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Id. II

LES CALIFES OMEYYADES 227

Il ne sort de la province que les sommes en numéraire, pour le trésor, des fournitures d'Etat en nature et les dons pour le calife. Les gouverneurs font toutes les dépenses locales : ils règlent même les pensions. Il ne semble pas qu'ils aient particulièrement pressuré les populations, comme les historiens abbassides les en accusent; mais ils gardent tout ce qu'ils peuvent pour eux, et les califes commencent à prendre des mesures pour leur faire rendre gorge1.

Dès la période omeyyade, il était prescrit aux gouverneurs de percevoir avec douceur les impôts des tributaires. Mais l'insistance à leur interdire d'user de la bastonnade et de la torture inquiète un peu, surtout si l'on se souvient des usages de l'empire bysantin. Il est, en tout cas, à l'éloge du gouvernement musulman d'avoir fait le geste de réagir2.

Le calife règne de loin sur les gouverneurs; il les choisit librement, c'est-à-dire, dans les bons jours suivant une volonté réfléchie, mais souvent au hasard d'une conversation, d'une rencontre, d'une recommandation ou d'un caprice. Hichâm nomme Jonaïd gouverneur du Khorassan, parce qu'il a donné à sa femme des colliers qu'elle a trouvés jolis3. Souvent, le calife choisit le candidat qu'un groupe d'indigènes réclame; ainsi Yézid nomme en Iraq un fils d'Omar

1. Tabari, 11.1581.12. — Les historiens arabes sont pleins d'anecdotes caractéristiques. Au jour de l'an, le gouverneur du Khorassan reçoit de ses sujets des dons bénévoles, dont nul ne saurait se dispenser (Tabari, II. 1636. 2). — 'Achras, autre gouverneur du Khorassan, réclame à un chef iranien le don d'un bol de prix : celui-ci proteste qu'il n'aura plus rien où mettre ses pommades. Comme le gouverneur insiste avec insolence, il prend la campagne avec une bande (Tabari, II. 1516. 5). — Youssef ben 'Omar envoie à Hicham un rubis de valeur unique (Tabari, II. 1739. 6).

2. Voir Arnold : Preaching of islam, p. 60; Ferd. Lot : Fin monde romain, p. 200.

3. Tabari, Ann., 11.1527.10. — Il y a de tortueuses et naïves comédies autour de leur nomination (ibid. 11.1649).

ben 'Abd aP Aziz qui achève de tout gâter par sa naïveté1. Les nominations que font les gouverneurs sont souvent, elles aussi, de hasard et de fantaisie.

«L'opinion publique» estime qu'un chef d'armée, un gouverneur doit avoir au moins trente ans. Quelques-uns sont cependant plus jeunes : Obaid Allah ben Ziyâd est gouverneur du Khorassan à vingt-trois ans; le thaqifite Mohammed ben al Qâsim, le futur conquérant du Sind, a dix sept ans quand Al Hajjâj lui confie un commandement d'armée contre les Kurdes2.

Le gouverneur qui sort de charge se choisit un successeur provisoire, en général bien malgré lui, car il est destitué sur un caprice, une colère, peut-être une dénonciation qui va causer la confiscation de ses biens. Hors ces faits du prince, nomination et destitution, le calife n'intervient guère dans la vie de la province. Il envoie des troupes quand des événements particulièrement graves surgissent et dépassent les forces des gouverneurs de frontières. Parfois il fait un coup de sonde dans l'administration financière: Yézid donne l'ordre au chef du bureau des finances à Médine de régler ses comptes et de les lui apporter directement à Damas. On profite de son voyage pour le charger de commissions : une dame fatimite le prie de se plaindre au calife des assiduités dont la harcèle le gouverneur de Médine3 ■ — Le calife se plaira toujours à recueillir les petites histoires et à débrouiller les plus mesquins procès; il écoute volontiers les rapports de quelques agents en mission, surtout les racontars de tous; le berid, la poste officielle a bien

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