Afif, p
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rement à son illustre cousin, il ne nourrit aucune prétention scientifique, et se révéla complètement incapable de régler la situation d'un empire qui avait été ébranlé jusqu'en ses fondements par les troubles du règne précédent.
Cependant la dévotion aveugle que le Sultan voua au Coran ne l'empêcha pas de chercher à assouvir ses plus bas appétits. Un jour que, durant une campagne, Tatar Khan vint lui rendre visite, il trouva Firuz étendu à demi nu sur son lit, tout entouré de coupes de vin. Le Khan lui reprocha sa dépravation, et remplis de honte et de remords, le Sultan promit d'observer la plus stricte abstinence, aussi longtemps que Tatar Khan serait à l'armée. C'était compter sans sa méprisable faiblesse de caractère; le Khan fut envoyé dans le voisinage d'Hisar Firûza pour y rétablir l'ordre, — probablement aussi pour expier sa conduite irrespectueuse.
Firuz n'était pourtant pas dénué de toutes qualités. Il fit preuve d'une grande générosité envers ses coreligionnaires; ses instincts humanitaires et charitables éveillèrent en lui l'idée de donner des dots aux filles des musulmans indigents, et des ressources aux malheureux. Il abolit la torture, simplifia le système légal et défavorisa l'espionnage. Il dota des collèges où les professeurs et les étudiants islamiques se vouèrent aux études théologiques; il édicta plusieurs mesures dans le but d'augmenter le bien-être de ses sujets, de quelque classe qu'ils fussent1, les principales de ces mesures furent les facilités d'irrigation qu'il procura aux cultivateurs
1. Le chroniqueur contemporain dit que les récoltes furent abon dantes et que les Hindous étaient heureux et satisfaits (Afif, Tarikh i-Firuz Shahi, Iiibliolh. Ind., p. 180).
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et l'hôpital de Delhi où les malades étaient soigné» gratuitement. Il aimait les plaisirs de la chasse; dans le voisinage de Delhi une grande forêt abritait le gibier dont on avait le plus grand soin, aux frais de l'Etat. Dans l'intention d'introduire des réformes utiles, il s'attaqua avec énergie au problème de l'administration civile, sans se garder de queques erreurs qui firent du tort à l'Etat. Mais même en reconnaissant ces améliorations de Firuz, quant à l'administration civile, on ne peut en faire un souverain brillant non plus qu'adroit; et si l'on met sur la balance ses succès et ses fautes, l'évidence prouve que sa politique sans énergie a certainement contribué pour une grande part au démembrement de l'empire turc primitif. Les seules circonstances atténuantes qu'on peut invoquer sont les difficultés que lui légua son prédécesseur. Napoléon avait raison quand il écrivait au roi François-Joseph : « Lorsque les hommes disent d'un roi qu'il a été bon, c'est que son règne a été un échec. »
Politique étrangère La ire expédition au Bengale, 1353-54 ap. J.-C. — Pendant les troubles qui suivirent la mort de Mohammed Tughluq, le Bengale se sépara complètement de Delhi; Haji Ilyas se déclara souverain indépendant et prit le titre de Shamsud-din. Le Sultan mobilisa une nombreuse armée et marcha contre le Bengale; c'est en y arrivant qu'il ïit à ses sujets bengalis cette proclamation dans laquelle il exposa les torts d'Haji Ilyas et son propre désir de rendre justice au peuple et de bien gouverner le pays1. Les promesses de récompenses et les larges
1. Cette proclamation date de la fin de 1353 ap. J.-C. Elle explique les causes de l'invasion et les torts de Haji Ilyas. Le Sultan
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concessions qu'il fit montrent assez son souci d'éviter la guerre, source de meurtres et de pillages.
