III. — Le ministère Peel
Peel était trop clairvoyant pour croire que les électeurs avaient entendu condamner l'agitation libreéchangiste. Ne venaient-ils pas d'envoyer Cobden et Rright siéger à Westminster? Mais le ministre essaya d'apaiser le mécontentement du public par d'adroites concessions.
Le rapport d'une commission d'enquête venait encore de mette en lumière la misère des ouvriers, victimes, dans beaucoup d'industries, d'abus scandaleux, et un philanthrope, lord Ashley, demandait le vote d'une législation protectrice du travail. Peel ne découragea pas son effort. Malgré l'opposition tenace des industriels, une série de lois furent votées, qui interdisaient l'admission, dans les fabriques, d'enfants audessous de huit ans, le travail de nuit et l'emploi dans les mines des femmes et des enfants au-dessous de treize ans. La durée de la journée de travail fut limitée à dix heures pour les femmes et les jeunes gens jusqu'à dix-huit ans.
Les libre-échangistes, opposés en principe à toute intervention de l'Etat, désapprouvaient ces mesures,
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mais Peel tenta de désarmer leur hostilité par une série de réformes budgétaires.
Dès i848, il avait rétabli l'impôt sur le revenu, fixé à 7 pence par livre à partir de ibo livres. Supprimé après les guerres de l'Empire, cet impôt rentrait dans le budgefà titre provisoire, 'mais ne devait plus jamais en sortir. Peel put alors disposer d'excédents budgétaires, et il en profita pour opérer une nouvelle réduction des droits de douane abaissés pour les matières premières à 5 o/o et pour les objets manufacturés à 20 o/o. Sans vouloir renoncer à l'échelle mobile pour les grains, il en réduisit tous les échelons. Mais Cobden n'était pas homme à se satisfaire de •ces concessions. Il était au contraire en passe d'imposer à une assemblée hostile la force de sa logique et de sa conviction. A l'automne de i8/i5, Peel luimême se déclara incapable de réfuter les arguments de son adversaire. D'ailleurs, une maladie de la pomme de terre, qui menaçait l'Irlande d'une terrible famine, l'obligeait à prendre rapidement des mesures pour empêcher que les Irlandais ne meurent de faim. En novembre, le leader de l'opposition, lord John Russell, annonçait par une lettre publique sa conversion ou libre-échange. Peel comprit qu'une plus longue hésitation ferait le jeu de ses adversaires.
A l'ouverture de la session de i8/i6, il proposa de ramener san3 délai les droits sur le blé à io shillings par quarter, et de les supprimer par étapes en trois ans. Russell, désirant laisser au ministre la tâche ingrate de faire voter la réforme, s'entendit avec lui pour éviter un long débat. Mais un jeune député, Disraeli, saisit cette occasion de se tailler un premier rôle, et se mit à souffler le vent de la révolte dans la majorité, en dénonçant la trahison de son chef. Il réussit à créer parmi les gentilhommes campagnards un groupe protectionniste dissident. Peel tint bon, et