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LA RUSSIE DE SOUZDAL

§ 28. Colonisation de la terre souzdalienne par les Slaves russes et formation de la nation dite grandrussienne. — Sous le nom de la Russie Souzdalienne ou de la principauté de Vladimir-Souzdal on entend la contrée située d'un côté, entre le moyen et le bas cours de l'Oka; et de l'autre, entre le haut et le moyen cours de la Volga, le long des rivières Kliazma et Moskva, affluents de l'Oka. Vers cette région également tendaient toujours les terres situées au nord de la moyenne Volga, sur la rivière Cheksna

jusqu'au lac Béloozéro et sur la rivière Kostroma, jusqu'à la ligne séparant ses eaux du bassin de la Dvina septentrionale. Cette contrée était primitivement habitée par des peuplades finnoises : Méria (sur la Volga) et Mouroma (sur l'Oka). La faiblesse et la sauvagerie de ces tribus permirent à une époque très reculée, aux Slaves du haut Dniepr et de la Volga de pénétrer dans leur pays et d'y fonder plusieurs colonies. Tout à fait au début de l'histoire russe, il existait une colonie russe à Béloozéro, appartenant à Novgorod. Très anciennes sont aussi les villes Rostov et Souzdal, fondées probablement par des Russes venus de Novgorod. Plus au sud, sur l'Oka, se trouvait la ville de Mourom qui existait déjà au temps de Saint- Vladimir, sinon antérieurement à lui. On estime que c'est aussi à l'époque de Saint- Vladimir que s'éleva sur la rivière Kliazma la ville de Vladimir, et que la ville de Yaroslavl sur la Volga fut fondée du temps de Yaroslav le Sage. Jusqu'à la fin du xie siècle, cette partie lointaine du nord-est de la terre russe n'était qu'une contrée sauvage et faiblement peuplée, dans les forêts de laquelle se trouvaient disséminés les rares villages finnois. Les Méria et les Mouroma ne bâtissaient pas de villes, ne possédaient aucune organisation sociale et n'étaient pas politiquement unis. Le seul pouvoir qui existât chez eux était celui des prêtres-chamans, que les Slaves appelaient volkhvy (mages).

A la fin du xie siècle, après l'assemblée de Lubetch en 1097, la province de Souzdal forma une principauté distincte. D'après un accord conclu entre les princes, cette province fut donnée à Vladimir Monomaque, qui la mit en ordre pour son fils cadet Youri (surnommé Dolgorouki, « au long bras »).

C'est alors que commença dans la nouvelle principauté la construction de villes et que s'accrut l'affluence de colons russes. Monomaque, son fils Youri et les enfants de ce dernier : André (surnommé Bogolubski) et Vsévolod (surnommé Bolchoyé Gnezdo, « au grand nid ») firent de grands efforts pour peupler et animer leur patrimoine (votchina) et en firent, dans l'espace d'un siècle, une province forte et florissante. Le nom de Youri (Georges) est lié à la fondation des villes : Moscou et Youriev-Polski (de polé, champ); le nom d'André à celle de la ville de Bogolubov. A peu près vers la même époque, s'élèvent les villes : Tver, Kostroma, Galitch « Merski » (« sur la terre des Méria ») et beaucoup d'autres. En bâtissant des villes, en pratiquant des routes à travers les forêts et les marais et en installant des passages sur les rivières, les princes facilitaient aux colons russes l'immigration dans leurs terres. Les hommes venaient ici de l'ouest : des terres novgorodiennes, de Polotsk et de Smolensk, et du midi : des terres des Viatitchis, et même du pays Kiévien. Le mouvement venant de l'ouest, de Novgorod et de Smolensk était perpétuel et ininterrompu; il se faisait depuis un temps immémorial.

