LA FIN DE NADIR
lement aux Russes une rectification de frontière sans grande portée1, interdisant la mer Noire aux vaisseaux russes, même aux vaisseaux de commerce.
Nadir-Chah n'en entreprit pas moins une nouvelle guerre contre les Osmanlis. Elle fut plus laborieuse que la précédente. Le traité de 1746 rétablit à peu près le statu quo, moyennant quelques concessions des Turcs relativement aux villes saintes de la région de Bagdad, si chères aux sujets chiites de Nadir. Quant aux Russes, ils se montraient très respectueux : des commerçants anglais qu'ils avaient appelés vers la Caspienne ayant été molestés, aucune guerre ne s'ensuivit. Tant que vécut Nadir, ils n'osèrent pas s'engager dans la guerre de la succession d'Autriche.
C'est sous le mécontentement intérieur que succomba le conquérant. En 1747, il fut assassiné dans le Khorassan par ses officiers persans. Ses triomphes, dûs à des qualités de stratège auxquelles les Européens rendaient pleinement hommage, avaient en somme, comme ceux de Tamerlan, été un élément de désagrégation dans le monde musulman. Il avait humilié les Ottomans, diminué leur confiance en eux-mêmes, porté atteinte à leur prestige chez leurs sujets, annulé le respect que leurs derniers succès avaient inspiré aux Etats européens. Il avait révélé à tous la déchéance du Grand-Mogol, et provoqué directement les entreprises des Français dans l'Inde. Enfin, il avait porté le coup de grâce auxOuzbeksde la Transoxiane.
Sa mort fut le signal de la décomposition de la Perse. Tout d'abord, un de ses lieutenants afghans, le Dourani, fit sécession, et se tailla, dans l'Hindouhoush, un domaine d'où il allait rayonner dans l'Inde.
1. Le territoire cédé servit pourtant aux Russes à établir des r éfugiés venus de la péninsule balkanique. Pour la première fois, ils se posaient en protecteurs des frères slaves et orthodoxes.
Cavaignac. 9
Dans le Korassan, les descendants de Nadir végétèrent quelques temps. Mais une famille iranienne, les Zends, s'empara de l'Iran occidental. Et la tribu turque des Khajares se leva au sud de la Caspienne, dans la région de Téhéran. C'est un Khajar, Aga Mohammed, qui devait, au prix de cruautés inouïes, rétablir l'unité de la Perse (1794), et fonder la dynastie qui y régnait hier encore.
Mais la Perse avait cessé d'être un danger pour l'empire ottoman.
Celui-ci était sorti affaibli et appauvri des guerres contre Nadir-Chah. Vingt ans de paix ne réparèrent pas le mai. En 1757 montait sur le tiône Mahmoud I, homme sympathique et cultivé, doué même de qualités littéraires devenues rares dans le monde de l'Islam. Dans des vues où s'exhale le fatalisme musulman, ce poète couronné s'écrie : « La splendeur de l'Empire est passée ! Sous moi elle ne pourra renaître ! Hélas ! le dévouement n'existe plus chez les serviteurs ! » Des soulèvement petits, mais constants, justifiaient ces gémissements : en Albanie, en Anatolie, à Bagdad, en Egypte, en Arabie enfin, où commençait à poindre la secte des Wahabites. Ainsi s'annonçait le traité de Kontchouk-Kaïnardji (1774), avec lequel conmmença la désagrégation lente et continue.
Déjà, dans l'Afrique du nord, le recul est flagrant au xvuie siècle. Tunis et Alger sont devenus des Etats complètement indépendants. A Tunis régnent des beys héréditaires, les Hussaïnides. A Alger, ce sont les deys, élus éphémères de la soldatesque régnante. Les Etats se font la guerre fréquemment et librement : en 1756, Tunis deviendra pour longtemps vassale d'Alger. Les seuls vestiges de l'ancienne appartenance à l'empire sont la nationalité turque des milices et le caractère anatolien de l'architecture.