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MOBILIER HISTORIQUE

Pour parler du mobilier, il faut commencer par définir la valeur du mot selon les diverses époques auxquelles il s’applique. Dans son sens propre et général, mobilier veut ^dire tout ce qui est mobile, transportable, facile à mettre à l’abri.

En effet, dans les premiers temps de notre histoire, l’homme était en quelque sorte nomade ; si les besoins mêmes de la défense faisaient ériger des châteaux, forteresses propres à arrêter une incursion ennemie, à protéger les modestes habitations qui venaient se grouper autour, seigneurs et vassaux, riches et pauvres, prévoyant l’invasion victorieuse ou la nécessité d’aller combattre au loin pour la cause du pays, se tenaient prêts à renfermer dans des coffres réunis d’avance les objets composant leur avoir : ces coffres sont donc le premier, le plus ancien mobilier.

A mesure que la sécurité s’accrut, que les sociétés plus condensées trouvèrent un appui dans leur organisation légale, le bien-être se développa, et avec lui le luxe, ce besoin inné des races intelligentes, dont les yeux veulent être satisfaits en proportion des lumières de l’esprit.

Ce n’est donc, à proprement parler, qu’après les luttes du moyen âge qu’il a pu exister un mobilier tel que nous l’entendons aujourd’hui, c’est-à-dire un ensemble d’objets placés dans les divisions principales de l’habitation pour satisfaire à des besoins différents cl s’offrir sous un aspect agréable, élégant, grandiose même.

11 est donc bien difficile aujourd’hui de composer un mobilier vraiment historique, même en cherchant ses éléments dans les époques voisines de nous. Les mœurs et les besoins ont changé; les pièces anciennes ont été détruites en grand nombre, et lorsqu’on les trouve, elles n’offrent qu’une appropriation incomplète au confortable, invention moderne, mais qui s’impose absolument dans toute habitation luxueuse.

Quelques personnes ont songé, il est vrai, à transformer les meubles anciens pour les adapter aux exigences actuelles ; c’est là une barbarie contre laquelle protesteront tous les hommes de sens. Respectons les épaves des temps passés et gardons-nous d’y porter une main sacrilège. C’est à ce prix que des reliques précieuses peuvent conserver leur prestige et rehausser les galeries des heureux qui les possèdent.

Nous n’admettons pas non plus le compromis adopté par quelquesuns, et qui consiste à compléter, par des imitations modernes, un ensemble caractérisant une époque. Peu de personnes s’y laisseraient tromper, et une pièce fausse glissée dans une collection quelconque jette le trouble dans l’esprit du visiteur et le fait douter de l’authenticité de tout le reste.

Jetons maintenant un rapide coup d’œil sur les époques auxquelles le curieux peut demander avec chance de siiccès les parties diverses d’un mobilier de choix.

Au quatorzième siècle, Charles Y et Jeanne de Bourbon avaient réuni au Louvre et dans leurs châteaux des merveilles sans nombre dont un inventaire détaillé nous a conservé la description. Il fallait nécessairement que les appartements destinés à contenir ces trésors leur offrissent un cadre convenable, et, en effet, tous les écrits contemporains constatent 1 admiration qui saisissait les visiteurs et que partagèrent l’empereur Charles IY et son fils Wenceslas, roi des Romains, lorsqu ils vinrent à Paris en 1378. Ces princes eurent même un grand plaisir, disent les écrivains, à recevoir de la part du roi de magnifiques joyaux tels qu'on les savait faire à Paris. Christine de Pisan a chanté

