CONVENTION DE LONDRES
Dès les premiers mois qui suivirent l'entrée de Juarez au pouvoir, ce n'est plus la division, Tanarchie qui régnent au Mexique, c'est le chaos. « Pas un jour ne s'écoule, écrivait le 15 mars 1861, M. de Saligny à notre ministre des affaires étrangères, où» à la tombée de la nuit, sur tous les points de la capitale... plusieurs personnes ne soient attaquées par des assassins; et, ce qui fut d'abord remarqué, c'est que ces* attaques nocturnes, accomplies plus d'une fois à sept heures du soir, dans la rue la plus commerçante et la plus fréquentée, s'adressaient exclusivement à des étrangers. x> Ces faits prirent peu à peu des proportions si graves, que les représentants des nations étrangères durent, dans les termes les plus ■ sévères, presser le gouvernement mexicain d'aviser aux mesures nécessaires pour protéger la vie des • habitants de Mexico.
Juarez, pourtant, ne régnait pas sans conteste; l'antique
UiSTOIttB DU MEKIQUB.
histoire des généraux insoumis battant la campagne, continuait comme autrefois. Marquez et Mejîa, avec des troupes qui leur étaient persoiinellem< nt fidèles, opéraient chacun de leur côlé. A cause de leur auden drapeau, on appelait ces troupes : réactionnaires ou conservatrices. D'autres généraux conservateurs n avaient point voulu reconnaître Juarez, et se battaient, disaient-ils, pour la cause de Tordre. Elles occupèrent Cuernavaca. Marquez battit Doblado et s'empara de S. Luis Potosi. Deux morts notables survinrent à cette épocpie : celle de Dona Ana Huerta de Iturbide, veuve du libérateur, qui mourut aux États-Unis, et celle de D. Miguel Lerdo de Tejada, auteur de la loi de désamortissement.
Les exploits des conservateurs, les vols et les crimes commis par les bandes armées et les décrets de Juarez rendaient le Mexique inhabitable. Aussi, le 28 avril, M. de Saligny écrivait-il : — « Dans Tétat d'anarchie, on pourrait dire de décomposition sociale, où se trouve ce malheureux pays, il est bien difficile de prévoir la> tournure que prendront les événements. Une seule chose me parait démontrée, c'est rimpossibilité de rester dans le statu quo. Tout indique que nous toôchons à une nouvelle révolution. Dans cette situation, il me paraît absolument nécessaire que nous ayons sur les côtes du Mexique une force matérielle suffisante pour pourvoir, quoi qu'il arrive, à la protection de nos intérêts, n Le 39 juin suivant, M. de Saligny écrit encdre au ministre des affaires étrangères : — « Les réquisitions, les emprunts forcés, les confiscalions, les exactions de toutes sortes sont à Tordre du jour. Les étrangers ne sont respectés ni dans leur personne ni dans leurs propriétés. » Enfin, au mois de juillet, Juarez lève lé masque et refuse par lui-même et par son minisire M.Guzman,en présence du corps diplomatique, le paiement des fonds volés aux Anglais par Degollado, à Laguna Seca, et quatre-vingt-six mille piastres déposées au moni-de^-piété par ta convention Penaud sont saisies par Juarez. Ce fut le iT juillet que le présideiït promulgua la loi pour la suspension du paiement des coivvefttions étrangères,
CAxNDiDATURB DE I/ARCIIIDIC MAXIMILIEN. âî>3
des hypothèques sur le produit, dos douanes maritimes, dont les revenus devaient être désormais perçus pour le compte seul du gouvernement mexfeam^el raugmenta<lion(féld& Vo** sur tes droits de edtitra-registro, c'est k dire sur l«s droits de douanes intérieures.
Ces mesures avaient pour but immédiat de s'approprier en^^ron trois millions de francs, déjir {prélevés sut le produit des douanes et destinés au paiement des conventions étrangères. Il ne s'agissait plus ici d'une révolution pendant laquelle les étrangers souffrent plus ou moins d*une situation violente, anormale, passagère, et que le gouvernement national est plus ou moins impuissant à réprimer ; c'était vne attaque directe, officielle, réfléchie dîu gouvernement national contre les étrangers et leurs gouvernements; c'était une nouvelle rupture de tous les traités conclus et signés librement avec Juarez ou reconuius par lui. Aussi, le président ne se dissimuia-(-il pas que ces mesure» allaient détruire ses relations diplomatiques avec les puîdsanees européennes. Mais que lui importait cette rupture? Ancien peone, c'est à dire presque un esclave d'un avocat de Oajaca qui l'avait élevé, instruit et lancé dans la magistrature, Juarez n'avait point un passé qui pouvait lui faire redouter les privations aux* quelles il était habitué depuis sa naissance. Il n'ignorait pas que les gouvernements sont trop éphémères au ^Mexique, et que la première occupation d'un président était de se procurer au plus t6t le plus d'argent possible, pour embellir tes jours de retraite ou d'exil. Juarez agit comme la presque totalité de ses prédécesseurs, il se prépara des ressources pour l'avenir, sans s'inquiéter de ce que feraient les diplomates européens. Jamais un orage sérieux n'étant venu de ce côté-lh, Juarez regardait uniquement du côté de Marquez et de Mejia ; l'bistoire de son pays lui donnait raison.
« Sir Cliarles^ Wyke et moi, écrivit alors M. de Saligny, nous avons envisagé la situation sous le même point de vue, et nous avons agi dans un complet accord, eu rompant nos reiatioA» avec le gouvernement mexicain* » Sif Charles
ttlStOIRE ton NBÎtQUS.
Wyke, représentant de TAngleterre, s'exprimait à ce sujet
de la manière suivante dans son rapport officiel. — « Il est impossible de tolérer plus longtemps les actes illégaux et outragéants Sun gouvernement qui n*a de respect ni pour lui-même ni pour les engagements les plus solennels. G*est seulement en adoptant des mesures coercitives que nous pourrons le forcer à abandonner un système de violences et de spoliations qui est aussi préjudiciable à lui-même qu*à ceux des étrangers, assez malheureux pour avoir apporté leur capital et leur industrie dans un pays aussi mal gouverné. Après la publication du décret — du 17 juillet, — les négociants anglais résidant ici m'ont adressé une lettre pour me prier d'intervenir en leur faveur contre l'augmentation des droits imposés sur tous les articles étrangers de consommation.
« Aussi, tant que la déshonnête et incapable administration actuelle restera au pouvoir, les choses iront de mal en pis; mais pour un gouvernement composé d'bommes respectables, SI TOUTEFOIS L*ON PEUT EN TROUVER UN, Ics engagements seraient faciles à remplir, tant sont grandes les ressources du pays. On pourrait tripler non seulement l'exportation des métaux précieux, mais aussi celles des produits, en échange desquels le pays reçoit des articles de manufacture auglaise. Le Mexique fournit les deux tiers de l'argent actuellement en circulation , et Ton pourrait en faire Tune des contrées les plus riches et les plus prospères du globe. // est ainsi de rintérêt de la Grande Bretagne de mettre fin, au moyen de la force^ si c'est nécessaire, au présent état d'anarchie et d insister auprès du gouvernement pour qu'il paie ce qui appartient aux Anglais. Le parti modéré, qui est maintenant écrasé entre les deux factions opposées dans l'État, relèverait alors la téte, et encouragé pa^ l'adoption des mesures dont fai fait observer la nécessité dans ma dernière correspondance^ établirait probablement de lui-mime un gouvernement fort et régulier. »
Je ne sais jusqu'à quel point on peut excuser de manque de loyauté, les hommes de Topposition qui ont passé cette
GANDIDÂTURB DB L* ARCHI0UC HAXIMILIEN. 855
dépêche sous silence, mais ce qui est éWdent c'est qu'elle a
décidé le gouvernement anglais à intervenir par la force dans les affaires mexicaines , pour obtenir les résultats entrevus dans la dépèche de sir Wyke et qui a décidé la convention de Londres. Pour en finir avec les protestations de la diplomatie européenne, je dois dire queM. de Saligny, approuvé par son gouvernement, posait, au mois de septembre, son ultimatum dans lequel ii demandait le retrait de la loi du 17 juillet» et rétablissement dans les ports de Vera-Gruz et de Tampico de commissaires désignés par les représentants étrangers pour assurer la remise entre les mains des puissances qui y ont droit, des fonds qui doivent être prélevés à leur profit, en exécution des conventions, sur le produit des douanes maritimes. H. de Saligny avait ordre de quitter sans délai Mexico avec tout le personnel de la légation, si ces conditions n'étaient pas acceptées. M. Wyke avait reçu de son gouvernement des instructions pareilles. Non seulement cet ultimatum fut repoussé, mais les attentats contre les étrangers et particulièrement contre les Français, dont plusieurs périrent assassinés, augmentèrent de jour en jour, ainsi que les impôts forcés.
La situation intérieure de la république empirait encore plus que sa situation extérieure. Les bandes armées se multipliaient de tous les côtés et ravageaient le pays, sans que le gouvernement de Juarez pût les réprimer. L'armée conservatrice, si dispersée après la bataille de Calpulalpan, rejoignait ses différents chefs et livra plusieurs combats heureux. — « Le général Parrodi, écrivait un de mes amis, en date de Mexico 4 juillet 1861 , est à la tète de l'armée. Quoique le général Ortega ne soit pas allé à la rencontre de Marquez, on dit qu'il Ta le faire dans un mouvement combiné avec Doblado qui protège tous ceux que Juarez persécute, quoiqu'il ne soit pas hostile au gouvernement. On croit qu'il travaille pour Gomonfort qui viendra comme médiateur. L'exécution du consul anglais, de ces concitoyens et des Français de Pachuca, prouve que Marquez joue toute la par*
lie, décidé à triompharou à périr dans la lutte ; qui sait ^ui profitera à tous ses exploits?
« Casanova a été condamné à mort. Juarez a frappé un impôt forcé sur Mexico qui refuse de payer. Comonfort est dans le NuevoLeon. Vidaurri a reçu du gouveroemeot roi*dre de se saisir de sa personne et de l'envoyer à Mexico, ce quMI ne fera pas, parce que Comonfort est d'accord avec lui et Doblado. La majorité des députés demande la mort de tous les conservateurs. Les ministres étrangers viennent de demander leurs passe-ports à la suite du décret de Juarez qui suspend le paiement de toutes les dettes du gouvernement. Marquez est très près de Mexico et son armée s'augmente tous les jours des nombreux déserteurs qui s'échappent des rangs d'Onega. Doblado est devenu une puissance et s'est allié à Comonfort qui va faire tourner à son profil les fautes des conservateurs et les excès des libéraux. »
Celte lettre nous rappelle le peu de cohésion des partis au Mexique, si toutefois on peut appeler partis, ces deux camps dans lesquels on ne trouve que des intérêts privés, toujours en opposition avec les intérêts généraux du parti et de riiitérét public de la nation. Juarez, élevé par Comonfort, veut maintenant briser Comonfort qui veut supplanter Juarez. Vidaurri, naguère destitué par les libéraux, est ac* tuellement à leur service, chargé par eux d'arrêter Gomonfort, avec lequel il se lie pour renverser du pouvoir les démocrates purs et les i:emplacer par des modérés. Doblado, le bras droit de Juare;^, protège tous ceux que son chef persécute et se conduit vis^à-vis de tous de la manière la plus équivoque. Marquez, le Garibaldi des conservateurs mexicains, tue comme un condottière tous ceux qui le gênent ou qu'il déteste; il pille amis et ennemis, i>on pas pour lui, non' pas par auiour de i argent, mais uniquement pour avoir des soldats i commander, les nourrir et leur procurer des vêtements et des munitions. Brave comme Tacier, audacieux comme personne, ayant une conscience des plus élastiques
et des uotious tort* vagues &ur i^a digit^ et dur 1^ propriété^.
GÀNDIDATURB DE L àAGUlDUC MAIIHIUEN. 357
Marquez se bat par goût, il se bat contre les démagogues par devoir de conscience, il se bal dans la vallée de Mexico parce qu'elle est riche, peuplée» près de la capitale et remplie de dangers. Si la croix d'honneur est destinée à récompenser la bravoure, ^Marquez l'avait bien méritée, même avant sa belle défense de Morelia qui la lui valut; mais si à la bravoure ou désire allier rhoanéleté, je crois qu'où aurait pu mieux la placer qu'au cou de ce singulier personnage.
Au nom de la liberté, Juarez destitua de leurs emplois tous ceux qui avaient protesté contre les lois de la réforme, contre le traité Mac-Lane ou tout autre acte du gouvernement de Vera*Cruz« Il mit hors la loi tous les ministres de Miramon, le président Zuloaga, les généraux Marquez, Mejia, Cobos, Vicario, Cajiga et Lozada, et décréta une récompense de dix mille piastres à quiconque livrerait l'un d'eux. 11 suspendit les garanties individuelles; la loi des suspects revint en vigueur. Le congrès, de son côté, votait des lois de circonstance les piui^ étranges. — <r Tai appris, écrivait Santa-Àniia de Saint- Thomas, le 15 juillet, que nos soldats — les conservateurs — faisaient des progrès rapides, au point que plus de deux cents ont pénétré dans les rues de la capitale, en poursuivant une troupe de démagogues qui se trouvait à S. Ciosme. On m'a dit aussi que les scélérats Ocampo, Degollado et Valle sont déjà mis hors de hi scène. Il est nécessaire qu'ils soient suivis par l'Indien Juarez, La Llave, Mota et autres aussi scélérats qu'eux. Je suis persuadé que la justice divine ne laissera 'pas sans cbàtimient les fiilts sacrilèges et tant d*h(Nrreurs qu'ils ont commis en causant à notre infortunée patrie des maux immenses qui ne pourront jamais se réparer. »
£n effet, Melchior Ocampo avait été pris et fusillé par les conservateurs ; Degollado avait trouvé la mort en les combattant au Llano de Saiazar du Monte de la Cruces; au Gerro de las Cruces, le général Vaile fut mis en déroute et tué par les troupes conservatrices. Marquez, à son tour, fut battu près^ de Pacbuca. Voici sur tous ces faits des détails qui mé-
m HISTOIRE DU HBXIQUB.
ritent d'être connus et qui me furent transmis par un officier supérieur de la 1" division de l'armée permanente. — « Mexico, 7 août 1861. — Ignacio Comonfort, d'accord avec Vidaurri est arrivé à Monterey où il a réuni deux mille hommes avec lesquels il a entrepris sa marche sur San-Luis Potosi, en complète rébellion contre Juarez. La campagne contre Marquez est décidément commencée. Sont à sa poursuite, de Mexico, Gonzalez Ortega avec sa division de Zacateeas, de Queretaro, Arteaga avec sa brigade, et de Puebla, Alatriste avec une autre brigade; mais ils n'ont pu faire sortir Marquez de la vallée de Mexico, parce qu'il ne livre pas de bataille. Il se promène seulement beaucoup. Aussi, Ortega dit qu*il y a des jours où Marquez fait vingt-six lieues. Toutes les fois qu'il y a moyen de les mettre sur les dents et leur river leur clou, Marquez n'y manque pas. »
« Mexico, 30 septembre 1861. — Cinquante et un députés de la chambre des représentants ont proposé les deux résolutions suivantes : Art. 1?'. Monsieur Benoit Juarez est prié de donner volontairement sa démission de président de la république. Art. 2. Les congrès des États sont invités à seconder cette initiative. » Juarez ne se rendit naturellement pas au vœu des représentants. Ortega, antagoniste de Juarez et se croyant la colonne du parti libéral donna de suite sa démission de général en chef de l'armée d'opérations, lorsqu'il apprit le résultat de la pétition de ses amis les députés. Juarez accepta cette démission et donna l'ordre à Ortega de remettre ses troupes aux généraux Arteaga et Doblado. Ortega refusa d'obéir en disant : «c Que ces troupés appartenaient à l'État de Zacatecas, qu'elles ne coûtaient rien au gouvernement fédéral, que lui était leur seule garantie, qu'ainsi il ne pouvait les mettre aux ordres de personne, et qu*il se retirerait à Zacatecas avec elles. » — Et c'est ce qu^il flt, sans être inquiété. Pendant ce temps. Matamores et Tampico s'étaient prononcés contre le gouvernement. Les forces de Juarez avaient mis en déroute — à Calpulalpan — les troupes du parti de l'ordre commandées par le général
GANDIDÂTUIIB DB L ARGHIDUG MAXIMILIBN. 880
Cobos — Marcelino — qui fut fusillé; sa tête a été envoyée à Mexico dans une caisse. Marquez s'est emparé de San- Luis Potosi que les juaristes abandoniièreat à l'approche du général. Puebla fut également occupée pendant deux jours par les troupes appelées réactionnaires. Juarez a fait confimencer dans le journal — El Siglo XIX — une violente campagne pour ameuter le peuple contre les Anglais, les * Espagnols et les Français. )»
Il serait superflu de relever les actes et les décrets terroristes de Juarez pendant Tannée 4861 , et dont on n'a point parlé lorsque la presse et la tribune ont critiqué le décret du 3 octobre 1865. Néanmoins, la conduite de Juarez n*est que Texagération» poussée dans ses dernières limites, de la conduite des gouvernements antérieurs au sien. En administration, en politique, Juarez est le type de l'incapacité la plus notoire; on a vu que la plupart de ses prédécesseurs offraient déjà de beaux modèles en ce genre. A part Miramon et quelques autres présidents, tous étant cbefs de parti, tous se sont rougis un doigt ou la main entière dans le sang dé leurs compatriotes; par des exécutions inutiles, Juarez y a mis tout le bras. Sur le fauteuil de la présidence, il est simplement l'excès personnifié des mauvaises passions, du manque de patriotisme et de l'ignorance en matière d'administration et d'économie politique. Juarez, par son entêtement, a fait sa l'ortune; il a réussi h se tenir au pouvoir dans les circonstances les plus critiques , au moyen de cette qualité, qui est la force des faibles, et qu'on appelle entêtement. Il faut avouer aussi que la facilité avec laquelle il a toujours fui le danger, a favorisé sa sécurité personnelle, autant que l'esprit de ruse, commun aux gens de sa race, a facilité son maintien à la présidence et son retour à Mexico après la chute de l'empire. Grâce à cette ruse, à cette ténacité, on va le voir se faire un complice du général Prim , et se débarrasser ensuite, après l'avoir trompé sans en avoir l'air, de ce malencontreux prétendant à la souveraineté du Mexique.
