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CHAPITRE III L avènement des Gnaznéviaes

Les Turcs. — La conquête arabe ne laissa que peu de traces... elle se résuma dans l'occupation d'une province unique, d'ailleurs ni fertile ni prospère. L'Inde jouit, pendant deux siècles au moins, d'une tranquillité relative, jusqu'à ce que les Turcs, franchissant les collines afghanes, vinssent déverser sur elle leurs hordes innombrables. L'autorité des khalifes avait déjà commencé à décliner après la chute de la dynastie Omayyade, alors que Merwan II fut vaincu et tué en 750 ap. J.-G. Les Abbassides succédèrent aux Omayyades et la chute du kgalifat fut consommée par l'importance qu'ils attachèrent au pouvoir temporel au détriment des charges spirituelles qui étaient dépendantes de leurs fonctions. Toutes distinctions entre Arabes et non- Arabes s'effacèrent; la capitale fut transférée de Damas à Koufa. Les traits distinctifs du khalife furent altérés; il ne fut plus désormais le guide spirituel de tout le monde islamique, son rayon d'autorité fut diminué par l'avènement de dynasties indépendantes. Les Arabes avaient perdu leur ancienne vigueur et leur zèle militaire; ils dissipaient leur vie dans la luxure, les

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plaisirs frivoles des harems et les disputes personnelles qui devenaient plus importantes à leurs yeux que l'intérêt de l'Islam. Les Abbasides accélérèrent la décadence en éloignant systématiquement tout Arabe des charges officielles. Une nouvelle classe d'officiers d'administration, complètement persianisée1, remplaça la vieille aristocratie Arabe; le gouvernement s'affaiblit de plus en plus. Les gouverneurs des provinces affichèrent des velléités d'indépendance; les gardes turcs, chargés par les khalifes de les protéger, n'étaient que des barbares qui intimidèrent leurs maîtres et les reléguèrent à l'arrièreplan. Ils prirent une telle autorité que le khalife ne fut plus qu'un jouet entre leurs mains, et les Arabes tombèrent de leur piédestal de chevalerie et de bravoure et perdirent toutes leurs anciennes qualités. L'insolence des Turcs fut encore renforcée du fait que le khalife lui-même les avait nommées ses gardes de corps. Le déclin de l'autorité politique marcha de pair avec l'avilissement moral. La cour se rendit

1. Essai sur Vhisloire de V Islamisme, de Dozy, trad. Victor Chauvin pp. 228-29 : « L'influence des Persans sur les Arabes, c'est-à-dire du conquis sur le conquérant, se préparait déjà depuis longtemps; elle devint complète quand les Abbasides, qui devaient leur élévation aux Persans, montèrent sur le trône. Ces princes se firent une loi de se mettre en garde contre les Arabes et de n'accorder confiance qu'aux étrangers, aux Persans particulièrement dont ils durent, par conséquent, se faire des amis. Les favoris de la cour furent naturellement des Persans. Le point de vue démocratique des Arabes fut, de ce fait, remplacé par les idées despotiques des Persans ».

Browne, Literary History of Persia, p. 52. Voir la description des Abbasid(S, par Al Fakhri, Biown^, pp 252-53 : « Une dynastie fourbe, rusée, sans foi, pour laquelle les intrigues et h s trahisons jouaient un plus grand rôle que la force et l'énergie, spécialement à son déclin. En effet, les derniers souverains de la maison perdirent toute faculté d'énergie et de courage et s'en remirent à un système de stratagème ». Von Kremer écrit aussi dans ce sens. Voir Browne, pp. 259-260, 261.

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célèbre par sa corruption et son luxe. La vie sociale fut empoisonnée par des luttes de partis entre Chiites et Sunnites. Chaque émir entretenait un service d'espionnage, lui rapportant exactement tout ce qui se faisait ou se disait contre lui; le peuple démoralisé ourdissait complots sur complots; aucun homme d'Etat, si puissant fut-il, n'était sûr de sa vie. Les conspirateurs se jouaient du khalife impuissant, ils édictaient des sentences contre lui, sûrs de l'impunité. Les gouverneurs se muèrent en monarques de petites principautés. La confusion qui régnait à Bagdad favorisa la division de l'empire en un nombre illimité d'Etats indépendants gouvernés par des Persans, des Turcs, des Kurdes et des Arabes. Ismaïl, le Samânide, déclara indépendante la province de Transoxiane ou Mâvarâ-an-Nahr. Les Samanides affranchirent grand nombre de leurs esclaves turcs ; Abdal- Malik, par exemple, plaça l'un des siens, un homme adroit et courageux, nommé Alptéguine, à la tête du Khorassan. A la mort de son maître, Alptéguine, privé de ses fonctions, alla prendre à Ghazna la succession de son père. Il acquit dans cette région, libre et bien protégée, une autorité plus grande encore et défia le pouvoir de son souverain. A sa mort, son fils Ishâq et son esclave Bilektéguine ne surent pas faire prospérer l'héritage qu'il leur laissa. Mais un autre esclave, Subuktéguine, réussit à transformer par de nouvelles conquêtes la petite lieutenance de Ghazna en un royaume vaste et prospère.

Comment Subuktéguine établit son pouvoir. — A la mort d' Alptéguine, en 976 ap. J.-C, l'esclave Subuktéguine succéda à son maître. Un marchand du nom de Nasaq Hadji l'avait amené du Turkestan à Boukhara,

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où Alptéguine l'acheta. Frappé de ses talents et ses heureuses dispositions, le gouverneur éleva peu à peu son esclave jusqu'au postes honorifiques et lui conféra le titre d'émir Al-oumara, en reconnaissance de ses qualités. Subuktagin1, trop ambitieux et énergique pour se contenter de son petit patrimoine, rassembla les Afghans et, avec leur aide, agrandit son royaume par les conquêtes du Lamghan et du Sistan. Il n'attendait plus qu'une occasion pour établir solidement son autorité. Les Turcs la lui fournirent par leurs attaques continuelles contre le pouvoir samanide de Boukhara, et après quelques années de luttes il parvint à assurer la province du Khorassan à son fils Mahmoud, en 994.

Ses incursions aux Indes. — Etant sûr de sa situation en Afghanistan, Subuktéguine, en bon mahométan, songea à son prestige religieux. Il se tourna alors vers l'Inde, pays d'idolâtres et d'infidèles, et s'y heurta à Jayapala, raja de Bhatinda, dont le royaume s'étendait de Sarhind à Lamghan et du Cachemire à Moultan2.

La première incursion de Subuktéguine eut lieu en 986-7 et fut cause d'une grande misère pour le peuple. Il enleva des forteresses et prit des villes « qui, jusqu'à ce jour, n'avaient jamais été occupées que par des infidèles, et dont les pavés n'avaient

1. L'auteur du Tarikh-i-Majdûl, écrit que l'émir Subuktéguine était un descendant de Yazdijard-i-Shahryar, le dernier roi de Perse. Pendant le califat d'Osman, sa famille et ses partisans s'enfuirent au Turkestan où ils s'installèrent et épousèrent des gens du pays. Après deux ou trois générations, ils furent naturalisés turcs. D'autres autorités prétendent qu'il fut acheté à Nichapour par Alptéguine.

Raverty : Taba at-i-Nasiri, I, p. 70.

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