ai opéré les mouvements qui me convenaient pour la concentration de Tarmée... et prendre de nouveau Toffensive sur Tennemi ; mais ayant égard à la communication mentionnée de Votre Excellence, aux circonstances qu'elle expose et désirant donner une preuve de ma considération pour votre personne comme à celle des prisonniers dont Votre Excellence me parle, je vais repasser le Colorado et je cesserai les hostilités tant que l'ennemi ne me donnera pas lieu de les continuer.
« Les généraux Gaona, Urrea et Ramirez y Sesma sont réunis à moi comme je vous Tai déjà dit. V. £• connaît les forces disponibles grâces auxquelles je puis opérer avec " ces divisions et savoir, par conséquent, que. je cesse les hostilités, malgré ma responsabilité auprès du gouvernement suprême, uniquement par la considération due à la paix de la république et à la personne de V. E
« Comme V. E. me dit qu'elle s'est mise d'accord avec le général Houston pour un armistice, et que je n'en connais pas les bases, j'envoie le général D. Adrîan Woll pour s'en informer, afin que nous puissions les remplir de notre côté et pouvoir également en exiger l'accomplissement.
ce Tout ce que Y. E. me dit dans sa lettre mentionnée sera . fait, et j'ai le plaisir de vous réitérer l'assurance de ma considération et de mon respect. — Vicente Filisola. »
Le général Woll, porteur de cette lettre, arriva au camp des Texiens le 30 avril; il avait en outre la mission de s'iu-
ftÉPUBLlQim CBNTEALfi. 149
fonner do véritable état des forces américaines. La retraite
des Mexicains paraissait aux yeux de ce général comme à ceux d'Urrea une faute et une honte; leur avis fui assez partagé par les autres généraux, et, avant de commencer le mouvement rétrograde, ils voulurent s'assurer de la néoes* sité de ce mouvement. A ce sujet, voici ce qu'écrivait le 46 juin à D. José Maria Tornel, ministre de la guerre, le général Urrea :
— « Excellence. — Après la disgrâce arrivée à notre digne président, le général bien mérité de la patrie D. Antonio Lopez de Santa Anna, et lorsque les Texiens révoltés offirtrent un malicieux armistice, il me parut convenable de profiter de cette occasion pour observer leurs forces, leur situation et ce qui aurait pu nous servir. Je proposai au général Filisola, alors chef de Tarmée, de passer moi-mémè au camp ennemi, sous prétexte de savoir, par S. E. le président, les arrangements qu'il prenait avec les rebelles. Ma demande fut rejetée et le général D. Adrian WoU fut nommé pour remplir cette mission, renvoyai mon aide de camp, le lieutenant D. Ambrosio Martinez, pour accompagner le général... Les malicieux Texiens ont retenu le général WoU et le lieutenant Martinez, et seulement hier j*ai eu le plaisir de les voir revejiir... La conduite du général Woll a certainement été à la hauteur de sa mission et V. £• le recommandera au président par intérim, ainsi que mon lieutenant. ~ José Urrea. » — Les documents officiels , au nombre de quatorze, qui suivent cette dépêche nous révèlent une véritable épopée. Le général Woll, retenu par les Texiens, sous les prétextes les plus frivoles, faillit être assassiné plusieurs fois, il ne dut la vie qu'à son sang-froid, à son courage, et fut obligé en maintes circonstances de inettre le sabre au poing.
A Mexico, la nouvelle de la bataille de San Jacinto produisit naturellement une grande sensation, et comme les vaincus ont toujours tort, on ne tarda pas à faire tomber toute la responsabilité de la défidte sur Santa-Anna, au lieu
HlST01ii£ DU MEXIQl'B.
de Fattribuer à ses lieutenants qui avaient mal exécuté ses ordres. Sar Teffet produit au Mexique par ce triste événement, le général Valencîa écrivait de Mexico, le 18 mai 1836,
à l'un des généraux de l'armée de Filisola, une lettre dans laquelle je trouve les passages suivants : « — Quoique le coup que nous venons de recevoir par la perte de S. £. le président, qui est prisonnier, nous soit très douloureux, néanmoins la nation n'est pas en péril. Ces misérables n'oseront pas le toucher de crainte que vous ne les détruisiez... Pour le moment, les partis et les discordes ont disparu à llntérieur pour ne songer qu'à Tbonneur et à la vengeance... — Valencia. x»
Grande fut la colère de Santa-Anna, en apprenant, par le général Woll, qu'à la nouvelle de sa défaite, le général Filisola se disposait à battre en retraite sur Matamores, au lieu d'avancer sur Tennemi, comme il Favait espéré. Houston redoubla ses attentions pour le président prisonnier et ses promesses. Burnet et Lorenzo Zavala arrivèrent au camp, emmenèrent Santa-Anna et les colonels Almonte, Nunez et Caro au port de Velasco, où fut discuté et arrêté le traité qui terminait la guerre et déclarait l'indépendance du Texas. Avant de partir pour Velasco, Santa-Anna avait tâché de rendre inutile le traité qii*il allait signer. Voici les précautions qu'il avait prises. « Le général Woll, dit-il dans son rapport officiel, qui s*est conduit avec la plus grande dignité et qui mérite par cela même les plus grands éloges, demanda à retourner à son camp, après avoir été instruit par moi de ce qu'il devait dire au général Filisola, pour que, sans être embarrassé par mes communications antérieures, il pût agir selon son' devoir; il — le général Woll — portail un morceau de papier signé par moi, dans lequel je disais : (c — de faire et croire tout ce qu'il dirait ; » — mais il fut détenu sous le prétexte de porter le traité^ qu'on jpréparait pour la cessation de la guerre et les conditions de ma liberté, de crainte qu'il ne révélât ce qu'étaient les vainqueurs. »
BEPUBUQUE GENT&ALË. 151-
. Les Texiens, peu soucieux des lois de Thonneur et de la guerre, et les faisant passer après leurs intérêts, prévoyaient
rimportance, pour les Mexicains, du retour du général Woll, avant la signature du traité. Une protestation de ce générai, adressée du camp des Texiens, Harrisburg 9 mai, au général Rusk, ministre de la guerre au Texas, nous informe de la manière dont les Américains retardèrent ce retour... — «Au moment, dit le général Woll dans cette protestation, de prendre congé de S. E. le président D. Antonio Lopez de Santa-Ânna, iorsqu*£lle s'embarqua sur le vapeur pour Gai veston dans la matinée du 7 courant, je reçus un passe-port signé par M. Calînworth, pour retourner à Tarmée mexicaine sans être molesté, et, au lieu de me laisser aller avec la promptitude que je désirais pour rentrer sous mes drapeaux et remplir mes fonctions dans Tarmée, on m*a retenu jusqu'au matin du 8. Hier, dans la soirée, j'ai reçu un passeport avec Taddition de votre signature pour que je puisse retourner au camp, et M. Smith fut nommé pour m*accompagoer. Comme nous sommes partis tard et que les chevaux qu'on nous a remis étaient très fatigués, nous n'avons pu faire que quatre lieues, et nous avons campé au bayou de Seens. Quelle n'a pas été ma surprise, quand ce matin un détachement de douze à quinze hommes vint me notifierj» par Tentremise de M. Smith, que je devais retourner à votre camp, ce qui vient de se vérifier maintenant qu'il est dix heures du matin... » — Par la lettre du général Urrea on a déjà vu que le général Woll ne put effectuer son retour sous les drapeaux que le lo juin. Chose assez étrange, Filisola ne réclama jamais son lieutenant.
Le général Houston accompagna Santa-Anna à Velasco, et lui dit, avant de partir pour la Nouvelle-Orléans, où il allait faire soigner une blessure reçue à San-Jacinto : — « Que le cabinet du Texas réglerait tout selon ses désirs. » — Ce règlement consistait en un traité ignominieux, composé de dix articles, et pour la signature duquel Santa-Anna recouvrait la liberté, et devait être transporté à Vera^Gruz, sur
HiSTOmS DU MEXIQUE
une goélette américaine, — les autres prisonniers mexicains avaient la vie sauve, mais non la liberté. — A ce traité qui proclamait la retraite de Ta rmée mexicaine au delà du Rio- Grande» la liberté des Texiens et la reconnaissance de Tindépendance du Texas, s'en joignait un autre secret qui de* mandait les bons offices de Sauta-Anna pour conclure ces arrangements, régler les limites des deux républiques et ménager un traité de commerce et d'amitié. Ces documents fkirent signés le 14 mai 1836; mais ils ne pouvaient avoir au* cune valeur, tant qu'ils n'étaient pas approuvés par le congrès de Mexico.
