‹ Histoire du Mexique. Juarez et MaximilienChapitre 4 sur 5 · IS · texte numérisé non relu

IS

mStOlRB DO HBXIQTIB.

accélère la destruction de la société, et Ta approuvé dans son ensemble. Maintenant, avec une précipitation scandaleuse, elle approuve aussi tous les articles en particulier ; de sorté qu*avant un mois, on aura lancé ce boute-feu qui causera plus de maux que la constitution de 4894, et fera trionipher la démagogie intolérante et cruelle de 1828 et 1833... — J. M. Tornel de Mendivil. »

Cette constitution, proclamée le 12 juin 1843, sous le titre de : Bases de l'organisation politique de u rêpobuqub mexicaine, Canalizo étant vice-présîdent, n'était qu'un piège tendu dès le mois d'avril, au gouvernement, par les députés libéraux. Ils avaient promis à Santa-Anna leur concours s'il consentait à leur laisser faire une constitution. Le président, très constitutionnel lui-même, et n'aimant pas gouverner, se laissa facilement persuader. Cette conduite était d'autant plus habile de la part de Santa-Anna, qu'on ne pouvait pas Taccuser d'avoir trompé la nation et empêché la réunion du congrès d'après le plan de Tacubaya. Dans les Bases organiques, il est déclaré que le Mexique adopte la forme du système populaire représentatif pour son gouvernement; que le territoire sera divisé en déparlements; que le pouvoir politique réside dans la nation; que la religion catholique est la seule professée et la seule protégée à l'exclusion de toutes les autres; que Tesclavage n*est pas permis, et que personne ne sera poursuivi pour ses opinions ni soumis à d'autres impôts que ceux imposés par les lois... Le pouvoir législatif résidait dans un congrès divisé en chambre des députés, sénat et un troisième corps appelé députation permanente, formé de quatre sénateurs et de cinq députés. L'office de ce dernier était de convoquer les sessions extraordinaires du congrès, de recevoir les certificats de rélection du président, des sénateurs, etc. Le pouvoir exécutif était confié à un président, élu pour cinq ans...

Par cette constitution, le gouvernement, tout central qu'il était, devenait une machine politique tellement compliquée, qu elle laissait mille petites portes ouvertes à la corruption

ncTATtnifi.

et à Farbitraire, de sorte qae les petites ambitions et la cupidité privée s'y trouvaient à Taise. Santa-Anna refusa de sévir contre les administrateurs, dans la crainte de s'en faire des eaaemis; il en destitua même plusieurs parfaitement honnêtes pour les remplacer par des administrateurs infidèles. Les prétextes qu'il donnait pour agir ainsi sont assez spécieux pour mériter d'être connus. Lorsqu'un navire marchand arrivait en vue d'un port mexicain, le capitaine et ses commanditaires allaient trouver le directeur de la douane et lui offraient une somme importante afin d'obtenir une diminution considérable sur le prix à payer pour les droits d'entrée. Le directeur acceptait ordinairement. Quand, par hasard, ce directeur était honnête et refusait, le capitaine remettait à la voile et portait plus loin ses marchandises qu'il introduisait par contrebande sur le territoire mexicain. L'honnêteté d'un directeur de douane amenait donc le vide dans la caisse et la souffrance dans le commerce. Dans presque toute l'administration ce manège se reproduisait, soit pour les recettes» soit pour les impositions, soit pour les fournitures. Il n'en aurait pas été ainsi, si le gouvernement avait eu des hommes pour empêcher la contrebande, et des inspecteurs fidèles pour surveiller les employés; mais avec les révolutions continuelles dont souffrait le pays, il était difficile d'introduire la moralité parmi les individus, et l'ordre dans les finances. On comprendra maintenant pourquoi le gouvernement mexicain témoignait une certaine faiblesse pour les administrateurs infidèles qui s'enrichissaient, mais apportaient de l'argent au trésor, tandis que les employés honnêtes, mal ou point payés du tout, s'appauvris- .saient et produisaient le vide dans les caisses de l'Ëtat.

Gomme il suffisait d'attaquer un rouage de cette machine politique pour arrêter tout mouvement, et que le patriotisme des gouvernants et des gouvernés n'était que de Tégoïsme personnel, aucun gouvernement n'avait de chance de durée. L'ordre n'est possible qu'avec la moralité qui le respecte et la force qui le saneUonne. Au Mexique, le pouvoir exécutif

filSTOlBB DU MfiilQUB.

n'a jamais eu de force, car malgré son contrôle sur l*armée, cette armée ne lui obéissait que lorsqu'elle était bien équipée et bien payée, ce qui lui arrivait fort rarement; aussi, la trouvait-on toujours prête à donner son concours au premier général venu qui lui promettait piastres ou pillage. Sous la dictature de Santa-Anna, Tordre régna pourtant un peu; les diverses branches de Tadministration publique s'améliorèrent; les rentes furent payées avec assez d'exacti* tude, ainsi que les traitements des employés; Tarmée, mise sur un meilleur pied, se disposait k envahir de nouveau le Texas, après avoir triomphé sous le général WoU; le commercé, et l'agriculture prospéraient. Le chemin de fer de Vera-Cruz à Medellin fut commencé; le théâtre de Santa- Anna fut construit ; plusieurs autres travaux d'utilité publique furent achevés ; il n'y eut ni emprunts forcés, ni expropriations, ni bannissements, ni condamnations à mort. De longtemps le Mexique n'avait joui d'autant de calme et de prospérité.

Ce bonheur relatif et précaire donna l'idée à certains personnages amis de Sauta-Anna et patriotes, de proclamer le plan 'de Landero, révélé par Ampudia, et de laisser la dictature à Santa-Anna, tout en modifiant le premier projet. Le 9 décembre 1842, les généraux Ignacio Gutierrez, J. Maria Rincon et toute l'armée du département de S. Luis Potosi, firent un pronunciamiento, déclarant — « ne pas reconnaître le congrès constituanl, pour avoir contrarié la volonté de la nation, par la promulgation de lois fondamentales qui s'éloignent autant de la constitution de 1824, comme des mesquines restrictions contenues dans la constitution de 1836. Dans le troisième article de cette proclamation, Santa-Anna était de nouveau reconnu président, et D. Nicolas Bravo vice-président. Les motifs de ce pronunciamiento sont détaillés dans un appel à la nation des plus remarquables. On y représente le congrès comme ayant manqué à tous les devoirs que lui imposait le plan de Tacubaya, au nom duquel il avait été convoqué» et Ton crjitique vivement les princi-

Digilized by GoogL

DICTATURE. 187

paux articles, déjà connus, de la constitution nouvelle. Ce

mouvement ne fut pas plus secondé par le président que celui préparé par Aiupudia et Landero; Santa-Ânna permit la promulgation des bases organiques, mais peu de temps après, le congrès s*étant déclaré en guerre ouverte avec le pouvoir exécutif, il fut obligé de faire dissoudre la chambre par le général Bravo. L'exécution de cette mesure n'amena pas la moindre révolution.

La correspondance du général Reyes nous apprend que le général Woll, alors à Guerrero, h la veille de retourner au Texas, était menacé d'aller au Yucatan combattre les insurgés. Voici quelques extraits de ses lettres adressées au collègue qu'il avait si bien reçu à San Fernando. — « SaU tillo, 38 février 1843. — On dit que les bateaux à vapeur sont arrivés à Matamores pour transporter au Tucatan le général Woll, avec mille fantassins choisis... Je serais très contrarié si Ton vous envoyait au Yucatan où commande en chef Peua Barragan ; on dit que Minon et Morales n'ont pas voulu jurer les décrets sur la nouvelle réorganisation... Gela me paraît une fable... On dit aussi que du côté de Monterey, Ampudia s'est démis du commandement de l'armée... 2 mars... Je me réjouis de ce que le gouvernement ne vous a pas séparé du commandement de cette armée — celle de Rio Grande — • parce que votre permanence dans ce commandement est un bienfoii... et parce que les projets et vues de Canalès s'évanouiront, du moment où le général Arista, avec lequel il pouvait s'entendre, s'éloignant de ce théâtre, vous saurez le maintenir dans les limites que lui imposent les lois et le devoir.

a Je suppose que vous savez déjà que Mejia — D. Francisco — est arrivé mercredi avec cent soixante aventuriers texiens qu'il reprit et desquels seize doivent être fusillés. Les habitants ont fait une représentation à Mejia pour suspendre l'exécution, et ont envoyé une pétition au gouvernement pour qu*on leur accordât la vie. Mejia m*a consulté et comme vous connaissez mon opinion sur les fusillades, vous

L/iLjiii^uG Ly

HISTOIRE PU MSUQUB. *

saarex que je me suis uoi aux Saltilleros et pense comme eux. Je vous connais trop bien pour douter un instant que

vous n'approuviez ma conduite, étant sûr que vous auriez agi de même pour sauver la vie à ces seize diables. Isidro Reyes. »

Ces Texiens dont il est question étaient des prisonniers

qui se révoltèrent à Mier et parvinrent à s'échapper des mains des Mexicains, non sans avoir fait quelques victimes. Ce D. Francisco Mejia qui les avait repris était gouverneur et commandant générai du Gohabuila et du Texas. Une lettre de lui, datée de SaltillOt 18 mars 1843, donne les détails suivants sur cette affaire... « Le gouvernement suprême, justement irrité contre ces ingrats qui ont si mal répondu au traitement hospitalier qu*ils reçurent dès leur arrivée à Mier, a décidé qulls seraient décimés et que ceux sur lesquels tomberait le sort fussent immédiatement fusillés. Mais à peine cet ordre' eut-il transpiré dans la ville que je reçus des pétitions les plus humbles de l'assemblée départementale, de la municipalité, du clergé, des principaux habitants et des dames les plus notables de la ville qui suppliaient le suprême magistrat de la nation de commuer la peine méritée par ces colons. Dans ce pénible conflit j'ai envoyé ces pétitions au président par un courrier extraordinaire; en attendant la suprême résolution, j'ai reçu un autre ordre pour fusiller tous ceux qui seraient pris. N'ayant pas de troupes suflSsantes, j*ai différé l'exécution. J'espère pendant ce temps recevoir la réponse que je désire. — Francisco Mejia. »

Cette réponse fut clémente; mais Santa-Anna détestait tellement les Américains, comprenant qu'ils étaient les plus mortels ennemis de sa patrie, qu'il aurait toujours voulu faire fusiller ceux qui tombaient en son pouvoir, et ce n'est qu'à son corps défendant qu'il leur faisait grâce. Le général Almonte, alors ministre du Mexique aux États Unis, écrivit de Washington le 7 avril 1843, au sujet de ces flibustiers... « Les Texiens ont perdu les sympathies de ce pays et doivent espérer peu de secours dans la prochaine querelle avec

MCTàTUM

nous; il est nécessaire de profiter d'une si belle occasion, c'est ainsi que je Tai dit à notre aimé Santa-Aniia. » — Le président en profila, eu effet, et donna l'ordre au général Wail d'envahir le Texas avec mille hommes. Presque toutes ses lettres du mois de juin se rattachent à cette expédition et aux ennuis causés au gouvernement par le général Ortega, pour avoir entravé la formation d*un camp retranché et de barraques pour Tarrnée à Sabinas, point situé entre le Rio Grande et le Nueces. Cette campagne ne se fit pourtant pas, mais avant d'en indiquer les raisons, je dois citer une lettre de Santa-Anna au général Woll, .datée du 21 juin et dans laquelle il donne des renseignements également inédits^ sur les événements du Yucatan.

« ... La capitulation du général Pena est positive et les journaux en auront déjà donné les détails. Il est impossible de trouver des paroles capables d'exprimer l'indignation que m'a fait éprouver la honteuse et inattendue conduite de ce général, chargé du commandement d'une si belle division, à . la téte de laquelle il pouvait enfoncer les portes de la gloire. Hais il ne Ta pas voulu; il a préféré s^nsevelir dans la fange de l'ignominie, prolongeant la guerre par sa lâcheté et son ineptie, et obligeant la nation à faire de nouveaux sacrifices. Elle les fera sans doute, à l'entrée de l'hiver prochain, parce qu'une fois le dessein manifesté de remettre sous Tobéissance le département rebelle du Yucatan, il ne sera pas abandonné. Ainsi l'exigent l'honneur national etrintégrilé du territoire.

« Je désire que l'on règle à Matamoras les affaires de la douane» dont les produits doivent servir à l'entretien de la première brigade. Je ne puis moins faire que de croire qu'il y a là-bas beaucoup de désordres auxquels il faut couper court immédiatement, si nous voulons qu'un jour il y ait de la régularité dans le recouvrement et la distribution des re« venus. L'économie est une affaire des plus importantes que je vous ai recommandées, et je ne doute pas que vous vous en acquitterez avec refiicacité et Thonorabilité dont vous

190 mSTOIBB DU IRXIQUE.

avez déjà donné tant de preuves. Faites à votre discrétion rendre des comptes à tous les fonctionnaires, sans craindre ni les murmures, ni la critique de personne. Soyez inflexible envers ceux qui maiversent ou donnent aux trésors de l'État une destination illégale, et soyez sûr que le gouvernement vous appuiera dans tout ce qui tendra à systématiser la comptabilité militaire et augmenter les ressources du trésor public... — A. L. de Santa-Â.nna. »

Ces recommandations étaient faites, mais il aurait fallu sévir contre les délinquants, dont on lui révélait les manœuvres frauduleuses; Santa-Anna, par faiblesse, n'osa jamais procéder contre eux; aussi Taccusa-t-on de connivence maintes fois,— quand il n*était pas au pouvoir. — ^A ce sujet, je me rappelle que souvent les généraux commandant en chef, négociaient, è raison de S Vo de bénéfice, les sommes quMls recevaient en piastres neuves pour payer leurs brigades ou leurs divisions. Une fois à Matamores, le généralWoU commandant Tarmée des frontières avait mis en adjudication les fournitures de Tarmée; par cette mesure, il obtint pour le compte Mu trésor un bénéfice de 43 Vo> sur le prix ordinaire de ces fournitures, le général Arista, alors à Mexico, réussit, à force d'intrigues auprès de la famille et des amis de Santa-Anna, à faire révoquer ce contrat et en approuver un autre qui donnait 25 ^/o de bénéfice aux fournisseurs en sus du prix ordinaire, ce qui fàisait une différence de 38 ^/o, sur le prix obtenu par le premier contrat. Ces faits monstrueux étaient assez communs et connus de Santa-Anna qui n'eut jamais le courage de les empé« cher.

Quant à Taflïiire du Texas, elle était entrée dans la voie

des négociations. Les Texiens étaient alors assez mal considérés par le gouvernement de Washington qui les regardait comme des flibustiers indignes de sympathie ; peut-être aussi se doutaient-ils que ce gouvernement voulait s'annexer leur territoire et le mettre à la raison. De ce côté, ils ne pouvaient s'attendre qu'à leur annexion, c*est à dire à la

Oigitized by GoogI(

DICTATURB.

perte, sinon de leur indépendance, an moins de leur situation privilégiée. Ils étaient en guerre avec le Mexique, mais

au moins, ils avaient l'espérance de conserver tous les bénéfices de leurs privilèges, en se liant avec cette république; ils auraient même accepté de rentrer sous la domination mexicaine, pourvu que cette domination fût simplement nominale et leur laissit toute leur indépendance politique. Cette situation des esprits et des intérêts du Texas décida les autorités de cette république à entamer des pourparlers avec le gouvernement mexicain.

M. Doyle, chargé d'affaires de S. M. britannique communiqua au président par intérim des propositions apportées par Tavocat texien Robinson, pour faire cesser la guerre entre le Mexique et le Texas. A la suite de ces propositions, on régla une suspension d'armes pour donner aux délégués ie temps et la facilité de traiter de Tamnistie et de la réunion du Texas au Mexique. Le ministre de la guerre, M. Tornel, envoya copie de ces conventions préliminaires au général Woll pour rinformer de ce qui se passait et lui donner des ordres relativement à cette affaire. Santa-Anna, de son côté, lui écrivit le 12 juillet 1843... « Par les ordres et autres documents qui vous ont été adressés du ministère de la guerre, vous savez que les hostilités entre la république et ce département, — le Texas, — ont été suspendues pendant le temps que dureront les pourparlers qui doivent avoir lieu pour mettre fin à la guerre et rétablir les réiations détruites parTambition et l'avarice de quelques aventuriers. La base de l'union sera la reconnaissance explicite de la souveraineté nationale et la soumission au gouvernement. Si nous sommes dans les meilleures dispositions pour établir la paix, nous avons aussi Ténergie et la ferme résolution de prolonger la guerre jusqu'à ce que les droits de la république soient reconnus et sauvés.

(( Néanmoins, le temps ne sera pas perdu, parce que vous pouvez organiser, en conformité avec les vues du gouvernement, la section des mille cavaliers qui devaient opérer

HISTOIRE DU MEJ^IQUB.

SOUS VOS ordres, dans Hatérieur du Texas... *-<-A L. de Saota-Anna. »

Les correspondances et les proclamations de Samuel

Houston et du général Woll nous apprennent que le 4 septembre les deux républiques s'étaient égalemeiu entendues pour relâcher les prisonniers. Les délégués texiens n*arrLvèrent à Matamores que le 18 octobre; ils motivèrent ce retard par les pluies qui rendaient les routes impraticables. Le général Woll, pour éviter les fâcheuses influences d'une * ville révolutionnaire comme l'était Matamoros, désigna la petite ville de Loredo pour y tenir les conférences. Il avait obtenu que le Nueces fût considéré comme limite naturelle du Texas, et que le mot territoire fût substitué à celui de république qui blessait les oreilles mexicaines, l'indépendance du Texas n'ayant jamais été reconnue par le Mexique. Le 2 janvier 1844, les conférences n'étant pas terminées, WoU reçut Tordre du président par intérim de reprendre les hostilités le 1*' mars, si le 28 février les délégués n'avaient pas conclu d'arrangement. Par une lettre du 3 janvier, les commissaires texiens acceptèrent ce délai. Enfin, le 15 février 1844, le général D. Antonio Maria Jauregui et le colonel D. Manuel Maria Landeras, pour le Mexique, G. W. Hockley et Samuel Williams pour le Texas, signèrent à Sabinas, quartier du général Wôll, un armistice qui devait durer jusqu'à la signature du traité de paix. Diaprés Tarticle 4 de cet arrangement, les commissaires texiens devaient aller à Mexico conclure le traité de paix aussitôt qu'ils en auraient reçu les pouvoirs.

Tandis que cette anmistie se traitait sur les frontières, le congrès texien, influencé par les États-Unis, votait, presque h l'unanimité, l'annexion du Texas à la république américaine. Ce vote fut aussitôt expédié à Washington et soumis au sénat qui l'approuva par une majorité de quarante voix contre neuf. Houston était très ennuyé de cette mesure, car il espérait que Tindépendance du Texas serait reconnue par le Mexique ; ce qui lui paraissait préférable à Tannexioa aux

]»CTATm

États-Unis. Voulant gagner du temps pour ne rien précipiter, il laissa les délégués sans pouvoir pour aller traiter à Mexico et n*eatrava pas le congrès dans ses démarches à Washington. Santa-Anna, en apprenant cette conduite des Texiens, entra dans une violente colère, et le 10 juin 1844, il écrivit la lettre suivante au général Woll :

« ... Le mois de mai s'étant passé, sans qu'il soit venu du Texas les délégués pour traiter de la pacification de ce département, selon les stipulations arrêtées pendant Tarmistice qui a eu lieu, il y a trois mois, Tes hostilités doivent recommencer et fespère que vous aurez agi de la sorte sans avoir attendu de nouveaux ordres du gouvernement. Par cette lettre^ je vous prie d'organiser des corps de cavalerie... et d'infanterie, pour attaquér Tennemi de toutes les manières. La perfidie avec laquelle se sont conduits les Texiens, montrent d'un côté le désir de traiter avec Mexico pour terminer l'état de guerre, et, de l'autre, faisant des cooventions avec les États-Unis qui tendent à consommer Tusurpation la plus criminelle et la plus scandaleuse des temps modernes, oblige la république mexicaine à tenir ces hommes sans foi, sans la moindre considération. Il faut commencer la guerre avec vigueur ; une armée respectable sera bientôt dans les campagnes du Texas avec tous les éléments nécessaires pour faire triompher les droits nationaux profondément blessés.. — A. L. de Santa-Anna. »

Le général Woll n'avait pas d'argent et pas assez de troupes pour commencer cette campagne; les autorités mexicaines civiles et militaires paralysaient son activité et lui suscitaient, par la contrebande, les contrebandiers et les Indiens, des embarras inouïs. Quoique sans ressources, il n'était point resté inactif. Son camp de Sabinas avait été fortifié, desbarraques assuraient un abri confortable à ses soldats, des jardins leur procuraient des légumes , il sut en un mot veiller à leur instruction militaire comme à leur entretien avec une sollicitude d'autant plus remarquable que ses moyens pécuniaires étaient excessivement limités. Ne vou-

Oigitized by

lant pas laisser les frontières devenir la proie des contrebandiers et le théâtre de désordres continuels, il institua un corps d'explorateurs, chargés de poursuivre les contrebandiers et les malfaiteurs protégés par Arista et Ganalès. Il confia Torganisation de ce corps au colonel Grisante de la Pena, homme d'une activité peu commune et d'une grande intelligence.

Le 15 janvier 1844, ce colonel lui écrivit de Guerrero : tf Sur la liste des soldats que je vous envoie d'office, pour la compagnie des explorateurs, il n*y a pas tous ceux que je

croyais, parce qu'au moment de commencer à les réunir, j'eus un différend avec le juge de cette ville par rapport à cette compagnie. Ce monsieur est un des principaux contrebandiers de ce pays , et cherche les moyens de laisser les choses dans Tétat où elles se trouvent, afin de pouvoir continuer ses forfaits, de sorte qu'il est devenu mon ennemi et ne perd pas un instant pour me faire du mal, ni aliéner les habitants et beaucoup de soldats, comme il y a déjà réussi... y* Suivent des détails sur Torganisation de cette compagnie, les embarras suscités par les autorités intéressées dans la contrebande, et sur des convois considérables de contrebande sortis de Reynosa et de Gamargo sous la protection de Canalés.

. Le 8 mai suivant, le colonel Grisante Pena, à la téte d'un

détachement d'explorateurs remontait le RIo-Grande pour veiller sur un convoi de contrebandiers, commandé par Ganalès, et qui lui avait été désigné dans les environs de Gamargo. Attiré dans un guet-apens, il fut massacré avec tous ses soldats; son lieutenant, D. Eugénie Gonzalez, resté en arrière, put se sauver à la nage, et fit avertir le général WoU et le sous-préfet de Mier, D. Isidro Garcia, de cet assassinat. Ganalès, ignorant cette circonstance , mais apprenant qu'un de ses serviteurs, anciennement attaché à ce sous-préfet, s'était sauvé le lendemain du meurtre du colonel , envoya deux assassins à Mier. Au milieu de la nuit, ils frappèrent à la porte de D. Isidro Garcia, et demandèrent à lui remettre une

dépêche du général Woll. Le sous-préfet, sans méfiance, se leva de son lit, alla à la rencontre de ces misérables qui le tuèrent de deux coups de revolver. et se sauvèrent à Camargo auprès de Ganalès.

Ces deux événements produisirent une douloureuse sensation sur les frontières. Le général D. Ignacio Gutierrez, qui commandait le Tamaulipas, écrivit à ce sujet au général Woil, la lettre suivante, en date du l""' juin 1844 ; « J'ai appris, par le préfet de Matamores, rhorrible assassinat commis sur le très honorable sous-préfet de Mier et sur le colonel Crisanto Pena, ainsi que la conduite de Ganalès Tai délégué M. Lara pour se rendre dans cette ville et examiner les moyens de châtier les coupables. J*ai pareillement envoyé des dépêches au gouvernement pour qu'il fixe sérieusement son attention sur la frontière du nord, avant que l'étincelle produise un incendie difficile à éteindre, pour que l'ingrat Ganalès soit enfin vu sous ses vraies couleurs, lui faire quitter cette frontière, et finalement envoyer quelques secours aux troupes qui sont depuis tant de temps dans une aussi profonde misère. — Ignacio Gutierrez. d —

D. Isidro Reyes, alors ministre de la guerre , expédia Tordre au général Woll de diriger Ganalès sur Mexico pour y être Jugé. Get ordre, daté du 7 juillet, arriva à destination au moment où le général allait faire fusiller ce monstre et débarrasser ainsi le gouvernement et la flrontière d'un de ses plus grands malfaiteurs. Ganalès se sauva de Mexico, sans attendre son jugement, comme nous rapprend une lettre du président par intérim, D. Valentin Ganaiizo, adressée au général Woll. Dans cette lettre datée du 83 novembre, Ganaiizo commence par s'étendre longuement sur la conduite du général Arista, accusé de concussion, d'avoir vendu à son corps d'armée, à des prix très élevés , les produits de son hacienda, lesquels produits n'avaient été livrés qu'en partie... « Je suis convaincu, dit le président, qu'il est lié au agents de la révolution... Pour le moment, il est indispensable que par aucune considération vous ne cessiez

m msToiBB w nxiQtiB.

de travailler ëDergiqaement contre quiconque tenterait de révolutionner cette frontière, — le Rio-Grande, — redoublant de vigilance pour éviter également que Ganalès ne lève rétendard de la révolte, comme il en avait certainement rintention en quittant la capitale, et comme je vous l'ai écrit d*ofSce. Faites donc tout votre possible pour le feire prisonnier, tout en veillant sur M. Arista qui pourrait être d'accord avec lui... Le général Santa-Anna est aujourd'hui à Queretaro et sera promptement sur les révoltés qui» n'ayant que peu de troupes, ne livreront pas bataille à ce que je crois. — Yalentin Canalizo. » —

Il eût été plus sage de laisser la loi avoir son cours, et de ne point faire venir de si loin un prisonnier aussi dangereux; mais on voit dans Santa-Ânna de pareilles faiblesses se renouveler en bien des occasions où les mesures énergiques sont impérieuses. Son excessive indulgence pour Arisla devint fatale au Mexique ; Santa-Anna avait donné l'ordre au général Woll d'envoyer Arista enchaîné à Mexico, parce qu'il était convaincu de sa défection, et qu'il voulait faire une enquête rigoureuse sur sa conduite. Arrivé dans la capitale, Arista sut circonvenir Santa-Anna de telle ma* nière que celui-ci, loin de le mettre en jugement, l'envoya aux frontières prendre le commandement de l'armée du nord, à la place du général Woll. Le président crut se justifier de cette mesure* en disant qu'il agissait ainsi pour attacher au pouvoir ce général infidèle , mais plus tard , il manifesta le regret de ne pas l'avoir fait fusiller à Mexico. Les regrets viennent toujours trop tard. Arista de retour sur le Rio- Grande» retira l'armée de sou campement de Sabinas, la dispersa dans les villes de Tamaulipas et Nueyo-Leon , abandonna de la sorte une magnifique position stratégique et laissa les frontières sans défense. Les Texiens, n'étant plus menacés, redevinrent plus insolents, et les États-Unis se préparèrent à se substituer aux colons, non plus pour demander l'indépendance du Texas» mais la frontière du Bio-Grande. Voici quelles fiirent les conséqueDces de la

DIGTATORB. 197

condoite da gouvernement de Mexico envers Canalès et

Arista.

On a vu, par la lettre de Canalizo, que le 23 novembre Santa-Anna se trouvait à Queretaro, prêt à livrer bataille aux révoltée ; en efiét» le S novembre, Parédës avait de nouveau levé rétendard de le rébellion ii Guadalajnra, et 8anta» Anna marchait contre lui, se dirigeant sur Lagos, avec une belle armée destinée à la guerre du Texas. Parédès et les conservateurs demandaient la resfK)Qsabiiité effective du gouvernement provisoire » la suppression des contributions décrétées pour la guerre du Texas et la réforme immédiate des BASES ORGANIQUES. Dans un manifeste daté de Guadalupé- Hidalgo, 21 novembre 1844, c'est à dire au moment de son départ pour Tintérieur» Saoïa-Aana réfute habilement tous les prétextes donnés par les conservateurs pour allumer de nouveau la guerre civile, éi franchement ce manifeste parle le langage le plus constitutionnel et le plus logique que l'on puisse désirer. Mais Santa-Anna commençait à se perdre dans l'opinion publique par ses faiblesses et ses irrésolutions; puis, il faut bien l'avouer, un homme qui gouverne toujours par procuration, loin de la capitale, finit par lasser la patience du peuple qui met naturellement sur son compte tout le mal qui se fait et tout le bien qui ne se fait pas.

Le 29 novembre, Canalizo décréta la suspension des séances du congrès; mais eet acte, loin de calmer les esprits, les irrita davantage. La ville de Mexico donna son adhésion au plan de Parédès; le congrès proclama la déchéance de Canalizo, déclara factieux le président constitutionnel et nomma président par intérim le général D. José Joaquin de Herrera. Ce même jour, 6 décembre 1844, le ministre des finances, -D. Antonio Haro y Tamariz, celui des affaires étrangères, D. Manuel Crecensio Rejon, et celui de la jus- . tice, D. Manuel Baranda furent obligés de se sauver pour ne pas exposer leur vie ou leur liberté; Canalizo et le général Basada, ministre de la gueiTe, furent incarcérés. Le bas peuple courut au cimetière de Santa-Paula, exhuma du mo-

HISTOIAE DU MEXIQUE

nument qui la renfèrmaii la jambe perdoe par Sauta-Anna à Vera-Cruz ^ la traîna dans les rues. Santa -Anna apprit ces

nouvelles à Lagos, au moment où il présidait une réunion de généraux; comme en cet instant tous les regards étaient fixés sur lui, il porta lâ main à sa jambe mutilée en s'écriant :

a Amis, cette blessure ne me faisait plus souffrir ; mais maintenant j*y sens une. vive douleur. » Ces paroles ne dénotent-elles pas une âme vraiment patriotique qui mérite de rindulgence pour bien des fautes.

Triste, accablé par les événements du 6 décembre, sans enthousiasme pour combattre les insurgés, Santa*Anna ne pensa plus qu*à se retirer à l'étranger. Il renonça à la présidence, fit demander son passe-port par le général D. Ignacio Sierra y Rosso, et se dirigea sur Puebla, en route pour Vera- Gruz. A Puebla, le IJ janvier, il fit ses adieux à son armée, forte de dix mille hommes, et par conséquent capable d'entrer à Mexico, s'il l'eût voulu ; ses vétérans désiraient l'accompagner jusqu'à Vera-Cruz, mais il n'accepta qu'une escorte qu il congédia dans les parages des Vigas. En passant par la ville de Jico, le commandant de la milice rurale, le voyant seul avec ses domestiques, l'arrêta par ordre du commandant militaire de Jalapa, et l'envoya dans cette ville. Trois jours après il fut conduit h la forteresse de Perote et tenu au secret durant quatre mois. Enfin, condamné par le congrès à l'exil perpétuel et mis hors la loi, s'il rentrait au Mexique, il s'embarqua pour la Havane au mois de mai 1845.

L'élection du général Herrera, une fois confirmée après ]a chute de Santa-Anna, le nouveau président organisa le ministère de la manière suivante : le porteleuille des affaires étrangères lut successivement confié à D. Luis Cuevas et D. Manuel de la Peûa y Pena; celui de la justice à D. Mariano Riva Palacios D. Bernardo Conto et D. Demetrio Montesdeoca ; celui des finances à D. Pedro Echeverria, . 1). Luis de la Rosa et D. Pedro Fernandez del Castillo, et celui de la guerre aux généraux D. Pedro Garcia Conde, et D. Pedro Anaya. Le générai Herrera était tout à la fois des

DIGTATIM.

plils honnêtes citoyens et des plus dignes militaires du

pays; mais il avait peu d'énergie. Cependant, il sut s'entourer d'hommes recommandables et parvint à réprimer, avec l'aide du colonel Uraga, l'insurrection de Rangel en faveur de Santa-Anna.

Dès son origine, cette administration montra une faiblesse qui devait la conduire à sa perte. Appelée à consolider le système de centralisation qui, depuis 1836, avait remplacé le fédéralisme» elle fut effrayée de l'ardeur avec laquelle les fédéralistes attaquaient ses actes. Elle ménagea tellement les hommes influents de ce parti qu'elle fut bientôt débordée et hors d'état de résister à leurs prétentions. A Matamores, un certain Molano s'empara des rônes du gouyernement de Tamaulipas; Canalès se donna le titre de a commandant des villes, » sans être inquiété par Arista; puis, il fit arrêter le préfet qui se trouvait à Mier. Jésus Gardena fut nommé par le général Arista, préfet de Matamores, à la place de celui que Canalès avait arrêté ; les généraux de brigade de l'armée régulière n'étaient .pas mieux traités par ces deux étranges personnages que les autorités civiles gouvernementales.

Tandis que le pouvoir exécutif laissait agir les factieux, sans même essayer de résister, l'ancien parti monarchique, qui s'était vu contraint de se fondre dans le parti centraliste, après la chute d'Iturbide, et qui d'ailleurs s'était résigné de très bonne foi au système républicain, dans l'espoir que le pays pourrait s'organiser d'une manière stable sous l'empire de ce système, crut devoir sortir enfin de sa longue léthargie. Les membres épars de ce parti se rapprochèrent, et, après s'être concertés, ils crurent que le moment était arrivé où leurs vœux se réaliseraient. Il fallait se hâter pour prévenir les fédéralistes. Le général Parédès fut choisi pour opérer cette révolution. Envoyé par Herrera contre les Américains qui s'avançaient dans le Texas pour envahir le Mexique, Parédès, de son quartier général de S, Luis Pptosi, refusa obéissance au gouvernement, marcha sur Mexico •

HISTOIRB DU MKXIQUB.

et entra dans ia capitale sans ceup férir» à la fia du mois de

décembre 1845.Le4 janvier suivant, il fut nommé président

provisoire et décréta ia convocatiou d uu nouveau congrès constituant.

Tout en abandonnant à la nouvelle assemblée la faculté de déterminer le mode de gouvernement qui devait désormais

régir le pays, Parédës indiquait dans son manifeste que la monarchie seule pouvait le sauver de Tanarchie, lui assurer le repos dont il avait besoin, et ia prospérité dont il possède les éléments. Le parti monarchique institua un journal» publia ses désirs» ses vues» et fit en peu de temps de grands progrès. Le plan de réforme de Parédès et la presse de son parti rappelaient leselloris inutiles faits parla nation pour se constituer sous le régime démocratique ; ils montraient que» livré aux ambitieux et à la soldatesque, le pouvoir se verrait toujours exposé aux mêmes phases révolutionnaires qui causaient la faiblesse du gouvernement et la ruine de l'État, tandis qu'un monarque étranger, soutenu par les cours d'Europe, serait une garantie de force et de paix à l'intérieur comme à l'extérieur.

Le parti monarchiste» composé des hommes les plus respectables par leur position sociale et leur moralité, de la généralité du clergé, et de citoyens intelligents, éclairés par l'expérience du passé, voulait se rattacher à l'Europe par uu lien qui lui donnât des gages pour l'avenir. Il se flattait d'obtenir facilement pour souverain le rejeton d'une des grandes maisons de l'Europe. L'intérêt réciproque semblait justifier cette espérance. Consolider les institutions sociales au Mexique, c'était consolider les relations commerciales entre les deux mondes; c'était donner des garanties aux nombreux capitaux engagés dans les mines du Mexique» c'était» en un mot» mettre un terme aux révolutions si fatales dans les transactions lointaines et fermer la porte aux abus qui occasionnaient de si fréquents débats entre les puissances étrangères et les gouvernements éphémères dont le Mexique subissait le joug.

DIGTATDBB.

toi

Mais cette transformation ue pouvait s*opérer avec les seules forces du parti monarchique qui ne faisait alors que se réveiller, et ne désignait pas même, — au moins ostensibleaient, ~ le prince qu'il appelait à régner sur le pays. On parlait, à la vérité, dans les salons de la capitale, du doc de Montpensier, nouvéUement marié à l'infante doua Luisa Fernanda; la France et l'Espagne ne pouvaient étayer cette royauté ; comme puissances catholiques, elles avaient les plus fortes sympathies du peuple mexicain; mais les circonstances ne permirent pas de donner suite à ces projets. Les États Unis venaient de voter l'annexion du Texas et frappaient déjà aux portes du Mexique pour s'emparer de la frontière de Rio-Graude. Puis, il faut pourtant l'avouer, les monarchistes avaient bien un plan, mais il était vague, indéfini et peu réalisable alors. La majorité des citoyens blâmait Parédès d'avoir saisi le moment où son devoir l'appelait à combattre lennemi commun, pour renverser Herrera et proclamer des idées qui ne pouvaient qu'augmenter la division et la faiblesse de la nation. Parédès se justitiait en disant qu'Herrera et le congrès paraissaient décidés à traiter avec le cabinet de Washington la cession du Texas, ce dont le Mexique ne voulait à aucun prix, et qu'il n'avait fait que se ranger du côté de la majorité qui réprouvait la conduite du gouvernement dans cette affaire. Les républicains n'opposaient à la justification de Parédès que des raisons d'une médiocre valeur. Le plus grand tort du président n'était certainement pas l'idée de demander un souverain à l'Europe, mais bien l'inopportunité de cette mesure. Comme H. GutierrezdeEstrada, le nouvel apôtre de la royauté mexicaine avait parlé trop tôt ou trop tard, vouloir élever un trône à l'heure où les fautes de la république amenaient l'invasion américaine, était une de ces utopies comme le Mexique nous en offre tant d'exemples.

Oigitized by GoogI(

Aussitôt que le général D. Mariano Parédës de Ârrillaja eut saisi les rônes du gouvernement, il s'appliqua à faire rentrer dans le trésor tous les Tonds publics, à mesure qu'ils

étaient perçus par les receveurs de la capitale et des départements; puis il suspendit les paiements qui n'étaient pas de première nécessité. Cette mesure, souvent prise par les gouvernements précédents, entraîna la banqueroute des agioteurs qui s'étaient le plus compromis. Sachant qu'il ne pouvait entreprendre une guerre sérieuse contre les Américains qu'autant qu'il aurait une somme suffisante pour mettre son armée dans les meilleures conditions possibles, il voulut avant de la faire entrer en campagne, l'équiper sur un bon pied. Toutefois, l'expédition ne fut retardée que de quelques mois. Dès qu'il vit un million de piastres dans ses colfres, il fit marcher ses troupes à la frontière sous le commandement du général Arista.

• Parédès eut pour ministres des affiiires étrangères D. Joa-

^uin Castillo y Lanzas.et D. José Joaquin Pesado; à la jus-

HISTOIAE DU MËIIQUB.

tice, D. José Luciano fiecarra, évéque de Chiapas, et D. José Maria Ximénez; aux finances, D. Luis Parras, D. Manuel Gorosliza, D. Francisco Ilurbide et D* Antonio Garay; à la guerre, les généraux D. Juan Almonte, D. José Maria Tornel, et D. Ignacio Mora y Vilianail. Tous ces ministres firent une très courte apparition dans leurs ministères respectifs, le système fédérai ayant été substitué , le 5 août de cette môme année, à la république extraie. Dans ce bref espace de temps, le général Parédès annula tout ce qu'avait fait et défait le général Valencia qui, dans le court interrègne écoulé entre la déchéance d'Herrera et la nomination de Parédès, c'est à dire en trois jours, s'était mis à la tète des affaires publiques, pour se faire payer quarante mille piastres, quel* ques arriérés dus à sa famille, et avait rendu plusieurs décrets arbitraires. Le président déploya une activité sans égale pour purger les routes des bandits qui les infestaient; il ht parcourir le chemin de Vera-Gruz à Mexico par des détachements de cavalerie, pour la sûreté des voyageurs; quelques voleurs furent pendus sur les lieux où ils avaient été pris. On assurait même que quinze moines voyageaient avec la cavalerie pour confesser les bandits immédiatement après leur capture, afin de ne pas retarder leur exécuUon. Parédès fit aussi fermer les maisons de jeu ; les joueurs de l'armée pris en flagrant délit perdaient aussitôt leur emploi. Le « dépôt des remplaçants » fut dissous, et ses agents reçurent des passe-ports pour les frontières .Ëufiu, il attaqua de front une multitude d'abus; mais il ne resta pas assez longtemps au pouvoir pour les arracher entièrement du sol de la

lépublique.

T)es lettres particulières de cette époque font un triste tableau de la situation du Mexique au moment où la guerre allaii éclater avec les États-Unis. Le Yucatan s'était déclaré république indépendante. La séparation de plusieurs autres provinces paraissait imminente. Les Américains avaient trois mille hommes de leur armée régulière sur le Nueces, abandonné par Arista. Us se montraient jusqu'à Matamoros, et

REPUBLIQUE FÉDABÀU. m

les ageQts du gouvernement les recevaient de leur mieux. Ces agents, il est vrai, passaient pour seconder la séparation des frontières. — «c Matamoros reste fidèle au gouvernement, me dit une lettre datée de cette ville, 14 janvier 1846, mais elle a ses vues particulières. Depuis longtemps, comme vous l'aviez prévu, Arista et ses dignes acolytes préparent la séparation de ce département, de l'union mexicaine... Aux dernières élections municipales, Giron, Capistran, Agapito Longono, José Maria Verra ont été nommés; comme vous le voyez, tous sont les champions de la révolution de 1838. Nous avions déjà pour préfet Jésus Cardena, et Canalès pour 'commandant des villes... On s'attend d'un jour à l'autre à voir proclamer la séparation du Nuevo-Leon, du Gohahuila, et de Matamoros qui formeront un État indépendant, et alors nous verrons à la tète de ce gouvernement Arista, Canalès, Jésus Gardena et autres canailles de ce genre* — Textuel.

a Mexico est divisé en plusieurs partis : les uns sont en faveur de Parédès, d'autres règrettent Santa-Anna, et le plus grand nombre sont des aspirants aux emplois lucratifs. Que deviendra ce malheureux pays au milieu de tant de crises? Nous avons à redouter ranarchie. Peut-être avant longtemps aura-t-on besoin du bras du général Santa-Anna pour nous en sortir!... Le courrier arrivé hier soir nous apporte la nouvelle de l'entrée de Parédès à Mexico : Arista se trouve compromis jusque par dessus la téte; aussi travailie-t-il ardemment à la séparation... Après avoir confirmé Canalès dans son commandement, il lui a recommandé de s'entendre avecHejia et de vivre en bonne intelligence ensemble. Mejia est tout à fait en faveur de Parédès et se serait déjà prononcé s'il n'avait à redouter le bataillon de sapeurs, commandé par Carasco. »

Par tous les renseignements déjà donnés sur le général Arista, on voit que Paiédès eut dû faire n'importe quel choix, à l'exception de celui-là, pour commander l'armée mexicaine. Mais l'histoire du Mexique n'est-elle pas un tissu de fàutes et de maladresses qu'on ne peut expliquer? Ce

HISTOtRii PU MEXIQUE.

n'était pourtant pas le moment d'en commettre de nouvelles. Le 11 mars 1846, les Américains, commandés par le général Taylor et campés au Texas, ayant reçu Tordre d'avancer sur le Rio-Grande» quittèrent leur campement de Corpus Ghristi et se mirent en route pour Hatamoros. Le 80 du même mois» Taylor arrive avec ses troupes sur les bords d'une petite rivière appelée le Colorado ; il y trouve un aide de camp du général Mejia qui lui remet une lettre de son supérieur^ dans laquelle le général mexicain lui disait que le passage de cette rivière serait considéré comme une déclaration de guerre. Taylor passe outre, continue sa marche et arrive le 28 mars en face de Matamores. Au lieu de se borner à l'envoi d'une lettre, les Mexicains auraient mieux fait d'empêcher le passage du Colorado; ils l'auraient pu; mais dans cette malheureuse guerre on ne voit qu'ineptie ou trahison. Le général Ampudia vint à Matamores avec sa division du nord, et le 12 avril, il fit remettre au général Taylor une protestation contre la violation du territoire mexicain par les troupes américaines; il lui enjoignait de se retirer sur la rive gauche du Nueces dans les vingt-qualre heures, s'il ne voulait l'obliger à faire respecter l'intégrité du territoire par la force des armes. Le général Taylor répondit le même jour qu*il n'était qu'un militaire et que par conséquent il devait obéir aux ordres qu'il avait reçus de son gouvernement; que ses ordres lui disaient d'occuper le Texas jusqu'à la rive gauche du Rio Graode, en attendant que les deux républiques s'entendissent sur les limites des frontières et que, naturellement, il ne pouvait pas rétrograder.

