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Shhânâma, Elliot I, p

eurent la permission d'exercer leur culte suivant leur gré.

Après Brahmanabad, Mohammed se rendit maître de Moultan, ville principale de l'Indus supérieur. L'auteur du Shâhnâma raconte qu'il y eut une lutte de sept jours, âpre et féroce, entre les infidèles et les croyants. A la fin, en dépit de l'attaque furieuse qu'il livra aux musulmans, le neveu du gouverneur de Moultan fut vaincu et soumis. La garnison du fort fut passée au fil de l'épée, et les familles des chefs réduites à l'esclavage. Le peuple de Moultan, marchands, commerçants et artisans, joint aux Mèdes et aux Jats des contrées environnantes qui avaient été persécutés par leur gouvernement, rendirent hommage au vainqueur et le servirent. L'organisation ordinaire du territoire conquis s'ensuivit; Mohammed toléra les pratiques des infidèles et épargna leur vie au prix d'un impôt. Il décréta que « les temples seraient respectés comme les églises des chrétiens, les synagogues des juifs et les autels des mages ». Malgré tant de générosité, ies Arabes drainèrent dans leurs coffres un amas considérable de trésors.

L'aide des indigènes eux-mêmes a grandement facilité la conquête musulmane. De temps à autre les Hindous eurent à souffrir de la cruauté musulmane, mais de vrais actes de férocité furent rares et espacés, et sans aucun doute les Arabes furent plus généreux envers leurs victimes que leurs successeurs les Turcs. Après la conquête de Moultan, Mohammed envoya contre Kanauj l'un de ses généraux, Abou Hakim, à la tête de 10.000 cavaliers, mais avant qu'une nouvelle campagne ne fût engagée, il reçut la fatale sentence du Calife.

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La mort de Mohammed-ibn-Qasim. > — De toutes ces glorieuses conquêtes, Mohammed-ibn-Qasim ne devait recueillir que lamentable ingratitude, et rien ne pouvait le sauver du sort tragique dont il devait être la proie. Sa chute fut aussi soudaine que sa célébrité. L'auteur du Shâhnâma et Mîr Masoûm1 ont tous deux relaté, avec peu de différence, la triste fin de Mohammed. Deux filles du roi Dâhir, Parmal Devi et Suraj Devi, que Mohammed avait faites prisonnières et envoyées au harem du khalife, l'accusèrent auprès de celui-ci, dans l'intention de venger la mort de leur père, de les avoir violées. Elles se déclarèrent indignes de l'attention du khalife commandeur des croyants. Le khalife entra dans une grande colère et ordonna immédiatement que Mohammed fût cousu dans la peau d'un bœuf fraîchement écorché et envoyé à la capitale. Le khalife jouissait d'une telle puissance et d'une telle autorité, qu'au reçu de la sentence, Mohammed se cousut lui-même dans une peau de bœuf et Mîr Masoûm écrit que « trois jours après, l'oiseau dévie quitta son corps pour s'envoler dans le ciel2. Quand son cadavre, enfermé dans une caisse, parvint au khalife, celui-ci ordonna que les filles de Dâhir vinssent le contempler. Les princesses hindoues témoignèrent la plus vive satisfaction en face du trophée. Mais elles avouèrent au khalife qu'il était innocent et qu'elles n'avaient inventé cette histoire que pour venger leur père. Elles lui recommandèrent encore de se montrer plus judicieux à l'avenir dans l'adminis-

1. Shâhnâma, Elliot I, p. 209. Jarrett, Ain-i-Akbari, II, p. 345. Elliot I, pp. 437-38.

2. Le nom de ce khalife était Walid ibn Abdal-Malik. Il devint khalife en 86 A. H. (705 ap. J.-G.) et mourut en 96 A. H. (715 ap. J.-C).

tration de la justice. Le khalife fut assailli de remords : mais comment réparer la faute commise ! Il ordonna que les princesses hindoues fussent attachées à la queue de chevaux et traînées sur le sol jusqu'à ce que mort s'ensuivît1. Cette histoire fait un peu figure de légende. Les érudits sont d'avis différents quant à lamortdeMohammed-ibn-Qasim, maisd'après le Fouiouh-i-Bouldan, Mohammed aurait été saisi, enchaîné et torturé jusqu'à la mort par ordre du khalife, et cette donnée semble plus vraisemblable que les autres. C'est ainsi que finit ce grand héros qui, dans le court espace de trois années, conquit le Sind et établit l'autorité du khalife sur la terre hindoue.

