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UNE MAÇONNERIE MODERNISTE

« Ne prenez pas de nom pour votre association, ne parlez jamais collectivement, ne vous faites pas de règles communes autres que celles que je vous ai dites. Aimez-vous : l'amour suffit. Et soyez en communication les uns avec les autres. Il y a dans l'Eglise beaucoup d'ouvriers qui travaillent à la tâche que, vous aussi, vous allez entreprendre avec la préparation morale que je vous ai prescrite, c'est-à-dire qui travaillent à purifier la foi et à faire pénétrer dans la vie la foi purifiée. Honorez-les, écoutez-les ; mais ne les faites point participer à votre association, ?'ils ne viennent à vous spontanément pour mettre leur superflu en commun. Vous reconnaîtrez à ce signe que c'est Dieu qui vous les envoie (1).

« Ne publiez jamais d'écrits sur les questions religieuses difficiles pour les vendre, mais distribuez-les avec prudence et n'y mettez pas votre nom (2). »

Mais s'il n"exi.stait pas de maçonnerie moderniste, quelques revues servaient encore de lien aux novateurs et continuaient autant qu'elles le pouvaient, leur agitation réformiste. Toutefois le peu d'importance de ces organes trahissait une situation précaire et sans cesse plus gênée.

Le premier de ces périodiques était la Revue Moderniste Internationale éditée à Genève par un prêtre sicilien. M. Antonino Di StefanO, docteur ès-lettres et professeur libre à l'Université de cotte ville. Il a su grouper contre la papauté une coalition de collaborateurs représentant non seulement toutes les nuances du modernisme mais encore diverses variétés de libres penseurs.

(1) Page 369.

(2) Ibid., p. 371. — C'est ce qu'avait fait Tyrrell, en publiant anonymement sa Lettre à un professeur et, sous les pseudonymes d'Engels et de Bourdon, deux autres brochures sur des questions « difiiciles ». M. Murri et d'autres encore, ont suivi la même lactique.

En Italie, la revue Nova et Vetera n avait pas vécu l'année entière de 1908 (1) et le Binnovamento (2) avait cessé sa publication au mois de décembre 1909, mais quelques autres périodiques continuaient la lutte : à Rome, le Coinmento (3) de M. Murri, et La Cultura conteinporanea (4), éditée, diton, par l'ancien groupe de Nova et Vetera ; à Naples, Battaglie d'Oggi {ô), dirigée par un généreux avocat. M, Janvier Avolio ; à Mendrisio, en Suisse, La Cultura Moderna (5) publiée par don Domenico Battaini.

Dirigées par d'anciens ecclésiastiques ou par des laïques, ces revues ne pouvaient être supprimées par la hiérarchie. Mais il en fut une autre qui à cette époque succomba sous ses coups ; la Bivista storico-critica délie Scienze teologic/ie. Fondée à Rome en 1905, par le Père Bonaccorsi, continuée par l'abbé Ernesto Buonaiuti. cette revue paraissait avec l'imprimatur et ses articles étaient, avant d'être imprimés, soigneusement lus par des censeurs pontificaux. Un décret

(1) Les principaux articles parus dans cette revue sont signés : Alfani, D' Asciienbrudel, Aldo Benini, Garpani, Angelo Grespi, T. Galiarali Scotti, E. Martire, Felice Perroni, Miss Petre, Biagio Nelli, Quadrotla, Paolo Vinci, Mario Rosazza, Tyrrell.

(2) Les principaux collaborateurs de celte revue furent MM. Alfieri, Ambrosini, Baldini, Belloni-Filippi, L.-M. Billia, J. Blak, Boine, Borgese, Alex. Gasati, Angelo Grespi, Cuboni, Giulio Dolci, R. Eucken, Fogazzaro, Formiclii, Arluro Frova, T. Gallarati Scotti, A. Galletti, Graf, Frédéric von Iliigel, Garl Koch, Konow, A.-L. Lilley, Luigi Luzzali, G.-B. Maino, Martinelti, Monneret de Villard, Murri. Giovanni Papini, I^avolini, Peslalozza, A. Riviera, I^aul Sabatier, A. di Soragna, I''.-R. Tennant, Tilglier, G. Tyrrell, Vailati, Valentini, Bernardino Varisco, Giulio Vitali, Gio. Volpe, K. Vossler, Austin West, Mnies Mario Pezzè Pascolalo et Alexandrine de Polozow, Miss Petre.

(3) Il parut du 5 janvier 1910 au 20 mars 1911.

(4) Le premier numéro parut en janvier 1909.

(5) Cf. Appendice Bibliographique.

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du Siiint-Oflice, du 16 septembre 1910, n'en interdit pas moins la lecture ainsi que celle de trois manuels (1) édités dans une collection scientitique dirigée par M. Buonaiuti. Comme ces manuels avaient également paru avec le laisserpasser des théologiens du pape, il semble bien que la hiérarchie ait voulu, non pas frapper des erreurs formelles qui n'avaient pu être commises, mais arrêter l'activité scientifique d'un prêtre dont les sympathies semblaient acquises aux idées nouvelles, — on ne savait trop en quelle mesure, — et qui par son intelligence et sa facilité de travail semblait redoutable (21.