Le général Ampudia fit de nouvelles réclamations pour des actes arbitraires commis par les Américains b l'embouchure du Rio Grande contre les propriétés de plusieurs Mexicains de la rive gauche du fleuve. Les rapports s'envenimaient, les deux armées durent en venir aux mains. Le 34 avril, Arista vint prendre le commandement de l'armée mexicaine ; le même jour il écrivit une lettre particulière au général Taylor dans laquelle il lui dit : ce — Votre urbanité,

BÉPUBUQtlB FÉDiRALB.

aussi bien que les usages connus entre gentilshommes, m'engagent à vous saluer amicalement par cette communication privée* vous assurant que puisque le sort aous rend adversaires dans le conflit qui va s'ouvrir entre nos deux pays, les lois de la courtoisie qui régnent entre les généraux qui font la guerre selon les lois des nations civilisées, seront observées. » Une antre lettre du général Arista, datée du 26 avril et adressée au générai Torrejon, nous apprend que ce même jour un fort détachement d'Américains commandés par le capitaine Thornton avait été enlevé sur la rive gauche du Rio Grande par le général Torrejon. Dès ce jour, il y eut de continuelles escarmouches entre les Mexicains qui passaient le fleuve au dessous de Brownsville et les Américains qui s'étaient retranchés dans un fort appelé Brown et construit à la hâte au sud de firownsville, en face de Matamores.

Afin de conserver sa ligne de ravitaillement avec les ports du golfe, le général Tayior avait laissé à Point-Isabella, le rnsycr Munroe et deux compagnies d'artillerie. Le 27 avril, les communications entre le fort Brown et Point-Isabella furent coupées par les Mexicains; pour les rétablir, le général Tayior partit avec son armée le l^'" mai, laissant au fort le major Brown avec le 7® régiment de ligne et deux batteries d'artillerie. Les Mexicains profitèrent de cette circonstance pour bombarder le fort et s'opposer au passage du général Tayior. Le bombardement, commencé le 3 mai, démonta quelques batteries et tua un certain nombre d'Américains, parmi lesquels se trouvait le major Brown. Les batteries des deux camps n'étaient séparées que par le Rio Grande et se firent mutuellement assez de mal. Le 7 mai, lé général Tayior laissa Point-Isabella pour revenir de nouveau sur les bords du Rio Grande. Le lendemain matin en traversant la plaine de Palo-Alto, il rencontra Tarmée mexicaine rangée en bataille. Au moment où les Américains se trouvaient à six cents mètres environ de l'ennemi, les Mexicains commencèrent le feu. L'attaque fut molle, l'artillerie mexicaine» mal servie» fit peu de mal aux Américains» la cava*

M IlftTOiBB Dr MUlQim.

lerie donna très peu, etVinfanterie presque pas. Le oombat,

commencé après midi, se termina à la chute du jour par la déroute des Mexicains. Voici sur cette bataille les rapports des deux généraux en cbef, adressés à leurs gouvernements respectifs.

«( Armée d'occupation, quartier-général, camp de Palo- Alto, Texas, 9 mai 1846. — Monsieur. — J'ai Thonneur de vous annoncer qu'hier j'ai rencontré les forces mexicaines, près de cet endroit, en venant de Point-Isabella, et, après une action d'environ cinq heures, je les ai délogées de leur position et j'ai campé sur le cbamp de bataille. Notre artillerie, consistant en deux pièces de dix-huit et deux batteries légères, fut l'arme presque exclusivement engagée; c'est à l'excellente manière dont elle a été manœuvrée et servie que nous devons notre succès.

« La force de l'ennemi est estimée généralement h près de six mille hommes, avec sept pièces d'artillerie et huit cents cavaliers. Sa perle doit être d'environ cent hommes tués. Notre force, tout compris, n'excédait pas deux mille trois cents hommes, et notre perte est insignifiante. — Quatre hommes tués, trois officiers et trente-sept hommes blessés, dont plusieurs mortellement. — Z. Tîiylor. » —

Voici maintenant des extraits du rapport du générai Arista.

— « Quartier -général , Palo-Alto, en vue de l'ennemi,

8 mai 1846. — Excellence. — Constant dans mon projet d'empêcher le général Taylor de réunir les forces qu*il amenait de Point-Isabella avec celles qu'il avait laissées fortifiées en face de Matamores, je quittai aujourd'hui le Ramireno et pris la direction de Palo*Alto... Arrivé en face de Palo-Alto à une heure, je vis Tennemi qui se dirigeait sur cette position. A peine le premier coup de canon fut-il tiré, qu'arriva le général Ampudia, commandant en second, auquel j'avais ordonné de me rejoindre après avoir couvert les points qui pouvaient servir à assiéger l'ennemi dans les forts opposés à Matamoros. Les forces sous mes ordres s'élevaient à trois

mille hommes et douze pièces d'artillerie; celles des envahisseurs étaient de trois mille» plutôt moius que plus, et supérieures en artillerie, puisqu'ils avaient vingt pièces du calibre de seize et de dix-huit... L'attaque du général Taylor était plutôt défensive qu'offensive, n'employant que sa meilleure anne, l'artillerie... Je désirais charger, parce que le feu du canon nous faisait beaucoup de mal, et je donnai l'ordre au général Torrejon de charger à notre gauche avec la plus grande partie de la cavalerie, tandis qu'un autre exé*cuterait à notre droite le même mouvement avec quelques colonnes d'infanterie et le reste de la cavalerie.

ce J'attendais le moment où ce général exécuterait la charge, et lorsque son effet commencerait à s'apercevoir, pour donner l'impulsion h la droite ; mais il en a été empêché par le feu de l'ennemi... Quelques bataillons, s'impatientant par Jes pertes qu'ils subissaient, se désordonnèrent, demandant d'avancer ou de reculer. Je leur (H'donnai alors de char^. ger avee une colonne de cavalerie sous le commandement du colonel Gaetano Montero. Le résultat de cette opération fut que ce corps dispersé répara sa faute autant que possible, marchant vers l'ennemi qui , à cause de sa distance de nous , pu se replier sur sa réserve , et la nuit arrivant la bataille se termina, le champ restant en notre pouvoir. .

<c Le combat fut long et sanglant; d'après les calculs faits par le général d'artillerie D. Thomas Requena, on estime à trois mille les coups de canon tirés par l'ennemi depuis deux heures de i'aprës*midi, commencement de la bataille, — jusqu'à sept heures de la nuit, quand elle a été terminée. De notre côté, nous avons tiré six cent cinquante coups. Nos troupes ont perdu deux cent cinquante hommes dispersés, blessés ou tués... — Marfano Arista. »

Dans la journée du 9 mai, les Mexicains se replièrent sur la Resaca de la Palma,— ancien lit desséché du Rio-Grande, à deux ou trois kilomètres de Brownsviile; — les Américains continuèrent leur marche en avant. Ce soir même, une autre bataille fut livrée dans cet endrcHt. Je n'ai pas le

m HISTOIRE DU MEXIQUE.

rapport du général Arista sur cette afbire, mais voici des ;

extraits de celui du général Taylor. * î

« Quartier-général, armée d^occupation, camp de la Resaca de la Palma, trois milles de Matamores, dix heures du soir, 9 mai 1846. — Monsieur. — J'ai l'honneur de vous annoncer que je suis parti aujourd'hui à deux heures avec l'armée, étant précédé d*un corps d'infanterie légère... Près de Fendroit où je suis campé maintenant, mon avant-garde dé- ; couvrit qu'un ravin qui traverse la route était occupé par l'ennemi avec de l'artillerie. Je donnai Tordre aussitôt à une batterie de campagne de balayer la route, et je la fis appuyer par le 3^ le A" et le 5® d'infanterie déployés en tirailleurs, l à droite et à gauche. Un vif feu d'artillerie et de mousquetterie s'ensuivit pendant quelque temps, jusqu'à ce que la batterie ennemie fût enlevée par un escadron de dragons, et les régiments d'infanterie qui se trouvaient sur le terrain. Il — Tennemi — fut bientôt chassé de sa position et poursuivi jusqu'au tleuve par un escadron de dragons, le troisième régiment d'infanterie, un bataillon d'artillerie et une batterie légère. Nous avons pris huit pièces de canon, une grande quantité de munitions, trois étendards, cent prison- \ niers, parmi lesquels se trouve le général Vega et quelques | autres officiers... L'ennemi a repassé le fleuve et ne nous j inquiétera plus, j'en suis sûr, de ce côté. La perte de l'ennemi en tués a été sérieuse. La nôtre est très grande... — Z. Taylor.'»

Les Mexicains ont accusé Arista d'avoir trahi son pays, j dans cette malheureuse ailaire, en ne prenant aucune des ! mesures de prudence usitées en pareil cas. Ëtant à Brownsville, mon ordonnance, qui servait dans les rangs de l'armée mexicaine m'affirma qu'on avait donné l'ordre aux soldats de démonter leurs fusils pour les nettoyer; des officiers racontaient des choses encore plus étranges qui faisaient peser sur leur général en chef une terrible responsabilité. Les pertes des Américains prouvent que Taccusation de trahison qui pèse sur Arista était fausse. Ce général s'est

battu de son mieux; s'il a perdu ces deux batailles, c*est que ses talents militaires étaient plus ou moins nuls et que Tar* mée du général Taylor avait une forte artillerie bien com* mandée et bien servie.

Le 18 mai, le général Arista commença sa retraite dans l'intérieur» tâchant de soustraire à Tennemi tout ce quMl ne pouvait emporter avec lui. Les Américains entrèrent à Matamoros ce même jour et trouvèrent néanmoins des munitions de guerre, des provisions et des eiîets d'équipement pour une valeur estimée par eux à trois millions de francs. Bientôt toutes les petites Villes échelonnées sur les cours du Rio-Grande se soumirent aux envahisseurs. Le général Tayior continua sa marche triomphante jusqu'à Monterey, capitale de Nuevo-Leon. Cette ville, mal défendue par Ampudia, capitula le 2â septembre. Cette capitulation termina les opérations de la première campagne et mécontenta, d'un côté les Mexicains qui ne pardonnèrent pas au général Ampudia de l'avoir si mal conduite, et de lautre, le gouvernement américain qui blâma le général Taylor d'avoir accordé les honneurs de la guerre et la liberté à des soldats qui devaient infailliblement devenir prisonniers.

Tandis que ces événements se passaient sur leRio-Grande, le contre-coup s'en faisait sentir à Mexico. Les races latines douées d'un orgueil excessif ont peu le courage de subir dignement un échec fait à leur amour-propre ev de regarder de face la cause des désastres publics ; en faisant retomber la culpabilité de leurs malheurs sur leurs gouvernements, elles croient s'aflrancliir du déshonneur et ne voient pas qu'elles ajoutent souvent l'injustice à leurs fautes premières et qu'elles empirent le mal au lieu d'y remédier. C'est ce qui se renouvela contre Parédès. Les revers essuyés à' la frontière lui furent attribués et le mécontentement se généralisa. Parédès alors retire au général Arista son commandement, remet à D. Nicolas Bravo le soin de gouverner pendant son absence et part le 29 juillet pour venger l'honneur des armes mexicaines. Apprenant que plusieurs provinces se sont sou-

HISTOIKB DU MEXIQUE.

levées, non pas pour se battre contre les Américains, mais coatie le gouvernemeut même, il change sa direction et marehe sur Guadalajara contre les révoltés. Le 4 août il est fait prisonnier. L'insurrection des provinces faite au cri de «Vive Santa-Anna! » trouve un écho dans la capitale. Le général D. Mariano Salas soulève les troupes caseruées dans la citadelle ; toute la garnison de Mexico imite son exemple, et le 8 août le général Bravo est remplacé par le général Salas au fauteuil de la présidence qu'il occupait provisoirement.

Le nouveau président par intérim suivit le contre-pied de la marche de Parédës* 11 proclama le rétablissement de la fédération et de la constitution de 1824. Il protégea les démocrates et dut envoyer une commission à la Havane prier Santa-Anna de reprendre le pouvoir. L'armée redemandait à grands cris le retour de l'ex- dictateur, et les démocrates, trop faibles par eux-mêmes pour imposer silence à ces modernes prétoriens, s*unirent à eux, espérant obtenir des réformes et ne songeant point à laisser leurs querellés intestines de côté pour sauver la patrie. Hélas! le mot patriotisme rayé du dictionnaire politique des Mexicains, ne devait pas y reparaître de sitôt. Les Américains venaient de s emparer de San Francisco et de Monterey en Californie; ils venaient de s'aiinexer cette province où l'or abonde partout, et le général Castro se sauvait de Los Angeles dans la Sonora, sans oser . combattre les envahisseurs. Le général Kearny entrait également, sans coup férir, à Saula-Fé, et déclarait officiellement le Nouveau-Mexique annexé aux États-Unis. Tandis que l'ennemi, maître de toutes les provinces des frontières de l'est et du nord, se disposait à poursuivie ses conquêtes, la guerre civile continuait au Mexique ses tristes méfaits.

Santa-Anna» à l'arrivée de la commission qui lui apportait les pièces relatives à son rappel, étouffa tes ressentiments qu'il avait contre son ingrate patrie; les injures qu'il avait si profondément resseniies, depuis la ^ucrr^ du Texas, s'éva-

nouu'^nt de $a mémoire i il âi'empressa de manifester $4 re-<

ooniitissaûoe pouit la confiance quToft avait en lui et revint à Yera-Gniii le* IS ao6l* Il refusa la ptéeidenee aiHanl mr

aversion pour le pouvoir que pour être plQi»Hkre de fliarcher lui-même contre les Américains. Le général Salas garda donc le fauteuil présidentiel provisoirement; il eut pour miûKtree D. Manuel Crescencio R^oià et D. José Mi^ia Lafràgua, aux affaires étrangères ; D. José Ramon Pacheco et D. Joaquin Ladron de Guevara, à la justice; D. Valentin Gomez Farias, D. Antonio Haro y Tamariz et 1). Lazaro Villamil aux finances, et le général Almonte à la guerre. Pen»dant eeite administration on organisa la i^de natioiMdie et les atcbives publiques, on rétablit ta biUiothèque publique et les académies d'histoire et de langues; on créa ua fonds judiciaire et Ton permit les réunions populaires.

Le 6 décembre 1846, le nouveau congrès se réunit et nomma Santa<-Anna [«résident eonstitutionnely et Gomez Farias vice-président. Santa-Anna, voulant s'occuper exclusivement de la guerre contre les Américains, laissa gouverner à sa place le vice-président qui prit possession du pouvoir le 24 décembre. Les démocrates purs avaient ainsi leur idole à la tète du gouvernement dans la personne de Gomèz Farias. D'après une lettre de M. Haro y Tamariz, datée de Mexico, 28 décembre 1846, et dont je vais citer quelques extraits, on verra que cet événement ne présageait rien de bon... « Une fois» dit le ministre des financés, installé le congrès convoqué par le dernier mouvement politique du 4 août, la législation a procédé, il y a quatre jours, à l'élection du président et du vice-président, le vote étant tombé pour le (premier sur le général Santa Anna, et pour le second sur D. Valentin Gomez Farias... La ehose publique entre chaque jour dans une condition pire, due à l'anarchie dans laquelle se trouvent les partis qui se àïseni purosy — démocrates — ou exaltés et modérés. Ceci... nous conduira à la ruine totale, si la Providence n'y porte remède. Le jugement se perd, quand rimagination eontemple le tableau présenté par notre nation ! — Uaro y Tamariz. »

Oigitized by

Ce congrès se composait, en majorité, de ces démocrates exaltés appelés — puras — ou démagogues par les Mexi» cains. Gomez Fanas revenu au pouvoir, par le vote du

24 décembre, crut le moment arrivé de réaliser le rêve de toute sa vie, la confiscation des biens de mainmorte au profit de rËtat et la suppression des privilèges du clergé mexicain. Sous son impulsion, les séances législatives devinrent très animées ; les discussions furent passionnées, violentes ; mais les opinions avancées de la majorité démocratique devaient naturellement triompher. Le 11 janvier 1847, après une séance qui dura vingt-quatre heures, la loi contre les biens de mainmorte fut adoptée. Cette loi n'eut pour le moment d*autre résultat que de donner le triste spectacle du pronunciamiento des Polkos et d*armer pendant vingt-trois jours les gardes nationaux contre les troupes du gouvernement, tandis que Santa-Anna se battait au nord contre les Américains, et que le général Scott arrivait sur les plages de Vera-Gruz.

Ge nom de polkos, donné aux jeunes gens qui dansaient la polka, désignait principalement une classe élevée au dessus de celle du peuple. Au nombre de trois à quatre mille, ils composaient presque toute la garde nationale de Mexico. Ganalizo, alors commandant général de ila place, en serait venu à bout, avec un peu d'énergie ; mais il se contenta da faire des barricades aux abords du palais ; les deux partis semblaient vouloir se tenir sur la défensive ; ils se retranchaient derrière des gabions et leur feu n'atteignit guère que des malheureux qui périrent par accident ou par suite de criminelles préméditations. D*après les renseignements pris à des sources très autorisées, je crois que les polkos s'insurgèrent à Tinstigation du clergé qui prêcha une vraie croisade contre ceux qui voulaient s*emparer de ses propriétés et fouler aux pieds les droits de l'Église* Parmi mes documents, je truuve une brochure datée de Mexico, 12 janvier 1847, intitulée — Seconde Protestation du vénérable chapitre métropolitain sur le décret occupation des biens ec-

elésiastiques. — Cette brochure se termine ainsi : — « Le

chapitre métropolitain, au nom de TÉglise mexicaine, proteste que rËgUse est souveraine et ae peut être privée de ses bieas par aucune autorité; proteste comme nul, d'aucune valeur et sans effet, tout acte de n'importe quelle autorité, tendant directement ou indirectement à grever, diminuer ou aliéner les biens de TÉglise. » Ces protestations en précèdent quatre autres dont la dernière est celle-ci : — « Proteste, enfin, que seule la force peut priver l'Église de ses biens, et elle proteste contre cette force de la manière la plus solennelle et la plus positive. » Suivent les signatures des membres du cbapitre.

On comprend que dans un pays aussi clérical que Tétait le Mexique, ayant un clergé aussi influent, il étaitfacile à ce parti de faire une révolution pour ne pas être dépossédé de ses biens. Cette révolution se fût indéfiniment prolongée si l'on n'eût appris la nouvelle de la batailie.de la Angostura, de la retraite de Tarmée mexicaine et du prochain retour du président, dont les deux camps invoquaient à la fois l'arbitrage. Voici sur cette bataille des détails utiles à connaître.

A son retour de la Havane, Sanla-Anna se mit en devoir de réunir à Mexico les cadres des corps qui avaient brillé sous ses précédents gouvernements. Faute d'argent, il eut .beaucoup de peine à les faire parvenir à leur destination; néanmoins, il y réussit. Il établit son quartier général à S. Luis Potosi, et pour mettre à couvert ce point stratégique, il fit élever des fortifications dans la ville et ses environs. Bientôt il arriva des départements des recrues tirées des prisons ou des villages indiens, la plupart dans un état de nudité et de malpropreté incroyable. Il fallut toute l'inteiligence et l'activité du général en chef et des officiers supérieurs pour arriver à réunir, en trois mois, vingt mille hommes régulièrement instruits, équipés, et le matériel de guerre indispensable. En ce moment, l'argent manqua de nouveau ; aux demandes faites par Santa-Anna, Gomez Farias lui répondait par des promesses ou des fins de non-recevoir, sous prétexte que le manque d'acheteurs pour les biens

HISTOIRE 0U MEIIQUB.

ecclésiastiques privait le trésor de fonds et qu'il fallait atteûdre. Cependant, Tannée se trouvait daas une grande pénude» souffrait de mille privaiions et commençait à murmurer, taiïdl5(fue les elérieaux agitaient le pays contre le gouvernement. Les mécontents, civils et militaires, attaquaient même Santa-Ânna dans son iionneur et sa réputation.

Cette sitnatkMi, devenant intolërablè, obligea Saata-Anna

à se porter sans plus tarder à la rencontre des Américains. Pour subvenir aux dépenses les plus urgentes, il prit cent lingots d'argent qui se trouvaient à l'hôtel des monnaies, tira qnarante-^nq mille piastres sor les fonds qu'il avait à Vera-Cruz et hypothéqua ses propriétés pour uiie valeur cinq l'ois équivalente à ces lingots. Ces deux derniers faits sont assurés par M. Vidal, grand admirateur de Santa-Anna ; aussi, je ne les donne que sous louie réserve, car le président, en maintes circonstances, révèle un tel amour de rargent qu*il est souvent permis de douter des générosités patriotiques dont parle son biographe. Quoi qu'il en soit, h la hn de janvier 1847, l'armée mexicaine, forte de dix-huit mille deux cents hommes» de toutes armes, et de vingt pièces d'artillerie , se mit en route. Plus de quatre mille hommes désertèrent en chemin.

Le général Taylor se trouvait alors avec neuf mille hommes et trente pièces d'artillerie à Saltillo, à la Vaqueria et & Agua-Nueva, trois positions placées à peu près à vingt kilomètres l'une de l'autre. Santa-Anna voulait le surprendre et comptait sur le trésor et les magasins de l'ennemi pour satisfaire aux dettes contractées h S. Luis Potosi et aux nécessités de ses soldats. Son armée parvint jusqu'à la Conception, à quarante kilomètres des positions ennemies, sans éveiller les soupçons des Américains, A la Gonceptior), un cuirassier natif de Saltillo déserta et courut avertir le général Taylor du danger qui le menaçait. Celui-ci concentra rapidement ses forces à l'Angostura, position très avantageuse qu'il avait reconnue et désignée pour un cas éventuel.

Santa-Ânna, étonné de se voir découvert et frustré dans ses espérances, ne perd pas courage; il prend aussitôt ses dispositions pour livrer bataille, donne le signal de Tattaque et déloge les Américains de toutes leurs positioas; le combat continue dans la plaine de Bueua-Yista ; il cesse enfin» après un jour et demi d'une lutte acharnée corps h corps. Les Américains et les Mexicains s'aUribueut mutuellement riionneur du triomphe à Angostura, comme dans la plaine de Buena-Vista ; la victoire fut si douteuse et si ciièrement achetée que les deux armées pouvaient hardiment se couronner de lauriers, chacune de son côté.

L'arrivée d'un exprès envoyé de la capitale, motiva laretraite de Tarmée mexicaine, disent les patriotes. Je le crois un peu, mais je crois surtout que cette retraite était dictée par rinsuccès du plan de campagne de Santa-Anna, et l'impérieuse nécessité de mettre fin à la révolution qui désolait la capitale et que l'arrivée du général Scott n'avait pas calmée. Par cet exprès, la majorité du Congrès adressait au président constitutionnel un manifeste dans lequel elle de* mandait : — « Protection pour les pouvoirs suprêmes attaqués par une multitude armée qui s'était emparée de la moitié de la ville. » Le ministre de la guerre, de son côté, demandait le retour de Tarmée, pour ne pas laisser le gouvernement à la merci de ses ennemis. Le président du congrès, démocrate radical, peignait la situation de la république de la sorte : « Il n'y a pas de finances, il n'y pas de justice; il n y a pas d administration, et la race généreuse du sud se voit exposée, en ces circonstances caiamiteuses, à être emportée par le torrent qui descend du nord, si elle ne réussit à revivre pour défendre et sauver sa langue, son nom, i>es loyers... La patrie est en péril! Cela est triste à déclarer... £t, eu échange de la grandeur et de la sécurité perdues, nous avons une ridicule parodie de république! » M. Aiaman écrivait aussi : — « Nous sommes perdus si l'Europe n'intervient avec promptitude et décision. » On le volt,

déoiocraies et cgnseryateufs recoonaissaieat le péril dans

lequel se trouvait la patrie, mais aucun ne voulait abandonner

ses rancunes et ses anibilions personnelles pour la sauver.

Santa-Anna revint à Agua-Nueva, réunit ses généraux eu conseil» et, prenant en considération les documents susmentionnés aussi bien que la déplorable situation du pays, il fut décidé que Ton retournerait à Mexico au secours des « pouvoirs suprêmes de la nation. » La retraite se fit péniblement à cause de la rareté des vivres et des difficultés du transport de plus de mille blessés. Le générai en chef laissa l'armée continuer sa retraite et vint à marches forcées à Mexico. Le 21 mars, il reprit les rênes du gouvernement; mais à peine avaii-il rétabli la tranquillité dans la capitale qu'il reçut la nouvelle de la reddition du fort S. Jean d'Uloa et de Vera-Cruz. Santa-Anna remit alors ses pouvoirs au général D. Pedro Anaya le 2 avril et courut au devant des envahisseurs.

Le général Scott, arrivé devant Vera-Cruz le 7 mars 1847, avait fait débarquer onze mille hommes dans la journée du 9, sans trouver d'opposition de la part du général Moralès, commandant de la place. L'armée américaine, composée de trois divisions ; deux régulières sous les ordres des généraux Worth et Twigs,'et une troisième formée de volontaires, composée de trois brigades, l'armée américaine, dis-je, commença l'investissement de Vera-Cruz le 10, et le bombardement le S3. Le siège était secondé par une flotille de bateaux à vapeur et de canonnières, dont le feu se joignait à l'artillerie de terre. Le 26 mars, la place dut capituler, et la garnison, déclarée prisonnière de guerre, reçut les honneurs dus à sa courageuse défense. Les Américains prirent possession de la ville et du fort le 29. If osant pas rester longtemps sur ces plages malsaines, ils se mirent immédiatement en route pour i\Iexico, par la voie de Jalapa.

Ën quittant la capitale pour aller à, Jalapa, Santa-Anna s'aperçut qu'il n'y avait nulle part de préparatifs de défense, ni forces que Ton pût réunir. Les populations urbaines et rurales maaifeslaient la plus grande indiUéreuce pour ce qui *

se passait dans les terres chaudes. Le pays était arrivé déj?i à cette lassitude du découragement le plus absolu, produit par ces révolutions j[ourûalières, auxquelles on ne voyait plus de fin. Guerre pour guerre» celle d'envahissement n'était-elle pas préférable à la guerre civile? Ne pouvait-elle pas amener quelque chose de nouveau? Dans tous les cas, elle ne pouvait pas rendre pire la situation intérieure. De là, rindiiférence des populations. Cependant, le prestige de Santa-Anna était encore tel qu'il put réunir quatre ou cinq mille hommes et les emmener avec lui défendre le passage du Cerro-Gordo, à soixante-quinze kilomètres environ de Vera-Cruz. Ces hommes et tous les Indiens de l'hacienda dei Ëncero appartenant à Santa-Anna, fortifièrent le passage» sous la direction du capitaine du génie D. Manuel Robles. Scott, ayant eu connaissance de ces travaux, hftta sa marche avec ses trois divisions et vint attaquer cette position. Les Mexicains, brisés par la fatigue et n'ayant eu ni le temps d'achever leurs retranchements, ni celui de monter toutes leurs batteries» se défendirent pourtant avec une admirable ténacité.

Le général Twigs, commandant Tavant-garde américaine, arrive, le 11 avril, en face des Mexicains; irn'ose pas les attaquer de front et attend jusqu'au 14 le renfort de nouvelles troupes. Le général Scott se décide à tourner la position des Mexicains pour soutenir l'attaque de front, et le combat est remis au 18. L'artillerie américaine, toujours nombreuse et bien servie, commence .par détruire les retranchements élevés à la hâte au Cerro-Gordo ; les colonnes d'assaut sont ensuite lancées, et après une lutte terrible qui rappelle celle de la Angostura et de Buena-Vista, les Mexicains sont obligés de se retirer en désordre. Les Américains reconnaissent avoir eu cinq cents hommes mis hors de combat durant cette sanglante affaire; les Mexicains n'élèvent pas leurs pertes à la moitié de ce chiffre. Je crois que les combattants, dans cette circonstance, comme dans toutes celles qui ont jsignaié celte guerre, exagéraient l'importance de leurs

tio

saccès et dlminuafent les pertes quMIs subissaient. Si les

Américains remportaient dps triomphes aussi complets qu'ils le disent dans leurs rapports, pourquoi l'armée de Scott mit-elle quatre mois pour aller à Mexico» après l'affaire du Gerro-Gordo? Le général Scott n'ignorait pas que depuis l'entrée des Américains au Mexique, trois révolutions avaient laissé le pays sans défense, et qu'en marchant aussitôt sur la capitale, il ne trouverait pas un canon sur sa route pour lui barrer le passage. Quant aux Mexicains» il est évident qu'ils auraient pu écraser les envahisseurs, sans beaucoup de diflScultés, et que ce n'est point l'artillerie ni les forées ennemies qui ont amené le drapeau étoile sur le palais national, comme l'avait prophétisé M. Gutierrez de Estrada en 1840, mais bien ces éternelles révolutions qui ne lais* saient pae un pouvoir debout pendant une seule période constitutionnelle.

Après le combat de Gerro-Gordo, Santa-Anna se retira avec la plus grande partie de ses troupes dans la direction d'Orizaba, par des sentiers difficiles, inconnus à l'ennemi; il manquait de numéraire et n'avait aucun moyen de secourir ses soldats. Le général Léon lui amena une brigade de Oajaca, c'était amener la famine en doublant le nombre d'hommes à nourrir. Gomment Santa-Anna s'y prit-il pour conserver cette petite armée? l'histoire ne le dit pas, mais elle dit qu*en apprenant que l'avant-garde américaine se dirigeait sur Puebla, il se mit aussitôt en route, marcha nuit et jour et arriva le premier devant cette ville. La belliqueuse Puebla était, cette fois, disposée à ouvrir ses portes aux envahisseurs; une proclamation du préfet affichée dans les rues, recommandait aux citoyens de bien les recevoir. Le président, qui venait la défendre, fut irrité d'une conduite aussi honteuse, aussi dégradante; il en fit de vifs reproches aux autorités civiles et militaires qui se disculpèrent en disant : — « Que le général D. Nicolas Bravo avait emporté à Matamoros dizucar le parc qui existait dans la villè, et ne leur avait laissé que des forces insuflBsantes. »

R&PUBLIQUË fkbiUlA

Santa-Anna, désespéré mais soutenu par son patriotisme, se rendit à Mexico. Malgré les imprécations dont ses concitoyens l'ont souvent gratifié, il faut avouer qu'en lisant ces faits, qui ont une éloquence autrement plus concluante que celle des partis, il fallait au président une singulière énergie et un vif amour de la patrie pour ne pas se décourager et se retirer tranquillement dans son hacienda, laissant les Américains imprimer sur le front de ses compatriotes le fer de Tignominie. Au lieu de trouver la capitale en état de défense , il n'y trouva que des symptômes de révolution ; personne ne songeait à se défendre ; tous paraissaient disposés à se montrer hospitaliers envers les envahisseurs; le tabac, les archives et d'autres dépôts étaient déjà partis pour Tintérieur, et c'est à regret qu'on vit arriver le premier magistrat de la république avec ses troupes. — « Il va exposer la ville aux malheurs de la guerre, » disaient des Mexicains qui plus tard l'accusèrent de trahison pour cacher leur lâcheté. Santa-Anna ne leur ménagea par les épithètes les plus injurieuses et les plus méritées pour obtenir leur silence, car il ne pouvait espérer de faire vibrer en eux les cordes brisées de l'honneur. « Mexicains dénaturés, leur disait-il, hommes infâmes à qui la gloire nationale est indifférente, agents du cabinet ennemi. » Il était alors loin de se douter que l'or américain avait déjà produit son effet, et que quatre-vingts députés et personnages des plus influents buvaient à un banquet du Champagne à la santé des Américains et de l'annexion du Mexique aux États-Unis. Cet ignoble toast devait se renouveler au mois de septembre, non loin du palais national surmonté de la bannière étoilée, et quand je revis plus tard ces mêmes hommes parler d'honneur et de patrie, mon indignation n'avait pas de bornes.

Santa-Anna put enfin réunir au palais dix-huit généraux pour discuter ce qu'il convenait de faire en de si graves circonstances. On résolut de défendre la capitale et de combattre les envahisseurs. Le 20 mai, le congrès investit le président constitutionnel de pouvoirs extraordinaires et se

HISTOIRE m MEXIQUE.

sépara. Hais les factieux faisaient de leur côté tout cëqulls

pouvaient pour contrecarrer l'action du gouvernement; les capitalistes s*absenlaient ou se cachaient dans leurs maisons. Le trésor, comme toujours, était vide. Heureusement, le général Scott ne s'empressait pas d'arriver Santa-Anna eut le temps de réunir des hommes, d'établir des arsenaux, des fonderies, des ateliers d'iiabillement, d'élever des fortifications dans le vaste rayon de la ville et des forts détachés au dehors. £n trois mois, il sut donner une attitude imposante à la capitale. Deux armées furent créées : celle d'orient reçut pour général en chef, D. Nicolas Bravo, et en second, D. Manuel Rincon; ces deux généraux donnèrent bientôt leur démission de ce commandement et furent remplacés par D. Manuel Maria Lombardini. L'armée du nord fut confiée au général D. Gabriel Talencia, avec le général D. Mariano Salas pour second. Les généraux qui dirigeaient les fortifications étaient D. Gasimiro Liceaga et D. Ignacio de Mora y Viiiamil. Le matériel de guerre manquait complé> tement;- on y pourvut par des aehats et par les efforts du général d'artillerie D. Martin Carrera. Enfin, lorsque le gé* néral Scott se présenta en lace du Pefion le 11 août 1847, les Mexicains étaient assez bien organisés, équipés et préparés pour espérer battre l'ennemi.

Santa-Anna avait disposé ses troupes de la manière suivante : au sud et sud-est, le général Bravo, libre de son commandement de l'armée d'Orient, défendait la ligne de Mexicalcingo, Cliurubusco et San-Antonio. A Test et au nord-est, le général Valencia défendait la ligne de Tescoco, et devait se replier jusqu'à Guadalupe Hidalgo dans le cas où l'ennemi prendrait la direction de Texcoco, ou tomber sur son arrière-garde dans le cas où l'attaque aurait lieu par le Penon. Le général D. Juan Alvarez alla camper avec su division de cavalerie à Anacamilpa pour attaquer l'arrièregarde de l'ennemi, lui couper ses communications avec Puebla, aussitôt qu'il aurait dépassé San-Martin Tesmelucan, et coopérer avec Vaieacia dans le cas où les Américains

marcheraient sur le Penon.D. Joaquin de Herrera fut nommé second de SaiHâ-Ànna, et D. José Maria ïoroel, quartier^ mftttre général.

Le général Scott, en voyant oes dispositions, ne voulut pas livrer la bataille au Penon; il changea sa direction, passa parMexicalcingo sans oser l'attaquer, se dirigea vers le sud, remonta vers Tialpan et San-ÂngeU avec Tintention d*all^ à Tacubaya. Santa-Anna quitte alors son quartier général, le transporte à S. Mateo Churubusco près de S. Antonio, envoie Tordre au général Valencia de se replier immédiatement sur Guadalupe et d'aller à San-Angei, puis à Coyoacan. Le général Francisco Ferez, avec une magnifique brigade de trois mille hommes, se porta aussitôt à Coyoacan, de sorte que la ligne méridionale de Mexicalcingo, le pont et le couvent de Churubusco, Coyoacan et San-Angel, étaient parfiiitement couverts. La conduite du générai Valencia renversa ce beau plan de campagne et causa les désastres les plus inattendus. Ce général commandait une division de cinq mille hommes et trente pièces d'artillerie; il ambitionnait le pouvoir suprême, et, se croyant capable de vaincre Teanemi par ses propres forces, il résolut de Fattaquer, sans écouter les ordres de Santa-Anna. Au lieu de se replier de San-Angel sur Coyoacan, comme le lui commanda, le 18 août, le général en chef, il se porta à Padierna où les envahisseurs l'entourèrent le lendemain 19. Le président, désespéré par cette nouvelle, courut à son secours avec la brigade Ferez, son état-major, cinq pièces d'artillerie, un régiment de hussards et le régiment de la cavalerie légère de Vera-Cruz. Les barranques, les difficultés de terrain et une tempête épouvantable retardaient sa marche. Valencia entouré de tous côtés n'avait pas môme songé à s'assurer une retraite. Lorsque arriva la nuit, Santa-Anna, obligé de s'arrêter à San-Angel, lui fit dire par son aide de camp d'eiiclouer ses pièces et de se retirer h la faveur de l'obscurité sur San-Angel, avec les troupes qui lui restaient, Taide de camp devant lui servir de guide pour échapper aux Américains. Valencia refusa d'obéir* Santa*

m HISTOIRE DU MBXIQUB.

Anna fit alors venir de la Ciudadela la brigade Rangel et, s'adjoignant l'infanterie campée à San-Angel, se décida à se frayer, iVimporte à quel prix, un chemia à travers les rangs ennemis pour délivrer Valencia. Mais au point du jour, il apprit la déroute complète de Tambitieux général.

A Saa-Angci, Sanla-Anna, ne pouvant remédier à la défaite de Tarmée du nord, réunit les fuyards à ses propres troupes et se retira sur Ghurubusco. Les vainqueurs le poursuivirent répée dans les rein&, et se battirent contre lui depuis huit heures du matin jusqu'à cinq heures du soir, sans pouvoir Tentamer ni le déborder. Mais la défaite du 19 avait déjà jeté le découra^^emcnt parmi les soldats. Les troupes de San-Antonio se débandèrent, abandonnant tout leur matériel ; celles qui occupaient le couvent de Churubusco les imitèrent, de sorte que Santa-Anna dut se replier sur sa seconde ligne de bataille, dont Candelaria était le point principal. Les succès de Scott avaient pourtant dé|à coûté aux Américains mille cinquante-six hommes mis hors de combat en deux jours. Aussi, le SI août, envoya-t-il de Goyoacan au général Santa- Anna, une proposition d'armistice ainsi conçue :

« Il a été déjà répandu beaucoup de sang dans cette guerre qu'on ne devait pas attendre entre les deux grandes républiques de notre continent. Il est temps que les mésintelli* gences qui les divisent se tranchent d'une manière amicale et honorable, et Votre Excellence nignore pas qu'il y a dans Tarmée que je commande un commissaire nommé par les États-Unis, et investi de pleins pouvoirs pour cet eifet. Afin que les deux républiques puissent entamer des négociations, je suis prêt à signer, sous des conditions équitables, un armistice de courte durée.

« J'attendrai avec impatience une réponse jusqu'à la matinée du Jour qui suit celui de la date de cette note; mais en attendant, je prendrai possession, en dehors de la capitale, des points nécessaires pour abriter mes troupes... — Windfield Scott. »

ganta-Anna accepta l'oOre du général Scotli et une sus*»

RÉPUBIIQUB FÉDÉRALE. m

pension d'armes de quinze jours fut signée entre les belligë-

raiils. Le premier nomma D. José Bernardo Conlo, D. Ignacio Mora y Yillamil, û. Miguel Alristaia et, ea qualité dlnterprëte, p. José Miguel Ârroyo, pour ses commissaires ; quant au général Scott, il présenta H. Trist, autorisé par un décret du président Polk, daié du 15 avril, de négocier la paix sur les bases de la cession du Texas jusqu'au Rio-Grande, du Nouveau-Mexique et de la Haute-Californie. Azcapozalco fut choisi pour* les conférences des commissaires américains et mexicains. Les prétentions des États-Unis étaient exorbitantes et faisaient présager l'impossibilité d'une entente. Santa-Ânna voulait limiter la question à celle du Texas; puis, tout en ménageant les intérêts des Mexicains et leurs sentiments religieux, il fut un peu plus conciliant dans la question des limites du territoire concédé, mais il ne voulut pas entendre parler de la cession du Nouveau-Mexique qui était une question sine qua non pour les États-Unis. Le 7 septembre, les commissairés se séparent, ne pouvant rien conclure. Déjà la veille les deux généraux en chef avaient échangé deux notes déclarant violée la convention de Tarmislice. Scott reprochait aux Mexicains d'avoir interrompu plusieurs fois le commerce entre les deux nations et d'avoir réparé des batteries. Santa-Anna nie l'interruption des transactions commerciales, affirme que les réparations des batteries endommagées avant l'armistice et dont les travaux de réparation avaient été commencés aussitôt, ne violenl pas la convention , et accuse les Américains d'avoir volé les églises, les vases sacrés, profané les objets consacrés au culte, violé des filles et des femmes mexicaines et d'avoir méconnu toutes les lois observées par les nations civilisées.

L'armistice expiré, les Américains marchèrent le 8 septembre sur le Molino del Rey, à portée de canon de Chapultepec. Les brigades des généraux Léon et Rangel défendaient cette ligne; derrière ces deux brigades se trouvaient celles du général Ferez à Casa-Mata et du général Kamirez, encore plus près de Chapultepec. A une lieue de cette colline,

miOm DU ME&JQUB.

et devant souteoir les combattaûts, Alvarez attendait à liaralès avec ses quatre mille cavaliers. La première attaque

des Américains fut repoussée et les Mexicains se mirent à leur poursuite, mais n'étant point soutenus par la cavalerie d'Alvarez qui ne donna pas, ils perdirent enfin leurs positions de Molino del Rey et de Gasa-Mata, laissant plus de mille Américains sur le champ de bataille. Le 9, Tennemi se reposa; le 10, il entreprit une marche sur les points du Niuo Perdido et de la Gandelaria d'où Santa-Anna surveillait ses mouvements. Le 11, ce mouvement s'affirme, il dissimulait une attaque sur Ghapultepec. Le 13» à six heures du matin, les Américains font un feu assez vif sur ces trois points. Après un bombardement de vingt-quatre heures, Ghapultepec fut attaqué avec vigueur, ei mal défendu par le général Bravo. Pourtant, avant de quitter la place, les Mexicains laissèrent fe parc et la colline jonchés de cadavres ennemis.