Le mouvement venant du midi commença plus tard. Entre les principautés méridionales, situées sur le Dniepr et la terre de Souzdal s'étendait la contrée forestière, impratiquable et sauvage, des Viatitchis. Elle entravait les communications directes entre Kiev et Souzdal; primitivement on la contournait en se dirigeant de Souzdal vers les sources de la Volga et de là sur le Dniepr. Graduellement vers le milieu du xne siècle, des routes furent pratiquées « à travers les Viatitchis » depuis le Dniepr jusqu'à

l'Oka. Par ces routes passèrent de suite de grandes masses de population de la Russie méridionale, qui abandonnaient leurs anciennes habitations pour des raisons expliquées déjà. Les guerres civiles, les ravages des Polovtsy, l'appauvrissement général de Kiev, en chassaient les habitants, qui quittaient les plaines découvertes pour chercher abri dans les forêts des Viatitchis; à travers ces forêts, ils débouchaient plus loin au nord dans le Zalessié (« outreforêt w\ : c'est ainsi que dans le midi on désignait la la province de Souzdal. Le caractère général de la principauté subit l'influence de la population affluant en grand nombre du midi. Les méridionaux transportaient sur les lieux nouveaux les noms et les appellations qui leur étaient familiers et baptisaient les fleuves et les villes à leur guise. Il y avait dans le midi les villes : Péréyaslavl sur la rivière Troubtje, Starodoub, Galitch, Zvénigorod. Dans le nord, on eut deux Péréyaslavls (Riazanski et Zalesskiï et une rivière Troubèje; de me me il y eut deux Starodoubs [Riapolovski et Okski); puis parurent Galitch Merski, Zvénigorod. Il en fut de même pour beaucoup d'autres noms; à côté des appellations finnoises des rivu res et des lieux, des noms slaves empruntés au midi parurent dans le nord. Les méridionaux apporta rent avec eux leurs chants populaires et leurs épopées, dans lesquels ils chantaient les « aimables » princes de Kiev et leurs luttes contre les habitants des steppes, inconnus dans le nord. En très peu de temps, les méridionaux renforcèrent considérablement l'élément russe à Souzdal; ils aidèrent à la russification rapide de cette lointaine contrée finnoise et au relèvement du pouvoir des princes.

Sous la poussée de la colonisation russe, les aborigènes finnois, ou bien quittaient leurs terres en les cédant aux nouveaux venus, ou bien se russifiaient et perdaient peu à peu leur langue et leurs traits dinstinctifs. Dans les deux cas, les Finnois ont complètement disparu et à leur place s'est trouvée une population entièrement russe. Le chroniqueur au début mentionne les Méria, puis il semble les oublier complètement. Si les Meria avaient émigré dans une autre province ou s'ils avaient été exterminés sur place, la chronique en saurait quelque chose. Mais comme les Méria se russifiaient graduellement et pacifiquement, la disparition de leur race passa inaperçue. La fusion des colons russes avec les aborigènes finnois ne s'opéra pourtant pas sans laisser sa marque sur les Russes. Ils ont emprunté certains traits physiques et moraux au peuple avec lequel ils s'unissaient dans les pays nouveaux. Leur type et leur caractère purement slave se modifièrent, une sorte de nouvelle race slave se forma. Cette race qui est composée de Slaves russes de différentes provinces avec un certain alliage de race finnoise s'appelle la race grand-russienne.

§ 29. Caractère du pays et son influence sur les mœurs et coutumes des colons. — La nature du pays Souzdalien était particulière et ne ressemblait ni à celle de Kiev, ni à celle de Novgorod. Ce n'était plus des étendues de grasses terres noires, comme dans le midi, mais un sol argileux. La terre n'était pas aussi fertile que dans la région dnéprovienne, mais elle l'était beaucoup plus qu'autour de Novgorod. Ainsi la population labourait la terre et se nourrisait de son blé. Mais en même temps, pour