On n'a point oublié que M. Guttierez de Ëstrada avait été
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BJUTOIIB DU HEXIQUE.
chargé, par le président Santa-Anna, en 1854, de se concerter avec les cours de Paris, Londres, Madrid et Vienne, pour • donner au Mexique un souverain, appartenant à une famille régnante. La guerre de Crimée, plus encore que la ebute de Santa-Anna, avait retardé ses négociations, commencées du reste en 1846.
Voici ce que disait M. Gutlierrez de Estrada, à cette époque» aux puissances européennes pour les engager à intervenir au Mexique : — « HAtes^voos, l'keure est propice ; c*est votre propre intérêt qui vous appelle à en proèter : intérêt
politique, intérêt commercial, intérêt de principes, de moralité, intérêt d'humanité; venez, et vous trouverez tout préparé pour le succès de cette entreprise. » Reconnaissant, ensuite, qu'il coûterait beaucoup au Mexique d'huer qu'il ne pouvait se délivrer, sans Tappui de FEurope, du principe dissolvant qui le dévorait, il ajoutait que la vérité parlait plus haut que la vanité. (( Le Mexique, disait-il, se trouve réduit, par sa faiblesse, à refléter la forme de gouvernement de la puissance qui aspire k Tabsorber, si les souverains européens ne lui prêtent point leur appui. Il demande à être sauvé de lui-même, d'un voisin dont les envahissements ne connaissent point de bornes, qui semble vouloir s'ériger en dominateur de l'Amérique, et qui a déjà lancé des décrets d'exclusion contre les nations de l'Europe. Ce danger d'une part, de l'autre les graves intérêts de TAngleterre, de la France, de l'Espagne et de TAllemagne, dans la conservation d'un marché qui, en retour du mouvement commercial et industriel de ces divers pays, verse tous les ans de vingt à vingt-cinq millions de piastres pour alimenter les fabriques européennes , devraient appeler l'attention des hommes d'£tat. »
kpvbs la guerre de Crimée, M. ûuttierrez de Estrada reprit son oeuvre à laquelle on peut dire qu'il a sacrifié, depuis
1839, sa fortune et son existence. Le Mexique étant un pays catholique et conservateur, il lui fallait, au point de vue des principes, un prince catholique et dune ancienne lamille.
GANDIDATURB DE L'AROUiDUC MAXIMILIEN. 3G1
Avaot de s'occuper de rintronisation c|e la monarchie au Mexique» M devaii commencer par trouver m souverain, afin de ne pas retomber dans la situntioa de MSI , <A le Mexique n'avait point de monarque pour occuper le trône érigé parle plan d'Iguala. M. Guttierrez de Estrada chercha donc un souverain. Il ne le chercha pas an Angleterre parce que ce pays est protestant, ni en Espagne» parce que les Mexicains exécraient les Espagnols, ni en France, parce que la famille impériale était démocrate, commençait une dynastie trop récente, et qu'un prince français pour empereur du Mexique, devait naturellement mécontenter l'Aiigleterre et les États-Unis. Ce fut dono en AJIemagne que M. Guttierrez chercha son futur souverain. Ses anciennes relations avec de hauts personnages autrichiens et son accès à la cour de Vienne lui firent bientôt fixer son choix sur un archiduc de la maison de Hapsbourg. Ën principe, le choix était e^el- . lent; au point de vue personnel» il était mauvais; pourquoi ne pas Ta vouer?
L'archiduc Maximilien, né le 6 juillet 1832, fut dès son enfance destiné à la marine, cl re(^ut,à cet effet, avec les bases solides d'une iédncation classique, un enseignement tout spécial. Dès Tàge de seize ans, Tarchiduc commença ses voyages d'instruction. En 1856, lorsqu'il vint à Paris, il avait visité tout le littoral de la Méditerranée, l'Espagne, le Portugal, Madère, le M^roc, l'Algérie, l'Égypie, la Syrie, etc. Pendant quinze jours, il fut l'hôte de Tempereur à Saint-Gloud, où s'établirent entre les deux princes des relations d'estime et d'affection récipro(|ues. Il parcourut ensuite la Belgique et rAllemagne. L'année suivante il revint en Belgique. Il aimait la princesse Charlotte. Le 2 juillet 18â7, l'ambassadeur d'Autriche, le comte Archinto, demanda, en audience solennelle, au nom de son souverain, au roi des Belges, la main de sa fille, la princesse Marie-Cliarlotte, pour l'archiduc Ferdinand- Maximilien. On sait que la princesse Charlotte, née le 7 juin 1840, est fille de feu la princesse Louise d'Orléans, et la pe- Ute-fiUe de la reine Amélie. Après son mariage, l'arcbiduo
3(>i UISTOIRB DU MEXIQUE.
visita les côtes de l'Atlantique et particulièrement le Brésil; rarcbiduchesse raccompagna jusqu'à Madère où elle attendit le retour de son époux.
A son retour, le prince s'adonna tout entier à la réorganisation de la marine autrichienne qui fut distraite du département de la guerre pour constituer un ministère indépendant. Par le combat naval de Lissa on a vu qu'il avait réussi à rendre respectable cette marine. Avec la direction supé« rieure de la marine, Tempereur d'Autriche concéda à son frère la lieutenance du royaume lombardo-veniiien. Pendant deux ans, Tarchiduc remplit ces fonctions délicates avec succès, et s'attira les sympathies des Italiens euxmêmes. Son administration se signala par des réformes et des améliorations salutaires qui lui valurent une réputation de libéralisme et de bon administrateur. Aimant les arts et les sciences, Tarcbiduc les cultiva dans ses moments de loisir ; artiste et savant par geût, mais non en réalité, il se construisit sur les bords de l'Adriatique, près de Trieste, un chàteau-palais, style moyen âge, une merveille dans laquelle il réunit des collections variées recueillies pendant ses longs voyages. C'est dans ce séjour de prédilection qu'il aimait à se livrer à ses goûts de collectionneur.
En sa qualité de marin, Tarchiduc n'aimaii point l'armée déterre, et son ij^norancede l'art militaire, de l'administration et de l'organisation d'une armée était assez grande pour ravoir rendu plusieurs fois, au Mexique, injuste envers nos chefs. Je ne retracerai point ici le portrait de rarchiduc esquissé dans mon livre intitulé Le Mexique tel quil est, La vérité sur son climat^ ses habitants et son gouvevjiement. Je dois pourtant dire que sa réputation de prince libéral, faite en Lombardie, ne signifiait absolument rien. L'archiduc Maximilien n'était que le lieutenant de son frère et n'avait par conséquent qu'une responsabililé très limitée. L'empereur n'avait point d'enfant, l'arcbiduc pouvait espérer d'en avoir; en se rendant populaire par des concessions faites aux Italiens et au parti libéral, il pouvait entrevoir, dans un ave-
Candidature de l Aftcuibuc maîimilien. 3G3
nir plus ou moins rapproché, la couronne d'Autriche peser sur son front. Tout le bien qui se faisait dans le Lombardo- Vénitien était attribué à Tarchiduc, tout celui qui ne se faisait pas et toutes les mesures de suspicion ou de répression qui faisaient tant murmurer les libéraux, retombaient sur son frère Tempereur. On avait peut-être raison, mais rarchiduc profitait de cette situation ; gai, simple, affable, séduisant au possible, il développait par ses manières ce sentiment public qui creusait un sillon entre les deux frères. C*est ce sillon, ces espérances inavouées qui motivèrent, jusqu'en 1863, les hésitations de rarchiduc Maximilien, à l'égard de la couronne du Mexique qu'on lui offrait, qui le décidèrent ensuite à faire scruter par M. Éloin, en 1866, l'opinion publique en Autriche et qui lui valurent la dépêche envoyée par le gouvernement autrichien à M. Lago, lorsque rinfortuné prince voulut abdiquer et revenir à Miramar.
M. Gutierrez, en arrêtant son choix sur rarchiduc Maximilien pour le trône du Mexique, s'imagina que les qualités du prince suffisaient pour régénérer le pays et lui imposer un gouvernement stable et fort. C'était une erreur ; on ne pouvait ni régénérer le pays ni lui donner un gouvernement fort avec un prince faible, et malheureusement ce prince était d'une extrême faiblesse de caractère; il crut que le Mexique était une succursale de la Lombardie, et qu'en lui donnant de bonnes lois il ferait son bonheur. Cette illusion le perdit. Outre ses illusions etses faiblesses de caractère, le prince n'était point l'homme de la situation. En 1862, lorsque j'éw^ivis mon livre intitulé LEmpire au Mexique^ je dis à la page 12â, en parlant de la candidature de l'archiduc Maximilien. — « Qui donc empêchera Carvajal^ Juarez, Sarogoza^ et tant éCautres Saïler à Mexico fusiller Tarchiduc, lorsque les Français n'y seront plus »? Que faisait alors ce prince? Il faisait venir à Miramar, de Paris et devienne, des dessins d'habits et de boutons pour sa future livrée impériale, et pourtant, il n'avait point encore accepté la couronne II!
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BISTÛIRE DU MEXIQtlfi.
Mais^ ce iTétail pds tout d'avoir trouNré un ettpéi^ ié Mexique, il fallail d'abord obtenir son eonsentemlent, puis
faire accepter le souverain aux puissances intéressées et enfin le faire agréer aux Mexicains. M. Gutierrez de Estrada dut mettre cinq a»s d'efforts continuels, de voyages et de pourparlers pour arriver à ee triple résultat. L'archiduc Maxfiffilien n'ayant aucune envie d'accepter la couronne du Mexique, M. Gutierrez, pour le décider à seconder ses vœux, eut indirectement recours à la princesse Charlotte. Sûr de trouver en elle un appui, dans le cas où h roi Léopold approuverait ce projet, H. Gutierrez part pouf ta Belgique, reçoit du Nestor des souverains l'approbation la plus complète et des encouragements formels. Le roi, esprit très pratique, vit dans ce projet une couronne impériale pour sa fille, une inquiétude de moins pour TAutriche, une alliance utile entre la Belg:ique, l'Angleterre, l'Autriche, la France et FEspagne. Au point de vue politique, cette couronne était plus sûre pour la princesse que celle d'Autriche; au point de vue commercial, Anvers et toute la Belgique devaient éprouver les bienfoits de ee grand marehé nouveau, ouvert au commerce belge en Amérique.
M. Gutierrez repart alors pour Miramnr; j'ai tout lieu do croire qu'il avait l'agrément, par écrit, non seulement du roi des Belges, mais encore de l'empereur d'Autriche ; il entretient d'abord l'archiduchesse, qui le seconde déjh, puis l'archiduc, des malheurs du Mexique et de ses ressources; il fait appel à leur intelligence, à leur cœur pour entreprendre la l'égénératioH et le salut de ce pays; il engage ces deux jeunes descendants de Charles-Quint à se dévouer à cette noble mission humanitaire et politique; il les séduit enfin par l'éloquence la plus touchante que put lui inspirer son vrai patriotisme. L'archiduc, pourtant, n'accepta pas; avant de se décider, il voulait avoir l'appui des puissances inté< ressées au maintien de l'ordre au Mexique, il voulait aussi appelé par le peuple mexicain. Quant il rarehiduehesse, une couronne impériale a pu la séduire, mais ce n'est poini
une sotte ambition qui la poussait S lancer son auj^uste époux dans celte aventure. L'histoire a ses réticences et ne doit parler que des choses publiques ; je me tairai donc sur les causes réelles de cette ambition légitimée par Tactivité fébrile d'une noble intelligence et d'une nature ardente ayant besoin de se dépenser dans le niouvennent d'une grande entreprise. Ceci devait se passer à la fin du mois de décembre 1860.
M. Gutierres partit de Miramar avec Tespérance que Tarchîduc accepterait le tr6ne du Mexique. Jusqu'alors, il avdU agi à peu près seul, il vint à Paris s'entendre avec ses compatriotes. M. Almonte, esprit éminemment pratique, reçut avec une certaine froideur les ouvertures de M. Gutierrez. Gomme Santa-Anna et plusieurs autres de ses amis, de républicain sincère, il était devenu monarchiste, par amour pour sa pairie et parce qu'il avait fini par comprendre que cette forme de gouvernement, avec un prince étranger, convenait mieux au Mexique que la forme républicaine qui l'avait perdu; mais il ne se dissimulait pas qu'un prinôe qui ne serait pas appuyé par des forces européennes et de solides finances, pourrait bien avoir le sort d'Iturbide. L'Autriclie ne pouvait envoyer une armée pour soutenir le nouvel empereur ; la France seule, par son esprit chevaleresque et l'excellence de ses troupes qui venaient de montrer en Grimée, en Syrie, en Chine, en Cochincliine ce qu'elles savent faire, pouvait entreprendre l'expédition du Mexique avec succès. Était il probable qu'elle l'entreprendrait pour établir un prince autrichien, dans un moment oit les échos de Solferi no vibraient encore? Néanmoins, si la France marchait, le général Almonte voulait bien donner son concours pour sauver la patrie commune des griffes du Yankee et de l'anarciûe mexicaine; mais il ne voulait pour le moment qu'une simple intervention qui permit aux Mexicains de tous les partis de se réunir h Mexico, en assemblée de notables protégée par les baïonnettes neutres, et de constituer librement un gouvernement régulier, qui deviendrait fort par l'appui prolongé d*une intervention européenne.
m HISTOIRE DU MEIIQUB.
M. Gutierrez révéla tous ses plans au P. Mirânda, à mon*
seigneur Labastida et à d'autres personnages de ce parti ; ils furent naturellement bien accueillis, et tous lui i)romirent d'employer leurs efforts pour rendre populaire au Mexique Tidée de la monarchie et la candidature de rarchiduc Maximilien. Ces préliminaires posés, il fallait savoir maintenant comment les puissances intéressées accepteraient cette candidature. M. Gutierrez savait que toutes avaient à se plaindre du Mexique et que sans la guerre de Grimée et celle dlialie, la France, TAngleterre et l'Espagne auraient déjà avisé aux moyens de relever ce pays, de manière à pouvoir traiter avec lui et lui faire remplir les engagemenis pris par les traités; il savait aussi que ces puissances souffraient de l'abaissement de l'anarchie chronique de cette riche contrée, et qu'elles désiraient ardemment lui voir prendre un rang parmi les nations civilisées. Son projet devait donc satisfaire ces puissances; mais quel serait leur concours, voilà ce qu'il ignorait. 11 pria M. Hidalgo de plaider auprès de Tempereur Napoléon la cause du Mexique, . comme étant une cause d'intérêt européen et particulière* ment français. Voici les motifs de ce choix.
