‹ Histoire du monde (volume 4)Chapitre 64 sur 82 · NADIR-CHAH · texte numérisé non relu

NADIR-CHAH

mettaient facilement sur piea des armées de plus de 50.000 hommes. Ils avaient un revenu d'1/2 million de piastres, et les généraux russes, dans la guerre de 1737-1739, admirèrent l'état florissant de la Grimée.

Les Turcs pouvaient donc concevoir l'espérance de profiter largement de l'écroulement de la Perse des Séfévides, de la Perse des roses d'Ispahan et de Monstesquieu. On a vu qu'en 1722 un usurpateur afghan avait pris possession d'Ispahan, que les Turcs et les Russes avaient lié partie, les premiers saisissant la Géorgie, l'Azerbaïdjan et l'Iraq, les seconds s'étendant à l'ouest et au sud de la Caspienne. C'est alors que s'était dressé Nadir (1729-1730).

Nadir était né en 1687 dans le Khorassan, d'un petit chef de tribu turcoman. Dépouillé par un oncle, il fut voué à la vie de chef de bande, et se posa en champion des derniers Séfévides. Un physique imposant, une voix de stentor, un mépris complet de la fatigue et du danger, fondèrent sa renommée. Il devint le représentant du nationalisme persan contre les Afghans, sauf sur un point : il resta sunnite, se bornant à tolérer les chiites. La renommée de « Tapuskhan » se répandit chez les Turcs, et de là chez les peuples européens, où l'on chercha même à l'annexer à l'aide de calembours étymologiques.

Il entreprit de refouler Turcs et Russes. Ces derniers rendirent sans combat les provinces caspiennes, préférant s'occuper de la succession de Pologne. LesTurcs au contraire résistèrent énergiquement. Il fallut plusieurs campagnes pour leur reprendre l'Iraq, l'Azerbaïdjan, l'Arménie. Au traité de 1736, ils durent se résigner à voir la frontière reculer vers l'ouest. Nadir mit de côté les Séfévides, et devint Nadir-Chah, roi légitime de Perse.

Il alla alors chercher les Afghans chez eux, reprit

Kandahar. Il suivait de l'œil le déclin du Grand-Mogoi. Il fut un moment conciliant, offrit à ce souverain musulman son appui contre les Mahrattes. Mohammed- Chah répondit insolemment, et les Persans franchirent l' Indus. Le 8 mars 1739, Nadir entrait presque sans coup férir à Delhi. Une révolte de la population lui permit de mettre à sac cette capitale. Il en rapporta un butin énorme, et des joyaux inestimables ornèrent les palais de Téhéran et d'Ispahan.

L'an d'après (1740), il abattait les petits souverains de Khiva et de Boukhara, s'assurant les débouchés des routes de commerce vers la Chine. C'est à ce moment que la chance tourna. Une expédition contre les Lesghiens du Caucase (1741) lui fit connaître pour la première fois l'amertume de la défaite. Sa brutalité morbide s'exaspéra : en 1743, il mit à mort son fils Riza-kouli, qui se montrait trop indépendant à son gré. Dès lors, la désaffection se répandit dans la Perse.

Entre temps des événeme nts s'étaient passés, qui avaient relevé le prestige des Ottomans. En 1736, la tsarine Anne avait entrepris de réfréner les incursions des Tartares de Crimée, ce qui entraînait une guerre avec la Porte. L'Autriche offrit sa médiation, et, la voyant dédaignée, entra en guerre. Mais le prince Eugène n'était plus là, et les Turcs remportèrent de belles victoires. A Vienne, où la guerre turque était la guerre nationale, on exigea le sacrifice du général Seckendorf . Mais il ne rendit pas le succès aux armes de l'Empereur Charles VI, et Belgrade, la plus populaire des conquêtes d'Eugène, fut menacée. Les Russes, au prix de grands sacrifices (on dit qu'ils laissèrent 100.000 hommes sur les routes de Crimée et de Roumanie), avaient eu meilleure fortune. Pourtant, le traité de Belgrade (1739) fut un succès pour les Turcs : ils recouvraient Belgrade, et accordaient seu-

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