‹ Histoire du monde (volume 3)Chapitre 12 sur 65 · LES AGITATIONS OUVRIÈRES, ETC · texte numérisé non relu

LES AGITATIONS OUVRIÈRES, ETC

meetings, embrigadèrent la masse des ouvriers que révoltait à ce moment la sévérité de la nouvelle loi des pauvres (i838). Comme le gouvernement les laissa libres d'agir, ils réunirent à Londres, en i83(), une Convention de délégués, qui présenta au Parlement une pétition revêtue de i.3oo.ooo signatures.

Mais le Parlement refusa de la prendre en considération et, dans la Convention, les Irlandais partisans de la « force physique » firent adopter des mesures de violence. Quelques émeutes, dans le pays de Galles, aisément réprimées, discréditèrent le Chartisme, et les Trade Unions adoptèrent une nouvelle tactique pacifique. Biles cherchèrent désormais à réunir des fonds par les cotisations de leurs membres, à étudier les conditions du travail dans chaque profession, puis à obtenir, par le « marchandage », des améliorations de détail.

Les Irlandais, qui avaient joué un rôle important dans le Chartisme, bataillaient de leur côté pour leurs revendications nationales. Entré au Parlement, leur leader O'Connell se fit d'abord payer par ie ministère l'appui de leurs suffrages en obtenant quelques réformes. Ainsi, la loi de i838 décida que les dîmes levées par l'Eglise anglicane seraient payées par le propriétaire, et non plus par le paysan. Mais le régime agraire de l'Irlande laissait le tenancier dans la misère à la merci d'une « éviction ». En i84o, O'Connell décida de partir en campagne pour faire abroger l'acte d'Union. La conquête de l'indépendance était pour lui le moyen de réaliser une réforme sociale. Il fonda une association, qui, adoptant les méthodes de propagande des Chartistes, atteignit, en i8A3 son point culminant. O'Connell, qui voulait vaincre sans violence, « par l'électricité de l'opinion publique », tirit cette année trente-sept meetings montres, dont le dernier assembla 260.000 assistants.

44 LE MONDE ANGLO-SAXON AU XIXe SIÈCLE

Il était (( le souverain sans couronne », le maître de l'Irlande, et il annonça l'intention de réunir à Dublin un meeting où devait venir un million de manifestants. Mais, la veille, le gouvernement l'interdit, et, bien qu'0'€onnel eut invité ses partisans à se disperser sans troubles, il fut poursuivi et condamné pour complot contre l'Etat. Quand il fut relâché, sa santé clait ruinée et les Irlandais, déçus par son échec, so préparèrent à conquérir leur indépendance par une révolution.

Tandis que ces diverses agitations se brisaient devant la résistance de l'aristocratie, maîtresse du poupoir, l'agitation libre-échangiste, commencée en i836, allait, en dix années, triompher de tous les obstacles. A Londres et à Manchester s'étaient formées deux associations, dans le but d'obtenir l'abolition de la « loi du blé ». Elles fusionnèrent, et le Lancashire devint le centre de « l'Anti-Corn-law-League ».

Son promoteur, Richard Cobden, était un jeune industriel qui, après avoir rapidement fait fortune, consacra toutes ses forces à la cause du libre-échange. Il en attendait à la fois une expansion de l'industrie et du commerce, et une amélioration du sort des ouvriers par l'abaissement du prix de la vie. Par son ardeur et son ingéniosité, il sut mener à bien la plus étonnante entreprise de propagande que l'Angleterre ait vue depuis les débuts de la prédication méthodiste. De ses discours se dégageait une irrésistible persuasion, et, si sa parole d'homme d'affaires était parfois un peu froide, elle était admirablement complétée par l'éloquence entraînante, idéaliste de son ami, le quaker Bright.

Sa campagne libre-échangiste réussit à atteindre les masses ouvrières, découragées par le fiasco des Chartistes; mais son succès s'explique surtout par l'adhésion des industriels, qui mirent au service de la Ligue

Page 1