‹ Histoire du monde (volume 2)Chapitre 175 sur 180 · LA RUSSIE DU SUD OUEST · texte numérisé non relu

LA RUSSIE DU SUD OUEST

§31. Principautés de Volynie et de Galitch; leur union. — Pendant qu'au nord-est de la Russie se fortifiait et s'aggrandissait la principauté de Souzdal, sur les confins sud-ouest de la Russie commençaient à poindre la fortune et les richesses des terres de Volynie et de Galitch, qui s'unirent vers 1200 en une seule province.

La terre de Volynie, avec Vladimir- Volynski pour capitale, occupait les territoires le long de la rive droite du Boug Occidental et par delà les sources de la Pripète s'étendait vers le Boug Méridional. Elle avait reçu son nom de l'ancienne ville Volyne et de la tribu des Volyniens (Boujané, Doulebs) qui la peuplaient. Depuis des temps immémoriaux, elle était vassal le des princes Kiéviens. Mais à partir du milieu du xne siècle, il s'y forme une dynastie

distincte de princes, celle des Monomacovitchi aînés. Le fameux prince Izyaslao Mstislavitch (1117) se fixa en Volynie et de là chercha à jeter son dévolu sur Kiev. Son fils Mstislav Izyaslavitch fit de même. Ainsi les princes volyniens tout comme leurs frères et oncles, les Monomacovitchis cadets de Souzdal, acquirent dans la Volynie un « patrimoine » fixe auquel ils voulaient adjoindre la vieille ville de Kiev. Le fils de Mstislav, Ro nan Mdislavitch fut particulièrement heureux. Après une longue lutte, il réussit non seulement à s'emparer de Kiev, où il installa des princes vassaux, mais encore à acquérir la province voisine de la Volynie, celle de Galitch.

Cette dernière se composait de deux parties : Tune montagneuse, l'autre dans la plaine La première s'étendait sur le versant est des Carpathes et avait pour capitale la ville de Galitch sur le Dniestr. La seconde partie s'étendait au nord vers le Boug Occidental et s'appelait « villes de Tchervène », d'après 1 ancienne ville de Tchervène avec ses « faubourgs ». La terre de Galitch étant située tout au bord de la terre russe n avait que peu d attraits pour les princes. Les Polonais avaient des prétentions sur les villes de Tchervène et plus d une fois ils les enlevèrent à la Russie. Les hauts plateaux des Carpathes étaient peu éloignés des Ougrs (Hongrois) hostiles; les steppes pleines de dangers n'étaient pas loin non plus. Pour ces raisons, les princes de Kiev envoyaient dans les villes de Tchervène de jeunes princes qui n'avaient pas de terres dans les autres parties de la Russie. A la fin du xie siècle selon les décisions prises à la réunion de Lubetch on y installa des arrière-petits-fils de Yaroslav le

Sage, Vassilko et Volodar. Depuis lors, cette province frontière devint une principauté particulière. Le fils de Volodar, Vladimirko (1152) réunit en son pouvoir toutes les villes de ce pays et prit pour capitale Galitch. Il élargit les frontières de son territoire, attira chez lui des colons, installa sur ses terres les prisonniers pris dans ses guerres avec Kiev et les Ougrs. Il fut pour sa province ce que Youri Dolgorouki fut pour la Souzdalie; il fut le premier à y mettre de l'ordre. Rusé et cruel, Vladimirko ne laissa pas de bons souvenirs. Pour illustrer sa ruse et sa fausseté, le chroniqueur rapporte la réponse qu'il donna à un envoyé qui lui rappelait l'inviolabilité du serment prêté en baisant la croix : « Et que pourrait me faire cette petite croix ? » dit en souriant Vladimirko. L'œuvre de l'unification et de la consolidation de la province de Galitch fut continuée par son fils Yaroslav (surnommé Osmomysl). Pendant son long règne (1152-1187) Galitch acquit une grande puissance extérieure. Les colons affluaient alors vers cette région non seulement de l'est, de Russie, mais aussi de l'ouest, de Hongrie et de Pologne. La fertilité du sol attirait la population; la situation de la province entre l'Europe occidentale et la Russie contribuait à l'extension de son commerce et à l'enrichissement de ses villes. Yaroslav, prince habile, sut profiter de ces circonstances pour élever sa province à une grande hauteur. Le « Slovo » le place de toute justice au même rang que Vsévolod au Grand- Nid. Tous les deux étaient alors les princes les plus puissants en Russie1.

