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V. La question russo-tartare

La Moscovie avait, en 1613, échappé à la mainmise polonaise et retrouvé une dynastie nationale» Sous les deux premiers tsars Romanof, Michel (1613- 1645) et Alexis (1645-1676), les diverses classes de la population ont été constamment mêlées à l'exercice du pouvoir soit par des assemblées générales, soit par des assemblées corporatives ou locales : le code russe a été imprimé alors pour la première fois. Les tendances spontanées de la société moscovite apparaissent très nettement.

Les guerres des tsars contre les Suédois, pour s'ouvrir l'accès de la Baltique, sont restées sans résultats. Les Suédois ont défendu sévèrement la Fin-

lande et les provinces baltiques. Les marchands russes s'en sont consolés facilement. Ils se défiaient de l'infiltration des gens « d'outre-mer », voulaient concentrer à Arkangelsk tout commerce avec l'Europe : même là, ils obtinrent la suppression des privilèges dont les Anglais avaient joui depuis Elisabeth (1649). Les Hollandais, qui essayèrent de profiter de ce recul de leurs rivaux, s'attirèrent des avanies qu'ils durent encaisser.

Les guerres contre la Pologne eurent un caractère plus national. Au traité d'Andrussovo (1667), la Moscovie récupéra de vieilles terres russes, Smolensk, Kiev. Il y avait là, aux confins des deux monarchies une population flottante, les Cosaques, qui portaient leur allégeance du roi de Pologne au tsar, et, en réalité, maintinrent l'Ukraine, durant tout le xvir8 siècle, dans un état d'anarchie.

D'autres Cosaques, plus à l'est, sur le Don, sur la Volga, essayaient de compromettre le tsar dans leurs flibusteries sur la mer Noire et la mer Caspienne. Le tsar résista énergiquement ; Azov ayant été pris par les Cosaques, il laissa les Turcs la reprendre sans intervenir (1642). Tranquillisé de ce côté par le déclin des Tartares de Grimée, il ne se souciait nullement d'entrer en conflit avec les empires, encore vigoureux, de Turquie et de Perse. L'esprit de la guerre sainte resta absent de la Moscovie jusqu'à la fin du siècle.

C'est que la Moscovie restait profondément hostile à tout ce qui sentait le rapprochement avec l'Occident: il faudra le réveil brutal de l'autocratie avec Pierre le Grand pour vaincre cette antipathie. La raison en était avant tout religieuse. Le clergé moscovite, sous les patriarches Philarète, puis Nicon, était une puissance de premier ordre, et nous avons vu qu'il s'était montré plus fidèle que le clergé grec aux traditions

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