M. Hidalgo était un jeune Mexicain sans fortune, lancé dans la carrière diplomatique depuis 1848, grâce à la protection d'un ou de deux de ses compatriotes. En Ëurope, il sut s'attirer les sympathies de quelques grandes dames espagnoles qui le protégèrent. En 1860, lorsque la duchesse d'Albemourulà Paris, S. M. Timpératrice chargea M. Hidalgo d'accompagner le corps de la jeune duchesse, à sa dernière demeure en Espagne. Ce service permit à M. Hidalgo d'obtenir de rimpératrice des audiences toutes les fois qu'il le désirait. Pendant l'automne de 18G1, il profita du séjour de Leurs Majestés à Biarritz pour remplir la mission que lui avait confiée M. Gutierrez. M. Almonte avait déjà parlé d'une intervention, sans avoir toutefois abordé la question de la monarchie qui lui paraissait trop compliquée. Le terrain était préparé; M. Hidalgo trouva auprès de Leurs Majestés
CMDIDATURE DË L*ARGQ1DUG MAXIMIUEN. 367
un accueil satisfaisant et même une disposition encore vague d'intervenir au Mexique pour obtenir des réparations à nos intérêts lésés, b notre honneur blessé. En principe,
Tempereur n'était point éloigné de contribuer à l'élablissement d'un gouvernement d'ordre, sérieux et régulier, mais il ne songeait point à le faire sans le concours des puissances également intéressées. Sa Majesté n'avait pointoublié que dans sa brochure sur le percement du canal de Nicaragua, publiée en 1846, le prince Louis-Napoléon demandait la construction, dans l'Amérique centrale, « d'un État florissant et considérable qui rétablira Téquilibre du pouvoir, en créant dans l'Amérique espagnole un nouveau centré d'activité industrielle assez puissant pour faire naître un grand sentiment de nationalité, et pour empêcher, en soutenant le Mexique, de nouveaux empiétements du côté du nord. » Il ne se bornait pas à des pressentiments indéfinis, il voyait déjà s'élever, sur quelque point de ces rivages, une ville . unique, une Constantinople du nouveau monde, plus heureuse que celte Constantinople de l'ancien monde « dont l'admirable position, écrivait-il dix ans avant le traité de Paris, est un objet de jalousie pour tou|es les grandes puis* sances de l'Europe qui s'accordent pour y maintenir un gouvernement... incapable de tirer parti des avantages que lui a prodigués la nature. » Un gouvernement mexicain consolidé par TEurope devait donc réaliser le programme de 1846, dans lequel les intérêts industriels, commerciaux et polili(iues des puissances européennes, est parfaitement développé. Quant à la forme monarchique donnée au gouvernement mexicain, l'empereur étant désintéressé dans la question, et ne voulant point de la couronne pour un des . membres de sa famille, il lui était indifférent que les Mexicains, libres de leur choix, arrêtassent leurs yeux sur un prince espagnol ou autrichien.
Dans le courant de 1861, les projets de M. Gutierrez ne sont qu'à l'état de principe et de germe, mais ils promettent de réussir; avant de leur donner un peu plus de consistance,
il fallait agir au Mexique. Le P. Miranda et monseigneur Labastida écrivent à leurs amis; Santa-Anna, influencé de tous les côtés et par ses propres sentimeats, promet de retourner dans sa patrie pour y établir « un gouvernement fort. » Les généraux conservateurs qui tenaient la campagne contre Juarez furent-ils informés du plan de M. Gulierrez? C'est probable, quoique les difficultés matérielles qu'ils devaient rencoutrer pour communiquer avec leurs amis résidant à Tétranger rendissent ces communications fort difficiles et très longues. Aussi, ne suis-je point étonné de les voir, au commencement de 1862, paraître ignorer encore même Texistence de larchiduc Maximilien, comme le témoignent leurs lettres dans lesquelles ils ne parlent que de Tintervention et de ses premiers actes. Néanmoins, les négociations des Mexicains résidant en Europe et dans les Antilles semblent pressenties dans la convention de Londres qui détend aux puissances signataires de retirer aucun avantage particulier de Tintervention ; ces négociations devaient donc être connues pareillement au Mexique. Avant de parler du traité de Londres, je dois exposer la situation des partis au Mexique, à la lin de 1861, et des chances de succès que pouvait avoir le rétablissement de la monarchie dans ce pays.
«Sans connaître notre passé, comment connaîtraient-ils notre présent? » disait M. Gutierrez de Estrada en parlant de tous ces écrivains improvisés qui parlent du Mexique à tort et à travers* parce qu*ils en ont vu une partie, sans se donner la peine de l'étudier. M. Gutierrez avait raison.
L'histoire nous enseigne que, dans tous les pays et à toutes les époques, les grands partis politiques ont eu des sentiments pour prétexte et Tintérét pour mobile. Elle nous ^ apprend aussi que ces partis se divisent en deux catégories : ceux qui possèdent, appelés aujourd'hui conservateurs, et ceux qui veulent posséder, connus sous le nom de libéraux. De ces deux partis en naît un troisième, qui tient des
deux et ue ressemîblQ ni ^ l'un m ^ l'autre ; on le nomme
GANDIDÀTUfiB L iMiiGHiPUG MAXIMILIBN. M
libéral modéré. Le nom et le drapeau changent, mais le
mobile reste le même. Cette vérité historique se. révèle dans le nouveau monde comme dans Tancien.
Avaat d'esquisser à grands traits Tiiistoire des partis au Mexique, je dirai d*abord que ces partis tels qu*oa les eom< prend en Europe n'existent pas et ae peuvent pas exister. La politique est une livrée nécessaire, au Mexique comme ailleurs, mais dans ce pays elle habille des hommes et les fait marcber de force ; des partisans convaineus » elle n'en a presque pas, des martyrs voloAtaîres, elle n'en a point et ne peut pas en avoir. Les monarchistes, les conservateurs et les libéraux proprement dits constituent dans ce pays d*ho- ^Ofables individualités, mais ils ne sont pas assez nom* breux pour constituer des partis. Le clergé séculier et surtout le clergé régulier, avaient acquis, sous le gouvernement espagnol, des propriétés immenses. Leurs richesses et l'emploi qu'ils en firent créèrent l'omnipotence du clergé. D'une situation pareille il résulta que la population pauvre, ami)!tieuse ou fainéante voulut ^trer dans le sacerdoce ou dans les couvents. L'esprit religieux ou fiinatique de cette époque et la situation morale et sociale que je viens d'indiquer contribuèrent à faire alors du Mexique un État monastique ou Qlériical, — comme on dirait aujourd'hui. En effet les Indiens,— soumis au clergé comme des enfants, étant nuls en politique, le reste de la nation, qui n'était pas dans l'Église, avait des intérêts de parenté, d'affaires ou de servitudes avec les membres de TÈglise mexicaine. U suffît de jeter un coup d'oeil sur la multitude de clochers qui domi- <nenl les villes et les villages du Mexique pour être convaincu du fait matériel. Le fait moral se prouve par l'histoire délaillée de la Nouvelle-Espagne.
Le parti cléiical n'étant que l'exagération du parti conser* vateur — comme les puras sont l'exagération du parti libéral — je ferai des deux un seul groupe. Ce groupe forme les dix-neuf vingtièmes de la population. Celle assertion est iondéc sur les iait^ suivants ; toute la population iadieuud
Si.
HiSTOIAB DU MBIIQUB
— plus de six millions d'âmes — est cléricale, — si elle est
quelque chose, — car elle est très opposée aux libéraux dont elle a toujours eu beaucoup à souffrir. Toutes les femmes
— et c'est une Torce eu politique religieuse — sont cléricales. Les propriétaires sont naturellement conservateurs, au Mexique surtout, oii les traditions et les intérêts dictent les sentiments. Le petit commerce est généralement pour l'ordre, et jusqu'à présent les libéraux n'en ont guère procuré. Ces différents groupes ne forment-ils pas les dix-neuf vingtièmes de la population ? La majorité du parti conservaleur est donc écrasante au Mexique, et tout le monde le sait, c'est elle qui a fait l'empire. Si les réactionnaires ou cléricaux sont conservateurs, les conservateurs ne sont pas tous réactionnaires ou cléricaux» loin delà. La majorité d'entre eux, civils ou militaires, est progressiste et plus libérale en réalité que les libéraux eux-mêmes.
Le parti libéral se compose des hommes qui ne possèdent rien ou peu de chose, des ambitieux, des mécontents, des brouillons et de tous ceux auxquels répugne la domination d'un clergé riche et peu évangélique. Ce parti, appelé dans tous les pays le parti d'action, c'est h dire remuant et batailleur, n'ayant rien à perdre et tout à gagner par les révolutions, en a fait au Mexique autant qu'il a pu. Depuis 1821, on en compte deux cent quarante. Les partis politiques, comme les médailles, ont un côté plus ou moins beau, un revers plus ou moins laid. Le revers des partis, ce sont les exagérations, l'intérêt personnel substitué au patriotisme, les passions secrètes cachées derrière le drapeau.
On a vu avec quelle rapidité vertigineuse, lés gouvernements conservateurs èt libéraux se succédaient au pouvoir; mais ce que je regrette de n'avoir pu, — faute d'espace, — mettre suffisamment en relief, ce sont les détails de celle lutte constante, acharnée entre les deux partis, et les maux inouïs qu'elle a -infigés aux populations inoffensives, agricoles, industrielles, en particulier, et à toute la nation en général. M. Charles de Barrés et le rapport du comité de
GANDIBATUEB DE L'ABGHIDUG MAXIMIUBN. 371
rassemblée des notables font sur Tem pi éoroanie, ^ cette
plaie hideuse du Mexique, — des tableaux navrants que je dois retracer ici pour mieux faire comprendre quelle était la situation de ce pays, lors de la convention de Londres.
(X La cause en est, dit M. de Barrés, en parlant des révo* lutions, dans l'habitude prise, depuis l'indépendance , par une foule de gens, de vivre aux dépens du trésor et de ne chercher leurs moyens d'existence que dans les postes publics. Il y a dans ce pays, quarante ou cinquante mille citoyens qui regardent l'État comme leur patrimoine naturel ; Templéomanie est devenue leur unique industrie. Or, comme il est difticile à un budget aussi mince que le budget mexicain de défrayer tant de monde, on compte toujours ici quinze ou vingt mille mécontents qui s*agitent, qui conspirent et font mille efforts pour déposséder leurs rivaux et rentrer aux affaires. Cette foule besoigneuse trouve toujours des chefs pour l'entreprise. Voilà quarante et tant d'années que le Mexique tourne dans le même cercle révolutionnaire. »
JTai entendu des Mexicains se servir de cet amour de leurs compatriotes pour les places, les emplois, les honneurs, lés décorations, les titres et les habits brodés, comme d'un argument en faveur des goûts et des idées monarchiques de leur race, Ce qu'il y a de certain, c'est que ces goûts sont en désaccord avec les idées démocratiques et les mœurs républicaines.
« Les abus de Templéomanie, dit le rapport de l'assemblée des notables, croissant chaque jour, pouvons-nous être surpris que la facilité à se prêter à la corruption soit arrivée à devenir la meilleure recommandation pour ceux qui aspirent aux emplois dans l'adminisiralion des finances; que la dilapidation et la banqueroute aient remplacé la bonne gestion des fonds publics, et que les auteurs du désamortissement des biens ecclésiastiques ont eu pour but non de les nationaliser, ainsi qu'on la Mi ailleurs, mais de les monopoliser daqs les muins d une poignée de spéculateurs, sans
que la ea ait retiré aucun avautage peudaiU geile ^oque de. vandalisme et de rapine? »
Aprèe de3 oonyulsions de toutes sortes, dans les terres
mouvantes de cette société plus dissoute que dissolue, au milieu d'hommes auxquels manquent les vertus civiques, les idées monarchiques, ^n effet,, n'avaient pas sombré complé* temqnt ; elles ont surnagé comme une aspiration confuse dliommes harassés d'anarchie et de servitude, et plusieurs fois même elles se sont formulées au grand jour. Toutes les fois que les apôtres de la monarchie ont voulu présenter ce remède i|u;c maux de la patrie, ils ont été repoussés, non par dédain pour ce remède, mais parce qu'il a toujours été présenté dans des circonstances inopportunes et sans un pian arrêté. N'ayant ni le temps, ni le courage, ni peut-être même la pensée de retourner à la monarchie, les Mexicains ont poursuivi l'ombre effacée de la royauté dans des. dictatures de plus en plus avilies.
Quand l'indépendance des Amériques a été accomplie, il y a toujours eu dans les nouvelles républiques deux principes en lutte, la centralisation et le ledéraliâme, origine de toutes les révolutions qui ont eu lieu dans ces contrées. Le principe conservateur s'est assimilé tout ce qu'il y a de distingué dans le pays, et c'est parmi les hommes de ce parti qu'on a trouvé le vrai patriotisme, tandis que le parti fédéral a trouvé son appui parmi: les bommes de moindre valeur et surtout parmi les plus cruels eunemis de l'indépendance mexicaine, — les Américains, — qui ont toujours déguisé leur soif d'absorption et d'annexion derrière une hypocrite sympa- , thie. Le fédéralisme est donc le grand mal des républiques hispano-américaines, c*est lui qui a produit les grandes révolutions et les petites tyrannies, c'est lui qui a proclamé le plus souvent la spoliation et l'assassinat des étrangers et surtout des Espagnols. On comprend pourquoi l'Espagne avait toujours des motifs pour intervenir au Mexique» ua désir permanent de le faire; ses révolutions int^ieures Ten
ont seules empêchée»
CANDIDATURE DË L'AKGUlDiJG MAiJUMILIEN.
En étudiaat Tesprit du mouvement national de Tindépeadançe et rhi&U>ire méxaede république, ii est facile de reconnatlre la puissance du sentiment mooarchique. La junte de Zitacuaro, le congrès de Chilpancingo, le plan dUguala, le trallé de Cordova, l'empire d'Iturbide, la présidence de Parédès, la mission de Gutierrez de Esirada en 1846 et 1854, le mouvement de ropinion publique eu 1863 el 1864, sont autant de preuves que ce sentiment est toujours resté à l'état latent au fond des consciences mexicaines, et qu*il s*est manifesté toutes les fois qu'il a pu le faire librement. La population mexicaine, divisée en trois éléments nettemeal tranchés : les créoles, les métis et les Indiens, môme en ne tenant aucun compte de ses traditions et de son passé, ne pouvait organiser sérieusement un gouvernement républicain. Les créoles sont maîtres de la propriété foncière, de l'industrie, du capital. Les Indiens forment la classe des travailleurs agricoles, sont les pionniers, cultivent le sol de rhacienda sur lequel un système habilement conçu, âprement appliqué, les retient esclaves. Entre Ces deux éléments se placent les métis , ouvriers d'industrie et de fabrique, chefs de culture et contre-oiaitres, dont la fonction sociale la plus caractérisée est de servir d'intermédiaires, pour la direction des travaux et la transmission des ordres, entre le créole et l'Indien : ces trois classes sont profondément séparées les unes des autres et cette séparation s'aâirme chaque jour davantage, loin de diminuer.
Constituer dans ce pays une république démocratique sera longtemps encore une utopie. Livré à lui-même, le gouvernement républicain sera, dans l'avenir, ce qu'il a été dans le passé, c'est à dire impuissant à répondre aux nécessités sociales du Mexique. En effet, si les Indiens qui constituent les six ou sept huitièmes de la population sont humainement dignes d'être élevés au rang de citoyens, ils demeureront incapables de prendre part à la vie publique et d'exercer les droits civils aussi longtemps qu'on les privera d'instruction,
qu'on tes waûuiendra dans cette servitude qui resiMiubte
UISIOIRE DU MEXIQUE.
taat à l'esclavage et qu'on les enlèvera de force à leurs travaux, à leur famille pour les enrôler sous les drapeaux d'un chef de bande ou dans l'armée permanente. Le peuple conquis par Gorlez existe de nos jours, il ne faut point l'dubliLM\ Des trois castes qui composaient les vingt-sept millions de sujets de Moctezuma, deux , celle des guerriers et celle des prêtres ont disparu sous les rigueurs de la conquête ; la troisième, celle des esclaves a survécu seule, et dans celle-là se sont confon<luf^ les débris des deux autres. Les Indiens contemporains sont demeurés tels qu'étaient leurs ancêtres; le type physiologique et le tempérament moral se sont transmis dans toute leur pureté jusqu'à la génération actuelle; ils parlent la même langue, se logent, se nourrissent et s'habillent de la même manière qu'au temps deMoctezuma; ils se mêlent à la civilisation moderne sans que leur caractère d'origine soit altéré. Avec de tels éléments sociaux, peut-on faire une république démocratique basée sur Tégalité des droits et dos devoirs? Pourra-t-on constituer un pouvoir semblable h la convention française qui pourtant était puissamment centralisatrice? Un gouvernement républicain au Mexique sera-t-il jamais autre chose qu'une ànT>malie politique avec une très petite minorité aristocratique privilégiée, et une grande majorité asservie?
