‹ Histoire du monde (volume 4)Chapitre 48 sur 82 · LES RUSSES SUR L AMOUR · texte numérisé non relu

LES RUSSES SUR L AMOUR

du schisme. Extrêmement mal informé des changements survenus en Occident au temps de la Réforme et de la Contre-réforme, il maintenait fermement son opposition à tout ce qui pouvait combler le fossé creusé par les siècles entre les Eglises orthodoxe et romaine. Il y fut encore encouragé par les tentatives des jésuites pour ramener les populations orthodoxes de Lithuauie, sujettes de la Pologne. Ce clergé échappait même au pouvoir du tsar. Dans sa lutte contre Nicon (1666), celui-ci appela à la rescousse le clergé orthodoxe grec, plus habitué par les traditions byzantines, puis par les conditions qui lui étaient faites sous la domination ottomane, à s'incliner devant le pouvoir temporel. Le tsar obtint ainsi certains avantages, mais provoqua d'autre part la formation de sectes qui maintinrent le point de vue de l'indépendance de l'Eglise vis-à-vis de l'Etat.

L'aversion pour l'Occident se fortifiait de l'attraction persistante qu'exerçait l'Asie sur la population russe. Le paysan rétif au servage se faisait Cosaque, et l'écoulement vers la Sibérie fut continu pendant le xvne siècle. Dès le début du siècle, on l'a vu, les Moscovites avaient atteint le lac Baïkal. En 1632r Yakoutsk fut fondée. Peu près, des Russes aperçurent le détroit que Bering devait redécouvrir plus tard.

Les montagnes du sud de la Sibérie, avec leurs gîtes métallifères connus dès la plus haute antiquité, offraient un champ de colonisation plus tentant que les mers glaciales. Dès le milieu du xvne siècle, des chefs cosaques s'établirent sur l'Amour, l'un d'eux, Khabarov, a laissé un nom populaire parmi les Russes de ces régions. Les populations tartares, très clairsemées, n'offrirent qu'une résistance des plus molles jusqu'au moment où la dynastie mandchoue, solidement établie en Chine, en prit la direction. Elle envoya des armées de 10.000 hommes, avec 200

canons. Le résultat final sera le traité de Nertchinsk (1689), qui interdira pour longtemps la région de l'Amour aux Russes. La compensation était l'établissement de relations commerciales régulières avec la Chine.

Bien que la Russie-Sibérie fût séparée du Turkestan par des steppes peu engageantes, l'ombre du «tsar blanc » commençait à s'étendre sur le pays de Tamerlan. Les princes qui succombaient dans les discordes incessantes de la région prenaient l'habitude de se réfugier chez le souverain des « Ourouss ». Aboulghazi (mort en 1663) en cite plusieurs exemples. Et une mélancolie profonde se dégage des écrits où les derniers Djagataides remâchent les souvenirs des grands ancêtres.

Le Monde vers 1721

Louis XIV et Charles XII ! Tout le monde a présents à l'esprit les événements qu'évoquent ces noms, d'une part les grandes guerres de Hollande (1672-8), de la Ligue d'Augsbourg ou de la Révolution d'Angleterre (1689-97), de la Succession d'Espagne (1701-1714), d'autre part la prestigieuse équipée du « dernier des Wikings » (1699-17181 Nous allons tâcher de résumer les répercussions de ces événements sur la situation extérieure de l'Europe.

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