faciliter sa vie, elle devait chercher d'autres métiers, principalement dans la forêt. Le pays était très riche en forêts; pour préparer un champ, il fallait d'abord débarrasser le so) d'arbres en les brûlant et en éloignant les racines."^ ans les forêts, on élevait des abeilles, on distillait du goudron, on préparait du lyko1 et du rafia, enfin on chassait. L'agriculture et les métiers forestiers faisaient que la population, ne se massait pas dans des villes, mais vivait par petits villages, qui comptaient quelquefois à peine une dizaine de maisons. Dans ces épaisses forêts, les fleuves, très nombreux dans la terre souzdalienne, étaient les meilleures voies de communication. Les plus considérables, Volga et Oka, coulaient sur les confins de la province; dans son milieu, elle était traversée par une masse de leurs affluents, qui se déversaient dans des sens opposés et présentaient ainsi de grandes commodités pour les communications. C'est le long de ces petites rivières que remontaient les colons, se fixant sur leurs bords et formant leurs communes dans les limites d'un bassin. Dans la Russie Kiévienne, les communes se composaient généralement de la ville avec les terres qui lui appartenaient. En Souzdalie elles étaient représentées par des régions longeant des rivières, avec leur population rurale. Il ne manquait pas de villes en Souzdalie, mais comme ni le commerce, ni l'industrie n'y étaient assez développés, les villes n'y avaient point la même importance que dans le midi. Elles portaient plus souvent le caractère de forteresses que de centres commerciaux ou industriels.

1. Ecorce de bouleau dont on fabrique les chaussures, les paniers, etc.

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Ainsi la nature même du pays et sa situation loin des pays civilisés de l'Europe lui donnaient la physionomie d'une simple contrée paysanne, où l'agriculture était l'occupation prédominante, où prévalaient les formes très simples Je l'économie naturelle et où la vie urbaine était peu organisée. L'ordre dans lequel cette province s'était peuplée avait déterminé, dès le début, une grande importance du pouvoir princier. Monomaque et ses fils avaient reçu la terre souzdalienne encore au temps où la colonisation russe y était faible. Les princes se donnèrent beaucoup de mal pour attirer des colons russes et pour les installer dans leurs nouvelles terres. Ils bâtirent des villes, pratiquèrent des routes et installèrent des passages sur les rivières. En arrivant dans ce pays nouveau, les colons y trouvaient déjà le prince-maître et prenaient l'habitude de le considérer comme propriétaire des terres qu'ils venaient occuper. C'est avec lui qu'ils débattaient les conditions auxquelles ils allaient y être admis, c'est à son fonctionnaire, le tiorine, qu'ils obéissaient et c'est aussi dans sa ville qu'ils se réfugiaient en cas de danger. Bref en Souzdalie, le prince était non seulement le souverain mais encore le propriétaire, qui avait pris possession de la terre par droit de premier occupant, de premier colonisateur. Aussi son pouvoir devint-il très fort lorsque la terre souzdalienne s'était emplie de colons russes; les moyens des princes souzdaliens s'accrurent tellement qu'ils se rangèrent parmi les princes les plus puissants de la terre russe. Le mode de gouvernement par le vétché qui prédominait dans les autres terres russes, ne put se développer en Souzdalie à la suite de l'influence que le prince exerçait sur la vie urbaine. Dans les villes

neuves, fondées par les princes, la population dépendait entièrement du fondateur, et les vieilles villes de Rostov et de Souzdal n'étaient pas assez fortes pour opposer au pouvoir du prince leur coutume de vétché. Tel fut l'ordre des choses qui prévalut vers la fin du xne siècle dans la terre souzdalienne, et qui avait été déterminé par les conditions naturelles et par le caractère de sa colonisation.

§ 30. Les premiers princes de Souzdal. — Si on

laisse de côté Vladimir Monomaque qui ne visitait que de loin en loin ses possessions de Souzdal, le premier dans la lignée des princes souzdaliens sera le fils de Monomaque, Youri tyolgorouki. Dès sa jeunesse, il habita à Souzdal et contribua beaucoup à la prospérité de son domaine. Mais il appartenait encore à la génération des princes dont les principaux intérêts étaient liés à Kiev. Lorsque l'occasion se présenta à Youri de devenir grand-prince de Kiev, il concentra toute son attention sur le midi, prit part aux guerres entre les princes méridionaux et réussit à s'établir à Kiev, où il mourut trois ans plus tard. Ainsi avait-il échangé sa lointaine province forestière où il avait élevé un grand nombre de villes pour celle de Kiev, tant agitée.

