‹ Histoire du ministère de G. CanningChapitre 15 sur 36 · TOME H · texte numérisé non relu

TOME H

162 HISTOIRE Dt; MUViSTèHE

pouvoir* Comme elle annonçait, d’ailleurs, avec assurance, que jamais Canning ne parviendrait à rallier autour de lui les grands de la monarchie , le premier ministre, qui venait de faire Fessai de sa force et de la conlianee quil inspirait, ne lui répondit qu’eu lui montrant l’appui que lui prêtaient le duc dedarence, héritier présomptif du trône; les ducs de Devonsliire, de Portland, de Leeds; le marquis de Lansdown, le comte de Carliste, lord Spencer et tant d’autres chefs des premières familles <1 Angle terre. Vaincue sur ce terrain, cette faction FaUendait aux Chambres, et surtout à celle des pairs où elle affirmait que, maigre les secours puissans sur lesquels i! comptait, il a obtiendrait jamais fa majorité* La séance dn 25 mai confondit encore une Fois cet espoir, qui, s’il eût été réalisé, préparait à Canal ug îles obstacles, peut-être iusuriiioutables pour 1 avenir, dans un moment où, pour s affermir davantage, il avait besoin de montrer qu il était déjà fort* Dans la question des céréales , le résultat du premier partage parlementaire, donna, dans la Chambre haute, sur la proposition de renvoyer le bill h un comité, une majorité de 120 voix aux ministres contre 63 h En considérant leseilbrts inouïs faits

1 Nous u avons pas cru devoir nous étendre sur cette seanee , I objet de la discussion D*étant que d'un intérêt purement local et qui ne se lie en rien à la politique.

DE G- GAWNUÎG*

par la faction démissionnaire pour faire repousser ce bilt;en réfléchissant quelle regardait cette discussion comme un de ses grands moyens pour faire perdre U Caiming toute sa popularité: que cette question était, en quelque sorte, personnelle au ministre qui l avait soulevée dans un temps où il n était encore que simple député : et qu enfin la principale force de l'opposition antinationale résidait dans la Chambre des pairs, une majorité aussi forte, bien qu'elle dut être de peu de durée, dans une question de cette importance, fut regardée comme une preuve certaine et décisive fie la force et de la stabilité de la nouvelle administration, La législation proposée au parlement, dans celte occasion, avait pour objet de diminuer de beaucoup, pour 1 Angleterre , les droits d'importation sur les blés étrangers, et de faire ainsi baisser le prix de ceux récoltés dans les trois royaumes, dout se composent en partie les revenus de la plupart des grands propriétaires qui siègent dans la Chambre des pairs. Cette seule circonstance, en démontrant toute f importance d une semblable ques-

sscule eu possession de fixer V attention générale, Néanmoins , comme la législation des céréales fut le prétexte dont les ennemis de Cannmg se servirent dans l espoir de ruiner sa popularité, il a paru nécessaire de ne point passer sous silence quelques détails qui tendaient a faire connaître ecs honteuses manœuvres*

tion , discutée devant les parties intéressées et soumise à leur décision, ne laissait que bien peu de chances de succès. On pouvait même croire, d'après + Top inion individuellement manifestée par un grand nombre de pairs sur la nature et l'objet du Bill s et îes sentimens personnels de malveillance que plusieurs portaient ouvertement à Canniug, que ce bill serait repoussé par une majorité considérable; mais les esprits s'étaient éclairés par la discussion, et malgré les intrigues de la faction qui avait mis en jeu les plus liants personnages , les intérêts individuels cédant aux grandes considérations d'intérêt public, la proposition ministérielle fut accueillie par une trèsgrande majorité. Néanmoins les choses avaient été tellement combinées , que pendant que la sagesse et la raison remportaient cette victoire dans la Chambre des pairs, sir Thomas Lethbrige, fidèle au système de diffamation que ses commettans l'avaient chargé de poursuivre, excitait un scandale nouveau dans la séance des communes de ce même jour (25 mai), et insultait à la loi de Tétât, au monarque, et au premier ministre par l'insolente déclaration qu'il faisait à la Chambre « qu il ne pouvait avoir aucune confiance dans M. Canning, attendu qu'il était notoire que, tandis que ce ministre favorisait de tout son ascendant l'émancipation des catholiques, V auguste personnage dont il tenait ses pouvoirs professait une opinion toute con~