Le 1" juin, Santa-Anna s'embarqua sur la goélette Invineible^ à destination de Vera-Gruz, et, deux jours après, le capitaine lui déclara qu*il avait des ordres pour le remettre à terre. Cette mesure était dictée par cent trente volontaires, arrivés de la Nouvelle-Orléans, qui voulaient massacrer le président, Almonte et Nunez. Le 30, Tordre arriva de les transporter à Goiiad et de les fusilier à fendroit où Fanning et ses compagnons avaient reçu la mort. Indigné de la conduite des Américains et des traitements indignes que subissait Santa-Anna, depuis qu'il était entre leurs mains, Austin, reconnaissant des faveurs qu'on lui avait accordées à Mexico, engagea Santa-Anna à écrire au général Jackson pour sortir d'une situation aussi dangereuse et qui devait infailliblement aboutir k son assassinat. La lettre fut écrite et servit à différerj'exécution du président et des colonels mexicains qui furent mis aux fers en attendant. Le général Jackson comprit mal le but de la lettre de Santa-Anna, et lui répondit, le 4 septembre, d'une manière peu satisfaisante; heureusement, Samuel Houston revint de la Nouvelle-Orléans et fit exécuter la convention du 14 mai. Santa-Anna, envoyé à Washington à la fin d'octobre, ne resta que six jours dans la capitale des États-Unis; il y fut très bion reçu, mais ne s'occupa guère de politique, n'ayant pas le droit d'engager son pays en quoi que ce soit, sans l'autorisation du congrès. Il revint au Mexique à la fin de l'année 1836.
RBPUBUQUB CgNTRALE.
' Pour conclure l'histoire de cette malheureuse campagne, je dois dire queFilisola avait accepté et signé la convention du lé mai, Urrea, deaon côté, avait protesté contre la conduite de soireher, qui ayait feit commencer la retraite de l'armée, et contre la reconnaissance de la convention. Le pouvoir l'approuva, lui remit le commandement de Tarmée et rappela Filisola pour être Jugé par une cour martiale. Voici ce qu'il écrivait à ce sujet, à l'un de mes amis, de « Leona Vicario, il juillet 1836... — Le ministre décharge sur moi seul toute sa fureur. Je ne crains rien, parce que je crois avoir accompli mon devoir; je me défendrai comme un gladiateur jusqu'à vaincre ou mourir selon les règles de l'art et de Thonneur. Gbaque jour je découvre de nouvelles intrigues et de nouvelles cabales contre moi. Patience, il n'y a pas de mal qui dure cent ans, ni de corps qui lui résiste. — Vicente Filisola. » — Cette lettre n'a pas besoin de commentaires; elle peint l'homme aux panaclies éclatants. Lorsque la décision de l'exécutif relative à Urrea, arriva au Texas, il était trop tard pour recommencer la campagne ; l'arinée continua sa retraite sur le Rio Grande.
On se rappelle les conséquences de la bataille de San- Jacinto. L'indépendance du Texas fut bientôt reconnue par les États-Unis et par l'Angleterre. Nos ministres et nos i chambres , alors aussi pénétrés des questions transatlan* ' tiques qu'ils le sont aujourd'hui, s'empressèrent de reconnaître le démembrement du Mexique, rindépenclance du Texas et d'envoyer M. de Saligny, comme représentant de la Francç auprès de cette nouvelle république. « Le Texas, disaient-ils, étant deux ou trois fois grand comme la France, sera un de nos plus vasles marchés pour l'écoulement de nos vins de Bordeaux, de nos marchandises et pour le développement de notre commerce. » Us oubliaient que ce pays . li'était qu'un désert, n'ayant ni ports^ ni production de commerce, et que lorsque les Yankees l'auraient peuplé, défriché, cultivé, annexé, ils l'exploiteraient à l'exclusion des autres nations et que nous n'y trouverions pas même à gla*
lier quelques épis. C'est par le Texas, que les États-Unis ont commencé ce mensonge, décoré du nom d'annexion to« lontaire, triste comédie, si heureusement jouée de nos jours par le Piémont et la Prusse, qui crée de grands empires, et
lait de grandes révolutions en laissant inaugurer le règne de la force à la place des principes et du droit des petites na« tionalités. « Il est des crimes, écrivait à Channing en 1837 , H. Henri Clay, il est des crimes qui, par leur énormité, touchent au sublime ; la prise du Texas par nos concitoyens a des droits h cet honneur. Les temps modernes n'offrent aucun exemple de rapine commis par des individus sur une aussi vaste échelle... L'annexion du Texas est le commencement de conquêtes, qui, si une juste providence ne les frappe pas, ne s*arréteront qu*à Fisthme de Darien. » Hélas! le temps est passé où les grands patriotes sont plus soucieux de leur patrie que de son étendue !
Tandis que ces événements s*accomplissaient au Texas^ il s*était opéré un notable changement dans la république mexicaine. L*avocat D. Justo Garro avait remplacé, dans les fonctions de président intérimaire, le général Barragan, mort au mois de février. Les chambres avaient terminé la rédaction du nouveau pacte constitutionnel ; le système fédéral avait été abandonné pour le système centraL Au mois de septembre 1836, la république une et indivisible était proclamée, et les États qui avaient reçu leur souveraineté de la constitution de 18^24, furent changés en départements relevant du gouvernement central. Cette constitution de 1836 avaitTavantage de mieux convenir aux habitudes d*un pays monarchie que que celle de 1884; elle réunissait les pouvoirs en un seul faisceau, augmentait la puissance de l'action gouvernemenlale, concentrait les revenus de l'Étal en une seule main, cl réalisait ainsi de grandes économiesdans Tadministration. ^u lieu d'une multitude de corps législatifs, agissant souvent contre leurs propres intérêts, les uns contre les autres et contre le pouvoir central, il n*y eut plus qu'un congrès composé de députés et de sénateurs. Il devenait dès lors
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moins difficile de trouver des hommes instruits et intelli* gents pour former un seul corps délibérant. Au point de vue
de Téconomie politique, le système fédéral avait eu des conséquences déplorables. Chaque État avait mis des entraves au commerce dans le but d'augmenter ses revenus ; les revenus publics avaient énormément diminué par la paralysie du commerce, par les dilapidations des administrateurs infidèles, ineptes, et par des lois ridicules et spoliatrices. Chaque gouverneur devenait un petit tyran, dont les abus de pouvoir ne laissaient aucun recours d'appel. Enfin, il se trouvait des États qui, non seulement ne pouvaient pas payer leur contingent annuel de numéraire au gouvernement suprême, mais encore n'avaient pas assez de ressources pour subvenir à leurs dépenses, tandis que d'autres pouvaient réaliser des économies considérables. Douze années de douloureuses expériences avaient prouvé que le régiipe fédéral n'était pas applicable an Mexique, sans occasionner de graves perturbations sociales et la ruine du pays.
Au commencement de Tannée 1837, la nouvelle constitution fut jurée par le nouveau congrès. Les élections de cette époque avaient été favorables aux conservateurs, et le général Bustamante, de retour d'un voyage en Europe, fut élu président. Il prit possession du pouvoir suprême le 12 avril et dut, peu de temps après son installation, en faire usage contre Ugarte qui venait de faire un pronunciamiento. Ce colonel avait levé Tétendard de la révolte & S. Luis Potosi, pour exiger le rétablissement de la fédération ; quoique secondé par Moctezuma, il fut complètement battu parParedès. Bustamante prit alors des mesures sévères pour réprimer le mouvement insurrectionnel et faire respecter les lois; il crut qu'il lui serait facile de remédier au mal, comme il le dit lui-même dans la lettre suivante; mais il n*était point assez fort pour réussir. — « Mexico, 12 avril 1837. — J'ai pris aujourd'hui possession de la présidence... A mon entrée dans la première magistrature de la république, je suis animé des sentiments les plus dévoués au bien de mes corn?
patriotes, victimes depuis tant de temps des conséquences produites par les agitations continuelles qui se sont succédé. Elles ont mis le trésor public dans un état déplorable; elles ont formé de funestes divisions entre les membres d'une
grande famille. Néanmoins, il est facile de remédier aux maux de la république. — Bustamante. »
Aaooifflef. seulement la quantité de ministres qui passé* rent successivement sous son administration, on voit que cette tâcbe n'était pas déjà si facile. Il eut aux aflhires étranfjères, D. Luis Cuevas, D. Manuel Gomez Pedraza, D. Manuel Eduardo, D. José Maria Tornel, D. Juan de Dios Caîiedo, et D. Sebastiano Gamacbo; h l'intérieur, D. Manuel de la Penn y Pena, D. Luis Cuevas, D. José Antonio Romero, D. José Joaquin Pesado, D. Juan Rodriguez Puebla, D. Augustin Perez de Lebrija, D. José Mariano Marin, et D. José Maria Jimenez; aux finances, D. Joaquin Lebrija, D. Ignacio Mora y Villamil, D. José Maria Bocanegra, D. Manuel Eduardo Go* roztiza, D. Pedro Ecbeverria, D. José Gomez de la Gortina* D. Francisco Lombardo, D. Xavier Echeverria, et D. Manuel Canseco; à la guerre, D. Mariano Michelena, D. Ignacio Mora, D. José Maran, D. Mariano Paredès, D. José Maria Tornel, et D. Juan Almonte.
