‹ Histoire du modernisme catholiqueChapitre 71 sur 82 · LA CONJURATION ANTICATHOLIQUE · texte numérisé non relu

LA CONJURATION ANTICATHOLIQUE

Croyant de mon devoir d'historien de tirer la chose au clair, j'écrivis à M. Eugène Boeglin (1), — source de l'information émise par Le Petit Démocrate, pour lui demander la référence de la revue autrichienne visée, — et à M. Paul Sabatier, — pour lui demander s'il avait vraiment écrit dans une revue autrichienne un article pouvant prêter à l'interpi'étation que faisait M. Boeglin.

Ni l'un ni l'autre de ces deux éminents ecclésiastiques ne m'a répondu. J'abandonne la piste à des chercheurs plus heureux.

Quoi qu'il en soit de ce point particulier, et malgré les nombreuses afïirmations contraires de certains polémistes orthodoxes, il n'y a jamais eu de « carboneria » moderniste, ni de caisse internationale, ni même de trésor de guerre particulier à un pays. La lettre suivante, adressée au Père Tyrrell par M. le pasteur Paul Sabatier lui-même en est une preuve péremptoire :

« Hôtel Subasio « Jusqu'en juin 1908. « Assisl (Umbria)

« Ilalia

« 25 décembre 1907.

« Cher ami,

« Les cloches de Noël sonnent vêpres à toute volée, et toutes les lettres que je reçois ne me parlent que de guerre aux hommes de bonne volonté.

« Ce que vous a écrit notre ami, des centaines d'autres me l'ont écrit ou dit : Pie X trouve très naturel de réduire le clergé au silence par la famine. C'est abominable, car ça n'a pas la francliise d'une coercition brutale.

« Mais que faire contre cela? Nous sommes désarmés.

« D'abord en l''rance et en Italie, nos ressources ne sont rien :

(1) Prêtre du diocèse de Strasbourg, nommé caniérier secret surnuméraire le 5 février 1887. Son nom a disparu de la Gerarchia au commencement du pontificat de Pie X.

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la Soc. Itilernazionale de littérature scientifique religieuse (1) n'existe à peu près que comme un titre et pour épouvanter la liiérarcliie.

« Mais ceci est sans doute un bien, car notre extrême pauvreté (2) éloigne de nous quiconque n'est pas disposé à être martyr.

« Je sais ce qu'on peut dire en faveur de la tlièse contraire, mais notre pauvreté, en tenant loin de nous le bataillon des défroqués, est cause de cette valeur morale de la moyenne des modernistes qui a tant déplu au S. Père.

« Faire un appel à la sympathie et à un concours effectif sous formes de souscriptions, serait courir le risque de nous faire confondre avec des tentatives comme celles de M. Bourrier (3) à Paris ou des mélliodistes à Rome. Nous souffrirons, mais nous triompherons malgré tout.

« Si nous avons de l'argent, employons-le surtout à la propagande par journaux, livres et brochures.

« Voilà mon avis rapide et peut-être violent. Si vous pensez que j'ai tort ne vous gênez pas pour me le dire.

« Il faut aussi penser que désormais nous sommes assez nombreux pour qu'aucun de nous ne soit tout à fait isolé.

« J'espère que vous avez reçu mes lignes du 18.

« A mesure que la main (ou la massue) de Pie X devient plus lourde, la résistance s'intensifie. En dehors de toute autre considération, il est très nécessaire d'éviter tout ce qui pourrait tendre à catégoriser nos amis. Il y en a partout. Chaque jour

(1) Cf. ci-dessus page 197.

(2) Cette expression « notre extrême pauvreté » s'applique évidemment aux modernistes et non pas à la situation personnelle de M. Sabatier. L'Annuaire des Châteaux et des Villégiatures, des années 1899-1910, lui donnait alors pour adresses le château de Chantegrillet, par Crest (Drôme), et la villa Wust, à Strasbourg.

(3) Ancien vicaire à la cathédrale de Marseille (démissionnaire le 31 août 1895) et consacré pasteur de l'Eglise réformée. M. André Bourrier avait fondé à Sèvres, où il exerçait le ministère, une « Maison hospitalière pour les anciens prêtres ». En 1910, M. Bourrier s'est retiré à Marseille.

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apporte des recrues inattendues. Evitons les registres, les statistiques, les barrières qui protègent mais séparent.

« Je compte arriver à Londres le 2i février et en repartir le 12 mars, y faire 3 conférences sur S. François, 3 sur le modernisme (t).

« Votre tout fidèlement dévoué.