La monarchie n'était donc pas seulement possible en 1861, elle était une nécessité sociale, et si les monarchistes étaient rares alors, c'est que les républicains, par sentiment, et non par intérêt, étaient tout aussi rares, sinon davantage. Malgré son éloignement, la monarchie avait su donner au Mexique une vitalité assez puissante pour triompher de sa métropole, tandis que sous le régime républicain, la nation, énervée par l'instabilité, la guerre civile et la corruption, n'a pas su résister ù cette poigtiée d'étrangers avec lesquels elle n'avait aucune ailinité d'origine, de langage, de religion ni de mœurs, et qui purent, néanmoins, pénétrer et se maintenir en maîtres dans le cœur du pays , le démembrer selon leur bon plaisir, et ne se retirer que lorsqu'ils n'avaient plus rien
CAMblDATUllB bE L*AftGËlMG MAXIMIUBN. m
îi prendre. Uidée monarchique n'était donc point une idée improvisée en iS6i , encore moins une idée française; elle était née de la force même des choses, et Tiaitiative, on Ta vu, appartenait tout entière à des Mexicains.
Le 31 octobre i861, la France, TEspagne et TAngleterre signaient, h Londres, une convention, dont Tesprit a été généralement méconnu, ii commencer par les représentants de ces trois puissances chargés de la faire exécuter au Mexique. Certes, ce n'est point à l'influence modeste dé cinq ou six Mexicains, et, uniquement dans leurs intérêts, que trois puissances appelées l'Angleterre, l'Espagne et la France envoyèrent leurs escadres et leurs légions à travers TOcéan, jusqu'aux rivages dangereux et malsains du Mexique. Une idée aussi ridiculement puérile ne pouvait venir à l'esprit de personne. Ces Mexicains n'avaient point consu]té,—à Tégard du souverain de leur choix, les cabinets de Londres et de Madrid, dont ils connaissaient les antipathies nationales pour la race mexicaine; mais les renseignements qu'ils fournirent à Paris donnèrent à l'allure de notre gouvernement une marche plus loyale, plus décidée, plus conforme à l'esprit de la convention de Londres que celle de ces cabinets qui ne songeaient qu'à poursuivre des intérêts particuliers.
Les raisons primordiales qui ont motivé la convention de Londres et l'intervention des trois puissances , sont clairement indiquées dans les dépêches officielles; il suffit de réunir des extraits de ces dépêches pour montrer le caractère de ces motifs. On n'a pas oublié le rapport de M. Wyke» ministre britannique à Mexico, dont j'ai déjà publié quelques extraits ; en voici d'autres non moins importants, envoyés avant la demande de ses passe-ports, et qui donnent, en outre, des détails qui ne seront point soupçonnés de partialité. — «c 27 mai 1861. — Le congrès, au lieu de donner de la force au gouvernement, pour en finir avec l'affreux désordre qui règne de long en large dans ce pays, s'amuse à disputer sur diverses théories du soi-disant gouvernement et sur des principes ultra-libéraux , pendant que
3té mstOïftfi b0 MSttQtlfi.
la partie respectable de la population reste livrée satts dé* fense aux attaques des voleurs et des assassins qui pullulettl sur les routes et dans les rues de la capitale. Le gouvernement constitutionnel ne peut înaintefiir son autorité dans les divers fitats de la fédération qui se rendent, en fait, parfaitement indépendants.
« Le patriotisme, dans Tacception commune du mot, est une chose inconnue et Ton ne trouve aucun homme de quelque importance dans les rangs d*aocun parti.
« Lés factions combattantes luttent pour s'emparer du po«voir afin de satisfaire leur vengeance et leur avidité; pendant ce temps-là le pays descend tous les jours de plus en plus bas •
« Tel est l'état actuel des aflliires du Mexiqué. Votre Seigneurie comprendra qu*il y a peu d'espoir d'obtenir justice d'un peuple semblable, si ce n'est en employant la force pour exiger avec elle ce que la persuasion ou les menaces n'ont pu obtenir jusqu'à présent. »
« 23 juin 4861. La lecture de mes précédentes dépêches aura fait voir h Votre Seigneurie que l oji ne peut avoir aucune confiance dans les promesses^ ni même dam les engagements fatals du gouvernement mexieain,
ce IjC capitaine Aidham qui, durant trois ans, a bien étudié le caractère mexicain et la manière d'éluder ses éngagements, si particulière à ses gouvernoments, est d'avis que le temps de la douceur est passé et que, si nous voulons protéger la vie et les intérêts des sujets britanniques, il faut employer des mesures coercitives.
« Du moment où nous moiUrerons notre résolution de ne plus permettre que les sujets britanniques soient volés et assassinés impunément, nous serons respectés, et tous les Mexicains sensés approuveront une mesure qu'ils sont les premiers à reconnaître nécessaire, afln de mettre un terme aux excès qui se commettent, chaque jour et h toute heure, sous un gouvernement aussi corrompu qiriynpuissant à maintenir l'ordre ei à faire exécuter ses propres lois. »
ÊANDlDATtÉB t>E rAftCQlbtJG MAilltlLIËri. M
• « 28 octobre 1861. — L'expérience de chaque jour tend à prouver combien il est complètement absurde d'essayer de gouverner le pays avec les pouvoirs limités que la présente constitution ultra-libérale accorde au pouvoir exécutif, et je ne vais aucun espoir ffamêlioratiûn H elle ne vient éTune interveîition étrangère ou de la formation d'un gouvernement raU sonnable composé des principaux membres du parti modéré qui, pour le moment, manquent de courage moral et craignent de se mouvoir, à maim de reeevoir quelques secours matériels du dehors. »
Ces dépêches expliquent la convention de Londres et Tintervention, mais celle du 25 novembre, c'est à dire quelques jours avant l'arrivée des troupes espagnoles, est plus explicite encore, en ce sens qu'elle révèle que Tintervention étrangère était reconnue nécessaire même par un ministre de Juarez. a Heureusement, écrit sir Charles Wyke au comte Russell, dans ce moment, le département des finances fut offert à une personne d'un mérite considérable, socialement et politiquement parlant, à M. Gonzales Echeverria qui arrivait d'Europe dans le but d'arranger ses aflaires dans ce pays-ci, avant de le quitter pour toujours.
« Cependant, lorsque M. Echeveirria examina l'état de son ' département, il trouva tout dans un tel état de confusion, qu'il refusa de prendre sur lui cette lourde charge. Alors, comme dernière espérance, on me pria de le voir; pendant notre entrevue, je fus si frcTppé de son grand bon sens et de l'idée exacte qu'il s'était formée de la situation de son pays, que je tâchai de le persuader d'accepter le poste; d'abord il s'y refusa, disant qu'il était trop tard pour faire aucun bien et qu'î7 était convaincu que maintenant rien ne pouvait sauver le Mexique sinon Vintervention étrangère; mais j'ai le plaisir de vous dire que j'obtins enfin qu'il accédât à ma demande. »
Outre les intérêts de ses nationaux et les réparations à exiger pour ses sujets volés et assassinés, l'Angleterre avait encore d'autres motifs pour intervenir au Mexique et contri- < buer à l'établissement d'un gouvernement fort qui rendit la
BtSTOlftB DO HBXlOm.
sécurité des routes pour le transît des métaux précieux, dont elle faisait la contrebande sur une vaste échelle. On sait que les plus riches mines de Real del Monte, de Guanajualo ei d'autres localités appartiennent aux Anglais, que leurs vaisseaux de guerre se livrent régulièrement, le k)ng des côtes, à la contrebande des piastres, de l'or et de Targent en barres, et que dans la seule année de 1840, ils en embarquèrent pour plus de trente millions de francs. Lorsque les bandes armées rendaient impratieables les chemins, les Anglais perdaient des sommes considérables qu'ils se procuraient par co commerce interlope. La reine d'Angleterre, dans son discours au parlement, montre la nécessité de l'intervention qu'il lui était, du reste, difficile d'éviter, après les demandes en réparation de son ministre à Mexico, et les plaintes énergiques des maisons de commerce les plus riches et les plus influentes de la Grande-Bretagne.
Dans le discours de la reine d'£spagne, on trouve les mo« tifs généraux de l'intervention espagnole; dans ce message Sa Majesté déclare que ce les désordres et les excès sont arrivés à leur comble chez ce malheureux peuple mexicain. Traités violés, droits méconnus, mes sujets exposés aux sévices les plus graves et à des dangers continuels ; tout a rendu indispensable d'offrir à la fois un exemple de rigueur salutaire, et une preuve de haute générosité.
(c La France, TAngleterre et l'Espagne se sont mises d'accord pour obtenir la réparation de leurs griefs et Iqs garanties nécessaires, afln qu'on ne voie plus se reproduire à Mexico les intolérables attentats qui ont scandalisé le monde et aHligé l'humanité ».
N'ayant pas l'intention de faire un plaidoyer pour ou contre qui que ce soit, je vais publier des extraits des principales dépèches concernant la question mexicaine, adressées aux représentants des puissances intéressées par leurs gouvernements réciproques, pour montrer quel était l'esprit de chacun de ces gouvernements, lors de la signature de la convention de Londres. Les dates de ces dépôcteSi
CANDIDiTUBB P% t ABCDIPUG KA^IMILIEN. 870
comme leur contenu, oot un^ 3igQificatioa qu'on ne $aurait
trop signaler.
M. Mon, ambassadeur d'Espagne à Paris, au ministre <l*£tat à Madrid, Paris, 6 septembre 1861. — Dépêche télégraphique. « La France et l'Angleterre vont s'emparer des douanes de la Vera-Cruz et de Tampico, afin de se rembourser de toutes les sommes que le Mexique leur doit. Dans ce but, des forces navales se dirigent vers ces points; elles, semblent ne se soucier en rien de nous. Quoique je sois sans aucune instruction de Votre Excellence, je pense parler au ministre dès qu'il arrivera de la campagne, afin de connaître sa pensée. Je sais que Tidée d'une monarchie leur est agréable ; Tocoasion est favorable pour une solution, parce que nous sommes tous offensés et les États-Unis très affaiblis, et je me réjouirais que nous sortissions de ceci au moins sans y perdre. »
Quatre heures après avoir envoyé cette dépêche, M. Mon reçut la suivante : « Veuillez vérifier si ce gouvernement a rintention de faire une démonstration contre le Mexique. » Puis, le soir même il envoie à M. Mon une autre dépêche dans laquelle on voit que le gouvernement espagnol était décidé, dès le 6 septembre, à intervenir au Mexique, avec ou ' sans le concours de la France et de TAngleterre. « Nos dépêches d'aujourd'hui se sont croisées. Le gouvernement est décidé à agir énergiquemont. Un bateau à vapeur partira, porteur d'instructions catégoriques au capitaine général de Cuba, pour qu'il agisse contre Tampico et la Vera-Gruz avec toutes les forces dont il peut disposer. Des bâtiments seront envoyés pour renforcer l'escadre qui se présentera dans ces mers comme il convient à la dignité de l'Espagne. — Votre Excellence peut le faire connaître au gouvernement impérial. — Si l'Angleterre et la France conviennent d'agir d'accord avec l'Espagne, les forces des trois puissances se réunironty tant pour obtenir la réparation des outrages que pour établir un ordre régulier et stable au Mexique. — Si ('es puis-
saiM)as fout abstmctiou de VËspa^ne^ le gouvernement de ia
880 HISTOIRE DU MEUQDB.
reine, qui attendait un moment opportun pour agir avec vigueur, sans donner un motif de lui attribuer des vues politiques d aucun genre» obtieadra les salisfactions qu il a le droit dè réclamer, en se servant des forces qu'il possède, et qui sont supérieures à celles qui sont nécessaires pour réaliser une entreprise de ce genre.
« Si la réponse du gouvei aemeut impérial était conforme au désir qui anime celui de Sa Majesté, d'agir collectivement, le ministre de Sa Majesté recevra des instructions identiques à celles-ci. — Galderon CoUantès. »
Le 9 septembre, M. Mon adressait au ministre d'État la dépèche suivante : — m ie viens de voir M. Thouvenel, qui est arrivé de la campagne il y a une heure ; il a reçu ma communication avec plaisir; il m*a dit que, abondant dans les idées du gouvernement espagnol, il avait pris les ordres de l'empereur, et qu'il avait écrit aujourd'hui, dans le même sens, au gouvernement anglais ; qu'il s'était proposé d'écrire demain à Votre Excellence, ce qu'il ne ferait pas, puisque Votre Excellence avait pris les devants, et que ses intentions lui étaient connues. — Son idée est que les trois puissances s'emparent de la Vera-Cruz et de Tampico pour le recouvre- 'ment des sommes que le Mexique leur doit respectivement ; qu'elles fassent comprendre la nécessité d'établir au Mexique un gouvernement, et qu elles aident ce pays à s'établir d'une manière stable et qui ne soit pas exposée aux vicissitudes coutiuuelles du moment. Il pense que les troupes ne pour* ront pas débarquer avant la fin d'octobre, à cause de la fièvre jaune.
« Dans ma communication, j'ai parlé comme si l'acLioa arméeétait une chose résolue par Votre Excellence, etcomme si je lui en tiaisais part pour lui proposer de venir, avec nous et avec l'Angleterre, exiger du Mexique la satisfaction de communs outrages. » *
« L'att'aire du Mexique, dit M. Mon, aux Gortès, se trouve ainsi naître de la résolution énergique prise par le gouvernement espagnol» d^emi^ioyer raction U'iuterveniiou pour
GANDIDATU&Ë D£ imOiDUG MAXIMILIRN,
obtenir par la force les satisbctions qu'il demandait, et on commença également à s'occuper de ce gouvernement sta* .ble et durable que le gouvernement espagnol demandait pour le Mexique, et que tous désiraient. »
Le 10 septembre, en allant au ministère des affaires étrangères, il rencontre le représentant anglais qui lui demande : — <r Qu*y a-t-il du Mexique?— Le gouvernement espagnol est décidé à agir activement, répond M. Mon. Le ministre anglais ajouta : — La monarchie est le gouvernement qui lui convient le mieux. » L'ambassadeur espagnol répondit que telle était également sa croyance» et répéta ce colloque à la tribune des Gortès, pour prouver que les trois puissances étaient parfaitement éclairées sur la situation du Mexique et sur le caractère que devait avoir la triple intervention pour remédier à cette déplorable situation.
Dans les instructions données au général Prim, et dont ce général n'a tenu aucun compte, les traitant avec le même dédain qu'il a traité la convention de Londres, on voit que dans l'esprit du gouvernement espagnol, la guerre contre le Mexique devait naturellement suivre rintervention. Ces ins* tructions sont d'autant plus intéressantes à connaître qu'elles révèlent rexpérience du passé, et prévoient ce qui devait arriver au début de l'expédition et la faire avorter. — « Les nouvelles dernièrement reçues du Mexique, disant que Juarez a donné l'ordre de désarmer le château de Saint-Jean d'Uloa et la place de Yera-Cruz, semblent indiquer que Ton ne veut point s'opposer au débarquement des troupes expéditionnaires, sans doute avec rintention de porter la guerre dam tintérieur du pays.
ce Môme si cela est vrai» l'issue de la campagne en la re* culant ne serait point changée, car les escadres alliées por«
tcront des forces suffisantes pour toutes les opérations qu'exigerait le but de l'expédition... Si la sûreté des nationaux des trois puissances était menacée ; si on venait à commettre contre eux de nouveaux attentats, de nouvelles
viuicaces, line serait pas possible de rester dans l'inaction.