Cependant, le parti démocratique ne restait pas inactif; au nom de la fédération, il assassinait le gouverneur du Nouveau-Mexique et plusieurs personnes notables de sa capitale. Ces faits se passaient au mois d'août, c'est à dire peu de temps après le pronunciamiento d'Ugarte; au mois de décembre de la même année, Urrea, commandant général du département de la Sonera, se déclarait, à Arizpe, contre son gouvernement et le nouveau système constitué. La garnison d'Oajaca dut étouffer une autre sédition, et, dans le Michoacan, un certain Gordiano Guzman, à la tête d'un parti de factieux, inquiéta, plusieurs jours, les populations pacifiques de ce département, en voulant les forcer à se prononcer contre le centralisme. Le général Woll, nommé major général de l'armée du Kord se préparait à marcher avec
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neuf cents hommes contre seize cents révolutionnaires mexicains et texiens qui troublaient les frontières. Santa- Aaoa, irrité de l'ingratitude de son pays qui Tavait mal reçu à son retour du Texas» s*était retiré à Uanga-de-Glavo, et, d'après les extraits suivants d'une lettre d'Almonte, — qui n'était pas encore ministre, — il paraissait ne pas vouloir se mêler de politique.
a Quel parti prendre au milieu de laffreuse corruption dans laquelle se trouve la république? Celui que j*ai adopté : se retirer dans un coin, végéter et regarder avec sang-froid la dernière heure qui doit mettre fin à Ja misère humaine. Mais si les Yankees continuent k nous insulter et si — renfaut terrible^ — descend dans Tarène comme un autre don Quichotte, que doit faire Sancho? Revivre et suivre son maître. Et cela n'est pas trop éloigné, parce que je viens de recevoir une lettre de lui, — Santa-Anna, — dans laquelle il me dit qu'il avait eu Tenvie de s'en aller à Tétranger, mais que maintenant cela ne lui convient plus, de crainte qu'on ne dise qu'il s'en va par peur des Yankees on par arrangement avec eux. — Almonte. «>
Dans Santa-Anna comme dans Almonte, on entend toujours résonner la Qbre patriotique, au milieu des aveux que leur arrachent les misères de leur pays, et certes, ces mi* sères ne faisaient qu'augmenter de jour en jour, car le * patriotisme, au Mexique, était alors aussi rare qu'il Test aujourd'hui. Le centralisme ne convenait nullement à ces myriades d'avocats et de députés mis à la retraite par l'abolition des législatures provinciales. Les finances était nt nulles, l'armée était mal payée et les chefs murmuraient comme toujours... « Ici, nous ne nous entendons déjà plus, écrivait Almonte à celte époque au général Woll. Les uns veulent une convention, les autres une fédération... il y en a qui veulent que la nation se déclare à l'état naturel, et d'autres voudraient voir rétablir le système colonial. Que va-t-il arriver? L'anarchie... Je crois que la pomme va tomber de son propre poids... Le clergé, les militaires, les employés, les
HISTOIRB DU MEXIQUE.
propriétaires, enfin tous ceux qui ont quelque chose à perdre sont très alarmés de la conduite du président Bustamante. »
Le général Filisola nous donne, de son côté, des détails curieux sur la situation des finances et sur le désarroi de
Tadminislration... « Quant au trésor, dit-il dans une de ses lettres datées des frontières du Rio-Grnnde, sa pénurie est telle qu'il y a quatre ou cinq jours on lui a demandé mille piastres prêtées, lors même qu il aurait fallu payer trois ou quatre pour cent par mois, et l'on n*a rien obtenu. Gela m'a rempli d'amertume, parce que je voulais remettre cet argent au général Canalizo pour qu'il put un peu remédier aux misères infinies de sa division. »
Bustamante était trop sévère aux yeux des démocrates, et •pas assez condescendant à ceux des conservateurs; il ne contenta personne. Du reste, il héritait d'une situation déplorable, condamnée h empirer tous les jours, et ne trouvait pas dans son propre parti, assez de patriotisme pour s'appuyer sifr rien de solide. L'expédition française, de l'amiral Baudin, vint compliquer encore le désordre qui régnait dans toute la république.
En se rappelant la loi présentée par M. Gutierrez de Estrada, au congrès, contre les étrangers, ou a vu que les sentiments de ce ministre se trouvaient répandus aussi bien, sinon plus, dans les hautes classes de la société que parmi le peuple. Les nations étrangères avaient à se plaindre, depuis longtemps, du peu de considération que la république mexicaine montrait envers leurs agents, et surtout envers leurs nationaux, sans cesse victimes de vexations, et d'actes arbitraires. Le gouvernement mexicain n'était pas toujours impuissant h réprimer les effets de celte antipathie nationale contre les étrangers, et dont la source remonte au régime colonial, il fut souvent complice bénévole et même le premier coupable.
En 1837, notre chargé d'affaires, le baron Deffandis, voyant que le pouvoir exécutif ne voulait point accéder à
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ses réclamations, prit ses passeports et quitta Mexico avec toute la légation. La France» pour appuyer les réclamatious de son ministre, envoya une escadre dans les eaux du golfe. Le baron Deffiindis rencontra la flotte, aux ordres du capitaine de vaisseau Bazoclie, et revint avec elle intimer Tultimatum de la France au gouvernement mexicain. Cet ultimatum commençait par énumérer une foule de griefs fort graves : dénis de justice, actes» décisions, jugements illégaux et iniques des autorités administratives, militaires ou judiciaires; puis il requérait la destitution des coupables et le paiement d*indemnités pécuniaires. Il demandait en outre que les Français ne fussent soumis dorénavant ni aux contributions de guerre ni aux impôts connus sous le nom de — prêts forcés. II réclamait également la liberté du commerce de détail dont les marchands français avaient joui dans le principe. La réponse du pouvoir exécutif n'ayant donné aucune solution satisfaisante, le blocus commença et dura buit mois. .
La guerre avec le Mexique devenait inévitable, aussi, le cabinet des Tuileries préparait-il une nouvelle expédition sous les ordres du contre-amiral Baudin. Cette escadre comptait trois frégates, la corvette — la Créole^ — sur laquelle se trouvait le prince de Joinville, deux bricks et quatre bombardes ; elle arriva dans les derniers jours du mois d'octobre 1838. devant Vera-Cruz et se réunit aux bâtiments du commandant Bnzoche. Bustamante, à cette nouvelle, envoya le ministre des affaires étrangères, M. Cuevas, porter des propositions au plénipotentiaire français. Il offrait de payer les six cent mille piastres réclamées par la France, mais il refusait d'obtempérer aux autres articles de l'ultimatum. L'amiral Baudin ne voulut pas accepter les propositions de M. Cuevas et revint le 21 novembre ù son bord, donnant au ministre mexicain comme détail jusqu'au 27» à midi, pour une réponse définitive.
Le 27 novembre, aucune réponse n'étant parvenue, l'attaque du fort de S. Jean d'Uiloa commença, en présence
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d'une flotte anglaise, accourue sur le théâtre des hostilités, comme témoin, et pour appuyer la médiation offerte par le Commodore et H. Pakenbam» plénipotentiaire de la Grande Bretagne. Après trois heures d*un feu des plus violents, le magasin à poudre, le parc à boulets et un bastion du fort sautèrent, faisant un nombre considérable de victimes. Le général Rincon qui commandait à Vera-Gruz dut capituler. | La capitulation ne fut pas ratifiée par le congrès qui déclara la guerre k la Francé! Le i** décembre, un décret enjoignit à tous nos nationaux de quitter la capitale dans le délai de trois jours. Les Français résidant à Mexico et aux environs durent se diriger en toute hâte vers Vera-Cruz pour se mettre sous la protection de notre pavillon. L'amiral Baudin n'avait pas de troupes de débarquement; le Mexique lui opposait une force d'inci lie difficile à vaincre; sa position devenait embarrassante ; le décret d'expulsion faisait subir h nos nationaux une perte bien plus considérable que celle dont Tamiral venait demander la réparation; il dut alors se repentir de n'avoir pas accepté les concessions qui lui avaient été faites aux conférences de Jalapa.
Santa Anna fut chargé, de la part de son gouvernement, de communiquer à l'amiral Baudin le décret du congrès qui déclarait la guerre à la France, blâmait la conduite du général Rincon, et l'investissait lui-même du commandement général des troupes mexicaines. Outré de ces mesures, l'amiral résolut de mettre Vera-Cruz hors d'étal de défense, car il lui j répugnait de détruire cette ville en la bombardant. Trois petites colonnes formées de marins, de soldats de marine et | de compagnies d'artillerie partent au point du jour, le 8 dé- | cembre; protégées par un brouillard épais, elles atteignent ! la ville dans les diiïérentes directions qui leur avaient été désignées. Tandis que le prince de Joinville entre hardiment avec sa colonne dans Vera-Cruz, fait sauter la porte principale et met en fuite tout ce qui s'opposait à son passage, un autre détachement eneloue les soixante canons braqués sur les murs, et le troisième s'empare des deux I
petits forts qui flanquent la ligne des fortifications du côté de la mer.