L' occupation du Sind par les Arabes. • — La conquête laissa aux mains des Arabes des territoires considérables; l'administration en fut confiée aux indigènes par nécessité. Les iqtâs furent accordés par concession et leurs bénéficiaires tenus à un certain temps de service militaire, mais exemptés de toutes taxes à part les aumônes (sadaqa). Il était interdit aux soldats musulmans de travailler la terre en sorte que tout le faix de la culture pesait sur les épaules des indigènes qui en étaient «réduits à l'état de serfs ». Quelques soldats reçurent une paye fixe, d'autres obtinrent des parcelles de terre. Comme le stipulait la loi sacrée, quatre cinquièmes du butin étaient abandonnés aux troupes et un cin-

1. Mir Masoûm écrit que deux mois plus tard, les princesses hindoues furent présentées au khalife et un interprète fut appelé. Dès qu'elles eurent enlevé leurs voiles, le khalife tomba amoureux d'elles. Elles lui dirent que Mohammed les avait gardées ti ois jours dans son harem. (Tarikh-i-Masoûmî, Khudâbakhsh, Ms. F. 15).

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quième revenait au Calife; cette loi fut d'ailleurs observée rigoureusement par les souverains qui redoutaient les militaires. Des fondations religieuses furent organisées et des terres données en waqf (présent) aux hommes pieux et aux directeurs de monastères. Installés dans le pays, des soldats arabes épousèrent des femmes hindoues, il se forma ainsi, peu à. peu, de petites colonies où le bonheur domestique consolait ces exilés. Ces colonies furent nommées Djunûd et Amsâr, ce qui signifie «Armées» et « Cités ». Quelques-unes d'entre elles devinrent des villes florissantes, centres d'études et d'instruction. Les colonies les plus importantes du Sind furent Mansurâ, Kuzdar, Kandâbel, Baizâ, Mahfoûzâ et Moultan. Quelques troupes locales se dispersèrent, d'autres furent maintenues en service. Mais la fin de la guerre apporta les loisirs et le luxe. Le zèle de ces aventuriers fanatiques en fut refroidi au point qu'il devint nécessaire d'engager des mercenaires étrangers pour mener à bien de nouvelles campagnes. L'appât du commerce et des profits aiguillonna cependant la mollesse du peuple,. D'activés communications s'établirent soit par mer, soit par terre, entre les Arabes du Sind et le reste du monde musulman. Des marchands de différentes nationalités transportèrent les produits hindous à travers le Sind jusqu'en Turkestan et Khorassan et de là à Constantinople. Les Arabes de l'Azdîs, négociants entreprenants, occupaient les côtes du Kirman et du Mekran et contrôlaient les relations lucratives avec les pays étrangers.

Les Arabes n'épargnèrent pas les Hindous par respect pour leur foi, mais simplement parce qu'ils étaient convaincus de l'impossibilité

de convertir les peuples conquis. 11 y eut en plusieurs endroits une grande efflorescence de fanatisme; les temples furent odieusement profanés; à Deval, Nairun et Alor, ils furent démolis et remplacés par des mosquées; Mohammed s'empara sans scrupules des richesses du temple du Soleil à Moultan. Les habitants réfractaires furent mis à mort, et les femmes et les enfants furent réduits à l'esclavage.