« Paul Sabatier. »

Il se pont, par ailleurs que quelques protestants libéraux français aient escompté, au profit de leur église, le mouvement moderniste. On trouvera peut-être une indication dans la lettre suivante de M. le pasteur Sabatier à l'un de ses coreligionnaires, lettre datée du 14 mars 1910 et publiée par la Revue Moderniste Internationale (1910, page 108) :

«... Je viens de passer trois semaines à Rome et je ne puis songer à vous dire l'impression profonde que j'ai eue en constatant la rapidité avec laquelle la situation de l'Eglise se mûrit. Il y a seulement quelques mois, au lendemain de l'encyclique Pascendi, on n'aurait certes pas pu prévoir combien tout se précipite. Même ici et dans les couvents tout vibre et bouillonne.

« Mgr Marzolini, économe du Vatican, a déclaré ici que les 2/3 du clergé nagent dans le modernisme.

« Si le protestantisme des deux côtés des Alpes était un peu plus uni, plus ouvert, moins absorbé par des petites querelles que ne pourrait-il faire en ce moment !...

« A mon sens la crise est d'autant plus intéressante qu'on ne voit pas où elle aboutira. Il est indiscutable que l'Italie s'éveille à tous les points de vue et que dans beaucoup de milieux de gauche l'étape de l'anticléricalisme vulgaire est dépassée... »

(1) Ces dernières conférences ont été publiées dans le volume indiqué ci-dessus, page 248, note 2. — Voir aussi ci-dessus, p. 210, note 1, les impressions de Tyrrell sur cette lettre : « Gi-inclus la lettre de Sabatier dans laquelle il y a beaucoup de bon sens. »

L'ABBE CEDOZ

Les apologistes romains, — qui savent très bien qu'un prêtre instruit n'est plus un prêtre orthodoxe et qui, par conséquent, quand ils sont savants, ne sont eux-mêmes guère orthodoxes, — nient etTrontément ce qu'on peut écrire de plus fondé sur la permanence, dans l'Eglise, des prêtres désabusés. C'est donc sans surprise que j'ai vu récemment un récit que j'ai fait sur l'un de ces prêtres, l'abbé Cédoz (1), combattu par les Oratoriens.

Ces Révérends Pères ont cru bon de supposer que je ne pouvais prétendre savoir le fond de la pensée de M. Cédez que par un témoignage oral et ils ont pieusement dénigré l'aulorité du témoin qu'ils soupçonnaient avoir été mon informateur.

J'ai connu le plus authentiquement du monde la philosophie de M. Cédoz par une lettre de lui-même, restée daus les

(1) François M. -Th. Cédoz, né en 1829, ordonné prêtre en 1853, l'un des premiers fondateurs du tiers ordre dominicain enseignant. Directeur du collège d'Oullins. Après avoir quille le tiers ordre, il fut nommé aumônier des Dames Anglaises Augustines, en 1869. Il mourut le 4 septembre 18'J5. Plusieurs de ses discours de distribution de prix à Oullins ont été publiés. Il a également composé une histoire du couvent dont il fut l'aumônier (Un couvent de religieuses Anglaises à Paris de 163i à 188i, Paris, LecolTre, 1891).

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papiers que m'a légués l'abbé de Meissas. Lorsque, dans mon étude sur Un prêtre marié, Charles Perraud, je résumai très brièvement les sentiments de M. Cédoz, son directeur, il me sembla préférable de ne pas imprimer cette pièce justificative. Mais puisqu'on révoque en doute mon récit, je ne vois pas pourquoi je ne la produirais pas. Un historien ne connaît que les documents ; il ne les supprime pas. Celui-ci d'ailleurs est moins mal édifiant que l'apologétique reçue et il peut servir à comprendre le cas de beaucoup de prêtres « modernisées ».

A l'époque où fut écrite cette lettre, M. Cédoz critiquait le christianisme dans des dissertations et correspondances fictives, écrites pour préciser sa propre pensée et qu'il ne montra qu'à deux amis. M. de Meissas lui ayant exprimé le désir de copier quelques unes de ses élucubralions, M. Cédoz lui adressa la réponse suivante :

« Neuilly-s-S., 13 février 1882.

