UN RALLIEMENT POLITIQUE ET SOCIAL EN FRANCE
L'Adhésiox a la République.
L'encyclique sur « La Condition des Ouvriers ».
L'Union pour l'Action morale. — Les Abbés démocrates
L'encyclique Proiùdeniissimus montrait que la paix intellectuelle qui s'établissait en France entre des catholiques instruits et une société éclairée n'était pas sans causer de vives appréhensions à la papauté : la doctrine de l'Eglise lui paraissait saciifiée. Une autre paix semblait à Léon XIII plus urgente, moins dangereuse, quoique très difficile à établir : c'était )ine entente sur le terrain politique et social, entente qui ne pouvait s'effectuer que par le ralliement des catholiques à la forme républicaine du gouvernement.
Faire vivre en bon accord l'Etat avec l'Eglise, se servir des libertés modernes pour arriver à les supprimer peu à peu, capter l'influence et l'argent de la société civile au profit de la société religieuse traditionnelle, obtenir que les
liommes politiques sacrifiassent un idéal rationnel et scientifique pour se contenter des secours pratiques que pouvait leur assurer une institution morale encore très puissante, tel était le but que se proposait le vieux pontife.
Dilficile était la réalisation de son plan. De par ceux qui l'ont fondée, en 1792, en 1848, en 1870, la République en France n'est pas seulement une forme de gouvernement, transférant de la monarchie au peuple l'exercice du pouvoir, c'est une doctrine de la suprématie de l'Etat sur les divers cultes, égaux dans la liberté, une doctrine de rationalisme, de sécularisation, de laïcisme, de nivellement dans le droit commun, toutes choses contraires aux prétentions de l'Eglise romaine.
C'est pourquoi, en France, jusqu'au pontificat de Léon XIII, le terme de républicain semblait communément incompatible avec celui de catholique, et la très grande majorité des , évéques et des prêtres fut opposée à la République. Un ecclésiastique pouvait passer, par ses tendances, pour tolérant et pour libéral, — quoique le libéralisme théologique I fût considéré comme un péché, — il lui était difficile de se dire républicain sans faire douter de la rectitude de son jugement ou de l'honnêteté de ses intentions.
Il n'en restait pas moins évident, pour tout observateur dénué de préjugés, que la France devenait de plus en plus démocratique et que les partis monarchiques s'effondraient dans une impuissance de plus en plus accentuée. En restant fidèle aux régimes déchus, l'Eglise s'isolait de la nation et s'exposait aux représailles d'un gouvernement qui la salariait et qui accordait à ses dignitaires des honneurs ofliciels. Une telle situation était grosse de périls pour l'avenir et Léon XIII résolut d'y parer. En 1885, il demanda au recteur de l'Institut catholique de Paris, Mgr d'Hulst, s'il pouvait compter sur lui pour r « évolution nécessaire ». Le prélat qui appartenait au parti royaliste refusa son concours. Un peu plus tard, le piteux échec de la coalition boulangiste convainquit le pape qu'il était imprudent de reculer davantage un acte d'adhésion
au régime établi. Un prélat intrigant et ami du bruit, le cardinal Lavigerie, archevêque d'Alger, accepta la mission de formuler cette reconnaissance, et le 11 novembre 1890, en recevant l'escadre de la Méditerranée, il se rallia « sans arrière-pensée » à la forme de gouvernement pour laquelle la volonté du peuple s'était nettement affirmée. Une encyclique sur « la condition des ouvriers » Rerum novaruin, publiée le 15 mai 1891, vint bientôt après montrer dans la papauté des préoccupations démocratiques nouvelles. (1) Puis ce fut une encyclique, datée du 16 février 1892, dans laquelle Léon XIII exprima formellement son désir de voir les Français se rallier à la République.
Ces actes pontificaux causèrent une vive impression. Comme pour montrer qu'il ne s'agiv'^sait pas là d'une utopie et que le catholicisme républicain, tolérant, existait réellement, des hommes distingués, d'opinions libérales, — le comte Albert de Mun, le vicomte Eugène Melchior de Vogué, MM. Georges Picot, Anatole Leroy-Beaulieu, Henri Lorin, Max Leclerc, — exhibèrent à Paris, un prélat américain, Mgr Ireland, archevêque de Saint-Paul, au Minnesota, qui, dans des conférences un peu tapageuses, célébra la république, la démocratie, et la nécessité d'aller au peuple avec des méthodes nouvelles (2).