Les Américains ayant pris possession de Chapultepec, se dirigèrent sur les défenses de Belen et de San-Cosme qui protégeaient les premiers faubourgs de la capitale. Le général en chef, avec d'autres généraux leur disputèrent le terrain pied à pied, depuis huit heures du matin jusqu'à huit heures du soir; mais il était facile de prévoir que la lutte était arrivée à son terme, A huit heures du soir, le 13, Sania-Anna réunit un conseil de généraux, auquel assistait le gouverneur de Mexico, pour délibérer sur les opérations ultérieures. Après avoir déploré la situation a causée, dit le document qui eu donne les détails, par la désobéissance des uns, la lâcheté des autres, la démoralisation de l'armée, nos coatinueiies révolutions, notre désorganisation sociale et notre mauvais système de recrutement », on résolut de sauver les restes de l*armée, d'évacuer la capitale et de réunir toutes les troupes li Guadalupe Hidalgo, sous le commandenieiit du général Lombardini. Les Américains trop éprouvés par les pertes considérables qu*ils avaient faites dans les derniers combats, ne songèrent pas un instant à poursuivre Tarmée nationale.

&Ei'UBLlQUË FÉDÉRALE

Uae fois toutes les forces réunies à Guadalupe, Santa- Anna donna le commandement de l'infanterie aii général Herrera qui se mit en route pour Queretaro; le président garda la cavalerie et quatre pièces légères, et prit le chemin de Puebla avec Alvarez. Le 16, Santa-Aiina renonça à la présidence» et remit les pouvoirs suprêmes au président de la suprême cour de justice, M. Pena y Pena» qui fixa le jsîéga de son gouvernement à Queretaro. A Puebla , Tex-président voulut assiéger les Américains retranchés dans les environs de la ville, mais, faute de troupes, il les prit par la famine et les somma, le ^5 septembre» de se rendre. Le commandant» Tbomas Gbilds» refusa. Sur ces entrefaites» Santa- Anna apprit qu'il parfait de Vera*Gruz une division de trois mille hommes, avec cent cinquante chariots, au secours des assiégés. Il vole aussitôt au devant de cette colonne, avec des gardes nationaux de Puebla» mais ceux-ci se débandent en route» et Santa-Anna se voit condamné à jouer le rôle de guérillero, dans les environs d*Huamantla.

Les Américains, en entrant à Mexico, se rendirent coupables de bien des excès qui les exposèrent» pondant plusieurs jours» à de vives représailles. Contre eux» toutes les armes étaient bonnes. Le général Scott se vil obligé de menacer la ville du pillage, si Ton n'y mettait ordre. La tranquillité se rétablit peu à peu, et Scott ne songea plus qu'à se retirer. D'après les statistiques les plus autorisées, les Américains avaient perdu depuis le commencement de la guerre» en 1846» vingt-quatre mille hommes, morts sur les champs de bataille, des suites de leurs blessures ou parles maladies, et dépensé plus de deux cents millions. Étant à Jaiapa^ le général Scott avait dit dans sa proclamation au peuple mexicain : — « Il y a parmi vous un parti monarchique » et les États-Unis ne peuvent consentir à ce que ce parti se lève et forme un gouvernement qui tende au rétablissement de la monarchie; ils ne peuvent tolérer la monarchie en Amérique; Je suis venu pour combattre par les armes ce parti, je suis venu pour Tanéantir. » Dans sa proclamation de Mexico » datée du

m HISTOIRE DU MEXIQUE.

14 septembre, il n'a plus cette prétention, il se borne à déclaiwque les habitants et leurs propriétés soat placés sous la protection des États-Unis. Scott jugea prudent de ne pas s'occuper des affaires intérieures du Mexique, d'amener par la force ou la corruption le gouvernement provisoire h ratifier le projet de M. Trisi, et de quitter au plus tôt ce malheureux pays.

L'avocat-président, D. Manuel de la Pena y Peiia, n*avait ,

à Queretaro que deux ministres; D. Luis de la Rosa qui remplissait les fonctions de ministre des affaires étrangères, de la justice et des finances, et le général D. Pedro Anaya, titulaire du portefeuille de la guerre. Ce président gouverna le Mexique jusqu'au 3 juin 1848, n*ayai)t été remplacé provisoirement par le général Anaya que depuis le 12 novembre 1847, jusqu'au 8 janvier de Tannée suivante. Le cabinet mexicain désirait autant la paix que celui de Washington ; mais SantarAnna libre sur le territoire, il n'était point facile de conclure une paix honteuse pour le Mexique. Il fallait donc commencer par lier les mains à Tex-président. Tandis qu'il guerroyait contre les Américains qui allaient de Vera- Gruz à Puebla, il reçut un jour, de don Luis de la Rosa, une dépêche dans laquelle on lui disait : — « Le chargé du pouvoir exécutif, convaincu que la nation souhaite ardemment la paix, ordonne à Votre Excellence de suspendre les hostilités et de remettre votre commandement au général de division D. Manuel Rincon, — absent et rallié à Tennemi ! — et de se retirer au lieu qu'elle'voudra choisir jusqu'à nouvel ordre... » Ce procédé indigna Santa-Anna, néanmoins, il ne voulut pas augmenter les embarras du Mexique par un refus d'obéir. Il réunit à lluamantla les oâiciers de sa division et remit le commandement dë ses troupes au général D. Isidro Reyes, comme étant le plus ancien des généraux présents. Puis il se rendit à Tebuacaa pour attendre de nouveaux ordres.

Le gouvernement ne se borna pas à cette mesure odieuse, ' il persuada le général Scott qu il fallait arrêter Santa*

RâPUfiUQOB f£d£râijb. m

Anna, — « parce que, disait-on, c'était un homme capable d'entraîner le pays à la guerre, s'il restait libre , ce qui rendrait, sans aucun doute, impossible la conclusion des négociations pendantes. » Scott s'empressa de suivre ces conseils et envoya le général Lanne, avec cinq cents cavaliers, surprendre SaïUa-Aiiiia. Celui-ci, ayaiUétéaverli, se sauva avec sa famille et l'escorte qui raccompagnait, en abandonnant ses équipages. La route de Tehuacan à Vera-Gruz était occupée par des Américains qui, sachant que Santa- Anna se retirait à l'étranger, lui firent un accueil des plus flatteurs, ' et blâmèrent ouvertement l'ordre donné au général Lanne par Scott. L'ex- président se réfugia à la Jamaïque; mais, étranger aux mœurs et au langage des habitants, il quitta cette lie pour aller à Garthagène, dans la Nouvelle-Grenade, et enfin dans la commune voisine de Turbaco où l'attirait la douceur du climat.

D. Manuel Pena y Pena, voulant terminer an plus tôt Toccupation américaine, n'avait pas hésité à envoyer des délégués h Guadalupe-Hidalgo, pour conclure la paix sur les bases présentées par M. Trist et rejetées par Santa-Anna. £n acceptant ces bases, les négociations devaient promplement arriver à des résultats pacifiques, mais déshonorants pour le Mexique. Les vainqueurs se firent la part du lion, et le traité de Guadalupe-Hidalgo, signé le 2 février 1848, par les délégués, fut ratifié le 10 mars par le sénat américain. L'échange des ratifications eut lieu le 30 mai à Mexico, et douze jours après, Scott commença son mouvement de retraite.

Par ce traité, la sécession du Texas était ratifiée, les États- Unis enlevaient au Mexique tout le territoire situé à Test du Rio*Grande, le Nouveau-Mexique et la Haute*Galifornie« La république mexicaine perdait ainsi plus de la moitié de son territoire national, cent dix mille lieues carrées environ ; elle recevait eu échange de ces vastes possessions, à titre d'indemnité, une somme de quinze millions de piastres, dont le gouvernement de Washington retenait trois millions

HISTOIBB W MBXIQtS.

deux cent cinquante mille pour les appliquer aux réclamations de ses nationaux. Les ministres qui se trouvaient dans les conseils des présidents Peûa y Peàa et Anaya, et qui eurent le courage de combiner et sanctionner un pareil traité, méritent d*étre nommés : la postérité les jugera, coinrne dit M. Lafragua dans soii opuscule historique. Aux alïaires étrangèi-es, il y eut D. Fernando Ramirez, D. Manuel Baranda, D. Domingo Harra et D. Ramon Paclieco; à la justice, D. Andrès Rava, D. L. de Guevara, D. José Jauregui, D. Francisco Suarez Iriate, D. Luis de la Rosa et D. Viccnte Romero; aux finances, D. Pedro Zubieta, Suarez IriarteetD. Juan Rondero; à la guerre, les généraux Ganalezo, Vizcayno, D. Ignacio Gutierrez et D. Lino Aicosta.

Aussitôt après l'échange des ratifications du traité de Gua- 'dalupe, les élections constitutionnelles eurent lieu comme d'iiabitude et le général Herrera fut nomnrié président le 3 juin 1848. Deux jours après» il vint à Mexico prêter serment. Ce général conserva la magistrature suprême jusqu'au 15 janvier 1854. En tenant compte du temps qu'il fut au pouvoir, lorsque Parédès [)ril sa place, c'est le seul, depuis Victoria, qui ait atteint le terme légal fixé par la constitution. Ce fait, inouï dans Thisioire du Mexique, n'est certes, ^ point dû aux talents, à l'énergie d'Herrera, mais aux circonstances dans lesquelles il s*est trouvé. Sa présidence, pourtant, ne fut pas exempte de troubles; on se rappelle la révolution de Parédès qui le renversa du fauteuil présidentiel; depuis la guerre des Étals Unis, il y eut les pronunciamientos du moine-bandit Jarauta qui fut fusillé» la dissolution à main armée de la municipalité de Mexico, le meurtre du député Ganedo , assassiné le vendredi-saint, enfin le grand incendie qui suivit cet événement et fut le motif des plus lamentables désordres dans la capitale.

Sous cette administration, le portefeuille des affaires étrangères passa srccessivement entre les mains de ï>. Mariano Olero, D. Luis Guevas et D. Jésus Maria Lacunza; cel4Û de la justice fut doaaé à D. Jésus Maria Ximenès et

B£PUBL1QUB f£D£ftALB.

D. Marcelino Gastanedo; celai des finances à D. Mariano

Riva Palacio, i). Manuel Pena y Cuevas, D. Francisco Arraiigoiz, D. JBonifacio Gutierrez, D. Melchior Ocampo et D. Manuel Payno, et celui de la guerre à D. Mariano Ârista. Ge ministère représentait le parti modéré; le 14 ocobre 18B0, il régla la dette du Mexique qui s'élevait à deux cent cinquante-six millions quarante et un mille deux cent cinquante francs, avec un intérêt annuel de trois pour cent. Une des fautes de ce ministère fut le traité de Tehuanlepec» convoité par les Américains depuis longtemps.

On sait que l'isthme de Tehuantepec, formé par un rétrécissement du territoire méridional du Mexique, sépare le golfe de l'océan Pacifique par 'une bande de terre dont la largeur est d'environ deux cent cinquante kilomètres. Quoique beaucoup plus étendu que Tisthme de Panama, et n'offrant pas à la construction d'un canal maritime les facilités d'exécution que Ton pourrait trouver dans les lacs de Nicaragua, il présente néanmoins, au point de vue des relations commerciales des côtes de l'est, avec celles de Touest, l'immense avantage d'une route courte, facilitant les communications entre les grandes cités commerciales de l'Amérique du nord, des Antilles et du golfe du Mexique, avec les centres commerciaux de la côte orientale du continent américain, rOcéanie, les Indes, la Ghine et le Japon. Une voie ferrée traversant l'isthme de Tehuantepec devait donc rapporter des bénéfices considérables, non seulement à la compagnie, mais encore à la nation qui la ferait construire. Lorsque le prince Louis Napoléon, en 1846, publia sa brochure intitulée Le Canal de Nicaragua ou Projet de jonction des océans Atlaiitique et Pacilique au moyen d'un canal, il ne voyait pas seulement dans ce projet la nécessité « d'ouvrir de nouvelles voies au commerce et de nouveaux débouchés aux produits européens, » mais il reconnaissait encore l'intérêt commun de tous les peuples d'assurer la neutralité de ces communications centro-américaiaes et leur indépen*

HISTOIBE DU IflSXIQOB.

dance de toute possession personnelle » de tout privilégé particulier. Le cabinet de Washington, profitant de la politique de clocher et des vues étroites, en matière d'économie politique, des gouvernemenls européens, s*empressa de conclure, avec celui de Mexico, un traité par lequel était concédé à une compagnie américaine le droit, a pbrpêtcité, de faire passer par les routes existantes ou par toutes autres qu'il plairait h celle-ci d'établir, les marchandises transitant d'un océan h l'autre. Le gouvernement mexicain s'engageait à protéger par les armes, s'il en était besoin, les ouvrages et le personnel de la compagnie. Il était dit, en outre, que dans le cas où le gouvernement de Mexico se trouverait incapable de remplir cette condition, celui des États-Unis se chargerait de le suppléer, et « prêterait l'appui de ses forces de terre et de mer, le présent traité ayant pour but de former entre les deux nations une alliance défensive capable de garantir la protection de l'œuvre. » Le secret de la politique américaine est tout entier dans ce dernier article. A la suite de ce traité, M. Webster reçut, le 9 agut 1850, l'exéquatur en qualité de consul américain à Tehuantepec et Huaiulco. Cette malheureuse convention donna lieu, comme on le verra plus loin, au traité Mac-Lane, et deviendra un jour ou l'autre, le sujet de nouveaux conflits entre les États-Unis, le Mexique et, peut-être même, l'Europe.

Lorsque les pouvoirs d'Herrera furent près d'expirer, trois candidats se présentèrent : le général Arista , démocrate pur ; le général Bravo, conservateur et même monarchiste , et le général Pedrazza, libéral modéré. En choisissant Arista, la nation crutse donner un maître énergique; elle se trompa, Arista n'était point k la hauteur des exigences du moment. Il prit possession de la présidence le S janvier 1841, « devint le jouet des partis, ne sut rien faire d'utile ni de bien, et sa courte administration ne servit qu'à lui-même, )> assure un écrivain de cet époque. Il jouissait d'un pouvoir moral très grand; il' pouvait tenter toutes le réformes que réclamait Tadministration du pays, sans trouver d'opposition; mais il

n'osa pas assumer sur lui cette responsabilité; il attendit des Chambres ce que la nation n'attendait que de lui seul. Cette faute eut bientôt aes naturelles coDséquences. Ces mômes Chambres, composées de gens nuls, prirent à tâche de repousser ses moindres initiatives, de le contrarier en tout. Deux ans s'écoulèrent sans qu'une seule question importante, administrative ou diplomatique, pût être décidée. Il eut pour ministres : D. Fernando Ramirez, D. Mariano Yanez et D. Mariano Hacedo , aux affaires étrangères ; D. Jésus Maria Aguirre, D. Urbano Fonseca et D. Ponciano Arriaga, à la justice; D. Ignacio Esteva, D. Manuel Pena y Cuevas, D. Marcas Esparza et D. Guillermo Prieto, aux finances ; D. Manuel Robles et 0. Pedro Anaya, à la guerre.

Sous la présidence d'Arista, les insurrections se renouvelèrent à Mazatlan, à Guadalajara, à Vera-Gruz, sur la Rio- Grande et dans le Yucatan. Les Indiens du Yucatan se révoltèrent, et la .guerre qui s'ensuivit fut aussi désastreuse pour les troupes du gouvernement que pour la péninsule. La révolution dd Rio-<6rande avait pour chef Carvajal et pour but apparent la proclamation de «la république de la Sierra- Madre. » Avant de parler de son but secret, je dois dire que j*ai eu entre les mains la correspondance du général Arista avec son ancien ami Ganalës, pendant les années 1851 et 4882. Ces lettres révèlent une grande intimité entre le président et le général-bandit-contrebandier. Aussi, n'est-on point étonné de voir Arista charger Canalès, en 1851, de secourir les frontières menacées par Carvajal. Dans une lettre adressée à D. Jésus Gardena, gouverneur du Tamaulipas, Canarlès raconte que son compère, le général indien Avalos, commandant à Matamoros, lui prêta cent fantassins et qu'avec quatre-vingt quinze autres qu'il avait, il cerna la maison municipale et mit en prison six membres de la municipalité qui, le flétrissant du nom de voleur de grand chemin, ne voulaient pas le reconnaître pour un commissaire du gouvernement, dont il songeait à remplir les fonctions dans cette malheureuse ville.

fSI filSTOIRE DU MBÎIQUB.

Carvajal était un Mexicain élevé aux États-Unis; il nourris* " I sait ie projet de soulever les Ëtats mexicains des frontières, soit pour forcer le gouvernement à des réformes ddmiois- j tratives, soit pour former «me république indép^dante du Maxique, qui eût pris le nom de Sierra-Madre. Le général Avales, commandant les forces mexicaines du Tamaulipas, Muevo-Leon et Cohahuila, apprit ce qui se préparait et manda une compagnie de lanciers pour arrêter Carvajal qui se trouvait alors h €amargo. Gelui*ct s*échappa avant leur arrivée, et se rendit à Rio-Grande-City, sur la frontière texienne, d*où il s'entendit avec les négociants américains de cette localité, de Brownsvilie et de JUatamoros, pour avoir de l'argent, des munitions et organiser un corps de flibustiers. Yîngt^^inq piastres par mois flirent promis à quiconque s'enrôlerait sous le drapeau de ce fameux guérillero. Aussitôt une foule d'aventuriers américains et mexicains qui avaient guerroyé en 1846 et tô47, attirés par Tespotr du pillage et l'amour de Tinconnut se joignirent à Garva* | jal. Lorsque celui-ci se vit k la téte de cinq à six cents hommes, il marcha sur Camargo qui, faute de défenseurs, fut prise sans coup férir. Après ce facile exploit, il perdit un temps précieux dans c^e ville, attendant sans doute l'effist des promesses fhites par les négociants de Brownsvilie et de Matamores.

Ceux-ci changèrent de tactique ; après avoir promis de l'argent, ils craignirent le triomphe de Carvajal. Les princi- | paux d entre eux, riches marchands et vice-consuis d'Angle- | terre, d'Espagne, des JËtats^Unis et de France, îovitàrent Avalos à conférer avec eux sur les mesures à prendre contre les tlibustiers. Dans celte conférence, il fut démontré que les troupes du gouvernement n*étant pas assez nombreuses pour défendre Matamoros, il fallait mettre sur pied la garde nationale et se procurer dhss fusils et de Targeat. Les négociants, peu disposés à des contributions personnelles, conseillèrent au général de permettre rentrée de la cotonnade américaine, en la grevant seulement d'un droit léger, dont

une partie serait consacrée à la répression du mouvement iosurreciionnel, et Tautrô à payer les sommas que le commerce voulait bien avancer au général. Cette mesure aourit ii Avalos qui décréta d*urgence la diminution du tarif ordi**

naire, en dépit du directeur des douanes. Alors les négociants» profitant de celte circonstance, introduisirent à Matamores une quantité de cotonnades américaines, estimée à plusieurs millions de piastres. Tous les dépôts de contrebande furent écoulés à la suite de celte mesure.

En apprenant cette transaction, Carvajal, furieux, se porta sur Matamores, brûlant en cbemin tous les convois de ces marchandises que Ton importait dans l'intérieur. Les autorités mexicaines allèrent au devant de lui , le prier de renvoyer les Américains, ensuite on traiterait avec lui. Garvujal refusa. Le lendemain soir, il s'installa au fort Parédès, situé près de Matamores et de firownsville ; son unique cauou tonna aussitôt , mais un accident le mit hors de service au troisième coup. Le lendemain , les troupes de Carvajal allèrent se loger dans les faubour^îs et commencèrent Tattaque. Un feu très vif, mais assez inotTensif, s'engagea dès lors entre les combattants. Avalos fut atteint à la jambe par une balle morte et courut se cacher chez un des curés de la ville ; quatre ou cinq curieux ou gardes nationaux furent tués ou blessés dans cette journée. Les Américains, au lieu de s'avancer hardiment sur le centre de la défense, c'est à dire sur la place, jugèrent plus prudent de se mettre k l'abri dans les maisons, et de n'avancer qu'en perrant les murs. Les Mexicains faisaient feu du haut des terrasses, derrière des sacs de terre. On avait tiré ce jour-là six cents coups de canon et trente mille coups de fusil. Croyant que Matamores devait être une nouvelle édition des batailles de Palo-Alto et de la Resaca de la Palma, que les rues étaient jonchées de morts et de mourants, je me rendis le surlendemain dans cette ville pour administrer les secours de la religion aux blessés.

Je pénétrai, sans mésaventure, dans la grande rue qui conduit du Rio-GraQde k la Plaza-Mayor ; le bruit du eanoa

m HISTOIRE PU MEXIQUE.

et de la fusillade, le sifflement des boulets et des balles excitaient mon cheval, étourdissaient mes oreilles; mais des combattants, je n'en vis nulle part, ils étaient tous cachés. ^ Grftce à la maladresse des tireurs, à la frayeur qu'ils avaient de se montrer, j'arrivai à vingt pas de la principale barricade, sans avoir reçu la moindre égratignure. Mais là, trente fusils me couchèrent en joue; n'ayant pas le temps de me mettre à couvert, je tirai brusquement la bride de mon cheval, et deux violents coups d'éperon le firent cabrer. Un feu de peloton retentit, et ma monture tomba frappée de trois balles. Avant que les fusils fussent rechargés, je courus à la barricade, le capitaine qui la défendait me reconnut et fut très mortifié de ce qui étaft arrivé. Je l'informai du but de ma visite et le priai de m'indiquer l'endroit où se trouvaient les blessés. Je m'y rendis en toute hâte; il y en avait quatre!

Le soir même, Carvajal me fit appeler pour retourner à Matamores visiter, dans une cabane près de son quartier» cinq déserteurs, blessés grièvement et qui ne pouvaient être transportés à Brownsville. Il me donna son guide et je partis à pied pour courir moins de danger. Arrivé dans la rue du Commerce, au bout de laquelle on voyait une barricade et deux canons de gros calibre, j'entendis une forte détonation ; une maison de brique s'efibndra derrière moi, mon guide tomba; un boulet lui avait traversé le bas-ventre et le haut de la cuisse. Ignorant l'endroit où l'on avait recueilli les blessés, je me trouvai dans une situation fort embarrassante. . Heureusement , un officiel américain qui passait me l'indiqua. Dans cette cabane, un médecin irlandais soignait les blessés; je l'envoyai auprès de mou guide et donnai les soins de mon ministère aux cinq déserteurs. En retournant à Brownsville où se trouvait ma résidence , je rencontrai une centaine de cavaliers de Carvajal qui allaient se battre près du cimetière, contre un nombre égal de lanciers d*Avalos. Les deux partis se rencontrent dans une petite prairie, s'examinent à distance, puis, chacun rentre chez soi, tout fier de ce (}U6 i'ennenû n'a pas osé raltaquer.

'Après douze jours d'un siège dont je viens de raconter les principales péripéties et rincendie de quelques maisons brûlées par les Américains, Garvajal se retira, en apprenant que Ganalès venait au secours de Matamores avec un millier d'hommes. Ce général, pour des raisons personnelles, détestait autant Avales que Carvajal; espérant que le premier serait battu par le second, qu'il pourrait ensuite battre à son tour, il venait à petites journées. Trouvant Avalos victorieux, il était de très mauvaise humeur. Après quelques jours de repos, il partit pour Gamargo, dans le but de détruire les bandes de Carvajal. Les deux partis se rencontrèrent dans le bois qui sépare Camargo de Rio-Grande- Gity. Les soldats, cachés derrière les arbres, tiraient des coups de flisil, déjà depuis plusieurs heures, sans blesser personne, lorsque le colonel Nuîiez , commandant la cavalerie de Garvajal, s'écria : — « Nous sommes trahis! sauve qui peut ! » On prétend que c'est lui qui trahissait. La cavalerie prit alors le galop dans la direction du Rio-Grande, laissant l'infanterie américaine continuer la fusillade jusqu'à la nuit. Carvajal, jugeant qu'il n'avait plus assez de troupes, se replia sur le Texas, qui était à quelques centaines de mètres du champ de bataille. Ganalès , craignant d'être surpris pendant la nuit, se retira de l'autre côté du San-Juan, qui passe au nord de Gamargo. Un espion avertit Garvajal de cette retraite inattendue, et celui-ci rebroussa chemin pour entrer dans la ville avant le jour. £n même temps, des Mexicains annonçaient à Ganalès que l'ennemi s'était sauvé au Texas. Le général, enhardi par ce succès inespéré, revint à Camargo. Au lever du jour, les deux armées se trouvèrent de nouveau en présence , fort étonnées de se rencontrer à force de s'éviter. Le combat était inévitable et dura deux ou trois heures ; il y eut quelques blessés et même des tués. Les Américains, manquant de munitions, durent céder, et retournèrent à Rio-Grande-Gity; ils publièrent que leur retraite n'était qu'un mouvement stratégique. Ainsi se termina ce proûuaciamieuto qui donne une idée très exacte de la

m lUTOlUWJDKIIQQI.

manière dont se font, en général, les réyoluliona et les guerres au Mexique.

Dans mon Journal d'un mUrionnaire au Texa$ et mMesique^ je donne des détails sur les conséquences de cette guerre, et mes effofts inutiles pour sauver la vie des prisonniers faits pendant le siège de Malamoros. Arista fut inflexible et donna l'ordre de les exécuter en masse. Dans un numéro del Universal de Mexico» en date du 30 octobre 1851, on lit un acte d'accusation contre le général Arista, adressé au peuple mexicain par le général Woll, mis arbitrairement à la retraite par ce président. Dans cet acte, on voit qu'Arisla aimait beaucoup Targent et que ses sentiments d'humanité étaient fort peu développés... a M. Arista, est-il dit dans ce journal, préfère employer son épée, vierge du sang ennemi, à couper les tètes de ses concitoyens et les mettre dans de la saumure, comme il l'a fait pour celle du malheureux | Zapata qui serait si nécessaire sur les frontières »... Ce eu* rieux document prouve que Santa-Anna avait eu raisou de foire faire une enquête sur la conduite d*Arista lorsqu'il | commandait l'armée du nord, et qu'il avait eu tort de lui rendre ce commandement après avoir ordonné de l'enchaîner et de le faire venir à Mexico pour y être jugé. Du reste, | voici sur ce sujet une lettre qui mérite d*étre publiée à plusieurs titres.

« Cartha^ène, 2o mars 1852... L'élévation d'Arista au pouvoir a été l'œuvre de ses artifices et de ses viles intrigues, quand le pays était encore étourdi par. la guerre injuste que le gouvernement des États-Unis porta jusque dans la capitale. Il sut profiter du désordre général et, flat* tant les uns, menaçant les autres, Il se fit nommer président. Mais... il est maudit de tous les Mexicains, à très peu d'exceptions, et, malgré la protection que lui donne le gouvernement de Washington parce qu'il favorise ses vues, sa chute et son châtiment sont, tôt ou tard, inévitables. D*ua autre côté, il faut considérer que lorsque un peuple se proâtitue» il revient diiliciiemeut au seatier du devoir» de

l'honneur Ht de la gloire; il n'est donc pas. étonnant que

ce misérable occupe un posle dont il est indigne pour bien des raisons» avilissant ainsi davantage sa mlUeureusQ patrie.

« Quant à moi» je n'ai jamais manifesté à persoppe la résolution de ne plus retourner dans la patrie. J'ai dit et

répété plusieurs fois : que si par un appel national mes ser^ vices étaient réclamés^je ne refuserais pas de les prêter aussitôt^ vMiis jusqu'à cette circanstmeeje ne retournerai pas me mêler des affaires publiques. Ce n'est donc, pas abandonner la patrie... Ma conscience est tranquille dans cette retraite que j*ai choisie pour ne pas voir des fails infâmes, et ne pas me confondre avec ceux qui portent sur leur visage la bonté et l'opprobre. Le peuple mexicain mérite le sort qui l'attend, parce que, connaissant l'abtme vers lequel on le conduit, il reste tranquille. Qui pourra-t-il accuser de son malheur? Il sut se lever en masse le 6 décembre 1844, quoique la nation prospérât, salissant Thomme qu'il appelait tyran» et quand elle était respectée de Tétranger» £t maintenant il ne peut le faire pour éviter qu'un pervers, auquel il ne saurait devoir plus de maux, ne la vende à Todieux Yankee et ne consomme sa ruine... — A. L. de Santa-Anna. »

Le 25 avril de la même année il écrivait au général WoU... « Tous avez raison de m'accuser d'être excessivement clément et généreux. Je l'ai été à l'extrême, et les résultats m'ont prouvé qu'avec cela j'avais causé de grands maux à la patrie, quoique mon intention fût toute dilTérente. Si, à Guanajuato, j'avais fait appliquer au misérable Arista le châtiment qu'il méritait, il ne commettrait pas les mauvaises actions qui causeront la ruine de la malheureuse nation mexicaine. Et si, à l'égard de bien d'autres que vous connaissez, j'avais agi de même, l'aspect du pays serait incontestablement tout autre. Oh! combien il coûte, mon cher ami , d'apprendre et d'acquérir l'expérience ! Il est de ' l'homn^e de se tromper avant d'apprendre» et mes erreurs

HlftTOlftB DU MBIIQUE.

méritent de l'indulgence parce qu'elles émanent de moa

cœur et des sentimeals dont la nature m*a doué. — A. L. de Santa-Anna. »

Cette lettre était une réponse à quelques passages de ce que lui écrivait le général Woli, alors à la Havane. La correspondance de ces deux personnages, à cette époque, est trop instructive pour ne pas en citer d'autres extraits... « Vous avez raison, lui disait le général Woll, de vous plain« dre de Todieuse [conjuration de 1844. Ce 6 décembre a précipité la ruine du Mexique qui jse relèvera difficilement, si les Mexicains, reconnaissant leurs erreurs, ne rappellent pas Votre Excellence pour les sauver... Avec toute la franchise qui me caractérise, je vous dirai que le salut de la nation se trouvait en vos mains, si, sans hésiter, vous aviez, ce jour marché sur Mexico; un peu de sang versé et quelques heures de combat auraient suffi pour vous rendre maître» de la capitale. L'occasion était alors opportune; avec Texécution de Thypocrite traître Uerrera, de Cespédës et quelques autres, votre pouvoir se serait cimenté, Parédès aurait fui pour s'embarquer, Alvarez et Bravo auraient désarmé, Inclan aurait traité, le Quijanito aurait été annihilé, et pour longtemps, peut-être pour toujours, les pronunciamientos auraient disparu. Je vous ai déjà dit et je vouâ répète que vous avez une vertu qui fait honneur à votre cœur, mais qui est incompatible avec Thomme d*État; c'est une générosité excessive, pour ne pas dire imprudente. Une seule fois dans votre vie, vous n'avez pas écouté les aspirations de votre âme, lors de la mort de Mejia, et vous devez vous rappeler combien cet acte de vigueur augmenta le prestige de votre puissance et de votre nom. Si vous en aviez fait autant avec Arista et Parédès, dites-moi si le général Santa-Anna serait à Cartliagène aujourd'hui, etc. — Adrien Woll. »

Les amis de iSanta-Anna le prièrent, k cette époque, de revenir au Mexique, et comme il subordonnait son retour à l'appel de la nation, on Taccusait d'indifférence. A cette accusation il répondait le io juin : ce La preuve que je u*ai pas

fiÉPUBUQUB F&DÉRAUL Ul

abandonné ce peuple dans ses conflits, c'est que, malgré son horrible conduite contre moi depuis la conspiration du 6 décembre 1844, je me suis rendu à son appel eu 1846, et, prenant sa défense sans éléments pour sortir vainqueur, j'ai dû soufiRrir toutes sortes de maux. Il est notoire tout ce que j'ai fait pour obtenir un triomphe sur Tennemi commun et tout ce qu'ont fait pour l'éviter les misérables Mexicains renfermés dans le sein de cette malheureuse nation. Non seulement ils ont fait cela, mais encore ils m'ont enlevé Tépée de la main et se sont servis des envahisseurs pour vouloir couper le fil de mes jours dans ma pacifique résidence. Ils nfont fait quitter le sol de la patrie, parce que je ne voulais pas alors respirer l'air où se trouvaient ces monstres d'iniquité qui vendaient leur pays pour une écuelle de lentille et dont ils se partageaient ensuite le misérable butin. — A. L. de Santa-Anna. »

Les lettres des mois d'août, de septembre et de novembre, écrites par l'ex-dictateur à ses amis, en 1853, révèlent la douleur la plus profonde de voir son pays s'avilir et se ruiner

de plus en plus. On y voit la haine la plus invétérée contre « l'odieux Yankee, » et le pressentiment de son retour. « Le Mexique est tellement versatile, dit-il, que je pense être bientôt rappelé pour panser,sinon guérir, les blessures faites par l'administration d'Arista, ce petit tyran... Les faits se précipitent à Mexico d'une manière extraordinaire; il est certain que le petit tyran va disparaître; sur ce point, tous les partis sont d'accord. La différence 'des opinions consiste dans la marche qu'il faudra suivre postérieurement. Ceci va produire des maux d'un autre genre, mais toujours funestes à notre malheureuse patrie. »

Voici ce qui se passait au Mexique, tandis qu'on sollicitait Santa-Anna d'y revenir. La population de Mazatlan s'était soulevée contre le gouvernement; les garnisons du Jfalisco proclamèrent la destitution du président Arista; ce mouvement insurrectionnel fut imité par Vera-Gruz. Le général

D.iosè Lopez Uraga marcha sur.MexlcOi h la tète des troupes

BI&TOIRB DU HEUQmL

insurgées. Le bol de cette nouvelle révolution était « la des*

litution du pouvoir exécutif qui avait démérité la confiance publique, l'organisation d'un gouvernement provisoire. La couvocatioû d'un congrès extraordinaire pour réformer la constitution, et l'adoption de plusieurs réformes dans les diverses branches de Tadministration. » Le gouvernement réprima d'abord la liberté de la presse, pensant ainsi étouffer la révolution; puis, il fit marcher le général Robles contre les révoltés. Mais Tarmée d'Arista ne pouvait atteindre à la fois tous les points menacés ou déjà soulevés; du reste» étant considérée plus dangereuse qu'utile au pays, elle n'avait pas été réorganisée depuis la retraite des Américains; en outre, différents chefs envoyés pour combattre l'insurrection, se prononçaient selon l'habitude eu faveur des révoltés. La république continuait les sanglantes pages de ses éternelles révolutions. A toutes ces complications in< térieures se joignaient au dehors des difficultés avec les États-Unis pour la recliiication des frontières du nord, avec la France et TAngieterre dont les intérêts étaient sans cesse compromis dans la personne de leurs nationaux.

Le congrès, convoqué en séances extraordinaires le 15 octobre, se réunissait jusqu'au 31 décembre, sans pouvoir améliorer la situation, tant au dedans qu'au dehors. Arista, effrayé de cet horizon, chaque jour plus assombri, abdiqua le pouvoir le (B janvier 1853, et quitta Mexico subitement* D. Juan Cevallos, nommé président intérimaire, donna le portefeuille des affaires étrangères à D. Juan Antonio de la Fuente, celui de la justice à D. Joaquin Ladron de Guevara; celui des finances, à D. José Maria Urquidi, et celui -de la guerre au général D. Santiago Blanco. Le 19 janvier de cette même année, les chambres furent dissoutes par ordre du gouvernement. Celle des députés mit en jugement Cevallos, et déclara président provisoire legouverneur dePuebla, D. Juan Mugica qui refusa cet honneur. Enfin, le 6 février 1853, à la suite d'un arrangement conclu à l'Arroyo-Zarco, entre Uraga, chef des iasurgés du Jalisco, et D. Manuel Robles Pe^uela,

HËPtlftUQtlB FfibAlALB. iit

commandant les troupes du gouvernement , le général D. Manuel Lombardini prit possession du fauteuil de la présidence, destiné à Santa-Anna avec la dictature. Ainsi se termina la seconde période de la forme fédérale dans la république mexicaine.

DICTATURE

La révolution qui venait de renverser Arista n'avait pas eu, dans son principe, le même but partout, c'est à dire le retour de Saata-Àaaâ au pouvoir» mais la majorité desiasurgés Anit par se prononcer en ce sens. Il faut bien l'avouer aussi, les amis de l'illustre exilé travaillèrent activement en sa faveur. Les correspondances de MM. Loinbardini, Woll et Pacheco nous donnent des df^iails assez curieux h ce sujet et sur les événements qui s'accomplirent dans la république avant le 20 avril 1853, époque à laquelle Santa- Anna fut de nouveau Investi du pouvoir dictatorial. Des extraits de ces correspondances vont me servir de texte pour riiistoire morale et politique de ces quelques mois. Le 16 février 1853, le président Lombardiui écrivit de Mexico à ruii de mes amis : — « Je vous remercie de la satisfaction que vous me manifestez de m*étre chargé du pouvoir exécutif, dont j'ai pris possession, en me sacrifiant pour délivrer le pays du torrent impétueux des ambitions particulières et de parti. — Lombardini. »

Le général Woll, qu'Ârista avait mis à la retraite, était de

HISTOIRE DU MËXIQUB

retour au Mexique après un congé de quatre ans et recevait de M. Ramon Pacheco, devenu plus tard ministre du Mexique

à Paris, une lettre, dilllcile à déchiffrer, sans nom de ville, et datée du 16 février, dans laquelle on lit les passages suivants : — ... «( Quant aux intrigues qui ont eu lieu pendant tout le cours de cette révolution pour que le général Santa- Anna ne revint pas, elles ont redoublé d*efforts au dernier moment... leurs auteurs sont néanmoins tombés dans leur propre filet, et le général Santa-Anna sera nommé par tous les États. Les premiers votes connus sont ceux de Queretaro, Morelia et San-Luis. Il est pourtant nécessaire que ces messieurs — de Vera-Cruz — votent ainsi que ceux de Tampico, du Yucatan, et de Tabasco... Il paraît que les commissaires se sont accordés avec Lombardini, et que Puebla agira dans le même sens. — Ramon Pacheco. »

La lettre suivante du président Lombardini au général Woll nous montre que plusieurs individus ne voyaient pas avec plaisir le retour de Santa-Anna, et qu'il y avait une opposition armée qui tâchait de soulever le pays pour empêcher sa nomination, — « Mexico, 16 mars 1853. — J'ai beaucoup été peiné d*apprendre que Tétendard de la révolte a été de nouveau levé... Les intentions des auteurs de ces mouvements sont bien connues ; c'est pourquoi le gouvernement désire que vous vous transportiez le plus tôt possible dans le Tamaulipas, et qu*étant sur le lieu de Tinsurrection, vous puissiez agir avec le jugement qui vous distingue et l'énergie qu'il faut déployer dans certains cas.

c< J'écris au général Casanova de marcher avec vous sur Tampico, où il vous remettra le commandement de cette province, aûn que vous puissiez prendre immédiatement vos dispositions pour faire cesser ces conflits, produits par Tambition et les vues personnelles de quelques individus qui voudraient s'élever aux dépens de ceux qui se laissent facilement séduire. — Lombardini. »

Lû général D. José Uraga, qu'on a vu commencer cette révolution, se trouvait alors à Tacubaya, prêt à partir pour

DICTATURE

l'Espagne comme ministre plénipotentiaire. Je vais le laisser raconter lui-même la cause de cette malencontreuse nomination, dans un moment où les bons généraux n'étaient pas communs. — €< Tacubaya, i2 mars 4883. — Ëtant convaincu que ceux qui ont fait le plus de mal au général Santa- Anna, sont ceux qui, sous le nom d'amis, Tont autrefois entouré et déconsidéré, en ne s'occupant que de leurs propres affaires, j*ai cherché cette fois à éloigner leur influence pernicieuse et lui préparer une atmosphère plus pure, l'entourant d'hommes loyaux qu'il pouvait appeler de vrais amis. En effet, j'ai travaillé à former un ministère auquel participeraient les conservateurs. Naturellement, j'ai eu contre moi tous les santanistas^ — partisans de Santa-Ânna, — qui ne veulent rien céder de l'influence exclusive à laquelle ils aspirent, tous les intéressés dans les contrats qui se font... et, finalement, tous ceux qui peuvent perdre quelque chose de leurs espérances. J*ai été vaincu et obligé de me préparer h quitter la république d'une manière honorable. Telle est l'origine de ma nomination de ministre plénipotentiaire en Espagne... Tous les hommes nuls que j'ai combattus ne me pardonneront pas ; ils travailleront à m'aliéner l'esprit du président et me dépeindront comme un ennemi, un élément de réaction, sinon comme un suspect! Je crois qu'il serait bon de ne pas cacher à Santa-Anna combien peut lui être utile l'appui de mon inlluence pour fortifier son administration. — Jpsè Uraga. »

Dans une autre lettre, datéiB du Si mars, il disait... ce Si le général Santa-Anna croit mes services utiles pour son gouvernement, je les lui prêterai avec loyauté et bonne foi; mais , je mettrai pour condition essentielle qu'il éloigne de . lui toute cette canaille qui nuit à sa réputation et perd la nation ; qu'il s'entoure de ses vrais amis et qu'avec eux il fasse front à toutes les aspirations exagérées de ceux qui se disent ses partisans, et ne font que déconsidérer, exploiter son nom respectable, dans leurs intérêts individuels. — José Uraga. d

mSTOiafi DU MfiXlQUK*

Me bprnant à écrire Tbistoire du Mexique avec les documents mexicains, je ne jugerai pas la conduite du pouvoir exécutif vis-à-vis du j^énéral Uraga, dont je reparlerai bientôt, mais je constaterai que les fautes de tous les gouvernemeuts en géaéral provienaent de cette camanlla qui s'impose partout, que les souverains ne voient jamais et qui les prive des lumières dont ils ont besoin et des amis les plus dévoués comme des serviteurs les plus intelligents. Mais, ce mal, vu seulement du public, est irrémédiable et les peuples en souffriront toujours autant que les monarques.