En Allemagne, à la suite d'un changement survenu dans le personnel de sa rédaction, la petite revue moderniste Le Vingtième Siècle, changea de nom, au mois de janvier 1909, et s'appela Le Nouveau Siècle. Bientôt après, un jeune et savant laïque, le docteur Philippe Funk, y remplaça M. Engert dans la charge de directeur.

Avec l'aide de quelques collaborateurs tels que les docleurs Schnitzer (3), Otto Sickenberger et des prêtres en situation régulière il a su tenir tête à la papauté jusqu'à ce jour.

(1) Alfonso Manaresi, ancien professeur au séminaire de Bologne, L'Imppvo romano e il Cristianesimo nei primi Ire secoli (la Nerone a Conimodo ; Buonaiuti, Saggi di Filologia e Sloria del Niiovo Teslamenio ; Francesco Mari, chanoine de Nocera Umbra, Il quarto Vangelo. Rome, librairie pontificale Francesco Ferrari, 1910. Les trois auteurs condamnés se soumirent, et la revue cessa de paraître.

(2) Déjà en 1908 M. Prezzolini écrivait au sujet de Buonaiuti, au risque d'e.xciter encore contre lui les chasseurs d'hérétiques : « Non si puo ancora calcolare quale sia stata e sarà l'azione religiosa di questo simpatico entusiasta in Ilaiia e alTEstero. » Cos'è il Modernismo ? p. 92.

(3) M. Sclinilzer rentra à Munich, au mois d'octobre 1908, de son voyage au Japon. Pendant son absence, il avait négocié pour être rayé de la Faculté de théologie et agrégé à la Faculté de

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Enfin aux Etats-Unis, la plume mystérieuse d'un ancien résident de l'un des séminaires groupés autour de l'Université de Washington, adressait à Pie X une série de lettres (1) sur les principales réformes qui devraient être opérées dans l'Eglise pour l'aménager conformément à la conscience contemporaine. La liberté de conscience, la domination des Italiens dans le sacré-collège, la mission des légats pontificaux, le pouvoir des supérieurs généraux de congrégations, le célibat, les rapports de l'Eglise et de l'Etat, le rôle de la Compagnie de Jésus, tels étaient les principaux points exposés à Sa Sainteté. L'auteur initiait

pliilosopliie, où il aurait professé l'histoire des religions. La l'acuité de pliilosopliie et le Sénat de l'Université appuyèrent ciialeureubement sa demande. Le gouvernement bavarois, qui avait à compter avec une forte majorité cléricale, n'osa la réaliser ; mais, il n'osa pas non plus, par crainte de l'opinion publique, le congédier de l'Université, comme le désirait le pape. Un moyen terme a été adopté : M. Scimitzer reste professeur titulaire de l'histoire des dogmes, il conserve son traitement, mais il est censé en congé et ne doit pas faire de cours. Le gouvernement prussien a adopté une solution analogue pour l'abbé-docteur Ilugo Koch, professeur à l'Université de Braunsberg, auteur du livre C.jjprian iind der rômische Primat. Eine kirchen-und dogmengecli ichtliche Sliidie (Leipzig, Ilinrichs, 1910, In-8. IV-176 p.).

M. Schnitzer occupe honnêtement ses loisirs forcés dans d'excellentes études d'histoire religieuse. C'est ainsi qu'il a publié en 1910 : Hat Jésus dus Papsttuin gestiftet ? (Augsbourg, Lampart, in-8, X-83 p.), et Savonarola nach den Aufzeichnujigen des Florentiners Piero Parenli (Leipzig, Duncher et Ilumblot, in-8, GLXII-322 p.) ; en 1911 : Das Papstlum eine Stiftung Jesu? (Ibid., in-8, IV-74 p.) et Der halholische Modernismus.

(1) Letlers to His Holiness Pope Pius A' by A Modernist (Chicago, Open Court Publishing Company, 1910, in-12, XX-280 p.). Comptes rendus dans Tlie Speclator (Londres), 13 août 1910; Das Xeue Jahrhundert, 5 mars 1911 (par M. Schnitzer). '

ensuite ses lecteurs aux problèmes que la critique biblique pose à la dogmatique traditionnelle. A la vérité les deux parties de son discours semblent peu cohérentes : la première réclame des réformes purement administratives et disciplinaires, la seconde soutient des opinions qui ruinent les croyances fondamentales de l'Eglise. Mais l'auteur déclare que pour lui il n'y a pas de contradiction. Les solutions délinitives des difTicullés religieuses, dit-il. ne consistent pas dans la critique, Ihistoire, la philosophie, la théologie, ni dans quelque autre exercice intellectuel où l'on peut discuter sans cesse et où l'accord est impossible ; elles consistent dans le développement de la vie spirituelle (1).

(1) Au mois de mars 1911, l'auteur des Lelters a publié un intéressant roman de mœurs ecclésiastiques dans la Nouvelle Angleterre : The Priest (Boston, Mass., Slierman).

Ces deux livres ont été mis à l'index le 22 janvier 1912. A roccasion de cette condamnation, l'Agence internationale Unma a dit qu'ils « sont communément attribués à l'abbé Sullivan, ancien maître des novices de la Congrégation Saint-Paul (du P. Hecker) ».

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