Son fils André Bogolubski ne lui ressembla point. Il avait pris part aux travaux d'organisation de son père dans le nord et à ses guerres dans le midi. Lorsque Youri prit possession de Kiev et s'y fixa, il installa son fils André non loin de lui à Vychgorod (situé sur le Dniepr à une quinzaine de kilomètres en amont de Kiev). Mais André n'avait pas l'intention de rester longtemps dans le midi. Contre le désir de son père, il revint dans la terre souzdalienne et se fixa

à Vladimir-sur-Kliazma, ville qui lui avait été donnée longtemps auparavant par son père. Lorsque Youri mourut (1157) les gens de Rostov et de Souzdal élirent comme leur prince précisément André, sans tenir compte de ses frères. De cette façon, André réunit entre ses mains toute la province de Souzdal. Mais il ne quitta pas sa petite ville de Vladimir et ne passa pas dans une des plus grandes. Voulant être « autocrate » dans la terre Souzdalienne il en chassa ses frères, dispersa les boyars les plus indépendants et les plus intraitables et prit une attitude indépendante vis-à-vis des vétchés des villes. Les vétchés se réunissaient comme par le passé dans les vieilles villes de Rostov et de Souzdal, et c'était précisément la cause pour laquelle André ne voulait pas y résider. Habitant sa ville de Vladimir ou non loin de là dans le bourg de Bogolubov, André se sentait maître absolu et en effet le pouvoir lui appartenait intégralement. André prit des mesures spéciales pour rehausser l'importance de Vladimir, qui n'était qu'un « faubourg » de Rostov. Il éleva beaucoup de constructions, élargit et fortifia la ville; sans souci de dépenses, il y fit bâtir plusieurs belles églises en pierre, très riches et très spacieuses pour l'époque1. Parmi ces églises, la plus remarquable est la cathédrale de l'Assomption (Ouspenski Sobor). Elle devint le principal sanctuaire de Vladimir et de toute la Russie Souzdalienne, surtout depuis qu'André y eut placé l'image miraculeuse de la Vierge, que

1. L'architecture particulièrement belle des anciennes églises de la Russie souzdalienne et leurs remarquables ornements sculptés leur ont acquis beaucoup de notoriété et de gloire. Leur somptuosité et élégance témoigne du haut développement du goût artistique et de la technique, ainsi que de la richesse considérable de leurs fondateurs — les princes du xne et xme siècles.

la légende attribue à l'apôtre saint Luc. André avait apporté cette image de Vychgorod, lorsqu'il en partit pour le nord; plus tard (1395) elle fut transportée dans la cathédrale de l'Assomption de Moscou, où elle se trouve actuellement (§ 44).

Ayant atteint son but et étant devenu maître absolu en Souzdalie, André voulut exercer son influence sur les affaires de Kiev et celles de Novgorod, et chercha à acquérir l'hégémonie dans toute la terre russe. Il voulait avoir à Novgorod des princes qui lui seraient soumis et le plus souvent y réussit. Plus d'une fois les Novgorodiens se révoltèrent contre André et ses créatures; en 1170 ils infligèrent une défaite complète à ses troupes, les chassèrent loin de Novgorod et firent tant de prisonniers qu'ils les vendaient pour de la menue monnaie. Mais finalement le prince souzdalien eut le dessus, car à part la force armée, il disposait d une arme redoutable aux Novgorodiens : André fermait les frontières de sa province aux marchands novgorodiens et arrêtait les convois de blé, venant de la Volga à Novgorod. Réduits par la faim, les Novgorodiens étaient obligés de se réconcilier avec André et d'accepter ses conditions. André voulait également avoir Kiev sous sa main. Lorsque son neveu Mstislav Izyaslavitch occupa le trône Kiévien, André envoya contre lui une armée qui s'empara de la ville (1169). Pendant deux jours, les Souzdaliens pillèrent et incendièrent la capitale, après quoi André, sans venir lui-même à Kiev en fit don à un de ses frères cadets. Tout en résidant dans sa ville de Vladimir il porta le titre de grand-prince. Il exigeait la soumission des princes méridionaux et envoyait des troupes contre les récalcitrants. Ainsi le prince d'une province éloignée

sut étendre sa domination sur toutes les terres russes. Ambitieux et despote, André Bogolubski représentait le nouveau type du prince qui se proposait de monopoliser le pouvoir non seulement dans le domaine familial, mais encore dans toute la terre russe. Tous ceux qui s'en tenaient à l'ordre habituel des choses n'aimaient pas André; mais ceux qui discernaient les avantages d'un pouvoir unique, voyaient en lui l'idéal d'un prince. Ces deux opinions opposées — hostile et sympathisante — se sont reflétées dans les chroniques où les louanges sont mélangées aux blâmes à l'adresse d'André. Le caractère despotique d'André était toutefois si difficile à supporter pour ses proches, qu'en 1175 il fut assassiné par ses propres serviteurs dans sa résidence favorite à Bogolubov et son palais fut pillé.

