Tabari, Ann
LES CALIFES OMEYYADES 229
déjà ses relais, hérités de l'empire perse et romain, qui permettent de transporter, en vitesse et par petits paquets, des soldats de Syrie en Iraq ou en Khorassan; mais il n'a point encore la forte organisation policière qu'il acquerra sous les Abbassides.
C'estsous la dynastie omeyyade que l'Empire arabe atteint sa plus grande étendue : on ne saurait concevoir qu'il ait quelque cohésion, de la Garonne à V Indus tout au plus pourrait on essayer de le diviser, comme on l'a dit plus haut, en deux parties, à l'Est et à l'Ouest du désert syrien : une partie tournée vers la Méditerranée, l'autre vers la Haute Asie; leurs destinées sont si différentes qu'elles restent étrangères et bientôt ennemies. Quand le calife est'Abd al Malik et que l'Iraq a un gouverneur comme El Hajjâj, l'Empire semble capable d'une direction unique et d'une vie durable. Mais c'est une apparence à laquelle l'action momentanée de chefs supérieurs donne un semblant de réalité; et les faits sont bientôt les plus forts.
Le lointain Maghreb et l'Espagne n'ont jamais été réellement sous le gouvernement du calife, avant de s'en séparer ouvertement; le souverain de Damas, pas plus que celui de Bagdad, n'en a tiré des ressources solides : du butin d'apparat, des esclaves berbères ou ibères, un peu d'argent qui a été vite dépensé en renforts militaires. L'Occident au-delà des Syrtes n'a jamais eu de lien politique solide avec le centre de l'Empire : l'islamisation définitive des peuples a plus tard amené quelque harmonie intellectuelle et sociale.
La capitale.
Où devait être placée la capitale de cet Empire trop vaste, dont rien n'indique le centre économique ? On a dit déjà que Médine, résidence du Prophète et des quatre premiers califes ne pouvait point devenir la capitale d'un grand Etat; un souverain n'en dirige point les affaires du fond d'un désert. Elle avait pour elle, comme la Mekke, son prestige religieux, les débuts du culte du Prophète qui fera de la visite au tombeau sacré l'un des rites les plus populaires du pèlerinage. Les Omeyyades ne songent point à enlever son corps, mais à plusieurs reprises, ils essaient de transporter à Damas son minbar, l'estrade d'où il parlait à son peuple1. Médine dépossédée fut, sous la dynastie, une ville de mécontents, Alides ou autres, que le calife maintint dans l'obéissance par des pensions ou par le fer. Médine au huitième siècle est célèbre par son école de chanteurs.
La nature n'a point mieux préparé la Mekke à être une capitale mondiale; mais l'intervention d'Allah semble avoir modifié la nature. La Kawba est la maison d'Allah, construite à l'origine des temps, d'après un modèle qui est au ciel, et c'est vers elle que le fidèle doit se tourner pour faire la prière rituelle. Elle est donc le centre du monde, et c'est ainsi que furent dressées des cartes où la position essentielle d'un lieu est celle qu'il occupe par rapport à la Mekke. C'est une réalisation anticipée de cette conception géographique qu'Abd Allah ben Az Zobaïr cherchait, en se posant en face du «roi» Moawia, comme