Au moment où Mgr Ireland prononçait ses discours, Léon XIII avait l'occasion d'écrire à Mgr F'ava, évêque de Grenoble. Un congrès de la jeunesse catholique s'était tenu au mois de mai 1892, dans cette ville et l'évêque en avait envoyé les actes à Rome. Le pape, comme pour préciser et approuver les idées alors en faveur, lui disait dans sa réponse :
(1) Sur les attitudes du clergé français après celte encyclique, cf. Dabry, Mon expérience religieuse, p. 127-138, Les Catholiques Républicains. Hisloire el souvenirs (1890-1903), (Paris 1905).
{2j Cf. L'Américanisme, p. 205-212.
18 l'union pour l'action morale
« ... Il est de la prudence chrétienne de ne pas repousser, disons mieux, de savoir se concilier dans la poursuite du bien, soit individuel, soit surtout social, le concours de tous les hommes honnêtes. La grande majorité des Français est catholique. Mais parmi ceux-là mêmes qui n'ont pas ce bonheur, beaucoup conservent malgré tout un fond de bons sens, une certaine rectitude que l'on peut appeler le sentiment dune âme naturellement chrétienne ; or ce sentiment élevé leur donne, avec l'attrait du bien, l'aptitude à le réaliser... Quand tous, s'élevant au-dessus des partis, concerteront leurs efforts, les honnêtes gens avec leur sens juste et leur cœur droit, les croyants avec les ressources de leur foi..., alors le peuple finira par comprendre de quel côté sont ses vrais amis et sur quelles bases durables doit reposer ce bonheur dont il a soif ; alors il s'ébranlera vers le bien. « (1)
Devant ce document ponlifical l'enthousiasme des « néochrétiens » (2) ne connut plus de bornes. L'alliance de tous les hommes de bonne volonté semblait consommée : le ralliement politique et social semblait réalisé.
Or, précisément, à cette époque, des libres penseurs, des protestants, quelques israëlites, quelques catholiques et même un prêtre en situation parfaitement régulière (3), venaient de constituer à Paris, une petite société dont le titre disait suffisamment l'objet : « L'Union pour l'action morale ». Son président, ^L Paul Desjardins (4), membre de l'Université, était un de ces normaliens qui voulaient absolument croire à la possibilité d'adapter la vieille religion traditionnelle à la mentalité moderne. Il ne pensa pas pouvoir faire un meilleur usage de ses vacances scolaires que d'aller à Rome demander au pape une reconnaissance, non pas publique et officielle, mais tarite. Il espérait faire cesser par là l'espèce d'équivoque de la situation des ministres du culte catholique qui étaient
(1) Bref daté du 22 juin 1892.
(2) Cf. ci-dessus chap. L p- 10-11.
(3) L'abbé Ackermann, agrégé de pliilosophie.
(4) Né en 1859, professeur de première au lycée Condorcet.
de cœur avec son Union, mais que « de légitimes scrupules pouvaient arrêter quand il s'agirait de lui témoigner une sympathie active ».
M. Desjardins vit le cardinal secrétaire d'Etat, RampoUa, et sollicita de lui une audience de Léon XIII. Pour éviter sûrement tout malentendu, il écrivit ensuite au cardinal une longue lettre destinée à être mise sous les yeux du pape et qui exposait avec le but de son voyage l'objet de l'Union qu'il avait fondée. Dans ce document il se livrait à une confiante exégèse des déclarations pontificales sur la condition des ouvriers, sur le ralliement à la République et sur « le concours de tous les hommes honnêtes » préconisé dans le bref à l'évêque de Grenoble.
Quelques jours plus tard, le 19 septembre, M. Desjardins fut reçu en audience privée par le souverain pontife.
