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LES INSTITUTS CATHOLIQUES

Mais si l'autorité ne sévissait contre les personnes qu'avec précaution et ménag-ement, elle était décidée à poursuivre immédiatement la suppression des principaux périodiques modernistes.

Le 23 décembre, le cardinal Ferrari, archevêque de Milan, excommuniait les éditeurs, directeurs, écrivains et collaborateurs du Rinnovamento de quelques diocèses qu'ils fussent. A Florence, la Giustizia .S'ocm/e, condamnée par l'archevêque, par celui de Lucques et par l'évêque de Fiesole, se voyait contrainte de cesser sa publication. Quant aux Studi reliogosi, don S. Minocchi, pour éviter une condamnation formelle, les avait de lui-même su})primés au mois de novembre. Il essaya de les remplacer par une revue plus humble et plus discrète, La Vita religiosa, dont il confia la direction à un laïque, mais qui n'en fut pas moins condamnée et qui ne vécut que dans trois fascicules.

En France l'application des mesures de répression prescrites par le pape commença par les Instituts catholiques.

D'après les termes mêmes de l'encyclique, défense est renouvelée aux clercs séculiers el réguliers, ayant pris quelque inscription dans une Université ou Institut catholique, de suivre pour les matières qui y sont professées, les cours des universités civiles. Or, en France, d'après un décret du 8 juillet 1907, les candidats aux diverses licences ès-lettres doivent être interrogés à l'oral sur un ou plusieurs cours donnés par des professeurs de facultés de l'Etat. Il semblait difficile de concilier ces deux prescriptions.

Le recteur de l'Institut catholique de Paris, Mgr Baudrillart, demanda au Vatican l'assurance que les dispenses et exceptions accordées, antérieurement à l'Encyclique, s'étendaient .aux universités catholiques de France dont les étudiants pourraient donc, comme par le passé et les précautions utiles étant prises, être autorisés à suivre devant les Facultés de l'Etat les cours estimés nécessaires pour l'obtention des grades. Le cardinal Merry del Val répondit afTirmativemeirt. « Toutefois, ajouta-t-il, le Saint Père excepte de cette auto-

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risation les cours les plus sujets à devenir dangereux, comme ceux d'histoire, de philosophie, et des matières similaires. Pour suivre ces cours, il faut que chaque étudiant ecclésiastique ait une permission expresse de son évêque. » (1)

Deux recteurs d'Universités catholiques, BIgr Pasquier, d'Angers, et Mgr Baunard, de Lille, virent dans la démarche que Mgr Baudrillart avait faite à Rome « une singulière manière de tourner l'encyclique Pascendi ». Mgr Pasquier posa au Saint-Siège trois questions à ce sujet (2) et le secrétaire d'Etat répéta à tous les archevêques, avec mission de les communiquer à leurs sutTragants, ses instructions défendant que les dispenses fussent nombreuses :

« Partant, d'ordre de Sa Sainteté, je m'empresse de vous rappeler que sauf de très rares exceptions, la préférence doit être toujours donnée aux universités catholiques. Les évêques sont autorisés, conformément au décret de 1896, visé par l'encyclique, à permettre à leurs ecclésiastiques de suivre les cours des facultés de l'Etat, seulement en cas de nécessité, et en tant que cette nécessité l'exige, en prenant, d'autre part, toutes les précautions requises. Les évêques se montreront particulièrement difficiles à donner cette autorisation pour les cours les plus sujets à devenir dangereux, comme ceux d'histoire, de philosophie et des matières similaires ; et les recteurs des universités catholiques ne permettront pas, de leur côté, que les ecclésiastiques, inscrits dans l'institut dirigé par eux, qui ne sont pas munis, à cet elTet, d'une autorisation expresse et spéciale de leurs évêques, suivent ces cours dans les universités civiles (3). »

Après cette mesure de préservation générale, se posait la question de l'épuration des divers Instituts catholiques.

(1) Lettre datée du 2 octobre 1907.

(2) L'Univers du 24 novembre a publié la réponse du cardinal Merry del Val à Mgr Pasquier. — Cf. Actes de Pie X.

(3) Lettre datée du 10 octobre 1907.