Voler à leur ;secours.«« seraU non saulemeot «a id^^ir, mis encore ooe iœpérieuse nécessUé.
a U pourrait arriver aussi que le gouvernement tn^^ns^
qui commande au Mexique, opposât une résistance passive à Taction combinée des trois puissances et que, faisant retirer êe& forces daiis riatérieur, il aUendîl que le climat et tous les jocoovéoiieûts qui accompagnent des expéditions entreprises à de grandes distances, décimassent les troupes et prolongeassent d'une manière indéfinie la fin d'une entreprise aussi importante. Dans ce cas, il faudrait aller chercher le gouvernement là où il se trouverait, en quelque lieu qu'il fût, pour lui imposer des conditious plus sévères que celles qui l'atteindraient si, dès le principe, il reconnaiSiSait la portée des réclamations de trpi^ gouvernements. »
En outre, te général Prim devait « formuler les réclamations du gouvernement de S. M., conformément à la commu*
iiiealion adressée, le 11 septembre, au comte de San Antonio, .capitaine général de Cuba, dont ou lui remet copie et qui sont les suivantes :
« Prmière. Une sacisfoction publique et solennelte pour la violente expulsion de l'ambassadeur de S. M. la reine. Cette satisfaction doit s'accomplir dans les termes exprès de ladite communication, à savoir : que le gouvernement du Mexique doit envoyer à Madrid un représentant pour exprimer au gouvernement de Sa Majesté que ce fut seulement dans un moment d'erreur et d'exaltation que l'on put fouler aux pieds les droits appartenant à la personne chargée de représenter l'Espagne dans cet État. Et que cette conditioa est si importante et de telle nature que tant qu'elle n'aura pas été acceptée et mise à ewéeution^ on ne pourra éviter de voir
éclaler les liostilitcs.
« Seconde. L'accomplissement, l'exécution rigoureuse du traité Mon-Almonte, et le paiement des- créances espagnoles indûment suspendu par le gouvernement mexicain, et le paiement, en esp^es, de dix millions de réaux^ somme à
GAiNDIDATURB W VIMMim VAXIMIUEN
laquelle on évalue le montant des intérêts échus et non payés ; cela avant de sigaer . ua arrangemeat quelconque.
« Troisième. Une alloeation et indemnité aux Espagnols
qui y ont droit pour tous les dommages occasionnés par suite des crimes commis h San Vicente, à Chiconcuagua et k la mine de San Dimas, et le châtiment exemplaire des coupables et des autorités qui, tout en le pouvant, ne firent rien pour empêcher ces crimes.
« Quatrième. Le remboursement de la valeur du troismàls Concepcion, capturé par un navire de Juarez.
« Ce sont les condiiioas que Votre Excellence présentera, maUjamaU la paix; et sans leur acceptation complète de la part du gouvernement de la république, il ne sera pas possible de suspendre les hostilités.
Le général Prim a préféré ne rien demander de ce qui était contenu dans ses instructions» proposer la paix qu'on lui défendait de proposer et de ne pas commencer les hostilités qu'on lui disait de ne pas suspendre. Sa conduite au Mexique esl le prélude de celle qu'il suivit à l'égard de son propre gouvernement pour satisfaire son ambition personnelle. Après avoir agi directement contre les ordres qu'il avait reçus, il devait bientôt prendre deux fois les armes contre sa souveraine et faire massacrer ses compatriotes qu'il avait séduits, en s'assurant toutefois, malgré son courage, de ne pas tomber entre les mains des soldats fidèles à leur drapeau. Si les instructions du cabinet espagnol n'étaient point aussi belliqueuses, si la guerre n'avait pas dû résulter de l'expédition, il eût été difficile de comprendre pourquoi ce cabinet, éclairé parle passé, cherchait encore à traiter avec le gouvernement d'une république qui ne tenait point ses engagements et ne pouvait pas les tenir. Mais, à la fin de l'expédition il y avait la guerre, à la Rn de la guerre rétablissement d'un « gouvernement vigoureux et durable, » avec lequel on pourrait traiter à Taveuir, et c'est pourquoi le général Prim avait ordre de ne pas suspendre
UISTOilŒ DU M£JLiQU£.
les hostilités avant d'avoir obtenu les réparations exigées dans la dépêche du^l septembre.
Quoique l'Espagne ait proposé l'action commune le 7 septembre, je crois qu'à cette époque la France et l'Angleterre avaient déjà l'intention d'intervenir séparément ou en commun, comme l'indique Ja dépêche du 6, et que i'Ëspagne n'a point fait nattre l'affaire du Mexique, mais uniquement la triple intervention commune. L'Espagne, pourtant, se conduisit étrangement; elle précipita son action de manière à faire supposer qu'elle voulait arriver avant les alliés, pour des motifs qu'elle n'avouait pas. Les dépêches suivantes font connaître le mécontentement suscité par cette précipitation et les motifs secrets qu'elle n'avouait pas. M. Mon, se faisant l'écho des plaintes formulées, surtout par l'Angleterre, sur la précipitation de l'Espagne, le ministre d'État lui répondit le 8 octobre..'. » Le gouvernement de la reine ne s'est point écarté des propositions qu'il a faites dès le principe de cette grave question, et que j'ai communiquées h Votre Excellence par dépêche télégraphique, le 6 septembre.
« Les apprêts militaires ont été aussitôt commencés et n'ont pas été suspendus un seul instant. Gela était naturel ; il est nécessaire que le gouvernement de la reine s'occupe, sans discontinuer, de réunir les éléments indispensables pour que le glorieux pavillon de l'Espagne apparaisse sur les côtes du Mexique avec la splendeur qu'il a toujours conservée.
« Il était à espérer, et nous n'avons pas renoncé à cet espoir, que l'accord tant désiré entre les trois puissances, pour agir collectivement, pût s'établir pendant le temps employé aux apprêts de tout genre.
« Dans ce cas, nous serons préparés de manière que l'action commune ne soit pas retardée, et si, par malheur, cette action commune n'était pas possible, le gouvernement de la reine donnerait les ordres opportuns pour obtenir les satisfactions demandées et les réparations aux préjudices causés, ci ^our commencer ka lioslilités, si on ne les oblenail pas...
GANDIDATURR DB L* ARCHIDUC HAIUUUBN. m
ce Les plaintes qui ont été formulées, ainsi que Votre Excellence l'exprime, sur la précip.itatiQn supposée du gouvernement de la reine et l'abandon de ses premiers projets, sont donc sans fondement.
« Loin d'y renoncer, il est chaque jour plus persuadé que l'accord des trois gouvernements, en prouvant la satisfaction des offenses l eçues et la réparation de tous les dommages, contribuera plus ou moins directement, à créer au Mexique une sUuàtUm régulière et bien assise qui permettra rétablissement d'un gouvernement donnant de la sécurité et du repos aux malheureux habitants de ce territoire, et des garanties aux intérêts et à la vie des étrangers... »
Malgré cette réponse, le corps expéditionnaire n*en partit pas moins de ia Havanè, sans attendre Faction commune. Le 43 octobre, M. Mon écrivait de Paris au ministre des affaires étrangères, la dépêche confidentielle qui suit. — « Par ma dépêche télégraphique du 10, Votre Excellence aura eu connaissance de ce que M. Tbouvenel me dit le même jour en me racontant la conversation qu'il venait d'avoir avec lord Cowley sur les affaires du Mexique. — Le .lendemain au soir, je reçus du même ministre l'invitation de passer le jour suivant, à midi, à son cabinet afin de me faire une communication relative *à ces mêmes affaires. Je fus au rendez-vous, et il me dit : ce Hier, j*ai rendu compte à l'empereur de la conversation que j'ai eue avec lord Cowley et avec vous, et il approuve ce que je vous ai dit. — 11 croit que l'expédition en commun des trois puissances doit avoir pour objet d'obtenir ia réparation des offenses connues; mais aussi que si, en présence de notre nation, les Mexicains veulent rétablir l'ordre dans le gouvernement de leur pays, uous devons leur prêter secours de la manière qui sera possible. Que si^ par le moyen d^un congrès ou d^un vote spontané. Us voulaient établir une monarchie^ nous devrons aussi leur prêter le même appui ; et que, s ils ne voulaient rien de cela, nous devrons nous contenter dexiger et dobtenir la réparation de nos griefs, — Je lui répondis que ces désirs étaient
les même» que ceux da Votre Excelleece, selon qu'ils étaient
exprimés dans la communication de Votre Excellence datée du 8, que je venais de recevoir dans la soirée du 11. M. Thouveoel me fit voir la difiQculté qu'il y aurait d'admettre, parmi nos réclamations, des demandes qui n'auraient pas.le même caractère et qui pourraient, non seulement entraver notre action, mais lui donner une fausse direction, faisant allusion à la pré3ence des Étals-Unis dans la convention, ce dont je convins avec lui.
« H. Thouvenel voulut aussi me (laire quelque indication sur la convenance qu'il y aurait à ce que ce fût un bon prince qui régnât au Mexique, si les Mexicains voulaient un roi; mais nous tombâmes d'accord que je ne connaissais de la part de Votre Ëxcellence d'autre volonté que celle d'aller ensemble au Mexique pour obtenir le redressement de nos griefs, pour protéger et appuyer l'éLablissement d'un gouvernemenl d'ordre et même de forme monarchique, si tel était le désir des Mexicains, car à appartient la liberté de rétablir... Alexandre Mon. »
Dans la dépêche du 15 octobre à M. Barrot, notre ministre h Madrid, M. Thouvenel est encore plus explicite.— «M. l'ambassadeur de S. M. Galbolique, dit-il, étant venu avant^bier m'entretenir sur le même «sujet, je me suis expliqué avec lui ainsi que je l'avais fait avec lord Gowley. Je lui ai dit particulièrement en ce qui touche le retour éventuel du Mexique à la monarchie, que ce pays aurait avant tout à exprimer ses sentiments aussi bien à l'égard de la forme monarcbique qu'à l'égard du choix d'une dynastie. J'ai fait ensuite remarquer à M. Mon que le gouvernement de l'empereur, envisageant celle éventualité avec un complet désintéressement, écartait d'avance toute candidature d'au prince de la famille impériale, et qu'il ne doutait pas que les deux autres puissances ne fussent dans de pareilles dispositions; enfin, qu'en ee qui concernait le choix de la dynastie, dans l'éventualité indiquée, nous n'avions aucun candidat à proposer, mais que,
1^ Viis éçbéMif un uri>)»iduQ d'^udriclie -aurait notre g$^a'*
GANDlDATOAB ht L aUCHIMIC «AXIMILIBNj 991
timent. Un tel choix, en effet, indépendamment des autres motifs qui pourraient être invoqués, pour y adhérer, aurait l'avantage d'écarter de Taction colieclive des trois puissances toate caose de froissement ou de rivalité oationaie, eo même temps qu'il laisserait toute son autorité à l'appui moral qu'elles seraient appelées à donner à la nation mexicaine. En un mot, les trois puissances tiendraient ici une conduite aoaiogue à celle que la France, TAiigieterre et la Russie observèrent à Tégard de la Grèoe, lorsqu'elles s'engagèrent il n'aecepter pour aucun de leurs princes le nouveau tr6ne élevé par leurs communs efforts. »
Avant de continuer la publication des autres dépêches sur le même sujet* je publierai les articles de la convention de Londres pour conserver Tordre des dates. Pour le moment» je me borné k constater qoe les trois puissances étaient» jusqu'alors, parfaitement d'accord sur le double but que • devait avoir l'intervention, et que ce double but avait été nettement déclaré avant la signature de la conveniion qui eut lieu le 31 octobre 1861.
« 1<» S. M. la reine d'Espagne, S. M. l'empereur des Français et S. M. la reine de la Grande Bretagne sont convenus de prendre, aussitôt après la signature de la présente convention» les dispositions nécessaires pour envoyer sur les côtes du Mexique des forces de mer et de terre, dont f effectif sera déterminé par un échange de communications ultérieures entre leurs gouvernements, mais dont le total sera suffisant pour pouvoir prendre et occuper les différentes forteresses et positions militaires du littoral du Mexique.
« Les diefs des forces alliées seront en outre autorisés à mener à bonne fin les autres opérations qui, là-bas, leur paraîtront ensuite les plus propres h réaliser le but spécifié dans le préambule de la présente convention et particulièrement pour mettre à l'abri de tout danger la sécurité des résidents étrangers.
« Toutes les mesures dont il est fait mention dans cet artàcie seroot prises au nom et au compte des hautes par-
m ËISTOIRB DU MEUQDB.
lies contractantes, sans faire attention à la nationalité par*
ticuliëre des forces employées pour les exécuter.
« 2° Les hautes parties contractantes s*engagent à ne chercher pour elles-joiémes dâos l'emploi des mestures coercUiveSt prévues dans la présente convention, aucun avantage par* ticulier, et & n'exercer sur les affaires intérieures du Mexique aucune influence capable de porter atteinte au droit de la nation pour se choisir et constituer librement la forme de son gouvernement.
« 3f II sera établi une commission composée de trois com*
missaires, nommés respectivement par chacune des parties contractantes, ayant pleins pouvoirs pour décider toutes les questions que peuvent susciter l'emploi et la distribution des sommes qui se recouvreraient au Mexique, tenant en considération les droits respectifs des parties contractantes.
« 4® Les hautes parties contractantes, désirant, en outre, que les mesures qu'ils ont l'intention d'adopter ne soient pas d'un caractère exclusif, et sachant que le gouvernement desÉtats-Unis a, de même qu'elles, des réclamations contrôla république mexicaine, conviennent qu'aussitôt qu'elles auront signé la présente convention, il en sera donné copie au gouvernement des États-Unis, lui proposant d'accéder à ses dispositions, et en cas d'accession de la part des États-Unis, les hautes parties contractantes autorisent leurs ministres à Washington h conclure et signer avec le plénipotentiaire désigné par le président des États-Unis , une convention identique, séparée ou collective, supprimant le présent article. Mais, comme quelque retard à effectuer les stipulalations contenues dans les articles i et 3 de la présente convention pourrait frustrer les vues proposées par les hautes parties contractantes, elles conviennent que le désir d'obtenir l'accession du gouvernement des États-Unis ne retarde pas le commencement des opérations mentionnées ci-dessus plus de temps qu'il n'en faut pour réunir des forces alliées dans les eaux de Vera-Cruz.
« 50 La présente convention sera ratifiée, et les ratifica-
Ci.\DlDATUilB M L*ÂRGfilDtjG lÎÂXlMILIBN.
lions seront échangées à Londres dans l'espace de quinze jours.»
Cette convention, que j'ai traduite du texte espagnol, indique clairement le double but signalé dans les dépêches et
les conférences préliminaires : i*» les réparations demandées par des « mesures coercitives et l'occupation par les forces alliées des forteresses et positions militaires qui paraîtront le plus propres à réaliser les vues » des trois puissances, — n'est-ce point la guerre? — 2® ne chercher aucun avantage particulier dans le choix et la constitution du gouvernement que se donnera la nation mexicaine. La France, r£spagne et l'Angleterre étaient d'accord sur le double but que devait avoir l'action commune. L'Espagne, néanmoins, ignorant qu'elle n'avait plus aucune sympathie au Mexique, fît partir ses troupes avant celles des alliés, espérant qu'un mouvement monarchique ensa faveur se produirait à son arrivée. Je reviendrai sur ce sujet. L'empereur Napoléon seul ne perdit jamais de vue la convention de Londres, son but, ses intentions et les engagements qu'il avait pris.
Non seulement les États-Unis n'acceptèrent pas la proposition des puissances alliées, mais ils essayèrent même de neutraliser les effets de la coavention de Londres. M. Cor* win reçut l'autorisation de négocier un traité avec le gouvernement de Juarez, dans le but de désintéresser, par le paiement des réclamations pécuniaires, les trois puissances. Le 28 février 1862» le Sénat rejeta le traité. £n avril de la même année, M. Ciorwin conclut avec le gouvernement mexicain une deuxième convention, par laquelle on lui prêtait onze millions de piastres à 6 d'intérêt, moyennant hypothèque sur les territoires du nord et la partie invendue des biens du clergé. Ce traité, si peu patriotique, eut le même sort que le premier. Il servit pourtant à Juarez, en ce sens que le président donna des traites payables sur ces onze millions, aux individus qui se décidèrent à trahir la cause des conservateurs pour paralyser l'action de l'intervention étrangère contre le gouvernement de Juarez.
BISTOIIE DU MEXIQOB.
