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RÉPRESSION DU MODERNISME

mais ces journaux, ou autres journaux, ou autres écrits quelconques du même genre, sous leur nom ou sous un nom supposé, sous peine de suspense a divinis encourue ipso facto et sans autre déclaration (1) ». M. Dabry se soumit humblement; M. Naudet ergota et même intenta à l'archevêque de Rennes un procès où il fut débouté de sa demande (2). D'autres périodiques disparurent dans la tempête. La Revue d'Histoire et de Littérature religieuses avait cessé sa publication à la lin de 1907 (3) ; un journal démocratique chrétien de Lille, Le Peuple, expira le

25 avril 1908, après dix-sept ans d'existence ; la Revue catholique des /églises, fondée en 1904, mourut à la lin de 1908.

Cependant les évêques s'efforçaient, conformément aux presci'iptions de l'encyclique, de reléguer dans des postes inférieurs les prêtres suspects de modernisme, nommaient des censeurs, constituaient des conseils de vigilance (4). Il

(1) Un avertissement de la part du Saint-Ollice avait été préalablement donné à MM. Naudet et Dabry, au mois de septembre 1907. Cf. Dabry, Mon Expérience religieuse, p. 271-277. A propos de cette condamnation, on lisait dans La Croix du

26 août 1911, sous la signature du Père Gliarles : « On aurait tort sans doute de supposer que La Justice sociale et La \'ie catholique ont été condamnées uniquement ou même surtout en raison de leurs témérités philosophiques, théologiques ou exégéliques. Bien que les décrets du Saint-Oflice ne soient pas motivés, les circonstances nous autorisent à conjecturer que ces deux feuilles ont été réprouvées peut-être et principalement pour leurs tendances sociales trop peu conformes ou même directement opposées au règlement fondamental de l'action populaire chrétienne, imposée par Pie X à tous les catholiques comme règle constante de leur conduite. »

(2) La sentence fut prononcée à Rennes, le 19 mars 1908.

(3) Elle l'a reprise en 1910 (Paris, librairie Nourry).

(4) Pour chaque diocèse on peut consulter, dans la feuille oflicielle épiscopale, les lettres pastorales promulguant les ency-

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n'y a guère eu de diocèse, si pauvre ait-il été de vie intellectuelle, qui n'ait vu se produire des « cas » odieux ou ridicules. Eu écrire l'histoire serait compiler la clironi(|ue de

cliques et les ordonnances prises en conséquence.

Le conseil de vigilance du diocèse de Sens se distingua d'assez bonne heure par une décision curieuse relative à la lecture de la Bible. L'archevêque, Mgr Ardin, le saisit des deux questions suivantes :

« 1° Est-il permis à un prêtre d'aller dans les réunions périodiques d'hommes ou de dames, appelé par eux pour lire et commenter l'Evangile, ce commentaire visant surtout le point de vue social, et les membres de la réunion étant libres de donner leur appréciation sur le texte, à ce point de vue ?

(( 2° Serait-il permis à un prêtre de paraître comme auditeur dans une réunion, mêlé aux laïques dont plusieurs peuvent être des protestants, pour y entendre une lecture et une interprétation de l'Evangile faite, au point de vue social, par un laïque présidant la réunion. Le prêtre, dans ce cas, est simplement invité, comme d'ailleurs tous les assistants, à donner son sentiment sur le texte à interpréter ».

RÉPONSE : « 1° Le Conseil, s'inspirant des décrets du Concile de Trente et de la condamnation, par la bulle L'nigenitiis, de certaines propositions de Quesnel, répond :

« a) Un prêtre ne saurait, sans une permission spéciale de son évcqne, faire dans les conditions indiquées le commentaire et l'explication de l'Evangile.

« b) Quant à l'intervention des laïques dans la discussion, le Conseil la déclare souverainement inconvenante et parfois même dangereuse.

« Il demande aux laïques de s'abstenir, dans les réunions, d'interpréter et d'expliquer l'Evangile et leur conseille de s'en tenir à la simple lecture du texte ou à celle d'un commentaire approuvé par l'autorité ecclésiastique.

0 2° A la deuxième question, le Conseil répond négativement d'une manière absolue ». (Semaine religieuse de Sens, 13 fév. 1909.) Sur le Conseil de vigilance et les censeurs au diocèse de Bayonne, cf. Evéques et Diocèses, 2» série, p. 142-144.

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tous les diocèses de la catholicité à cette époque (1). Les évêques les plus tolérants étaient obligés de « marcher » pour ne pas être eux-mêmes dénoncés à Rome. Les évêques ambitieux se distinguaient par leur zèle pour avoir de l'avancement, et à défaut de proniotion à des postes supérieurs, Pie X leur adressait des compliments (2) tout comme aux simples prêtres qui écrivaient contre les novateurs (3).

Pour soutenir leur résistance contre la papauté, c'est-àdire pour défendre ou même propager leurs idées, bien plus

(1) Dans l'édition anglaise de ma Crise du Clergé yai publié les documents d'un « cas » anglais, celui du Rev. W. R. Hammersley, du diocèse de Souttiwark (juillet-octobre 1908).

(2) Brefs de Pie X à Mgr Guillibert. évêque de Fréjus, 24 novembre 1907 ; à lévêque de Spire (von Buscli) 2 janvier 1909, etc.