Les principales sources de revenu furent les impôts sur les terres et la capitation. L'impôt sur la terre était évalué aux deux cinquièmes du produit des grains (blé et orge) si les champs étaient arrosés par des canalisations publiques, au quart seulement si les terres n'étaient pas irriguées.. Un quart était prélevé sur le produit des dattes, du raisin et des produits maraîchers; un cinquième encore sur les fruits des vignobles, de la pêche, les perles, et autres, non fournis par la culture. Bien d'autres taxes étaient encore imposées à l'indigène. On parle dans le Shâhnâma du baj et de Vushari ou impôts sur le cultivateur. Quelques tribus furent accablées d'ordres humiliants, d'aucunes n'avaient pas le droit de porter de belles étoffes, de monter à cheval et de se couvrir les pieds et les mains. 11 fut

un temps pendant lequel les Jats, habitant au delà de l'Aral, durent apporter un chien en hommage à leur gouverneur, et leurs mains étaient brûlées au fer rouge. Quand un homme de la race sujette

se rendait coupable de vol, le péché devenait un crime abominable; la femme et les enfants du voleur étaient condamnés à la mort par le feu. Le peuple indigène était tenu de nourrir tout voyageur musulman pendant trois jours et trois nuits et ils

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avaient à subir toutes sortes d'humiliations que relatent les historiens musulmans. La djeziyâ était toujours exercée « avec rigueur et ponctualité, et souvent de manière insultante ». Non content du seul Mohammed-bin-Qasim, Hadjadj envoya un émissaire spécial pour recueillir les aumônes, tant était grande l'importance de la djeziyâ. Les infidèles (dont le nom technique est zimmis) payaient selon leurs moyens, et ceux qui se convertissaient à l'Islamisme étaient dispensés de toute quête. Aucun tribunal ne tranchait les différends entre Hindous et Mahométans; les émirs et les chefs, ayant conservé leur indépendance, détenaient le droit de vie ou de mort. Le Cadi décidait selon les principes du Coran, naturellement une telle juridiction s'exerçait au préjudice des Hindous. En matière d'offenses politiques ou publiques, la loi ne faisait aucune différence entre Hindou ou musulman; mais tous procès relatifs aux dettes, contrats, adultères, héritages, propriétés, etc., étaient discutés par les Hindous, dans leurs panchayâts ou bureaux d'arbitrages, lesquels étaient fort efficaces. Les Hindous ne considéraient les tribunaux publics que comme « des moyens d'extorsion et de conversion forcée ». L'absence de toute sympathie entre le peuple conquérant et le peuple conquis, le manque complet de cohésion de ce dernier rendirent impossible l'efficacité de l'administration arabe dans le Sind.

U instabilité de la conquête arabe. — Un fanatisme religieux et temporaire avait été le grand levier de la conquête musulmane. Quand l'enthousiasme des victoires se fut évanoui, toutes ces tribus, de senti-

ments et de coutumes différents, se révélèrent complètement inaptes à se soumettre à un système de concorde et de subordination. Les querelles héréditaires entre les divers clans amoindrirent leurs forces et le mal ne fit qu'empirer par la persécution des Chiites et autres sectes hérétiques. Comme Stanley Lane-Poole l'observe très justement, « la conquête arabe ne fut qu'un épisode dans l'histoire de l'Inde et de l'Islam, un triomphe sans résultats. » Les Arabes découvrirent bientôt la stérilité de la province du Sind, qui devenait par conséquent une dépendance infructueuse du Khalifat. Les Hindous, peuple philosophe et conservateur, traitèrent avec un mépris suprême les richesses et le faste de leurs conquérants matériels; l'ordre de la vie hindoue ne fut pas troublé par cette « invasion de barbares ». Les Rajpoutes, toujours prêts à défendre contre l'étranger chaque pouce de leurs territoires, possédaient encore d'importants royaumes au Nord et à l'Est, et empêchèrent les Arabes d'établir aux Indes une domination stable. Les khalifes envoyèrent de nombreux représentants dans cette contrée inhospitalière, mais ils durent néanmoins laisser inachevée l'œuvre de Mohammed-ibn-Qasim. Les provinces étrangères perdirent peu à peu leur respect pour le Khalifat déclinant. A partir de l'année 871 ap. J.-C, le khalife Moutamad confia la charge du Sind à Yâqoûb-ibn- Qâsim Lais qui avait déjà le gouvernement duTurkestan, de Balkh, du Sijistan et de Kirman; mais la province fut affranchie du contrôle du khalife. Les dynasties arabes s'installèrent à Moultan et Mansoura, tandis que les chefs des familles Sayyides régnaient sur le haut et bas Indus. Mais un petit nombre d'établissements et de familles marquèrent le souvenir de la conquête