En France, les expéditions lointaines ont de tout tennps soulevé à leur début des critiques arriéres de la part des hommes de l'opposiiion» el rencontré de médiocres sympathies chez les hommes d'ordre. C*est à celte raison qu'il faut attribuer rinfériorilé relative de notre pays comme puissance commerciale et coloniale. Infiniment plus apte h laclion qu'au lucre, le Français, dans une guerre, n'envisage ie plus souvent que la gloire militai re, quelquefois l'influence politique, jamais le côté des affaires. Sous ce rapport, nous sommes à la fois inférieurs et supérieurs aux Anglais : inférieurs de toute la profondeur de leurs calculs et de leur génie mercantile ; supérieurs de toute la grandeur de notre générosité et de notre désintéressement. Cette fois, nous pouvions relever notre crédit extérieur et presque monopoliser un immense marché, en laissant de côté le système fatal des demi-mesures, et contribuer directcmeot, jusqu'au succès définitif, k donner au Mexique un gouvernemeni fort, régulier, qui nous paierait tout ce que nous devait ce pays et favoriserait nos relations commerciales.
L'empereur comprit la portée immense que devait avoir l'intervention au Mexique au point de vue de notre influence politique dans les deux mondes, du développement de notre commerce et de notre industrie, en nous créant un pareil marché d'achat et de vente qui devait s'étendre sur les deux océans, et de la création de notre crédit extérieur transatlantique, qui n'existe encore qu'à l'état d'embryon. Aussi, était-il dans le vrai en disant : « — L'avenir montrera que l'expédition du Mexique a été le plus grand acte politique de mon règne ». Malheureusement, ceux qu'il avait choisis pour exécuter ses ordres, ne l'ont point comprise et l'ont lait avorter. L'empereur comprit également que le gouvernement fort, avec lequel on traiterait et qu'on aiderait à se constituer, devait être l'œuvre des Mexicains et non des puissances étrangères. Chose étrange, les diplomates qui représentaient les trois puissances méconnurent cette vérité tbmulée daas le traité de Loodre» d'une ma-
GANDIDÂTISI 9fi VAUCftUHK MaiHIUlIN. «91
iiière explicite. L'archiduc Maximilien, pour souverain du Mexique, étant un choix mexicain, Tempereur ne pouvait en choisir un autre ; mais l*arcbiduc D'ayant pas accepté posiii* vement la couronne, ne pouvait être encore appuyé effloiellement par fa France; aussi, voit-on le gouvernement français n'appuyer qu'officieusement cette candidature mexicaine, puisque Tarchiduc n*accepta définitivement la couronne du Mexique qu*ea 1864.
L'empereur savait aussi que le général Santa-Anna devait aller au Mexique, avant l'arrivée des troupes alliées à Vera- Cruz, pour y préparer le futur empire mexicain ; mais Santa- Anna difiëra tellement son départ que le général Almonte dut le remplacer pour donner au gouvernement nouveau le caractère d'institution mexicaine qu'il devait avoir, et ne pas Je laisser soupçonner d*être imposé par les puissances étrangères. Napoléon III, désirant sincèrement pour le Mexique un gouvernement national» régulier, stable, devait naturellement voir avec plaisir tous les Mexicains résidant en Eu* rope et dans les Antilles, aller au Mexique s'occuper librement de leurs affaires intérieures, sans craindre les violences du parti qui se trouvait encore au pouvoir. Ëmpécher les conservateurs d'aller, à Tabri de rintervention, discuter à Mexico leurs intérêts politiques, n'était-ce point violer la neutralité et favoriser les radicaux aux dépens des cousitvateurs? Quant au retard mis par Santa-Anna h son voyage, — je dis retard, parce qu'on verra qu'il se décida plusieurs fois à faire ce voyage, il avait pour raisons : d'abord, les hésitations ordinaires à ce caractère étrange de l'ex-dictateur qui n'a jamais su faire le bonheur de sa patrie lorsqu'il le pouvait; ensuite, son antipathie pour les étrangers et la craiûte de se compromettre en précédant une armée étrangère pour rétablir l'ordre dans son pays ; finalement, il voulait bien préparer le futur empire mexicain, mais il désirait en avoir la régence exclusive, sinon jusqu'à sa mort, au moins assez de temps pour n'abdiquer qu'au moment où tout
étant organidéi régéaéré, son abdioaUcm, oomioe celle 4e
HISTOIRB DU XSXIQUIL
Charles-Qiiint, pouvait avoir lieu sans qu'il perdît de son prestige. Le général Almonte remplaça Santa-Anna, et Von doit constater qu'il eut la sagesse de ne parler, dans aucune de ses proclamations, de la monarchie ni de la candidature de rarchiduc Maximilien; pour en parler officiellement, il attendit la réunion à Mexico de TAssemblée des notables. Cette réserve mérite d'autant plus d'être signalée que le gé* néral Prim prétexta, auprès de son gouvernement, pour rembarquer les troupes espagnoles, Tarrivée de M. Alraonte et ses discours.
L'empereur des Français et le gouvernement anglais appri* rent, avec beaucoup de mécontentement, le départ de la Havane des troupes espagnoles, avant l'arrivée des escadres alliées; malgré les explications données par M. Mon, il resta, dans l'esprit de l'Empereur, l'idée que l'Espagne avait quelque plan particulier en hâtant le départ de la flotte. Une dépêche télégraphique de M. Mon à son gouvernement nous indique que nos plénipotentiaires, M. Jurien de la Gravière et M. de Saligny, avaient reçu dans leurs instructions des ordres pour appuyer , en cas de besoin, la candidature proposée par les Mexicains, a M. Thouvenel, est-il dit dans cette dépêche, est malade, mais je puis dire à Votre Excellence que le gouvernement français désire vivement établir au Mexique la monarchie, et je suis convaincu que des instructions dans ce sens ont été données à l'amiral français et à M. de Saligny. Le candidat est Tarchiduc Maximilien d'Autriche; il accepte, et l'on compte que l'Angleterre ne s'opposera pas à cette candidature, si même elle ne l'appuie. Les Mexicains résidant à Paris travaillent dans ce sens avec leurs partisans au Mexique. »
Dans la réponse à cette dépêche, qui est une confirmation de celle du 13 octobre, on voit que le gouvernement espagnol se souciait peu du candidat mexicain, et que le départ précipité deà forces espagnoles avait pour but la réalisation du desideratum secret exprimé dans la dépêche suivante : — ^( A}adrid|^9 décembre Excellence. —Cette première
CANDIDATURE DB L ARCHIDUC MAUMIUEN. m
secrétairie a reçu en temps voulu la dépêche de Y. E., n« 371,
du 31 octobre dernier, dans laquelle Elle rend compte d'une conférence qu'Elle avait eue avec le ministre des affaires étrangères sur les affaires du Mexique.
« La Reine, noire maltresse, à qui j*ai rendu compte de la susdite dépêche, a bien voulu approuver les réponses que V. E. a faites à M. Thouvenel, dans vos conférences sur cette question. C'est en même temps la volonté de S. M. que je fasse connaître à V. Ë. , comme je le fais en vertu de son ordre royal, que, selon ce qui a été prescrit au général Prim dans ses instructions, dont il a été donné connaissance, à V. E., le gouvernement de la Reine verra avec plaisir rétablissement, au Mexique, d'un pouvoir solide et stable; mais, soit qu*il se constitue sous la forme monarchique, qui est la préférable incontestablement,* soit sous une forme moins sûre, l'Espagne désirera toujours que le choix soit l'œuvre de la volonté exclusive des Mexicains. On devra leur laisser la même large liberté pour choisir le souverain qui devra les gouverner, s'ils préféraient la monarchie à la république; mais le gouvernement de S. M. ne pourra tacher que, dans ce cas, il croirait conforme aux traditions histoiiqties et aux Iktis qui doivent unir ces deux peuples^ que l'on préférât un prince de la dynastki de Bourbon , ou intimement uni à elle; cependant, il ne fera rien pour arriver directement à ce résultat, son principal désir étant que le Mexique et que tous les autres États de l'Amérique espagnole recouvrent la paix et le bien-être dont ils jouirent à l'ombre du trône de notre patrie, etc. — Galderon Gollantès. »
L'Espagne, en effet, avait deux princes en vue pour le trône du Mexique : le duc de Parme et le duc de Modène; le premier étant encore mineur, ne pouvait régner qu'avec une régence. Le général Prim devait-ii être le régent ? Je l'ignore; je dis même plus, je ne le crois pas, le comte de Reus ayant dit aux Cortès qu'il n'avait pas eu connaissance de cette dépêche du 9 décembre, ce qui signifie, sans doute, qu'il ignorait les desiderata qu'elle renfermait. La candidature du duc
394 mSTOlAE DU MEXIQUE.
de Hodène était plus sérieuse, car ce prince, possédani une armée de quinze mille hommes et jouissant d*une très grande
fof'tune. pouvait employer son armée et sa fortune à consolider son nouveau trône. Aussi, je ne doute pas que les mots intimement unis à la dynastie de BourtM>n ne soient une allu* sion faite au due de Hodène. Malheureusement, pour les candidats espagnols, il est de fini qu'au Mexique, si les Espagnols sont acceptés de préférence aux autres étrangers comme égaux, ils ne le seraient que les derniers comme dominateurs. Le sentiment d'indépendance est profondément enraciné dans le pays ; mais, cbes le peuple spécialement, la signification véritable du mot « indépendance », c*est indépendance de l'Espagne. « Et, pendant que personne, ajoutait M. Guttierrez de Estrada, en parlant de cette question, ne croira cette indépendance détruite par l'établissement d'une monarchie avec un monarque d'une autre nation, quelle qu'elle soit, tout le monde la regardera comme perdue, du
moment où ce monarque serait espagnol
ce II ne faut pas oublier que cette question est éminemment mexicaine, quels que soient les intérêts que les autres nations peuvent y avoir; et les conservateurs mexicains, tant au Mexique qu'au dehors, se croient avant tout le droit de désigner leur candidat, droit naturel, évident, et consacré dans la convention de Londres. Or, le candidat des conser* valeurs est l'archiduc Ferdinand-Maximilien : ce sont eux qui l'ont désigné et qui le demandent. A ce sujet, apprenez que je dois être très au courant de ce qui se passe : quoiqu'on n'ait rien divulgué, croyez que les hommes d'action du parti sont d'accord sur ce point. Par conséquent, la candidature proposée en Espagne les contrarie : elle n'est pas la leur... La candidature de l'archiduc est purement et exclusivement mexicaine : elle a été conçue par des Mexicains, et, si la France l'accepte et l'appuie, ainsi que TAngleterre, c'est seulement en vue de son excellence manifeste, et parce qu'elle résout une question difficile. » — Lettre i M. D. Pcdrp de la iioz. Paris, 22 mars 1862.
CANDIDATUIIË DË L'ARCHIDUC MAIIMILIEN. 995
M. Gutierrez avait parfaitepdent rai^on, et si Temp^rapr Napoléon a accepté cette candidature, c'est uniquement parce qu'elle était mexicaine ; jamais il n*a essayé de Timpo^ ser aux autres puissances cosignataires du traité de Londres. « Cela est si vrai, disait à ce sujetM. le marquis delaHavane, que» lorsque les Français envoyèrent des renforts au Mexique, rien ne fut chaîné dans les premières instructions* — On se borna k dire aux plénipotentiaires d'avoir pour le comte de Reus toute la déférenca possible, sans se mettre toutefois sous ses ordres. »
Avant de. laisser la parole aux événements qui se sont passés au Mexique dans le commencement de Tanifiée 1868, et aux documents inédits qui les expliquent, je dois ici publier quelques extraits du discours de M. Rios y Rosas, prononcé le 13 janvier 1863 aux Gortès, concernant des appréciations . sur la triple intervention, et qiti complètent les renseignements que je dois donner sur les motifs et le but de l'action commune.
« Jamais, dit l'honorable orateur, au Mexique on a rempli les obligations internationales contractées avec TEspagne. Depuis qu'en 1836, nous reconn&mes Tindépendance du Mexique, il n*y a pas eu une promesse, un pacte, une cour venlion, il n'y a pas eu un seul traité solennel qui ait été respecté; ni celui de 1847, ni celui de 1851, ni celui de 1853, ni le traité de Mon-Almonte. Et si Ton parle de la sûreté des nationaux, de la sûreté de leurs personnes et de leurs biens, il ne s'est pas passé une seule année, on peut dire qu'il ne s'est pas passé un seul mois sans que les agents de l'autorité aient commis volontairement, gratuitement, des vols, des spoliations, des assassinats sur les personnes des sujets espagnols.
« Passons à la France : tout le monde sait ce que le gou-ivernement de Juarez... qui existe aujourd'hui au Mexique, a fait avec les sujets français, a fait fàvec le ministre français.
« Si nous passons à TAngleierre, qui, dans une période de quarante ans, s*est toujQurs refusée à* tout ce qui était une
intervention au Mexique; à TAngleterre qui s'y est toujours refusée, d*abord à cause du respect de John Bull pour son jeune frère Jonathan, et ensuite parce que, sous le rapport
économique, l'anarchie au Mexique ne lui était pas encore devenue nuisible; du moment où cette anarchie le devint, du moment où elle toucha aux capitaux anglais, du moment où elle viola le domicile des sujets anglais et attenta à leur sûreté, alors l'Angleterre reconnut le principe de Tintervention;... elle Ta invoqué avec persistance par la bouche de sir Charles Wyke lui méme, ministre plénipotentiaire au Mexique.
« Par conséquent, si la monarchie était nécessaire ; si la monarchie exigeait une dynastie; si la monarchie et la dynastie exigeaient une intervention; si Tinlervention était juste et légitime, Hutervention devait se faire... Qu'arrivat-il au début des négociations? Le cabinet anglais, acceptant... le principe de Tintervention, veut intervenir au Mexique le moins possible... mais intervenir. Le cabinet français veut intervenir le plus possible »
Après avoir démontré que le pacte de Tintervention , d'après les termes du traité, impliquait nécessairement que « les alliés allaient au Mexique pour intervenir, pour détruire le gouvernement existant, et pour en établir un autre», Torateur ajoute : « Ainsi donc les trois puissances s'étaient engagées à aller au Mexique pour renverser Juarez et établir un autre gouvernement dans les limites de la justice, de la raison et de la volonté nationale, dans ces limites qui sont les hypothèses nécessaires de toutes les interventions. »
Maintenant, avant de voir comment les représentants des puissances alliées ont exécuté les engagements et les intentions de leurs gouvernements réciproques, je dois parler de ce qui se passait à la Havane et à Vera-Cruz, au moment où les forces alliées se préparaient à envahir le Mexique. Voici ce qu'écrivait de la Havane le 2S octobre 1861, au général Woll, un de ses anciens aides de camp... « On fait déjà les apprêts pour aller à Vera-Cruz. Six mille hommes, avec tout
CANOmimB DE L ARCHIDUC MAXIMILIEN. $07
ce qui leur est nécessaire, partiront d*ici avec onze navires de guerre pour appuyer leur débarquement. L'Angleterre — ses agents» serait plus correct — tâche de retenir cette ex* pédition, parce que TEspagne est décidée à en finir avec le parti libéral que les Anglais, au contraire, protègent. Dans . ces circonstances critiques, un délégué partit pour Saint- Thomas» prier le général Sania-Ânaa de se mettre à la tête d'un mouvement. Santa-Ânna accepte et nous renvoie ce délégué qui est arrivé il y a trois jours, mais en même temps il — Santa-Anna — commet la bêtise d'envoyer Vidal régler les affaires d'argent pour les dépenses, et au lieu de lui donner un effet payable à présentation, il lui remit un document Tautorisant à contracter un emprunt de 10,000 piastres payables à Mexico, quand le général — Santa-Anna — arrivera dans cette ville. Vidal ne put naturellement rien trouver, et le délégué devient comme un énergumène... »
Cette lettre nous révèle que les Mexicains, qui se défiaient des Anglais, étaient loin de s'attendre à ce que leur ménageait le généra! Prim, dont ils ignoraient encore la nomination, puisque la convention de Londres n'était point alors signée; elle nous révèle en outre que Santa-Anna n*était point devenu généreux dans son exil, et que s*il voulait bien payer de sa personne pour secourir son pays, il ne songeait nullement à lui sacrifier sa bourse.
