ARRAS
Il faut citer la première cette usine célèbre qui fournit de ses magnifiques produits toutes les contrées de l’Europe et donna même en Italie son nom au travail de la tapisserie. Arazzo est encore la dénomination de la tenture, arazzeria celle de la fabrique.
Nous ne saurions dire à quelle époque remonte sa fondation ; en 1551, on trouve déjà mention d’un orfroi d’Arras, parmi d’anciens comptes; nous avons parlé aussi de cet article de l’inventaire de Charles Y en 1579 : « Un grand drap de l’œuvre d’Arras historié des faits et batailles de Judas Machabeus et d’Anthogus. »
Les noms d’ouvriers qui nous ont été conservés sont ceux de :
1567. Vincent Bourselle.
1578. Iluwart Wallois.
1589. Jehan de Croisètes, tapissier sarrasinois, déjà cité.
1598. Robert Pousson, qui émigre à Lille.
1401. Simon Lamoury, id.
1404. Jehan Lamoury, id.
1406. Colard des Grès, id.
1407. Jehan de Ransart, id.
Rien que par le fait des émigrations dont nous trouvons trace ci-dessus, on comprend combien il est difficile de distinguer les ouvrages artésiens de ceux de la Flandre et avec quelle prudence il faut se prononcer sur l’origine des tapisseries du quinzième siècle. Il
en est une que nous avons pu étudier, grâce à la complaisance de M. Georges Berger, et qui, par le sujet et la facture, nous paraît à peu près authentique. Le sujet se rapportait entièrement aux vendanges bourguignonnes; de hauts personnages en costumes élégants du temps de Charles VII circulent au milieu de gens occupés de la récolte et du commerce des vins; là on apporte les fruits; plus loin on remplit des tonneaux placés sur des chantiers ; en voici qui partent sur une charrette, et là un homme compte des pièces d’or sur un baril posé debout. Le seigneur a reçu un pampre gigantesque chargé de raisins blancs qu’il semble faire admirer à la dame au hennin splendide, aux vêtements brochés rehaussés de bijoux, qui J’accompagne, suivie de ses pages et d’autres personnages sans doute attachés à sa maison. Par les costumes et la facture cette tapisserie est l’une des plus curieuses qu’on puisse voir ; on ne peut que regretter qu’elle ait énormément souffert et que ses couleurs et son tissu même soient bien atteints.
Si, au moyen âge, Arras était le véritable centre de l’industrie des tapis, les malheurs de la guerre lui ravirent son sceptre, et sa fabrication se trouva ruinée lors de la prise de la ville par Louis XI. Aussi est-ce à tort qu’on attribue à Arras les célèbres tentures exécutées d’après les cartons de Raphaël et qui se conservent au Vatican sous le nom (Y Ara z zi délia scuola vecchia. Elles sont sorties de la fabrique de Bruxelles et c’est là que nous en parlerons.