L'AMÉRIQUE LATINE
par sa population et ses ressources, eut été plus importante que les Etats-Unis. Le Congrès de Panama auquel assistèrent seulement les représentants de la Fédération des Andes, de l'Amérique centrale et du Mexique, fit long feu (1826), et Bolivar avant de mourir (i83o) eut encore la déception de voir le Pérou, le Venezuela, l'Equateur se détacher de la Nouvelle Grenade.
Loin de s'unir les anciennes colonies espagnoles et portugaises formèrent quinze républiques indépendantes entre lesquelles éclatèrent au xixe siècle plusieurs guerres acharnées. Ainsi le Paraguay, par la folle ambition de Francisco Lopez, entra en lutte à la fois avec tous ses voisins : Brésil, Argentine, Uruguay. Il se ruina dans une longue guerre à laquelle seule la mort de Lopez permit de mettre fin (1857- 1870).
La <( guerre du Pacifique » mit aux prises le Chili avec le Pérou et la Bolivie pour la possession des gisements de nitrate d'Atacama. Le Chili détruisit la flotte ennemie et ses troupes, en 1881, s'emparèrent de Lima. Après avoir prolongé deux années la résistance ses adversaires, en i883, signèrent un traité qui, laissa le Pérou épuisé et sépara la Bolivie de la mer.
Dans les dernières années du xixe siècle un conflit plus grave faillit éclater entre le Chili et l'Argentine. Le premier, qui avait le désavantage de tourner pour ainsi dire le dos à l'Europe, tenait absolument à s'assurer le passage du détroit de Magellan. Un traité lui en attribua toutes les rives qu'il s'engageait à ne pas fortifier. Au nord du 52° de latitude les parties convenaient de prendre la ligne de partage des eaux pour frontière. Sa fixation nécessita de longues explorations de la chaîne des Andes pendant lesquelles les deux pays furent sur le point d'en venir aux mains. Ils se décidèrent pourtant à prendre Edouard VII pour
arbitre et celui-ci réussit, après avoir maintenu la paix, à les mettre enfin d'accord (1902).
Il est inutile de suivre l'histoire intérieure très confuse des petites républiques qui, pour se distinguer du Mexique, adoptèrent le nom d'Amérique centrale. Le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, San Salvador, Costa Rica essayèrent sans succès, à plusieurs reprises, de s'unir. Tous, sauf Costa Rica, eurent une vie contamment troublée.
Le groupe des Etats qu'on peut appeler tropicaux : le Venezuela, la Colombie (autrefois Nouvelle Grenade), l'Equateur, le Pérou, la Bolivie continuèrent après la mort de Bolivar leurs existences indépendantes. Ils avaient adopté des constitutions inspirées des institutions anglaises et américaines. Mais leur histoire, en réalité, se résume en une série de dictatures présidentielles séparées par des révolutions. Celles-ci prirent presque toujours la forme de pronunciamentos militaires. Le plus curieux de ces dictateurs fut peut-être Garcia Moreno qui gouverna le Pérou de 1860 à 1876. Catholique fervent il donna la haute main au clergé sur l'enseignement, sur les tribunaux; interdit aux Péruviens l'exercice des autres cultes et ne reconnut que les catholiques pour électeurs