Le 31 décembre, Tex-dictateur écrivait de Saint-Thomas., ce Je m'en irai d'ici à quelques jours au Mexique. Je verrai ce qu'il sera possible de faire pour ce malheureux pays. Je suis décidé à profiter des circonstances favorables qui se présentent aujourd'hui pour établir un gouvernement fort , juste, intelligent, capable de guérir les profondes blessures que la néfaste démagogie a faites au cœur de la patrie. »
M. Gutierrez de Estrada avait, de son côté, réussi à faire accepter le P. Miranda comme directeur politique du gouvernement provisoire qui devait s'installer au Mexique, en attendant la réunion d'une assemblée des notables. Le
P. iranda ét$tU sao3 doute un bomme fort iptelUgent, mm
m HISTOIRE DU UBXlQm.
sa nomination dot n^ètre fiivoraMenfient acoueillie quë p«r le
parti clérical. Il se trouvait alors à la Havane et reçut des lettres de recommandation pour le général Priai at l'amiral Jurien de la Gravière, vers le 20 décembre. Je ne sais si ces lettres lui venaient du gouvernement français ou de Tarchi-
duc Maximilien, mais elles lui donnaient un caractère officiel.
Quant aux nouvelles politiques de Mexico même, j'en trouve dans une lettre du général Almonte au général Woll
qui mériient également d'être connues. — « Paris, 8 janvier 1862. — Mon cher ami et compagnon. — ... Le moment n'est pas éloigné où nous devrons retourner à Mexico, pour où le général Santa-Anna partira, le 15 de ce mois, de Saint- Thomas; du moins c*est ce qu'il m*a écrit par le dernier paquebot. Je crois que votre plan est bon et que le général Santa-Anna le mettra à exécution d'accord avec ces gouvernements. Dieu veuille l'éclairer pour qu'il puisse sauver le pays.
• « Les nouvelles du Mexique du 29 novembre dernier nous apprennent que la plus grande confusion régnait à Mexico, depuis qu'on y apprit la nouvelle de l'intervention. On parlait de déposer Juarez et de mettre à sa place le licencié Lacunza. Le cabinet donna sa démission et Ton parlait de Lafragua, de Montes, de Riva Palacios et de D. Fernando Ramirez pour les affaires étrangères.
<£ Zuloaga et Marquez continuent à Toliman, Vicario à Cuernavaca, Galvez et Bentran, — sans doute, il faut lire Buitron, — dans les montagnes de Las Cruces, Gutierrez à Pacliuca. Je crois qu aussitôt que Santa-Anna se présentera, tous ces chefs le reconnaîtront comme leur supérieur et que les alliés s'entendront avec lui, etc. — J. Almonte. »
On sait déjà que Santa-Anna différa son départ pour Mexico; le général Almonte se rendit en Belgique, vers la fin du mois de janvier, poursuivre les négociations concernant l'avènement de l'archiduc Maximilien au trône du Mexique. Le général Lorencez Tatteadit même quelques
CANDIDATURE DE L AftCElDUC MAIIMlLIEN. m
loMf par ùvive supérieur; enfin, eroyânt troover iesiroupes
alliées àMexico, il s'embarqua le l^'février^ mais connaissant le caractère versa tiledeSanta-An na, il passa par Sainl-Thomas, pour s'entendre avec Tex-dictateur, dans le cas où il ne serait pas parti. Il le trouva» eo effet, toujours dans les mêmes dis» positions, mais attendant pour s*embarquer que la conduite des représentants alliés devint plus conforme au traité de Londres et moins hostile au part; conservateur.
Avant d'exposer les inqualifiables procédés de ces représentants, je dois donner quelques détails sur le général Prim, qui s'est laissé mystifier de la manière la plus ridicule par Doblado et d*autres agents du gouvernement juariste. Je ne sais, du reste, s'il peut être disculpé en quoi que ce soit. L'histoire le jugera. Je trouve dans une lettre d*un Mexicain, envoyée k monseigneur Labastida, de la Havane, le 21 février 1861, le portrait suivant du comte de Reus... « L'Espagne a commis la maladresse de nommer le général Prim pour commander les forces espagnoles de l'expédition. Prim est un soldat courageux, mais rien de plus; c'est un homme turbulent, libéral rouge, audacieux et prêt à tout pour obtenir le pouvoir. Marié à mademoiselle Aguero, il est neveu de Pepe Gonzalez Echeverria, actuellement ministre des finances de Juarez. A Porto-Rico comme h la Havane, il n'a pas caché son projet de favoriser le parti libéral. »
On se rappelle qu'en 1858, le général Prim fit tout ce qui dépendait de lui pour empêcher rexpédition espagnole, projetée alors, d'aller au Mexique demander des réparations, et que ramendement qu il^ proposa sur les dissensions survenues entre TËspagne et le Mexique fut rejetée à l'unanir nité, moins une voix. Aussi, M. Olozaga disait-il de lui, en plein parlement au sujet de la nouvelle expédition. « Il est parfaitement démontré que sa pensée n'était pas de faire des réclamations. S'il eût été question de cela, te gouvernement eût-il choisi le seul homme qui avait déclaré devant le sénat espagnol que ces réclamations n*étaient pas justes.» M. Gonzalez Bravo disait à la même tribune... « Le gouvernement
ttiSTOiRB DU MEXIQUE.
devait épurer les opinions du comte de Reus. Il devait lui demander jusqu'à quel degré il soutenait les opinions exposées par lui devant le sénat... Puisque cela se fait avec quelqu'un qui ne s'est pas prononcé sur une question, dans un sens opposé à celui qu'il s'agit de soutenir, à combien plus forte raison, ne devait-on pas Texiger, avec une personne qui avait développé des opinions diamétralement opposées aux instructions qui lui étaient données. »
Ce choix fut vivement critiqué dans la presse espagnole comme aux Gortës. « La conduite du comte de Reus, dit La Ei^raneos est inexcusable, soit comme général, soit comme diplomate, soit comme Espagnol... Certes, Juarez ne s*y méprit point, il fut si satisfait en apprenant la nomination du général Prim, qu'il fit reproduire et répandre partout, à profusion, le discours que Prim avait fait entendre en 18S8, à la stupéfaction de l'Espagne... En effet, le général Prim n'apparaît au Mexique, comme en Espagne, que le serviteur dévoué de Juarez ; il se montre partout son agent fidèle et accrédité... Le général Prim n'ayant pas entendu les Espagnols, — persécutés par Juarez, — les ayant éconduits partout et n'ayant écoulé que Doblado et Zaragoza, n'a probablement pas pu savoir si on avait commis des exactions contre les Espagnols ; il a pu croire que tout était acte de justice.
» Qu'importaient au général Prim ces décrets de proscription et de confiscation qui ont scandalisé l'Europe et l'Amérique; ces horribles décrets qui ont porté le corps dipioma- tique à faire cette protestation dans laquelle le gôuvernement de Juarez est mis hors la loi !
« C'est le gouvernement de Juarez... qui a dégradé le pays et Ta livré au pillage; c'est ce gouvernement qui a voulu vendre le pays aux étrangers pour quelques millions de piastres. C'est ce gouvernement qui, aux yeux du générai Prim, est le seul qui puisse régénérer le Mexique et faire sâ félicité... Nous tous, nous protestons contre le général Prim, qui a défendu Juarez... contre Tapologie que Prim fait du
CANDIDATUBE U L'àtiCMmiÙ mxiMILlEN. m
trdfiqueur de aa patrie, de cet assaasin des EspagMla, de ' ce vil ifisuHeur de la reine Isabelle, de ce fléau de Féglise.)^
La Epoca, el Contemporaneo, el Diaro espanol, el Diario de Barceloiifl^ el Reino, las Novedades, el Eco del pais^ el Pmblo et d*auir»s |ouri^aus( de la péflinaule flétrirent la cooduiie du comte de Reua au Mexique, avec non moins d'énergie que la Esperanza. En présence de ces terribles accusations nationales, le blâme des Mexicains n'est plus suspect de partialité. Le gouvernement^&pagnol ne jMMivait justifier le choix d'un tel représenisuit que par ie secret désir de se débarrasser 4*un révolutionnaire qui, semblable au « bouillant Acliille » de la Belle Hélène, ne pouvait rester une minute en place sans faire résonner ses éperons et mettre en évidence sa bruyante personnalité. Seulement, il est déplorable de voir des hommes d*un mérite évident, faire litière de l'honneur de leur patrie, ridiculiser à l'étranger leur drapeau el faire arroser le sol de leur pays du sang de leurs coQQpatriotespour faijre triompher une ambition individuelle. Quand on a J'bomieur d'être Espagnol et d'aller au Mexique défendre Phonneur de l'Espagne, on devrait se rappeler la noble et grande figure de Coilez, afin de ne pas devenir le don Quichotte d'un avocat indien, toujours prêt à vendre son pays pour se défendre dans une position inespérée, et toujours prêt à se sauver dès qu'un 4anger paraissait au loin. Le général Prim, sacbaDt que j'écrivais l'histoire du Mexique, adressa à l'un de mes amis une lettre dans laquelle il essaie en vain de justifier sa coaduiXe. Voici, du reste, les {principaux extraits de sa lettre :
« M. Louis Biairet. — Bruxelles, 3 octobre 1867. — Mon cher ami... Un publîciste distingué eomme Test M. Domenecli, doit tenir à ce que ses récits soient d'une exactitude irréfutable. — Or, il manquera énormément à la vérité des faits s'il les rapporte telsque vous daignez me les annoncer, «t je serais obligé de les coatredire malgré mon désir de ne plus parler en public dç ces malheureuses affaires qui ont eu un 4énoùmeM ^i tragique. ^ jQue M. Doxaeuech, xiooc»
ttlSTOlEfi DU MBXIQOB
86 méfie des documents de source ennemie du général Prim, car ils ne sont pas loyaux, j*en donne ma parole. Les seuls
documents à étudier sont ceux que j'ai reproduits eu plein sénat espagnol. — Par ces documents» il verra que je ne confonds pas les dates et moins encore que je les embrouille. — Il verra que les conférences qui devaient avoir lieu k Orizaba, étaient non pas seulement nécessaires, mais encore indispensables, — comme il verra aussi que les trois gouvernemerUs n*ont jamais donné Tordre de marcher immédiatement sur Mexico, sans entendre raison, et coûte que coûte. Dans les mêmes documents, ii y trouvera encore que ma conduite fut approuvée de la manière la plus complète par le gouvernement de la reine... « Dans la conférence d'Orizaba, « — c'est laSoledad qu il faut lire, — dit M. Domenech, il y
a eu lutte d'adresse entre Prim et Doblado, le premier a été « fin, le deuxième faux, Prim a donc été vaincu en finesse...» Je vous prie de croire, que si Tun des deux a du être vaincu, ce n'est pas moi qui l'ai été, puisque j'ai réussi à obtenir de Doblado que nos troupes quitteraient Vera-Gruz, où nous étions décimés misérablement par les maladies, pour venir à Orizaba, pays sain et confortable.
« Nous avons donc gagné le plateau et traversé la position militaire du Chiquibuite en temps de paix, car s'il en avait été autrement, ii faut que Tillustre historien sache que nous n'aurions pas pu quitter la Yerâ-Cruz, où nous aurions la plupart péri du vomito, lièvre jaune, faute de moyens de transport. — En outre, nous étions bloqués. Les paysans ne venaient plus nous apporter des provisions, et nous en étions réduits à vivre de la ration de campagne. Nos chevaux périssaient de faim jusqu'à tel point que, pendant trois jours, je lis nourrir les miens avec du riz, et les Fiançais, toujours riches pour se tirer d'embarras, ont imaginé de couper l'herbe des cimetières^ pâture engraissée par les morts, ce qui leur a procuré pas mal de fourrage! — Que 'M. Domenech fasse son profit de ces détails-là, si bon lui ^mble, et son récit aura plus d'intérêt, tout en étant plus
CAMDIDATURB m L iaCBiDUG MAUMILIEN. m
exact que sil raeoTite des faits tirés des documents dictés
par un intérêt déterminé... Je vous serre la main. — Prim.»
A la lettre du comte de Reus, je n'ai qu'une chose à répondre pour le moment. Le noble générai croit-il sérieuser ment que dans un procès on ne puisse admettre comme sincères, véridiques et loyales, que les seules pièces fournies par l'accusé? A quoi serviraient le ministère public, l'avocat de la partie adverse, les juges et les jurés si les débats devaient rouler uniquement sur les assertions d'une seule des deux parties! Il n*y aurait même pas de débat, et le général Prim en est parfaitement convaincu. Je critique fréquemment la politique et même le caractère de l'empereur Maximilien pour lequel j'aurais donné ma vie ; mais la vérité doit passer avant tout. Le comte de Reus devrait m'imiter et tâcher, s'il le peut, de se justifier d'avoir fïiit dévoyer de son but, en débarquant h Vera-Cruz, l'expédition qu'il commandait, comme il justifiait en 1867 ce qu'il appelait « le triomphe de la cause nationale, » dans son humiliante lettre à Juarez. Aussi, me permettra-t-il de laisser aux faits leur brutale éloquence ; s'il peut prouver qu'ils sont inexacts, je sois tout disposé, après avoir constaté la valeur de ces preuves, h rectifier mon récit en ce qui concerne ses actes au Mexique. S'il a des documents qui pourraient expliquer sa conduite, autrement que ne l'expliquent ses propres actes, il ferait bien de les publier. La question du Mexique est tellement importante au point de vue des intérêts futurs de l'Europe et de la civilisation, qu'il est du devoir de tout homme honnête de tûite connaître les causes qui ont fait avorter cette œuvre qui devait illustrer le dix-neuvième siècle. Tai le courage de publier des lettres qui blâment sévèrement des hommes honorables, intelligents, que j'estime, et qui sont des compatriotes ou des amis, pourquoi n'en ferait-il pas autant?
Il serait lieureux de n'avoir eu à déplorer que les défaillances et le mauvais vouloir du général Prim, mais l'impartialité qui doit guider tout historien m'oblige à révéler d'autres ambitions privées ^ui se manifestèrent dans le parti
104 HISTOIRE DU MEIig^S.
eonservaiteifr, à la deraière berure, et faillifent compromettre la eacfse à tocpielle se dévouaient les honmies siRcèrement
patriotiques qui se sacrifiaient au bonheur de leur pairie. C'est pour obéir à cet inflexible devoir que je dois publier «ci .de longs extraits d'une correspondance confidentielle d*un ami qui fut sous-secrétaire d'État au ministère de la guerre au Mexique, et dont la position parmi les émigrés mexicains, alors réunis à la Havane, lui permit de connaître les secrets les plus intinies de tous ceux qui devaient jouer un r6ie important dans l'intervention.
ce Havane, 23 décembre 4861. — Je vous ai dit que par ^e vapeur, j'irai à Vera-Cruz, avec le P. Miranda, mais comme il n'est arrivé aucun bateau de ce port, abandonné par les rouges, et comme l'ordre vient d'arriver de suspendre toute opération jusqu'au débarquement à Yera-Crùz du général Prim, nous avons dû retarder notre départ. Nous attendons l'arrivée du général Prim et de l'escadre française. Aujourd'hui, leP.Mirandaa reçu par le paquebot anglais les lettres qui l'accréditent auprès du général Prim. et du contre-amiral de la Gravîère, comme directeur politique du Mexique, afin qu'on l'écoute et qu'on l'appuie... Avec ces lettres du P. Miranda, il en est arrivé une autre nous annonçant que Miramon, furieux de ce que l'Empereur n'a pas voulu favoriser son retour au pouvoir, qu'il désire et qu*il a eu Taudace de demander, non comme président, mais comme souverain, vient maintenant entraver rintervention, disant que le général Marquez et d'autres ne feront autre chose que ce qu'il voudra. En nous envoyant cette nouvelle, on nous a pareillement envoyé une lettre, sans doute la copte, — écrite par M. Gutierrez de Estrada à Miramon, dans laquelle il lui fait honte de ses prétentions, lui rappelle ses promesses faites depuis à Mexico et à Paris en faveur de rintervention, et lui dit enfin qu!il est par trop présomptueux de. prétendre à se faire couronner à Mexico, et par trop vil, — «c, — d*aller mainlenant faiie de l'opposition, parce qu'on ne veut pas
eoaseoUr à &ou couronnement. ^uo vous semble- t-ii de
CAHDIDÂTimi M VAKnmC UXIMUm MO
eet insensé qui se eroit capable de devenir empereur dit Mexique? Rappeliez vous ce que je vous disais un jour, en parant de lui. Nous serons obligé de fusiller cet hooime.
a Je vous parle aussi clairemeiit, parce que je vais par vos lettres que vous n*étes pas au courant de tout ce qiii se passe, ou que vous gardez avec moi une réserve exagérée, ne me croyant pas dans tous les secrets... Par même paquebot anglais, Angel Santa-Anna est arrivé de Saint-Thomas, sous un nom supposé, et, aussitôt débarqué, il m'a remis de la part de son père la lettre suivante : ^ « Saintce Thomas, 15 décembre 1861. — Mon cher ami. — Votre « lettre du 30 novembre me confirme ce que d'autres lettres « disent, coacernanl l'expédition espagnole contre Vera- « Grux. Mous verrons quels seront les résultats de eet évé- « nemont. Mon fils AngeK.« va k Yera^^Grtiz dans Tintention « de ramener sa mère et ses sœurs pour les mettre à l'abri ' a de tout malheur qui pourrait arriver. Je désirerais que « vous l'accompagnassiez pour le mettre plus au courant de « ce qui se passe dans rintérieur du pays, afin d'agir selon « les circonstanees. Je suis très contrarié que mon ami le « général Woll ne soit pas prêt à revenir avant le prince temps, car sa présence serait très utile en cas d'événe- « ment importante Pas de place pour vous en dire davantt tage, etc. A. L. de Santa-Anna. » —
«Angel m*a parlé pendant longtemps, et de sa conversalion j'ai appris que le général Almonie avait écrit au général — Santa- Anna — lui disant qu'il comptait sur lui pour sauver ie pays, et qu'Angel va au Mexique pour voir si l'on proclame son père... Je lui ai dit que je ne pouvais raccompagner parce que j'ignorais si Vera-Cruz était pris et qu'en outre, comme c'était en Europe que l'intervention s'était décidée, nous avions attendu et, comme bons Mexicains, appuyé celui qu'elle avait élu. Angel a convenu que favais raison*
« Le temps est arrivé où doivent cesser toutes les ambitions bâtardes et toutes les nullités qui se développent
m BiSTOiRB mj nxiQim.
contre le sens commun des Mexicains fatig:ués de les supporter. Quels titres ont pour le trône les Miramon, les Comonfort, les Doblado et cette foule d*ambitieux ignorants qui ii*ont d'autre foi politique que celle de riritérét?