« Mon clier ami, « Bien volontiers je consens à ce que vous fassiez faire une copie de ces lettres, si vous le croyez utile. Dans ce cas-là, il ne faudrait pas relever la première, ni laisser le nom de '* (1) et de sa femme dans un certain dialogue, juste pour le fond, je le crois, mais absolument ridicule pour la forme. En général, je vous prierais d'omettre tout ce qui pourrait, de mon vivant ou après moi, mettre sur la voie de leur provenance. Ces lettres, ou plutôt ces notes, sont ma pensée la plus intime, ma conscience, ce qu'il y a de plus moi en moi. Vous et M. *** (2) vous serez les seuls à les lire, à les juger. La publicité n'a rien à y voir. Je me reprociierais même, comme une faute grave, de les communiquer à certains de mes amis dans l'esprit desquels elles pourraient jeter le trouble. A plus forte [raison], ne me pardonnerais-je

(1) Ici, un nom propre qu'il me semble inutile de publier.

(2) Ici, le nom d'un prêtre qu'il me semble inutile de publier, — qui avait, lui aussi, perdu ses illusions tliéologiques et qui est resté dans l'Eglise.

l'abbé cédoz 425

jamais leur publication. La foi ! mais c'est la sagesse des masses, la lumière de leur conscience. Il faut l'éclairer en elles et non la démolir. Or, mon travail, jusqu'à ce moment du moins, est une œuvre de démolition. Vous, vous portez votre esprit critique dans l'Iiistoire religieuse. Vous ne la ruinez pas, vous lui rendez ses véritables bases ; la foi ne peut qu'y gagner. Mais moi, si j'ai raison, je tue la foi. Je crois sincèrement à la transformation de la tliéologie, mais c'est là une œuvre de temps, et il a une puissance que nous n'avons pas, il sait reconstruire avec les ruines qu'il fait. Ne détruisons rien, éclairons peu à peu (1^. Une transformation doctrinale ne peut être qu'une œuvre de patience.

« Ces considérations seules suffiraient à me faire renoncer à toute publicité, si jamais elle fut entrée dans mes desseins. Mais j'y ai si peu songé que je ne me suis appliqué ni à l'ordonnance rigoureuse des matières, ni à la correction même grammaticale de la forme, comme vous avez pu vous en apercevoir.

« Aussi, cher ami, si vous faites relever ces notes, que ce soit pour vous, et si vous croyez devoir dans certains cas vous en servir, que ce soit bien selon les intentions de l'auteur qui doit toujours rester inconnu.

« Quant à votre remarque sur l'explication que j'ai donnée du mal, voici ce que j'ai à dire :

« Le monde dans lequel nous vivons fait partie des conceptions éternelles de Dieu et, par là-même, entre dans l'harmonie universelle, puisque la pensée divine est essentiellement ordre et harmonie. Mais Dieu ne pouvait-il pas créer de préférence à celuici un monde meilleur ?

« Votre expression de préférence me chiffonne. Elle semble . supposer que Dieu n'a réalisé que la combinaison d'êtres au milieu desquels nous vivons, et je crois le contraire. Je crois à la pluralité des mondes. Je crois que ces mondes s'échelonnent dans l'ordre du bonheur, comme les êtres s'échelonnent dans l'ordre de la perfection. Je crois à la pluralité des mondes par les analogies que me découvre l'astronomie. J'y crois encore par l'idée que je me fais des conceptions infinies de Dieu et de son activité créatrice. Si Dieu a créé notre monde, il v a mille raisons

(1) Cf. ci-dessus, ch. VL P- 89-'J0, les paroles de Baudry et de Gratrv.

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de croire qu'il en a créé d'autres, que parmi eux il y en a probablement d'inférieurs au nôtre et d'autres qui lui sont supérieurs. Ne nous demandons pas alors pourquoi Dieu n'a pas créé de préfcrence un monde meilleur que celui-ci. Il ne choisit pas entre les mondes qu'il veut créer, il les réalise tous, — simultanément ou successivement, je n'entre pas dans eette considération, — je dis qu'il les réalise tous. En un mot Dieu réalise l'harmonie infinie de sa pensée et notre monde, encore une fois, fait partie de cette harmonie. A nous de faire le bien et de supporter le mal et de nous transformer dans celte épreuve par la vertu, afin de faire de nous des êtres nouveaux et de passer dans un monde meilleur.

« Je viens de communiquer une longue lettre sur le protoevangeliiim à M. ***. Je vous la ferai passer pour que vous la lisiez vous-même à temps perdu. C'est trop long, mais enfin j'ai voulu ne rien omettre d'essentiel.

« Pourrez-vous me lire ? Je ne fais plus que des pieds de mouche avec la difiiculté que j'éprouve à allonger les doigts. Pardonnez à un pauvre goutteux qui n'a plus guère de sain que le cœur avec lequel il est à vous.

« F. M. Th. CÉDOZ ».