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de l'Inde par les Arabes. Ceux-ci n'ont pas laissé de trace de leur influence en architecture, en agronomie ou en tactique militaire. Us ont laissé au monde, en témoignage de leur vandalisme, les débris des monuments anciens saccagés par leurs armées. Ils usèrent des matériaux des temples détruits pour construire des châteaux, des forteresses et des mosquées qui n'ont pas résisté au ravage du temps. Ils n'ont pas changé les usages ni les coutumes et n'ont guère eu d'influence sur les arts, le langage et les traditions.

Les effets intellectuels de la conquête arabe. — Au point de vue politique, la conquête arabe fut un événement insignifiant dans l'histoire de l'Islam; mais les résultats intellectuels en furent profonds et étendus. A leur grande surprise, les Arabes trouvèrent aux Indes une civilisation bien supérieure à la leur; la haute philosophie hindoue, la richesse intellectuelle de ce peuple leur furent une étrange révélation. Ils découvrirent que dans les arts plus nobles, qui élèvent la dignité de l'homme, les Hindous les dépassaient de beaucoup. Ceux-ci n'ignoraient pas non plus la doctrine fondamentale de la théologie musulmane : il n'y a qu'un seul Dieu. Les Arabes admirèrent tout autant les musiciens, les peintres et les tailleurs de pierres hindous que les philosophes et les savants. Tabari écrit qu'un jour le khalife Hâorûn fit venir un médecin hindou pour le guérir d'une grave maladie. Le médecin rendit la santé au royal patient et put rentrer chez lui en toute sécurité. Les historiens musulmans oublient trop facilement tout ce que leur civilisation doit à la culture indo-aryenne. L'admirable civilisation arabe, importée en Europe avec tant de succès, ne fut qu'une série d'emprunts

scientifiques et autres faits aux Hindous. Si les charges administratives furent laissées aux Brahmanes, ce n'est qu'en vertu de leur plus grande aptitude à les remplir. L'Inde se plaçait alors au plus haut degré de l'échelle intellectuelle, et les étudiants arabes apprirent de la bouche des Brahmanes et des moines bouddhiques tous les secrets de la philosophie, de l'astronomie, de la médecine, de la chimie et des autres sciences. La cour de Bagdad rendit hommage à l'érudition hindoue ; sous le Khalifat de Mansoûr (753- 774 ap. J.-C.) de nombreux savants arabes revinrent des Indes apportant avec eux deux livres : le Brahma Siddhânla et le Khândakhâdyaka de Brahmagupta. Alfazârî, avec l'aide de savants hindous, traduisit ces deux ouvrages en arabe, et c'est par ces livres que les Arabes apprirent les premiers principes d'astronomie scientifique1. Sous le Khalifat d'Hâroûn (786- 808 ap. J.-C.) le développement des sciences et des lettres hindoues fut beaucoup encouragé par la famille ministérielle des Barmak. Cette maison fut convertie à l'islamisme, mais sans jamais s'en montrer enthousiaste; elle suivit son inclination prohindoue et envoya des étudiants aux Indes pour y apprendre la médecine, l'astrologie, les sciences pharmaceutiques et autres2. Les Barmak firent venir de nombreux savants hindous : ils furent nommés médecins des hôpitaux, ou on leur demanda de traduire en arabe les multiples ouvrages scientifiques écrits en sanscrit. Il faut convenir cependant que les Arabes vulgarisèrent bientôt le savoir emprunté aux Hindous, et surent le présenter sous une nouvelle

1. Al-Birouni, lndia, traduit en anglais par Sachau, introduction, p. XXXI.

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