Il y avait déjà trois ans que Santa-Anna cultivait à Carthagène une petite propriété rurale appelée « La Rosita », quand une commission mexicaine composée des colonels D. Manuel Escobar, D. Salvador Batres et du docteur D. Adollb Uegerviscli, vint remettre entre ses mains les actes par lesquels les Ëtats rappelaient au gouvernement de la république. Il hésita pendant quelques jours à prendre une décision, mais les observations des trois délégués, les prières de sa famille qui désirait ardemment retourner dans la patrie, et surtout la crainte de paraître abandonner la nation dans ses moments de malheur, le déterminèrent à quitter, sa retraite. Une lettre datée de Carthagëne, 10 février, nous révèle les luttes auxquelles son esprit était en proie, lorsque les délégués lui remirent les communications ollicielles et particulières de Lombardini.

— « f ai opposé, dit-il, une résistance invincible à mon retour dans mon pays, qui m'a causé tant de chagrin, parce que j*ai la triste conviction qyxil ne saura jamais abjurer ses erreurs; mais d'un autre côté, j'ai pensé que ses Jiis avaient bien souffert, et qu'ils doivent maintenant avoir une douloureuse expérience du passé. Du moins, c'est ainsi que je les juge, en consultant mon propre cœur. La guerre subie par la patrie et la démoralisation intronisée par les administrations prostituées d'Herrera et d'Ârista l'ont mise dans un tel état de désordre et de confusion, qu'il sera difficile d'encadenasser le vice et de rétablir la morale. Je me suis décidé

à partir, parce que je ne veux p^s que Ton dise que moi aussi je fus égoïste, et que Thistoire ou mes diffamateurs me

jeltcnL h la lace que je me suis Tais sourd aux clameurs de mes compatriotes. Par conséquent, je partirai par le paquebot du mois de mars prochain. — À. L. de Santa- Auua. » —

La grande majorité des Mexicains se réjouit du retour de rexiié; le général Lombardini, dans une lettre datée du 13 avril , exprime sa satisfaction personnelle de la manière suivante... ce Obéissant à la volonté de la nation... le général D. Antonio Lopez de Santa-Anna» qui doit venir dans trois jours, va prendre possession de la présidence. Il sacrifie sa tranquillité et retourne dans son pays lui prêter de nouveau ses patriotiques services. Mes désirs sont réalisés, comme Mexicain qui aspire au bien et à Tagrandissemeut de la patrie. J*ai la satisfaction de quitter le pouvoir, d'ob mes convictions m'éloîgnaient et que j'avais accepté pour mettre un terme aux discordes politiques qui existaient sur quelques points de la république. — Lombardini. »

Arrivé à Mexico, Santa-Anna lut mis en possession du gouvernement le 20 avril, avec des pouvoirs discrétionnaires. Pendant sa nouvelle administration il eut pour ministres , aux alTaires étrangères, D. Lucas xVlaman, et D. Manuel Bonilla ; à la justice, D. Teodosio Lares; aux finances, D. Antonio Haro y Tamariz, D. Ignacio Sierra y Rosso, D. Luis Parres, D. Manuel Olasagarre et D. Manuel Canceco; à l'intérieur, D. Joaquin Velasquezde Léon; à la guerre, les généraux D. José Maria Tornel, D. Lino Alcorla et D. Santiago Blauco. La composition de ce cabinet révéla la marche politique qu'il allait suivre ; Alaman, Bonilla et Larres étaient ulta-conservateurs et monarchistes. La fédération une fois abolie, pour la dictature, ou verra que culte forme de gouvernement fut à la veille d'être remplacée par celle de la monarcbie.

An arrivant, Santa- Anna avait trouvé le Mexique dans une situation plus déplorable encore quil ne se l'était imaginé...

Le désordre, dit- il dans une lettre datée de Mexico

HISTOmB DU MEXIQUE

26 avril 1853, le désordre que j'ai trouvé dans toutes les branches de radministration, l'excessive pénurie du trésor et mille autres diilicultés particulières à la situation m'imposent un travail de réorganisation dont on ne peut pas se faire une idée. » Le 7 mai, il ajoutait dans une autre lettre... « Le temps est arrivé de faire connaître qu'il existe un gouvernement national qui se fera obéir sous l'empire des lois et de la morale publique. Tous ont pris, sous les administrations antérieures, Tbabitude de faire leur sainte volonté et de vivre dans un perpétue) désordre; il n'est donc pas étrange qu'ils désirent suivre la môme conduite; mais les circonstances sont changées, et Ton donnera des preuves répétées que le gouvernement actuel n'est pas impotent et qu'il a Ténergie nécessaire pour remplir ses devoirs. Il est indubitable que le général Arista est un malfaiteur et qu*il mériterait d'expier ses crimes à la potence, mais plusieurs raisons ont décidé le gouvernement à ne faire qu'expatrier ce monsieur, lui fixant une résidence sur un point de r£urope. — A. L. de Santa-Anna. » —

Au sujet d'Arista, Suarez Navarro écrivait au général Woll, le 3 mai... « J'ai eu le plaisir de sipfner Tordre d*exil de D. Mariano Arista qui, par une singulière coïncidence, va à Berlin» accompagné du général Uraga, lequel se rend à sa mission... Je n'ai pu obtenir que le premier soit fusillé, même en me rendant responsable de ce châtiment si bien mérité, parce qu'on n'a pas l'énergie nécessaire pour détruire ceux qui ont toujours fait du mal à notre pays. »

Le général Uraga, principal auteur de la cbute d'Arista, partait, en effet, en même temps que l'ex-président. Par sa correspondance, on voit qu'il était très contrarié de partir... «Au lieu de la légation d'Espagne, dit-il dans une lettre du 27 avril, c'est celle de la Prusse et de la Saxe que j'ai reçue sans y mettre d'opposition ; j aurais reçu de la même manière celle du Japon, puisque mon principal objet, en quittant la république, est d'éloigner dans ma personne tout obstacle à la nouvelle administration... J'ai l'espérance qu'on

DICTATURE

me rappellera quand la paix et Tintégrité du territoire mexicain seront en danger. » Le 25 mai, il écrivait de Vera- Gruz : — « Si j*ai de la fatuité, si j*ai de la présomption et

de Torgueil, c'est de me croire le meilleur et le plus nécessaire lieutenant de n'importe quel gouvernement du Mexique^ et surtout pour celui de Santa-Anna. n

Les fautes commises par le dictateur, depuis son apparition sur la scène politique, sont trop nombreuses pour être excusées en aucune manière; néanmoins, il ne faut pas voir uniquement le vilain côté de son administration, comme Tont fait les ennemis et les amis de Santa-Anna. Les uns raccusent d'avoir gaspillé l'argent du trésor public, ce qui paraît facile, puisque les coffres étaient toujours vides; les autres lui reprochent de n'avoir pas eu le courage de se laisser nommer empereur du Mexique et de gouverner, avec l'énergie d'un souverain absolu, un peuple rendu malheureux par une forme de gouvernement qui, depuis trente ans, le conduisait à la démoralisation sociale comme à la ruine la plus complète. Lorsqu'il vint au pouvoir, au mois d'avril 18S3, il n'y avait pas une piastre dans le trésor, et, de longtemps on ne devait espérer aucune rentrée, à cause des rentes affectées au paiement de plusieurs dettes envers des puissances étrangères avec lesquelles on avait passé des conventions onéreuses, de sorte que le gouvernement ne touchait que trente pour cent sur le produit des douanes maritimes qui était hypothéqué. L'armée ne se composait que de quelques bataillons. Les sauvages dévastaient les États de la Sonora, du Sinaloa, du Chiliuahua, de Durango et môme de Zacatecas; les routes étaient infestées de voleurs; les partis, face à f£^ce, se déchiraient comme de coutume; dans le présent et dans l'avenir, on ne voyait que désordre etcliaos.

Les forteresses de S. Jean d*Uloa et de Perote, désarmées parles Américains, furent réparées et garnies de canons; rarmée, réorganisée, fut élevée au chiffre de quarante-cinq mille hommes bien équipés, et les fusils à *pierre furent

remplacés pardes fusils à perciissioa. Santa-AAAa fit acheter

des navires à voiles ei construire des bateaux à vapeur pour la floue nationale qui n'existait plus. Les casernes, les hôpitaux, les arsenaux et les fonderies de canons furent réparés, établis et mis ea boo état. La froutière fut couverte par une armée de cinq mille hommes, placée sous le commandement du général Woll, élevé au rang de général de division. Les routes, améliorées sur plusieurs points, furent purgées des bandits qui les infestaient. Les relations internationales s'améliorèrent ; le commerce, reprenant cpnfiance, se ranimait; Tagriculture se développait ; les finances publiques se bonifièrent, grâce à un système assez convenable pour ce pays et cette époque. Le président créa les ministères de l'intérieur et des travaux publics, s'occupa de l'amortissement de la dette extérieure de la France et de TEspagae, régla la condition des étrangers dans l'ordre judiciaire et Tadminislration de la jusiice, promulgua des lois sur la banqueroute, les employés des finances et le recrutement, modifia les lois attentatoires au droit de propriété et celles sur les successions ; il me faudrait encore plusieurs pages pour énumérer seulement les réformes et les créations dues à Santa-Anna, de 1853 à 1855. En introduisant ainsi l'ordre et de sages réformes dans ce malheureux pays, il n'était pas étonnant que le président lésât bien des intérêts et se fît des ennemis de tous ceux que le désordre avait enrichis jusqu'alors.

Au commencement de Tannée 1853, le gouvernement mexicain décréta la réception du bref apostolique qui nommait n^onseigneur Luigi démenti, légat du saint-si^e, près de la république mexicaine ; le gouvernement fit pourtant ses réserves sur plusieurs points du bref, et n'autorisa pas monseigneur démenti à proclamer des interdits ecclésiastiques, à exercer une Juridiction contenlieuse, à exiger des restitutions in integrum contre des sentences rendues ou des contrats légaux, à se mêler de l'aliénation faite ou à faire des biens ecclésiastiques, à conférer des bénéiices ecclésiasui^ucb

mCTATURB.

. et nommer des pronotaires apostoliques. Le décret sur le recrutement, proclamé ie 7 décembre 1853, atteignait toutes les classes de ia société, et av^it plusieurs analogies avec notre loi de 4832, sur le même sujet.

Vers la fin de 1833, on suppliait Santa-Anna de se déclarer empereur, lui faisant remar(4uer que la monarchie inspirerait plus de coniiance au Mexique comme à l'Europe, et que la république n'avait amené jusqu'à présent que Tanarchie. On lui faisait remarquer que même Soulouque avait été reconnu comme empereur par toutes les puissances, et qu'en s'arrogeant ce titre il donnerait plus de stabilité à Tordre actuel et plus de prestige à ia nation. On le priait également cle fixer les émoluments qu'il jugerait convenables pour soutenir son rang et celui de sa famille, mais de ne plus spéculer sur sa signature dans les contrats; d'interdire à ses amis, à ses parents, le vol légal, c'est à dire la spéculation des emplois et des fournitures. Santa- Anna n'osa pas ; il n'avait pourtant pas à redouter le sort d'Iturbide; les circonstances n'étaient plus les mêmes; il n'eut point le courage d'imiter Soulouque, de se moraliser lui-même et de mettre un frein aux concussions de son entourage. Il accepta simplement le titre d'Âltesse Sérénissime, se composa une cour brillante, réorganisa le chapitre de l'ordre de N.-D. de Guadalupe, obligea tous les chevalier§ de cet ordre à porter dans les réceptions et les cérémonies publiques, leur magnifique costume officiel, imposa des uniformes très riches à tous les employés civils et militaires du gouvernement et continua ses habitudes de jeu, de dépenses et de laveurs accordées à l'intrigue et au plus offrant.

Cette idée de déclarer Santa-Anna empereur, je la retrouve dans une multitude de lettres datées des mois de

novembre et de décembre 1853... « Il paraît qu'à Mexico, écrivait alors le colonel Francisco Casanova, commandant la ville de Tampico, ^ son général en chef, il se traite de donner à la pétilioa dont il s'agit un caractère plus formeli

HISTOIRE DU MEXIQUB.

et que les idées de déclarer empereur Santa- Anoa se géoé- ' ralisent. y> D'après cette lettre et plusieurs autres» portant la date du 10 décembre, on voit que non seulement les pro-

vinces de Mexico, de Puebla et de Jalisco opinaient en ce sens, mais presque tous les départements de la république. Santa-Ânna, loin de seconder ce mouvement» rétouffa. Je ne sais s'il eut tort» mais tous les hommes qui ont été reçus au palais national de i8B3 à 1855, affirment qu*il ne manquait à Santa-Anna que le titre d^empereur, tant il recevait bien, quoique trop économe dans son intérieur et lorsqu'il devait recevoir aux frais de sa cassette particulière. Sa cour, aussi fastueuse que celle de la plupart des grands souverains de l'Europe, rappelait le luxe déployé dans certaines occasions solennelles à Rome, aux Tuileries et dans bien d'autres capitales. Ses cuirassiers» ses dragons, ses lanciers» ses gardes d'honneur ne laissaient rien à désirer dans leur tenue; la couleur seule de leur peau jurait un peu avec la beauté de leurs uniformes.

Santa-Anna n'ignorait pas l'influence du prestige personnel et de la représentation royale sur l'esprit des populations méridionales» mais il n'ignorait pas non plus que les révolutions du Mexique n'avaient eu pour cause» après tout» qu'une question d'argent. Le féodalisme espagnol, après avoir rem[)lacé le féodalisme aztèque, a changé de forme sous la république mexicaine» mais il est resté intact, en dépit des changements politiques. En effet» les propriétaires qui ont de cent à mille lieues carrées de terrain, les généraux de division qui ont des commandements importants et les gouverneurs de province, sont de vrais barons des temps féodaux qui ne révolutionnent guère le pays et ne se prononcent contre le gouvernement que lorsqu'ils sont lésés dans leurs intérêts pécuniaires, lorsqu'on ne les paie plus . et qu'ils sont obligés de se faire payer, en secouant le joug du pouvoir régulier. On a vu que dès le commencement de l'indépendance» la république n'ayant point d'argent dut recourir à des emprunts onéreux et hypothéquer les re«

mCTATUEB.

venus publics pour faire face aux premières nécessités ; on a vu que les changements vertigineux de gouvernements

n'avaient point des convictions pour bases, mais des intérêts; il n'est donc pas étonnant (le voir ces oligarques, uniquement occupés de leurs intérêts personnels, sucer le sang le plus pur de la république, augmenter avec une effrayante rapidité la pauvreté nationale et par conséquent la pénurie du trésor public. Le système des emprunts et des hypothèques, intronisé par la nécessité, développé jusqu'à ses dernières limites, dans un pays où le patriotisme n'existe qu'à l'état d'exception, devait naturellement rendre impossible la durée constitutionnelle de n'importe quel gouvernement. Aussitôt que le pouvoir exécutif ne pouvait plus donner de la sécurité aux grands propriétaires, des emplois lucratifs aux ambitieux, de l'argent aux généraux pour payer l'armée et aux gouverneurs pour payer les employés, la révolution éclatait et le gouvernement tombait. Le « bien de la patrie, la liberté, les droits du peuple » étaient le prétexte ostensible du soulèvement des uns ou des autres, mais J'intérêt privé était la cause réelle de la révolution. Santa-Ânna a qualifié d'une manière très pittoresque le jeu de ces révolutions. « Nous sommes, dit-il un jour, des joueurs qui veulent jouer et qui n'ont à leur disposition que des cartes biseautées. » Tous, en effet, trichaient et ne savaient pas jouer honnêtement.

Néanmoins, en 1853, Santa-Anna avait beau jeu, son prestige et ses capacités aidant, il aurait pu laire beaucoup de ,bien au Mexique, malgré la désastreuse situation dans laquelle l'avaient laissé Herrera et Arista, après l'invasion américaine. Il avait pour lui la grande majorité de la nation et une armée de quarante-cinq mille hommes qui lui était très dévouée; mais il n*eut pas assez d'empire sur lui pour moraliser son entourage, son administration et ses partisans. Les vrais amis avaient peu d'influence sur ses actes, sa eamarilla, au contraire, en avait beaucoup; elle empêchait les Cassandres modernes de se faire écouter.

mmm du MiàiQUB.

Dans une lettre datée de Berlin, 4 août 1883, Uraga se plaignait déjà, comme tant d'autres, qu'aucune de ses lettres ne parvenait au président; il ajoute une phrase qui donne la clef de rénigme de cette quantité étonnante de lettres écrites par Santa-Anna. a Je sais, dit-il, que le président ne laisse jamais sans réponse une seule lettre, n'importe qui l'a écrite, il y a des personnes intéressées à empêcher nos relations directes ». A propos d'Uraga» voici des extraits historiques et prophétiques de sa correspondance de Paris et de Beriin, écrite en français, et qui méritent d'être t)ubliés.

» Je bénis le ciel de m'avoir inspiré l'idée et la résolution devenir, quittant ma famille, mes amis et mon ambition. Je crois que je tirerai quelque utilité de mon voyage, ainsi que de ma constante application aux études et de me vouer à puiser, dans ces abondantes sources, la connaissance du bien-être des peuples. Cependant ces travaux, aujourd'hui pénibles et fâcheux, porteront-ils un jour des fruits pour mon pays? Je n*y veux pas penser parce que j'y réponds toujours par non, et cela me décourage. Je crois, malheureusement, que le Mexique se toule à fond, quil ne parviendra jamais à établir un gouvernement^ et que ces basses et mesquines passions qui se sont emparées de nos hommes, ces lâches passions, dans lesquelles on chercherait en vain un seul sentiment élevé envers la patrie, finiront par nous précipiter dans un abîme. Dieu nous en préserve?

« On m'accuse, dans toute ma correspondance, d'avoir entraîné le pays dans la situation actuelle, c'est vrai, mais je ne le souhaitais pas ainsi. J'avais vbulu qu'au retour du général Santa-Anna, les passions fussent calmées et qu'il ne dût pas son établissement au pouvoir ni h un parti, ni à la crapule — sic — qui finira par le perdre avec le Mexique... J'en demandais trop...

« A Paris, oti je suis resté quarante jours, on m'y fit un accueil parlait, j'assistai à toutes les manœuvres de Satory; j'accompagnai le général Magnan qui me prêta des che*

MCtAlURS. Wi

vaux... C'était la première fois que Tarmée du Mexique se trouvait représentée en France... J'assistai, depuis, aux manœuvres de Prusse, où j'étais l'objet d'une distinction très remarquable de la part du roi... J'ai vu la belle organisation financière de France et j*ai étudié les changements qui aujourd'hui se font d'après le système d'un Allemand, M. Jacob, conseiller d'Éial. Depuis lors je me suis décidé à examiner le véritable système financier de Prusse... J'ai envoyé au Mexique mes études sur les finances de l'armée de ces deux pays; mais on ne les lira point, on ne saura pas les apprécier, et voilà ce qui me décourage excessivement. L'ingratitude est de beaucoup plus insupportable que les obstacles eux-mêmes »,

Après avoir critiqué l'administration mexicaine, de ma-

nière h faire prévoir qu'il était en correspondance avec l'opposition et qu'il avait envie de revenir au Mexique jouer un rôle dirigeant» il ajoute : a La révolution, une fois maîtresse de la nation, en finira avec cette ombre ridicule de gouvernement, mais elle ne rétablira rien, parce qu'elle n'a ni chef, ni centre, ni plan, ni combinaison; seulement, elle proclamera un principe quelconque. Ceci sera pire encore que ce qui existe, et si les hommes qui ont quelque prestige ne se réunissent pas pour lui donner une direction, le Mexique ^st perdu. J'ai rejeté toutes les propositions de ces libéraux de cafés, et n'ai pas voulu de leurs offres ; mais j'ai dit à mes amis de l'armée de ue pas précipiter les événements parce que tant qu'il y aura une faible espérance d'ordre nous de* vons la soutenir... — José Uraga ». —

L'année 1854 commença sous de fâcheux auspices; la presse de ropposiiion attaquait le gouvernement dictatorial avec sa vigueur des jours les plus orageux de la république. Alvarez se soulevait dans le sud, parce que Santa-Anna refusait de payer à ce chef sauvage une forte somme annuelle que les administrations précédentes lui donnaient pour acheter sa soumission. D. Ignacio Aguilar, ministre de l'intérieur, envoyait, le 21 janvier, un ordre à tous les employés

du gouvernement de s'abonner à YUniversal et de le propager, « à l'effet, disait-il, de développer les maximes de Tordre religieux et social contenues dans ce journal»! — D. Santiago Blaiico, ministre de la guerre, envoya de sou côté» le 4 février, des ordres secrets à tous les chefs de corps d'armée, « pour les engager à veiller sur la presse, qu'il disait être insignifiante, peu morale ou mauvaise, et qui pouvait être une force puissante étant bien dirigée ». En métamorphosant les généraux de division en directeurs de la presse, le ministre ne prouvait-il pas que la presse était moins insignifiante qu*il voulait bien le dire?

Une lettre secrète de Santa-Anna, datée du 11 janvier 1854, dit au sujet d'Alvarez « J'avais pensé faire un voyage àVera-Cruz pour rétablir un peu ma santé détériorée par l'excès de travail que me causent les affaires du gouvernement, dont je suis chargé depuis près d'un an... Mais la rébellion d'Alvarez dans le sud me décide à changer de route, et je vais aller dans cette direction, avec le double objet de reconnaître les localités, afin de donner, avec plus d'assurance, mes ordres aux chefs qui doivent opérer contre ce factieux. Je partirai la semaine prochaine et serai absent pendant un mois. — A. L. de Santa-Anna. »

Le général D. Pedro Ampudia, commandant de Nuevo Léon, écrivait sur le même sujet à son collègue du Tamaulipas. — <x Honterey, 16 mars i8S4. — Au moment où vous recevrez cette lettre, vous saurez déjà que les célèbres Pintos, — Indiens du Guerrero, — du sud du Mexique, avec D. Juan Âivarez à leur téte, ont l'intention de renverser le gouvernement suprême. Ils n'y réussiront pas; mais il sufiit d'indiquer l'anarchie pour resserrer plus étroitement nos relations officielles, afin d'écraser instantanément ceux qui prétendent détruire l'ordre dans les départements de l'Orieni.

« Il est nécessaire que vous ayez un œil vigilant sur le traître Garvajal... Le tribunal suprême de justice, la municipalité de la capitale, la garnison et les employés des finances ont déjà protesté de leur loyauté envers le j^juaveruement

DICTATUBE.

suprême, et derindignation avec laquelle ils ont vu le mouvement méridional. — Pedro Ampudia. »

Dans la correspondance de M. D. Francisco Arrangoiz, consul du Mexique aux Ëtats-Unis, on voit qu*Alvarez entretenait des relations avec des flibustiers américains pour amener un débarquement h Tampico et renverser Santa- Anna, de concert avec les démocrates purs, Comonfort qui se trouvait à Acapulco et les exilés mexicains réunis aux États-Unis, tels que Gevallos, Arriaga, Juarez, Ocampo, Montene^^ro et d'autres... « Les exilés, dit-il, dans une lettre du mois de mars, l'ont la guerre cynique qu'ils peuvent, c'est à dire, de publier ici des lettres au moyen d'argent, et qui sont supposées venir de notre capitale... Les exilés travaillent à se procurer cent mille piastres. Garvajal leur demande trois h quatre cents fusils pour soulever la frontière... ils espèrent apprendre la nouvelle que la révolution est installée dans le sud, et quelques uns, d'accord avec des personnes de Tampico, travaillent pour que ce port se prononce, et aller ensuite avec une expédition d'aventuriers — américains — secourir les révoltés... Jusqu'à présent, ils n'ont encore réuni aucun corps d'aventuriers, mais il est très facile d*avoir ici cinq cents ou mille hommes, en quarante-huit heures, avec quarante à cinquante mille piastres. — Arrangoiz. »

Au mois de mars, le ministre de la guerre envoyait, à tous les chefs de corps d'armée, deux lettres manuscrites, que je dois publier pour donner plus de détails authentiques sur

celte déplorable révolution. — « Mexico, 3 mars 1854. — Par une lettre que je vous envoie, en môme temps que celle-ci, vous apprendrez que D. Juan Alvarez a levé l'étendard de la rébellion dans le département de Guerrero. Jusqu'à présent il n*a publié aucun plan, et s*est limité seulement à la prétention d'empêcher le passage des troupes nationales par ce territoire. Il le fait de concert avec les aventuriers de la Haute-Californie, sur l'appui desquels il se confie pour discréditer sa pairie, et ne pas permettre aux méridionaux de

; * m HISTOiaB DU MfiUQUE.

s'affranchir de la honteiise domination dans laquelle il les tient depuis tant d'années.

« S. A. S. est résolue à étouffer cette rébellion qui présente l'horrible aspect d'une guerre de castes et d'une invasion de pirates, et» pour cet effet, il a ordonné de bloquer le port d*Acapulco, et la formation à Ghilpancingo, d'une forte division, afin que le tyran du sud soit attaqué par terre et par mer d'une manière tellement effective que le mal soit extirpé de suite, aussi radicalement que l'exigent le respect des lois, la civilisation, les garanties et la liberté dont jouissent les autres départements de la république.

« Âfin que toute la nation sache que la cause aujourd'hui défendue par le gouvernement est celle de la civilisation contre le plus barbare despotisme, il serait convenable que vous fissiez une proclamation adressée au peuple et à Tarmée du département que vous commandez, pour leur faire comprendre cette vérité, évanouir les espérances des révolutionnaires, et rappeler que le gouvernement et ses principaux agents ne formentquun tout, composé d'hommes résolus à faire triompher la grande mission dévolue à S» A. S., de faire disparaître pour toujours ce perpétuel état de révolution qui a luniiliilé la république et nous représente à l'étranger sous un aspect tellement ignominieux qu'il finirait par anéantir notre nationalité. — Santiago Blaaco. »

Voici l'autre lettre accompagnant celle-ci :

« Le suprême gouvernement, ayant appris que le comte Raousset , conjointement avec Walker et une multitude d'aveiituriers, prétendait faire une expédition hostile h ce. pays, se dirigeant à cet effet aux ports de Guaymas, San- Blas, Acapulco et la Basse- Californie, a dicté les mesures les plus efficaces pour mettre tous ces points à l'abri d'une telle tentative. Fixant plus particulièrement son attention sur Acapulco, parce que plusieurs placeres d'or très riches et très abondants ont été découverts dans le Guerrero, il a présumé que ce port serait celui sur lequel se dirigerait probablement cette ex^cdiiioa. Ce ^^oup^oa ;sest confirmé peu de jours

DICTATURE. »|-

après, et, coirime c'était juste et naturel, le gouvernement a disposé que les forliûcaUons de ce port, — Â^capulco, — fus* * seot réparées au plus vite. Il a envoyé une section d'ingénieurs, une garnison de trois cents hommes, puis il engagea

Alvarez et les autorités du département de Guerrero h coopérer autant qui! leur serait possil)le à la déieuse du territoire national. .

oc Ces mesures de simple précaution et aussi prudentes que patriotiques, furent mal reçues par D. Juan Alvarez, comme si elles diminuaient son pouvoir... Il a cherché i entraver la marche des troupes, il est allé même jusqu'à dicter des mesures pour les combattre, et se mettre... en relation avec Raousset, pour livrer aux aventnriers cette précieuse partie de la république, dont il prétend soulever les habitants contre le gouvernement. Une conduite aussi noire que déloyale a obligé S..A. S. à dicter des mesures très sévères pour rétablir et conserver la tranquillité de ce département et cbftiier ceux qni, faisant passer des intérêts bâtards et mesquins avant leur civisme et leur nationalité, prétendent énerver l'action du gouvernement pour la défense du pays... — Santiago Blanco. »

Il s*agissait d'envoyer on corps d'armée de quatre mille hommes qui devait être renforcé plus tard, en cas de nécessité. L'expédition réussit assez bien d'abord; Acapulco fut occupé par les troupes nationales qui s'emparèrent également de Goquillo et du Peregrino ; mais plus tard elles furent décimées par les maladies, la misère et les combats» Alvarez ne s'était jamais soumis.

Le comte Raousset-Boulbon, n'osant pas attaquer Acapulco, se rendit à Guaymas. Dans les correspondances mexicaines de cette époque, on voit que ce pauvre jeune homme ne s'était pas jeté dans les aventures uniquement dans le but de faire fortune ; outre les motifs connus par les publications faites après sa mort à sou sujet, il en est un que l'on ignore. Le comte ftaousset, voulant d*aboird» à l'exemple des géné^ raux Uiuai Arago et WoU, se faire une carrière dans Tarmée'

m HISTOmB DU HBXIQUB.

mexicaine, avait demandé au président de lui donner le titre de colonel. Santa-Anna trouvait que c'était trop demander d'uae seule fois, il lui offrit de le faire capitaine, avec promesse de lui donner un avancement régulier aussi rapide que possible. Le comte refusa, et par dépit se mit en relation avec Alvarez, Walker et les flibustiers étrangjers dans rintention de faire de la Sonora un Ëtat indépendant du Mexique,

Tandis qu'Alvarez et le comte Raousset causaient ainsi des embarras sérieux au gouvernement, le traité de Mesilla

lui suscitait de jîraves ennemis. Je me suis laissé dire, par les personnages les plus autorisés du Mexique, que Santa- Ânna avait hérité de cette question et que seulement le besoin d'argent la lui .fit conclure, contrairement à ses principes et à tous les actes politiques de sa vie passée. Du reste, après le traité de Guadalupe-Hidalgo , qui donnait le Nouveau-Mexique aux États-Unis, la cession de la vallée de Mesilla m*a paru fort peu importante; mais les ennemis de Santa-Anna, en ayant fait une fort grosse affaire, je dois en parler ici.

Un jour, de sa propre autorité, M. Lane, gouverneur du Nouveau-Mexique, déclara solennellement le territoire de Mesilla partie intégrante des États-Unis , bien qu*il fût possédé de fait par le Mexique, sous le prétexte qu*il avait été compris dans la cession déterminée par le traité de Guadalupe. A cet acte étrange, M. Aîigi'l Frias répondit, au nom du gouvernement de Mexico, par une énergique protestation. Le point de droit à la possession de Mesilla était au moins douteux; toutefois, le cabinet de Washington donna Tordre d occuper militairement la vallée; il envoya le général Garland à la tête d*un corps de troupes nombreux, acconjpagné d*un commissaire civil, M. Meriwether. La question fut même agitée, à Washington, de savoir si la Basse-Californie et la Sonora ne devaient pas subir légalement le sort de la Mesilla. Le gouvernement de Mexico s'émut à juste titre de telles prétentions. M. Galdwia, aussitôt envoy é auprès de lui.

DICTATURE

le calma par Toffre d'uoe indemnité pécuniaire de quinze millions de piastres. Le général Àlmonte, alors miuistre

plénipotentiaire à Washington, engagea son gouvernement à céder, parce que la cession de la Mesilla entamait très peu le territoire national et se trouvait dans un pays désert à Textrémité septentrionale de la république , et que Tindemnité mettrait à même le gouvernement de faire face aux nécessités du pays sans recourir à des mesures extraordinaires.

Une première convention fut conclue entre les délégués américains et mexicains, mais le sénat de Washington la modifia. Une lettre de M. Landero y Gos, administrateur des douanes, donne à ce sujet des détails intéressants. — « Matamores, 20 mars 1854. — Le traité de la Mesilla, malgré la formidable opposition du Sénat, sera sans doute approuvé, avec quelques modifications. L'opposition, ou pour mieux dire, le parti de la guerre, disait que si Ton n'obtenait pas la désapprobation du traité, il mettrait de telles entraves à son exécution que notre gouvernement ne percevrait Targent qu'après un certain temps , dans Tespérance que la révolution qui s'annonçait se développerait et pourrait renverser Tordre actuel des choses, notre gouvernement ne pouvant plus se soutenir faute de finances.

« Parmi les modifications proposées par M. Pierce au traité, il y en a une qui inspire peu de confiance, parce qu'elle tend évidemment à protéger les flibustiers. Telle est Tannulation du dernier article par lequel les parties contractantes se compromettent à empêcher par la force armée les expéditions d'aventuriers sur leurs territoires respectifs.

« Le désir qu'ont les Américains en général de s'annexer le Mexique, en tout ou partie, ainsi que l'Ile de Cuba, s'augmente h présent par Pespérance de le faire sans coup férir à cause de la guerre générale en Europe, de la révolution qui se lève en Espagne pour détrôner la reine et de nos guerres intestines... Il paraît certain que les intérêts commerciaux protègent dans le sud l'invasion de Raousset. On dit aussi que des mouvements vont avoir lieu sur la frontière du Rio-

HISTOlU w nauQUB.

Bravo et que Frias commandera celui du Chihuabua. — Laadero y Gos. »

a Ib traiié de la Mesilla, écrivait M. Arrangoiz, le 3 mai, de la Nouvelle-Orléans, a été approuvé le 3 avril. avec quelques modificalions. Personne ne connaît au juste ses clauses ; mais je pense que les suivantes en font plus ou moins partie. — Diminution du territoire, et la somme — à payer — sera de dix millions de piastres. Adoption des propositions du sénateur Bell, en faveur du contrat, — mot illisible. Dérogation de Tarticle 11 du traité de Guadalupe. Quant à celui des cinq millions d'indemnité on Ta rejeté, et ceci peut laisser la porte ouverte à de nouvelles réclamations. » Je ne sais si M. Arrangoi2, en parlant de ces indeuwités, fait allusion au contrat primitif ou bien à des indemnités à payer à des Américains résidant au Mexique. Bref, le traité de la Mesilla fut signé le 30 septembre 1853, et ratifié à Washington le 30 juin 1884. L'article 3 de ce traité dit : « Les États- Unis s'engagent à payer dix millions de piastres dont trois millions le jour de la signature et sept millions à l'échange de la ratification. »

Santa-Anna, apprenant que le général Almonte possédait la traite de sept millions de piastres stipulées par la convention, oublia tout ce que ce ministre avait souffert avec lui et pour lui, depuis son emprisonnement au Texas en 1836, et envoya précipitamment M. Arrangoiz h Washington retirer, des mains de M. Almonte les sept millions qui lui avaient été remis. Santa-Anna, pour justiller cet acte de méfiance, prétexta que ses ennemis poussaient M. Almonte à se servir de cet argent pour se faire nommer président de la république. Le passé de ce général et sa conduite toujours franche et loyale auraieui dû prouver à Santa-Anoa qu'une pareille ambition ne pouvait venir à Tesprit de son ministre et ami. Dans une brochure publiée en i8S8 contre le président et dont je n'ai pu contrôler l'exactitude, on voit des détails étonnants sur remploi de celte soiiiiiie qui aurait été dépensée, d'après l'auteur anonyme de cet écrit» en soixauie et dix

DICTATUBI. m

jours. Quoi qu*il en soit, H. Airangoiz reçut Tordre (Taller

de la Nouvelle-Orléans, ou se trouvait sou consulat, à Washington sans perdre un instant, de voyaj^er de jour et de nuiti de retirer la traite des mains de M. Almonte et de placer Targent chez les banquiers les plus sûrs afin de le retirer aussitôt, au fur et à mesure des ordres de payement qui lui seraient expédiés.

M. Arrangoiz arriva à dix heures du soir chez le représentant du Mexique qui le pria d'attendre au lendemain pour lui remettre la traite. Le lendemain il reçut la traite, plaça les fonds, en dépensa la plus grande partie en quelques jours et se paya lui-même, à titre de commission, une somme de soixaute-huil mille trois cent quatre-vingt-dix-huit piastres cinquante-sept eents^ soit plus de trois cent quarante-deux mille francs. M. Arrangoiz, en s*attribuant cette somme que le général Almonte n'avait pas voulu prendre par délicatesse, dit qu'il n'avait pris qu'une goutte d'eau, tandis que la maison Lizardi s'était fait donner trois millions six cent mille piastres» soit plus de dix-huit millions de francs — pour ses opérations financières, à titre également de commission, et que par conséquent il avait été très réservé dans ses prétentions. iSon plaidoyer lui tit donner le sobriquet de — Gota de Agua, — goutte d'eau. Santa-Anna avait réellement <a main malheureuse dans le choix de ses hommes de confiance, i) avait oublié que M. Airangoiz, envoyé par Parédès à la Havane, avec le titre de consul pour préparer les * voies à la monarchie espagnole, était un homme d'afiaires, avant tout. Plus tard, on retrouve ce même personnage à Miramar avec le titre de grand officier de N. D. de Guadalupe. Nommé ministre plénipotentiaire à Londres par l'empereur Maximilien, on le voit ensuite répondre ofTiciellemeut à Sa Majesté une lettre iosultante dans laquelle il disait que Tempereur « avait trompé tous les conservateurs, qu'il n*avait tenu aucune de ses promesses faites à Miramar, et qu'il ne voulait plus servir un homme sur la parole duquel on ne pouvait pas compter. »

L'affaire de la Mesilla, d'après les documents que je pos*

sède, me paraît plutôt une affaire malheureuse, au point de

vue de la morale des intéressés, des agents et des contractants, que grave, au point de vue historique et national; aussi, je me borne à citer les traits les plus saillants, sans prononcer de jugement sur les hommes qui ont joué un rôle quelconque dans cette affaire, et sur le fait en lui-même. Du reste, la révolution nouvelle qui se préparait au Mexique absorbait plus les esprits que l'emploi des millions de la Mesilla, millions dont profitèrent très peu les troupes éloignées de la capitale. Le gouvernement exilait dans Tinté* rieur ou au dehors de la république la plupart des brouillons qui conspiraient contre lui, mais ces mesures rigoureuses ne servaient qu'à précipiter les événements, en augmentant le nombre des révolutionnaires. Il eût été plus adroit, plus politique et plus honnête de réformer l'administration, de la moraliser et de détruire les abus du pouvoir que d'exiler ceux qui ne pouvaient avoir leur part de bénéfice dans le maniement des deniers de l'État , et le désiraient ardem-* ment.

Le ^'énéral Parrodi, gouverneur de San-Luis Potosi, écrivait de cette ville, le 27 avril 18o4, h ce sujet : — « Je ne puis m'empéciier de dire que Cardeua me parait aussi iusi* gnitlant que le plus misérable démagogue. Ten ai dans ce département plusieurs d'un plus gros calibre que celui-ci et je les regarde avec dédain, parce que agir autrement c'est leur donner une importance qu'ils acquièrent par l'exil et la prison. Parlant en général des elïorts des scélérats pour renverser Tordre, nous devons être persuadés que tant que vivra notre président, ils ne retireront aucun fruit, aucun résultat sinon le ridicule. » — L'auréole de la persécution n'est jamais ridicule, lors même que la persécution est légitime; c*est aux gouvernements à ne pas agir de manière à ce que cette auréole passe sur le front de leurs ennemis. Santa-Anna s'irritait devant l'opposition quil rencontrait à faire respecter les lois; il ne voyait pas que le respect des

DICTATURE

lois étant incompatible avec Timmoralité des gouvernants et des gouvernés, il devenait inutile de sévir contre les ambitieux, si Ton ne voulait pas sévir contre les vices.

... <f Relativement aux anarchistes, écrivait-il au mois de juin, aux chefs de corps d'armée, je n'ai rien à dire, parce que la loi du l"^*^ août de l'année dernière contre les conspirateurs règle la manière de vous conduire avec ces délinquants. L'idée du gouvernement est de châtier exemplairement ces délits, et l'on doit passer de suite par les armes tous ceux qui seront pris les armes en main... Le gouvernement, fort de Tappui que lui prête l'opinion saine des populations, marche plein de confiance à Tentreprise qui lui a été confiée et ne se retirera qu'après l'avoir fait réussir. » Ses lettres des mois de juin et juillet révèlent une grande lassitude d'esprit. £n présence des menées révolutionnaires des Américains et des Mexicains, son courage faiblit; le dépit lui fait ordonner de fusiller dans les vingt-quatre heures ceux qui tombent sous la loi du 1^' août, mais il se borne à des mesures militaires pour étouffer la révolution, au lieu de prendre des mesures administratives et politiques pour la prévenir et l'empêcher d'éclater. L'argent de la Mesilla se dépensait on ne sait comment; les troupes de la garnison de Mexico en absorbaient une grande partie pour leur magnifique équipement et leur entretien ; celles de Tintérieur n'étant pas payées se débandaient; les généraux se plaignaient, restaient sans soldats et se trouvaient désarmés devant la révolution qui marchait à grands pas. Voici ce qu'écrivait à ce sujet le général Ampudia, gouverneur du Nuevo-Leon, le 11 juin 1854, au général Woil, gouverneur du Tamaulipas.

« Mon cher ami et compagnon. — Par la communication officielle que je t'envoie, tu te convaincras de tout ce que j'ai manifesté au gouvernement suprême, relativement à la position dans laquelle on nous laisse, moi dans ce département et toi sur cette frontière. Mais, comme elle n'est pas suffisante pour t'informer de tout, je t'envoie la présente.

HISTOIRB W MEXIQUE

ce Je n'ai pas un écu, pas un soldat, et le gouvernement suprême ne me donne pas même l'espérance de m'envoyer de Targent, lorsqu'il serait d'une nécessité absolue de veiller ici d'une manière suffisante et de l'envoyer au moins mille hommes bien payés et bien équipés, parce que tu es sur le cratère d'un volcan, si Ton ajoute foi aux nouvelles funestes qui courent ici. Outre ce que je te dis d'oiïice, sois persuadé que tu as déjà cette garnison minée, et que les révolutionnaires comptent sur la misère à laquelle tu es réduit, autant que sur l'abondance de leurs ressources.

« Voilà bien des années que le thermomètre des révolutions se trouve parmi nous ; ses oscillations viennent du mouvement de cette frontière. Pour moi, la cause de ce mouvement est dans la paralysie ou l'activité de ses opérations commerciales. Quand la paralysie a lieu, beaucoup espèrent et beaucoup craignent. — Pedro Ampudia.»

