L'HON. WILLIAM GIBSON
On a relaté ci-dessus (pp. 7 et 187) l'activité moderniste de ce personnage, grand ami du Père Tyrrell et l'un des chefs des revendications politiques de l'Irlande. M. Gibson a pu])Iiquement abjuré tout modernisme par la lettre suivante publiée dans Les Droits de l'Homme (27 novembre 1910) :
Monsieur le Directeur,
En ma qualité d'ancien « moderniste » (je dis ancien, car le mouvement n'existe plus), voulez-vous me permettre de vous exprimer quelques pensées sur la situation actuelle ? Et, d'abord, je suis d'accord que la Lettre des Prêtres modernistes, que vous venez de publier (1) conseille une infamie. Mais je suis loin de croire, d'autre part, que beaucoup seront tentés d'adopter l'attitude de Miss Petre. Ayant le boniieur de ne pas être Anglais, j'ai le sens pratique, et j'ai l'iiabitude d'envisager une situation sur toutes ses faces. Je me suis rendu compte que 1° même sans qu'il soit question d'infaillibilité, le Pape a le droit et le devoir, selon la constitution actuelle de l'Eglise, de gouverner en détail le monde catholique, du point de vue de l'orlliodoxie religieuse ; 2° l'organisation tliéologique est tellement perfectionnée à Rome, que, dans le cas où des documents pontificaux produisent sur nous, à la première lecture, une très douloureuse impression, tout de même, on peut-être certain, moralement et logiquement, qu'une étude plus approfondie ne donnera que l'enseignement de
(1) Voir ci-dessus p. 330.
il8 WILLIAM GIBSON
l'Eglise. Mais, il y a une aulre considération qui agit, en ce moment, sur beaucoup d'esprits. A l'époque de l'encyclique, ce qu'on a nommé \q modernisme était un grand mouvement calliolique. Nous avions, pour la plupart, la préoccupation de défendre l'Eglise, et de l'expliquer au monde moderne. Nous y avons mis, comme il n'était que naturel, une bonne mesure d'audace. Rome nous a condamnés. Nous étions froissés. Une bataille furieuse a ragé autour de nous, et autour de l'encyclique. Quelques-uns étaient spécialement marqués par leurs talents, leur position ou leur science. Nous les avons pleures. Nous les pleurons encore. Mais une telle bataille ne pouvait pas durer toujours. Elle a cessé depuis longtemps, et nous sommes nombreu.x qui nous félicitons, aujourd'hui, de ne pas avoir perdu la foi, au milieu de la lutte acharnée de ces temps-là.
Mais, on parle encore de modernisme, et de mouvement moderniste. Qu'est-ce que cela peut-être? Les bruits qui nous arrivent ne sont pas calculés à attirer notre confiance.
Je ne parle que pour moi personnellement, mais je sens (ju'il
y en a beaucoup qui sympathiseront avec moi, quand je dis, que
je signerais volontiers les documents pontificaux, en témoignage
de ma fidélité à l'Eglise catholique.
Veuillez, etc.
William Gibson.
LA CONJURATION ANTIGATIIOLIQUE
On lisait dans Le Petit Démocrate (Limoges), le 17 décembre 1911 :
« Lors de l'AfTaire, au temps où protestants, juifs et francsmaçons se liguèrent et jurèrent de se venger sur le catiiolicisine tout entier de la condamnation de Dreyfus, quelques protestants, habitués aux marches souterraines et habiles, élaborèrent un véritable programme d'infiltration dans les milieux catholiques. M. Sabatier avait même exposé ce plan machiavélique dans une revue autrichienne.
« Ces braves gens s'étaient dit qu'une fois introduits entre l'écorce et l'arbre, leur long mais sûr travail de rongeur ne pouvait manquer de miner le catiiolicisme par la base, et, un jour ou l'autre, la cognée anticléricale n'aurait plus qu'à frapper ce bois mort pour le faire voler en éclats.
« Maliieureusement pour eux, ils n'ont même pas pu entamer l'écorce, et il commence de leur apparaître qu'ils ont usé leurs dents inutilement.
« A Limoges, pour citer un cas typique, etc.. »
Ce texte me parut présenter un grand intérêt. Une revue autrichienne avait-elle vraiment publié un « plan machiavélique », ou bien cette assertion conslituait-elle simplement une nouvelle preuve de l'inconsidération avec laquelle certains catholiques lancent contre les hétérodoxes les accusations les plus graves?