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Celui (le Paris était manifestement contaminé. Un professeur de philosophie, M. l'abbé Sertillanges, avait émis dans le référendum Qu'est-ce qu'un dogme? des opinions assez semblables à celles de M. Le Roy. Un professeur de littérature latine, M. l'abbé Lejay, collaborait à la Rei'ue d'Histoire et de Littérature religieuses avec M. Loisy ; il devait donc partager ses idées. Un chargé de cours de littérature française, M. l'abbé Klein, était aussi un ami de M. Loisy, et autrefois il avait été le principal importateur de 1' « américanisme ». Par ailleurs, le professeur de droit international, M. Paul j Bureau, venait de publier un livre « moderniste », La Crise morale des temps nouveaux.

Le désir du Vatican eût été que ces quatre professeurs 1 fussent congédiés ; mais les administrateurs de l'Institut , catholique n'osèrent procéder à cette quadruple exécution, de peur d'émouvoir l'opinion publique et peut-être aussi parce qu'on prêtait au chef du gouvernement, M. Clemenceau, le dessein d'exercer des représailles si l'on destituait M. Paul | Bureau (1). |

Ils crurent donc prudent de transiger. Ils déclarèrent que ' M. Sertillanges avait sullisamment fait amende honorable au mois de novembre 1905, en désavouant dans une lettre à | l'archevêque de Paris l'attitude qu'il avait prise à propos de j la question posée par M. Le Roy. Ils firent promettre à | M. Lejay de cesser sa collaboration à la revue condamnée. Quant à M. Klein, on réserva son exécution pour l'année | suivante (2), en la transformant en une retraite décente : il fut nommé « professeur honoraire ». Pour M. Bureau, on se contenta d'une déclaration d'orthodoxie qu'il adressa à l'archevêque de Paris :

(1) Cf. LAulori/é, 10 avril 1908.

(2) Cette même année l*.»û8, on destitua M. l'abbé Portai, supérieur du séminaire Saint-Vincent-de-Paul, internat des lazaristes auprès de l'Institut catholique. On reprochait à M. Portai sa conduite dans l'allaire des ordres anglicans. — Cf. Abbot Gasquet, Leaves from my Diary, 189i-1896 (1911).

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« Je crois devoir afTinner à Voire Eminence que ma soumission filiale à l'enseignement et à l'autorité de l'Eglise demeure entière et sans réserve. Si dans un livre essentiellement consacré à l'analyse méthodique de phénomènes sociaux, il s'est glissé, contre mon gré, des passages qui puissent légitimement faire suspecter l'intégrité de ma foi ou la plénitude de ma soumission aux directions de l'Eglise, je déclare être prêt à les modifier ou à les supprimer (1) ».

A l'Institut catholique de Toulouse, Mgr Batiffol, le zélé réfutateur de M. Loisy, dut cesser ses fonctions à la fin de décembre 1907.

Un décret de l'index, rendu le 26 juillet précédent (mais^ qui ne fut publié qu'au mois de janvier 1911) avait condamné un livre qu'il avait imprimé en 1905 sur L'fuicliaristie (2) et dans lequel sombrait son équilibrisme (3).

(1) Les évêques administrateurs de l'Institut déclarèrent que le livre en question devrait être immédiatement corrigé et qu'il n'en pourrait être fait ni édition nouvelle, ni tirage nouveau sans qu'il ait obtenu l'imprimatur. Le livre fut censé retiré du commerce. Un décret de l'index le prohiba le 17 mars 1908. A cette occasion, un chasseur d'hérésies eut l'idée de prouver qu'il se vendait toujours. Il fit acheter l'ouvrage et pour montrer qu'il ne s'agissait pas seulement d'un exemplaire rare, acquis furtivement à grand prix, il en fit prendre douze, avec le treizième. L'Autorité du 10 avril annonça qu'elle tenait « la facture et les livres à la disposition de qui de droit ».

Dans les années suivantes, M. Bureau continua d'être en butte aux attaques de la presse pontificale ; en 1910, le recteur de l'Institut catholique lui interdit, sous peine de destitution, de donner des conférences à l'Ecole des Hautes Etudes Sociales.

(2) L'Eucharistie, la présence réelle et la trunsubstantialion {Etudes d'histoire et de théologie positive, 2« série. Paris, Lecoffre, 1905, in-12, 388 p.).