Santa-Auna, en voyant les difficultés que tous les vrais patriotes et lui-même rencontraient pour pacifier le pays et l'organiser sous le régime républicain, se convertit de bonne foi au système monarchique. Il pactisa avec les principaux chefs de ce parti et résolut de donner suite au projet de Parédès. Convaincu que la monarchie était le seul gouvernement qui convenait à l'état social du Mexique, et que la couronne conférée à un Mexicain n'avait aucune probabilité de durée, il voulut l'offrir à un prince étranger, espérant que l'Europe appuierait son candidat. A cet etfet, il délégua ses pleins pouvoirs à M. Gutierrez de Ëstrada, pour obtenir Tassentiment des cabinets de Londres, de Paris, de Madrid et de Vienne. Sa lettre de créance, datée du 1®' juillet 1854, est ainsi conçue :

c< Antonio Lopez de Santa-Anna, bien mérité de la patrie, général de division, grand-mattre de Tordre national de Guadalupe, chevalier grand*croix de Charles Ilf, président de la

république mexicaine, à tous ceux qui verront les présentes, salut :

a Investi par la nation mexicaine des pouvoirs nécessai-

res pour constituer le pays sous la forme du gouvernement que je jugerais la plus convenable pour assurer l'intégrité du tarritoir^ et Tindépendancd nationale sur les bases les plus avantageuses et les plus durables, conforinément aux pouvoirs discrétionnaires dont je suis revêtu, et, considérant qn'aucun gouvernement ne convient mieux à la nation que celui qui pendant plusieurs siècles a formé son état social ;

« En conséquence, afin d atteindre ce but; confiant dans le patriotisme, les lumières et le zèle de M. losè Maria Gutierrez de Eslrada, je lui confère, par les présentes, tous les pouvoirs nécessaires, afin qu'il puisse entamer des négociations et faire des offres nécessaires près des cour^ de Londres, Paiis, Madrid et Vienne, afin d'obtenir de ces divers gouvernements ou de quelqu'un d*entre eux, leur concours pour rétablissement d'une monarchie avec un membre des familles régnantes, dans les termes et conditions spécifiés dans des instructions spéciales.

a En foi de quoi j*ai fait expédier Jes présentes, signées de ma main, scellées dii sceau de la nation et contre-signées par le ministre des affaires étrangères, pour demeurer secrètes. Au Palais national, le 1®' juillet mil huit cent cinquante-quatre... — A. L. de Santa-Ânna. »

Il parait que des ouvertures furent faites également au cabinet de Washington, louchant le projet de relever le trône du Mexique au profit d'un prince européen, car M. Glay répondit alors à renvoyé mexicain cette phrase devenue historique : — a II importe peu aux États-Unis que votre pays soit gouverné par telleou telle forme de gouvernement; c'est une affaire intérieure qui riiUéresse seul et ne nous regarde point. » En effet, h celle époque, la guerre du sud n'avait pas encore altéré la constitution des Ëtals-Uuis, et le gouvernement n'avait pas eu besoin, pour soutenir sa politique de reconstruction, de distraire Tattention des représentants radicaux, en leur parlant de la doctrine Monroe, sous un jour tout à fait étranger à cette doctrine, car M. Monroe s'était borné à vouloir garantir l'indépendance des colo-

UiSTÛlRB DU MEXIQUE.

nies espagnoles et portugaises, et ne songeait nullement à leur interdire l'établissement du système monarchique.

La conversion de Saula-Anna au parti monarchiste semble antérieure à l'envoi de M. Gutierrez, en Europe, à la recherche d'un souverain, car j'ai lu dans une correspondance américaine, en 1884, que lors de la dernière révolution du parti progressiste à Madrid, on avait découvert au palais de la reine Christine, un dossiersur lequel était écrit :

— « Correspondance de Mexico. » Ce dossier fut remis à M. Souié, ministre des États-Unis, à Madrid, qui l'envoya à Washington. On y trouva une convention relative au trône du Mexique qui devait être fondé par Santa-Anna, puis occupé par un prince européen, dont le nom n'a jamais été connu et qu'on supposait être espagnol. Dans ce but, les ^ministres mexicains accrédités auprès des cours européennes devaient se réunir à Bruxelles, afin de s'entendre sur les garanties et les secours que les puissances devaient donner à Santa-Anna pour appuyer son projet. Mais la situation du Mexique et les événements politiques qui se préparaient eu Europe firent accueillir avec assez de froideur l'idée d'une intervention armée dans le nouveau monde. La monarchie mexicaine resta à l'état du projet; M. Gutierrez de Estrada fut bien reçu des ministres et des souverains auxquels il parla de la nécessité de cette intervention au point de vue des intérêts européens, mais on en remit l'exécution à des temps meilleurs. — « On verra plus tard, » lui répondit-on partout.

Santa-Anna découragé, réduit à ses propres ressources, dut bientôt enrayer les dépenses que lui causaient la représentation et le luxe de sa cour, luxe introduit au palais national pour donner une idée de l'éclat dont brillerait la capitale sous le régime monarchique. Le ministre de i intérieur, M. Aguiiar, expédia une circulaire secrète et manuscrite à tous les gouverneurs militaires, dans laquelle il leur disait ;

— « N'est-il point étrange qu'à mesure que le gouvernement, il fui ce de constaiice et de sacrifices, commence à rétablir

DIGTATUIIB. m

la morale perdue et Tobéissance aux lois, aussi bien qu'aux autorités, les ennemis de tout ordre redoublent d'efforts ponr le renverser^ faisant paraître à la fois de tous côtés des symptômes révolutionnaires pour affaiblir radministrationT Il faut absolument arracher une fois pour toutes cette dernière espérance du cœur de quelques insensés qui la nourrissent. Comme aujourd'hui la nation a des ressources et des moyens qu'elle n'avait encore jamais eus, ce ne sera ni impossible ni même difficile. Je crois qu'il suffira d'exercer la vertu nécessaire à tous les gouverneurs dans les moments de crise dangereuse; je parle de l'énergie, tempérée par la prudence. Je ne vois pas de terme moyen aux grands coups qui doivent imposer une crainte salutaire aux criminels; parce qu'en extirpant le crime et délivrant la société du cancer qui la ronge, on rend respectable la main vigoureuse qui met une digue aux abus et à l'impunité des méchants....

(c Rappelons-nous que notre cause, pure de toute tache de personnalité, exempte du reproche d'ambition et d'esprit de parti, est identifiée avec l'indépendance de la république, avec la vraie liberté des Mexicains, avec son progrès bien entendu, parce que c'est la cause de la civilisation et de la morale fondée sur le plus solide des éléments, le principe religieux.

« Le moment arrive de donner une solution définitive au problème indécis depuis tant d'années dans notre pays, celui de savoir si ses destinées doivent être entre les mains de la plus immonde canaille; si l'ignorance doit tout subjuguer et imposer la loi à Tintelligence; si ceux qui n'ont rien à perdre parce qu'ils n'ont rien su acquérir, ont le droit de rendre leurs tributaires ceux qui doivent leur prospérité individuelle aux branches qui constituent la richesse publique, et à leur travail constant et honnête; enfin, si la nation est obligée de maintenir dans le luxe la "crapule — sic — , et dans la fainéantise et l'oisiveté dinfàmes sangsues, ou bien si l'on doit restituer au Mexique son ancienne dignité et se soumettre seulement à la supériorité morale qui, depuis des

mSTOlJIfi MJ lEXlQUfi.

siècles tient la suprématie dans les pays civilisés. Qu'il D*y

ait donc plus de tergiversation; que les lois coercitives et pénales soient appliquées avec vigueur; que le délit, aussitôt commis, soit puni; que la justice et l'équité ne soient plus blessées. Ayez de Ténergie et de la probité... et je crois que nous sauverons le Mexique... le monde est déjà fatigué • du honteux niodèle que nous lui présentons de toutes les aberrations et de toutes les extravagances... — I. Aguilar. »

Cette ligne de conduite prescrite par le ministre pouvait être utile autant que sage, mais elle était tardive. Le 13 juiU let i854, le licencié José de la Garza proclama, à Victoria, la déchéance de Santa-Anna, la république fédéiale et le rétablissement de la constitution de 1824. Le troisième article du plan de ce pronunciamienio, disait, — naturellement : — <c Sont abrogés les lois et décrets de la fédération. » Le premier cri des révolutionnaires au Mexique, après avoir décrété la chute des autorités constiiutionnelles est d'abroger la constitution et les lois, alors en vigueur, ce qui démoralisait le peuple et aggravait les désordres de ces révolutions. Comment le peuple aurait- il pu respecter une constitution, des lois et des décrets que chaque année un général, un avocat obscur pouvaient mettre et mettaient eu ell'et au panier?

La révolution de Victoria avait été préparée de longue date pour seconder celle d*Âlvarez. Le colonel D. Lorenzo

Cortina, dans une lettre datée du 13 juillet 1854, rend compte du pronunciamiento de Victoria dans les termes suivants : ... « Les éternels ennemis de Tordre public et de l'administration actuelle, profitant du peu de forces qui se trouvent dans cette ville, len conséquence du départ du lieutenant Gavanac, ont eu l'audace d'attaquer le quartier à minuit de la nuit passée, au nombre de cent vingt hommes qui furent repoussés vigoureusement par les vingi-ciaq soldats dont nous pûmes disposer. Troeva avait pris le commandement delà guérilla de droite,^t moi de celle de gauche. Nous sommes encore dans cette jposilioa eu ce momeni où.

BIGTATUn.

sonnent six heures du nialin... » Suivent des détails sur la difficulté de résister longtemps, avec les vingt soldats valides qui restaient. « Les chefs des révolutionaaifes^ ajoute le colonel, sont : un nommé Salazar« Juan Gardenas et le licencié Juan José de la Garza, ce dernier est le premier coryphée de ces soi-disant libéraux. »

Parrodi, gouverneur de S. Luis Potosi, écrivait au commandant militaire du Tamaulipas, le 20 juillet de la môme année : — « Vous avez sans doute appris que D. Juan Josë de la Garza s'est prononcé le 13, pour le plan d*Alvarez, et que le détachement du capitaine Troeva a chassé les dissidents avec pertes, depuis la place principale jusqu*à celle des Arieros. Observant que le nombre des ennemis augmentait, il s*e5t retiré du côté de Tampico sans être inquiété. Une lettre de Victoria, datée du 15, m'apprend que les rebelles se fortifient, construisent des affûts pour monter quelques piècesqu'ils ont trouvées là-bas. Us ont secouru trois cents hommes et fait d'autres dépenses qui prouvent qu'ils ont assez d'argent. Ils disent qu'ils en attendent davantage de la frontière ainsi que des hommes armés de rifles. Tula et les autres villes de ce côté de la Sierra restent tranquilles.

« Faute de troupes et manque absolu d'argent, je n*ai pu

mettre en marche une section de toutes armes contre les dissidents, comme je l'aurais voulu, parce que les forces que j*ai dirigées sur le Michoacan, par ordre suprême, m'ont trop affaibli. Gette impuissance m'a singulièrement mortifié dans cette «irconstance. — Parrodi. »

D'après cette lettre, il semblerait que le détachement de Troeva était venu au secours de Quijara, avant de se retirer ' sur Tampico. Le colonel pourtant tenait bon , car la correspondance du général Ampudia donne sur cet événement de nouveaux détails : — « Monterey, 23 juillet 18S4. — ... A la dernière heure, je reçois une lettre du colonel Cortina venant de Victoria et qui me donne les nouvelles suivantes : ~a (Quarante cavaUers des prononcés sont partis pour Tùla,

HISTOIIE DU MEXIQUE.

a et six pour Villagran, avec l'objet d'inviter ces villes à se- « conder le pronunciamiento; » mais je viens de lire une lettre de Talcade de cette dernière localité, qu'il envoyait au colonel Gortina, et dans laquelle il dit que la population ré* prouve le pronunciamiento , et qu*il a mis sous les armes soixante hommes pour résister aux prononcés; il offre d'envoyer prisonniers, à cette capitale, ceux qui se présenteront pour les inviter à se prononcer, et m'affirme qu'il y a même des gens à la poursuite des prononcés. — Pedro Ampudîa. »

Je trouve dans une lettre datée de Victoria, 2 septembre, • et signée par D. Torribio de la Torre, des détails sur les excès commis dans cette ville par les insurgés. « Le pronunciamiento, dit-il, n'était pas au nom de la fédération, mais au nom du communisme. Les fàctieux ont disposé de la po* pulatioM et de ses intérêts selon leur bon plaisir; ils ruinent, presque complètement, tous ceux qui ne se rangent pas de leur parti. Ils continuent ce système dans le district de San- Carlos, en commettant toutes sortes de déprédations... L'office des postes a été saccagé ; les livres, les lettres, les archives, les sceaux, les meubles, etc., tout est emporté, vendu ou brûlé. » En un mot, les prononcés de Victoria suivaient les traditions de vol, de ruine, de pillage et de destruction, suivie au Mexique par tous les insurgés et dans toutes les révolutions, depuis celle d'Hidalgo.-

Santa-Anna, sachant que les flibustiers du Texas se préparaient à prêter la main aux rebelles de Victoria, donna des ordres absolus au général Woll , qui commandait les frontières. — <c Mon cher ami , lui écrit-il le 7 septembre 1884, je crois absolument nécessaire d'établir de forts détachements à Gamargo, Mier etRevillo— ou Guerrero, comme onl'appelle aujourd'hui, — autant pour empêcher la contrebande que le passage des flibustiers ; ces forces étant chargées de ce double but. Je vous dirai pour votre gouverne que ce service doit se faire par bataillons ou par escadrons, pour ne pas diviser les corps, manière la plus prompte de les détruire. Pour couvrir ces détachements , vous pourrez

DIGTATURB.

ordonner à leurs commandants de construire des fortins et de faire le service comme en présence de l'ennemi. — A. L. de Santa-Anna. »

La révolution gagnait pourtant le Michoacan et d'autres provinces. Santa-Ânna, se voyant impuissant à la contenir, réunit ses ministres en conseil et leur déclara que ta politique qu'il suivait et les pouvoirs absolus dont il disposait pouvant être la cause des troubles présents, il était décidé à consulter la nation, le l*"" décembre, sur la durée et détendue de ses pouvoirs. Un appel au peuple fut donc décrété pour ce jour, et les deux questions suivantes furent posées:

« Le président actuel de la république doit-il continuer à exercer le pouvoir Suprême avec i étendue extraordinaire qui lui a été conférée?

ce Dans le cas contraire, à qui remettre la présidence? »

Les ministres, craignant l'influence des révolutionnaires, dans cette sorte de plébiscite, préparèrent de leur mieux la réélection du dictateur. Voici la circulaire manuscrite et secrète, envoyée par le ministre de la guerre, D. Santiago Blanco, aux grands commandants militaires.

«( Mexico, 14 novembre i8S4. — Mon cher ami, — quoique vos idées et votre bon jugement me soient parfaitement connus, je dois vous manifester confidentiellement, selon mes couvictions, quelle est mon opinion sur Tacte public qui doit se vérifier le 1^ décembre prochain, d'après la circulaire publiée par le ministère de Tintérieur sur les assemblées populaires.

ce Dans l'état où se trouve notre société, au milieu de la démoralisation corrompue dans laquelle, par malheur, se meut notre peuple, toujours agité par cette masse flottante

de scélérats, sans principes fixes, qui vivent seulement des révolutions et qui, aujourd'hui plus que jamais, cherchent à renverser le gouvernement de S. A. S., ce serait une torpeur coupable de ne pas employer, pour notre part, tous les moyens possibles pour arriver au but auquel nous aspirons,

m HISTOIU DU MUIQUB.

qui est et ne peut être autre 'que la consolidation d*une administration vigoureuse et sévère, capable d*opposer une forte digue aux ondes toujours agitées des révolutions.

« Convaincu de cette vérité» comme je crois que vous . Têtes, et, désirant le succès de ce but nécessaire, ne croyezvous pas qu*il serait peu sage de laisser agir un peuple sans foi ni sentiment politiques, qui marclie toujours poussé seulement par d'imprudents ambitieux t S. A. S. désire sonder la volonté nationale, elle veut connaître le vœu spontané des populations, mais qucflles seront les conséquences de racle du 1'''' décembre futur si, ce qui n*est pas probable, les machinations des anarchistes trouvent le triomphe quMls désirent? Il est politique, patriotique et nécessaire que les représentants du gouvernement suprême, dans les départements, agissent avec activité, comme je vous le recommande, pour prendre les mesures conseillées par la prévoyance et la prudence, à lelTet de rendre uniforme l'opinion des penseurs sur le sujet dont je vous parle, sans permettre que, donnant à la circulaire mentionnée des interprétations sinistres, on fasse des plans perfides, des intrigues, et qu'on altère les esprits tranquilles... Le suffrage de votre déparlement sera, comme je l'espère, la manifestation publique du désir de conserver et consolider sérieusement un gouvernement fort, civilisé, sévère et protecteur, qui achève d*étouffer tout principe révolutionnaire el rende un jour le Mexique grand et prospère. — Santiago Blanco. »

En dehors des qualités données par ce ministre au gouverment de Santa-Anna, Tbistoire semble témoigner que le dictateur était très sympathique à la majorité des Mexicains, mais que son administration n'a jamais été bien forte ni sévère, si ce n'est h l'égard de quelques hommes du parti contraire. En matière politique comme en matière administrative, les faits réprébensibles doivent être réprimés sans considération de personnes; en ayant deux poids et deux mesuies pour pesrr et mesurer h's faits selon la qualité du coupable^ on change uue que^lioa de principe eu uue ques-

PIGTA7UM4

tron de personne, ce qui m se feit pas sans Masser te jitôtiee

et la morale publique. Or, oa a vu par les lettres d'Uraga , par la conduite d'Arista et quelques pages historiques des . premières administrations dé Sania-Ânua, que les considérations de personnes passaient fréquemment pour lui avant les questions de principe, dans ses actes de clémence excessive oii de sévérité exagérée. Quoi qu'il eu soit, Tappel du l*"' décembre lui réussit très bleu et la presque uaaaimité des Votes se prononça pour la continuation de sa dictature^

Au commencement do 1855, l'insurrection d'Alvarez est secondée partout; au sud, au nord, au Michoacan, sur les li'ontières du Kio-Grande, « la poudre parle » de tous les côtés. On apprend qu'Alvarez reprend Toffensive avec le plan éTAyutla qui, pendant plus de sept ans, a désolé et couvert de sang toute la république. Quelques troupes du gouvernement, commandées par Tavera et Solis, sont mises en déroute par les prononcés Huerta»Puebla, Arias et d'autres* Haro y Tamariz , ancien ministre de Santa- Anna, après une multitude d'incidents , s'était prononcé contre le dictateur; il arrivait à Zitacuaro avec DegoUado, dans le courant de janvier, pour diriger, disait-on, la révolution du l^liciioacan. Santa-Anna se préparait lui-même k marcher contre les insurgés.

Le gouverneur de cette province, D. Manuel Norriega, écrivait le 5 mars 1855, de Morelia, au sujet de l'insurrection dans le Michoacan. — « J'ai appris aujourd'hui que les bandits travaillent activement et concentrent leurs forces pour attaquer cette place. Le bandit Pueblita se trouve à Tacambaro, à la tete d'une nombreuse bande. Pinzon est arrivé avec plus de cent hommes, vingt charges de fusils, parfaitement pourvu de parc et matériel de guerre ; il arme autant de rancheros qu'il peut et réunira une masse considérable. Zavala, à CuUzeo, augmente de la même ma nière ses satellites, et plusieurs autres chefs en font autant i de sorte qu'il ne leur 6era pas difficile de mettio

m HISTOIEB DU MRIIQUB.

en jeu toutes leurs infernales machinations. — Bf . Nor-

riega. »

Sur les frontières du Rio-Grande, les flibustiers américains, d*accord avec les contrebandiers mexicains, passaient le fleuve dans l'intention d'aller à Honterey et de favoriser

l'introduction des marchandises américaines au moyen de la révolution. Naturellement, les consuls et les riches négociants étrangers ou nationaux protégeaient, comme en 18ôl, plus ou moins secrètement, le mouvement révolutionnaire afin de s'enrichir. Le trésor mexicain se ruinait par cette mise constante de l'armée sur le pied de guerre; mais cette ruine était la fortune des capitalistes, aussi la secondaientils de tout leur pouvoir. Les lettres du général Gorona, gou-' . verneur de Vera-Gruz, et celles de Santiago Blanco, nous apprennent qu'à la Nouvelle-Orléans il se préparait publiquement une invasion du Mexique sur le Rio-Grande, par les flibustiers. Uraga se disposait à rentrer sur le sol de la patrie, mais comme chef de la révolution. On a déjà vu, par sa dernière lettre, qu'il cherchait à mettre de l'unité dans le mouvement insurrectionnel ; il désirait que le général Woll se plaçât h la tête des mécontents, mais ce général ne connaissait que l'honneur militaire et son devoir, il ne voulut pas se mêler de politique. Au mois d'avril, il reçut deux dépêches datées de Mexico , dans lesquelles on lit les phrases suivantes : — « D. José Lopcz Uraga vient d'être destitué de ses fonctions de ministre plénipotentiaire de la république à Berlin, pour s'être concerté avec les anarchistes à Teffet de révolutionner notre pays. En vue d'une conduite aussi cri- . minelle, S. A. S. a résolu que si ledit général se présente sur quelque point du département commandé par V. Exe, il soit immédiatement pris et fusillé, sans lui laisser d'autre temps que celui de recevoir les secours spirituels. — Santiago Blanco. )>

« J'ai appris que le séditieux Uraga nous avait écrit plusieurs lettres pour vous soustraire à l'obéissance du gouvernement. 5i ce déloyal sujet se présentait dans votre dépar*

DlGTATUftE.

tement, avec Tintention de se mettre h la tête des rebelles,

vous le prendriez et le feriez fusiller, scion la circulaire que le ministre de la guerre vous envoie par ce courrier. — A. L. de Santa-Anna ». —

Dans cette déplorable histoire de la république mexicaine, on ne voit que luttes fratricides, guerres civiles, fusillades, le patriotisme sacrifié aux intérêts privés, les haines de parti dominant tout, passant avant tout autre sentiment, des généraux qui se battent contre le gouvernement qu'ils ont édifié de leurs propres mains et des hommes trahissant le lendemain ceux qu'ils avaient élevés ou servis la veille. Santa- Anna vit ses illusions républicaines et constitutionnelles s'évanouir trop tard, pour remédier aux maux dont souffraient sa patrie et ses compatriotes, la situation financière du Mexique était trop compromise pour qu'il pût faire face aux événements amenés par l'ambitieuse oligarchie qui déchirait à son profit le pays depuis tant d'années. Énergique en présence de l'invasion étrangère, son énergie mol* lissait devant les faux amis, les nullités politiques, les administrateurs déshonnétes et cette masse de sangsues qui le flattaient pour s'enrichir h leur aise et sans contrôle; elle • devenait brutale envers les révolutionnaires qui voulaient sa déchéance. Santa-Anna ne sut jamais être sévère avec justice, clément avec à-propos et modéré quand il le fallait; toute son administration prouve qu'il agissait par boutade, que les circonstances et l'humeur du moment le dirigeaient davantage qu'un plan de conduite sagement tracé. 11 était, certainement, de tous les Mexicains, l'homme le plus capable de gouverner son pays, mais sa passion pour le jeu, pour l'argent, la galanterie et son caractère versatile ont paralysé ses facultés, découragé ses vrais amis et laissé le Mexique dans cette affreuse situation qui peut le conduire à devenir une simple province des États-Unis.

Au mois de mai 1855, Santa-Anna perd toute espérance d'arrêter le triomphe de la révolution, mais avant de laisser ses concitoyens continuer leurs désordres, accélérer la

HISTOIRB DU NSXIQUB.

chute de la république et couvrir le pays de lames et de sang, il veut tenter un dernier effort pour le pacifier. I! part pour le Micîioacan conire les rebelles; à son approche, les bandes insurgées se dispersent. Il apprend que Monterey est tombé au pouvoir des flibustiers, alors il écrit au général Woll les deux lettres suivantes qui sont deux pages d'histoire.

« Palzcuaro, 30 nnai 1855. — Mon cher ami. — Je viens de recevoir vos lettres, et c'est avec la plus grande indignation que j*ai appris la trahison de quelques pervers Mexicains qui, s'étant alliés aux flibustiers, ont envahi le territoire national et occupé la place de Monterey par capitulation. Ces scélérats aplanissent à rennemi étranger le chemin par lequel il fera bientôt la conquête de la république. Ils pleureront un jour avec des larmes de sang, d'avoir nourri cet esprit révolutionnaire qui les. aveugle et met leur patrie entre les mains de l'ambitieux Yankee qui depuis lon^;lemps mûrit le projet de se rendre maître de notre territoire. La malédiction de Dieu et des hommes tombera sur ces Mexicains bâtards qui livrent ainsi leur pays aux ennemis natu* rels de notre race.

« La conduite des généraux Cardena et Cruz est incompréhensible; le premier ayant remis aux flibustiers l'importante place de Monterey» et le second fuyant honteusement à la nouvelle dè la perte de cette ville. Les miJitaires de cette sorte sont la cause de la déconsidération de Tannée ; aussi le gouvernement a-t-il ordonné de les soumettre h un jugemenl sévère pour qu'il leur soit appliqué toute la rigueur de la loi.

« Je suis en route pour Mexico oh je vais disposer du

nécessaire pour réparer le mal et exterminer les flibustiers. Pour le moment, je vous ordonne, par la voie du ministère de la guerre, de commencer, si vous le croyez convenable, un mouvement avec toutes vos forces pour tomber rapidement sur Monterey et étoufiisr la révolution dans son berceau. Mais si vous ne jugiez par opportun d'aventurer ce coup, parce que les flibustiers sont très iortemeul installés.

blCTATUkfi.

vous concentrerez vos troupes à Matamores où vous attendrez les renforts que je vous enverrai par la voie de Vera- Gruz. J'ai fait préparer à cet effet dans ce port tous les navires de la marine nationale. Dans tous les cas» ne divisez pas vos forces et n*ayez aucun détachement isolé parce qu'il pourrait être facilement battu. Il vaut mieux attendre un peu pour porter un coup sûr aux rebelles que d'aventurer une action d*un résultat douteux.

« Par un courrier extraordinaire, j'envoie Tordre à Vera* Cruz d'embarquer, sur un vapeur de guerre, cinquante mille piastres pour les besoins de vos troupes; au mois de juin et à l'avenir il ne vous manquera rien sous ce rapport.

« On vous envoie^ par le ministère de la guerre, tous les pouvoirs nécessaires pour que vous puissiez agir civilement et militairement selon que vqus le jugerez opportun, vous considérant aussi autorisé que Tétait le général Vega; de sorte que dans tous vos actes publics vous dicterez les mesures oiOTensives ou défensives que vous inspireront votre conscience, votre expérience et votre honneur militaire, car vous avez toute ma confiance.

« Par le vapeur qui reviendra à Vera-Cruz, après vous avoir laissé les cinquante mille piastres, vous m'informerez de tout ce qui s'est fait jusqu'à ce moment.

« Portez-vous bien comme le désire votre très affectionné ami qui vous souhaite mille félicités. — A. L. de Santa- Anna. »

a Mexico, 7 juillet 1855. — Quoique vous ayez désapprouvé la retraite du détachement que vous aviez envoyé à Victoria, et la concentration des forces disséminées sur la

ligne du Rio Bravo, vous verrez avec quelle sagesse le gouvernement a rappelé ces troupes, lorsque vous saurez que les factieux unis aux flibustiers ont pris Tinitiative pour les battre en détail, pensant que les détachements resteraient où ils se trouvaient. Vous pouvez maintenant disposer de toutes vos forces pour porter un coup à cette masse d'hommes inexpérimentés qui voulaient vous attaquer. Vous

HISYOlfti M AttlQttfi

avez mè fofce daffisanie pour entreprendre une action décisive qui doit avoir infailliblement un résultat favorable. Ayez soin de vous l'assurer eu suivant les règles de Tart et ne vous en affranchissant jamais.

ce Une fois que les rel>elies seront mis en déroute, vous pourrez poursuivre les petites bandes ; mais en attendant il n'est d'aucune importance qu'ils errent de ci, de Ih... ni qu'ils inventent de fausses nouvelles pour faire croire aux populations qu'ils sont les maîtres. Tant que vous n*aurez pas frappé un coup décisif ne disséminez pas un seul soldat de vos tiles.

« J ai ordonné au général Guilian de menacer Monterey et, s'il le peut, de l'occuper. Ce général sera à Saltillo le 11 de ce mois avec une brigade d'environ mille hommes et une batterie, mais, après lui, en viendra une autre plus forte qui s'achève de s'organiser à San-Luis Potosi. L'abondance des pluies a retardé la réunion de ces troupes, elles seront pourtant bientôt à Saltillo, avec tout le nécessaire... Vous n'avez donc rien autre à faire que d'inquiéter l'ennemi, conservant vos troupes réunies en un seul corps, et de profiter de la première occasion favorable qui se présentera pour lui porter un coup siir, sans vous aventurer en rien.

« 11 n'y a rien de nouveau à l'intérieur de la république; les bandes du Michoacan et du Guerrero sont insignifiantes; des forces suffisantes les poursuivent avec succès* Les ennemis du repos public inventent mille absurdités pour tromper les imbéciles, mais comme cette tactique est déjà bien connue, persoune ne fait cas de ces supercheries. — A. L. de Sania-Anna. »

Les insurgés du Michoacan avaient à leur tête le colonel Gliilardi, Italien, ami de Garibaldi; il s'était distingué au siège de Rome et mit de l'ordre dans l'armée insurrectionnelle. Lors du voyage de Santa-Ânna au Michoacan, Ghilardi s*aperçut bientôt qu'il ne pouvait livrer avec succès aucune bataille rangée ; alors il se décida à faire la guerre des gueiiUas. Pendant ce voyage, .le président tiouva qu'au milieu

des marqu€3 de sympathie données à sa personne, perçait

un mécontentement universel contre son ministère. De Maravatio, il lui écrivit une lettre dans laquelle il lui disait franchement ce qu'il avait entendu de tous côtés. Les ministres, pour ia première fois» lui répondirent par une lettre presque insolente. — « Nous sommes, disaient-ils, les représentants du parti conservateur, et si vous nous renvoyez, l'appui de ce parti vous fera défaut. » — Comonfort vint du sud se joindre aux insurgés et fut nommé généralissime des forces révolutionnaires du Michoacan. Comonfort était du parti libéral modéré; ce parti se disposait ft traiter avec les démocrates purs, en vue d'éventualités prochaines, mais cette nomination le rendit plus circonspect, il cessa dès lors de tendre la main aux démocrates.

Le ii juin, Sania-Anna, espérant ramener au bien les révoltés qui ruinaient partout le pays par le pillage et des excès de tous les genres, leur accorda, le jour de sa fête, une amnistie pour éviter une elTusion de sang. Mais au Mexique, toutes les mesures de clémence passent pour des actes de faiblesse, et l'amnistie ne fit qu'augmenter le nombre des ennemis du gouvernement. Néanmoins, par un décret du 16 du même mois, il prohiba le trafic avec les villes insurgées ou qui avaient prêté main-forte à la révolution. La révolution était pourtant bien loin d'être étouffée, les correspondances et les journaux du mois de juillet ne contiennent que des récits de vols et d*emprunts forcés, exercés par Comonfort et tous les chefs qui secondaient le mouvement d'Àyutla d'Âivarez, sinon pour leur propre compte, au moins pour renverser Santa-Anna. Degollado, vers la fin de juin, sortit de Toluca et se dirigea vers la capitale, à la téte d'environ deux mille hommes. Rejoint par Tavera, il fut battu dans les environs de Tenayuca. Le clergé mexicain, menacé dans son influence par l'envoi d'un légat apostolique à Mexico chargé d'opérer une réforme sérieuse, favorisait en secret le mouvement révolutionnaire. Abandonné des consejy^teur^^ doat 1^ jpré^i^leQt ne pouvait ^npdérer les ambi-

PSTOIBE DU MBIiQUB.

tions privées, ni les haines de parti» délaissé du clergé qu*il

espérait réformer au moyen du nonce apostolique, haï des démocrates dont il entravait les convoitises, ne voulant point prolonger la guerre civile pour éviter Teffusion du sang mexicain, dégoûté du pouvoir qui ne lui donnait aucune consolation, Santa-Anna résolut de s'expatrier de nouveau et de retourner ii sa retraite de Turbaco.

Le 8 août, il publia un décret déposé sous pli cacheté au ministère de Tintérieur depuis le 16 mars 1854, par lequel, en vertu des facultés concédées par la nation, il nommait pour lui succéder un triumvirat composé du président du tribunal suprême, des généraux D. Mariano Salas et D. Martin Carrera, et, en leur lieu et place, en cas de mort, les généraux D. Romaio Diaz de la Vega et D. Ignacio Mora y Villamii. Le lendemain, il partit pour Vera-Gruz. Arrivé le 12 à Perote, il lança une proclamation pour motiver son départ. 11 la commence en disant qu'il était tranquille dans sa retraite, fuyant le pouvoir, dont l'expérience lui avait montre toute Tamertune, lorsqu'on est venu le supplier de le reprendre. « La nation, dit-il, au milieu de la faiblesse dont elle était victime par manque de finances, de crédit, de commerce, de puissance, de force et de prestige, prête à succomber sous ranarcUie ou l'annexion qui la menaçait, vint me chercher pour la sauver, m'appela, et je finis par me rendre à ses prières. » Il parle ensuite de la presque unanimité des voix qui ont approuvé tous ses actes et renouvelé ses pouvoirs, toutes les fois qu'il a fait appel k la nation pour lui demander son avis. « Ma permanence au pouvoir, ajoute-t-il, est le prétexte de Tinfàme rébellion qui désole le peuple, pille les citoyens, détruit les fortunes et lait pleuvoir sur ce pays infortuné des calamités sans nombre. Les vols, les viols, les assassinats se commettent par les bandits et les factieux qui envahissent les populations sans défense..., poussent le scandale, la honte et la perfidie jusqu'à s'associer non seulement aux flibustiers du nord, mais eucoi'c aux troupes des £iats*Uiiiâ (^ui passent la frou*

DICTATURE

tiëre, en disant qu'elles désertent, et sont conduites par des rebelles* d'indignes Mexicains qui leur apprennent le chemin par lequPel elles doivent envahir la patrie et assassiner avec

leurs ritles les soldats mexicains qui défendent la souveraineté et l'intégrité de leur territoire.

« Ce gouvernement, appelé cruel et sanguinaire par les incendiaires et les meurtriers» a fréquemment renouvelé ses amnisties et ses actes de bonté, de clémence et de générosité qui ont été considérés par plusieurs comme des actes de faiblesse, et par d'autres, de crainte et de lâcheté. Les rebelles, pour échapper au châtiment, en ont profité, et une fois libres, sont retournés sur le théâtre de leurs déprédations et de leurs crimes infimes, en disant qu*ils allaient combattre l'usurpation et la tyrannie, eux gui usurpaient la propriété d*autrui et tyrannisaient les populations. » Après s'être disculpé de cette double accusation avec l'énergique éloquence de l*homme indigné , il termine en déclarant qu'ayant reçu ses pouvoirs de la nation, il les lui rendait, en les déposant provisoirement entre les mains d'hommes honorables, jusqu'à ce qu'elle en disposât à son gré. Ayant lancé cette proclamation afin qu'elle fût imprimée avant son départ, il continua sa route et s*embarqua pour la Havane le 16 août 1855.

A peine Santa Anna eut-il quitté la capitale que la garnison se prououça en faveur du plan d'Ayutla; la municipalité de Mexico seconda le pronunciamiento, et le 13 août, elle nomma général en chef D. Romulo Diaz de la Vega qui reçut l'acte constitutif pour le gouvernement provisoire. Le général D. Martin Carrera fut ensuite nommé président intérimaire. Alvarez, ViJaurri, Comonfort, Haro y Tamariz refusèrent de reconnaître ce choix fait en dehors d'eux. Bientôt ils se réunirent dans un accord momentané, organisèrent une nouvelle assemblée qui se liuL à Cuernavaca et donna la présidence à Alvarez. C'était introniser l'anarchie dans ce qu'elle avait de plus odieux. On peut dire que Santa-Anna, eu partant, avait emporté le peu d'ordre qui régnait encore

HI8T01M m MEXIQUE.

au Mexique jusqu'à la fin de sa dernière administration. De(>uis l'élection d'Alvarez, les partis se disputent bien enoore le pouvoir» mais Us se divisent, et chaque division devient instrument d*u ne ambition privée; les hommes politiques et les généraux renouvellent les plus mauvais jours de la république et ne songent qu'à sclever eux-mêmes • pour s enrichir. La patrie est désormais oubliée plus que jamais; souvent elle ne sert même pas de masque pour cacher les intérêts personnels les plus égoïstes et les plus dénaturés.

Le général Santiago Vidaurri s'était prononcé le 1^' juillet contre le gouvernement ; il avait déclaré Santa-Anna et toutes les. personnes attachées au pouvoir central, traîtres à la patrie. Il s'intitula général en chef de Tarmée du nord, restaurateur de la liberté de la patrie, gouverneur et commandant général des Eiats libres et souverains de Nuevo Léon et de Cohahuila, etûuit par rester maitre de Monterey, les efforts de Santa*Anna pour l'en chasser ainsi que les flibustiers qu'il avait avec lui, n'ayant reçu qu*un commencement d'exécution. Vidaurri, pour se débarrasser des troupes régulières qui pouvaient l'expulser de Monterey, publia, le 21 août, un décret par lequel il déclarait dissoute l'armée régulière, ennemis de la patrie et traités comme tels, tous les officiers et soldats qui ne déposeraient pas immédiatement les armes entre les mains des autoriiés politiques des villes ou villages dans lesquels ils se trouvaient, a En attendant, disait-il, que le congrès juge les généraux et les officiers qui ont répandu le sang de leurs concitoyens... il n'y aura d'autre armée nationale que celle des forces prononcées au sud, au centre et au nord de la république. » Ce n'étaii ni logique, ni le moyen de moraliser l'armée que de lui faire un crime d*avoir obéi au gouvernement, et de la supprimer parce qu'elle avait combattu l'insurrection; mais ce n'est ni la logique, ni la morale qu'il faut chercher dans les révolutions mexicaines.

De S. Luis Potosi, M. Haro y Tamariz annonçait, le 45 août, à Vidaurri, le triomphe de la révolution. Sa lettre commence

ainsi : « Armée régénératrice. » Ce nom donné à Tarmée des insurgés semble une insulte au sens commun; mais dans un pays où les pisincipes ne sont rien^ les mots sont touU Ânastasio Parrodi publia pareillement son décret, en date

de S. Luis Potosi, 15 août, dans lequel il disait : « D. Antonio •Haro y Tamariz est proclamé et reconnu comme premier chef du mouvement politique régénérateur de la république.» Hais Vidaurri ne voulut pas reconnaître ce cbef et le lui déclara dans une lettre en date de Monterey, 21 août. Juan José de la Garza,qui avait fait le pronunciamiento de Victoria, se déclare également contre Tacte de S. Luis Potosi. Haro y Tamariz avait assez la confiance de ces deux person« nages, quoiqu'il eût été deux fois ministre de Sanla-Anna, mais il s'appuyait sur les généraux Parrodi, Guitian et même Woll, qui n'aimaient pas du tout les révolutionnaires; aussi Vidaurri, à Monterey et José de la Garza, à Tula, ne vou* lurent point encore se soumettre à qui que ce fût. Haro y Tamariz et Parrodi commandaient donc seulement l*État de S. Luis Potosi, et le général Woll attendait patiemment dans le Tamaulipas, sans se prononcer pour personne, qu'il y eût un gouvernement régulier à Mexico.

D. Juan Alvarez en prenant possession du pouvoir suprême, appela au ministère des affaires étrangères D. Helchior Ocampo qui céda bientôt sa place à D. Miguel Arriaga; D. Benito Juarez, ancien gouverneur de Oajaca, reçut le portefeuille de la justice ; D. Guillermo Prieto, celui des finances, et le général D. Ignacio Gomonfort celui de la guerre. Un des premiers actes de ce gouvernement fut de s'emparer de tous les biens de Santa-Anna et de les vendre sans tenir compte des droits des enfants de Tex- dictateur. Le 17 octobre 1855, le gouvernement lança une canvoeatoria pour une assemblée constituante qui devait se réunir le 14 février 1856, mais Alvarez, le roi des montagnes du Guerrero,. * n'était pas homme à supporter le fardeau de la vie civilisée, il lui fallait Tair, lespace et sa liberté sauvage; d*uu autre côté, sa naissance et son éducation grossière le rendaient

HlSTOl&E PU MEXIQUE.

un objet de moquerie même pour les enfants. Après un règne de vingt-quatre jours il abdiqua, emportant avec lui tout ce qu'il put, et retourna dans ses montagnes avec le diplôme

scellé du sceau national qui l'appelait le : « Président libéral du plus libéral des gouvernements. » Si le despotisme , ranarchie et Tintolérance politique sont du libéralisme, le Mexique est, en efTet, le plus libéral des pays connus.

Comonfort, auquel il remit le pouvoir suprême, eut peutêtre encore plus de ministres que ses prédécesseurs; sous son administration, le portefeuille des afl'aires étrangères fut successivement occupé par D. Luis de la Rosa, D. Juan A. Fuente, D. Ezequiel Montes et D. Sebastiano Lerdo de Tejada; celui de la justice, par D. Ezequiel Montes, D. José Maria Iglesias, D. Antonio Garcia et D. Maria Ruiz; celui de l'intérieur, par D. José Maria Lafragua, D. Ignacio de la Llave, D. Jésus Teran et D. Benito Juarez; celui des travaux publics, par D. Manuel Siliceo et D. Bernardo Flores; celui des finances, par D. Manuel Payno, D. Miguel Lerdo -de Tejada, D. Juan A. Fuente et D. José Maria Iglesias; celui de la guerre, par les généraux D. José Maria Yanez, D. Juan Soto et D. José Garcia Gondè.

Le général Comonfort, nommé président provisoire, sanctionna toutes les lois iniques et les décrets de réaction lancés par Alvarez. Les bons émis par la maison Lizardi furent déclarés de nulle valeur, et les dettes contractées par les principaux chefs de la révolution furent reconnues dettes de l'État. D. Benito Juarez fut élu président de la cour suprême de justice, charge qui lui donnait de droit le titre de viceprésident de la république. D'un esprit médiocre et d'un ca- . ractère incertain, Comonfort était bien au dessous des diflicultés de la situation. Sincèrement libéral, il décréta la liberté de semer, de récolter, de travailler et d'exporter le tabac ; il permit aux étrangers d'acquérir et de posséder des propriétés urbaines et rurales; il publia plusieurs lois utiles, créa des administrations et des établissements qui montraient un esprit assez pratique ; mais il n'eut pas le temps

DICTATURE. 189

de faire rien de sérieux pour le bien du pays. Les désordres qui ramenèrent au pouvoir prirent un grand développement, aussitôt après son installation. Des pronunciamientos éclatèrent dans fes États d*Oajaca, de Guanajuato et de Guada* lajara. Haro y Tamariz se rendit h Puebla et ne voulut point reconnaître Gomonfort. Le congrès constituant se réunit dans la capitale le 18 février 1856, sous la pression de ces événements de mauvais augure. Les radicaux firent préva- ' loir leurs idées nouvelles, et leur intolérance rendit la situalion plus difficile encore. Le congrès vota dans ces circonslances une nouvelle constitution basée sur les principes démocratiques purs. C'était une désorganisation complète du système gouvernemental qui ne pouvait manquer d'ajouter de nouveaux éléments de lutles aux anciens dont le nombre n'avait fait que cioître depuis 1824.