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traire, » Cet oubli des convenances parlementaires et de tout respect pour les droits de la couronne fut ? il est vrai, vivement ressenti par la Chambre, qui, profondément pénétrée de ce premier principe du gouvernement représentatif, « qu'en aucune circonstance, et sous quelque forme ou allusion quelconque, il nest permis de faire intervenir l'opinion ou la volonté personnelle du souverain, dans une discussion parlementaire, » interpella, d'un cri unanime, son orateur (le président) de rappeler à Tordre l'opinant; ce qui fut fait dans les termes que Ton vient de rappeler*

La séance des communes du premier juin présenta Tétonnant spectacle d'un homme d état qui, ayant été, pendant la plus grande partie de sa carrière ministérielle , exclusivement occupé de haute politique ou d administration intérieure , et n ayant interrompu ces travaux que pendant un court espace de temps, pour se livrer à des calculs financiers, auxquels il ne se croyait nullement propre, se trouvait maintenant dans la nécessité de confondre dans sa pensée ces deux branches importantes du gouvernement, de les diriger en même temps , et d'assumer ainsi sur sa tête une double responsabilité, fl est vrai que, lorsqu'en 1816, Canning avait été appelé à la présidence du bureau de contrôle, Tétude particulière qu'il avait faite et la connaissance qu'il avait acquise des affaires de Tlnde, pendant les

six années qu'il avait occupé cet emploi, l'avaient singulièrement familiarisé avec les matières de finances; mais depuis long-temps ses travaux avaient pris une direction iout-à-fait nouvelle, dont l'importance absorbait tous ses soins; et d ailleurs, il nest pas difficile d'apercevoir combien le gouvernement des finances d'un grand empire remporte en détails, en difficultés,’ en embarras, en responsabilité de tout genre, sur là comptabilité, quelque importante qu'elle soit, d un pays dont le commerce et les finances sont entre les mains d'une compagnie. Ce fut donc avec une véritable admiration que, dans la séance dont il s'agit, ou entendit Canning, après que la Chambre se fut formée, sur sa proposition, en comité de subsides, développer avec le plus rare talent et la plus étonnante clarté, les besoins et les ressources de F Angleterre, et s exprimer en ces termes :

« Messieurs, la tâche que j'ai à remplir aujourd'hui* difficile par sa nature pour celui qui f entreprend pour La première fois, est rendue plus pénible par la considération que les finances du pays ne sont pas dans an état de prospérité sans mélange, 11 est vrai que .le mauvais état de certaines parties a répandu sur toutes quelque chose de triste et de sombre, ce qui, peut-être, a fait éprouver à cette Chambre et au pays des sentimens de découragement que les circonstances n'auraient pas dû produire, et qui ne seront

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parlais par les opinions ni de ce comité ni des observateurs les plus intelligens hors de cette Gli ambre.

» S’il faut admettre , dans notre situation actuelle, des circonstances propres k exciter des réflexions pénibles, il faut admettre aussi d'autres circonstances qui font prévoir une amélioration certaine* Plus on examinera avec soin et avec exactitude l'état des finances du pays, plus ou s'assurera que tes moyens de réparer le mal ne sont pas difficiles 41 trouver, et que la réparation elle-même n'est pas éloignée*

» D après les estimations fondées sur les recettes fie farinée 1826, le revenu de 1827 doit être de 54,600,000 livres sterling. Les dépenses de 1827, non compris la caisse d'amortissement, seront de 51,764,000 livres sterL Les dépenses de la caisse d’amortissement seront de 5,700,000 livres sLerl* Ainsi donc ? il y aura t cl je regrette d’être obligé de le dire, un excédant de dépenses sur les recettes de 2,864,000 livres sterling*

» Tarot considéré, je suis disposé à remplir le déficit par le moyen de billets de 1 échiquier j cependant je désire consulter le parlement* Le pays est dans un état de convalescence, et j’aime mieux avoir recours aux anciens moyens de soulagement, que de rien adopter de nouveau* »

Canning fit connaître alors le montant des subsides pour 1 année. Il déclara » qu il ne ferait aucune promesse par rapport aux dépenses, attendu

que de pareilles promesses sont toujours exa-r gérées par ceux à qui ou les fait, et finissent par produire des mécontens. »

Canning termina ces observations par une citation d’une très-longue étendue, extraite don discours prononcé par William Pitt, en 1792.