Le présent ouvrage repose, outre les expériences personnelles de l'auteur, sur une bibliographie de plus de neuf cents « numéros ». Il semble, à tout le moins pour le moment, inopportun de l'imprimer. Mais les quelques indications et remarques suivantes peuvent avoir leur utilité.

Dklmont (Algr). — Modernisme et modernistes (Paris, Lethielleux, 1901», in-12, 568 p.)

Etudes publiées d'abord dans la Revue de Lille (1908-1909), et qui se basent sur de prétendues informations découpées le plus souvent dans les gazelles ullramontaines. L'alFaire \Yalirmund (cf. ci-dessus p. 239), occupe 18 pages.

L'auteur reproduit (page 138) à mon sujet une « information » donnée par la presse calliolique au mois de mars 1908 :

«...Un des pseudo-réformateurs français, l'abbé Iloutin, invité ces jours derniers à Londres, y a donné une conférence, dans laquelle il n'a pas craint de diviser les catholiques français en trois catégories : catholiques athées, catholiques libéraux, catholiques rigidement orthodoxes. Pour Houtin, les premiers, représentés par Maurras et Soury, seraient vraiment estimables et respectables pour leur intellectualité supérieure ; les seconds seraient un peu étroits d'esprit, un peu crétins ; quant aux derniers, ce sont à peu prés des illettrés, des cerveaux atrophiés...»

Je n'ai jamais donné de conférence à Londres. Les propos que l'on m'attribue ici ne peuvent être que l'écho très déformé d'un

rapport que je lus à Boston le 25 septembre 1907, et qui est imprimé dans la 2° édition de ma (Irise du CAergé (p. 187-200) et dans Freedom and Feltoirs/iip in Religion. Proctedings and Papers of ihe Fourlh International C.ongress o/ Religions Libérais (Boston, 1907).

L' « information », recueillie par Mgr Delmont, fut dabord lancée par le Moniento (Turin) et reproduite par La Croix (17 mars 1908J. N'étant pas encore sullisamment édifié sur la bonne foi de ce dernier journal (il a fallu pour m'éclairer les polémiques, de l'Autour d'un Prêtre marié), je lui envoyai une reclificalion appuyée du texte authentique de mon rapport. Non seulement La Croix n'en tint aucun compte, mais elle trouva moyen de m'attaquer d'autre manière dans un entrefilet intitulé <( solidarité moderniste ».

Ce qu'on a fait de l'Eglise, Etude d'histoire relig-ieuse avec une humble supplique à S. S. Pie X (Paris, Alcan, 1912, in-12, XXIII-5'i6 p.).

Gomme le livre est signé de cinq astérisques, on a conclu qu'il est l'œuvre de cinq auteurs. 11 a été condamné par l'archevêque de Paris, et plusieurs autres archevêques et évêques, comme impie, pernicieux et scandaleux. L'avant-propos de la septième édition (août 1912) répond ainsi à ces censures :

« ... Nous sommes catholiques aujourd'hui, comme nous l'étions hier, comme nous le serons toujours. Les condamnations et les excommunications peuvent nous frapper, nous avons dit qu'elles ont été prévues ; mais si douloureuses qu'elles soient à notre cœur et à notre âme, elles ne seront pas plus capables de nous éloigner de l'Eglise qu'elles ne pourront l'être d'étouffer notre voix. »

Voir ci-dessous article Sifflet.

P'antoni Skllon (G. A. S.). — Una libéra Cliiesa caltoUca (Florence, Bemporad, 1909).

Traduction d'un livre du Bev. J. M. Lloyd Thomas, de Noltingiiam. Le traducteur, qui a joint à son nom celui de sa

femme, est un ancien carme, franc-maçon. La Iraduclion est précédée d' (' une élude par un ecclésiastique romain sur la situation religieuse actuelle de l'Italie ». Cette introduction, qui fut remise au traducteur par M. le Pasteur Paul Sabatier, a suscité beaucoup de polémiques. Les Jésuites n'hésitèrent pas à dénoncer comme son auteur le « Spectator Novus » des Sûddeiitsc/ie Monatshefte (Civillà Catlolica, janv. 1910). En réalité, l'auteur se trouva être un ecclésiastique italien d'un diocèse situé au nord de Rome. Un journaliste romain, s'estimant dilîamé dans cette préface, intenta des poursuites en difTamalion qui se terminèrent par un arrangement à l'amiable. L' « ecclésiastique » paya au publicisle dix mille francs de dommages intérêts. Cf. Rev. Mod. Inl., 1910, p. 106, et 1911, p. 93.