Cependant Santa-Ânna parvient à ralliâr les Mexicains et les lance à la poursuite des Français qui se rembarquaient au tomber de la nuit, après avoir opéré le désarmement de la ville. Une fusillade assez vive s'engage alors, et les chaloupes font sur les troupes mexicaines, massées le long de la jetée, un feu de caronades qui leur causa de grandes pertes. Le général Santa-Anna fut lui-même btessé, au pied et à la main. Le rembarquement de nos marins (^effectua, grâce à la brume, sans grande effusion de sang; cet incident fut heureux, car il est probable que la fusillade du môle et des remparts, leur eût causé de grands dommages.
Santa-Ànna écrivit à son gouvernement que l'énergique défense de Vera-Gruz avait contraint les Français à se rembarquer. Ce n'était pas exact; mais en nous rembarquant avec répée des Mexicains dans les reins, nous avions certainement l'air de fuir. 11 pouvait être inutile et dangereux pour nous de rester à Tera-Cruz pendant la nuit, mais c'eût été plus honorable. Pressé d'en finir, l'amiral accepta la médiation anglaise. Le 9 mars 1839, un traité de paix M signé à Vera-Cruz par M. Baudin, pour la France, et MM. Gorostiza et Victoria, pour le Mexique. Il contenait cinq articles, dont un seul traitait de nos intérêts, et d'une manière trop générale pour être pratique. L'indemnité concédée aux conférences de Jalapa fut également accordée. Ainsi se termina cette malheureuse affaire qui ne nous fit pas le moindre honneur el fut loin d'améliorer le sort de nos compatriotes.
Ici, je dois citer un trait qui mérite d'être publié. A la première nouvelle du différend entre la France et le Mexique, le général Woll envoya sa démission au président Bustamante qui la refusa, rassurant qu'il ne serait pas obligé de tirer Tépée contre ses nationaux. Le président appréciait trop le caractère énergique et loyal d'Adrien Woll, pour briser la carrière de ce général et priver le Mexique de ses services. Déjà, l'année précédente, avant de le mettre à la
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tête de Tarmée du nord, il lui avait écrit les lignes suivantes : — « J*ai été informé et très satisfait de votre honorable conduite, et de rhabilpté que vous avez montrée» lorsque le général Filisola vous a envoyé comme parlementaire au camp des ennemis, et je vous en remercie beaucoup. — Bustamante. » — Woll n'en persista pas moins dans sa résolution ; alors Bustamante lui donna un congé qui devait durer jusqu'au rétablissement de la paix entre la France et le Mexique. Dans un pays où les étrangers sont aussi peu vénérés; de tels faits honorent trop les deux parties, pour qu'on les passe sous silence.
Délivré de Tagression française, le gouvernement mexicain eut à s'occuper des fédéralistes. Urrea poursuivait ses projets révolutionnaires, uni aux généraux Mejia et Peraza, il se disposait, à Tampico, à marcher sur Mexico, profitant des embarras sérieux de la république que lui suscitaient la question du Texas et les événements de Vera-Gruz. Le général D. Antonio Mejia avait été exilé à la suite d'un pronunciamiento; revenu de la Nouvelle-Orléans avec un certain nombre de flibustiers, il se joignit h Urrea pour rétablir le système fédéral et fut assez heureux dans plusieurs engagements. Santa-Anna fut alors appelé à Mexico pour se charger du gouvernement suprême,, parce que la révolution dirigée par Mejia prenant des proportions alarmantes, le i président constitutionnel Bustamante se disposait à partir avec un corps d'armée pour Tampico. Mejia échappa aux ' troupes de Bustamante et s'avançait à marches forcées sur | la capitale. Santa-Aona, vers la fin d'avril 1839, se rendit à i Puebla en voiture et dicta ses ordres pour repousser les révoltés. Mais à peine éîait-il arrivé dans cette ville, qu'il apprit la délaite de Mejia dans les environs d'Âcajete, près • de Puebla, par le générai Yaieucia qui lui tua six cents hommes et lui fit quatre cents prisonniers. Mejia lui-même tomba entre les mains du vainqueur, et Urrea, qui se trouvait présent à cette désastreuse action, n'eut que le temps | de se réfugier à Tampico» où il capitula bientôt après. Santa-
Diyitizcu by GoOglê
Anna profita de Toccasion pour se débarrasser d'un antago* niste redoutable, auquel il avait accordé la vie déjà une fois;
il le fit fusiller sans jugement, ne lui laissarit que peu d'instants pour mourir avec les secours de la religion. — « Vous avez raison» répondit Mejia à Santa-Ânna, quand il lui refusa le temps de mettre ordre à ses affaires, si j*avais été vainqueur, je ne vous aurais pas accordé la moitié du temps que vous me donnez pour prier Dieu. » On s'accorde à dire que Mejia était roffîcier le plus brave et le plus intelligent de Tarmée mexicaine. Il mourut avec le stoïcisme de Thomme qui a toujours fait bon marché de sa vie.
Après cette sévérité inaccoutumée, Santa-Anna retourna à sa campagne de Manga-de-Glavo ; Bustamanle revint à son poste et la tranquillité se rétablit au centre de la république, mais non la sécurité, comme nous l'apprend une lettre du général Filisola adressée à l'un de ses compagnons d'armes* Ce général^ loin d*étre disgracié par sa conduite au Texas, était devenu chef de l'état-major général à Mexico. Voici ce qu'il dit dans cette lettre datée du 21 septembre 1839... « Je vous remercie de la bonne opinion que vous avez de moi pour Tacquittement de mes fonctions dans cette commandance générale, laborieuse et lourde, plus que toute. autre de la république. Elle est semée d'embarras et d'épines ; elle a surtout le désagrément d'avoir continuellement sur elle toutes les autorités suprêmes qui ne laissent pas, au malbeureux qui en est chargé, un moment pour respirer, particulièrement dans les circonstances présentes où la misère est à son comble et où les troupes ne reçoivent que les deux cinquièmes de leur solde. Aussi, l'on ne peut déplacer . aucun soldat, quoique les bandes de voleurs soient infinies et infestent nos provinces.
« Le général Almonte est au ministère de la guerre et tà\t tout ce qu'il peut pour améliorer la situation; mais les misères dont je vous ai parlé lui lient les mains et l'entravent dans tout... On m'a insinué que je devais reprendre le commandement des frontières ; mais Je ne le ferai que si Ton me
paie les dix-huit mille piastres que Ton me doit, et sous quelques conditions que je crois indispensables pour la paciilcalion de cette frontière. — Viceote Fiiisola. »
Si le bien-être ne régnait pas au centre du Mexique, on.y jouissait pourtant d*un peu de tranquillité; mais il n'en était pas ainsi dans les départements du nord el le Yucatan. Tandis que les fédérés cherchaient à soulever le Yucatan, des émigrés, s'étant réunis à Mérid^, créèrent un gouvernement indépendant dans le sens de la constitution de 18â4. Dans ce même temps, une goélette partie de la Nouvelle-Orléans arrivait à Sisal avec irente-huit insurgés, échappés de Tampico, et parmi lesquels se trouvaient Ânaya, Martin Peraza, Sentmanat, Barragan et d'autres personnages. Unis aux fédérés, ils assiégèrent Gampéche, dont la garnison se défendit plusieurs jours avec courage; mais forcée de se rendre, elle capitula, et, d'après les conventions, s*embarqua pour Vera- Cruz, abandonnant la ville aux inimitiés des partis.
Quand on apprit ce dernier événement à Mexico, les fédérés, persuadés que le moment était venu de porter le dernier coup'au pouvoir de Bustamante, tramèrent un complot qui éclata le 15 juillet 1840. Urrea el Gomez Farias en étaient les chefs. Après s'être soustrait à la vigilance du gouvernement, le général Urrea se mit à la tète d'une fraction de la garnison, k laquelle s*unit une partie du peuple, et canonna le palais. Un des bastions qui défendent les angles du palais national fut détruit; la partie supérieure de la muraille s'écroula et laissa voir le cabinet de travail de fiustamante qui ne voulait pas capituler. Eu vain son aide de camp Joseph Arago, qui avait abandonné Santa-Anna depuis la mort de son frère Jean Arago, l'engageait à quitter cet endroit dangereux; Bustamanle lui répondit que c'était là son poste, et qu'il ne l'abandonnerait pas. Cependant le canon grondait toujours, les éclats de pierre détachés de la muraille volaient de toutes parts, quand une troupe de forcenés entra violemment, Tépée à la maio, dans le cabinet du président en criant ; « — Mort à Bustamante! » — Celui-ci
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s*ayaaça froidement vers eux et eotr^ouvrant son uniforme, il leur dit : — « Frappez, si vous l'osez, le premier magis*
trat de la république! »
Cette intrépidité lui sauva la vie, mais il resta prisonnier. Le président, le commandant général et quatre autres officiers supérieurs furent pris et gardés à vue. Bustamante, pourtant, parvient à s'échapper; il ramène à l'obéissance une partie de la garnison, la réunit à quelques troupes fidèles et combat Tinsurrection. Urrea, ne se voyant point soutenu au dehors, demande à capituler, sous des conditions qui ne sont point acceptées. Néanmoins, après de nouvelles instances, le président consent à une suspension d'armes, afin de pouvoir délibérer plus librement. Ces négociations n*ont aucun résultat et les hostilités recommencent. Plusieurs détachements arrivent de Puebla pour soutenir le gouvernement, et Santa-Anna approche à la tète d'une forte division. Le feu continuait dans les rues; il dura jusqu'au 27 juillet, et Mexico souffrait toutes les horreurs d'une ville prise d'assaut et livrée au pillage. Le général Torrejon surprend tout à coup un fort parti d'insurgés et le massacre; la ville est alors déclarée en état de siège et les droits d'octroi sont levés sur toutes les denrées alimentaires. Enfin, Urrea, ayant employé l'intervention de l'archevêque, monseigneur Posada, envoya un parlementaire. On finit par s'entendre, et cette malheureuse guerre civile cessa, après treize jours de combat, sans qu'Urrea et Gomez Farias, causes de toutes ces fureurs, fussent punis de leur révolte.