1. Dans le « Slovo » nous trouvons l'apostrophe suivante adressée à Yaroslav : « O, Yaroslav Osmomysl de Galitch ! Tu es assis bien haut sur ton trône couvert d'or, tenant les montagnes Ougriennes

Après la mort de Yaroslav Osmomysl des désordres commencèrent à Galitch, pendant lesquels s'éteignit la lignée des princes de Galitch. Le prince de Volynie Roman Mstislavitch s'empara du pouvoir à Galitch (1199) et ainsi la Volynie et Galitch s'unirent et formèrent un seul Etat assez considérable. Quoique les désordres et les discordes continuassent même après la mort de Roman (1205), l'Etat ne se démembra pas. Il gagna même de puissance sous le règne du fils de Roman, le prince Daniel Romanovitch (§ 36).

De même qu'au nord-est, en Souzdalie, la puissance des princes s'accrût grâce à la colonisation rapide du pays par les colons russes, au sud-est les princes Galiciens et Volyniens devinrent puissants et influents lorsque leurs terres se peuplèrent d'immigrants venus de tous les côtés. Mais la situation de ces princes était bien plus difficile et plus précaire que celle des princes souzdaliens. D'abord la Volynie et Galitch avaient pour voisins non pas de faibles allogènes (comme c'était le cas en Souzdalie), mais des peuples forts et belliqueux : les Hongrois, les Polonais, les Lithuaniens. Par dessus le marché, les ennemis nomades de la Russie n'étaient pas loin. Ainsi les princes galiciens et volyniens devaient toujours penser à la défense de leurs possessions au nord et à l'ouest, contre les rois de Hongrie et de Pologne,

avec tes régiments d'acier, barrant le chemin au roi (des Ougrs) et fermant les portes du Danube... Tu ouvres les portes de Kiev et, du trône d'or de ton père, tu tires sur les sultans ( Polovlsiens) ». En effet Yaroslav entretenait des relations avec la Hongrie, la Bulgarie et Byzance; il était la terreur des Polovtsy et exerçait une grande influence sur les affaires de Kiev, surtout dans l'intervale entre la mort de Youri Dolgorouki et l'apparition à Kiev des troupes d'André Bogolubski (1157-1169).

et non seulement aux ennemis du sud, les Polovtsy. Mais les princes eux-mêmes avaient pris l'habitude de recourir dans leurs entreprises politiques à l'aide des Hongrois, des Lithuaniens et des Polonais, quand ils n'étaient pas en guerre avec eux. Ainsi fatalement, les forces étrangères se mêlaient à la vie de Volynie- Galitch, prêtes, si l'occasion s'en présentait, à s'emparer de ces provinces, ce qui leur réussit plus tard. Outre cela, la vie sociale en Volynie et surtout en Galicie s'était constituée de telle façon, qu'à côté de l'autocratie du prince, une aristocratie puissante se forma : c'était les boyars, la droujina « aînée », qui ayant aidé les princes à détruire l'influence du véiché commencèrent plus tard à exercer une pression sur les princes mêmes. Des princes aussi intelligents et doués que Yaroslav Osmomysl et Roman durent compter avec la turbulence des boyars. Le prince Roman essaya de les dompter par des persécutions ouvertes disant que « si l'on ne tuait pas les abeilles l'on ne mangerait pas de miel ». Cependant les boyars ne furent pas exterminés par lui et après sa mort prirent une part active dans les troubles qui éclatèrent, contribuant autant que les ennemis extérieurs à l'affaiblissement du pays.

La proximité et les interventions des étrangers et l'oligarchie des boyars furent les causes primordiales de ce que la principauté Volynienne et Galicienne ne devint pas un état unifié et puissant. Après son épanouissement aux xneet xiue siècles, ce pays tendit vers sa décadence, usa ses forces dans des troubles intérieurs et fut enfin conquis par les étrangers, Polonais et Lithuaniens.

Page 1