Du reste, ces constitutions rédigées h la hàLe avaient pour but uniquement de sanctionner la réaction et de rendre nuls les acfes publics du précédent gouvernement, en matière administrative. Les votes du congrès en matière constituante n'avaient donc qu'un caractère essenliellement provisoire, et pas un seul député ne s'imaginait travailler pour Tavenir. Aussi, depuis le président jusqu'au dernier employé des finances, tous ceux qui remplissaient une fonction quelconque se hâtaient-ils de tirer partir de la situation actuelle dans leurs intérêts purement individuels, sachant qu'ils ne jouiraient pas longtemps de leurs fonctions ou emplois. Néanmoins, la multiplicité de ces révolutions ne pouvait toujours amener au pouvoir des hommes nouveaux, la population mexicaine n'aurait pas suffi ii ces renouvellemcais continuels; puis, la politique étant le prétexte, mais non la cause de ces révolutions, il se forma le parti libéral modéré, qu'il ne faut pas confondre avec celui des conservateurs éclairés et progressistes, dont le général Almonte était une des plus illustres persoiinificalioiis.

Le parti libéral modéré, formé du détritus des autres partis, est une aggioméraiioa d'iiommes tarés, ayant servi tou&.

HISTOmiK PU MUIQUB

les gouvernements , possédant w suprême degré le culte de

régoïsme individuel ; c'est l'union des nullités orgueilleuses, de l'envie sournoise, de l'absence complète d'idées politiques, avec l'intrigue sourde, lente, mais sûre, les vues étroites et rapetissée». C'est un corps hybride qui se sert des deux partis, auxquels il emprunte la livrée, selon les circonstances, pour les renverser, se mettre à leur place ou vivre de leurs querelles. Son rôle est ostensiblement secondaire dans les déchirements de la patrie. Il ne se bat pas; il attend, è l'ombre, que la bataille soit terminée pour venir (H'endre sa parti la curée. Lorsque le nouvel arbre gouvernemental est planté, il s'y greffe, mais ne meurt pas avec lui; il est assez habile pour ne pas partager la mauvaise fortune de celui dont il a sucé la séve. Il rappelle la fable de l'huître et des plaideurs ; il mange Thuître, tandis que les plaideurs se disputent les écailles.

C'est, je crois, ce parti que Comonfort allait combattre dans les environs de Puebla, siège principal de ceux qui ne voulaient point se soumettre à son autorité. Il donna , sans succès, un assaut à la ville, et ne fut pas plus heureux à la bataille d'Ocotlan, malgré le secours que lui prêtèrent les conservateurs, comme le témoigne une lettre d'un colonel conservateur de mes amis, dans laquelle il dit : — « Nous mêlâmes nos forces à celles de Comonfort et de la démagogie, dans les champs d'Ocotlan, à la vue de Puebla; la destinée ne nous a pas été très favorable; c'est en vain que nous lullàmes avec désespoir, en vain nous vîmes nos amis et nos compagnons arroser la- terre de leur sang, le dieu des armées ne nous fut pas propice. » Mais de secrètes machinations firent plusen faveur deComonfort que ses armes impuissantes. La désertion se mit dans les rangs des insoumis, et plusieurs chefs importants vinrent se réunir aux troupes du président ; les autres, isolés par cette trahison, n'échappèrent à la mort que par la fuite. Dans les provinces de l'intérieur, la confusion était à son comble, et de tous côtés de nouveaux insurgée .tenaient l.a cî^i»4)aiiao et pre^sui^iii^al ippitoy^blemeut

blCTATlRE.

les populations. A peine rînsurrection disparaissaii-elle d'un points qu'elle se montrait plus menaçante sur un autre. Le général Orihuela souleva Puebla une seconde fois, mais il

fut pris, fusillé, et la ville se rendit.

En 1853, Santa-Aima avait rétabli l'ordre de laCompa<^nie de Jésus au Mexique; en 1856, Comonfort cassa ce décret. Il fil plus. Les troupes n'étant pas payées et les caisses du trésor étant vides, il songea à nationaliser les biens du clergé. Ce projet lui parut diflicile à réaliser, les tentatives précédentes ayant toujours amené la chute du gouvernement qui avait décrété cette mesure. Cependant le besoin d'argent le décida à publier, le 28 juin 1866, les lois dites de désamortissement. L*article S5 de cette loi dit : — « Dès à présent, aucune corporation civile et religieuse, quels que soient son caractère, son nom ou son but, n'aura de capacité légale pour acquérir ou administrer des biens immeubles, si ce n*est avec l'exception unique réservée par l'art. 8, au sujet des édifices immédiatement et directement destinés au culte et à l'instruction. » Une autre loi, sur le même sujet, fut décrétée le 30 juillet, et donne des détails qui manquaient à la première. L'article 11 est ainsi conçu : — « Dans les trois mois signalés par Tart. 11 de la loi du 35 juin 1886, pour la mise aux enchères, les communautés religieuses des deux sexes, les confréries et archiconfréries , les congrégations, hospices, communes, collèges et, en général, toutes les corporations et institutions civiles ou ecclésiastiques, pourront opérer la vente des propriétés non louées^ à la condition d'obtenir préalablement l'autorisation du gouvernement.

« Art. 12. Moyennantla renonciation des locataires à leur droit à l'adjudication, les corporations civiles ou ecclésiastiques pourront également faire des ventes conventionnel * les à toute autre personne, en obtenant pour chaque cas l'autorisation dont parle l'article antérieur. »

On le voit, la loi de désamortissement concédait au clergé, dans des cas très nombreux, un délai de trois mois pour vendre ses propriétés lui-même et à son profit. Le clergé

HISTOIRE DU MEXIQOfi.

protesta par tons les moyens contre ces décrets ; il dut pour^ tant se soumettre à la loi ; alors, par des fideicommis, il

racheta lui-même ses propriétés. De cette loi, comme de la conduite du clergé, il résulta des complications et un bouleversement social qui devinrent une catastrophe financière et sociale, en 1861, lorsque Juarez nationalisa tous ces biens. Gomonfort, sachant que le clei gd prétait au commerce, à rindustrie, des sommes plus ou moins importantes à un taux excessivement modéré, inférieur à celui des banquiers étrangers ou nationaux, ne voulait pas priver le pays des services rendus par les capitalistes ecclésiastiques ; mais il ne voulait pas qu'ils fussent propriétaires. La mise en vente de • leurs biens fut donc décrétée, et pour faciliter les transactions entre le vendeur et Tacheteur, la vente resta libre pendant les trois mois fixés parla loi, au terme desquels le gou* vemement intervenait pour faire vendre tout ce qui n^avait pas été vendu et prélevait un impôt général de 6 sur ces sortes de vente. Cet impôt était naturellement versé par Tacheteur dans les caisses dei^rÉtat, et donna au gouvernement plus de vingt millions de francs, pour les ventes efifectuées dans le seul district de Mexico.

Malgré Topposition du clergé, cette mesure n'aurait probablement amené que des troubles passagers, si. Juarez ne Tavait point changée en une mesure spoliatrice» ayant tout le caractère d'une persécution religieuse. Gomonfort, en laissant le clergé capitaliste, ne le dépouillait pas et ne privait pas le pays de capitaux utiles et fructueux; en interdisant la possession de propriétés urbaines ou rurales, il favorisait le morcellemeat de la propriété, et par conséquent il développait les revenus du fisc et les ressources de TËtat. En agissant de la sorte, il se montrait tout à la fois homme honnête et homme habile, car si le gouvernement ne peut, à moins d'arbitraire et d'injustice, déposséder un propriétaire quelconque pour cause d'utilité publique, sans le dédommager plus ou moins intégralement de sa (jjj^ossession, il ne doit pas permettre non plus, sanà être taxé de faiblesse ou

DICTATUBE. m

d'iacapQcité, que le bien public, c*est à dire TËtat, considéré comme mineur en jurisprudence, soit sacrifié à un ou plusieurs individus. Mais au Mexique, Tégoïsme individuel y règne trop souverainement à côté des passions mauvaises qui ne s*inclinent jamais l'intérêt commun.

Le lâ décembre 1856, à Toccasion de la fôte patronale du Mexique, des bandes de voleurs et d'assassins massacrèrent à San-Vicente et à Cuernavaca une multitude de riches Espagnols, pillèrent leurs haciendas, puis y mirent le feu. Le gouvernement de Gomonfort ne sut ai prévenir, ni empêcher, ni réparer ces scènes sanglantes de désordre. Le^ réclamations du ministre espagnol, demandant une réparation et la punition des coupables, turent méconnues. L'Espagne voulut imposer par les armes les réparations qu'elle ne pouvait obtenir parla voie diplomatique; mais» travaillée elle-même par les agitations continuelles des partis» elle dut remettre à plus tard Tintervention armée qu'elle projetait.

Pans la correspondance d^ Santa-Anna, je trouve une lettre datée de Carthagène, 10 octobre 1856, qui résume la situation du Mexique à la fin de cette année... « Les événements de notre infortunée patrie, dit-il, se mulliplieiit quotidiennement comme conséciuence naturelle du relâchement des ressorts sociaux. Là-bas, le vandalisme commande, et la canaille, débordée dans ses passions, ne peut faire autre chose que ce que lui sugi;èrent ses instincts de prendre et de détruire ce qu'il y a de plus sacré... Je ne pense pas que ces maux puissent durer longtemps selon les principes de la logique ; les hommes d'honneur, de patriotisme et de fortune doivent mettre enjeu toute leur influence pour extirper le mal du Mexique, sauver sa dignité outragée, et consolider sa nationalité qui ne pèse rien dans |a balance dus chenapans auxquels la patrie ne doit que des larmes et du sang. La civilisation et les bons seuliments exigent de suprêmes efforts, et j'ai la oonviction que les bons Mexicains sauront les faire pour ne pas imprimer sur son » — le Mexique —

m ttlSTOiUE DU AiEXlQU£.

« front le sceau de la hoate et de la bassesse. — A. L. de Santa-Anna. »

Le 10 janvier i8S7, il écrivait également de Garthagëne...

ce Uinforluilé Mexique continue d'élre le jouet des malfaiteurs qui dirigent ses desliaées ; le désordre croît de jour en jour, et Tanarchie qui en est sa conséquence conduira ce pays à la ruine et à la dégradation, si un effort suprême de la classe riche et réfléchie ne s'oppose pas au torrent de Timmoralité qui a débordé lù-bas. Mon cœur se déchire en pensant à ce cumul de malheurs qui pèsent sur ma patrie, et plus encore à cet égoîsme, à ce manque de patriotisme et de bonne foi de ces hommes desquels la nation devrait espérer sa tranquillité. »

« Elle est triste, en effet, dit-il dans une autre lettre datée de Turbaco, 10 mars, la situation du Mexique, victime de la démagogie la plus effrénée. Puebla a succombé après une lutte aussi longue que héroïque. Le général Orihuela qui la déleiidait a été fusillé par les bandits dePueblita... Le 10 du mois dernier, les brigades d'Echeagaray et de Rosas Landa se sont prononcées à Sau-Luis Potosi. Manuel Calvo est le chef de ce mouvement. Le général Blancarte vient de se prononcer à Tepic... De nombreux détachements de troupes parcourent le pays en propageant la réaction de tous les côtés, et le gouvernement moribond des démagogues succombera promptement. — A. L. de Santa-Anna. » —

La situation n'était point exagérée par Tex-dictateur. Le radicalisme triomphait complètement dans la rédaction de la nouvelle constitution qui n'était point encore proclamée, Tarmée du gouvernement se battait sans cesse contre les insurgés, dans différentes directions, et ne remportait pas toujours la victoire; le 9 avril, Tarcbevêque de Mexico fut emprisonné dans son palais, et les chanoines qui protestaient contre la vente des biens ecclésiastiques ou conspiraient contre le pouvoir furent incarcérés; des contributions sur le revenu furent imposées à tous les propriétaires ;

DICTATURB.

Gampêche et Colima se prononcèrent aussi contre le gou? vernement; un privilège onéreux fut concédé à la « Compagnie Louisianaise de Tehuantepee » pour Touverture d'un

chemin interocéanique à travers Tlsthme, Tuniversité de Mexico fut supprimée ; le ministère donna sa démission en masse ; D. Juan Alvarez s'empara de Cbilapa et le général Thomas Mejia, prononcé contre Ciomonfort» occupa Queretare; enfin, le décembre 1887, la nouvelle constitution fut promulguée et Comonfort déclaré président constitutionnel. A peine cette constitution voulut-elle fonctionner, qu'elle montra tous ses vices et mit à nu ses impossibilités d'application. Elle devint le signal de l'anarchie la plus universelle, et fut suspendue peu de temps après sa promulgation. Juarez, Tun de ses plus ardents promoteurs, voyait son œuvre mourir en naissant.

Le général OsoUo et le père Miraada préparèrent une nouvelle révolution. Comonfort comprît que le moment des demi-mesures était passé, mais manquant d'énergie, il laissa prendre l'initiative au général D. Félix Zuloaga, qui commandait la brigade de Tacubaya. Le 16 décembre 1857, Zuloaga publie un plan; à la tôte de ses troupes il occupe les principaux points de la capitale; des salves d'artillerie annoncent que la constitution de 1857 a cessé de régir la république; Comonfort est déclaré dictateur, Juarez est arrêté et mis provisoirement en prison. Une partie du Mexique se prononce pour le plan de Tacubaya, une autre partie se prononce en faveur de la constitution qui n'existe plus, les autres États restent indécis, ne sachant quel parti prendre. Un nouveau congrès devait se réunir dans les trois mois pour voter une nouvelle constitution, l'incroyable consommation qu'on en faisait, prouvait dans quelle médiocre estime on tenait ce code de l'ordre et de la régularité des pouvoirs.

Ce coup d'État avait été décidé par le ministre Payno qui Craignait les irrésolutions du pr^ident. Payno avait invité le général Suerta qui commandait k Morelia et le général

HlSTOmB iru MIIQUB.

Parrodi qui commandait à Guadalajara h seconder le mouvement ; mais ces généraux s'y refusèrent et dénoncèrent le projet du ministre qui fut obligé de précipiter les événements pouf ne pas être accusé de vouloir déchirer la constitution de 1857. La conversion de Comonfort au parti conservateur modéré paraissait trop douteuse pour que ce parti pût s'appuyer sur lui ; on voulut alors renverser le président, comme on avait renversé sa constitution. Le 10 janvier 1858, le général Parra, lieutenant de Zuloaga, se mit à la téte d'un |)ronunciamiento pour réformer l'acte du 16 décembre, décréta la déchéance de Comonfort et chargea le général Zuloaga de sauver la patrie. La garnison de la citadelle se rallia au mouvement; les généraux Osollo, Miramon, Gonde et autres le secondèrent. Mais Comonfort , auquel se rattacliaienl les dernières espérances du parti démocratique, avait conservé des partisans énergiques. Le combat s'engagea dans les rues ; la lutte entre les deux partis tut opiniâtre et sanglante. « Dans cette confusion, disaient les journaux de cette époque, le général Santa-Anna apparaît comme l'ancre de salut de la nation, dont la majorilc tourne les yeux vers lui ; cai\ malgré ses fautes, il est bien préférable à des hommes tels que Comonfort et Juarez, dont les noms, moins le talent, rappellent ceux de Robespierre et de Marat, et dont les actions ressèmblent assez à celles de ces messieurs en 93. » Il fut, en effet, appelé; mais Comonfort avait été chassé de la présidence le 21 janvier, et Santa-Ânua, en route pour le Mexique, s'arrêta à San -Thomas en apprenant qu'un gouvernement régulier était installé à Mexico. On voit comment Comonfort, nommé président substitut en 1855, et chassé de Mexico en 1858, avait reçu le fauteuil de la présidence par la constitution de 1857, comme le dit M. de Keratry dans son plaidoyer romantique publié par la Revue contemporaine. L'auteur ignorant l'histoire du Mexique, a pris la chute de Comonfort pour son avènement au pouvoir.

Une lettre du général Corona, ancien iiiiuistre de la guerre,

DICTATURE

donne sur cette révolution les détails suivants : « La brigade de Zuloaga, craignant que Ignacio Gomoufort ne se remît entre les mains des démocrates purs — puras ~ à cause des rumeurs par lesquelles on disait qu'il voulait déléguer la présidence de la république à Juarez, Zuloaga s'empara de la citadelle de San- Domingo et d'autres points importants de la capitale; il fut acclamé chef du mouvement et présent héritier de Gomonfort. Les conséquences Furent plusieurs combats dans cette même capitale, beaucoup de malheurs, pendant plusieurs jours, la nomination de Zuloaga à la présidence, faite par une partie des notables de la ville, et l'abandon du pouvoir par Gomonfort. Gelui-ci se trouve maintenant à Jalapa, attendant sa famille pour descendre à Vera-Cruz s'embarquer.

(c Le ministère de Zulonga se compose de la manière suivante : aux affaires étrangères, D. Luis Cuevas, plus tard il fut remplacé par D. Joaquin Gastillo y Lanzas; — à la justice, D. Manuel Larrainzar, il eut pour successeurs D. Hilario Elguero et le P. D. Francisco Xavier Miranda; — à l'intérieur, D. Hilario Eiguero, remplacé depuis par D. Juan Manuel Feniandez Jauregui; — aux travaux publics» D. Juan Hierro y Maldonado ; — aux finances, D. Juan Hierro y Maldonado, qui céda sa place k D. Manuel Perla ' y Cuevas, et D. Pedro Jorrin; -^ à la guerre, le général I). José de la Parra, puis D. José Maria Garcia. Le plan modifié de Tacubaya gouverne maintenant k Mexico et sur plusieurs points du Mexique. Le premier plan de Tacubaya est adopté h Tampico, au Sinaloa, à Durango, à Tabaseo et dans quelques localités de S. Luis Potosi. Oajaoa — Tampico, voulait-il dire, sans doute, — tient pour Moreno qui l'occupe à main armée, ignorant soue quel drapeau il se rangera définitivement. Guanajoato, Jalisco, Vera-Cniz, reconnaissent la constituiion de 1857, et Juarez pour présideiu qui, se trouvant h Vera-Cruz, a pareillement nommé son ministère, et, pour compléter la confu- '

sioui La Llave veut se mettre à Zamora, en dehors de toute

HISTOIRE DU MmQUB.

obéissance, tandis qu'Iglesias et d'autres personnes veulent profiter de ce désordre pour faire un mouvement en faveur de Robles.

<c Par cet exposé, vous reconnaîtrez rétat d'anarcbie absolue dans laquelle se rencontre notre malheureuse patrie

où régnent tous les élans et les aspirations des partis. Dans la capitale, la combinaison actuelle est tout à la fois conservatrice et modérée. Parmi les décrets importants du nouveau pouvoir, figure celui de Ja restitution des biens du clergé et des droits ecclésiastiques et militaires. Il paraît que le triomphe de la réaction et ses premières dispositions ont été reçues à Mexico avec une joie proportionnée au profond dégoût avec lequel on souffrait le désordre, les scandahes et Tarbitraire sans mesure des soi-disant libéraux. — Ant. Clo« rona. »

Ce tableau peint fidèlement la situation. Juarez s'était évadé; retiré d'abord àQueretaro, il déclara qu'il ne s'associerait jamais à ceux qui avaient répudié la constitution de 18S7,* il demeura quelque temps à Guanajuato, puis à Guadalajara où il fut incarcéré de nouveau avec le ministère qu'il s'était formé h Queretaro. Rendu à la liberté par Carlos Landa, il se mit en route pour Colima, et termina le 24 mai ses pérégrinations, auxquelles il paraissait destiné, en débarquant à Vera-Gruz pour y fonder un gouvernement qui s'intitula constitutionaliste. Juarez agissait de la sorte en prolongeant, de sa propre volonté, son ancien litre de viceprésident. Parrodi, Doblado et Vidaurri, maîtres deGuadalajara, Guanajuato et Monterey, ne se prononçaient pour personne. Cette conduite ne parut pas légale au corps diplomatique qui reconnut la légitimité du gouvernement de Zuloaga, même les États-Unis envoyèrent un représentant à Mexico auprès du nouyeau président.

Juarez débuta par imposer un emprunt forcé de trois millions sept cent mille francs, aux Étals qui reconnaissaient "encore In constitution de 1857. Zuloaga comprit qu'il devait briser au plus tôt le gouvernement nominal de Juarez et les

DIGTÀTUBE,

généraux alliés contre lui, afin de faire cesser une situation insoutenable. Il reconstitua donc Karmée et la porta en quelques jours au chiffre de quinze mille hommes. Parmi les chefs de cette armée, le plus populaire et le plus habile était le jeune général Miramon, soldat actif, entreprenant, infatigable, qui avait su inspirer une confiance sans bornes aux troupes qu*il commandait. Il fut chargé, avec le général OsoUo, d'opérer dans le nord contre les généraux Parrodi et Doblado, tandis que le général Echeagaray prendrait une autre direciion et que Villareal marcherait contre Alvarez, également en hostilités ouvertes avec le successeur de Comonfort. La lutte allait être vive etsanglante; elle allait prendre ce caractère barbare qu'elle avait eu pendant les guerres de rindépendance et qui devait se continuer jusqu'en 1867.

Une lettre d'un de mes amis, datée du 18 avril 1857, donne sur les événements de cette époque des détails que je dois reproduire. — « On vient de découvrir deux conspirations de Vidaurri : Tune & S. Luis Potosi, et Fautre k Guadalajara. Tous ceux qu'on a pris ont été fusillés. Le 22 mars, le vaillant général Manero a été fait prisonnier et fusillé avec tous ses officiers. Attaqué à Zacatecas par le bandit Zuazua, trois mille hommes et douze pièces d'artillerie, il s*est battu avec ses huit cents hommes pendant trente-huit heures, sans s'arrêter une minute. Sa dernière cartouche étant brûlée, il se jeta à la baïonnette sur les bandits, en fit un carnage épouvantable, perdit trois cents hommes et fut fait prisonnier avec ce qui lui restait. Il a été fusillé le 30. Parmi ses officiers supérieurs restés avec lui se trouvaient Carlos Landa que vous avez connu à Matamores et qui se prononça à Guadalajara ; ayant pris Juarez et tout son cabinet, il leur sauva la vie, ne voulant pas qu'on les fusillât. Cet acte de généro-> sité et ses blessures n*ont pas trouvé grâce devant ses bourreaux. y>

Ce Zuazua s'empara de S. Luis Potosi le 30 juin. Il fit massacrer quatre cents défenseurs de cette ville, fusiller vingtsept personnes notables» mettre en chapelle deux cents

HISTQIBB M MEXIQUE.

autres pour être passées par les armes, et assassiner à domicile beaucoup d'Espagnols. Les négociants de Zacalecas oiTrireal cent mille francs à Zuazua pour sauver la vie de Manero; mais Vidaurri, chef de rinsurrection dans cette partie du Mexique, en exigeait cinq cent ttiillé et la remise de S. Luis PuLosi qui if était pas encore au pouvoir de son lieulenaiil. Après le sac de S. Luis Potosi, Vidaurri marcha sur Mexico ; alors Zuloaga remit temporairement le pouvoir à un triumvirat composé des évéqués Madrid» Munjia et du P. Miranda pour ne placer à la tête des troupes de Miramon gui se retirait sur Lugos.

Dans une autre lettre datée du mois de juillet, je retrouve • des détails lûstoriques trop importants pour être passés sous silence. — « Le président Zuloaga» me dit-on» est daiîâ une mauvaise situation; le général Santa*Anna est son eaucliemar. Peu de réactionnaires ont été employés par lui ; ils ne veulent pas Têtre... Une dépêche télégraphique nous apprend que Parrodi a esquivé le combat attendu hier» en quittant brusquement Gelaya. Osollo a occupé cette place à une heure de l'après-midi et poursuit activement Parrodi . Les brigades de Casanova et de Mejia le suivent de très près. Je crains que ce ne soit un stratagème de Parrodi pour disperser nos troupes et les 1)attre en détail.

« Le général Zuloaga continue à nous décourager et nous

attendons avec impatience le retour de Santa -Anna

L'évêque Munjia travaille activement contre Santa-Anna; il a eu plusieurs conférences avec les libéraux; si on lui donne des garanties» il se jettera dans leurs bras. Vous nignorez pas que notre clergé est très égoïste. Osollo vient de battre îi Salamauca Parrodi et Doblado qui se dirigent vers Guadala j ara. »

Le clergé mexicain apprit bientôt à ses dépens que le prêtre qui sacrifie le bien public à ses intérêts pécuniaires est puni de Dieu par son côté sensible ; mais les leçons qu*il

reçut sous Comonfort et sous Juarcz ne le corrigèrent pas. iSi Zuloagu avait aussi peur de Sauta-Âuna» c'cbt que 1 ou fai-

DlCTAlUftB.

sait de très gi'ands efforts pour décider Tex-dictateur à revenir au Mexique. Une lettre du 6 mars 1858 nous apprend même quMI quitta Garthâgëne : — « Pour céder aux instances

de mes amis, dit-il dans cette lettre, qui me prient de me rapprocher de la république, je prendrai ce même paquebot pour aller à Saint-Thomas* » — Un nouveau projet, plus encore que le respect pour le gouvernement régulier installé à Mexico, décida Santa-Anna à différer son retour au Mexique. Les Mexicains conservateurs, exilés à la Havane ou de passage dans cette ville et quelques riches Espagnols résolurent d'envoyer dans le Yucatan deux mille hommes, recrutés ' dans rsie, équipés, expédiés aux frais des conservateurs espagnols ou mexicains résidant b la Havane et ailleurs. Celte expédition de volontaires, organisée par souscription • à rinstar de celles qui s'organisaient si fréquemra'ent aux États-Unis, devait naturellement combattre sous le drapeau mexicain. Dans une lettre secrète, datée de Saint-Thomas 30 juin Î888, Tex-dictateur dit à ce sujet :

ce La république, comme nous le voyons tous, combat inutilement pour étouffer l'anarchie qui la dévore et rétablir . l'ordre et la paix, parce que depuis tant de temps de cruels sacrifices, ses ressources sont anéanties. A cause des circonstances, je crois que nous ne devons pas rejeter les éléments étrangers qui nous sont offerts, et sans lesquels il est impossible de conquérir de tels biens. J*ai accueilli avec enthousiasme le projet de ce secours pour ma pauvre patrie, et je crois que nous ne devons pas perdre un instant pour l'exécuter, le moment était très opportun. Les partis, fatigués, abattus après une lutte de trois ans, effrayés par le sombre spectacle de nouvelles guerres encore plus sanglantes et plus terribles, dont la ûn ne saurait être prévue, s'accrocheront avec plaisir à n'importe quelle planche de salut qu'ils* trouveront, à n'importe quel secours qui leur présentera l'espérance d être délivrés du naufrage qui menace non seulement leur vie et leur propriété, mais encore leur existence politique, la patrie et leurs fils.

« Je suis certain que le cri de rédemption poussé dans la république par des individus qui ne partagent pas les ambitions et les rivalités engendrées dans son sein, étrangers aux haines, aux vengeances des partis qui se combattent avec un barbare acharnement, sera répété avec enthousiasme dans tous les coins; les files des loyaux défenseurs de sa cause, augmentées de tous les bons Mexicains, et jusqu'aux timides, aux irrésolus qui n'osent lever le front, le répéteront partout. L'exemple de ceux qui vont exposer leur vie sans autre objet que la paix d'un peuple qui se trouve incapable de la conquérir lui-même, sera sulïisant pour ranimer ramourdela palriequi paraît éteint. — A.L.de Santa- Anna.»

Cette lettre qui semble écrite trois ans plus tard, en vue de rintervention française, indique que les volontaires seraient espagnols, Santa-Anna détestant trop les Américains • pour les encourager à intervenir de nouveau au Mexique. J'aurais été tenté de croire que ce projet d'intervention se reliait au plan de 1853, combiné avec l'Espagne pour rétablir la monarchie au Mexique, mais il n*en est rien. Le gouvernement espagnol n'intervenait en aucune façon dans ce projet dont l'initiative et l'exécution se devaient uniquement à de riches particuliers du Mexique et de Hle de Cuba. Santa-Anna voulait confier au général WoU Torganisation, rinstruction, l'équipement et la descente au Mexique de ce corps de deux mille hommes. Dans une lettre datée du 15 juillet, il lui expose ses vues pour empêcher que la situation actuelle de sa patrie ne la fasse « devenir la proie de rodieux Yankee »; il lui annonce de nombreuses adhésions mexicaines aru projet dont il est ici question, et nomme particulièrement monseigneur Labastida. Le 29 juillet il lui écrivait de nouveau : c< la garantie de monseigneur Labastida sera suffisante pour les maisons qui prêtent de l'argent. » Ce projet n*eut pas de suite, parce qu'on voulait qu'en téte de la liste de souscription Santa-Anna mît son nom pour cinq cent mille francs ; il refusa, disant que ses propriétés ayant été saisies au Mexique, il lui était impossible de don-'

DlGTATt)RB

ner unô somme aussi élevée. Était-ce vrai? était-ce par avarice qu'il ne voulait pas souscrire? je u'eii sais rien.

Au Mexique, ou se rappelle que Vidaurri, en apprenant le sac de S. Luis Potosi, se dirigea de Monterey sur Mexico; arrivé à S. Luis Potosi, il s'y reposa quelques jours. Je trouve des détails sur son armée dans une lettre datée du 12 septembre, écrite par un colonel mexicain... « D'un moment à Tautre, dit-il, le général Miramoii va se rencontrer avec Vidaurri, descendu en personne à S. Luis Potosi : ses forces se composent de cinq mille hommes et de trente-trois pièces de canon ; celles de Miramon s*élèvent à six mille hommes et quarante-trois pièces de canon. Depuis la bataille de Santa- Anita, livrée le 12 juillet, nous n'avons pu nous battre avec Nunez, Bianco ou Degoliado qui se sauvent toujours. Le général Casanova a été battu par les troupes insurgées à la bataille de Cuevitas... Au second siège de Guadalajara, les libéraux s'emparèrent définitivement de la ville, fusillèreal le général fiiancarte et tous les oûiciers supérieurs. »

Un mois après, les troupes du gouvernement triomphaient

à peu près sur toute la ligne, comme nous rapprend une lettre de Santa-Auna, datée de Saint-Thomas, 17 octobre 1 858. tt J'ai éprouvé» dit-il» une grande satisiaction en apprenant que Miramon a mis en déroute Vidaurri ; je pressentais ce triomphe et me réjouissais d'avance des heureux résultats de cette journée. La face de la république a changé complètement malgré Téchec soufl'ert par Casanova, sans doute par quelque mouvement imprudent. Mais j'espère que Blancarle remédiera à ce mal» et que le général Miramon ira à son secours. )»

L'exécution de Blancarte n'empêcha pas les généraux Miramon, Woll et Mejia de battre les troupes insurgées dans presque toutes les grandes rencontres. Mejia avait détait dans les montagnes de Santa-Rosa Tarmée d'Ârteaga. Le colonel Cobos avait battu, à Maravatio, Puebîita, Lamberg et Iturbide. À. Silao, Doblado vaincu par Miramon» déposa les

304 niSTÛIftË DU MEXIQUE.

armes à la suite d'une convention, et ses troupes passèrent dans les rangs de celles du gouverneiQent. Guanajuato et le Yucatan se prononcèrent pour Zuloaga; la brigade du général Negrete se prononça clans le même sens. Marquez s'empara de Zacatecas. Le 14 décembre, Miramon battit de nou- . veau Degoilado et replaça Guadalajara sous l'autorité du gouvernement.

Les Américains, désireux d'exploiter h leur profit la pénurie du trésor mexicain, firent au président Zuloaga, par riatermédiaire de M. Forsyth, des propositions sous l'apparence généreuse desquelles se eaciiait mal l'intérêt particulier qui les déterminait. M. Forsyth proposa au gouvernement de Mexico des avances en numéraire; il demandait en retour que l'on consentît h céder aux États-Unis, sous la forme illusoire d'une rectification de frontière, une partie des territoires du nord; enfin, il réclamait pour la compagnie concessionnaire de Tehuantepec, des privilèges nouveaux. Le cabinet de Mexico répondit par un relus. M. Forsyth ne dissimula pas son mécontentement, et la prétendue générosité des Américains se dissipa comme la fumée. Le gouvernement de Washington i^*ayant pas réussi à dém^m• brerde nouveau le Mexique, comme il Tavait fait sous les gouvernements libéraux, pensa qu'il serait plus heureux avec Juarez; mais pour traiter avec Juarez, il fallait reconnaître ses prétentions, ses droits à la présidence ; ce n'étjait pas possible pour le moment, puisque les États-Unis avaient au contraire reconnu la légitimité de l'élection de Zuloaga, il fallait donc aliendre la chute du président pour reconnaître Juarez et traiter avec lui. Ou attendit.

Zuloaga, pour avoir de l'argent, eut recours aux moyens ordinaires et décréta un emprunt forcé qui frappa les étrangers aussi bien que les nationaux. Les ministres des puissances étrangères se plaignirent amèrement , comme ils se plaignaient toutes les fois que le gouvernement mexicain appliquait la loi commune à leurs natipnaus:; mais leurs réclamation^ allèrent grossir le faisceau des anciens griefs

bictAtiJitË.

méconnus, sinon oubliés. L'Espagne était, de toutes les puissances européeaaes, celle qui avait les plus grands motifs de mécontentement , soit à cause de la suspension du paiement des intérêts des crédits espagnols, soit à cause des massacres de San Vicente et de Cueraavaca. Mais les conditions dans lesquelles se trouvait le gouvernement espagnol lui-même ne lui permettaient pas de ^donner à ses réclamations toute l'efficacité qu'exigeaient les préjudices causés aux .sujets espagnols résidant au Mexique et les insultes faites au drapeau de Castille. O'Donnell savait qu'une expédition contre le Mexique pouvait lui donner la popularité nécessaire à la consolidation du cabinet dont il était président. Le général Prim s'éleva beaucoup au sénat contre Tintervention au Mexique; il fit mieux : il tâcha de justifier les Mexicains.

a Je déduis de tout cela, dit-il à la tribune, que la nation mexicaine a été et est encore dans son droit en ne payant pas... J'ai démontré encore que la nation mexicaine ne peut être responsable des crimes commis par une horde de bandits, et que la justice a donné satisfaction à TEspagne en condamnant huit des assassins qui ont pu être pris jusqu'ici. » Je serais très tenté d'être de l'avis du général Prim dans ce qui concernait la dette espagnole, car. M. Guttierrez de £strada avait, lors de la publication de la loi sur les étrangers, donné des détails les moins édiûants sur les transactions linaacières des étrangers avec la république mexicaine.

Les gouvernements européens avaient tort de se rendre solidaires de la conduite de leurs nationaux dans ces circonstances. En effet, ces sortes de transactions étaient tellement aléatoires que les capitalistes prêtaient toujours leur argent à courte échéance et à 100 pour 100 de bénéfices environ» de manière à couvrir de suite le premier capital prêté » par des combinaisons de douanes, de change, etc., et à n'exposer le capital des autres échéances que sous des conditions onéreuses pour le Mexique et très avantageuses pour le contractant. £n donnant au Mexique la responsabilité des gouver-

ttlSTOIRB BU HXIQtiË.

nements civilisés , FEorope , pour être impartiale et juste,

n'aurait dù reconnaître que les transactioiis financières lionnêtemeut contractées, au moins dans les conditions ordinaires des emprunts européens. Du moment où les capitalistes se conduisaient au Mexiqué comme dans une maison de jeu , TEurope devait laisser le Mexique et les capitalistes européens s'arranger comme ils renlendaient en matières financières, et ne jamais intervenir entre la banque et le Joueur. £n ce qui concerne l'assassinat des sujets européens, la question parait plus facile à résoudre. Du moment où une puissance, civilisée ou non , accepte le concours des étrangers pour le développement de son industrie, de son commerce et de son bien-être, elle leur doit la sécurité de la vie. Cet axiome est tellement passé dans le code du droit des gens, que nous voyons aujourd'hui l'Angleterre , toojoura si peu disposée à verser son sang, à dépenser son argent dans les expéditions lointaines ou proches, aller en Abyssinie et dépenser un demi-milliard pour l'aire recouvrer la liberté à trois ou quatre de ses nationaux.

Le cabinet espagnol était donc dans son droit en désirant appuyer par la force armée ses réclamations contre le Mexique; ce désir était parfaitement patriotique, national et conforme au droit des gens; il n'envoya pourtant que quelques petits navires à Tampico i et voici pourquoi. Le gouvernement de Zuioaga avait autorisé le général Almonte, alors ministre plénipotentiaire du Mexique h Londres, à terminer, par la voie diplomatique , le différend entre l'Espagne et le Mexique, promettant de poursuivre activement et de punir selon toute la rigueur des lois les assassins des sujets espagnols. Par le discours du général Prim , on a vu que cette promesse fut religieusement exécutée par Zuioaga. Le gouvernement espagnol, ne tenant aucun compte de la situation politique exceptionnelle du Mexique, voulait obtenir des avantages particuliers des conservateurs qui régnaient à Mexico. Son ministre à Londres, M. Gansales Bravo, reçut 1 ordre de ne pa6 accepter la mééiatiûn de l'Angleterre et de

nCTATCBB.

la Fraaoe dans le difl^rend hispano-mexicain ; il accèpta

pourtant ensuite \euv interposition de bons oUices.

Enfin, M. Mon vint à Paris, en qualité d'ambassadeur de l'Ëspâgne; lors de sa première entrevue avec notre ministre des affaires étrangères, M. Walewski voulût tenter une nouvelle médiation, pour terminer le différend en question ; M. Mon refusa. Cette affaire resta donc en suspens jusqu'à ce que M. Almonte reçût Tordre de traiter directement avec le ministre espagnol. Peu de temps après eut lieu» entre ces deux personnages, le traité appelé : — Hon-Almonte. Dans ce traité, les difficultés furent abordées et plus ou moins résolues. Aussitôt après la signature du traité Mon-Almonte, les relations diplomatiques directes entre r£spagne et le Mexique furent reprises; le ministre d*Ëtat espagnol adressa plusieurs dépêches à H. Mon, pour lui parler <c de la convenance qu*il y aurait à ce que les gouvernements de France et de l'Angleterre s'unissent à celui d'Espagne pour intervenir au Mexique par les voies paciliques. » En faisant allusion à ces dépêches, M. Mon disait aux Gortès, dans ia séance du 7 janvier 1863 : — « Je partageais le désir de Sa Seigneurie, afin de mettre un terme à cette guerre dévastatrice, fratricide et indigne de la civilisation; mais la France et l'Angleterre se . renfermaient dans leur refus, et l'Angleterre dit seulement qu'elle contribuerait à la pacification , à la condition qu'on imposerait la liberté des cultes au Mexique. » On le voit, l'idée de rintervention anglaise, espagnole et française est née à xMadrid, à la ân de Tannée 1858.

Vers cette époque, le générai Ëcheagaray se prononça contre le gouvernement à Ayutia et se fit partisan de Juarez. L'insuffisance du président Zuloa^^a, en matière administrative, était telle qu'il aurait été renversé de la présidence depuis longtemps, s'il n'avait eu pour lui des généraux aussi habiles que ceux qui se battaient pour le maintien de son pouvoir. Néanmoins, comme ces généraux étaient loin de la capitale, ceux qui se trouvaient à Mexico se réunirent le 23 décembre au couvent de San-Agustia — le général

D. Mannel Robles se trouvait k leur tête ; ils se prononcèrent dans le sens du plan du général Echeagaray, moins Juarez pour président, et D. Manuel Robles fut chargé du gouvernement en attendant rinstallation d'une assemblée pour nommer le. président intérimaire. Juarez, qui rêvait pour lui le pouvoir absolu, ne voulut pas se ranger parmi les chefs conservateurs qui renversaient Zuloaga. Ne valait-il pas mieux en elTet, pour le succès de ses desseins, profiter de la désunion du parti conservateur, que de jouer un rôle secondaire avec lui? Zuloaga descendit donc du fauteuil de la présidence à la fin de l'année 4888, sans effusion de sang, par la seule volonté de quelques-uns de ses généraux.

Aussitôt que le général Miramon eut connaissance du pronunciamiento qui destituait Zuloaga, il adressa une énergique protestation au pays, déclarant qu*il refusait d*adhérer à ce mouvement, et se mit en route pour Mexico. Dès les premiers jours de janvier 1859, rassemblée des représentants des départements se réunit dans la capitale et proclama président provisoire de la république le général D. Miguel Miramon. En son absence, le général Robles continua l'exercice de ses fonctions pour conserver Tordre .et veiller aux nécessités de la campagne contre les démocrates insurgés. Miramon fut, en outre, reconnu par les généraux et chefs de la garnison de Mexico, générai en chef de l'armée mexicaine. Arrivé à Ghapultepec, Miramon conféra au général D. Mariano Salas les pouvoirs dont était investi le général Robles, publia un décret qui rétablissait le plan réformé de Tacubaya, dans toute sa vigueur, et Zuloaga remonta naturellement sur le fauteuil de la présidence ; Miramon se contenta du titre de général en chef de l'armée. Cette conduite loyale et désintéressée doubla sa popularité; il était déjà l'idole de son parti et de l'armée ; il devait bientôt en être le chef politique. Le 24 janvier 1859, le général Zuloaga fut solennellement réinstallé dans ses fonctions présidentielles ; mais écrasé par les difficultés de lu Situation, il ngmma une ^em^ine après Miramon prési-

MCTATUBE.

dent substitut. Celui-ci accepta et prit officiellement possession de la présidence.

Les lettres de Santa-Anna du mois de janvier traitent plus particulièrement des événements déjà racontés; mais ses appréciations méritent d*étre connues... « Mon cœur, écrivait-il le 1'' janvier, de Saint-Thomas, a été meurtri par la douleur, en apprenant les excès horribles de Tinfâme démagogie à Guadalajara et la mort de mon cher Blancarte. Il me semble que Dieu a abandonné notre infortunée patrie à son misérable sort. Le monde est scandalisé de tant d'excès; quelle honte! Voilà le fruit des doctrines qu'avec tant de soin Ton a inculquées aux masses, et que j'ai voulu interdire autant que possible; c'est à cela que je me suis appliqué pendant ma dernière administration.