Les discours de Pitt passent généralement pour produire moins defiet à la lecture qu’ils n’en faisaient autrefois sur la Chambre des communes, dont il pouvait, par tant d'autres moyens, influencer les sentimens et gouverner les passions. Mais ici, Canning se laissa tellement entraîner au plaisir de rappeler les pensées et les propres paroles de celui dont il avait la modestie de ne parler que comme de son maître ; il identifia avec tant d’abandon et de vérité son système avec celui de ce grand homme d état, dans une question où le seul nom de Pitt faisait autorité, qu’on eût cru entendre le fils de Chatam lui-même, au moment où, empruntant le langage de ce ministre, Canning montrait les ressources immenses et l’énergie vivifiante de V Angleterre, et annonçait , comme il l’avait déjà fait en 181 2, en s’adressant aux électeurs de Liverpool, que « fidèle aux principes qui avaient jusqu’à ce jour jeté quelque éclat sur sa carrière, et immuable dans ses résolutions, il continuerait à prendre pour guide dans sa conduite politique 1 exemple de ce grand homme, v En effet, le budget présenté par Canning dans cette séance du premier juin, était surtout digne

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d’attention par sa précision et son extrême simplicité , qualités qui se rencontrent rarement dans ces sortes de matières, où la crainte de porter atteinte au crédit public rend presque également dangereux de tout dire et de tout dissimuler. Cannhig, auquel il eût été impossible de présenter un nouveau plan de finances, au moment même où il s’occupait de la composition du ministère, avait annoncé, depuis plusieurs semaines, l’intention où il était d’éviter tout changement important dans le cours de la session, dont le terme n était pas éloigné. Cependant malgré cette résolution, on savait qu’il aborderait loyalement toutes les difficultés que présentait la situation actuelle de FAngleterre et qui devaient être imputées h l'administration dont feu le marquis de Londouderry avait été le chef Le déficit, dans le revenu de Tannée, était de 2,864,000 livres sterling (71 millions 600 mille francs ), c'est-àdire que la somme destinée par le parlement à la réduction de la dette nationale était diminuée d’autant. Dans le cours de son exposé, Ganning avait démontré que pendant les quatre dernières années, la dépense avait excédé le revenu déplus de 25,000,000 de livres sterling (625 millions de francs), ce qui n était que 1,800,000 livres sterh ( 45 millions de francs ) au-dessous de festimation faite, lors de l’établissement de la caisse d’amortissement, sur les bases existantes à fépoque de ce rapport. Quoiqu’on pût y apercevoir

quelque différence dans les sommes versées penché nt certaines périodes données, pour composer ce total* le résultat différait peu néanmoins du calcul primitif, puisqu’il ne présentait qu’un déliait de moins de 3,-000,000 pendant un intervalle de cinq années , lequel offrait une dépense de près de 300,000,000 livres sterling (7 milliards500 millions de francs. )

Canning obtint sur tout les suffrages des hommes éclairés et de bonne foi, par la ferme volonté quil ma ni lesta de ne se livrer* même dans l’intérêt du trésor, à aucune exagération sur les ressources de l’état. Quoiqu’il se crût fondé îi regarder comme probable l'augmentation du revenu public, il sc garda de la présenter comme positive. Toujours en mesure contre les chances les plus défavorables de la fortune et ne se livrant point à ses illusions décevantes, i! 11 e laissait échapper aucune occasion de faire connaître sa pensée et ses plans à la Chambre, sur la nécessité d’introduire une sévère économie dans les dépenses publiques, et de faire toutes les réformes qui seraient compatibles avec le service de l’état. Dans cette vue * il proposait d’abord une émission de billets de l’échiquier pour combler le déficit* et il était impossible, en effet, pour détruire un mal qui pouvait n être que temporaire, de trouver un expédient plus convenable, dans un moment surtout où la confiance attachée au nom , aux intérêts et aux actes du premier ministre, rendait

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au commerce une activité dont les progrès se faisaient remarquer de toutes parts, et permettaient de croire que le but quon se proposait d atteindre, serait rempli par cette mesure, et que le gouvernement ne se verrait pas dans la lâcheuse nécessité d augmenter la dette consolidée, 1 ou Les ces vues, vraiment patriotiques, obtinrent 1 assentiment et les su tirages sincères de loppuslion , dont les chefs les plus distingués n avaient maintenant quune pensée commune avec le gouvernement national.

