MANIFESTE UE LA PORTE OTTOMANE
(12 janvier. )
* Pouii peu qu’on ait Æinteliigewe, on sait que si tous les musulmans haïssent naturellement les infhlclts, bs infidèles de leur côté sont les ennemis des musulmans ; que la Russie surtout porte une haine particu-
1 L'authenticité de ce manifeste avait d'abord été contestée à Paris et surtout à Londres, où il a perlé l'alarme dans la Cité; mais ces bruits avaient été répandus dans des intérêts de bourse qu i!est fort aisé de comprendre. On a dît ensuite, afin deiph quer les démarches subséquentes par lesquelles ces de tût cabinets S^efiorçaient de conjurer la guerre imminente qui menace 1 Europe , et rendre ces démarches moins humiliantes ( qu'on nous pardonne ce terme auquel nous ne trouvons pas d équivalent pour rendre notre pensée) pour l'honneur des deux nations, que ïe manifeste n'avait eu , dans le principe , d'autre objet que tle faire connaître au* ageus du gouvernement ottoman les véritables seuthtiens de la Porte, l'ensemble de sou sÿsleme politique , et les motifs qui avaient dirigé toute sa conduite pendant les longues négociations ouvertes entre elle et les puissances chrétiennes- Reste à savoir, en ce cas, comment ce manifeste a acquis une publicité telle qu'il circule maintenant dans toute l'Europe. Nous concevons, nous approuvons même jusqu a un certain pûiut les considérations prises dans la protection dut
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culièrc à l'islamisme, et qu'elle est la principale ennemie de la sublime Porte,
» Depuis cinquante à soixante ans , jalouse cîe mettre a exécution ses coupables projets contre la nation musulmane et l'Empire ottoman , die a toujours profité du moindre prétexte pour déclarer la guerre. Les désordres commis par les janissaires, qui grâce à Dieu sont anéantis , favorisaient ses progrès. Elle a peu à peu envahi nos provinces ; son arrogance et ses prétentions nont fait qu'augmenter, et elle a cru trouver un moyen facile d'exécuter son ancien plan contre la sublime Porte ; en soulevant les Grecs ses co-rèligionnaires. Ceux-ci. réunis au nom de la religion, se révoltèrent simultanément; ils firent aux musulmans tout le mal possible ; et, de concert avec les Russes, qui, de leur côté, attaquèrent l’Empire ottoman, ils conspirèrent l 1 extermination de tous les fidèles et la ruine de lu sublime Porte ( dont Dieu nous préserve
iiu commerce, a tnt nombreux étnblisscmens chrétiens formés dans les Échelles, et à la sûreté des personnes qui déterminent tes mesures des cabinets alliés; mais il résulte bien évidemment de l'état actuel des affaires d’G rient, que fan a fait trop ou trop peu, et, dans les deux cas, le grand but du traité du 6 juif tet 1827 ne sera pas atteint* On ne pouvait pas attendre nu autre résultat de la nouvelle composition du ministère britannique; quoi qu'il en soit, èe second manifeste de la Porte ottomane est, par la franchise de sa perfidie et la gravité de ses couse q tiennes probables , le document le plus important peut-être qui soit jamais sorti des archives de la diplomatie orientale. Bien qu’il soit postérieur de six mois à la mort de Cauning, nous avons jugé indbpensable de le rapporter ici comme se rattachant d'une manière particulière nu traité du G juillet et â la glorieuse bataille de Navarin, première conséquence de ce traité* Au reste, ne craignons pas de le dire ; si la forte s est affermie de plus en plus dans sa funeste résolution de né point accorder l'émancipation de la Grèce ; si elle soulève en ce moment toutes les résistances
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h Grâce à Fassïstfuiee divine .et à ln protection de notre saint prophète, ec perfide complot foi découvert peu de temps avant d'être mis m exécution ; les mesures prises dans la capitale , sans perte de temps, arrêtèrent, dès le principe, les coupables projets dont Taccompl ssetnent avait para si facile ; l’épée fit justice efu : bon nombre des rebelles de Morse « de Négrepont, d’Àcarnaniéi de Missoloughî, d’Athènes et d’antres parties du continent, Les rebelles de 1$ Morée et des des foyer osèrent , dès le commencement des troubles f combattre les musulmans j ils en tuèrent une quantité j ils réduisirent en esclavage les femmes et les enfans ; et sous le nom de gouvernement fie la Grèce, ils se portèrent à des excès inouïs
» Depuis plusieurs années, des années considérables de terre et de mer ont été envoyées contre eux ; mais nos
dans ses empires d'Europe et d'Asie : si une guerre, dont les conséquences sont impossibles a prévoir, menace l'Europe d'une conflagration générale ; c’est à l'absurde autant qu'abominable politique suivie depuis les six dernières années par trois grands cabinets du continent, dnnt le plus criminel est celui d'Autriche; c'est aux barbares conseils donnés au divan contre des chrétiens 7 par tes envoyés chrétiens des cabinets chrétiens des rois chrétiens : c’est à l’atroce abus de ('impraticable théprie de la légitimité dont la politique ou ta foice peuvent, a tout instant, rendre L'application impossible, qu'il faut attribuer |e long ave nir de calamités qui peut s ouvrir devant nous. C’est enfin sur les tètes déjà chargées d’une effroyable responsabilité des Metternieli, des Yillèîe cl de celui des ministres britanniques qui a exprimé l'intention de modifier le traité du lî juillet, que doit retomber tout le sang qui sera versé encore.