La capitulation qu'on leur accorda fut des plus avantageuses; le premier article garantissait non seulement la vie et la sûreté des personnes qui avaient pris part à la révolte, mais encore la conservation de leurs emplois. Le septième article portait que les bénéfices de la capitulation ne s'étendraient qu'aux Mexicains. De la sorte, les étrangers, la plupart français, qui avaient pris les armes, séduits par les grades qu'on leur avait ofierts et par le libéralisme des principes déclarés par les insurgés, furent abandonnés par les
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démocrates libéraux à la vengeance des vainqueurs. On leur appliqua la loi do S4 mars 1835, proposée par M. Gutierrez
deEslrada, devenue loi de l'État. Si le gouvernement mexicain montra de la parlialilé dans cette circonstance, je trouve qu'il était dans son droit. Du moment oii les étrangers avaient seuls le monopole des réclamations et des indemnités pour dommages souflPerts pendant les révolutions, il était naturel qu'ils fussent différemment traités que les Mexicains, lorsqu'on les trouvait soutenant la révolution les armes à la main. Plus loin, je traiterai cette question de la conduite des étrangers au Mexique, et Ton verra que ce pauvre pays n'a jamais eu à s*en louer.
La défaite d'Urrea rendit un peu de calme à la capitale; mais les départements éloignés n'avaient cessé d'être agités. Le Yucatan ne paraissait pas devoir être mis à la raison si facilement; dans le Tamaulipas, Canalès, célèbre bandit, doublé du contrebandier, avait à ses ordres une troupe de mécontents et de flibustiers, américains, avec lesquels il favorisait la grande contrebande sur les frontières du Rio Grande. Une lettre particulière en date de Matamores, 16 novembre 1840, me donne sur la situation de ces frontières les nouvelles suivantes :
« Arista, après avoir écrasé ses troupes par des marches forcées, a été obligé de s'arrêter à Cadereyte, où toute sa division ne forme plus qu'un liôpital. Rey a conclu un traité de paix avec Ganaiès à Mier. Le gouvernement a été obligé , de passer par toutes les conditions dictées par Canalès qui, assure-t-on, restera avec le grade de général de brigade. Le pauvre Filisola est devenu le baudet de la fable; les deux partis crient haro dessus, on lui attribue tous les maux de cette révolution si singulièrement ter-minée. Tout le monde veut des grades ; il n'est point jusqu'à noire préfet Lara qui, voyant s'approcher le terme de ses fonctions, ne cherche à ' avoir une paire d'épaulettes de colonel. Il est parti, il y a quelques jours, à la téte de deux cents rancheros qu'il a réunis. On dit qull va faire un coup de main sur le Gopano,
RÉPUBLIQUB CENTRALE.
OÙ il y a peu de monde et beaucoup de marchandises entassées, ce n*est qué Tespoir d'une récompense pour Lara et l'appât du butin pour les rancheros qui ont armé cette expédition »...
De son côté, Filisola écrivait à Tun de mes amis... « Que pensez-vous de la déroute de Ganalès, de Texécution de Zapata et du transport de sa téte à Revilla? Sommes-nous retournés au quatorzième siècle? Quand l'énergie passe de justes limites, elle devient barbarie et despotisme. » Ce Zapata était un général insurgé qui fut fait prisonnier pendant la présidence intérimafre de Santa-Anna. Pour anéantir la révolution, on a vu que Santa-Anna fit fusiller Mejia, sans jugement; voulant donner un autre exemple de sévérité, il signifia au général Ampudia d'envoyer la téte de Zapata à Kevilia. Ampudia, ne sachant comment empêcher cette téte de se putréfier, la fit frire dans une marmite pleine de graisse et placer dans une niche, où jadis se trouvait aux portes de la ville une statuette de la Madone. Toute la correspondance de Santa-Anna, du mois de septembre 1840, est empreinte d*une profonde tristesse. Il se lamente de la léthargie du gouvernement, de l'opposition faite par les conservateurs au pouvoir exécutif, dont ils se plaignaient de n*étre pas assez favorisés, de la révolution du Yucalan, et finalement il présage une prochaine guerre contre les Texiens.
La situation, on le voit, laissait beaucoup à désirer, M. Gutierrez de £strada vint encore la compliquer par la publication d'une brochure qui produisit alors une immense sensation dans tout le Mexique. De retour dans son pays, après une absence de plusieurs années, il trouva qu'on y discutait l'opportunité de faire changer, par une convention nationale spécialement convoquée, la forme du gouvernement existant. Il usa de son droit de citoyen en manifestant son opinion, par une sorte de manifeste. Dans cet écrit, il commence par tracer Taffligeant tableau que présentait le Mexique, et rappeler que, malgré les modifications apportées à diflérentes époques au pacte national de 1824, les maux, au
HISTOIRE DU MEIUQUE.
lieu de diminuer, s'étaient accrus avec une désastreuse rapidité.
« Quels progrès avons-nous réalisés? disait-il ; où en sont
la législation civile, criminelle, commerciale, et Tinstruction » publique? N'est-ce pas un plus monstrueux chaos que celui ' qui nous fut légué par nos anciens dominateurs? Quelles sont, et l'organisation de Tadministration, et la moralité des employés, et la richesse individuelle, cette base exacte de la richesse publique? Quelles routes, quels canaux avons- nous ouverts? Quels édifices, parmi ceux que nous laissèrent les Espagnols, avons-nous réparés ou conservés?... Et si cette situation empire tous les jours, comme cela doit arriver tant qu'on n'aura pas eu .recours à un moyen radical de salut, pourrons-nous résister à ce torrent venu du nord qui a déjà envahi notre territoire, et qui l'inondera des flots des principes démocratiques qui font la force des Étals-Unis, mais qui causent visiblement notre impuissance? Si nous necberchons dans une voie plus sftre un soulagement à nos maux, • c'en est fait pour toujours du bonheur, de rindépendance et de la nationalité du Mexique. Vingt années, peut-être, ne s*écouleront pas sans que nous voyons flotter sur notre palais national le drapeau étoilé des Etats-Unis!...
« Au train dont vont les choses, le jour pourrait bien ne lias être éloigné où toutes les autres nations, lassées de notre scandale ou de notre incapacité, se chargeraient, au nom de la civilisation et de l'humanité, de changer cette situation en intervenant dans nos affaires. Et, dans le cas où la nation se prononcerait pour la monarchie, combien ne serait-il pas avantageux pour le Mexique que le futur souverain fût choisi par lui, et non par les puissances étrangères, — comme on l a fait de nos jours pour la Grèce, — et, dès lors, qu'au lieu d'être octroyé par ces puissances, le pacte fondamental fût l'œuvre propre du pays, et librement destiné par nousmêmes à assurer le bonheur commun et à constituer le bien vérilahle entre le peuple et le monarque ! »
Cette brochure, doublement prophétique, proclamait la
RfijPUailQUB CRNTAàlE.
monarchie eomoie seul moyen de salut. Le baron All^e de Ciprey, notre ministre à Mexico, sir Richard Pakenham,
ministre d'Angleterre et bien d'autres personnages pensaient •exactement comme M. Gutierrez. — «Je ne dirai rien dusingulier état des affaires dans ce pays-ci, écrivait le ministre anglais à H. Gutierrez, excepté que tout tend à confirmer l'exactitude des opinions exprimées d^ns votre remarquable brochure. » Malheureusement, elle froissait l'amotir-propre du pays, et je crois que c'est à cette circonstance plutôt qu'à sa prématurité qu'il but attribuer le cri d*indignation qu'elle souleva parmi les partis. Le président, le général Almonte, ministre de la guerre, tous les partisans secrets de la monarchie etles amisdeM. Gutierrez durent le prier de fuir pour ne pas être obligés de le mettre en état d'arrestation. Le général Âlmonte n'était pas encore convaincu que la monarchie fût possible et nécessaire pour faire cesser les révolutions qui désolaient le pays ; il écrivit même alors une lettre contre la brochure de M. Gutierrez. Le général Almonte, comme Santa-Annaet d'autres Mexicains, non moins patriotes, ne devinrent monarchistes que plus tard, lors^ qu'ils virent que la république les conduisait à l'extinction de leur nationalité, et à l'absorption graduelle de leur patrie par ks États-Unis; alors seulement ils manifestèrent leurs convictions, partagées par la majorité de la classe intelligente du Mexique.
