FIN DU CANADA FRANÇAIS
s'en autorisa pour eDlever, sans provocation, 300 bateaux de commerce français. Pourtant Louis XV ne déclara pas encore la guerre. Elle n'était même pas déclarée officiellement quand Richelieu enleva aux Anglais la ville de Port-Mahon, qu'ils occupaient depuis la paix d'Utrecht (1756).
Malgré la supériorité maritime des Anglais, îa France n'était pas coupée du Canada. Elle y envoya un militaire éprouvé, îe marquis de Montcalm, dont le caractère était en heureux contraste avec la note fâcheuse répandue par l'exemple de Louis XV sur la haute société française et même sur la société coloniale : à Québec, l'intendant Bigot voulait avoir sa Pompadour ! Montcalm porta la guerre sur le territoire des colonies anglaises du nord, et remporta victoire sur victoire (1757-1758). Mais, là où il n'était pas, les Anglo-Américains, clopin-clopant, avançaient; les forts de l'Ohio étaient évacués, l'ennemi portait ses avant-postes jusqu'au Niagara.
Il fallut du temps pour que l'Angleterre se décidât à l'effort nécessaire : il fallut surtout l'arrivée au pouvoir de William Pitt. C'est lui qui choisit l'homme destiné à porter le coup décisif, Wolf. En 1759, une escadre anglaise porta l'armée de celui-ci sur le Saint- Laurent, et Québec revit les Anglais. Dans la bataille d'Abraham (septembre 1759), Montcalm et Wolf tombèrent tous deux. Les Anglais l'emportèrent, et Québec capitula. Un an après, Montréal avait le même sort. Le vainqueur, Murray, félicita les Français d'avoii prolongé durant six campagnes une résistance que ses compatriotes, avec les moyens dont ils disposaient, auraient dû briser en une.
Le Canada était perdu. Choiseul essaya de prolonger la lutte en entraînant l'Espagne. Le résultat fut qu'au traité de Paris (1763), il fallut, pour indem-
niser celle-ci de la perte de la Floride, lui céder la Louisiane. Il y avait là une coquette ville de 1.600 âmes, la Nouvelle-Orléans, qui n'accepta pas sans résistance le régime espagnol. Le Mississipi fut reconnu comme frontière entre les domaines de l'Angleterre et de l'Espagne.
Ainsi s'acheva, accompagnée du « hideux sourire » de Voltaire, l'éviction de la nation qui avait ouvert aux Européens le continent nord-américain. La France gardait des droits de pêche à Terre-Neuve, les colonies des Antilles, elle devait recouvrer un instant la Louisiane, aux Canadiens on laissa leur langue, leur religion, leurs lois, et ils les ont encore. Mais ils virent immédiatement commencer une immigration anglo-saxonne, que bientôt la fuite des loyalistes anglais, lors de la sécession des treize colonies, allait précipiter.
Les Anglo-Américains, malgré un effort pour coordonner leur action, n'avaient pris qu'une part subalterne à la lutte. Les doux quakers de la Pensylvanie avaient même refusé de prendre le fusil. C'étaient les marins et les militaires anglais qui avaient amené la décision. Financièrement aussi la métropole avait porté le poids de la guerre. Un pamphlétaire écrivait : « L'Angleterre doit à M. Pitt plus qu'elle ne pourra jamais rendre : une dette énorme ». Il était très normal que les Anglais cherchassent à faire payer aux treize colonies leur part de cette dette. On sait que pourtant cette prétention provoqua aussitôt une agitation qui, encouragée par les rancunes de la France et de l'Espagne, devait aboutir à la déclaration d'indépendance des États-Unis (4 juillet 1776).
La déclaration d'indépendance, avec ses conséquences directes et indirectes, allait clore un chapitre de l'histoire américaine, une période de trois siècles