En dernier résultat, il ne manquait au document que nous rapportons ici qu'une dernière preuve d'authenticité* et il a reyu cette preuve de la déclaration faite par t'Ofyapvatenr nuiqçkjttti de M. de Mcttcrnich, * que cette pièce u n aisaluntvnt rien de diplomatique.
troupes de terre , découragées par le manqué de paye T ue montrèrent pas L’ardeur nécessaire : notice flotte également no put réussir, à cause de l'ancienne désorganisation de J arsenal* L affaire traînant ainsi en longueur , d'autres Européens que les Russes, animés par [ ambition v fournirent secrètement toutes sortes de secours aux rebelles, soit par promesses, soit de fait, et devinrent la cause particulière de la prolongation des troubles* Eu lin, entraînées par les ruses et les Insinuations de la ïlussic , l'Angleterre et la France s’unirent à elle, et, sons prétexte que leur commerce souffrait de la longue durée dos troubles, elles firent entièrement renoncer les Grecs à leurs devoirs de rayas par toutes sortes d'artifices*
« 11 fut, à différentes époques, proposé à la sublime Porte de ne plus se mêler des affaires des Grecs, en leur donnant une forme de gouvernement indépendant ; de fes séparer totalement des musulmans \ d établir cheï eux un chef connue en Valacliîe et en Moldavie, et de leijr accorder leur liberté moyennant un tribut annuel. Telles furent k peu près les vaines propositions qu'on lui fit* Comme il est évident que cette prétention de Ube.rtiî. ne tendait à rien moins ( le ciel nous en préserve) qffa Ifaire tomber entre les mains des infidèles tous les pays d J Europe et d'Asie où les Grecs se trouvent mêlés avec les musulmans; à mettre insensiblement les rayas à la place des ottomans et les ottomans à la place des rayas; à convertir peut-être nos mosquées en églises, et à y faire résonner la cloche - en un mot, à anéantir facilement et promptement l'islamisme; ni la raison , ni la loi, ni la politique , ni la religion ne permirent d'accepter de semblables propositions* La sublime Porte donna maintes fois, soit par écrit, soit de vive voix, les réponses nécessaires avec toutes les formes officielles,
et suivant la teneur des traites. Quoique le but des Francs ait été pressenti dés le principe , et que tout an nonçât qu'en définitive le sabre seul devait'répondre a leurs propositions 'néanmoins 7 pour ne pas troubler le repos des musulmans, et et un autre coté pour gagner le temps nécessaire aitæ préparatifs de guerre , la sublime Porte s’efforça de temporiser , autant que possible r avec des réponses satisfaisantes et des conférences o fficielles au sujet du déshonneur et du préjudice que les propositions des trois puissances causeraient à Vempire et à la nation.