((On fait ici de grandes préparations pour bien reeevoir le général Prim. Les Catalans ont collecté cinquante mille piastres pour lui faire une belle réception. On a préparé la villa de Los Molinos pour le loger, ainsi que sa famille. Si nous avions au Mexique des écrivains pour enregistrer nos faits d'armes et des typographes pour les publier, que de généraux Prim n'aurions-nous pas? qui sont ensevelis dans l'oubli et dont l'Europe ignore même les noms!
« 23 décembre. — Aujourd'hui, à midi, est arrivé le géné«> ral Prim. Angel Santa-Anna est parti pour Vera-Gruz, accompagné du général Soto. Les Catalans ont rempli de drapeaux, de fleurs et d'arcs de triomphe la rue de la Muralla; ils ont reçu leur héros comme ils le devaient; mais les Espagnols sont toujours maladroits et fanfarons; ilif ont imprimé des vers qui nous insultent en quelque sorte
« 25 décembre. — Les escadres anglaise et française ne sont point encore arrivées. Le consul français vient d'acheter trois cents chevaux. Le (ils de Prim a attrapé le vomito. Je montre au P. Miranda les lettres que je vous écris; comme elles renferment des choses très délicates et de grande transcendance, je ne veux pas être accusé de violer des secrets. 11 m'a approuvé
« 26 décembre. — Le fils de Prim est hors de danger. Le général ne partira pas avant Tarrivée des escadres anglaise et française
« 27 décembre. — Cette nuit, à 4 heures, le Francisco de Asis est arrivé de Vera-Gruz, annonçant l'occupation de la place par les forces espagnoles. Aujourd'hui un des navires expéditionnaires de l'escadre française est arrivé fort endommagé par la tempête. Il amène des troupes... 7 heures du soir. — L'escadre française est arrivée à 5 heures ce soir... les navires font l'admiration de la Havane... Il est
CANDIBATURB DE L ARGBJDUC MAXIMILIEN. 407
' f&cbeax que les Espagnols» prenant les devants, aient débarqué seuls à Yera-Cruz... ils sont prédestinés à toujours*
commettre dos fautes; ils font tout avec mille fanfaronnades qui discréditent les meilleures causes !
ce 30 décembre. — On écrit de Mexico que Miramon a envoyé à plusieurs chefs conservateurs des lettres dans lesquelles il leur disait : « que intervention n*est qu'un c< prétexte pour envahir le pays; qu'il s'agit d'une domina- (( tion et que par conséqueul il va offrir son épée aux dé- «c mocrates. » Ces lettres ont eu pour résultat que Negrete et Ârguelles, celui de la cavalerie, se sont mis du côté de Juarez... Uraga était à Vera-Cruz lorsque arriva Pescadra espagnole... On dit qu*Escandon est également venu à Vera- Cruz pour essayer de gagner les commissaires européens qui doivent s'occuper de la question politique; on croit qu'il travaille pour les modérés auxquels s'unirait D. Manuel Robles, mais je ne le crois pas. Le général Marquez vient de mettre en déroute une force.armée qui se rendait d'Âguas Calientes à Mexico.
« 31 décembre, 3 heures de l'après-midi. — L'horizon politique s'est assombri d'une manière menaçante : je ne sais ce que fera la tempête, mais si Dieu ne nous protège pas, nous allons être très mai. Le Pajaro del Oceano, transport du gouvernement espagnol, est arrivé cette nuit. Il nous apprend que Juarez, Doblado, Gomonfort, etc., se sont unis et n*opposeni aucune résistance h l'intervention ; î7.s* se préparent à gagner la lutte dans le champ de la politique. Si le générai Almonte n*arrive pas par ce paquebot, j*ai peur que les démocrates ne triomphent; la conduite qu'ils observent aujourd'hui, si contraire à celle qu'ils ont suivie jusqu'à pré« sent, est due aux lettres de Miramon qui leur révèlent le but de l'intervention, but anéanti par la nomination de Prini comme directeur de F expédition.,. Le P. Miranda est allé se présenter aujourd'hui au général Prim qui s'est refusé catégoriquement h suivre ses insinuations et paraît décidé k proléger ouvertement les libéraux... Le contre-amiral de la
Oigitized by Gopgle
m HfSTOrRB DU MEllQUB.
Gravière ii^a 89ns doute pas reçu tes ordres que nooslsi
supposions,, car il a déclaré qn*n n^avail que la mission
militaire de demander au Mexique satisfaction pour les offenses causées à la France et qu'il n*a rien à faire avec la diplomatie. Ces réponses ont tellement exaspéré le P. Hiranda que nous n*avons pu le dissuader de son projet de tout abandonner et de ne plus se mêler de rien puisqu'on Ta trompé de la sorte, car il prend pour une tromperie la manière dont il a été reçu par le général Prim et le contreamiral. . . ;
« Le génémi Serrano oonduisait très bien les aflhires de l'intervention, et maintenant il est très fâché de l'arrivée de Prim; en outre, il dit que tout ce qui est déjà fait va être perdu ; il a donné sa démission et ne veut plus ni enteâdre ni parler de cette affaire. Voilà dans quel état se trouve aujourd'hui la question. Juarez acceptera tout ce que lui demanderont les alliés, le parti démagogue restera au pouvoir, ne fera rien ensuite de ce qu'il aura promis, parce qu'il ne le. peut pas» ou bien il présentera pour toute résistance la force dinertte, comme il a fait à Vera-Cniz, et alors les alliés seront obligés de le prier de s'entendre avec eux.
a Neuf heures du soir. — Je reçois une lettre du général CasUllo, qui m'a été apportée par le Pajaro del Oceano^.. il me dit en parlant des démagogues : « Ces amis font de « grandes démonstrations de patriotisme et disent qu'ils « vont se battre contre toute l'Europe. .. seulement, il leur a manque de l'argent, des fusils, des vêtements et un maté- « riel de guerre... Uraga commandera en chef la division de « l'armée d'Orient, il a déjà commencé à emmener quelques « pauvres malheureux tout nus, qui ne savent même pas où « on les conduit. » Doblado a dit qu'il n'y avait aucun élément pour faire résistance. Le général Parrodi a été nommé ministre de la guerre.
tt l** janvier i86S.'— ... Ce matin, le journal nous a annoncé l'arrivée de Miramon à Matanzas, et à dix heures et demie il était ici. La première chose qu'il a faite en desccu-
dant du cbemtn de fer fot d'a^Her à la recherehe de D. Anto^
nio Haro y Tamariz et de me faire appeler... Il regimbait en £urope parce (^u'on ne savait pas le prendre, mais ici nous te dompterons... on ne peut nier que o'eet un bomme énergique ; ne trouvant pas de natire pour ramener» il en a frété un pour Matanzas, et maintenant il parle d*en fréter un autre pour aller à Vera-Gruz.
« 2 janvier. — Il est quatre heures de l'après-midi, et, dans ce moment, le général Prim, Teaeadre française et deux ffrille Espognois de renfort partent pour Vera-Groz. Miramon a déjà parlé au P. Miranda qui paraît peu satisfait; néanmoins, il est décidé que nous partirons avec Miramon, parce que s'il ne peut pas. nous être utiletil faut i'empéeher de nous être nuisible.. < D. Antonio Haro y Tamariz est le seul
Mexieain qui n*est point encore disposé à partir. » Je dois dire ici entre parenthèse que Miramon avait frété pour Vera-Cruz le même navire avec lequel il était arrivé à Ma- (anzas; au moment de mettre à la voile, le capitaine se désista, peut-être avaiUl été influencé par ûeÉ agents anglais ou espagnols qui surveillaient Miramon, sans qu'il s'en dou* tât; il dut donc attendre le paquebot anglais qui ne devait arriver à Vera*Cruz que le 27 janvier, ^ a 4 janvier. D. Antonio Haro y Tamariz et te P. Miranda sont hoslites au général Santa-Afina; n*e8t-il point douloureux de voir tous ces éléments de discorde s'élever du sein de notre parti, maintenant que nous devrions être plus unis que jamais? Nous avons vu aujourd'hui le texte de l'amnistie accordée par Juarez... Tous nos chefs sont exceptés : les généraux Santa-Anna^ Almonte, Woll, Miramon, Marquez, D. Antonio Haro y Tamariz; du reste, voici les exceptions :
l"" Ceux qui ont été prét^idenls depuis 1857 jusqu'à la chute de Miramon ;
9^ Les chefs qui ont autorisé et exécuté tes fusillades de
Tacubaya et d'Orampo ; 3*" Tous ceux qui ont élé exilés par Alvarez et Comonfort; V Tous les chefs et offîcters qui ne sont pas nés au Mexi«
que, et qui ont pris part à la réaction et au gôuyernèment
de Miraraon ;
5** Tous ceux qui ont signé le traité Mon-AImonte;
6® Les chefs qui ont autorisé et exécuté l'extradiction des six cent mille piastres de la légation anglaise.
« Ceux qui ne sont pas compris dans ces articles sont amnistiés, mais ils perdent les emplois et grades qu'ils ont , ou qu'ils avaient avant la révolution de 1857. Que vous sembie-t-il d'une pareille amnistie?
ce 5 janvier. — Le paquebot anglais est arrivé; il apporte du Mexique les nouvelles suivantes : Pedro Hinojosa est devenu ministre de la guerre! D. José Gonzalez Echeverria a le portefeuille des linances, Doblado celui des affaires étrangères; ce dernier est devenu l'homme de la situation. Les démocrates espèrent triompher de rintervention par la politique, sinon par les armes. »
Je n'ai pas besoin de faire ressortir Fimportance de ces communications ; elles prophétisent assez clairement ce qui devait arriver à la Soledad et se dénouer k Orizaba; les causes qui devaient compromettre l'intervention, dès son début ne sont qu'effleurées, mais elles sont indiquées suffisamment pour faire prévoir les orages qui allaient bientôt éclater, conséquence fatale de la réunion de tant d'éléments hétérogènes, obéissant chacun à des sentiments, il des inté« rets privés. La convention de Londres semblait n'exister pour aucun des personnages qui devaient aborder le port de Vera-Gruz pendant ce mois de janvier 1862. Les instructions données au contre-amiral Jurien de la Gravière et publiées par la presse prouvent, en effet, qu'elles étaient dirigées dans le sens de la convention, mais, comme l'indique mon correspondant, elles laissent deviner que le général Prim était réellement le chef politique de l'intervention , et qu'on avait confié à son énergie, le soin de réaliser promptement les vues des trois puissances. L'empereur, se rappelant les conversations qu'il avait eues avec ce général, à Vichy, eCTaça trop le rôle dp ses représentants, par égard
CAMDlDÂTUaE 1>£ L'ÂftCUiDUC |IAlIMai£N« 41 i
pour le comte de Reos ou pour l'Espagne, il avait trop espéré dans le désintéressement ou Fhabileté du comte. La lettre
de Tempereur au général Prim et la conduite du général au Mexique justifient entièrement cette appréciation. Le chiffre des forces expéditionnaires des trois puissances lui donnait également une incontestable supériorité sur ses collègues. Les troupes espagnoles étaient au nombre de sept mille hommes environ , celles de la France ne comptaient guère plus de deux mille trois cents hommes et celles de l'Angleterre s'élevaient à sept cents tout au plus.
La première escadre espagnole, commandée par Famiral Ceballos, arriva à Vera-Cruz dans la première quinzaine de décembre, car le manifeste de Juarez contre l'intervention et publié en décembre 1861» dit : — <c Le 14 de ce mois, le gouverneur de Vera-Cruz a reçu l'intimation du commandant des forces navales espagnoles d'abandonner cette place et la forteresse d'Uloa. Le général espagnol annonçait en même temps que roccupation du château servirait de garantie pour les droits et les réclamations qu'il avait à faire valoir, de concert avec la France et TEspagne contre le gouvernement mexicain..» Cette escadre devait partir le 30 octobre, comme l'apprend une lettre de la Havane du Maréchal Serrano qui s'excuse de n'avoir pu l'envoyer à cette époque. Lorqu'elle partit, son commandant ignorait encore la signature de la convention de Londres. M. Thiers dît dans son discours du 9 juillet : — « A la fin de décembre, les Espagnols, les France çais et les Anglais arrivent, en effet, à la Vera-Cruz, etc. » On voit que, comme toutes les affirmations historiques de M. Thiers sur cette question, celle-ci est inexacte. M. Thiers connaissait imparfaitement le terrain sur lequel il s'avan* çait ; les détails qu'il a donnés ne renferment que des erreurs, la raison en est qu il a cru devoir uniquement s'ap* puyer sur des autorités opposées à l'œuvre de i'interven^^ tion.
L'ultimatum envoyé par le maréchal Serrano, d'après les ordres de Madrid» au général Gasset, qui commandait la pre*
mière e%>^éiiiiot\ « mnlmt toute WéMVgi^ avec Ia4udl6 OA devait procéii^ et cooibi^ii le gouveraeur.de ia Ilavaue avait compris les intentions de son gouvernement. Dans cet ulti*
matum, il y avait : « Remise du fort de Saint-Jean d'Uloa. Engagement de payer les frais de Texpédilion. Si, dans le délai de vingt-quatre heures de la remise de rultimaturn, une réponse ailinnaUve et sans condition n'y est pas faite, on le considérera comme refusé et on ouvrira les hostilités. » Si le général Prim eût imité le maréchal Serrano, dans son intelligence ^ comprendre, dans son obéissance à suivre les vues de son gouvernemeiit, le 2$ janvier ii eût été, à Ifexico, roatire de la situation, dictant ses volontés , entouré d*un prestige justement mérité, et l'intervention u*aurait pas été humiliée comme elle le fut à la Soledad. Les faits qui vont suivre prouvent que oetl^e marche directe sur Mexico était possible, facile luéme» ei qu'elle aurait dà avoir lieu de suite, quoiqu'elle ne fût pas spécifiée dans les ordres donnés aux représentants des trois puissances. Si ces représecitants n'avaient dû prendre aucune initiative, à quoi leur servaient les pleins pouvoirs qu'on leur ayait donnés» et dans quel but leur auraiMn dpnné des pleins pouvoirs, s'il^ jae devaient suivre que la lettre de leurs instructions ?