Une lettre du général Filisola, datée de Mexico, 15 avril 1841, nous montre que cette année s'ouvrait sous de fôcheux auspices
« Dieu veuille, dit-il, que les faiblesses, les erreurs et les hontes passées ne nous en attirent pas d'autres ; parce que, pour notre malheur, nous voulons toujours remédier aux maux présents par des moyens qui les augmentent. Aujourd'hui l'on discute aux chambres une mesure par laquelle les uns croient ou feignent de croire que l'on subviendra à toutes les nécessités de la république, et les autres protestent que si cette mesure est adoptée, la république de-
HISTOIM DU MEXIQUE.
viendra imaginaire et son gouvernement sujet, dans ses opérations politiques et militaires, au caprice de quatre ou
cinq individus contracteurs. C'est aussi ma croyance. » Le général Filisola faisait allusion à des mesures financières qui rappellent en quelque sorte Thistoire des bons Jecker. Poussé par le dénûment du trésor, le gouvernement frappa les marchandises à leur entrée à Mexico d*un droit de 15 ""jo qui dut être bientôt abrogé, parce qu'il anéantissait le cofiûmerce, alors très souffrant.
Au mois d*août 1841 , le congrès lança un décret préventif, augmentant de 3 1/3 % le produit des' douanes maritimes du golfe, sur lequel on prélevait déjà 16 1/3 ^o, pour payer les intérêts de la dette contractée en Angleterre par le Mexique. Le surplus de ce prélèvement devait servir à payer les coupons échus et non payés, et pour éviter rémission des certificats dont la convention de 1837 faisait mention. En vertu de ce décret et des instructions données par le gouvernement à la maison des frères Lizardi et compagnie, ceux-ci réunirent un comité des possesseurs de ces bons et leur déclarèrent qu*on leur donnerait un. cinquième des droits sur les douanes maritimes pour payer les intérêts de leurs bons consolidés par le décret de 1841. Les frères Lizardi furent chargés de payer les dividendes échus dès le mois d^avril 1838, et des autres semestres pendant quatre ans ; ils convertirent les deux emprunts anglais en une sèule dette ; ils recurent une double commission , Tune de S etTautre de 2 1/2 °/o, pour leurs opérations financières qui furent étendues jusqu'à l'année 1844, et même, je crois, jusqu'en 1845. L'histoire des opérations de la maison Lizardi et Compagnie,' m'aparu très embrouillée, quelquefoisétrange, peu délicate, et toujours onéreuse pour le Mexique qui, naturellement, paya les quelques millions de bénéfices que les frères Lizardi opérèrent au moyen de leurs combinaisoDS financières.
Loin d'améliorer les finances, le décret du mois d'août 1841 ne fit que les ruiner de plus en plus. « Ici, le manque
BÉPUBUQUE G^ftALB. 171
d'argent continue comme toujours, écrivait de Mexico le général Filisola, et continuera tant qu'il n'y aura pas plus de moralité parmi les employés des finances. On ne finit pas de régler les deux contributions concédées. En attendant, l'on a promis au gouvernement un emprunt d'un million de piastres qui sera soldé Dieu sait quand ! Le général Santa- Anna a été nommé commandant général de Vera-Cruz. D. Juan Ânaya, complètement mis en déroute à Chiapas, s'est, dit-on, réfugié à Guatemala. Malgré tout cela les conspirations ne manquent pas, ni les symptômes de mécontentement. Quant aux réformes, elles marchent à pas de plomb. »
Les conspirations manquaient si peu que le générai D. Mariano Paredës, commandant général du Jalisco, se prononça contre le président constitationnel à Guadalajara. Son pronunciamiento fut secondé par Yalencia et Lombardini dans la capitale, et Santa-Anna à Perote. Mexico fut assiégée pendant cinq semaines environ. Enfin, le gouvernement et les chefs insurgés réunis à Tacubaya réglèrent une convention appelée «Plan de Tacubaya» qui mit fin à la révolution. Bustamante donna sa démission et partit pour l'Europe, désespérant de sa patrie. Santa-Anna fut élu chef provisoire de la nation, et une assemblée de notables abolit la constitution de 1836. On verra bientôt que la nouvelle constitution, loin de retourner à celle de 1824, proclamait une monarchie déguisée, — là dictature. — Ne fallait-il pas épuiser toutes les formes républicaines pour chercher celte tranquillité qu'on ne trouvait nulle part depuis l'indépendance? Hélas! le militarisme et les ambitions privées qui se disputaient le pouvoir ne songeaient guère au repos de la patrie, à son bien être, à son bonheur. Le peuple n'existant pas au Mexique, cette agglomération d'individus qui compose la masse de la nation, ne pouvait opposer sa voix à celle de ces brouillons armés de grands sabres et de ces avocats ambitieux qui bouleversaient sans cesse le pays et renversaient le gouvernement pour s'emparer de l'autorité, des places, des honneurs et des revenus de TËtat.
DICTATURE
En vertu du plan deTacubaya, Santa-Anna devait exercer le pouvoir discrétionnaire jusqu'à la publication des «bases organiques » qu'un nouveau congrès constituant rédigerait. Ce congrès fut convoqué le plus tôt possible, c'est h dire au mois de décembre ; avant sa convocation, il fallait calmer les esprits et mettre un peu d'ordre dans Tadministration. Une lettre du président Santa-Anna au général Woll, et datée de Mexico, 18 octobre '1841, nous révèle une partie de ses embarras au lendemain de cette révolution... « Vous n'avez pas d*idée de Fétat misérable dans lequel nous a laissés l'ancienne administration. Sans argent et sans soldats ; tout est engagé, hypothéqué et donné à la fourberie... Je prépare un corps d'armée de douze mille hommes et des secours pécuniaires suffisants pour agir au Texas... Les idées contenues dans mon allocution au peuple, sont celles de ma foi politique, intéressée dans la félicité commune. Mais dorénavant, tout se réglera par les mains du congrès national qui doit se réunir pour constituer notre infortuné pays. £n
174 HISTOIRE DU MËIlQUfi.
attendant» que Tordre soit conservé, et que personne ne lève rétendard de mon parti sous aucun prétexte... »
Dans celte lettre, il prêche la concorde entre tous les généraux, au nom de la patrie commune; il en donne lui-même Texemple, en racontant qu*il a embrassé Bustamante et ses plus mortels ennemis. Il donne également copie d*une lettre qu'il écrivait au général Arista , commandant les frontières du Rio-Grande, pour lui reprocher « sa conduite équivoqne vis-à-vis des exaltés démagogues et des Texiens qu'il protégeait, et qui ont toujours lacéré le cœur de la pairie. » Dans une lettre du 10 novembre suivant» il revient sur le chapitre de la réconciliation, et dit : — « J'éprouve un profond chagrin de voir la résistance du général Ampudia à se réconcilier avec Arista. Je vous nomme agent de cette réconciliation. — - A. L. de Santa-Anna. »
Le 1"* octobre 1841 » le général Valencia avait cru devoir pareillement justifier sa révolte contre le gouvernement quil avait servi jusqu'alors. Il publia un manifeste dans lequel on lit les passages suivants : — a La constitution — de 1836 — fut reçue avec déplaisir, » — on dit toujours du mal des choses dont on ne veut plus,^ elle s'implanta avec 'beaucoup de difficultés, et, dès le commencement, on la crut tellement impraticable que le président lui-même, élevé par elle à la suprême magistrature, déclara, dans Facte solennel du serment de son inauguration, qu'il ne Texécuterait que selon sa conscience et son honneur. Postérieurement, le président, ses ministres avec la majorilé de la Chambre des députés el une partie du Sénat jugèrent que cette constitution était insoutenable sans l'appui de facultés extraordinaires, ce qui équivalait à dire que l'arbitraire était préférable à l'existence môme, de la constitution
« Durant toute cette époque le découragement augmentait, les mouvements armés se reproduisaient, et plus d'une fois il fallut les réprimer par la force et la perte de beaucoup de Mexicains... Dès lors, aus^ souyent que j'en e|is Tocca-
sion, je fis remarquer au senor Bustàmante la nécessité de réformer promptement la constitution ; de renvoyer du ministère les personnes que l'opinion publique n'accueillait pas avec favenr; pour qu'on ne mtt à mort personne sans les formalités prescrites par la loi ; pour que la justice fût fendue sans acception de personne; enfin pour qu'on retirât l'impôt de quinze pour cent sur les marcîiandises étrangères, parce qu'en le maintenant on donnerait lieu à des réclamations de là part de l'étranger ét provoquerait une révolution parmi noué.