* C’est ici le cas dobset ver que , quoique les demandes faites par les Eusses à Àckennan . an sujet des indemnités , et surtout à 1-égard des Servions , ne fussent aucunement susceptibles d’être admises, néanmoins les circonstances étant pressantes, on y acquiesça bon gré malgré et par nécessité, afin de saisir Foecasion de conclure un traité pour le salut de la nation mahometane. Jusqu’à présent, la plupart des articles avaient obtenu leur exécution ; on avait également entamé les conférences relatives aux indemnités et à la Servie, et quoique ces deux affaires aussi ne fussent pas de nature à être réglées de bonne grâce, elles furent cependant prises en considération comme des actes déKiolencc,
» La Russie ne s’en tint pas encore là ; les réformes militaires adoptées par la sublime Porte lui portèrent ombrage ; elle sentit qu T un joui" cette résignation pourrait faire retomber sur elle-même le mal qu’elle avait préparé à l'islamisme. Dès lors, elle résolut de ne plus laisser de relâche aux musulmans. La Russie, l'Angleterre et la France convinrent en truelles <1 établir forcément la liberté dont il a été question plus haut,
» Depuis unau, ces trois puissanc es ont demandé si-
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multanémen t la liberté grecque, par l'entremise de leurs ambassadeurs, officiellement et ouvertement, comme une concession toute simple* La sublime Porte n'a pu y souscrire, ni suivant la toi, ni suivant la raison, ni selon la politique , ni selon la religion* La nation musulmane en a été indignée , et il est de toute impossibilité que jamais on y consente* Le gouvernement ottoman s'efforça de les faire renoncer à leurs prétentions par toutes sortes de réponses, mais son langage ne produisit aucun effet* Fières de leur force, elles persistèrent opiniâtrement et rigoureusement à bure accepter leurs demandes, et finirent par envoyer des Hottes dans la Méditerranée* Elles empêchèrent on vertement les escadre*s ottomanes et égyptiennes, destinées à punir les rebelles, d'attaquer les îles. Ces deux escadres, étant entrées dans le port de Navarin , attendaient tranquillement les ordres de la sublime Porte , lorsque les flottes russe, a ng la ise e t fi ança ï s e entreren t i uop i né me n t comm e ami es dans le même port, commencèrent le feu toutes trois ensemble, et tout le monde sait la catastrophe qui eu est résultée pour fescadre impériale*
» Les trois puissances ayant ainsi rompu ouvertement les traités et déclaré la guerre , la sublime Porte avait plein droit d user de représailles, et d’agir tout autrement, eu premier lieu, avec les ambassadeurs, et ensuite avec les nationaux et les bûtkoeiis qui se trouvaient ici* Mais les ministres de ces trois cours ayant cherché h se justifier en déclarant que c étaient les commun dans de la flotte impériale qui avaient donné lieu au combat, la sublime: Porte , eu egard aux; circon* stances , garda le silence , et usa de politique par un dernier effort. En même temps , elle invita les trois ambassadeurs à se désister de l'affaire grecque. Sourds à ta voix de l'équité, ces infidèles ne cessèrent d'exiger que leur demande fût admise telle quelle, relativement tome n*
à la liberté grecque ; on petit même dire que leurs in stances devinrent encore plus pressantes. Enfin , les vues hostiles des Francs contre l'islamisme se virent à découvert. Neanmoins , dans le but de gagner du temps » au moins jusqu'à rété , on usa de tous les ménagemens possibles dans les conférences et lés pourparlers qui eurent Heu il y a quelques semaines! Il fut notifié à diverses reprises aux ambassadeurs , que , des que les Grecs demanderaient leur pardon , leurs fautes seraient entièrement oubliées» que leurs biens, leurs personnes, leurs terres deviendraient libres ; quHls jodiraient de la plus parlai te sécurité et tranquillité ; qu'il leur serait fait grâce de la capitation et des autres tributs qu'ils doivent depuis l'insurrection î qu’il ne serait plus question dés autres impôts \ qu’en outre, pour le bon plaisir des trois puissances , ils seraient exempts du tribut pendant un an ; qu’en un mot , tous les privilèges que comporte la qualité de rayas leur seraient accordés , mais que rien ne pourrait leur être concédé au-delà de cette limite.
» Dans le coqrs des conférences, la sublime Porte pria instamment les ambassadeurs de transmettre à leurs cours ses déclarations amicales et ses explications sincères , avec promesse que l’armistice, par eux-mêmes demandé» serait observé jusqu’à la réception de la réponse. Cette invitation ne servit qu’à augmenter leur orgueil et leurs prétentions. Finale.* eut, ils déclarèrent qu'ils ne consentiraient à rien, tant qu'on vl accorder ait pas les privilèges dont il s’agissait» aux Grecs habitant l'antique Grèce, c’est-à-dire la Morée, TAttique et les Iles de l'Archipel, et iis annoncèrent qu’ils partiraient tous trois ensemble.
