III. — L'héritage de Canning
A l'extérieur la révolte de la Grèce contre l'Empire turc ouvrait en Orient une crise redoutable. Les Grecs de Morée avaient profité de la guerre que le sultan menait contre son vassal trop puissant le pacha de Janina pour se soulever. En même temps s'insurgeait un grec des Principautés danubiennes, Ypsilanti, chef d'une société secrète formée à l'instigation du Tsar. La Porte ne réussit pas à réduire la révolte. Aux massacres de Chio, les Grecs ripostèrent en proclamant l'indépendance de la Morée. Mais le sultan fit appel a l'armée qu'avait organisée le pacha d'Egypte, Méhemet Ali. Celui-ci, contre la promesse de conserver la Morée,
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envoya son fils Ibrahim la conquérir (i). Biertôt les Grecs en furent réduits à soutenir à Missolonghi un siège héroïque (1825).
En Angleterre, comme en France, le sort de la Grèce avait engendré de vives sympathies. Les philhellènes des deux pays exigeaient une intervention, et lord Byron allait s'enfermer dans Missolonghi où il trouva la mort. Canning, pourtant, hésitait à déclancher un conflit qui aurait trop bien servi les ambitions de la Russie. Alexandre Ier y voyait une occasion de démenbrer l'Empire ottoman et il réclamait le droit d'intervenir à son tour dans les Balkans, comme Metternich était intervenu en Italie et Louis XVIII en Espagne.
Sa mort fit espérer à Canning qu'une entente serait plus facile avec son successeur. Nicolas Ier se prêta > en effet, à une démarche commune entreprise auprès du sultan pour l'obliger d'accorder à la Grèce une large autonomie. Espérant prévenir une offensive indépendante de la Russie, le ministre anglais eut même l'audace de faire entrer la France comme troisième partenaire dans l'entente ainsi conclue et d'envoyer une escadre anglo-française surveiller la flotte égyptienne à Navarin. Politique dangereuse qui pouvait aussi rapprocher l'une de l'autre les deux plus redoutables rivales de lWngleterre et qui devait s'écrouler au lendemain de sa mort. (Traité de Londres,. 6 juillet 1827.)
Le sultan repoussa les demandes des puissances et, le 20 octobre, dans la baie de Navarin, un coup de feu tiré probablement d'un vaisseau égyptien déchaîna la bataille. La flotte égyptienne fut détruite. Aux protestations du sultan, la France répondit en débarquant une division en Morée, tandis que les troupes russes, franchissaient le Danube.
(i) Sur Méhëmel-Ali et Ibrahim, voir ci-dessus, p. 4, et p. 53 s,
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En Angleterre, Canning se voyait maintenant contraint d'aborder deux réformes que le parti tory n'était pas encore résigné à accomplir. Les coups portés par Huskisson au tarif protectionniste mettaient, pour ainsi dire, à nu la question brûlante des droits d'entrée sur les blés. Lorsque Canning proposa de les réduire en adoptant le système d'une échelle mobile, la résistance de sa majorité l'obligea d'y renoncer.
Il en fut de même pour le problème de l'émancipation des catholiques qui, par le bill du Test, étaient exclus de toutes les fonctions publiques; problème délicat puisqu'il intéressait surtout les Irlandais.
En Irlande, les catholiques avaient obtenu le droit de vote (1793) qu'ils ne possédaient pas encore en Angleterre; mais, dans les deux pays, ils restaient inéligibles au Parlement. Leur émancipation était aux yeux <le Pitt le corollaire obligatoire de l'Acte d'Union, niais il n'avait pas pu à ce moment fléchir l'opposition de Georges III (1801). Depuis lors, la cause des catholiques avait peu à peu gagné de nombreux adhérents et, en 1823, Daniel O'Gonnel comprit que l'heure était venue où elle pourrait triompher.
Il fonda « l'Association cathodique » où sa parole enflammée et violente réussit bientôt à grouper tous les électeurs catholiques irlandais. Une campagne de meetings, où des manifestants innombrables se pressaient sans que l'ordre fut troublé par un acte de violence convainquit Canning qu'il devait prendre l'initiative de Ha réforme, mais l'un des principaux membres du ministère, sir Robert Peel refusa de le suivre, et Georges IV se montra aussi hostile que son père à ce projet.
Canning léguait donc à ses successeurs un héritage difficile et Wellington, qui prit le pouvoir en resserrant autour de lui les rangs des tories, ne parvint à le liquider que par de larges concessions.
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En Orient, l'Angleterre dut assister impuissante à l'avance des armées russes qui imposèrent à la Porte la paix d'Andrinople (septembre 1829). Le sultan ne reconnaissait pas seulement l'indépendance de la Grèce, il cédait encore au Tsar les bouches du Danube; il accordait à la Moldavie et à la Valachie une autonomie que la Russie garantissait, se réservant ainsi la possibilité d'y intervenir de nouveau.
Wellington se résigna aussi à accepter pour les blés le système de l'échelle mobile, et se contenta de relever un peu les droits proposés par Canning.
Enfin, la propagande d'O'Connel ne laissa aux tories plus d'autre ressource que la soumission. Cet audacieux tribun se montrait un adversaire redoutable. Bien qu'il fût catholique et comme tel inéligible au Parlement, il s'y présenta, en 1828, dans le comté de Clare, et les bataillons de ses électeurs qui venaient groupés par paroisses aux lieux de scrutin mirent son adversaire, un membre du ministère, en déroute. Wellington et Peel lui-même malgré leur répugnance déclarèrent au Roi qu'il ne fallait pas prolonger la lutte. En 1828, le bill du Test fut abrogé et, en 1829,. l'acte d'émancipation abolit toute distinction entre les catholiques et les protestants.
Les tories comptaient bien que ces sacrifices leur permettraient d'opposer une résistance plus forte au projet de réforme électorale; ils ne s'aperçurent pas. qu'ils avaient, au contraire, déblayé la route pour l'offensive que ses partisans pouvaient désormais entre* prendre.