Keay, Hindi literalure, p
voir mûrement réfléchi, je les sais inférieurs à l'hindi...
« ... Le langage de Hind est pareil à l'arabe, en ce que ni l'un ni l'autre n'admet de combinaisons. S'il y a une grammaire et une syntaxe en arabe, il n'y en a pas une lettre de moins en hindi. Si vous demandez s'il s'y trouve les sciences d'exposition et de rhétorique, je vous répondrai que l'hindi ne manque aucunement de ces qualités. Quiconque possède ces trois langages dans son bagage saura que je parle sans erreur et sans exagération1... »
Les œuvres poétiques de Khusrau contiennent plusieurs mots sanscrits et hindi tels que Pradhâna, Sundar, Kâmin, et bien d'autres.
Gorakhnâth est un autre écrivain du xive siècle1. Mais ses ovrages n'ont pas encore été publiés. Les progrès du mouvement Bahkti au nord de l'Inde donnèrent un grand élan à la littérature hindi; parmi les chefs de ce culte beaucoup écrivirent en hindi et composèrent quelques-uns des plus beaux hymnes pieux de la littérature religieuse universelle. Nâmadeva, le saint marathe, écrivit principalement en marâthi; pourtant il composa en hindi des chants, qui sont conservés dans le Graniha. Râmânand prêcha dans le langage du peuple, et quoiqu'il n'ait pas été un grand écrivain, il composa certains hymnes dont l'un est conservé dans VAdi Graniha.
Le plus important des disciples de Râmânand fut Kabîr, le fondateur de la secte Kabîr Panthî. Avec
1. Elliot, I I, Appendix, p. 556. Nagari Pracharini Patrika, édité par G. H. Ojha et C. D. Guleri, II, p. 275. Misra Eandhu Vinod, I, pp. 239-40. Les auteurs de VEncyclopadia of Islam (p. 313) ont tort en disant que Khusrau employa le dialecte urdu, plutôt que toute autre forme de Brajbhâsha.
2. Les frères Misra le placent en 1350 ap. J.-C. (Misra Bandhu Vinod, I, p. 111).
592 l'histoire de l'inde au moyen-age
une hardiesse inouïe, il commença sa campagne iconoclaste contre les conventions religieuses et l'idolâtrie, et il prêcha aux hommes de réaliser Dieu et de mener une vie pure et édifiante; ses paroles se trouvent dans les Sâkhîs et les Raminîs, frappants exemples d'un style épigrammique et aphoristique. Sa poésie, sans être d'un ordre supérieur, est l'expression d'une âme passionnée par l'appel de la vraie foi, et dressée contre les feintes, le quakerisme et le charlatanisme, qui étaient le fond de la religion de cette époque. Il possède une force et un charme qui nous impressionnent profondément. Keay1 fait justement observer, que lui, plus que tout autre de ses prédécesseurs, popularisa la littérature religieuse hindi, et étendit son influence; ce genre a donc, envers Kâbir, une grande dette de reconnaissance. Nânak, disciple de Kâbir, et fondateur du Sikhisme, composa des cantiques dans un mélange de penjabi et d'hindi; et quoiqu'il n'eût pas la ferveur, l'esprit et l'originalité de son maître, ses vers ne manquent pas de clarté et de perfection poétique4. C'est à cette époque que Mîrâbâi, princesse de Mewar, exprima dans ses vers délicats son amour pour Krishna et émut des millions de cœurs par sa tendresse pathétique, la sincérité de son attachement et la douce mélodie de ses chants. Les prédicateurs du culte de Râdhâ-Krishna contribuèrent aussi à la richesse de la littérature hindi; les plus importants sont Vidyâpati Thâkur de Mithilâ, et Vithalnâth qui fit, sur le thème de l'histoire de Râdhâ et Krishna, un petit ouvrage en prose, le Brij Bhâsha. Les frères
1. Une des plus fameuses compositions est le dapji, collection de vers qui est destiné à être utilisée dans la prière quotidienne.
Misra attribuent à Vidyapâti le Parijat Harana et le Bukminî Parinaya, mais il est prouvé que le premier ouvrage a été écrit par Upâpati Upâdhyâya, en maithili, cependant que Pauteur du second est encore incertain1.
A cette époque s'effectua un grand développement de la littérature en dialectes populaires, au Bengale, au Gujarat, au Maharashtra, et dans les lointaines provinces du Sud. Le plus important des anciens poètes du Gujarat fut Narsi Mehta, qui composa des chants religieux courts et magnifiques, répétés encore par des milliers d'hommes. Au Bengale, Krittivâsa, qui naquit en 1346 ap. J.-C, fit une traduction du Bâmâyana sanscrit, dont le savant historien de la langue et de la littérature bengalies dit : « C'est en effet la Bible du peuple de la vallée gangétique, et ce sont, pour la plupart, des paysans qui la lisent2. » Maladhar Basu, courtisan de Nusrat Shah, commença à traduire les dixième et onzième chants du Bhâgavai en 1473 et compléta l'œuvre en 1480. Sur l'ordre de Paragal Khan, général d'Husain Shah, Kavîndra Parameçvara entreprit la traduction du Mahâbhâraia et la poussa jusqu'au Strî Parva. Un poète brahmanique nommé Sanjaya, et que D. C. Sen3 dit avoir été un contemporain de Krittivâsa, pourvut à la première recension du Mahâbhârata; il a un style impétueux et décrit avec vivacité des exploits martiaux. La portée de ce livre ne nous permet pas de nous étendre sur l'abondante littérature Ghaitanya que produisit le Bengale à cette époque.