FRANÇAIS ET ANGLAIS EN AMÉRIQUE
du nouveau monde au roi d'Espagne; les petits établissements anglais de la côte atlantique et de la baie d'Hudson étaient considérés comme des enclaves qui normalement devaient disparaître. Ce domaine, déjà immense, on ne songeait qu'à l'agrandir jusqu'au Pacifique; à partir de 1736, Le Vérendrye explora activement les régions de l'Ouest. Mais, plus le domaine revendiqué gagnait en étendue, plus devenait choquante la disproportion avec la base démographique. Les Français n'avaient pas encore occupé la ligne de l'Ohio, qui joignait si naturellement le Canada et la Louisiane : c'est qu'ils ne disposaient pas des éléments nécessaires.
Cependant, les colonies anglaises croissaient et multipliaient dans leur modeste domaine. En 1733, une nouvelle apparut, la treizième : la Géorgie, à côté de la Floride. Et parmi les colons se[développait, contre l'encerclement français, un sentiment de mécontentement qui allait surmonter les antipathies si prononcées entre les colonies diverses. Bien que, conformément aux théories générales de l'époque, elles fussent considérées comme autant de domaines de la Couronne et ne fussent pas représentées au Parlement britannique, ce mécontentement trouvait un écho dans les discours enflammés de Pitt et d'autres patriotes anglais.
Aussi, lorsque l'affaire de la Succession d'Autriche eut amené une guerre générale entre la France et l'Angleterre (1744), les Anglo-Américains se portèrentjls avec ardeur contre Louisbourg. Bien que les flottes françaises fussent encore en mesure de tenir tête aux Anglais, la place tomba. Mais elle fut rendue à la paix d'Aix-la-Chapelle (1748), en échange de Madras que les Français avaient conquis dans l'autre hémisphère.
Les hostilités n'en étaient pas moins définitivement
déchaînées entre Français et Anglais d'Amérique. Durant la paix fourrée qui suivit, elles se prolongèrent sournoisement sur deux points : en Acadie et sur l'Ohio.
L'Acadie avait été cédée à l'Angleterre dès 1713. Les Anglais avaient fait preuve longtemps de libéralisme, bien que le choix d'un huguenot réfugié comme gouverneur ne fût pas des plus heureux vis-àvis d'une population foncièrement catholique. Mai* la guerre de la Succession d'Autriche posa pour les Acadiens la question du service militaire contre les Français, et la révolte fut intense chez eux. Enfin, en 1755, les Anglais se résolurent à la mesure radicale de l'expulsion en masse de milliers de colons travailleurs et prospères. On n'eut même pas l'humanité de concentrer les déportés sur le Maryland, la seule des colonies anglaises qui fût catholique. Le ressentiment provoqué par cette mesure contribua à envenimer une lutte que l'emploi d'auxiliaires indiens rendait déjà assez féroce.
D'autre part, les Français s'étaient enfin décidés à construire, au moins sur l'Ohio, une série de poste» militaires. Les Anglo-Américains revendiquèrent formellement la région, et un détachement virginien se heurta à un détachement français. Jumonville qui le commandait venait en parlementaire : il n'en fut pas moins tué. L'officier virginien fut aussitôt cerné par les Français, et dut reconnaître, en capitulant, qu'il avait violé le droit des gens : ainsi débuta dans la vie un homme qui devait racheter pius tard ce péché originel, Washington (1754). Peu après, les miliciens américains que le général Braddok conduisait sur l'Ohio furent dispersés.
L'état de guerre existait donc en fait en Amérique. L'amiral Boscawen, envoyé pour croiser sur les côtes,