h Les affaires en sont venu es à ce point. Si maintenant, ( Dieu nous en préserve), après avoir vu pareille conduite et une semblable condition , il nous fallait battre en re-
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traite et céder à la demande en question 5 c^st-â-dire à -celle de fin dépendance des Grecs, bientôt la contagion gagnerait tous les Grecs établis dans la Romélie et TA na tolie , sans possibilité d'arrêter le mal; ils prétendraient tous a la meme indépendance, renonceraient à leurs devoirs de rayas; et parvenant, dans l'espace cTuii ou deux ans, à triomplier de la généreuse nation musulmane , Us Uniraient un jour pour nous dicter tout-à-coup la loi, et {le ciel nous en préserve ) ü en résulterait évidemment la ruine de notre religion et de notre empire. Tandis que, grâce à Dieu , les nombreuses provinces d’Europe et d'Asie sont à elles seules remplies d’une immense population musulmane, le livre sacré et la loi nous permettentils de laisser, par crainte de la guerre, fouler aux pieds notre religion, de livrer nous-mêmes aux infidèles, de main en main, notre pays, nos femmes, nos enfans, nos biens et nos propriétés ?
j> Quoique, dans le principe, le monde entier fût au pouvoir des infidèles, néanmoins, à l’apparition de la vraie religion, Dieu aidant les fidèles, les musulmans nos frères qui ont paru et disparu depuis le temps heureux de notre grand prophète jusqu’aujourd'hui, n’ontjamaîs dans aucune guerre, par l'effet de leur sincère dévotion et de leur inébranlable courage , compté pour rien le nombre des infidèles. Maïs, unis de cœur pour la défense de la religion, combien de milliers cle fois n’ont ils pas passé au fil de l'épée des milliers d’infidèles ? Combien n'ont-iïs pas aussi conquis d’états et de provinces le sabre à la rnaïn? Toutes les fois que nous nous unirons comme eux, et que nous affronterons les combats pour la gloire de Dieu, le Try-Stant nous éclairera de ses inspirations, et notre saint législateur nous couvrira de son égide tutélaire, ses compagnons absens nous serviront de guides, et nul doute que, sous leurs auspices, nous ne rem poil ion s d’éclat an tes victoires.
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i> Si les trois puissances, en nous voyant décidés à rejeter comme pour le passé leurs vaines demandes, admettent nos réponses et nos explications, et se désistent de l'affaire grecque , bien ; si au contraire elles persistaient à vouloir faire accepter de force leur demande, lors mcine que (suivant la tradition, tous les infidèles ne font qu!une nation ), elles se ligueraient toutes contre nous, nous nous recommanderions h Dieu , nous nous placerions sous la protection de notre saint prophète ; et unis pour la défense de la religion et de l'empire, tous les visirs, 1 ulémas, les ridjas , peut-être mu me tous les musulmans ne formeraient qu’un corps*
« Cette guerre n'est point, à l'instar dès précédentes, une guerre politique pour des provinces ou des frontières^ le but des infidèles étant d'anéantir fiiamisme et de fouler aux pieds la nation mahométane, cette guerre doit être considérée purement comme une guerre religieuse et nationale. Que tous les fidèles, riches ou pauvres, grands ou petits, sachent que le combat est un devoir pour nous; qu'ils se gardent donc Lien de songer h une solde mensuelle ou à une paye quelconque ; loin de la, sacrifions nos Liens et nos personnes, remplissons avec ï.cle les devoirs que nous impose l’ItODueur de l'islamisme, unissons nos efforts, travaillons de corps et d’âme pour le maintien de la religion jusqu'au jour du jugement* Les musulmans n'ont pas d’autre moyen d'obtenir leur salut dans ce monde et dans l'autre.
>■ Nous espérons que le Très-Haut daignera confondre et disperser partout les infidèles, ennemis de notre religion et de notre empire ; et qu'en tous temps, en tous lieux, en tous cas, il accordera aux fidèles la victoire et le triomphe. Notre vraie position étant ainsi connue de tous les musulmans, peut-on douter que, pour peu qu’ils aient de fai et de piété, ils ne reconnaissent leur devoir ;
qu’ils ne s’unissent de cceur et d’âme pour le maintien de notre religion et de notre empire, ainsi que pour leur propre salut dans ce monde et dans l’autre * qu’au besoin ils ne s’accordent tous à exécuter avec valeur et zèle les diverses fonctions de la guerre, et à remplir exactement les devoirs que nous impose notre sainte loi? Le secours vient de Dieu, »