Après sa mort, des discordes s'élevèrent dans ses terres. André ne laissait pas de fils. Les villes « aînées », Rostov et Souzdal, invitèrent ses neveux, et les villes «cadettes» Vladimir et Péréyaslavl, ses frères. Une lutte se déchaîna entre les princes, dans laquelle les habitants des villes prirent une part active. Les villes aînées furent vaincues : la ville de Vladimir obtint définitivement la suprématie dans la province de Souzdal; le frère cadet d'André, Vsévolod (surnommé «au Grand Nid») qui avait été invité par les habitants de Vladimir y fixa sa résidence. Le règne de Vsévolod Youriévitch (1176- 1212) fut l'époque de l'épanouissement de la Souzdalie. L'« aînesse » de Vsévolod fut reconnue par toute la terre russe. Les Novgorodiens étaient entièrement en son pouvoir; Vsévolod était le maître à Kiev, car suivant le chroniqueur « il fut revêtu de

l'aînesse par tous ses confrères dans la tribu de Saint- Vladimir »; même les princes lointains de Galitch cherchaient son appui. Le « Slovo » en parlant de la puissance de Vsévolod dit qu'il « peut faire vider toute l'eau de la Volga à coup de rames, et vider le Dniepr avec des casques » : si nombreuse était son armée. Encore du vivant de Vsévolod, des discordes éclatèrent dans sa famille. Son fils aîné Constantin attira sur lui la colère de son père parce qu'il voulait restituer à la vieille ville de Rostov sa suprématie sur le nouveau Vladimir et qu'il priait Vsévolod de lui donner Vladimir « en addition à Rostov ». Vsévolod réunit en conseil le clergé et la droujina et priva solennellement Constantin du droit d'aînesse, léguant le trône grand-princier à son second fils, Youri. Constantin ne se résigna pas à une situation subordonnée et à la première occasion fit la tentative de reprendre ses droits perdus.

Il profita de l'hostilité entre Novgorod et ses frères pour se joindre aux Novgorodiens. Suivant l'exemple de Vsévolod, le prince Youri et ses frères cadets (Yaroslav et Sviatoslav) voulaient tenir Novgorod en soumission complète et finirent par exaspérer les Novgorodiens. Ces derniers s'adressèrent à un des descendants de Monomaque de la branche aînée, Mstislav Mstislavitch le Brave. Le Brave vint à Novgorod de sa ville Toropetz et mena les Novgorodiens contre les princes souzdaliens dans la terre même de Souzdal. Constantin se joignit à lui contre ses propres frères. Un combat décisif fut livré non loin de Vladimir sur la rivière Lipitsa (1216). Les Novgorodiens avec J^stislav et Constantin furent vainqueurs. Youri s' étant enfui du champ de bataille, renonça au titre de grand-prince et remit

Vladimir à Constantin; quant à Novgorod, il sortit de sa dépendance envers les princes de Souzdal. Dès lors il n'y eut plus de pouvoir unique en Souzdalie. Elle se divisa en plusieurs principautés; le grandprince résidait à Vladimir, ses frères et ses neveux tenaient les autres villes et se trouvaient assez indépendants vis-à-vis le grand-prince. Le titre grandprincier fut hérité par les descendants de Vsévolod dans l'ordre du rod : frère après frère, neveu après oncle. La différence entre la Russie Souzdalienne et celle de Kiev consistait seulement en ce que les villes ne possédaient pas d'organisation de vétché et que les princes étaient maîtres absolus dans leurs oudels (fiefs) comme on appelait leurs domaines.

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