« J'ai lu votre lettre avec la plus grande attention, lui dit Léon XIII ; elle ne contient pas une idée qui ne soit mienne. J'ai exprimé ma pensée à plusieurs reprises, depuis peu au monde catholique, je crois qu'il est inutile de parler de nouveau. Mais dites bien à vos amis que je suis tout avec vous ». L'entrevue dura environ quarante minutes. « J'espère, disait M. Desjardins, en la racontant, que l'importance d'une pareille approbation n'échappe à personne. Il ne s'agit pas ici d'une approbation due à une surprise de conversation, mais d'une approbation méditée, donnée après plusieurs jours de réfiexion et sur un document écrit que le Saint-Père conserve ». (1) Et les protestants de l'Union, comme le pasteur Charles Wagner et M. Gabriel Monod, bénirent le Seigneur de l'évolution qu'ils voyaient accomplir à la papauté (2). Et le grand rabbin de France, Zadoc Kahn,
f\) Bulletin de l'Union, n" 1, p. 6.
(2) Sur l'évolution et l'œuvre de 'M. Paul Desjardins, cf. article de M. Marcel Hébert, dans Annales de philosophie chrétienne, juin 1895, p. 242 et 260 ; trois articles de M. Louis Boisse, dans
s'écriait : « Quel homme de bonne volonté ne voudrait répondre à un appel parti de si haut ! ».
Si les vrais libéraux étaient charmés par les directions données par Léon XIII, les catholiques se sentaient troublés et dérangés dans leurs habitudes.
Des royalistes, fervents catholiques, se renfermèrent dans le silence et la retraite, en refusant de se rallier à la République. Des journaux qui passaient comme les défenseurs de lEglise, La Libre Parole ei L'Autorité (il injurièrent le pape et ceux qui lui obéissaient. Parmi les rédacteurs de {'Univers, le grand journal papiste en France, les uns se précipitèrent dans l'adhésion à un gouvernement qu'ils avaient combattu jusque là avec acharnement ; les autres firent bande à part et fondèrent un nouvel organe, La Vérité, pour contrecarrer d'une manière oblique la politique de Léon XIII, en se servant d'une des paroles de ses anciennes encycliques : « Quand on est sons le coup ou la menace d'une domination qui tient la société sous la pression d'une violence injuste, ou prive l'Eglise de la liberté légitime, il est permis de chercher une autre organisation politique sous laquelle il soit possible d'agir avec liberté ».
Il y avait dans le clergé, où tout avancement ne pouvait être obtenu sans l'agrément du gouvernement ou même sans sa nomination, trop d'ecclésiastiques dont les directions de Léon XIII pouvaient favoriser les ambitions pour qu'il ne s'y produisit point une prompte obéissance à ses désirs. Archevêques désireux d'obtenir le chapeau cardinalice,
Pages Libres, 19 et 26 déc. 1908, et Droits de l'Homme, 19 mars 1911 ; une conférence de M. Parodi dans le Bulletin de l'Union de Libres penseurs et de Libres croyants pour la culture morale, juin 1911.
(3) Les deu.x principaux théologiens de L'Autorité contre la politique de Léon XIII furent le Père Emmanuel Barbier, S. J. et l'abbé Gliarles Maigtien. — Sur ce dernier, cf. L'Américanisme, p. 478.
évêques qui voulaient devenir métropolitains, prêtres qui brig-uaient des évêchés, desservants qui, pour êti'e doyens, avaient besoin de la bienveillance du préfet, tous se précipitèrent dans la politique républicaine (1). Dans les séminaires même, des jeunes gens qui rêvaient moins de devenir des ministres de paix et de sanctification que de bruyants publicistes se préparaient au journalisme ; tel, au séminaire Saint-Sulpice, à Paris, l'abbé Toiton qui envoyait déjà des articles à VUnh'evs et qui obtenait au mois d'octobre 1892, du cardinal Rampolla, au nom de Léon XIII, une lettre de félicitations pour sa collaboration.
Mais si, partout et toujours, l'écume, la paille et les matières légères montent à la surface des eaux agitées, tandis que tout ce qui a de la solidité et du prix reste caché, il n'y en eut pas moins dans ce mouvement de ralliement des apports précieux.
