‹ Histoire du modernisme catholiqueChapitre 46 sur 82 · UNE MAÇONNERIE MODERNISTE · texte numérisé non relu

UNE MAÇONNERIE MODERNISTE

Comme cette note était intitulée « La Carboneria moderniste en France », la réponse de Mgr Breton ne visait que les \ Instituts catholiques français. Un jésuite français, le R. P, de la Brière, émit des réflexions plus générales ;

« Il ne faut pas non plus exagérer la solidarité entre modernistes de tous pays, au point d'afTirmer l'existence occulte d'une carboneria moderniste, avec organisation internationale, trésor de guerre et ramification dans tous les centres intellectuels. I/hypothèse paraît gratuite et invraisemblable. Elle n'est aucunement nécessaire pour expliquer les relations qu'entretiendraient les uns avec les autres certains modernistes impénitents et la discrète propagande qu'ils exerceraient en divers milieux ecclésiastiques.

« Le Mot II proprio pontifical (I) garde assurément toute sa raison d'être, sans qu'on doive compter ni quinze mille ni quinze cents modernistes dans le clergé français et même sans que le modernisme possède la moindre carboneria internationale (2). »

Il n'y eut, en elTet, jamais de société secrète moderniste. Tyrrell avait eu l'idée d'établir une sorte de bulletin polycopié qui servît de lien secret entre les personnalités intéressées au mouvement. Des modernisles romains avaient écrit les statuts d'une société scientifico-religieuse internationale (3), mais ces projets ne reçurent pas même un commencement d'exécution. Le Pro"raninie des ^/of/ern/s^es était l'œuvre de

(1) Le Molu proprio du 1" septembre 1910. Pie X y affirme l'existence d'une maçonnerie entre les modernistes: « Ils n'ont pas cessé, dit-il, de reciiercher et de grouper en une association secrète de nouveaux adeptes. » — Cf. ci-dessous, ch. XX.

(2) Eludes, 5 novembre l'JlO, p. 419. — Il y eut entre Aventino et Mgr Breton, une petite polémique où le premier ne brilla ni par la logique ni par la bonne foi. Cf. Bulletin de Toulouse, nov. 1910, article reproduit par le Bulletin de la Semaine, 7 décembre 1910 ; Chronique de la Presse, 24 novembre.

(3) Cf. ci-dessus, p. 197.

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deux prêtres qui n'avaient pas reçu de mandat de leurs confrères (1) et qui, par conséquent, n'engag'eaient qu'euxmêmes. Dans son roman Le Saint, Fogazzaro avait pesé publiquement le pour et le contre d'une association secrète :

Le Contre. — « Avant de fonder cette franc-maronnerie catliolique, j'estime qu'il conviendrait de s'entendre au sujet des réformes. Je dirai plus : je crois que, même s'il y avait entre vous un complet accord sur les idées, je ne vous conseillerais pas de vous lier par un lien sensible... Vous estimez sans doute qu'il vous sera possible de naviguer en sûreté sous l'eau, comme des poissons prudents, et vous ne songez pas que l'œil perçant d'un Souverain Pêcheur ou Vice-Pêcheur peut vous découvrir, qu'un bon coup de harpon peut vous atteindre. Or, je ne conseillerai jamais aux poissons les plus fins, les plus savoureux, les plus recherchés, de se lier ensemble. Vous comprenez ce qu'il adviendrait, si l'un d'eux était pris et tiré de l'eau. Et vous ne l'ignorez pas, le grand pêcheur de Galilée mettait les petits poissons dans ses viviers, mais le grand Pêcheur de Rome les met dans la poêle (2). »

Le Pou?-. — « Coordonner notre action. Maçonnerie catholique? Oui, maçonnerie des catacombes ! Vous avez peur. Monsieur l'abbé ? Vous avez peur qu'on ne tranche trop de têtes d'un seul coup ? Et moi, je vous dis : Où est la hache qui donnerait un coup pareil ? Isolément, tous peuvent être frappés ; aujourd'hui, le professeur Dane, par exemple ; demain, dom Paré ; aprèsdemain, dom Clément. Mais le jour ou l'imaginaire harpon pécherait, attachés par un fil, des laïques de marque, des prêtres, des moines, des évêques, peut-être des cardinaux, quel sera, dites-moi, le pécheur, petit ou grand, qui, d'efïroi, ne laissera pas retomber dans l'eau le harpon et tout le reste ? » (3)

Le Saint avait conclu à une association d'un g-enre large, et il avait ajouté :

(1) Prezzolini, Il Callolicismo rosso, p. .346. Cf. ci dessous, ch. XXII.

(2) Page 51, traduction Hérelle.

(3) Trad. Hérelle, p. 56.

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