Gambaro (Don Ang-elo). — Le Modernisme. Ses gef'ines. Ses doctrines. Manuscrit de 207 pages.

Tlièse de doctorat soutenue devant l'Université de Bologne, le 9 décembre 1911. L'étude purement idéologique, et non pas iiistorique, reste sur le terrain de la piiilosopbie religieuse. Comme elle a valu à son auteur de chaleureuses félicitations, il est souhaitable qu'elle soit imprimée.

IIelius Romanus. — Modernisien. Zeit-Ronian (Berlin- Leipzig, CurtWigand, 1908, in-12, lfi6 p.).

L'auteur, M. Luigi Guglielminotti, Piémontais, ancien salésien, l'un des premiers modernistes en Italie, a fait publiquement ses adieux à l'Eglise dans une conférence sur le mouvement moderniste italien, conférence prononcée à Zurich, le 7 août 1908, et dont un long compte rendu a été publié dans la Neiie Zârclier Zeilung (n° du 11 août). Voici la fin de ce compte rendu :

« L'orateur examine pourquoi les modernistes ne sortent pas en plus grand nombre de l'Eglise. Ses douloureuses expériences personnelles le font conclure que c'est à cause de leur piété filiale envers des parents croyants qu'hypnotise l'enseignement catiiolique du caractère inelfacable du sacerdoce. Le prêtre se trouve ainsi placé dans une situation terrible. S'il ne veut pas

renier ses convictions, il se voit le plus souvent obligé de rompre avec sa famille. La plupart reculent devant celte extrémité. A cela vient s'ajouter la difliculté de régler la question économique. En Italie, pays si profondément indifférent aux questions religieuses, les modernistes, ne trouvant aucune ressource dans la société cultivée, sont réduits à se faire politiciens.

Dans le catholicisme le besoin de concilier la science et la foi n'a pas réussi. Le protestantisme essaie vainement, depuis longtemps, de résoudre le même problème. Le modernisme n'en montre pas moins que la vie intellectuelle moderne marche irrésistiblement en avant. Mais II n'est pas un symptôme de rénovation du christianisme, dont notre société cherche à se libérer de toutes ses forces ; c'est plutôt le signe d'une décadence qui se précipite. »

Les idées émises ici par M. Guglielminotti sont celles qui sont soutenues dans son roman, par l'ex-prêtre Fausto Vettori :

« Vous sentez le poids des chaînes que vous portez, vous n'êtes pas de ceux qui osent vivre libres. Hommes du passé, vous entendez les soupirs et les plaintes de la jeune génération qui gémit sous l'oppression des mensonges dont vous avez vousmêmes souffert pendant longtemps. Vous voulez élever la jeunesse, la libérer, lui donner de l'air, laisser libre champ à la force de son génie ; vous voulez façonner les hommes de l'avenir. Mais ce que vous possédez de votre passé, ce n'est pas une arme, c'est un fardeau qui vous pèse sur le dos. Vous êtes de méchants démolisseurs. Il vous manque la faculté de reconstruire. L'homme de l'avenir n'est pas encore apparu. Si la vie moderne est opprimante et stérile, il ne vous est pas donné de la rendre féconde. Vous êtes rétrogrades et progressistes en même temps. Ce n'est pas un grand avenir qui vous attend, mais la mort...» (P. 44-45).

0 Vettori ne pouvait avoir de communion avec des hommes pour lesquels les ténèbres étaient un besoin indispensable. Ces tard-venus qui voulaient être des hommes de l'avenir étaient des âmes fatiguées et malades. Ils ne consentaient pas à rompre les liens du sang pour l'amour du progrès. Ils craignaient le jugement de l'opinion publique. Ils aimaient les compromis et les demimesures et ne voulaient rien savoir d'entreprises hasardeuses et de combats à découvert. C'est pourquoi beaucoup d'enlre eux avaient résolu de rester, malgré tout, dans un organisme social

NOTES niIÎLIOlJRAPIlIQUES 431

qu'ils haïssaient et d'empoisonner ses racines. Les infâmes ! Mieux vaut tenir un peuple dans les chaînes de l'esclavage que d'empoisonner son âme. Vous voulez être les hommes de l'avenir ? Prenez une hache et frappez l'arbre séculaire, dût-il vous écraser de sa chute. Ou bien contentez-vous de demeurer à l'ombre de ses branches, jusqu'à ce que vienne le héros de l'avenir, celui qui l'abattra.» (P. 47-48).