« Je ne crois pas aux expéditions de l'Espagne, mais ce qui me paraît certain c*est Toceupation du Ghihuahua et de la Sonora par les Yankees. Dans son message, Buchanan demande au congrès la permission d'envahir avec ses flibustiers le territoire mexicain et la concession ne lui sera pas refusée, parce que tous sont des voleurs de la même farine. Comment le Mexique, sans ami, pourra-t-il éviter un pareil malheur au milieu d'une anarchie aussi horrible? Je le répète, le cœur se comprime en considérant les infortunes de la patrie et tant de souffrances et de misères. — A. L. de Santa-Anna. »

« Je vois, écrivait-il quinze jours plus tard, les affaires du Mexique un peu plus favorablement sous la présidence provisoire de Miramon; sans* doute, le pays reste encore dans un état très alarmant, à cause de la quantité d'aspirants au pouvoir de la patrie presque moribonde, et ceci peut amener le triomphe des démagogues qui occupent la plus grande partie du territoire... »

« Les affaires de notre patrie se compliquent de plus en plus, ajoutait-il le 31 janvier. Cette tourbe d'ambitieux qui sont descendus dans l'arène abrégeront ses funérailles. Au- Qun de ces misérables n'offre la moindre garantie de faire

HISTOffiK De MKilQUE.

quelque chose d*utile... La main de la Providence peut seule remédier à uae situatioa aussi désespérée. — Â. L. de Saata- Annâ. »

Ne voulant pas aller au Mexique ajouter un élément de

plus au désordre qui régnait dans ce pays, il écrivit le 15 février au général Woli qui se trouvait alors h la Havane... « Je crois très important que vous vous embarquiez par le prochain paquebot, afin de vous joindre aux forces assiégeantes de Vera-Gruz, sous les ordres de Hiramon ; il vous sera facile de débarquer à Sacrificios, pouvant vous transborder ensuite sur l'un des navires de guerre arrivés près de l'île. — A. L. de Santa-Anna. »

Ce n'était point aussi facile, mais un homme comme le général WoU valait à lui seul une armée; ce général avait la conscience de sa propre valeur; il connaissait le besoin qu'éprouvait le Mexique d'un chef expérimenté, loyal, sur lequel on pût compter ; il ne voulut pas priver sa patrie adoptive des services immenses qu'il pouvait lui rendre. Il partit et réussit, après bien des dangers évités, à rejoindre les forces du gouvernement qui assiégeaient Vera-Cruz. La correspondance de Santa-Anna nous apprend que les services du général Woil furent immédiatement acceptés.

« Je suis trèS'-heureux, lui écrivait-il le 24 mai, d'apprendre que le gouvernement de Miramon vous a rendu votre emploi de général de division et vous a nommé général en chef de la divison d'opération à l'intérieur^. J'en suis doublement heureux, parce que votre épée sera une charge bien lourde pour la canaille... elle coupera sans doute la Icte de ce vandale Vidaurri !» — Et le 7 juin, il lui donnait le conseil suivant... « Pour aucun motif n'abandonnez comme base d'opération S« Luis Potosi, pour aller vous interner à Honterey... Mieux vaut de la lenteur dans les opérations que de les aventurer. Il est difficile de réparer des revers chez nous, d'après les dispositions du pays. »

Dans les lettres que je viens de citer de l'ex-dictateur, il est fait plusieurs allusions qui doivent être expliquées.

3tl

Maisauparavant, je dois direqueMiramon, peu de jours après soQ installation comme président provisoire ou substitut, était allé faire le siège de Vera-Cruz, laissant pour ministre à Mexieo, aux allaites étrangères, D. Manuel Bonilla ; à la ' justice, D. Isidro Dlaz; à Tintérieur, D. Teofilo Marin; aux travaux publics, D. Octaviano Munoz; aux riiiances, D. Gabriel Sagaseta; et h la guerre, le général D. Severo Castilio, remplacé depuis par le général D. Antonio Gorona.

En 1888, après avoir installé à Vera-Gruz le siège de son gouvernement, Juarez dépécha à Washington un envoyé du nom de Mata, pour y négocier un emprunt, acheter des armes, des munitions de guerre et demander la reconnaissance de Juarez par les États-Unis, comme président légal. Le cabinet de Washington y était très disposé depuis que Zuloaga avait refusé d*accepter les propositions de M. Forsyth, pour la cession d'une partie des frontières du nord; aussi, profitant d'une occasion si favorable, M. Buchanaa mit pour condition à son consentement la confirmation du traité de 1880, exigea que les droits de la compagnie concessionnaire de Tehuantepec fussent précisés dans une convention nouvelle, et réclama des privilèges pour le commerce américain.

En sa .qualité d'Indien Zapotèque, Juarez s'inquiétait fort peu de Tintégrité du territoire mexicain, je dirai même plus ;

en 1847, étant alors gouverneur de Oajaca, il menaçait, après la chute de Mexico, Santa-Anna de le faire fusiller s'il venait sur son territoire; depuis, les actes politiques de Jtiarez démontrent également, soit un égoïsme personnel poussé jusqu'au sacrifice du Mexique à son ambition privée, soit un désir secret — émanant sans doute d'une tradition de race — d'humilier, d'asservir, d'anéantir la nation mexi-. caine, comme son pays avait été humilié, asservi par les rois du Mexique. Un fait digne de remarque, c'est que si les gouvernements conservateurs mexicains sont loin d'être exempts de reproches, ils ont toujours su conserver l'intégrité du territoire national ; le démembrement de la république et les

m HISTOIRB DU MBXIQUB.

traités de concessions de privilèges onéreux ont toujours été

faits sous des gouvernements démocrates. Le traité de la Mesilla seul serait une exception si Santa -Anna n'avait point trouvé celte question pendante en 1853; et Ton a vu que celte rectification de frontière, véritable cession après tout, était assez insignifiante et fort bien payée.

M. Mac-Lane fut donc envoyé, en 1859, auprès de Juarez, et bientôt le ministre américain conclut avec l'Indien rebelle un traité dont voici les principales dispositions : a £st concédé aux Américains à perpétuité le droit de transit sur l'isthme de Tehuantepec, par quelque chemin que ce soit existant ou h créer; l'établissement de deux ports, Tun sur rÂtlâûtique et l'autre sur le Pacitique; le gouvernement de Mexico n'aura aucun droit sur les marchandises transitant par risthme, si ce n*est sur celles destinées à la consommation intérieure de la république. Le Mexique s'engage à protéger par la force des armes la compaj^nie américaine, hommes et choses, et s'il est dans l'impossibilité de le faire, la charge en incombe de droit aux États-Unis. Est concédée la libre entrée et le transit de toutes marchandises appartenant ou consignées aux Américains de la Arizona, par les porls du golfe du iMcxique, depuis Matamores, Camargo, ou tout autre point de Rio Grande jusqu'au port de Mazatlan, h l'entrée du golfe de Californie; depuis le rancho de Nogales, ou tout autre point qui conviendra aux Américains, jusqu'à Guaymas, ceux-ci se réservent le droit de choisir les marchandises qu'ils voudront bien admettre à la vente dans les deux pays. Les Américains ont également le droit de passage pour des troupes et des munitions de guerre, par tout chemin qui leur plaira, depuis Guaymas jusqu*au rancho de Nogales ou tout autre point à leur convenance à travers la Sonera. » Sauf une souveraineté nominale, ce traité, appelé Mac-Lane, était une vraie concession faite aux États-Unis du territoire mexicain. Dans une dernière clause, le gouvernement de Juarez indiquait son bon vouloir d'accepter le protectorat des États-Unis, en cas de besoin. Ce protectorat

DICTATURE

constituait une intervention militaire permanente, sous le prétexte de protéger les citoyens américainSt pendant les révolutions mexicaines.

Juarez, n'ayant d'autre souci que de se voir reconnaître par le iijouvernemeni des États-Unis, ne marchanda pas le prix auquel fut attachée cette reconnaissance. Il se contenta de quatre millions de piastres dont la moitié devait être alfectée. aux créances américaines, l'autre moitié seulement devait être remise à Juarez. On se rappelle qu'en 1848, les Américains voulaient payer vingt millions de piastres, la seule concession de l'affaire de Tehuantepec! Juarez mettait le Mexique au rabais pour être reconnu président constitutionnel ; mais il vendait son pays sans aucun droit, sans aucun titre et en violant cette constitution de 1857, au nom de laquelle il se constituait lui-même président, de sa propre autorité. £n effet, cette constitution, comme toutes les constitutions mexicaines, imposait l'obligation de soumettre à Tapprobation du congrès, avant de les promulguer, toute loi intérieure, tout traité international. Où donc était cette légalité constitutionnelle qui devait légitimer ses actes? On comprend que les Américains aient cru pouvoir traiter avec Juarez ; depuis longtemps ils considèrent le Mexique comme une proie légitime, naturelle ; pour s'en emparer graduellement, ils ne reculent devant aucun moyen, mais la conduite de Juarez serait inqualifiable si elle n'était expliquée par des actes plus récents; elle n'indiquait pas une simple ineptie; ses nouvelles tentatives pour contracter des emprunts en hypothéquant la Basse-Californie, le Ghihuahua, la Sonora et le Sinaloa prouvent assez la criminalité réfléchie de son système.

La conclusion du traité Mac-Lane suscita dans tout le Mexique des cris d'indignation. Parmi les nombreuses protestations ofRcîelIes et privées que je me suis procurées ,

presque toutes commencent par prouver que ce traité n'a aucune valeur ; qu'un traité non approuvé par le congrès est nul, lors même qu'il serait revêlu de la signature du pou-

HISTOUtB DO miQUE.

voir exécutif légal, quand ce pouvoir n'a pas les droits discrétionnaires conférés à Santa-Anna en 1853, et retirés depuis 1853. « Jamais, dit Miramon dans sa protestation, je n'accéderai à un semblable traité. Placé par la Providence à la téte de la nation, je suis profondément pénétré de la responsabilité qui pèse sur moi dans une crise aussi grave. Dieu m'a donné la victoire dans une guerre intestine, j'espère qu'il me la donnerait dans une guerre entreprise pour l'indépendance de ma patrie, pour la défense de sa religion et l'intégrité de son territoire. » Une autre de ces plus éloquentes protestations dit : — « Quand la presse des États- Unis a commencé à parler du traité Mac-Lane, donnant des détails sur les transactions de MM. Mata et Lerdo de Tejada avec le cabinet de Washington, les vrais Mexicains, ceux qui savent ce qu'importent Tfaonneur et l'amour de la patrie, n'ont pas voulu croire aux dégradantes et honteuses manœuvres de ces traîtres. » Mais il n'est nullement besoin d'invoquer le témoignage des Mexicains pour flétrir la conduite de Juarez vis-à-vis de son pays, ces faits parlent assez éloquemment par eux-mêmes, pour que leur auteur soit jugé selon son mérite.

Les événements qui se passaient dans les plaines de la Lombardie et ceux qui se préparaient aux États-Unis, vinrent entraver l'exécution du traité Hac-Lane. L'armistice de Villafranca surprit les Américains au moment où M. Lerdo de Tejada allait contracter un eiïiprunt pour Juarez, au moment où l'on se disposait aux États-Unis à donner le premier coup de pioche à Tehuantepec. M. Buchanan ne se dissimula point la gravité de ces événements. Il comprit que la crise européenne ainsi terminée avant que les États-Unis en eussent profité, l'Europe retrouvait sa liberté d'action avec laquelle il fallait nécessairement compter. Aussitôt il donna l'ordre de suspendre toute négociation avec Juarez. Dans son message, H. Buchanan se plaint de toutes les républiques américaines; il demande des réparations par le^ urmesi. « parce (^ue, dil-il| i'anurcliie de ces répu-

mCTATUAE.

Uiqttos est àmeme pour la Kbertédit transit et les intérêts

généraux, un danger impossible à H)lérer davantage. » En conséquence, il demande au congrès l'autorisation « d'employer les forces, de terre et de mer de la confédération pour empêcher le Irao&it d'être entravé ou fermé par le désordt*e et la violence. » En réalité , H. Bucbanan demande à être investi d'une véritable dictature contre l'étranger. Son message n'est qu'une longue négation des souverainetés nationales, dont il veut pourtant admettre le principe. £n général le& fjoots liberlé^ draita constitutionnels» daAS la bouche de ces personnages qui méprisent et foulent sens cesse aux pieds la liberté et les droits constitutionnels d'autrui , sont des mots prononcés pour les sots et cachent ce cJmntage po^ litique qui n'est que de Tinfamie, rarement déguisée.

M. Buchananva plus loin,, il demande également un crédit pour acheter nie de Cuba, et laisse entrevoir que si l'Espagne se refuse à vendre « la Reine des Antilles », on la lui prendra par la force des armes. Il introduit ouvertement la nouvelle politique américaiae* éciose par Tindifférence ou l'apathie de l'Europe en matières transatlantiques, c'est à dire l'expropriation des nationalités espagnoles dans le nou* veau monde, pour cause d'utilité américaine. Néanmoins, dans la question mexicaine, il insère quelques phrases pour endormir la susceptibilité des États européens qui pouvaient se révolter en présence de pareilles prétentions : — « Est-il possible, dit-il en parlant du Mexique, qu'un tel pays soit abandonné à l'anarchie et à la ruine, sans qu'il soit fait quelque ellort pour le délivrer et le sauver? Les nations commerçantes du monde qui ont tant d'intérêts engagés au Mexique, resteront-elles indifférentes à ce résultat? Les Etats-Unis surtout, qui doivent avoir avec le Mexique le plus grand nombre de relations commerciales, laisseront-ils cet État voisin se détruire lui-même et les ruiner? Sans appui, le Mexique, ne saurait i^eprendre sa position parmi les nations, ni entrer dans une carrière féconde en bons résultats, dette assistance, exigée à la fois par son intérêt et cerihii du oom-

UlSTOlRfi DU MfiXlQUB.

merce en général, c*est aa gouvernement des États-Unis à la lui donner en raison de son voisinage immédiat et en raison

de notre politique qui n^admet pas rintervention d'une puissance européenne quelconque dans les affaires intérieures de cette république. » Du moment où les États-Unis voulaient être du Mexique le maître nominal» par le commerce et l'industrie, ou le maître effectif par la conquête ou Tannexion, il était naturel qu'ils s'élevassent contre l'intervention des puissances européennes, car au lieu d'avoir en face d'eux un peuple anéanti par la guerre civile et l'absence complète de vertus civiques, les États-Unis auraient eu devant eux une ou plusieurs puissances à même de leur tenir tète et peutêtre de les écraser.

On a vu, par l'histoire de réiévation et de la chute de tous les gouvernements mexicains, que la cause de cette élévation et de cette chute était uniquement le manque d'argent ; quelquefois les lois arbitraires contre le clergé précipitaient le renversement des gouvernements démocratiques qui les décrétaient , mais c'était parce que le clergé prétait son concours pécuniaire aux généraux conservateurs disposés à se prononcer contre le pouvoir alors établi. Les convictions politiques n'avaient aucune influence sur cette bascule gouvernementale. Juarez, étant le maître de Vera-Cruz, trouvait dans le revenu des douanes des ressources précieuses qui faisaient défaut à Miramon ; tant que Juarez restait en possession de ces resisources, n*eût-il pas un seul partisan dans toute la république, il était sur de maintenir ses prétentions à la présidence et son gouvernemenl lictif. Miramon ne l'ignorait pas , et c'est pourquoi il quitta la capitale pour venir assi^er Vera-Cruz.

Le soldat mexicain, arraché de force à sa chaumière, à sa famille, à. ses travaux, n'avait aucune raison pour se battre en faveur d'un parti plutôt que d'un autre, il désertait aussitôt qu'il n'était plus payé; il fallait donc s'emparer de Vera-Cruz pour se procurer des ressources qui faisaient défàut» et prévenir la désertion de l'armée conservatrice. Les

DICTATUBB.

eonsemteurs et la clergé surtout, sentant que Suloaga et

Miramon étaient les défenseurs de leurs droits, apportèrent au commencement de ces deux administrations leurs deniers, pour faire rappeler la loi de t857 sur le désamorlisseoi^ut des biens de mainmorte. Une fois cette loi rappelée, les secours du clergé devinrent rares et finirent par cesser tout h fait. Ne pouvant tirer aucun revenu du pays, tant épuisé par ces éternelles révolutions, et ne recevant plus de ses partisans aucun secours, Miramoa se vit bientôt réduit au triste expédient des contributions extraordinaires et des emprunts forcés, pour subvenir aux néc^essités de son gouvernement.

A peine Miramon était-il parti pour Vera-Cruz, que Degollado arrive de Guanajuato à marches forcées sur la capitale, à la tète d^une armée respectable par le nombre. Le 21 mars, il s'empare de Tacubaya, de Gbapultepeo, et le S avril Mexico est complètement entourée par les forces révolutionnaires. Le général D. Leonardo Marquez, en apprenant la marche de DegoUado, quitte Guadalajara, le poursuit avec mille hommes seulement et neuf pièces d'artillerie, ne laissant que quinze cents bommas à son lieutenant le général D. Luis Tapia, et arrive à Mexico. La bataille commence le 11 avril à Tacubaya; les forces de Degollado sont mises en déroule par Marquez, secondé par Miramon qui arrive pendant le combat. La capitale redevenue libre, Marquez part pour Toluca, dans Tintention de détruire les bandes formées avec tes fugitifs de Taeubaya, il traverse le Micboacan, reprend Tepic, dél'ail à San Juan de los Lagos, les bandes de Doblado qui avait repris la campagne, malgré la convention de Silao, et retourne à Guadalajara.

A San Juan de los Lagos, Marquez avait été chargé par le général Woll de conduire provisoirement à Guadalajara un convoi d'argent qui ne pouvait être embarqué à Vera-Cruz, et qui appartenait au commerce. Arrivé à Guadalajara, Marquez se trouvait dans une position désastreuse. Le gouvernement devait à ses troupes plus de cent dix-sept mille piastres ; ses soldats et ses officiers u avaient ni solde, ni

UISTOlBfi DU MBllQUfi

couverture, ni chaussures, et leurs vêtements tombaient eit lambeaux, elles venaient pourtant de faire une campagne

rapide et brillante. Une telle misère attirait Tadmiration et la sympathie même des libéraux qui ne comprenaient pas comment ces hommes pouvaient dans de telles conditions faire de tels exploits.

Pour rémédîer & pareil dénûment, Marquez eut recours à des réquisitions forcées, surtout dans les localités qui, depuis deux ans, ne payaient aucune contribution au gouvernement, et retiraient de très grands bénéSces par la vente des produits agricoles et autres ; mais ces ressources, par trop insuffisantes, ne remédiaient à rien et lui suscitaient beaucoup d'ennemis. Il écrivit alors auxévêquesdu Jalisco, de S. Luis de Potosi, à tous ceux dont il défendait les intérêts religieux et pécuniaires et qui s*étâient réfugiés à Mexico par pusillanimité ; tous lui répondirent par des refus, disant qu'ils n'avaient pas même pu donner à Hiramon tout l'argent qu'il leur avait demandé. Le chapitre de Guadalajara lui permit pourtant, par une lettre datée du 2 octobre 1859, d'bypothéquer pour trente ou trente-cinq mille piastres l'argenterie de la cathédrale, s'il trouvait à emprunter cette somme sur hypothèque. Dans une lettre du 29 octobre, Tévêque de Guadalajara motive son refus par rinsuâisance des revenus de son diocèse « qui ne sont pas à comparer avec les grandes ressources des diocèses de Mexico, Puebla et Michoacan. » Il ajoute que a son prédécesseur avait donné trente mille piastres à Santa-Anna pour combattre les Américains en 1846, et pareille somme au gouvernement national, lors de la prise de S. Jean d'Uloa par les Français. »

Cette correspondance de Marquez et des évêques est fort curieuse, mais trop secondaire pour être publiée. L'assemblée convoquée à Guadalajara par Marquez, pour exécuter le décret du 23 septembre, favorisa les contribuables aux dépens de l'impôt décrété, à cette date, par le gouvernement, sur les capitaux de cinq cents piastres et au dessus. En pré^-

DICTATUIB.

sence d'une apathie aussi générale et d'un mauvais vouloir si flagrant, Marquez écrivit au gouvernement suprême, le 25 octobre 1859, un exposé de situation dans lequel il lui disait : — « Je suis revenu dans cette capitale — Guadalajara — à la tôte de la division qui conduisait le convoi d*argent reçu à S. Juan de los Lagos, et qui doit continuer sa marche jusqu'à San-Blas ou Santa-Cruz, selon l'opportunitéqui se présentera pour son embarquement. » Puis il fait un tableau navrant et vrai de l'état de son armée» de celui du Jalisco et des affreux malheurs qui résulteraient de la dissol ution de ses troupes arrivées au point de n'avoir pas un morceau de pain à se mettre à la bouche. Pourtant, « il ne peut pas, dit-il, s'exonérer honorablement d'une aussi terrible responsabilité, en abandonnant à d'autres mains un commandement aussi difficile dont le poids fait vaciller les siennes. » 11 se décide donc à prendre une petite partie — six cent mille piastres — du convoi pour le sauver intégralement et sauver son armée, le Jalisco et les trois États dont se ctf)mposait son commandement, de l'anarchie et de la . ruine; il termine en priant le gouvernement de restituer k Mexico les six cent mille piastres prélevées sur le convoi qui fut embarqué à Santa-Cruz, malgré les efforts des libéraux stationnés à San Blas qui voulaient s'en emparer.

Le gouvernement national, loin de pouvoir rembourser cette somme, était lui-même k la recherche d*un moyen légal de mettre un peu d'argent dans ses coffres vides; aussi, . blâma-t il Marquez de son procédé et lui ordonna-t-il de restituer les six cent mille piastres prélevées sur le convoi. C'est alors què Miramon, poussé par la nécessité, émit un emprunt de quinze millions de piastres, en bons garantis par la maison Jecker. A cet emprunt, le gouvernement attribuait 6 7o d'intérêt, dont 3 % payables en papier par le trésor, et 3 ^'/o en argent payables par la maison Jecker, plus la faculté réservée aux titres de cet emprunt de servir, pour 20 «"/o, soit un cinquième, dans Facquitteroent des droits de douane ^t des contribution^ de toute nature, sauf pelle de li)

HISTOIEB DU miQUB.

eàpUatioh, ce qui fût considéré eotnme ah dégrèvement de

tarif. Tous les commerçants et les contribuables étaient naturellement appelés à souscrire h cet emprunt. La maison Jeeker, alors la plus considérable de Mexico* usa sans privilège de ce droit, jusqu'à concurrence de la sçmme de 7S0,000 piastres, et les particuliers pour celle de 683,000 piastres.

Cinq mois plus tard, le placement de l'emprunt se trouvant fort difficile, le gouvernement sollicita la maison Jecker d*émettre le reliquat, et c'est alors qu'elle fut amenée à porter ses déboursés, intérêts compris, au chiffre de 3,214,058 piastres, soit : 16,070,290 francs. M. Jecker plaça ses bons au fur et à mesure des besoins des commerçants et des contribuables pour une somme de 1,200,000 piastres, soit : 6,000,000 de francs environ, et en servit les intérêts. A la chute de Miramon, la maison Jecker se trouva dans un embarras financier qui lui fit suspendre le payement de ses bons, Juarez ne voulant reconnaître aucune dette publique . contractée par les gouvernements qui l'avaient précédé. Ce que demanda depuis M. Jecker, c'était simplement la reconnaissance d'un titre publiquement, légalement émis, et loyaleiuent souscrit, aussi bien par M. Jecker que par d'autres maisons. On s'est beaucoup servi de Taffaire Jecker pour attaquer le gouvernement français, parce qu'on a supposé que M. de Morny avait un intérêt dans la dette Jecker, et qu'il a poussé la France h faire la guerre au Mexique dans un but tout personnel. Ceci est complètement faux. Au point de vue historique et politique, IWaire Jecker n'a eu aucune influence sur notre expédition; elle ressemblait plus ou moins à toutes les autres transactions financières contractées entre les capitalistes étrangers et les gouvernements mexicains, depuis le président Victoria jusqu'à l'empereur Maximilien. Si, lors de notre expédition au Mexique, les intéressés dans raffaire Jecker et dans celle de M. Martin Duran ont fait de ragiotage, s'ils ont commis des abus, c'est qu'il s*ea fait et s*ea commet toujours en Âméri(iue, à Paris,

DICTATURE

3il '

à Londrès et partout, dans toutes les grandes combinaisons * financière^; mais je le répète, ces deux affiiires n'entraient pour rien dans le but de notre expédition. Naturellement,

une fois au Mexique, les créancés Jecker et Martin Duran ont fait partie des créances insérées dans nos réclamations, comme l'Angleterre et TËspagne mettaient dans leurs réclamations toutes les créances de leurs nationaux et dont les gouvernements mexicains s'étaient plus ou moins affranchis jusqu'à ce jour; mais il était absurde de croire que ces trois puissances allaient dépenser des centaines de millions, uniquement pour faire restituer à leurs nationaux quelques créances qni n'avaient pas été contractées sans des compensations importantes.

Tandis que Marquez et Miramon cherchaient des expédients pour donner du pain, des habits et des munitions h Tarmée nationale, le général Woll battait les dissidents dans riutérienr du Mexique. Le 21 mai 1859, il se trouvait à Salamanca avec nnè petite division. Apprenant que le général Mejia se retirait devant des forces supérieures, — six mille hommes, — Woll, avec son escorte, partit aussitôt pour le rejoindre, et arriva dans la nuit à Irapuato où il était, tandis que quatorze cents hommes de sa division arrivaient à la pointe du jour au moment où les avant-postes, placés hors de la ville, se retiraient en annonçant que le détachement d'observation placé sur le chemin d'Irapuato h Silao avait été surpris, défait et son commandant pendu. Sans perdre de temps, Woll fit prendre les armes à ses soldats» se plaça à la téte de la l^* brigade et sortit de la ville avec le général Mejia ; le reste de ses troupes devait le suivre avec le général Cruz. Malgré la fatigue d'une marche de toute la nuit, les dissidents sont poursuivis jusqu'à la Calera, où deux mille carabiniers embusqués derrière un mur font un feu très nourri contre les troupes nationales. Mejia est obligé de se retirer; ses soldais fuient. Alors Woll lança trois cents cavaliers, commandés par un de ses colonels, pour rétablir le combat, et lui-môme à la téte de deux compagnies du it^ ba*

taillon, courut pour le soutenir jusqu'à l'arrivée des trois colonnes parallèles auxquelles il avait donné Tordre de presser le pas. Les dissidents, en voyant la marche rapide des deux compagnies d^infianterie qui débordaient déjii leur ligne de bataille, commencèrent à faiblir; mais apercevant au loin les trois colonnes qui venaient les attaquer de front, ils ne les attendirent pas et se débandèrent, poursuivis par les trois cents cavaliers et cent fantassins commandés par les généraux Mejia et Cruz. Le résultat de cette journée fut immense, en ce sens que l'aimée insurgée fut coupée en deux et presque détruite.

Le 30 mai, le général Woll poursuit les débris de cette armée, commandés par le général Zuazua et les colonels Zaragoza et Guadalupe Garcia; il les atteint h la Calera, les attaque immédiatement et les défait de nouveau. Dans cette affaire, les dissidents laissent sur le champ de bataille quatre cents hommes tués, blessés ou prisonniers. Le 21 juin, Woll revient à Irapuato avec les généraux Alfaro, Vêlez et Cruz au secours de Mejia attaqué par cinq mille révolutionnaires; il le dégage et met de nouveau les dissidents en déroule. Le 23 juin, après avoir accordé vingt-quatre heures de repos à ses troupes, il court à Silao, espérant y trouver les insurgés; mais ceux-ci Tont évacué pendant la nuit pour aller se fortifier à la Luz — riche mine d'or et d'argent. — Le 25, ^Yoll se dirige sur Luz et Marfil, près de Guanajuato; mais les révolutionnaires ne Tout point attendu; ils s'étaient sauvés, emportant avec eux cent soixante-dix mille piastres prises à rhôtel des monnaies de Guanajuato. Ils se sauvaient avec tant de rapidité, perdant par la désertion plus de la moitié de leur etTectil", que le général, renonçant h les poursuivre, établit son quartier général à Celaya, ordonna à Mejia de se rendre à Queretaro, et fit occuper Guanajiiato par le général Vêlez et sa brigade.

Le 31 août, Woll part de Guanajuato, où il se trouvait en ce moment, avec huit cents fantassins et quatre pièces de canon, et se dirige sur Leoa occupé par Doblado, Quiroga et

DICTATURE

d'autres chefs avec deux mille hommes et cinq pièces d'artillerie. A SilaOy le général Cruz se joint à lui avec sa cavalerie. A six heures du soir il se trouva en face des dissidents à une lieue de Léon . Le combat commence et ne se termine qu% neuf heures sur la place principale de la ville, les troupes nationales ayant poursuivi les insurgés Tépée dans les reins sans relâche, malgré la fatigue, la soif et la faim qui les accablaient. Doblado put se sauver à la faveur de la nuit, mais deux escadrons, de Tartillerie et plusieurs chefs restent au pouvoir des vainqueurs.

Le il septembre, Marquez, avec deux escadrons, battait de son côté douze cents hommes de Rojas et de Valle, dans le Jalisco. Une proidamation du général Degollado, datée de San-Lois Potosi il septembre i8S9, nous apprend la défec* tion de Vidaurri. Ce général, démocrate, fédéraliste et partisan de Juarez, avait été Tun des plus violents ennemis du parti de Tordre; on a vu par ses faits et gestes qu*il ne brillait ni par son humanité, ni par son désintéressement, ni par sa délicatesse; pourtant, il se- fatigua des désordres engendrés par les révolutionnaires et des excès auxquels se livraient partout les libéraux, pillant les propriétés privées, tuant les citoyens inoffensifs et inaugurant une guerre d'extermination et de ruine. Il retira ses troupes de Tintérieur de la république et les concentra à Monterey, en attendant de les employer pour son propre compte. Degollado le destitua et mit à sa place le général Aramberri. Cette destitution ne pouvant avoir aucun effet» ne signifiait rien, car il était peu prudent d'aller Timposer par la force, des armes. A S. Miguel de Allende, devant le général Vêlez, h Juan de Los Lagas, devant Marquez, à Aguas- Calientes, devant le général Woll, les insurgés fuyaient partout sans attendre le combat. Si Tarmée nationale eût été payée de manière à poursuivre ses triomphes sans trop soufflrir de la faim, de la nudité et du manque de munitions, la guerre civile aurait été terminée h la fin de 1859; mais le manque d'argent causait la désertion dans ses rangs,,

HISTOIM l^ir MBXIQUB.

tandis que le pillage maintenait Tabondance dans les corps insurgés.

Àprte Toccupation d'Aguas-Gatienleft, Woli poursuivit jus* qu*à Zaoatecas, avec mille hommes, le corps d*armée commandé par Ortega. L*avant-garde de Woli atteignit Ortega à

Thacienda de la Conception; un engagement eut lieu, mais le peu de vigueur mis par la cavalerie nationale à maintenir lé mmbat ju8<|u*à l'arrivée du général petmil à Ortega d^ëehapper. A la cathédriile de Zacàtecàs, se titMivait alors des fonts baptismaux en argent massif et d'un travail admirable, donnés par la comtesse de S. Mateo, riche dame de Sombrerete, en échange des anciens fonts qu'elle voulut avoir parce quUls avaient servi à son baptôm«. Ortega, apirès sa déroute de la Conception, passa par Zafcatecas, prit ceâ fonts baptismaux dont la valeur intrinsèque était considérable, les porta à Fresnillo et les fit fondre en lingot pour avoir de l'argent. De Zacaieeas» Woil continua sa marche en avant jusqu'à Durango; mais au moment d'entrer dans cette ville, il reçut Tordre de retourner à Zacatecas et d'aller prendre à Guadalajara le commandement du l*"' corps d'armée.

Dans la correspondance du général Corona, ministre de la guerre, je trouve une lettre datée de Mexico, 8 octobre 1889, en réponse au général WoU qui lui demandait des

nominations aux grades supérieurs pour les officiers qui s'étaient distingués dans cette brillante campagne; cette lettre me paraît assez curieuse pour mériter d'en publier l'extrait suivant : — <c Vous, moi et tout le monde, dît le ministre, nous déplorons Texistenee d'une armée de chefs et d'officiers que le gouvernement ne peut, ni n'aies moyens de soutenir, et qui végètent dans la misère, étant un affront pour les administrations prodigues qui les ont créés. Il n'est ni rationnel, ni juste de nommer de nouveaux colonels, avant d'avoir placé les cinq cb^t cinquante qui sont dans la rue. D'un autre côté, si pour chaque fait d'armes nous donnons de l'avancement, nous aurons bientôt formé une

nCTATOU. SIB

année de généraux dd division, et nous atirôns li déplotnr

de n'avoir pas un rang supérieur pour continuer les asceQ-> sions. — Antonio Gorona. »

Soit besoin d*argent» soit pour enlever désormais au parti clérica), qui l'avait évincé du pouvoir, Tinfluencede la for-* tune, Juaroz avait décrété, les 12 et 13 juillet 1859, les « lois de réforme », parmi lesquelles se trouvaient les lois de nationalisation des biens du clergé. On a dit que Juarez n'était pas un homme assez intelligent pouf avoir imaginé ces lois et qu'elles sont dues à rinittative des deux frères Lerdo de Tejada, qui avaient déjà préparé les lois de désaDnortissement sous Comonfort. Je ne sais si cela est vrai ; dans tous les cas, ces lois qui ruinaient à jamais l'Église mexicaine, anéantissaient plus ou moins rinfluence directe et matérielle du clergé sur les événements politiques et soulevaient des cris d'indignation contre Juarez, ne servirent en rien la cause de Miramon. Le clergé mexicain , sans prévoyance et sans vues élevées, ne sut pas donner une obole au président conservateur pour le faire triompher de son antagoniste, et sauver les propriétés menacées par les lois de réforme. Cette conduite inconcevable du clergé le perdit, et je crois qu'il donnerait volontiers maintenant les quelques millions qu'il refusa alors, qu'il n'a plus aujourd'hui et qui auraient incontestablement sauvé les immenses capitaux dont il jouissait encore en 1860. M. Guttierrez de Estrada attribue, dans un de ses écrits, les dernières révolutions qui ont ensanglanté la république avant l'arrivée de l'empereur Maximilien, h la publication de ces lois de réforme, à la perturbation générale qu'elles amenèrent dans les affaires intérieures, en détruisant le crédit et les ressources financières dont disposait le clergé en faveur des petites fortunes. On a vu que les révolutions n'ont pas manqué depuis l'indépendance jusqu'à Juarez; les décrets de juillet 1859 ont ajouté un aliment nouveau à la haine des partis^ ils ont peut-être accéléré ravénement de Tempire^ mais il est ridieule de leur attribuer les dernières révolutions ; ces dernières, élanti comme les

précédentes 9 le résultat da vice de I*organisation politique

du pays, du manque de patriotisme des citoyens et de la démoralisation générale de toute la nation.

En vertu de ces « lois de réforme », TÉtat s'emparait sans réserve de toutes les propriétés du clergé, sauf la valeur des églises qui, plus tard, ne furent pas épargnées. Il les mettait en vente, et le produit de ces ventes était versé dans les caisses du trésor public. Les paiements se faisaient de la manière suivante : 2/8 en pagarès ou bons payables en soixante mois; 3/8 en papier du trésor, autrement dit en bons de la dette intérieure. Ces sortes de paiements eussent été fort avantageux pour l'État et Tacheteur, si Ton avait apporté dans les transactions l'esprit de justice et d'honnêteté qui auraient pu pallier Todieux des mesures arbitraires adoptées par le gouvernement de Juarez. Mais TÉtat comme les acheteurs furent coupables des abus les plus injustifiables et dos transactions les plus honteuses. L'État ne paya jamais la rente de 6 7oalTectée aux bons de la dette intérieure, de sorte que ces bons se donnaient à 18 au dessous de leur valeur réelle. L*acquéreur des biens du clergé, possesseur de ces bons, gagnait donc 90 ®/o sur les 3/S du prix d*achat, et, de son côté, le gouvernement de Juarez éteignait ainsi sa dette. L'État se procurait, en outre, au moyen des pagarès, des sommes importantes. Mais, je reviendrai plus loin sur les abominables fraudes commises à Tabri des « lois de réforme », rendues plus sévères encore par les décrets de 1860 et de 1861.

Au mois de janvier 1860, on trouve le Mexique dans une position désespérée; les bandits, profitant de la guerre civile, y commettent des atrocités inouïes et qu*on a vu se renouveler fréquemment jusqu'au moment où j'écris ces lignes. Le manque d'argent paralysait le mouvement des troupes nationales. Toutes les lettres adressées au ministre de la guerre par les cbefs de corps témoignent de cette pénurie qui entravait les opérations contre les guérillas, même celles de la ftlus urgente nécessité;. on en pourra juger par cet

DlCÎÀTimB.

extrait d'une lettre da général Woll, concernant Rojas, bandit célèbre tué, en 1865, par le capitaine Berthelin : — ce C'est une honte de voir Rojas et Médellin agissant librement de la sorte. Le premier entra dans le Teul et, après avoir volé la population , il assassina hommes, femmes, enfants et vieillards ; il a violé, enlevé de jeunes femmes et de jeunes filles, et je ne puis le poursuivre parce que je n'ai pas un seul réal — soixante centimes. — Voilà deux jours que mes soldats sont sans ressources ; les officiers n*ont rien à manger et Tennemi travaille pendant ce temps. x>

Le gouvernement de Miramon avait le tort de vouloir soumettre tout le Mexique, sans une piastre pour conserver son armée; il disséminait ainsi ses forces^ les affaiblissait et ne retirait aucun avantage de ses victoires, car au Mexique la déroute et la désertion suivant de près les premiers coups de feu, les combats sont rarement très meurtriers ; les vain- • eus se réunissent vingt-quatre heures après leur défaite, et présentent le lendemain d'une bataille le même aspect que la veille, saiif une légère diminution dans les rangs ou dans les cadres. Cette tactique contre laquelle Santa-Anna s'est toujours élevé, était également critiquée par le général Woll qui a commandé pendant quarante ans les principales campagnes faites au Mexique jusqu'à la chute de Miramon. « Il me parait, sauf une meilleure opinion du président et de Votre Excellence, écrivait-il alors au ministre de la guerre, que nous ne devons pas faire des excursions qui ne donnent d'autre résultat que d'exaspérer les populations, que nous laissons ensuite h la merci des violences et des vengeances des factieux.' Notre guerre est une guerre d*occupation, nous devons avancer lentement mais sûrement. » — Le vieux général aurait pu copier sa lettre en 1865, et l'adresser à l'empereur Maximilien, car ce qu'il critiquait sous Miramon à cause de sa vieille expérience, se reproduisit sous Tempire, sur une plus vaste échelle et donna naturellement des résultats plus fâcheux encore.

Dans un dossier de correspondances révolutionnaireSi

m BISTOIEB DU mULlQUB,

saisi, en 1860, & Zacatecas, j*ai trouvé de nombreuses lettres

d'Ortega, d'Orellano, d'autres libéraux et d'uae quantité de personnages devenus impérialistes plus tard, pour avoir des places lucratives, qui vendaient moyennant des samioes plus ou moios considérables des emplois ou des concessions im* portantes, au détriment du gouvernement, du public ou du fisc. Uindignatîon produite par la signature du traité Mac- Lane, n^était point encore calmée au commencement de 1860. Parmi la multitude de lettres de cette époque qui résument ie mieux l'opinion publique sur ce sujet, je dois citer un fragment d'une lettre du colonel D. José Lopez de Santa-Anna, datée de la Havane 24 janvier, et qui donne des détails sur Juarez, que je n*ai pas enregistrés en parlant de l'invasion du Mexique par les Américains en 1847.

... « traité célébré par Juarez avec le funeste cabinet de Washington peut amener de graves complications pour la sainte cause de Tordre ! Quel aveuglement ! J'apprends par les lettres et journaux que j*ai reçus dernièrement, que l'indignation générale pèse déjà sur les auteurs de ce traité né* faste, et que la nation se prépare pour se défendre de la trahison la plus noire et de l'usurpation la plus honteuse. Les mêmes hommes qui, en 1847, refusèrent leur coopéralion pour la défense du territoire national, envahi par les Yankees, consomment aujourd'hui leur ancien désir de vendre la patrie à nos plus mortels ennemis. Les misérables! Et ces hommes sont ceux qui appelaient l'armée lâche, pnrce qu'elle ne iriomplunt pas, et traître son illustre chef, parce qu'il ne voulut pas signer la paix de Guadalupe î... D'après ce qu'on m'écrit de la Nouvelle-Orléans, en date du 21 janvier, il paraît que la commission du sénat américain chargée d'examiner le funeste traité Juarez-Mac-Lane, opine pour son approbation... Le sentiment de profond dégoût causé au cœur si patriotique de mon père par la nouvelle de ce traité... ferait parler des rochers. — José L. de Santa- Anna. »

Le traité Mon^Âlmonte ne fut point approuvé par Juarez»

MeTAtUltl.

qui, de Vera Cruz, déclara hors la loi tous ceux qui Tavaient signé. Les traités, on le voit, n'ont jamais eu de bonheur avec te Mexique ; de tous temps ils. ont été inutiles et non avenus ; les Amérieains seuls en ont profité, en tes imposant par la force. M. Pacheco, envoyé par l'Espagne comme ministre plénipotentiaire auprès du président Miramon, vit, à son arrivée à Vera-Cruz, sept Espagnols assassinés et le trois -mâts espagnol Coneeption saisi. Juarez» pourtant, laissa passer le ministre qui se rendit immédiatement à Mexico.

Le langage du cabinet de Washington n'était rassurant ni pour Juarez, ni pour Miramon» ni pour le Mexique. M. Seward, organe de la politique ministérielle, disait dans une séance du congrès : « qu'il ne voudrait pas voir les États-^ Unis engagés par nn traité passé avec une factiojiy qui d'un moment à l'autre pouvait être supplantée par une autre dont le premier acte serait sans doute de répudier justement ce qu'avait fait celle qui avait eu précédemment le poavoir. » M. Buchanan, de son c6té, n*espérant phis que Juarez donnât satisfaction aux États-Unis pour des attentais commis sur des citoyens américains, demanda dans son message une intervention immédiate i-^^C'esten vain, dît-il,'que nous demanderions au gouvernement constitutionnel de Vera- Cruz le remède h ses maox ; il est bien disposé, mais il est impuissant à nous rendre justice, et c'est surtout à Mexico et dans les États avoisi liants, que des citoyens américains ont été victimes. Il faut pénétrer dans l'intérieur du pays pour trouver les coupables... Il est de notre devoir d'assurer à nos compatriotes me protection suffisante. Voilé pour^^ quoi je recommande au congrès d adopter une loi autori-sant le président... à employer des forces militaires en état d'entrer dans le Mexique pour obtenir une indemnité du passé et une garantie de l'avenir... Le Mexique est un navire s'en allant à la dérive sur l'Océan et gouverné seulement par les passions des partis contraires qui s'y disputent le gouvernement. Bon voisin, le gouvernement des États- I. sa

HiSTOlEB DU MEXIQUE.