Cependant le parti qui s'était mis en état de guerre avec la nouvelle administration, venait de prendre une sorte de revanche a sa défaite du 25 mai dans la Chambre des pairs, formée en comité général, le premier juin, toujours sur la question des céréales et au moment même où Cunning remportait une nouvelle victoire dans la Chambre des communes. Un amendement proposé par le due de Wellington et adopté a une faible majorité de ;8 voix contre j&. 9 venait, en imposant indirectement une taxe additionnelle sur les grains importés ou emmagasinés, de porter une atteinte grave a la constitution britannique. Ko effet, le droit de cliauget ou d'établir des impôts et des taxes, appartenant exclusivement à la Chambre des communes, et la Chambre des pans n’ayant, eu aucun cas, le droit de porter un bill d argent ou de I altérei et de le modifier s’il existe, il y avait, dans

l’amendement adopté par cette Chambre, une véritable usurpation de pouvoirs, un caractère d’autant plus hostile contre Caoning, que le bill ayant été préparé avec un soin particulier et l’examen le plus réfléchi entre lui et le comte de Liverpool, qui avait mis la plus haute importance h son adoption, personne n’ignorait que c était uniquement en haine du nouveau premier ministre que le duc de Wellington, qui savait fort bien que son amendement blessait a la fois les intérêts du roi, en arrêtant les subsides de la couronne, et les intérêts du peuple en empêchant que le pain ne lui fût fourni à un prix modéré, avait néanmoins employé toute son influence pour le faire accueillir. Une circonstance, dont on n’eut connaissance que plus tard, fut peu honorable pour les ennemis de Garniing, c’est la perfidie avec laquelle ils avaient persuadé h quelques-uns de leurs collègues, qui n étaient point dans le secret de cette intrigue, que voter en faveur de l’amendement, n’était nullement voter contre le bilh Il est à peu près hors de doute quà cette supercherie seule les adversaires de l'administration durent en ce moment la laible majorité de quatre voix qu’ils exaltèrent comme une grande victoire remportée sur le premier ministre.

Les conséquences de V amendement du duc de Wellington ne tardèrent pas à se faire sentir. Dès le 5 juin, quatre jours après son adoption, les grains éprouvèrent, sur le marché de Lon-

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tires, une hausse assez forte; et comme Vamendement n'avait eu pour but que de faire rejeter le bill lui-même, le peuple, qui ne se laissait point tromper par les démonstrations de cette vive sollicitude pour ses intérêts, tout-ii-lait nouvelle dans des hommes qui s étaient constamment montrés les ennemis de sa liberté, ne manqua pas d'accuser le duc d’avoir spéculé sur son mécontentement et ses besoins comme sur un moyen eflieace pour renverser une administration qui, par cela même quelle était nationale, excitait la haine de la faction dont il était le chef. On pensait d'ailleurs généralement que reflet de l'amendement devait arrêter l'amélioration qui se faisait dèjîi remarquer dans les districts manufacturiers, et de compromettre la tranquillité publique dans le cas où la récolte de l’année suivante ne se présenterait pas sous un aspect favorable. Quant à Canning, loin de nuire h sa popularité, la haine aveugle et maladroite de scs ennemis contribuait a raffermir, puisque les inconvéniens qui peutêtre résulteraient des retards qu éprouverait létablissement définitif de la législation sur le commerce des céréales, ne pouvaient lui être imputés, et que ses efforts pour faire décider cette question d’une manière favorable au peuple , étaient connus de toute l'Angleterre.

Cette manifestation de l’opinion publique ne changea pas les dispositions des ennemis de Lan-

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