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CUIRS OUVRÉS

Il faut se reporter aux mœurs orientales qui nous montrent encore aujourd’hui des coutumes analogues à celles de nos ancêtres pour Lien comprendre l'importance de certaines industries ; au Japon, où les grands voyagent processionnellement entourés de leurs officiers, suivis de leur maison et d’un nombreux bagage, les coffres, les étuis, les enveloppes des étendards deviennent autant d’objets de luxe destinés à exciter au passage les témoignages du respect public et à montrer la grandeur et la richesse de celui dont ils portent les armoiries. Ce qui se passe au Japon, c’est ce que faisaient les rois et les seigneurs à l'époque du moyen âge ; les coffres ou bahuts de cuir, les enveloppes des orfèvreries précieuses devenaient autant de meubles destinés à attirer les regards et à montrer le rang de leur propriétaire. Dans l’intérieur, l’étui luxueux faisait pressentir le mérite et le prix de l’objet qui y était renfermé, les sujets gravés ou repoussés indiquaient s’il était d’usage ordinaire ou religieux. Aussi les noms des ouvriers en cuir diminuent de nombre dans les archives à mesuré qu’on se rapproche des époques modernes.

Voici ceux que nous avons trouvés :

1 520, Nicolas de France, écrin de cuir bouilli ;

1587, Jacquet, coffrerie, étuis ;

1587, Perrin Bernart, gaînier à Paris;

J 388, Pierre de Fou, coffretier;

1390, Guillaume Tireverge, étuis, bouteilles;

1420, Gilles le coffrier de Lille;

1432, George de Vigne, gaisnier;

1432, Gilles de Willies, coffrier;

1443, Gilles Bonnier, coffretier.

D’autres mêlaient le travail général du cuir à certaines spécialités, comme Jehan de Troyes, en 1388, sellier et garnisseur de chaières, et Jehan Garnier, en 1496, livré particulièrement à la sellerie. Nous avons retrouvé des sièges en X du seizième siècle garnis encore de leur cuir, armorié et à dessins.

Nous ne dirons rien des cordouanniers dont l’histoire sera faite un jour; nous nous contenterons de cueillir en passant les noms de Jehan de Saumur, en 1589, et de Jehan Marchant, en 1454; l’un ornait les poulaines, et l’autre tailladait les souliers camus.

Les anciens documents désignent les différentes manières de travailler le cuir ; la première, de toutes est le cuir bouilli : d’abord, on le trouve haché en manière d'enlevure, c’est-à-dire taillé au canif et relevé en relief ; puis vient le cuir bouilli poinçonné ou travaillé au petit fer qui marquait à froid. Selon M. de Lahorde, le premier procédé date du neuvième siècle et le second du quatorzième. De là au cuir empreint ou martelé employé pour les reliures il n’y avait qu’un pas. En arrivant au seizième siècle, nous voyons le luxe produire de nouvelles industries ; on ne se contentait plus de frapper et de repousser le cuir, on le dorait, et, en 1557, Jehan Foucault ou Fourcault et Jehan Louvet couvraient de leur luxueuse décoration des tentures destinées aux demeures royales ; mais nous avons parlé de ce genre aux tentures et nous n’y reviendrons pas.

Nous venons de voir en passant le nom de Guillaume Tireverge, le fabricant de bouteilles. Du quatorzième siècle à une époque assez récente, cette industrie a dù fleurir encore; car pour les voyages, les excursions un peu prolongées, le vin ne pouvait être transporté que dans des récipients résistant au choc. Aussi rien n’est plus merveilleux que certaines de ces Basques couvertes de fines arabesques et parfois divisées en grands compartiments de cuirs diversement colorés, motivant une ornementation plus riche encore que celle du cuir uni.

OBJETS JJ’ A BT ORNEMENTAL

Les coffrets, on le comprend, réclamaient toute l’ingéniosité des artistes ; destinés à être constamment sous les yeux des dames et à contenir les objets de parure, les fines bijouteries et les pierres précieuses, donnés souvent par le prétendant à sa fiancée, ils offraient non-seulement les plus fines combinaisons, mais encore les emblèmes et les devises inspirés par l’amour. Les récentes expositions ont montré tout l’intérêt de ces petits monuments, archives intimes de l’histoire des arts et de l’histoire des mœurs.

Au moment où la gravure et la dorure se substituaient aux reliefs, on voit encore le cuir jouer un rôle important dans le mobilier, et chacun se rappelle le magnifique cabinet fait pour le mariage de Philippe II, roi d’Espagne, exposé par M. Spitzer et dont la surface bleue faisait ressortir, au milieu de splendides arabesques, les portraits en pied des deux fiancés.

Au dix-septième siècle, rien n’est encore plus fréquent que les étuis en maroquin frappés d’ornements et timbrés des armes royales et princières ; et l’art du gaînier se confond presque avec une spécialité dont nous n’avons point à nous occuper ici, celle de la reliure, qui, dès son apparition, prit une telle importance que ses richesses rivalisèrent avec celles de l’orfèvrerie et devinrent le type d’autres industries, ainsi que nous l’avons dit en parlant des faïences d’Oiron presque toutes ornées des mêmes motifs que les livres de l’époque de Henri 11.

N’oublions pas que le cuir ouvré prit une large part dans l’attirail de guerre ; sans remonter à la cuirie dont à une certaine époque on recouvrait l’armure, on le voit se formuler en pulvérins et flasques dès les commencements de l’emploi des armes à feu. Le plus souvent bursaire et divisée en compartiments repoussés, cette flasque recevait des ornements et emblèmes : divinités voguant sur les eaux, cavaliers à l’antique, surgissant au milieu des plus riches rinceaux; seulement, et l’on s’en étonnera, cet engin destiné à contenir la foudre moderne ne reproduit habituellement que des images faisant allusion à la guerre ancienne, comme si les inventeurs eux-mêmes avaient honte de cette substitution de la force brutale à la valeur personnelle du guerrier.

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