Nombre de prêtres, sincèrement amis du peuple, avaient constaté, par une expérience quotidienne, combien il est dilTicile au paysan et à l'ouvrier de gagner sa vie, combien les ecclésiastiques liés aux classes riches par les traditions historiques (féodales, aristocratiques et concordataires), s'étaient montrés jusque-là peu favorables aux classes inférieures. Ils avaient vu leurs châtelains s'opposer à toute
(1) Gomme types d'archevêques désireux d'obtenir le chapeau, on peut étudier les Meignan (Tours), Thomas (Itouen), Fonteneau (Aibi) ; comme type d'évêque qui voulait devenir métropolitain, Mgr Fuzet (Beauvais) ; comme types de prêtres qui briguèrent l'épiscopat et qui l'obtinrent, MM. Lally (plus tard archevêque d'Avignon), Delamaire (plus* tard archevêque de Cambrai) ; j'ai étudié ces deux prélats dans Evêques et Diocèses, 2° série. Sur l'épiscopat que produisit cette tendance, il a paru une foule de livres et de pamphlets. L'une des publications qui contient le plus de faits est celle du Baron de la Meunière (abbé Féret), Pas d'Episcopat. A peine des Evêques (Paris, Dentu, 1896).
amélioration, sentant qu'après une réforme en viendrait une autre et qu'il valait mieux pour eux, selon l'habitude chrétienne, confier le soulagement des maux à la charité, qui est toujours plus ou moins facultative, qu'à la justice qui reste implacable. Aussi, convaincus que les conservateurs sont moins préoccupés de conserver des traditions de dévouement et de services sociaux que leur fortune, leurs plaisirs et leur influence politique, ces prêtres étaient-ils devenus républicains. Les directions de Léon XIII leur permirent de le laisser voir, ce que la plupart d'entre eux n'osaient pas jusqu'alors, et il se produisit par là-mème, dans beaucoup de paroisses, une détente dans les relations des ouailles et du pasteur. Dans les séminaires également, de petits « groupes d'études sociales » (1), qui s'étaient formés après 1880, reçurent une sorte d'autorisation et de sanction et préparèrent, au point de vue social, un rajeunissement du clergé.
Les directions de Léon XIII, — qu'on s'était mis à appeler « le pape des ouvriers », — suscitèrent bientôt des façons d'apôtres qui les transformèrent en un nouvel évangile et se chargèrent de les prêcher dans des conférences et dans la presse. A leur tête se placèrent un Gascon, l'abbé Paul Naudet, et un Normand, l'abbé Th. Garnier. Des évêques leur ouvrirent leurs séminaires (2).
L'abbé Naudet fonda La Justice sociale, journal des intérêts démocratiques (3). L'abbé Garnier, après avoir collaboré à La Croix, de Paris, voulut avoir son propre
(1) Sur ces groupes on peut consulter La Crise du Clergé, ch. X, « les séminaristes sociaux ».
(2) Au grand séminaire d'Angers, où je fis mes études tliéologiques (1888-1891), j'entendis une conférence de M. Garnier et une conférence de M. Léon Harmel, l'usinier du Val-du-Bois.
(3) Le premier numéro de ce journal liebdomadaire parut le 15 juillet 1893, à Bordeau.x. Au mois de novembre, M. Naudet prit la direction d'un journal quotidien de Paris, l.e Monde, et vint alors se fixer dans la capitale qu'il n'a plus quittée.
journal et lança Le Peuple français (I). Par toute la France, on fonda des journaux régionaux et départementaux destinés à soutenir les idées nouvelles. La plus connue de ces feuilles devait être un journal de Lyon : La France libre, journal de la jeunesse républicaine, anti-juii'e et anti-maçonnique (2). La plupart de ces journaux, rédigés par des prêtres sans grande expérience et des jeunes élèves des Universités catholiques, prirent poui" modèles La Croix et La Libre Parole. Lors même que leurs rédacteurs improvisés semblaient naturellement enclins au libéralisme, ils se montraient nationalistes et violemment antisémites (3). Leurs meilleurs
(1) Les principaux collaborateurs du Peuple Français furent MM. Marcel Basseville ; Henri Bazire ; l'abbé Eugène Beaupin ; Georges Blondel ; Mgr Eugène Bœglin ; l'abbé J. Bordron ; l'abbé François Bossebœuf ; Charles Boucaud ; Charles Brun ; Paul Bureau; Emile Ciienon ; Jacques Debout; l'abbé Desgranges; l'abbé Ernest Dimnet ; fabbé Paul Fesch ; l'abbé Gayraud ; Maurice Gaucheron ; Paul Gemahling ; Marins Gonin ; Georges Goyau ; Cliarles d'Hellencourt ; Georges Iloog ; l'abbé Félix Klein; l'abbé Labertlionnière; l'abbé Labourt ; Micliel Lalour ; François Laurenlie ; Marcel Lecoq ; Alexandre Lefas ; l'abbé Lemire ; Jean Lerolle ; l'abbé de I^estang ; Louis Meyer ; Raoul Narsy ; l'abbé Naudet ; Georges Piot ; Yves Le Querdec (Fonsegiive) ; l'abbé Camille Ract ; Georges Renard ; Marc Sangnier ; l'abbé Serlillanges ; Henri Titgen ; Max Turmann ; l'abbé E. Vercesi ; labbé Jean Viollet ; les abbés Léon Gros, Pierre Dabry et Emile Mequinion, depuis sortis de l'Eglise. — Le Peuple Français a fusionné avec La Libre Parole en 1911.
