‹ Histoire du monde (volume 4)Chapitre 61 sur 82 · PIERRE LE GRAND · texte numérisé non relu

PIERRE LE GRAND

qui s'était dressé jusque-là, de par la volonté des Russes, entre la Russie et l'Europe.

La lutte contre la Suède lui en fournit le moyen. Il s'y était engagé aux côtés du Danemark et de la Pologne. Pendant que Charles XII s'acharnait sur ses alliés, lui conquérait les possessions baltiques des Suédois, et portait sa capitale à St-Pétersbourg (1703). Puis, en 1709, il brisait l'invasion suédoise à Poltava. L'échec du Pruth (1711) ne l'arrêta qu'un instant. Quand s'acheva l'odyssée de Charles XII, il avait conquis toute la côte baltique, et, au traité de Nystadt (1721), il ne rendit que la Finlande. Il acquérait ainsi une large façade sur les mers européennes, pour remplacer le jour de souffrance d'Arkhangelsk. Il acquérait en outre, en Livonie, des sujets allemands ou suédois qui dispenseront les tzars de recourir à des instruments purement étrangers.

Il avait mené et décidé la lutte. Au règlement, il apparut comme le protecteur hautain de ses alliés. Nul ne pouvait plus contester à la Russie le rang de puissance européenne. Comme la France s'obstina à lui préférer la Pologne, « l'ennemi héréditaire », elle s'orienta du côté de l'Autriche.

C'était, malgré tout, un corps étranger qui s'introduisait ainsi en Europe. Les réformes de Pierre le Grand, dont l'effet fut assuré par le sacrifice du tzarévitch Alexis et la dévolution de la succession à Catherine (1725), avaient toutes eu pour but de fortifier l'autocratie. Mais la Russie, manquait à peu près de noblesse héréditaire, la sienne ne s'étant jamais bien relevée depuis Ivan le Terrible : il n'y avait qu'un corps énorme de fonctionnaires anoblis. L'Eglise, par l'institution du Saint Synode, perdit ce qui lui restait d'indépendance vis-à-vis du tzar : la vie religieuse indépendante se réfugia dans de petites sectes perse-

cutées. Malgré les efforts de Pierre pour introduire ud minimum d'industrie et de commerce, la société resta presque exclusivement agrarienne : la presque totalité des 15 ou 20 millions de sujets de Pierre étaient des paysans, que le tsar n'atteignait d'ailleurs qu'à travers ^es grands propriétaires fonciers. Enfin, la Russie était restée étrangère à la scolastique médiévale, à la Renaissance, à tout le mouvement antérieur de la civilisation occidentale: pour compenser cette absence de toute tradition, même au point de vue de la technique, il fallait faire appel aux étrangers, Scandinaves ou Allemands.

Pierre le Grand était encore trop près du xvn* siècle moscovite pour négliger son domaine asiatique. D'ailleurs, le moujik russe, pour lequel, maintenant le militarisme et la fiscalité s'ajoutaient au servage, continuait à s'écouler vers les communautés cosaques du sud, et vers la Sibérie. Pierre le Grand n'ajouta à ce mouvement d'expansion que ses préoccupations commerciales et intellectuelles. Il fit reconnaître l'embouchure des grands fleuves sibériens, le Kamtchatka. Il chargea le Danois Bering d'explorer les mers qui séparent l'Asie de l'Amérique, avec ordre d'aller jusqu'à ce qu'il eût établi la liaison avec les premiers postes anglais ou français. Cette mission, on l'a vu ailleurs, aurait pu entraîner fort loin Bering, s'il n'était mort en route (1728). Ces efforts du grand tsar, pour hautement intéressants qu'ils soient au point de vue des connaissances géographiques, n'ouvraient que de faibles perspectives économiques. La vigoureuse réaction de l'Empire mandchou avait rejeté la Russie vers les glaces.

Du côté du Sud, Pierre le Grand s'était vu rejeté» par les Turcs et les Tartares de Grimée, de la mer Noire un instant entrevue. Il chercha des compensations

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