Le livre porte en épigraphe un mot de Pie X : « Nous devons arracher le masque de ces gens ». L'auteur peint, non seulement -les modernistes alors décidés à rester dans l'Eglise, comme M. Minocchi (don Pinotti), mais encore ceux qui trahissaient la cause du progrès pour faire carrière dans l'orthodoxie comme Mgr Benigni (Mgr Benetti, «le prélat athée »), et aussi les modernistes qui, comme lui-même, s'enfuirent à l'étranger pour y cacher la crise de leur foi, types de ces prêtres italiens, exilés et bohèmes, plus nombreux qu'on ne croit, travaillés par un amour inné de la liberté, héritiers des rêves grandioses de Gioberti et de Mazzini.

Si le livre est un document important sur le modernisme italien, il n'est pas un document complet. L'auteur représente le groupe romain uniquement d'après « Baldini ». Il n'en a pas connu d'autres types d'une nuance aussi accentuée, ou les divers représentants de tendances plus mitigées qui florissaient au Séminaire pontifical Pie.

Dans son roman, l'auteur, me nommant en toutes lettres, raconte qu'au mois de janvier 1908 j'ai reru la visite d' « Erneslo Manfredi ». Je n'ai connu l'existence de ce personnage qu'en 1910, par un article de la Revue Moderniste Internationale. Quant à M. Guglielminotti et à son roman, leur existence ne m'a été signalée qu'au mois de décembre 1911.

KûBEL (Johannes). — Gescinclite des katlioUsclien Modernismiis (Tubingen, Mohr, 1909, in-8", XII-260 p.).

L'ouvrage contient 7 pages de bibliographie.

Landro (G.). — Per la fdosofla dcll'azionc. OssenYizioni gencrali (Città di Gastello, 1907, 48 p.).

'l32 NOTES lUBLIOCnAPHIQUES

D'après M. Prezzolini ICalt. rosso, p. 348), l'auleur est M. Buonaiuli. — La philosophie de l'action n'a pas eu grand succès en Italie. Les prêtres cultivés de ce pays crurent de bonne heure qu'il n'y aurait là qu'un expédient apologétique et ils étudièrent de préférence les philosophes de l'iiégélianisme et de la contingence, ainsi que M. Bergson.

Meiss.\s (abbé de). — I^phémérides de la Papauté {Paris, 190Î, in-12, VII-359 p.).

L'auteur pensait que les prêtres désabusés doivent rester dans l'Eglise (cf. ci-dessus p. 117, note), et il y resta lui-môme. Pour contribuer à la modernisation du clergé, il publia, sous le pseudonyme de « Jean Vrai », cet ouvrage, qu'il lui dédia par une préface dont voici quelques extraits :

« Très vénérés Messieurs, l'athéisme et le m;ilérialisme font autour de vous des progrès effrayants. La plupart de ceux qui sont recensés catholiques, ne le sont plus que de nom... Voulezvous savoir pourquoi le monde vous échappe ; pourquoi vous êtes de plus en plus impuissants à empêcher la ruine de toute morale; pourquoi vous êtes malheureux? Eclairez-vous.

En vérité, je vous le dis, le jour où votre esprit sera dégagé de ce tissu de réticences, de faux et d'impostures, qu'on vous a présenté comme histoire de l'Eglise; le jour où vous verrez clairement comment se sont faites celte église et la Papauté qui en est la tête, une poussée irrésistible se produira dans vos rangs. Elle gagnera forcément vos chefs, et votre retour à la vérité vous rendra l'influence que la vérité eut sur le monde dans les premiers siècles chrétiens

Le livre que je vous oflVe aujourd'hui peut vous apprendre bien des choses. Elles ne sont pas enseignées dans vos grands séminaires. Aucun autre livre ne vous les présente. Je ne les ai connues moi-même que par de longues années de recherches. Vous me pardonnerez, je l'espère, de penser que vous pouvez les ignorer, et que je vous rends service en vous les exposant.

Présentées en forme d'éphémérides, elles sont d'une lecture plus facile qu'une histoire suivie de la Papauté et de ses antécédents. Les tables finales permettent d'ailleurs de reconstituer

aisément l'ensemble de cette histoire, surtout avec l'aide de l'appendice.

« Des laïques pourront lire ce volume; mais qu'ils me permettent de leur dire que je ne l'ai pas écrit pour eux. Je les supplie donc de le faire lire par les prêtres de leur connaissance.