Unis ne doit-il pas loi tendre une main secoorable pour le

piloter? Si nous ne le faisions pas, il est à croire que d'autres le feraient, et qu'en dernière analyse, force nous serait d'intervenir à notre tour dans des conditions plus diâiciles. »

Ce ban wirin appelait « piloter d le Mexique, lui prendre

plus de la moitié de son territoire, comme il le fit en 1847; il lui aurait sans doute piloté le reste en 1861, sans la triple intervention et la guerre civile qui désola les États-Unis pendant trois ans. A la fin de 1859, les libéraux prirent onze mille piastres au consul anglais de Tepic, et sur l'argent pris à Guanajuato, quatre-vingt dix mille piastres appartenaient à des maisons anglaises. M. Lacroix, notre viceconsul à Zacalecas» ne voulant pas payer les taxes, avait été mis en prison, de sorte que du côté des Ëtats-Unis , de l'Espagne, de l'Angleterre et de la France venaient des nuages sombres qui s'amoncelaient sur le Mexique et devaient amener le traité de Londres. A l'intérieur, l'anarchie, les crimes et les excès de toutes sortes; à Textérieur» les colères longtemps amassées, longtemps comprimées, tout s'accumulait pour rendre la situation de ce malheureux pays dans Tétat le plus affreux que l'on puisse imaginer.

On sentait h l'intérieur que le Mexique traversait une crise suprême; les partis se disposaient à la lutte la plus acharnée, et leurs chefs ne reculèrent devant aucun moyen pour faire triompher leur cause. Du côté des conservateurs les impôts forcés prirent de telles proportions que les amis du gouvernement et tous les étrangers murmurèrent et désertèrent son parti. Du côté des libéraux, le vol, le pillage à main armée, l'assassinat, l'incendie, les outrages à la pudeur et les crimes les plus monstrueux répandaient Thorreur et reiïroi dans les petites villes, les villages et les campagnes. Les atrocités commises par Rojas à S. Juan du Teul dépassent ce que Timagination la plus dévergondée pourrait imaginer. Pendant deux jours les Teultèques se défendirent avec un courage admirable au milieu de leur ville

DiCTATtJRB. 331

. en flammes, mais ils durent céder au nombre; eux et leurs familles devinrent les victimes d'une barbarie insensée.

Les Anglais étaient obligés de faire croiser la frégate Ame-' tlujst sur les côtes mexicaines du Pacifique pour embarquer l'argent de leurs nationaux et empêcher les bandes de Coronado et de Rojas, de renouveler les déprédations commises au consulat anglais de Tepic. Las Très Garantias, journal de Guadalajara, dans son numéro du 7 février, faisait ressortir les excès commis par ces bandes et disait en parlant du parti conservateur qu'il représentait. — « Nous défendons les garanties proclamées par le libérateur du Mexique dans son plandlguala... Nous défendons la religion sans laquelle il ne saurait y avoir ni de dignité pour l'homme, ni de liberté pour les peuples... Nous défendons TiNDÉPENDANCK, piircc quc nous aimons trop notre patrie pour la voir opprimée... La république voisine qui a toujours attisé chez nous le brandon de la discorde, pour nous affaiblir et nous détruire, croit arrivé le moment de satisfaire son ambition et ses projets... Mais cette fois, nos guerriers marcheront au combat, guidés par l'homme, — le général Woll, — qui depuis Iturbide s'est élevé au plus haut du char de la victoire... Les nations étrangères ne resteront 'plus froides spectatrices d'une lutte à laquelle elles doivent un actif intérêt, au nom de la civilisation et Je la justice » ..

Cette phrase remarquable semble indiquer que le parti conservateur espérait déjà quelques secours à l'étranger pour rétablir Tordre dans la patrie. Dans toutes les clameurs de la presse conservatrice et libérale, on voit de nobles pensées, formulées par de belles paroles, mais les faits ne répondaient nullement à ces patriotiques théories. Jamais le Mexique n'avait été autant déchiré par les deux camps. Miramon partit pour l'intérieur au mois de février; les généraux Woll, Marquez et Vêlez battaient les troupes d'Ortega» de Beriozabai, d'Ogazon et de Valle; mais ces victoires ne pacifiaient en rien le pays» par les raisons que j'ai

HISTOI&B DU ifSXlQUB.

données plus haut. Aussi, Miramon se dëdda-Nn à retourner

à Vera-Cruz pour en finir avec Juarez, qui prolongeait par sa ténacité la guerre civile. L'occasion était assez bonne, le général Marin arrivait dans les eaux de Vera-Cruz, avec deux navires : Le Miramon et le Marquez^ équipés à la Havane et chargés de munitions pour l*armée nationale.

Le 29 février, Miramon campa près de Vera-Cruz, à Medellin, avec une nombreuse artillerie, des munitions et des provisions considérables. Comprenant que la partie qu'il jouait était décisive, il avait amené avec lui ses meilleures troupes, commandées par les généraux Robles et Negrete. A l'approche de Miramon, la population non combattante de Vera-Cruz abandonna la ville défendue par trois k quatre mille bommes sous les ordres des généraux Iglesias et Ampudia. Ces généraux n'avaient rien négligé pour mettre la place en état de soutenir une vigoureuse attaque. Ils firent construire des forts avancés en terre, armés de six pièces de vingt-quatre, commandés par un ingénieur anglais, le colonel Lane. En prévision d'une attaque par les navires du général Marin, Juarez fit disposer à l'embouchure de la ri* vière Médellin une batterie de six pièces de gros calibre, soutenue par six canonnières.

Avant d'ouvrir le feu, Miramon fait proposer à Juai*ez d*entamer des négociations pour faire cesser la guerre cielle. Juarez refuse et le bombardement commence dans la nuit du 7 mars. Mais une inqualifiable violation de la neutralité par les Américains fit de suite pencher la balance en faveur de Juarez. L'escadre des États-Unis aborda les deux navires mexicains à Anton Lizardo, €< pour s*enquérir de leur nationalité, » affirme le commandant de fescadie; Marin en entendant le coup de canon, répoiid de son côté. Le Saratoga el ÏJndianola font alors un feu tellement vif contre le Miramon et le Marquez que ces deux navires amènent leur pavillon et sont immédiatement conduits à la Nouvelle- Orléans. Le général Miramon se trouve ainsi frustré par cette odieuse a^^ressioa des Ëtats-Uuis, du secours de

DICTATUU.

ses deux navires et des muailions de guerre qu'ils reafermaient.

Dans une longue lettre du ministre de la guerre, on voit que le matériel de siège de Hiramon était insuflBsant. Cette

lettre, adressée au général Woll, donne les détails suivants sur la situation militaire de l'armée nationale. — « Mexico, l«'mars 1860. — Le général Vega est à la téte du 2^ corps d'armée et surveille les mouvements des factieux du nord, de S. Luis Potosi, deTula et de Zacatecas. Il paraît que ces derniers n'entreprendront rien -d'important... Rojas a abandonné Aguas Calientes et se dirige vers les populations du Rincon... ce dont a connaissance le général Mejia pour agir comme il le jugera à propos.

. « Je vous recommande très particulièrement d*aider autant que possible le général Ferez Gomez pour qu'il puisse entreprendre sa marche sur Mazatlan. Vous recevrez du ministère de la justice Tautorisation nécessaire pour que vous puissiez disposer des fonds appartenant à Tinatruction pu* blique et qui se trouvent dans cette ville — Guadalajara — s'il y a des fonds municipauxou des propriétés municipales, vous pourrez disposer des premiers ou hypothéquer les secondes de la manière la moins onéreuse... Je voudrais faire autre chose ou mieux pour vous donner des secours, mais notre situation est positivement pénible; aussi, je me confie à votre génie, à votre autorité pour tirer le meilleur parti possible des autorisations susdites, afin que vous puissiez battre ou disperser Ogazon et Valle avec tous leurs factieux.

« Je vous confesse que notre président n*a pas emporté pour la campagne de Vera-Cruz tous les éléments que j'aurais désiré. Quoiqu'on ait fondé des pièces de siège et des projectiles, ce n'était pas en nombre suffisant. Mais ceci était une question de finances. À moins de me mettre à genoux en demandant de l'argent, j'ai tout fait pour en obtenir. L'égoïsme de notre société fait évanouir les meilleurs désirs et les meilleures combinaisons. Je me confie à la bonne étoile de Son Excellence,, à ses heureuses inspirations et à

HISTOIRE DU nXIQUB.

son cœur, ainsi qu'à celui de ceux qui l'accompagnent, pour espérer un brillant résultat, auquel contribuera la désunion qui règne dans cette place — Vera-Cruz — et la couscieace qu*oii y défend une cause antinationale.

« Le 25 — février, — son excellence est arrivée à Paso de Ovegas, et le 26, elle fut attaquée par une partie de l'ennemi... Le général Robles a été légèrement blessé au bras droit, mais Tos n'a pas été touché. Il peut signer et continuer ses services dans la division. Telles sont les dernières nouvelles reçues par le télégraphe aujourd'hui. — Antonio Corona. »

Ces détails rétrospectifs prouvent que Miramon avait grandement besoin de matériel et des munitions de guerre que Marin lui apportait. Sur les champs de bataille, il est plus

prudent de compter sur les canons que sur les étoiles qui, généralement, ne quittent pas la voûte du ciel pour se mettre d'un côté des combattants. Miramon, découragé par la perte de ses navires, n'hésita pourtant pas à donner Tassaut à Vera-Cruz, après cinq jours de bombardement. Il fut repoussé et renouvela l'attaque sans plus de succès, quaranteliuit heures après la première. Comprenant alors l'inutilité de poursuivre le siège avec des moyens insuffisants, il résolut de revenir à Mexico.

Les lettres du Mexique, de celte époque, signalent une irritation extrême contre les Américains, par suite de la capture des steamers de Marin à Ântoa Lizardo; on ne parlait de rien moins que de déclarer la guerre aux Ëtats-Unis. Le commandant protesta contre la capture de ses steamers, et prétendit que les navires américains n'avaient point montré leurs couleurs en s'approchant. Une lettre du secrétaire de la marine des États-Unis au capitaine Jarvis, dont le texte fut publié dans les journaux, nous apprend que les officiers américains avaient Tordre de ne pas tenir compte du blocus de Vera Cruz par Miramon. Cette déplorable affaire fut por-' tée devant le sénat, malgré l'opposition de M. Buchanan, mais il était trop tard pour remédier au mal. Toutes les iet-

DICTATURE

très du Mexique, en ma possessioa, disent : — « Il est faux que le général président se soit retiré de Yera-Cruz avec une

perte de deux mille hommes, comme raffinnent les journaux de Paris et de Londres; il s'est retiré à cause de Taffaire d*Anton Lizardo qui le priva des vivres et munitions que lui apportait le général Marin ; il a fait sa retraité sans précipitation et sans être inquiété le moins du monde. ^ Santa- Anna, dans une lettre du 14 avril 1860, désapprouva cette retraite dans les termes suivants : — « La retraite du général Miramon devant les murs de Yera-Gruz aura de graves conséquences. C'est en vain qu'il donna au général Gorona des indications sur ce qu'il convenait de faire, une fois qu'on a laissé passer la meilleure saison; les conseils de Texpérience ont été méconnus, et aujourd'hui on déplore des fautes qui peuvent devenir fatales. » La saison du vomito arrivait et renvoyait à Thiver, c'est à dire aux calendes grecques pour le Mexique, la reprise du siège de Vera-Cruz.

Le ministre anglais, d'accord avec celui de la France, proposa, au mois de mars, un armistice de six mois. Pendant ce laps de temps, un congrès serait élu par lesÉtats mexicains, et se réunirait sous la protection de l'Angleterre à Jalapa comme terrain neutre. Ce congrès serait chargé d'élaborer une nouvelle constitution et de nommer le président constitutionnel. Cette proposition n'eut aucun résultat satisfaisant. Juarez, après son triomphe, était peu disposé à accepter des arrangements qu'il avait refusés avant le siège. Les cléricaux ne voulaient point d'un protectorat protestant qui ne pouvait leur être favorable, la neutralité des étrangers leur était, depuis longtemps, plus que suspecte, et l'aHaire d*Antoa Lizardo ne paraissait point propre à détruire leurs préjugés contre les étrangers.

Les troupes nationales subirent d'autres échecs sérieux. Le général Romulo Diaz de la Vega fut battu par Uraga à Santa-Rosa. Veiez , pour avoir désobéi au général Woll, fut également mis en déroute. A propos de la défaite du général Volez, je trouve dans une lettre adressée au ministre de

la guerre Gorooa, des plaintes du général Woll contre le parti conservateur dont les prétentions eiagérées et rinto» lërance ont été, à toutes les ëpoques de Thistoire de la république mexicaine, la cause principale de la chute de leur gouveriienieiil... « Le parti conservateur, est-il dit dans cette lettre datée de Guadalajara, 8 avril 1860» dominé psgr quelques personnes exaltées, prétend diriger tout ce qui se fait au nom du gouvernement, et jusqu'aux opérations milirlaires qu'il veut conduire selon ses idées. Dieu connaît Tabsurdité des projets de ces personnes ; aussi, je ne doute pas qu'elles n'aient influencé le général Vêlez dans sa désobéissance, Texcitant à faire ce que je lui avais défendu... Ils désirent — les conservateurs — que tout se fasse en un jour et sans que la troupe ait des ressources pour tenir la campagne; ils se fâchent, en outre, de ce que Je n'ai pas rempli les prisons de suspects dont les opinions sont très connues, mais dont la conduite ne motive pas une telle mesure.

— Adrien Woll. »

L'outrecuidance du parti coiiserva(enr et ses imprudentes prétentions,, surtout dans un pareil moment, rendaient pour le général Woll la situation insoutenable à Guadalajara ; il donna sa démission; heureusement pour ses inaladrotts amis, elle ne fut point acceptée. Les libéraux, enhardis par quelques succès et poursuivis par Miramon qui s'était remis à leur poursuite dans Tintérieur, résolurent de profiter du pitoyable état de la garnison du Guadalajara pour s'emparer de cette ville. Les généraux Ogazon et Valle vinrent attaquer Woll avec cinq mille hommes. Celui-ci connaissant l'esprit mexicain, savait qu'en voulant se fortifier dans Guadalajara, ville dépourvue de fossés, de murs et de bastions, il risquait de déconcerter ses troupes, d'effrayer les habitants et d'encourager les dissidents; il préféra les tenir en échec hors la ville et leur en interdire l'entrée. Cette lactique lui réussit à merveille, et pendant onze jours il tint ix distance les insurgés. Sur ces entrefaites, arriva Uraga avec un corps d'armée fort de plus de dix mille combattants, sou-

DICTATURE

tenus par quarante-quatre pièces de canon. WoU n'avait que deux mille doux cents hommes et seize pièces d'arlilierie pour lui résister et défendre une place ouverte de tous côtés.

Obligé de se retirer au centre de la ville, dans la soirée du 23 mai, il attendit l'attaque. Uraga, comptant sur ses forces et se rappehmt son ancienne amitié pour le général Woll> lui écrivit la lettre suivante :

« San-Pedro, 23 mai 1860. Monsieur le général. — fai donné Tordre à mes troupes de camper demain soir à Guadalajara, — et elles l'accompliront. Si Je pensais que la propo* sition que je vais vous faire est incompatible avec l'honneur d'un vieux soldat « je me garderais bien de vous l'adresser; mais telle n'est pas mon opinion ; car si vous attirez sur cette malheureuse ville les calamités de la guerre par une défense sans espoir de réussite, votre responsabilité et celle de vos officiers seront énormes. C'est donc pour éviter de si grands maux que je vous somme de vous rendre, en garantissant la vie sauve à vous et à tous vos subordonnés, et je m'engage, en outre, à intercéder pour vous auprès du gouvernement constitutionnel, comme Je l'ai déjà fait en faveur des prisonniers de Loma-Âltâ» qui sont aujourd'hui en lil^erté.

« Vous, monsieur le général, un des fils de la noble France, vous ne pouvez combattre dans votre patrie adoptive pour la cause de la barbarie et du fanatisme, ni reconnaître les bienfaits du pays qui vous a adopté en attirant sur lui les désastres de la guerre civile. J'en appelle donc à vos sentiments d'abnégation et de patriotisme, dans l'espoir que vous me répondrez péremptoirement avant six heures du soir. Quelle que soit votre résolution , Je n'aurai pas à répondre d'un assaut, et Dieu protégera la cause juste.

« Je vous prie d'agréer Tassurance de ma vieille estime pour vous , et de me croire votre ami ei serviteur. — José L. Uraga. »

A cette lettre, le général Woll répondit :

<{ Guadalajara, 24 mai 1860. Monsieur le généraK - Vieux doldat et ii*ayant d'autre devise (}ue celle de Tboaneur et du

devoir, je ne puis rien faire de contraire à Tun ou à l'autre. Il est douloureux que le sang des Mexicains soit versé dans la guerre civile r il est déplorable que les villes soieat exposées aux horreurs d'une pareille guerre; mais il serait encore plus douloureux et plus déplorable pour moi de souiller une longue carrière militaire» à la fin de ma vie, en acceptant les propositions que vous me faites dans votre lettre d'hier» datée de San-Pedro, à laquelle je réponds aujourd'hui.

« Si, après avoir pesé mûrement et consciencieusement les raisons exposées plus haut, vous persistez à entreprendre une attaque, soyez sûr que je ferai mon devoir, et Dieu don* nera la victoire à qui la mérite. Quelle que soit l'issue du combat, ma conscience sera tranquille ; j'aurai rempli mon devoir de soldat et de gentilhomme.

« Je suis, avec les sentiments d'estime que je vous ai professés autrefois, votre ami et serviteur. — Adrien Woll. »

Âu point du jour, le 24 mai, Uraga lança cinq colonnes, de mille hommes chacune, commandées par ses meilleurs chefs. Contreras, Médellin, Bravo, Avilla, Langlois et autres; luimême donna l'exemple du courage, en payant bravement de sa personne. L'artillerie des dissidents, par un feu très violent, soutint cette vigoureuse attaque. La défense fut plus tenace encore que l'attaque. Le général Woll, voyant une colonne ennemie se diriger sur un point occupé par une seule compagnie d'infanterie qui commençait à se replier, descend de de cheval, prend le fusil d'un sergent, anime ses soldats tandis qu'un de ses aides de camp va chercher la seule pièce d'artillerie restée en réserve et qui arriva au moment où la colonne allait pénétrer par ce point. La pièce chargée à mitraille fait à bout portant des ravages considérables dans la colonne qui s'arrête bientôt et se disperse ensuite.

A neuf heures du matin, Woll blessé grièvement à la jambe droite, par un éclat d'obus, continue à donner ses ordres et se fait porter sur les bras de ses aides de camp, refusant des soins avant la déroute complète de l'armée dissidente. Celle-ci est enfin battue de tous les côtés, et son

McnmË. 880

général en chef blessé, s'est retiré dans une maison. Après sa victoire et la dispersion des insurgés, Woll envoie chercher Uraga pour lui sauver la vie menacée par l*exaspératioû du peuple et des soldats » le fait amener près de lui, ordonnant aux médecins de s*en occuper avant de panser sa propre blessure. Uraga fut amputé à côté du vainqueur, qui refusa de le faire fusiller selon les ordres qu'il avait reçus et quoique tel eût été son sort, d'après les aveux du vaincu, s'il avait perdu la bataille. Pendant l'affaire du 24 mai, les dissidents perdirent mille hommes tnés ou blessés, laissèrent douze cents prisonniers , sept pièces d'artillerie et presque tout leur matériel entre les mains des troupes nationales. Le général Woll fut obligé de se démettre de son commandement ; sa blessure le retint au lit pendant plus de six mois et revint en France pour se rétablir complètement. Après la chute de Miramon, Uraga intrigua pour ôter à Degollado le commandement de Tarmée juariste et se fit nommer général en chef. Il échoua dans plusieurs tentatives pour renverser Juarez à son profit, et finit par passer au service du président contre les troupes françaises.

Miramon vint à Guadalajara et en repartit le 8 juin, à la tête de six mille hommes commandés par les généraux Thomas Mejia et Severo del Castillo, dans l'intention de battre les troupes dissidentes commandées par Ortega et Degollado. Battu à Silao, il n'échappa à la mort qu'en tuant de sa propre main ceux qui l'entouraient. Il revint à Mexico presque seul. C'est à cette époque que Zuloaga, influencé par les ennemis de Miramon, voulut reprendre ses fonctions de président substitut qu'il avait déléguées au jeune général. Celui-ci comprenant que la réussite de ce complot amenait le triomphe des démocrates, enleva Zuloaga et l'emmena avec lui dans sa nouvelle expédition à l'intérieur. Peu de jours après ce coup de main, Miramon fut nommé président intérimaire h la place de Zuloaga, par l'assemblée des notables qu'il convoqua. Quelques écrivains affirment que cette nomination fut causée par la disparition subite de l'ex-président. Les

HISTOIRB M nXiQtlË.

deut versknid peuvent e*accorder, en ce sens que la dispa^

rition de Zuloaga n'était peut-être pas volontaire.

DegoHado s'emparait alors, à Laguaa-Seca, d'un autre convoi d'argent, provenant de Zacateeas, de Guansyuato el de S. Luis Potosi. Miramon continuait ses emprunts forcés. Les ressources financières manquaient des deux côtés; chacun s'en procurait à sa façon, pour soutenir la guerre. Les forces juaristes concentrées à Queretaro et à Guansyuato se dirigent sur Guadalajara ; Marquez se met à leur poursuite ; mais il est battu près de Zapotlaneja et obligé de retourner en arrière. A Mexico, l'assemblée des notables convoquée par le président, pour discuter les moyens de faire cesser Fanarchie et de rendre la paix au pays, n'aboutissait qu'à nommer ofBciellement Miramon à la présidence intérimaire. Le ministre anglais, M. Mathiew entre en correspondance avec Degollado pour obtenir un armistice. Severo Castillo, assiégé à Guadalajara depuis quarante jours, conclut un armistiee avec les assiégeants et quitte le S novembre la ville qui doit rester neutre pendant quinze jours. M. de Saligny arrive à Mexico, mais au milieu d'un tel chaos social, politique et financier, il ne peut qu'attendre en silence la fin prochaine de celte crise inouie.

Miramon reprit vaillamment la campagne et poursuivit sans relàebe les forces disséminées de Juarez. Berriozabal, chef de l'avant-garde d'une armée qui venait assiéger la capitale, arrive jusqu'à Toluca; Miramon part avec une section de la garnison de Mexico, le fait prisonnier ainsi que Degollado, D. Bénite Gomez Parias et toutes leurs troupes. Les emprunts forcés ne lui procuraient pourtant que des ressources insuffisantes et tout à fait précaires; le clergé dont il défendait la cause el rarislocratie foncière dont il était le protecteur militant ne lui venaient plus en aide. Voyant sombrer sa barque par Fépuisement eomplet de ses finances, espérant la remettre à flot par une action éclatante, mais sans argent pour payer et réorganiser son armée, il se décida à une mesure dont il paya eber les conséquenceSt qui

DICTATURE

€Tf)tacha sa réputation, et qui pourtant fut justifiée pur bien des Mexicains et des étrangers respcctâbles et néetres dans ce conflit. Je réin parlép de saisie des fûirds desdaéà ati

paiement des dividendes de la dette anglaise et déposés à la légation britannique.

On a raison de déplorer la situation moralé, politique et matérielle du Mexique et des Meiticains; ôii a raison der flétrir ces gens qui, depuis ùit &etai siècle. (bt\t U malftètif d'e leur patrie et de leurs concitoyens, pour satisfaire uniquement leurs passions individuelles, mais il ne faut pas oublier que les consuls et les ministres étrangers ont puissamment contriboé à empirer cette sitùâlro>n. On sait qué les èônàOlâ, au Mexique, sont ttm négociants, et qu*ll^ sont fûrëd fes ministres étrangers qui n'ont point cherché à s'eni ichir par des spéculations financières, plus ou moins honnêtes, ou par . un abus de leurs immunités diplomatiques. Lorsque le général Bravo se présenta comrnfte candidat à la présidéiiee, il disaît : (c Sf jé s(uis^ él'd, f adresserai immédiateoîent nrlè d*^pêche à tous les gouvernements étrangers pour les prier de ne pas nous envoyer de ministres plénipotentiaires et de ne nous laisser ici que des consuls. » Il avait parfaitemeut raison. Sans pafrler des haines de partis» du développement des passions fratricides et du désordre social, proposés par fa ministre américain M. Poinselt, avec l'introduction des sociétés secrètes, l'action des ministres étrangers sur les finances mexicaines a causé des perturbations sociales telles que le Mexique ne pourra rentrer dans un état normal qu'après une ftafiquerottte générale bu vingt années d'ordre» dé

paix et de prospérité.

Au lieu de me borner à faire l'historique rapide des révolutions mexicaines, si j*avais eu le temps et Tespace pour révéler les désastres causés par les emprunts onéreux contractés, depuîë le président Victoria, avec lés naifoiis étrangères, les odieuses exigences des représentants américains et européens, les honteux trafics des consuls et les manœuvres euiiachéeis d'improbité' ou d'illégalité des uns et des

filSTOlRE DU MEXIQtJS

autres, ou aurait vu que ces ministres et consuls ont été, dès le principe, autant de sangsues avides qui suçaient le plus pur du sang mexicain. On se rappelle les quelques détails

que j'ai donnés sur les consuls de Maianioros, lors du pronunciamienlo de Carvajal en I80I; des faits analogues ont eu lieu avant et après cette époque, maintes et maintes fois, et j'aurai bientôt l'occasion d*en citer un autre qui nous touche de plus près. En faisant décréter sa loi sur les étrangers, je ne sais si M. Gulierrez de Estrada obéissait h un sentiment de haine contre eux ou bien à un sentiment de justice envers sa patrie, mais il est certain que dans un pays où les nationaux et leurs propriétés ne sont point en sûreté, où la vie et les biens des citoyens sont fréquemment compromis, Tinviolabilité des étrangers est impossible à maintenir. De toutes les nations européennes, TEspagne, je Tai dit, avait le plus le droit de se plaindre et d'exiger, au nom de l'honneur national outragé, des réparations du Mexique, car fréquemment on a pillé, expulsé, assassiné les Espagnols en haine de leur nationalité. Deux fois la France l'eut au même titre; mais l'Angleterre, les États-Unis et l'Allemagne n'ont jamais eu que des raisons d'intérêt et de dignité, au fond de toutes leurs plaintes. Ces raisons pourtant sont assez légitimes, assez graves, selon le droit des gens, pour justifier la convention de Londres, Juarez ayant comblé la mesure et lassé l'inconcevable longanimité des puissances européennes par des décrets iniques. M. fiuchanan, en prophétisant cette intervention, voyait bien qu'elle était inévitable, et sans la guerre qui éclata aux États-Unis, il l'aurait prévenue en renouvelant l'invasion de 1846-1847.

 la suite de chaque révolution qui amenait le pillage, les demandes d'indemnités, faites par les ministres étrangers pour leurs nationaux, étaient toujours exagérées sinon injustes; car on ne voyait pas un coiffeur, une modiste, un marchand de bilboquets qui ne demandassent, à titre de dommages et intérêts, des sommes vingt et cent fois supérieures à la valeur de leurs pertes, lors même que ces pertes

DICTATURE. 343

étaient réelles et non fictives. Les consuls comme tous les autres négociants étrangers ont fréquemment, pour ne pas dire toujours, fàvôrisé les révolutions, au moyen desquelles ils gagnaient, en peu de temps et souvent en quelques jours, des fortunes scandaleuses, par des prêts, des transactions de douanes et l'entrée gratuite ou à peu près, de toutes sortes de marchandises. Dans mes dossiers, j'ai des extraits de journaux de Mexico, révélant rentrée en franchise pour le compte d'un ministre étranger que je nommerai, s'il le faut, de plus de deux cents caisses et ballots de marchandises, destinées à un négociant de la capitale. Ces faits furent très communs, et le petit négoce se trouvant lésé par ces spéculations, né s*est pas toujours contenté de les révéler et de les flétrir, il a voulu aussi les empêcher parla force. De tels scandales ont eu, plus d'une fois, Teffusion du sang pour dénoùment.

Dans presque tous les pays miniers de rAmérique espagnole, l'exportation de l'or et de l'argent en barres est sévèrement prohibée ; eh bien, sur les deux océans, on voit croiser des navires de guerre anglais, destinés à favoriser la contrebande de ces métaux précieux! L'exportation de ]*or et de l'argent monnayés est soumise à un droit de 2 ^/o de circulation, et de 6 % d'exportation. Pour frustrer le trésor public de ces 8 **/o» Anglais, possesseurs de la plupart des mines du Mexique, envoient cet argent à leurs consuls qui l'expédient au ministre pour l'exporter en franchise. Il y a des consuls anglais et autres qui achètent, en outre, des piastres au commerce, et gagnent ainsi des sommes considérables. Lorsque je passais à Zacatecas, à la fin de 1865, un consul avait acheté de la sorte quatre millions de piastres à 4 fr. 20, et profita de notre convoi pour les expédier. La piastre valant B fr. 30 et même 35, il réalisa des bénéfices énormes; maintenant, si l'on ajoute à ces bénéfices les 8 de ^rculation et d'exportation , qui devraient revenir au trésor et dont on le prive en faisant circuler- l'argent sous le sceau d'un repré*

344 HISTOIJUS fUÎ ^IQliE.

sentuTU étnng^T^ m comprend riodigoatioii des gouyerne*

ments mexicains contre ces ministres qui se prêtent à ces expédients déslioanêles par lesquels TÉtat est privé des revenus de la l)xanche financière qui coastilue les ressources de l'iatérieur le3 plus f>roduciives.

M. Oano, noire dernier ministre au Mexique, a été vivement critiqué par une partie de la presse parisienne, relativement à la fortune qu'il s'est acquise en se mariant à Tune des plus riclxes Uéritières du Mexique. Cette critique n'était mojtivée que par la manie de vouloir bl&mer tous les personnages français qui ont joué un rôle quelconque dans notre intervention. Je ne vois pas pourquoi ce qu'on appelle les spéculations matrimoniales, seraient délendues au corp^ diplomatique, puisque les diplomates» comme les plus modestes personnes de la société, peuvent aimer une femme et la demander en mariage, lors même qu'elle est riche et qu'elle n'est ni jeune, ni belle. Pourquoi une (omm qui a douze millions cinq cent mille francs de dot ne serait-elle point épousée par un diplomate sans for* tune? Pourquoi eè diplomate iralt^il payer au Ose sur cette somme un million pour droits de circulation et d'exportation, s'il peut s'en affranchir? Serait-ce parce que ce million eût été très utile au trésor yide de l'^mperp^r {i(aximilien ? Hais alors il (allait faire de cette question d'argent une question de sentiment pour le prince auprès duquel il était accrédité, ce qui serait pousser les exigences jusqu'à l'injustice.

Pour revenir au ministre anglais auquel Miramon fit prendre l'argent dépoâié, les personnes qui veulent justifier cette mesure affirment que c'était de l'argent procuré par les moyens que j'ai indiqués plus haut et qui était arrivé à la légation britannique sans avoir payé aucun droit. « C'est de Targenl apparieuant au commerce et qui doit payer les droits, » disait Aliramon. « C'esH de l'argent destiné i payer les détenteurs de bons de la dette anglaise et qui ne doit payer aucun droit, » répondait le ministre. Miramon vit d^i^ If^ cpjiàduiie 4u i^iuiâUe ^ue répéUUoa d^fi i^iu (^ue je

viens de signaler et qui étaient une atteinte aux lois, aux droits et aux intérêts du pays, il donna l'ordre au général Marquez, un des plus audacieux de ses partisans, de se rendre à la légaMon el de demander à l'agent officiel anglais la remise immédiate de ces fonds, pour pourvoir à ht défense de la capitale, en lui offrant toutefois de reconnaître la dette et d'en concerter le mode de remboursement. Sur le refus de Tagent, Marquer ùi briser par ses soldai le eeeau oftciel et transporter an pal^a^is Miiotnal lee oaÂ^eea qni con^ tenaieai six cent mille piastres. Le représentant anglais, ne pouvant résister à la force, amena son pavillon et se retira à Jalapa. On verra plus loin comment les Anglais se vengèrent 4o. cette spoliation, en arrêtant Miramon à Vera-Qruz,

Les trois millions de francs, pr^ par Miremon à la légation britannique, constituaient une somme trop minime pour satisfaire à tous les besoins du gouvernement national. Le 3 octobre, le président écrivit à M. Pacheco, lui demandant la médiation des ministres européens pour le rétablissement de la paix. — « Je oonsi^ëre, disait-il dans sa lettre, de grande utilité et comme véritablement nécessaire leur intervention dans les conférences , pour qu'ils essaient d'aplanir tous les obstacles à la conclusion de ce grand rés^ltetâ et je me soumets aux conditions suivantes :.— 1^ des délégués notopimés par les deux partis hostiles oonléraet avec la médiation de messieurs les ministres d'Europe et celui des États-Unis, conviendront de la façon de pacifier le pays;

ces dé/égués nommeront la personne qui doit conserver le gouvernement de tovte la république, pendant qu'une assemblée nationale résoudra les questions qui divisent les Mexicains; 3"" détermiiiei' également la manière de convoquer le congrès. Dieu veuille que cette convention, tentée wi^&AÙQii&m^X, çtbiienne un meilleur résultat que celles tentées jusqu'à présent* »

Juarez répondit à ces propositions pacifiques, en ftiisant îQdarcher sur Mexico les troupes dissidentes stationnées à

Qiiâidai^^af Moreiia» Gua^aitiLato, Quereta^^o et sur d'auU^

HISTOIBB DU nXIQUB.

points. Le 47 novembre» Miramon annonce, dans une proclamation aux habitants de Mexico, rapproche de ces troupes et les encourage à soutenir la cause nationale; mais le gouvernement conservateur 8*était aliéné bien des amis par des mesures imposées par la nécessité» il est vrai» mais arbi* traires dans le fond et brutales dans la forme. En outre, il avait proclamé la liberté des cultes, et ce décret libéral lui valut rinimitié d'une bonne partie du clergé. Cependant, ne voulant pas exposer la capitale aux horreurs d'un siège et au pillage qui pouvait en être la suite, il part avec six mille hommes à la rencontre d'Ortega qui en comptait onze mille sous ses ordres. Les deux armées se trouvent en présence, le 22 déceml)re, à Galpulalpau ; au lieu d'attendre son adversaire dans une situation favorable, Miramon^.alors âgé de vingt-six ans, donne Tordre du combat à huit heures du niatii). Les premières troupes nationales s'élancent sur les dissidents avec une telle vigueur qu'elles délogent l'armée juariste de plusieurs positions. La lutte se poursuit avec un acharnement égal des deux côtés; les combattants ne gagnent ou ne perdent du terrain que pied k pied. Miramon se multiplie; lui, ses généraux Marquez, Negrete, Goboset autres font des prodiges de valeur. Mais Ortega lance incessamment, sur les points les plus menacés» de nombreux renforts. Enfin» la bataille doit se décider par une dernière attaque contre le centre des dissidents; Miramon donne l'ordre à sa cavalerie, composée d'environ douze cents chevaux, de charger l'ennemi; cette troupe hésite, il réitère Tordre d*une voix impérieuse ; les cavaliers partent» mais à la première charge une partie passe à rennemi, le reste» démoralisé par celte trahison, tourne bride et se disperse. Miramon était vaincu.

De retour h Mexico, dans la matinée du 23 décembre, avec quelques débris de son armée» Miramon veut sauver la ville des scènes de désolation que lui préparaient les bandes sauvages de Carvajal qui suivaient Ortega ; il charge le corps diplomatique étranger de s'interposer pour sauvegarder la

DICTATURE. 847

capitale contre les entreprises des guérillas et de Aire cesser

un état de guerre qui n^avait plus de raison d'être du moment où Miramon abandonnait le pouvoir et laissait Mexico sans défense. L'aristocratie si égoïste, le clergé si indifférent et tout le parti conservateur déploraient à cette heure menaçante de n'avoir pas su protéger Télu de leur parti, le défenseur de leurs intérêts et le soutien de l'intégrité du territoire national ; mais ces regrets, comme tous les précédents, étaient trop tardifs; il fallait maintenant subir les lois du vainqueur.

M. Dubois de Saligny, ministre de France, et M. Pacheco, ambassadeur d'Espagne, se rendirent aussitôt auprès d'Ortega» accompagnés du général Beriozabai que Miramoo n*avait point voulu faire fusiller, et qui accepta avec une noble loyauté de joindre ses efibrts à ceux des ministres eu< ropéens pour obtenir une honorable capitulation. Les médiateurs, de retour à Mexico le 24, à midi, annoncèrent que la capitulation était refusée et qu'ils n'avaient obtenu que la promesse de confiner à l'arrière-garde les bandes de Carvajal et de Gueillar. En apprenant l'insuccès de leur mission, Miramon déclara qu'il ne compromettrait pas, par sa présence, la sûreté de la ville dont il remit le commandement entre les mains du général Beriozabai pour maintenir l'ordre public. De leur côté, les ministres européens armèrent leurs nationaux, en attendant le rétablissement d'un gouvernement régulier dans la capitale.

Miramon, d'abord escorté par quelques troupes, atteignit seul la côte avec quelques rares amis, et, délaissé de ses plus chauds partisans, s'embarqua pour la Havane sur le brick français le Mercure, après avoir échappé à la mort plusieurs fois. Le 24 décembre au soir, Ortega entra dans Mexico.-Ocampo, ministre de Juarez, arriva bientôt après. Un des premiers actes du nouveau gouvernement fut de dissoudre Tarmée nationale» Juarez vint lui*môme le 11 janvier 1861, Dès son arrivée, il lança une proclamation dans laquelle il disait que ce le clergé étant le principal promoteur

de U gM^r^r^ fiiviil^i i) 4evait payer les domoiag^i^ pr4iadiees oatusén au pays par les deroières rjéyaluiioas ; en cou* s^queace, les menus et les émoIumeAls du clergé seront

confisqués pour en disposer d'une manière définie par un décret. » Un autre décret déclarait que les chefs du parti vaincu seraient poursuivis pai* i^es tribunai^x. Puis» il iijÂima Tordn^ à N. PacheGO el au nooee du pape, rnooseigoe^r Gle« menti, de quitter sans aucun délai le territoire mexicain, k cause de leurs sympathies pour le gouvernement déchu. Le ministre de Guatemala fut également expulsé, aius qu^Tar* cl)evéqiie df Hexico et les évôq^^s de ]a r^bliqjie.

Dans ^te triste bistoire du Mexique, Fimpartialiité me fait un devoir de ne iiâ'inspirer, en racontant les événements passés, que des documents authentiques qui déLaillenl les faits et les apprécient d'après i'opijiiOAdu public mexicain. Mais en voyant la çontradiciion fiagra,i;ue entre le titre et les actes des gouvernements soi-disaat libéraux, il m*esi permis, de déplorer l'ignorance dans laquelle se trouvent les écrivains et les orateurs français qui ont parié du Mexique, sur les faits et gestes de ces gouvernemeuls. J^ ne veux pertaiaftmeat pas suspecter la bonne toi de ces orateurs et de ces écrivains, mais il est regrettable que, entraînés par leur esprit d'opposition et par leurs nobles sympathies pour toutes les enseignes du libéralisme, ils ne sq soient pas doo^é la peine d'étudier loyalemeiu e|t gérieusemeot cette bistoirç sur laquelle ils n'ont peut-être pas dit deux mol^ de vérité; ils auraient vu que le drapeau libéral était un mensonge au Mexique et qu'il cachait, encore plus que le drapeau conservateur, l'égoï^e le plus antipatriotique, lei» ambitioiisî per*

sonneUes les moios jgstlfi^^» et les baioes politiques les plus inexorables, les plus aveugles, les phis désastreuses.

L'esprit d'opposition dans les livres comme h la tribune du corps législatif n'a fait jaillir sur la question mexicaine que des i^rreur^ bistoriqju^s et d'appréciation, parce qu'il s'agissait de çritiquer le gouvernement impérial et non de dét^mineir Ica passes vrai^ qui ont amené l'assassinat de Queretarp,

DICTATURB. ^

Si M. de Saligny ne fut pas compris dans les décrets d*expulsion lancés par Ju^irez contre le corps diplomatique, c'e$t notre ministre» &si arrivant à Mexico, prévit la chute prochaine ide Miramon et ne préseata pas ses lettres de créances qu'il remit seulement à Juarez. A la suite de la reconnaissance du gouvernement de Juarèz, par la France, M. de Saligny passa une convention avec M. Zarco, chef du nouveau cabinett stipulant les indemnités auxquelles nous prétendions , et déterminant le droit de nos nationaiix. Je n*ai jamais pu comprendre pourquoi les gouvernements européens s'obstinaient à conclure des traités et des conventions aveii^ieâ gOiUveraemeats mexicains, puisque une longue expérience leur prouvait que cea ti*aités ne servaient à rien et que leurs réclamatioas étaient parfaitement inutiles, lors même qu'on les reconnaissait sur du papier. L'opposition, en déclarant qu'on devait traiter avec Juarez à Vera- GruZf à Ûrizaba, à Puebla, à Mexico, faisait preuve d'une ignorance déplorable de rhistoire du Mexique et de Fim* puissance de ses présidents à remplir aucun engagement mais les gouvernements étrangers n'avaient point cette excuse à faire valoir, ils savaient tous que les protestations, stériles par la voie diplomatique, ne pouvaient avoir de ré* sultat que par une Intervention, à la mode américaine, c*est à dire l'envahissement du territoire mexicain.

Juarez, non satisfait d'avoir proscrit ses adversaires politiques, annula tout ce qu'avait décrété son prédécesseur. Il ne voulut point reconnaître les hons Jecker, il supprima le conseil du crédit public, celui des mines, le fonds judiciaire, diminua le nombre des monastères de religieuses, sécularisa les hôpitaux et les établissements de bienfaisance, développa la loi de désamortissemeut des biens de mainmorte, vendit en plusieurs lots la citadelle, fit main-basse sur les capitaux des monts-de-piété et des pensions des veuves, des orphelins et des retraites, suspendit le paiement des conventions étrangères, augmenta de 100 % les droits

sur les douanes intérieures, imposa une taxe sur les héri-

tages et les legs, fit un nouveau décret pour poursuivre tous ceux qui avaient servi sous son prédécesseur, et permit aux gouverneurs de faire fusiller sans jugement tout individu pris

LES AKMKS A LA MAIN SUT les graiides routes. Tous ces décrets de Juarez, passés sous silence par l'opposition en France, ne semblent point émaner d'un gouvernement qui se dit régulier et constitutionnel, mais d'un homme appelé au pou* voir, comme la plupart de ses prédécesseurs, par la force des baïonnettes, n'ayant aucune notion de la légalité, désirant obtenir de l'argenl h tout prix, par les moyens les plus odieux comme les plus impopulaires, et voulant surtout se venger des hommes et du pays qui n'avaient point voulu de lui pour président. Juarez nous paraît, au dix-neuvième siècle, le vrai Zapotèque, ennemi de ses conquérants les 3iexicains, et leur faisant payer cher la servitude de sa race. Cette interprétation de ses actes inqualifiables est la plus digne et la plus flatteuse pour lui. Sinon, ses vengeances arbitraires ou ci uelles et ses décrets de proscription, de mort et de spoliation mériteraient des épithètes flétrissantes que l'histoire lui donnera peut-^étre un jour.

Page 1