les splendeurs des demeures royales « les aornemens des sales, chambres d’estranges et riches bordeures à grosses perles d’or et soye à ouvrages divers; le vaissellement d’or et d’argent, et autres nobles estoremens (meubles) n’estoit se merveilles non ». Mais si elle trouve de tels accents pour louer la magnificence souveraine, elle sait, dans le Trésor de la cité des dames, s’élever vigoureusement contre le luxe immodéré qui s’introduit dans tous les états et dérange les fortunes ; ainsi elle signale à la critique l’ameublement et les recherches de la femme d’un marchand, non de ceux qui vont outre-mer, par tous pays ont leurs facteurs et sont appelés « nobles marchantz ; mais celle dont nous disons achapte en gros et vend à détail pour quatre souz de denrées (se besoing est), ou pour plus ou pour moins (quoiqu’elle soit riche et portant trop grand estât). Elle fist à une gésine d’ung enfant qu’elle eut n’a pas longtemps. Carains qu’on entrast en sa chambre, on passoit par deux autres chambres moult belles, où il y avoit en chascune ung grand lict bien et richement encourtiné, et en la deuxiesme ung grand dressoir couvert, comme ung autel, tout chargé de vaisselle d’argent. Et puis de celle-là on entroit en la chambre de la gisante, laquelle étoit grande et belle, tout encourtinée de tapisserie faicte à la devise d’elle, ouvrée très-richement en fin or de Chippre, le lict grand et bel, encourtiné d’ung moult beau parement, et les tappis d’entour le lict mis par terre, sur quoy on marchoit, tous pareilz à or, et estoienL ouvrez les grands draps de parement, qui passoient plus d’ung espau par soubz la couverture de si fine toile de Reims, qu’ilz estoient prisez à trois cents francs (5,240 francs), et tout pardessus ledict couvertouer à or tissu estoit ung autre grand drap de lin aussi délié que soye, tout d’une pièce et sans cousture, qui est une chose nouvellement trouvée à faire , et de moult grand coust qu’on prisait deux cents francs (2,160 francs) et plus, qui estoit si grand et si large qu’il couvroit de tous lez le grand lict de parement, et passoit le bord dudict couvertouer, qui traisnoit de tous les costez. Et en celle chambre estoit ung grand dressoir tout paré, couvert de vaisselle dorée. Et en ce lict estoit la gisante, vestue de drap de soye tainct en cramoisy, appuyée de grandz oreillez de pareille soye à gros boutons de perles, atournée comme une damoyselle. Et Dieu scet les autres superlluz despens de festes, baigneries, de diverses assemblées, selon les usaiges de Paris à accouchées, les unes plus que les autres, qui là furent

faictës en celle gesine ; et pour ce que cest oultraige passa les autres (quoiqu’on en face plusieurs grands) il est digne d’estre mis en livre. Si fut reste chose rapportée en la chambre de la Royne.... qui guères plus n’en feroit. »

Le quinzième siècle n’aurait certes rien à ajoutera ce luxe; tout au plus pourrait-on lui demander des objets de nature à meubler un oratoire ou un cabinet de travail, c’est-à-dire des chaires, des fanes, des pupitres et prie-Dieu, des armoires pouvant contenir des livres, etc. Au reste, Guillebert de Metz, dans sa Description de Paris , va nous prouver à combien peu se réduisait alors le mobilier, même chez un curieux, en analysant ce que possède « maistre Jacques Duchic » dans son hôtel de la rue des Prouvellcs (Prouvâmes).

« La première salle est embellie de divers tableaux et escriptures d’enseignemens atachies et pendus aux parois. L ue autre salle remplie de toutes manières d’instrumens, harpes, orgues, vielles, guiternes, psalterions et autres, desquelz ledit maistre Jacques savoit jouer de tous. Une autre salle estoit garnie de jeux d’echcz, de tables, et d’autres diverses manières de jeux à grand nombre. Item une belle chapelle où il avoit des pulpitres à mettre livres dessus, de merveilleux art, lesquelz on faisoit venir à divers sièges loings el près a destre el a senestre — Item pluseurs autres chambres richement adoubez de lits, de tables engigneusement entaillies, et pares de riches draps et tapis à or frai s.... »

Au seizième siècle, les meubles applicables à nos usages sont déjà plus nombreux; les nécessités du transport subsistent encore el tout doit pouvoir se démonter; les lits ont leurs colonnes el autres parties articulées; les tables sont à tréteaux ou brisées pour se rabattre sur leur axe; les cabinets sont nombreux el variés de matières et de dimensions, de telle sorte que, remplis d’objets précieux, ils puissent trouver place dans les coffres ou bahuts ; les chaises à tenailles ou brisées, en un mot le mobilier de camp est prêt à être emballé avec les coussins de garnitures, les tapis et tentures mobiles qu’on accrochait là où se trouvait la résidence du moment.

A la lin du siècle, les meubles se multiplient encore et déjà les plus encombrants cessent de voyager ; au moment où l’on quitte le château qui les renferme, on les relègue dans le galetas ou garde-meuble où ils resteront jusqu’au retour. A ce moment le goût des curiosités se

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