« Quoique la Papauté ait fait bien du mal, quoiqu'elle en fasse encore beaucoup, je proteste qu'aucun sentiment de haine contre elle ne m'anime. J'ai contrôlé avec la plus grande conscience tout ce que j'avance ; et dans les accusations contre certains papes, j'ai rejeté tout ce qui m'a paru douteux. Croyant fermement à l'existence de Celui qui sonde les reins et les cœurs, je n'ai jamais perdu de vue ma responsabilité vis-à-vis de Lui. Je sais qu'il doit me récompenser ou me punir selon le bien ou le mal que j'aurai fait volontairement Mais lorsque je m'efforce de dissiper les ténèbres et de répandre la lumière, malgré les inconvénients du trouble que je puis jeter d'abord dans certains esprits, je suis sûr de travailler pour le bien. »

Prezzolini (Giuseppe). — // CattoUcismo Rosso (Naples, Ricciardi, 1908, in-12, 348 p.).

L'auteur n'est pas Israélite, comme l'a dit, après maintes feuilles cléricales, le Neue Jahrhiindert (13 mars 1910).

L'ouvrage est suivi d'une petite bibliographie. On y attribue à ma main ou à mon inspiration les livres de M. Pierre Saintyves et de l'abbé Jean Le Morin. C'est une erreur.

1 — Wesen, Gesc/iic/ite und Ziele der Modernisnins. Vehertragen von Otto Ekkehard (léna, Diederichs, 1909, in-12, XIIj 315 p.).

Adaptation de l'ouvrage précédent.

— Cos' è il Modernismo ? (Milan, Trêves, 1908, in-12,

Reinacii (Salomon). — Orplieus. Storia générale délie

Religioni. Traduzione italiana di Arnaldo Délia Torre (Milan, Sandron, 1912, 2 vol. in-8).

Le traducteur a ajouté à cet ouvrage un appendice de 424 pages qui forme un manuel de l'histoire moderne du cliristianisme en Italie. On y trouve d'utiles renseignements sur les précurseurs du modernisme dans ce pays.

Revue Modermste Internationale. Genève. Janvier 1910- Mai 1912.

Voici les principaux collaborateurs de cette revue : MM. Aschenbrôdel, E. Baucliard, Paul-Louis et Pierre Couissin, P. Gay, A. Michel, Hyacinthe Loyson, Schnitzer, Otto Sickenberger, Thaddaeus Engert, Miguel de Unamuno (Salamanque), Sigismond Pey-Ordeix, Minocchi, Avolio, Domenico Battaini, Murri, Miss M. D. Petre, M"' B. NicoUier (Genève), MM. Pierre Saintyves (Paris), Henri Vanière (Bordeaux), Pierre Dabry, Henri Corrance (Hove), l'auteur des Lelters to his Holiness Pius A' l>y a Modernist, des anciens rédacteurs de A'ova et Vetera.

D'après un prospectus de la Revue, les personnes dont les noms suivent lui ont également adressé « verbalement ou par écrit, les plus grands éloges » : MM. L. Anspach, de l'Univ. libre de Bruxelles ; B.-J. Bacon, de l'Univ. de Yale ; B. Bouvier, de l'Univ. de Genève ; W.-R.-V. Brade, amiral à Londres ; E. Cauderlier, à Bruxelles ; A. Cervesato, publiciste à Rome ; R. Dell, publiciste à Paris ; H. Denis, de l'Univ. libre de Bruxelles ; A. Fischer, directeur du Protestanten-Blatl,k Berlin; Th. Flournoy, de l'Univ. de Genève ; Antonio Fogazzaro ; L. Gautier, de l'Univ. de Genève ; E. Giran, pasteur à Amsterdam ; E. Gounelle, dir. du Christianisme Social, à Paris ; Marcel Hébert ; Mgr Herzog, évêque vieux-catliolique à Berne ; K. Holl, de l'Univ. de Berlin ; F. -H. Jones, directeur de la Williams Library, à Londres ; O. Karmin, secret, génér. de la Libre Pensée Suisse ; C. Konow, pasteur à Bergen ; M. Kûbel, rédacteur à la Christliche IVelt à Frankfurt a. /M. ; Camille Lemonnier, écrivain à Bruxelles ; Madame de Léon, à Munich ; A.-L. Lilley ; L.-G. Lévy, rabbin à Paris ; Paul-II. Lovson, direct, des Droits de

