LA RÉFORME ÉLECTORALE
frère, Guillaume IV, qui passait, peut-être à tort, pour être plus favorable au parti whig et qui, du moins, devait être pour ses ministres de rapports moins difficiles que son prédécesseur.
La révolution parisienne de juillet fit, d'autre part, en Angleterre une vive impression. Les Anglais se réjouirent de voir la France adopter un régime analogue à celui qui s'était établi chez eux en 1688. Les libéraux en profitèrent et, parmi îes ouvriers comme dans la classe agricole, on put constater une fermentation qu'aucune crise économique à ce moment ne pouvait expliquer.
Ces avertissements furent perdus pour Wellington qui, sur la question électorale, ne se départit pas de son intransigeance. A ceux qui la réclamaient, il répondit avec dédain qu'il serait impossible d'améliorer le régime que l'Angleterre avait formé par des siècles d'expériences : « car la nature ne peut d'un seul coup atteindre une telle hauteur. » Riposte imprudente qui, quelques jours plus tard, décida les Communes à Hui refuser des crédits pour la liste civile et l'obligea brusquement à la retraite (novembre i83o).
Le leader des whigs, lord Grey, reçut la mission de former le nouveau cabinet, et après un intervalle d'un demi siècle son parti revint au pouvoir. Les whigs ne voulaient pas plus que les tories détruire les bases du système électoral, mais ils comprenaient la nécessité de corriger ses abus les plus manifestes. L'un des ministres, lord John Russell, se chargea de présenter un projet de réforme qui parut alors à tous extrêmement audacieux. Il ne contenait pourtant ni la réduction de la durée des Parlements, ni l'introduction du scrutin secret que réclamaient les radicaux. Il ne modifiait pas le nombre des députés et laissait subsister une grave inégalité entre la représentation des comtés et des bourgs. Mais il enlevait leurs représentants aux
36 LE MONDE ANGLO-SAXON AU XIXe SIÈCLE
bourgs qui avaient moins de 2.000 habitants et n'en laissait qu'un à ceux dont la population était de moins de 4oooo. Un quart des sièges de la Chambre devenait ainsi disponible; ils étaient répartis entre les nouvelles villes industrielles et les comtés les plus importants. La loi introduisait, d'autre part, un régime uniforme de suffrage dans tous les bourgs. Le droit de vote y appartiendrait à tous ceux qui occupaient un immeuble d'une valeur locative de 25o fr. Dans les comtés la franchise était reconnue à quiconque payait un loyer de 25o francs ou était tenancier d'un immeuble de i.25o. Le nombre des électeurs passait de 435.000 à 800.000.
Revenus de leur surprise les tories combattirent ce projet. Comme il aurait réduit la représentation de l'Angleterre au profit des autres parties du Royaume Uni, l'opposition fit voter un amendement qui repoussait cette réduction. Le ministère y répondit par une dissolution et les élections prouvèrent que même avec le régime ancien Ha majorité des électeurs était acquise à la réforme. Décimés dans les comtés, les tories perdirent aussi dans les bourgs beaucoup de sièges, et le nouveau Parlement s'empressa de voter le projet de Russel 1.
Restait à vaincre la résistance des Lords, qui commencèrent par le rejeter à Ha majorité considérable de £i voix. C'était trop pour que le ministère pût l'emporter par l'expédient d'une fournée. de pairs, et, après avoir inutilement essayé de désarmer l'hostilité des Lords en leur soumettant un projet amendé, le Cabinet se retira.
Ce fut alors l'intervention du public qui décida le succès de la réforme. La chute de lord Grey fut le signal d'une intense agitation. Il n'y eut pas de troubles, mais des manifestations impressionnantes devant le ^ palais du roi. L' « Union Nationale », qui groupait les