(2) Le premier numéro parut le 19 mars 1893; sur l'histoire de ce journal, cf. Evêtiues et Diocèses, 1" série, p. 79.
(3) Cf. Evêques et Diocèses, 1" série. « Au diocèse de Clermoiit », p. 62, le programme de L'Auvergne Libre, journal fondé par un prêtre de tendances libérales, M. Brugeretle. — Le fondateur du journal La Terre de France (1890), l'abbé Henri Desporles, avait publié deux livres sur le meurtre rituel : 1° Le mystère du sang chez les Juifs de tous les temps. Préface d'Edouard Drumont (Paris, Savine, 1889, in-12, XI-3:o p.). Le livre porte en
amis ne peuvent nier non plus que leurs élucubrations ne continssent beaucoup d'inepties. Peu versés dans les sciences économiques et sociales, les abbés démocrates en parlaient comme ils étaient accoutumés à parler de religion devant les femmes qui composaient le gros de leurs auditoires ordinaires, d'une manière sentimentale et non pas scientifique.
Les discussions qui s'élevaient entre les catholiques ralliés, selon le désir de Léon XIII, à la République et ceux qui restaient « réfractaires » aux invitations du pape, furent un curieux spectacle. Aux élections législatives de 1893, le bon sens du peuple ne se laissa pas prendre aux paroles emmiellées de ces républicains de fraîche date, qui faisaient des réserves peu claires sur tels et tels points d'une législation sécularisatrice. Les trois principaux représentants de la politique pontificale, le comte Albert de Mun, MM. Jacques Piou et Etienne Lamy ne furent pas réélus députés. Des abbés démocrates qui s'étaient présentés devant le suffrage universel, un seul passa, M. Jules Lemire. De tous c'était incontestablement le plus digne et le plus capable. Il pouvait être devant le pays le symbole d'un clergé issu du peuple, n'ayant jamais douté des fondements du catholicisme parce qu'il n'avait pas été initié à l'histoire et que les circonstances l'avaient conduit à d'autres études, mais fort porté à croire, d'après son bon sens naturel, qu'il y a dans l'Eglise moderne, beaucoup de points disciplinaires qui devraient être réformés.
épigraphe ces paroles attribuées aux « Juifs de Trente » : « L'emploi du sang chrétien est indispensable au salut de nos âmes. » ; 2° Tué par les Juifs, avril 1890. Histoire d'un meurtre rituel (18901. — )Mus tard M. Desportes quitta l'Eglise. — Dans la Revue du Clergé Français, 1" août 1911, p. 302, M. l'abbé Vacandard dit à propos du premier ouvrage de M. Desportes : « Pour apprécier ce livre, il est bon de savoir que c'est l'œuvre d'un jeune séminariste rouennais, que rien ni personne n'avait initié à la critique historique et (jui était tout au plus capable de collectionner les ragots placés à sa portée. »
LES ABBÉS DHMOCRATES 25
beaucoup de matières d'enseignement qui ne sont pas très sûres et que les discussions mythologiques pourraient avantageusement s'éclipser devant la prédication de « la fraternité de l'Evangile, seule vraie loi du monde « (1).
(1) Ces derniers mots sont tirés de la circulaire de M. Lemire à ses électeurs. Sur le rôle de M. Lemire à la Chambre on peut consulter, outre le Journal o//iciel, le recueil de M. Fr. Guermonprez. Ce que dit M. l'abbé Lemire quand surgit la doctrine et la discipline (Paris, Rousset, 2 vol. in-16, 1910) ; la collection de la Semaine religieuse de Cambrai ; Evêques et Diocèses, 2° série, « Mgr Delamaire ».