« Mais ces observations faites avec franchise et bonne foi furent mal reçues, et plus mal interprétées encore. » Le général terminait en faisant un sombre tableau de la situation qui lui mit les armes à la main , et conjurait ses concitoyens de nofttmer au prochain congrès des hommes désintéressés et patriotes pour travailler « au règne de l'ordre, de la justice et de la liberté. »
C'était beaucoup demander à ce malheureux pays, auquel on démandait toujours, auquel on ne donnait rieii en échange des douleurs et des misères que ses gouvernements lui infligeaient. Le iO décembre 1841, le pouvoir exécutif lança un manifeste et la convocataria pour les élections. Ce document était signé : Antonio Lopez de Santa- Anna, président provisoire de la république; José Maria Bocanegra, ministre des affaires étrangères et de l'intérieur; Crispinîano del Castillo, ministre de la justice et de l'instruction publique; José Ignacio Trigueros, ministre des finances, et José Maria Tornel y Mendivil, ministre de la guerre et de la marine. — Voici quelques extraits de ce manifeste.
<x Le suprême pouvoir exécutif provisoire remplit aujourd'hui l'heureux devoir d'expédier la loi de convocation pour le congrès constituant, conformément au quatrième article des basés adoptées à Tacubaya pour la réorganisation de la république. Le premier* objet de la plus noble et de la plus généreuse des révolutions dont ce siècle a été témoin fut de. réintégrer la nation dans la plénitude de ses droits, pour
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mSTOIEE DU MEXIQUE.
que, sans obstacle et sans entrave» elle réunit ses enfants les plus cbers dans un congrès ayant toutes les facultés de la
constituer d*une manière analogue à ses nécessités et aux exigences d'une époque dans laquelle progresse autant le genre humain. » Après avoir fait un pompeux éloge de la révolution» le manifeste traite la question des élections, résolue par le gouvernement sur les bases de l'égalité des provinces.
Par celle coiîvocatariay un député devait être élu sur soixante et dix mille habitants, et un autre pour chaque fraction excédant trente-cinq mille habitants. Il y avait ti'ois élections à faire dans chaque département. Aux premières élections, désignées pour le 5 mars 1842, on devait nommer un électeur sur cinq cents habilants. Aux secondes, désignées pour le i20 du môme mois, vingt des premiers électeurs nommaient un électeur départemental. Ënfin, le 1"" avril 1843, les électeurs départementaux procédaient à Télection des députés. Les députés devaient se réunir à Mexico le 1*' juin, et nommer huit jours après le président, le viceprésident et les secrétaires. Le lendemain, Tinstailation du congrès et celle du pouvoir exécutif avaient lieu officiellement.
Les amis de Santa-Anna le blâmaient de ne pas garder les pouvoirs discrétionnaires que lui conférait le plan de Tacubaya, et de vouloir d'un congrès et d'une constitution qui, comme les précédents et Texpérience de vingt ans Tavaient prouvé, devaient embarrasser sa marche et continuer les malheurs de la patrie. Mais Santa-Anna n'aimait pas la responsabilité du pouvoir absolu; il aimait trop sa solitude et ses plaisirs de Manga-de-Clavo, pour accéder à ces insinuations; puis, il espérait toujours que le régime constitutionnel finirait par implanter Tordre et la régularité dans le pays. On verra bientôt combien ses espérances furent vaines; en attendant, je dois publier des extraits de sa correspondance pour montrer quelles étaient ses principales préoc* cupations d'alors.
DICTATURE. 177
Adrien Woll» récemment nommé général en chef de la seconde division, se préparait à marcher sur le Texas, dont le Mexique avait toujours à se plaindre. Santa-Anna écrivit
au général, le 28 janvier 1842... u Quant aux ordres qui vous ont été communiqués et le mouvement que je vous ai ordonné d'exécuter sur le Bejar, vous devez comprendre que le moment est Tenu de prendre les premiers l'initiative contre les aventuriers du Texas. Il y a déjà longtemps que nous dormons dans les bras de l'infamie et de la dégradation, grâce à l'ineptie et à la poltronnerie d'un général qui s'intitulait second en chef, et à l'apathie de l'ancienne administration, tandis que les Texiens ne cessaient de travailler pour s'assurer nos terres ; mais il n*était pas possible de continuer ainsi, et le gouvernement s'efforcera puissamment de dissiper et de détruire ces odieux ennemis de la nation. — A. L. de Santa-Anna. » — Le 15- mars, à la suite dé nouveaux ordres, il ajoute... « Vous qui connaissez mon caractère, vous comprendrez combien je suis mortifié de la lenteur des mouvements contre les Texiens et de ce que les frontières n'ont pas été mises en état de défense, comme je l'avais ordonné... Le gouvernement sait que les ennemis de la nation ont placé leurs mines à Matamores. »
En effet, les difficultés rencontrées par le général Woll, pour organiser son expédition, paraissaient insurmontables. Le général Arista, Canalès et toutes les autorités supérieures, civiles et militaires du Tamaulipas, s'enrichissaient par la contrebande avec les Texiens, et paralysaient les efforts du commandant en chef; quand il demandait de l'argent à l'administrateur de la douane, par ordre du gouvernement, on lui répondait qu'il n'y en avait pas. Arista en avait bien trouvé, avant d'être remplacé dans son commandement par le général Woll, mais c'était à des conditions usuraires qui parurent fort suspectes à tout le monde... « Les ordres ont été donnés, écrirait à ce sujet Santa-Anna, le 30 mars, pour que le crédit du général Arista reste couvert, payant à M. Marks les dix mille piastres qu'il lui a
HISTOIRE DU BTEXIQUE
prêtées, h la condition qu'on lui en rendrait vingt- sept mille! » Le général. Woll* dut engager Sion crédit et faire usage de ses propres ressources pour avancer et compléter les sommes dont II avait besoin et que les autorités locales disaient ne pouvoir lui donner. Agir comme Arista, lui parut indigne d'un homme d'iionneur.
La correspondance de Santa-Anna pendant les mois de mars et d'avril est i^emplie de curieux détails sur les préparatifs de cette campagne et les moyens d*en assurer !e succès. Les conseils et les encouragements se mêlent à l'indignation contre les Américains, formulée en termes éloquents et très énergiques. Dans ses lettres intimes, Santa-Anna révèle un patriotisme qu'on ne retrouve jamais, à pareil degré, chez aucun Mexicain. Il tenait à ce que le général WoU fît une invasion à San-Antonio, à Goliad, à Tepano, à la tête de huit cents cavaliers, ayant chacun uu cheval de rechange, pour enlever tous les petits détachements américains. Le général Arista retardait indéfiniment cette expédition par des manœuvres déloyales. On aurait dit, et Ton disait en effet, qu'il était acheté par les Texiens, pour faire avorter l'entreprise de son gouvernement. Au moment de partir, Arista renvoya tous les chevaux dans Tintérieur. Santa-Anna n'osa pourtant pas retirer le commandement de sa division à son ami, et pria le général Woll de se mettre en route quand même... « Le manège tenu par M. Arista, écrivait-il le 13 aoiit, ne m'est pas inconnu, ni celui qu'il pourra tenir plus tard à Mexico; mais ce monsieur n'est pas de ceux qui savent se suffire à euxmêmes, et je condamne d'autant plus sa conduite qu'elle n'est pas des plus honorables. »
Déjà le 20 juillet, Santa-Anna écrivait au même général... a Vous savez qu'il a été envoyé des ordres pour former une investigation progressive sur l'emploi des quatre-vingt onze mille piastres envoyées au général Arista, » — pour l'expédition du Texas et dépensées on n'a jamais su comment. — (c Ce monsieur, récompensé comme il ne le méritait pas, a
MCf ÀtlM. m
agi d'une manière infâme, tandis qu'il aurait pu, par dès services réels, se rendre digne des faveurs qui lui ont été accordées. » Dans une autre lettre du mois de mars 1843, Santa-Anna demande une nouvelle enquête pour savoir ee que sont devenus les chevaux que le général Arista avait fait acheter, pour le compte du gouvernement, dans ses propres haciendas, et d'autres dont l'achat avait coûté des sommes énormes, et qu'on ne put retrouver lorsque son commandement lui fut enlevé. A l'époque ob èe général commandait les firontièreb du Rio Grande, il sMmprovisa une fortune considérable; on croyait communément que les fonds publics y entraient pour une bonne part, au détriment de l'armée et du service national. Cette petite digression était nécessaire pour juger un homme qui jouera bientôt un rôle très important dans son pays.
A peine les élections pour la nomination des députés se terminaient-elles, que les amis de Santa-Anna s'aperçurent que le président avait eu tort de tant se presser pour avoir uii congrès. La dictature avait été mal définie dans le plan de Tacubaya ; elle ne s'y trouvait proclamée que d'une ma* nière implicite; on essaya de l'ériger formellement. La première trace de ce projet se voit dans la lettre suivante du général Ampudia adressée au général Woll qui n'était pas encore parti pour le Texas. Cette lettre, en tête de laquelle on lit : — Très réservée, — commence ainsi : « Mon cher Pilade, Matamores, 9 mai 1842, — Je viens de recevoir unelongue lettre do Mexico, signée par D. Antonio Maria Landero..., actuellement employé au ministère des finances... un des alliés de notre illustre ami le général président. Il commence par me parler» dans cette lettre, de l'état gardé par la nation, quand le plan régénérateur de Paredès fut secondé par nous autres et tout le pays. Il dit que les améliorations qu'on pouviiit espérer, en conséquence d'un tel changement de choses, vont disparaître bientôt, parce que la Action fédérale a triomphé dans les élections de presque tous les départements. Un tel malheur causera des maux
BISTOIRB DU HBIIQUB.
infiDis à la patrie, et nécessitera un remède énergiqae et
prompt. Enfin, Ton m*invite à une révolution qui a pour
objet la proclamation du plan dont je t'envoie la copie.