(3) Sur ce livre, on peut consulter les appréciations Ihéologiques du Père A. d'Alès, Eludes, 20 juillet 1905; du Père Billot, De Inspiralione, 1' édit., 158 sqq. ; de M. Witlmann, La Vérité

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Lorsque parut rencycli(|ue Pascendi, Mgr Batiiïol se sentit menacé. 11 envoya au pape une adhésion qui était surtout un mémoire justificatif. Le cardinal Merry del Val lui répondit que le pape avait été grandement édifié de ses bons sentiments et de sa parfaite orthodoxie, mais qu'on ne laissait pas de souhaiter à la tête de l'Institut toulousain un recteur moins compromis par ses antécédents sur le fait du modernisme. Dans le même temps, le Vatican demanda sa destitution aux évèques administrateurs de l'Institut, mais en des termes tels que les évêques gardaient la responsabilité de la mesure prescrite (1). L'exécution se fit avec élégance. L'archevêque de Paris rappela Mgr BalifTol dans son diocèse et le remit dans le poste qu'il occupait avant sa promotion au rectorat de l'Institut, c'est-à-dire à l'aumônerie du collège Sainte-Barbe.

française, 14 sept. 1906 ; et les comptes rendus critiques de M. Loisy, Revue hislorU/ue, 1905, t. II, p. 429, et de M. J.-B. Chabot, Revue critique d'histoire, 12 mars 1906. — Mgr BalifTol se liâta de réparer sa faute en publiant en 1906 une deuxième édition avec des corrections considérables, mais il était trop tard, et ces corrections ne suffisaient peut-être pas aux tliéologiens.

(1) Cf. Le Siècle, 4 janvier 1908. — Cette destitution donna lieu à beaucoup de discussions. Le Bulletin de la Semaine publia le 15 janvier 1908, une lettre qu'il dit avoir reçue d'un « groupe d'amis de Mgr BalifTot ». Si je suis bien informé, celte iettre est de Mgr BalifTol lui-même, mais elle était si embrouillée que le Bulletin l'a corrigée pour la rendre compréhensible à ses lecteurs.

La Corrispondenza Roniana nia que le Vatican fût pour quelque chose dans la destitution du prélat : « Le cas de Mgr Batiffol, écrivait-elle, sert aux ennemis du Saint-Siège pour troubler le véritable état de choses et exciter des soupçons et des rancœurs contre Rome. »

Depuis lors, la presse libérale et moderniste n'a pas perdu une occasion de célébrer les mérites de Mgr Batitfol. Voici un exemple des louanges qu'on lui prodigue. Il a été écrit par un journal

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Les évêques de France n'oublièrent pas non plus les périodiques prétendus modernistes.

L'évêque de Nancy (Mgr Turinaz), l'archevêque de Rennes (Mgr Dubourg), l'évêque de Laval (Mgr Grellier), et d'autres prélats condamnèrent La Justice sociale et La Vie catholique et défendirent dans leurs diocèses de recevoir ou de lire ces deux journaux. Un peu plus tard, le 13 février 1908, un décret de l'Inquisition portait qu'ils étaient « réprouvés et condamnés» et avisait « les prêtres >saîidet et Dabry», « formellement et péremptoirement qu'ils n'aient pas l'audace de publier désor-

belge à propos d'une conférence donnée à Louvain par le prélat :

a. . . Au cours de ses dix années de rectorat, Mgr BatifTol se fit connaître par la clairvoyance avec laquelle il combattit les tendances de M. Loisy. Mgr Batill'ol, jugé alors réactionnaire par la fraction avancée du public catholique français, s'était borné à lire au fond de la pensée de M. Loisy plus nettement que M. Loisy n'y lisait sans doute lui-même. Toujours est-il que, de l'aveu unanime, M. Loisy ne rencontra pas à ce moment du côté catiiolique, d'adversaire mieux informé et plus net que le recteur de Toulouse.

« Gela n'empêclia point, par la suite, Mgr Batiffol de devoir s'éloigner de l'Institut catiiolique qu'il dirigeait, au lendemain de l'encyclique Pascendi.

« Mais, — belle et noble revanche d'un esprit distingué et vaillant, — Mgr Balilfol a eu à Cduir d'employer ses loisirs forcés à publier coup sur coup toute une série d'écrits, que les moins prévenus en sa faveur ont dû estimer comme étant de signalés services rendus au catholicisme, non moins qu'à la science

« Ce n'est pas seulement comme témoignage de son loyalisme ((ue nous notons ici ces détails, qui n'auraient pas le même intérêt s'ils étaient racontés de tout autre savant catholique qui aurait moins souffert, ou se serait moins tu que Mgr Batiffol ; c'est pour montrer à la portion catholique du public belge quelle autorité scientifique et liturgique possède le prélat qu'on entendra ces jours-ci à Louvain » Le A'.V" Siècle, 6 août 1911 ; art.

naturellement reproduit par Le Bulletin de la Semaine.

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