XOTES BIBLIOGRAPHIQUES 435

l'Homme, Paris ; G. Luzzi, réd. à la Rivista Cristiana (Florence) ; G.-R.-S. Mead, directeur de The Quest, à Londres ; A. Meyer, recteur de l'Univ. de Zurich ; E. Michaud, de l'Univ. de Berne ; W. Monod, de la Faculté de théologie protestante, à Paris ; E. Montet, recteur de l'Univ. de Genève ; A. de Morsier, député, à Genève ; S.-B. Mgr Ormanian, ex-patriarche des Arméniens, à Gonstanlinople ; D' E. PlatzhofT-Lejeune, de l'Univ. de Lausanne ; M. Rade, de l'Univ. de Marburg ; Salomon Reinach ; J.-E. Roberty, pasteur à Paris ; D' E. Rouby, à Alger ; R. Schmiedel. de l'Univ. de Zurich ; Miss Norah Shelley, à Londres ; N. Sôderblom, de l'Univ. d'Upsal ; L. Wahrmund, de l'Univ. de Prague ; Ch.-W. Wendte, à Boston ; etc.

On trouve dans VAlmanacco del « Cœnobium » pel 1912 la profession de fol de plusieurs personnages sus-nommés ; MM. Aschenbrodel, Cervesato, Gorrance, Pierre Couissin, Etienne Giran, Marcel Hébert, Karmin, Plalzhoff-Lejeune, Salomon Reinach ; Miguel de Unamuno ; ainsi que celle de plusieurs autres personnages cités dans cette histoire, comme MM. Grespi, Eucken, Riou, et M"" A. de Polozow.

Saimte-F'oi (L.). — De Saint-Pierre à Pie X. Essai c/ironologique sur les accroissements progressifs de l'autorité pontificale (Paris, Nourry, 1910, in-12, 114 p.).

Cet ouvrage, ainsi qu'un autre du même auteur, — Que penser de la Bible ? « par un groupe de prêtres catholiques » (Paris, Nourry, 3 vol. in-12) — peut servir d'exemple des publications avec lesquelles les prêtres modernistes s'efforçaient de pratiquer l'érosion autour des dogmes catholiques. Leur auteur est l'abbé Sifllet, l'un des principaux représentants de « l'école de Lyon ». J'ai parlé de lui dans Evêques et Diocèses, l" série, p. 86-87. II est mort au mois de février 1911.

Le livre Ce qu'on a fait de l'Eglise (cf. ci-dessus p. 428) appartient certainement à la même « école » ; peut-être est-il même une utilisation des notes de M. Siiïlet. Il donne comme vivants, au moment où il est composé, le cardinal Steinhuber (mort en 1910), le cardinal Segna (mort en janvier 1911) ; il appelle Schœbel « abbé », erreur commise dans Que penser de la Bible. D'après ces indices et d'autres encore, il me semble que l'ouvrage pour-

rait bien représenter, grandement revisé et considérablement augmenté, l'un des manuscrits qu'à ma connaissance M. Sifflet se proposait de publier de son vivant ou de laisser en mains sûres à sa mort.

Sarolea (Charles), D. Ph., D. Lit., University of Edinburgh. — Cardinal Nen'man and /lis Influence on Religions Life and Thouglit (Edinburgh, Clark, 1908, 8°, p. 174).

Au sujet du libéralisme de Newman et de son rapport avec le modernisme, M. Sarolea pense à peu près comme M. Bremond : « Moderniste à son insu par plusieurs aspects de sa doctrine, Newman a été consciemment et systématiquement un réactionnaire en religion. Je ne consentirais donc à l'appeler le père spirituel du modernisme que s'il est bien entendu que les enfants souvent ressemblent très peu à leurs parents, et que les parents ne peuvent être rendus responsables des actes de leurs enfants. »

Schxitzer(J.). — Der katholisclie Modernismus{'ë)OViàQvàYnc)s. der Zeitschrift fur Politik, Berlin, Heymann, novembre 1911, in-8°, 218 p.).

Socialisnio e Religione, scritti di G. Avolio, A. Fogazzaro, S. Minocchi, E. Perroni, G. Quadrotta, G. Rensi, etc., etc. (Ronia, Librei'ia éditrice romana, 1911, in-12, VIII-192 p.).

Cet ouvrage montre parfaitement les affinités existant entre « la nouvelle conscience religieuse » et le socialisme. On peut consulter aussi à ce propos la brochure éditée par la même librairie Perché siamo cristiani e socialisti (1908, in-S", 24 p.). Si, en Italie, les modernistes n'ont pas fait mystère de leurs tendances ou de leurs opinions socialistes, dans les autres pays, ils se sont généralement crus tenus à plus de réserve. La plupart cependant inclinaient de ce côté. En France, il y en eut de monarchistes.

Slattery (John-Richard). — 7'//e Workings of Modernism dans T/ie American Journal of Theology, 1909, p. 555-574.

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