(3) Pie X accepte la dédicace d'un très pauvre livre de don Ettore Dehù, La Condanna del Modernismo. — Félicitations du cardinal Merry del Val (lettre du 14 décembre 1907) au Père Jean-Baptiste Leiiiius, auteur d'un « Catéchisme sur le Modernisme d'après l'encyclique ^' Pascendi" ». (Ce Catéchisme n'est que l'encyclique elle-même découpée en tranches ; il fut traduit en italien et en allemand ; l'édition italienne, imprimée au Vatican, fut tirée à 30.000 e.Kemplaires). — Félicitations au rédemptoriste Jean Hermann pour les additions contre les modernistes qu'il insère dans ses Insti/u/iones Théologies- Dogmaticx (lettre du 1" oct. 1908). Naturellement les évêques s'empressèrent de féliciter à leur tour les auteurs qui avaient obtenu les compliments du Vatican. — La plus éclatante récompense accordée par Pie X à un théologien antimoderniste fut le chapeau de cardinal décerné au Père Louis Billot, S. J., dans le consistoire du 30 novembre 1911. C'est ce Père Billot qui, en 1902, disait fièrement à un de ses collègues : « Il y a vingt ans que j'enseigne ; mes élèves ignorent qu'il y ait une question biblique.» Le mot a été rapporté par Mgr Toucliet, évêque d'Orléans. Cf. Qaest. Mb., Il, p. 202. — La chaire du Père Billot, à l'Université Grégorienne, fut donnée, au mois de novembre 1911, au Père Guido Mattiussi, qui passe pour avoir appelé Léon XIII « l'astre néfaste du catholicisme moderne ».

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pour subsister, puisqu'ils étaient tous sans fortune et qu'ils pouvaient, d'un jour à l'autre, être révoqués des places qui constituaient leur unique g'agne-pain, les prêtres modernistes avaient besoin de secours pécuniaires. C'est pourquoi Tyrrell conçut vers la fin de 1907, le projet de créer une caisse internationale de secours à leur usage. Voici la manière dont il exposait son idée à l'un des principaux chefs du mouvement sur le continent :

« Il est déplorable qu'il n'existe pas un millionnaire pour empêcher Rome de recourir au « pacte de famine ». Je crois qu'on pourrait préparer, en français, en anglais et en allemand, une lettre circulaire adressée à tous ceux qui s'intéressent à la cause de la réforme catholique, qu'ils soient catholiques ou non, et qu'on pourrait constituer un comité pour assister les prêtres qui travailleraient (pour l'œuvre commune). Je ne pense pas qu'une institution comme la Piisey House d'Oxford serait opportune. II est préférable de récompenser avec générosité le travail aussitôt accompli, que d'entretenir des individus en vue d'un travail futur. J'écris à Sabatier pour le consulter. Il jouit d'une grande autorité internationale et se passionnera pour la chose... (1) Du reste, même si nous étions forcés de garder le silence grâce à la violence tant d'ordre économique que d'autre nature, les impostures du jésuitisme seraient également condamnées à une dissolution. La violence a réussi dans le passé seulement parce qu'elle avait l'appui de l'opinion publique de ce temps contre une minorité progressive. Rome ne possède plus cette arme. Aujourd'hui la majorité méprise l'emploi de la violence comme instrument spirituel. La lutte est entre des individus sains et des sots lunatiques (2). »

Tyrrell jouissait alors d'une grande autorité auprès de tous ceux qui s'intéressaient à la réforme de l'Eglise, qu'ils

(1) Peut-êtrp. ces trois points indiquent-ils une suppression dans le texte publié par la Revue Moderniste Internationale.

(2) Lettre datée du 20 décembre 1907, publiée dans la Rev. Mod. Int., janvier 1910, p. 25.

fussent catholiques, protestants ou libres-penseurs. Certainement s'il eût envoyé la circulaire qu'il méditait alors, il aurait réuni des subsides considérables. Mais M. Paul Sabatier le dissuada d'adresser un tel appel. « Nous souiïrirons, disait-il, mais nous triompherons malgré tout(l).» La victoire contre la papauté semblait certaine à l'éminent pasteur, comme on peut en juger d'après la lettre qu'il écrivait à M. le pasteur Wendte, le secrétaire des Unitaires de l'Amérique du Nord :

« Je ne piiis laisser passer ces derniers jours de l'année, sans vous envoyer une cordiale poignée de mains, sans vous dire combien précieuse m'a été votre sympathie, sans vous exprimer mon regret d'avoir dû renoncer à assister au Congrès de Boston (2i.

(( 1907 a été pour moi une année de travail pénible, difficile. Pas de possibilité de repos ni de distraction. D'après toutes les apparences, 1908 sera encore plus remplie d'occupations. Toutes mes espérances sont confirmées. Nous sommes à la veille d'une formidable crise dans l'Eglise catholique romaine. Le mouvement ne tend pas au protestantisme tel qu'il est organisé actuellement, — et c'est pourquoi la grande majorité de nos coreligionnaires ne peut comprendre une crise si différente de ce qu'ils connaissent. Ce mouvement (end à un catholicisme qui se renouvellera lui-même de haut en bas. Avec son ineffable ingénuité. Pie X attend un miracle qui effacera toute l'histoire moderne. Pendant ce temps-là, auprès de lui, certains de ses collaborateurs font tout ce qu'ils peuvent pour compromettre à

(1) Lettre de ^I. Sabatier à Tyrrell, 25 décembre 1907. Voyez Rev. Mod. Int., janvier 1910, p. 25-26, une lettre de Tyrrell, du 31 décembre 1907 et non du 13, comme il a été imprimé par erreur. Cette lettre contient une autre faute d'impression : il faut lire o bon sens» au lieu de « son sens ». Le texte original est : « I enclose Sabatier's letter in whicli there is much good sensé. »

(2) Le quatrième Congrès international de Heligioiis Libérais tenu à Boston à la fin de septembre 1907.

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