« Je viens d'écrire au général Santa-Anna, en lui envoyant une copie de ces deux documents, le priant de me donner des instructions pour agir avec plus de sagesse et de maturité. Je t'en fais part dès à présent pour ta gouverne. Tbï fàit la même chose pour Rivas... qui m'a écrit que la démagogie levait déjà la téte...
a Les nouvelles de Tennemi sont les suivantes : aux environs du rancbo de Kynny, il y a deux cents fantassins et soixante cavaliers; dans le Copano, deux cents, et à la Balise cinq cents. Il en attendait, il y a quatre ou six jours, cent | cinquante de plus, venant par eau de Galveston. Les ciiefs annonçaient que dans trois semaines, ils réuniraient trois mille hommes pour attaquer cette place.— Pedro Ampudia. »
Dans le plan auquel il est ici fait allusion, Santa-Anna était déclaré chef suprême des troupes et de la nation, à vie. Quant à ses pouvoirs^ ils n'avaient d'autres limites que le | maintien de la religion catholique, apostolique et romaine, | l'indépendance et l'intégrité du territoire. Santa-Anna se trouvait, selon son habitude, à la campagne et le général D. Nicolas Bravo gouvernait alors pour lui. Obliger un homme qui ne pouvait s'asseoir sur le fauteuil présidentiel que par Tentremise d'un remplaçant, et ne l'occupait pas vingt-quatre heui'es sans l'abandonner; l'obliger à l'occuper toujours, lorsqu'il passait sa vie à le déserter, était un projet insensé; aussi, Santa-Anna le découragea et le fit avorter. L'affaire du Texas l'intéressait davantage que ce surcroît de pouvoir, dont on voulait le charger malgré lui.
Enfin, le général Woll , pressé par la saison des pluies et par le pi ésident, se mit en route avec treize cents hommes pour San-Anlonio. Afin de ne pas donner Talarme aux Texiens, il s'avança dans le nord, traversa le Nueces et le Rio-Frio, non loin de leurs sources ; de la sorte, il évitait des combats inutiles et les difficultés du passage de ces
mCTATUEB. 181
rivières qui» à cette latitude» pouvaient être franchies à gué.
La route qu'il traça dans ces déserts, prit son nom qu'elle a
conservé depuis : — General Woirs road. Il arriva à Timproviste devant la ville de San-Antonio, musique en téte. Ses musiciens, étonnés de n'avoir pas entendu siffler une seule balle pendant ce long voyage, et, naïfs à l'excès, n'attendent pas les ordres du général pour se mettre à couvert; ils pénètrent dans les rues, à la faveur d'une brouillard épais, et font entendre les airs nationaux , à grand renfort* de grosse caisse et de trombone. Ce n'était guère le moyen de surprendre l'ennemi. Les Texiens, ainsi avertis par la musique mexicaine, accourent en toute hâte, et font feu au hasard; la musique, fortement endommagée par les balles de l'ennemi, se sauve comme elle peut. Le général Woll se met alors à la téte de ses soldats, enlève la ville d'assaut, puis l'Âlamo, où les Texiens se sont réfugiés, et leur fait cent cinquante prisonniers qu'il ne fusille pas, malgré les ordres qu'il avait reçus.
Le lendemain, 12 septembre 1842, le général lance une proclamation aux habitants pour les rassurer, leur garantir la vie sauve et le respect de leurs propriétés, la guerre
n'étant faite que contre les insurgés armés; il terminait en' disant que si les circonstances l'engageaient à quitter la ville sans y laisser de garnison, il ne la traiterait pas avec autant de générosité, dans le cas oii elle se révolterait de nouveau. Le 48 septembre, il apprend que quatre mille ennemis viennent l'attaquer; le général vole aussitôt à leur rencontre, pour les battre en détail, seulement avec la moitié de son effectif, l'autre moitié reste à San-Antonio. Âu Salado, il se trouve en présence de mille Texiens embusqués
«dans la forêt. Traverser la rivière sur le flanc gauche de Tennemi, l'attaquer et l'obliger à céder le terrain, fut l'affaire d'un moment. Sur ces entrefaites, un Texien rallié, le major Seguin .vient annoncer que troià cents cavaliers ennemis arrivent sur Tarrière-garde. Alors, le général Woll forme
' brusquement deux petites colonnes de cent soixante dra-
HISTOIRS W ttËXiQUE.
gQûs qu'il place sous lecotnmandemeot do colonel Hontero. Une charge vigoureuse est ordonnée, mais le premier peloton de chaque colonne est tué ou blessé, dès l'ouverture du feu; le reste hésite. Le colonel court auprès du général WoU lui demander des cartouches. — « Pas de cartouches à la cavalerie qui a des sabres et des lances! répond le général, pied à terre! qu'on me suive et en avant! » L'ordre est exécuté et tous les Texiens furent sabrés ou tués h coups de lance; cinq prisonniers seulement échappèrent à la mort.
De retour à San-Antonio, le général reçut Tordre de ne pas poursuivre la campagne, à cause de la saison, du manque de ressources, et de se retirer sur le territoire mexicain. Avant de partir, il organise un convoi de cent cinquante chariots traînés par des bœufs, pour les familles qui fuyaient les persécutions des Texiens, et les fait escorter pour les mettre en sûreté. Le 22 septembre, il arrive à Arroyo-Hondo, oîi il apprend que quatorze cents ennemis marchent contre lui. Ayant donné des escortes aux émigrants, aux prisonniers et aux blessés, il ne lui restait plus que cinq cents hommes ; néanmoins, il les dispose dans une embuscade, attend que les Texiens se soient avancés, puis il commande le feu. L'avant-garde ennemie surprise, épouvantée, prend aussitôt la fuite, met le désordre au centre, à Tan ière-garde et tout ce corps d'armée se sauve, laissant ses morts, ses blessés et des prisonniers sur le champ de bataille. Un officier et deux hommes seulement restent, se cachent et tentent d'assassiner le général en lui tirant deux coups de fusil; mais il le manquent et fuient ensuite de toute la vitesse de leurs chevaux.
Cette campagne, courte, rapide et glorieuse, flit approuvée comme elle méritait par le gouvernement de Mexico qui dé- •
créta une décoration pour les officiers et une plaque d'honneur pour leur général qui fut en outre nommé au commandement de l'armée du nord, en remplacement du général Isidro Reyes. Ce dut être dans le commencement d'octobre que l'expédition mexicaine arriva sur le Rio Grande. Une
petite brochure fut imprimée en octobre 1842, h Saltillo, ayant pour titre : — « Renseignement historique sur la ré- Qeplioii faite au géaéral D. Adrien WoU et à la seconde division ^ Vwwyh du nor^» dans la ville de S, Fernando de Rosas, par S. Exe. le général en chef D. Isidro Reyes, avec son f^tat-major et la brigade de réserve.» — Cette brochure donne des détails fort curieux sur le CQrt;ége, le çha^r de triomphe et lç3 fêtes oi^lébcées ^n Tbonneur du vainqueur, Uqç» leltre du gi^n^ral Woll,. adne^^ée W. président Santa- Anna pour lui demander au nom de Thumanité et à titre 4e récompense, la vie sauve des prisonniers, porte la date : — «Rio Grande, 9 octobre 1842, » — c'est à dire vingt-huit jour^ apr^s la prl^e de Saa-Antonio, I^a brochure ^ cette lettre soat les deux seuls documents qui m'indiquent à quelques jours près la rentrée de cette expédition dont les histoires mexicaines ne parlent pas. La correspondance de Santa-Anna, du mois d'octobre de cette anaée, respire la joie la plu^ franohe sur les succès de cette campagOK». Au mois de novembre, de son hacienda deHanga-de-Glavo, il ne cessait de s'occuper de celte expédition, si bien commencée, et qu'Arista ainsi que le nouveau gouvernement rendirent inutile.
Le 19 novembre, D. José Maria Tornel, ministre de la guerre, envoya aux principaux commandants militaires une
lettre circulaire relative à la constitution préparée par le congrès. Voici ce que dit celte lettre : — « Je vous envoie un exemplaire du projet de constitution présenté par le congrès, afin que vous l'examiniez avec cet intérêt que vous ont. toujours inspiré les affaires desquelles dépend le sort de la patrie. Donnez-moi votre opinion sur son opportunité et sur les bienfaits ou les maux qu'elle peut causer pour établir la liberté, sans préjudice de l'ordre.
« Le gouvernement espérait que le projet serait rejeté, parce qu*il le considère comme le code de l'anarchie et qu'il n'organise rien autre que la désobéissance; mais il y a dans le CQfigrès une majorité qui» soi^s. le prétexte d^ progrès.