« Puisque le bruit est parvenu jusqu'à nous, que Ilyas Haji s'est rendu coupable d'oppression et de tyrannie envers la population de Lakhnauti et de Tirhut, versant le sang inutilement, versant même le sang des femmes, quoique ce soit un principe établi dans chaque religion et doctrine que toute femme doit être épargnée, même si elle est une kâfir; et, puisque ledit Ilyas avait levé des taxes illégales non sanctionnées par les lois de l'Islam, et ainsi plongé la population dans le trouble, celle-ci n'ayant plus de sécurité pour sa vie ni ses propriétés, ni de protection pour son honneur ou sa pureté; et puisque le territoire fut conquis par nos maîtres et nous a été légué par eux en héritage et aussi en don de l'Imâm (le khalife abbaside d'Egypte) : il échoit à notre personne royale et courageuse de protéger le peuple de cet Etat. Et comme Ilyas Haji durant la vie de
s'adresse à toutes les classes de la société et projet de riches récompenses à. tous ceux qui resteraient fidèles à Delhi. Cette proclamation est l'un des documents les plus extraordinaires dans l'histoire du Sultanat de Delhi, et met en lumière l'inconsistante politique de Firuz.
Le document se trouve dans le Inshâ-i-Mûhrû, qui contient les lettres de Ain-ul-Mulk Mâhrû. C'est une œuvre contemporaine et par conséquent de gra de importance historique, comme supplément à Zia Barani et Afif. Maulvi Abdul Wali Khan Sahib a écrit une notice explicative de cet ouvrage dans le J. A. S. R., IXI, 1923, n° 7, pp. 253-290. Il donne une traduction du document original, mais en la comparant avec le Inshâ, Mr Ishwari Prasad la trouve défectueuse sous plusieurs rapports. Les modifications nécessaires ont été faites afin de rendre la traduction conforme au texte.
Le mot gabr dans la proclamation, s'applique probablement aux Hindous, en général et non pas aux Zoroastriens particulièrement comme le suggère le Maulvi Sahib. Les auteurs du Malfuzal-i-Timuri et du Zafarnâmâ emploient fréquemment ce mot pour désigner les non-musulmans.
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feu Sa Majesté fut obéissant et fidèle au trône; et même durant notre bienveillant gouvernement, il confessa sa soumission et sa fidélité, comme il convient à un sudordonné; envoyant, pour nous servir des suppliques et des présents; ainsi si jadis il eût été porté à notre auguste attention une part infinitésimale de l'oppression et de la tyrannie dont furent victimes des créatures de Dieu, nous eussions dû l'exhorter à se désister de ses fonctions. Et puisqu'il a dépassé les limites, et s'est révolté publiquement contre notre autorité, nous nous sommes avancé avec une armée invincible dans le but d'occuper ses terres, et pour le bonheur du peuple; désirant pour là délivrer tout le monde de sa tyrannie, et couvrir les plaies de ses oppressions des baumes de charité et de justice, et afin que l'eau limpide de notre bonté fît fleurir et fructifier l'arbre de leur existence desséché par le vent pestilentiel de la tyrannie et de l'oppression.
Par conséquent nous avons, dans l'excès de notre bonté, ordonné que toute la population du territoire de Lakhnauti, les Sâdât, les Ulama, les Mashâykh, et autres de nature similaire; et de même les Khans, Maliks, Umara, Sadrs, Akabir, et Maârif, y compris leur train et suite — ceux-là qui peuvent prouver leur sincérité, ou ceux-là que leur zèle pour l'Islam rend empressés, puissent compter sur notre présence universellement protectrice, sans retard et sans délai. Nous leur donnerons le double de ce que leur rapportaient les fiefs, villages, terres, les gages et les salaires. Et la classe de gens nommés Zamindar, ainsi que les Muqaddams, et autres hommes respectables, depuis la rivière Kati (Kosi), jusqu'à l'extrême limite du fief de Lakhnauti qu'ils se ran-
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gent sous notre protection toute-puissante, nous leur remettrons intégralement le produit et les droits (revenus en nature et en espèces) pour l'année courante et pour l'an prochain. Nous avons convenu de lever les revenus et les taxes d'après le Règlement promulgué sous le règne du défunt Sultan Shamsud-din; mais en aucun cas il ne sera demandé davantage qu'il n'est convenu et les taxes et droits illégaux ou extraordinaires qui peuvent peser indûment sur la population de cette partie du pays doivent être remis ou supprimés. Aux gens tels que les ermites, gabrs, etc.. qui peuvent venir en corporations, se mettre sous notre protection universelle, nous accorderons le double de ce qu'ils recevaient de leurs fiefs, villages, terres, gages, etc.; et ceux qui viendront partiellement (c'est-à-dire en deux groupes, à différentes dates), nous leur donnerons 50% de plus, et celui qui viendrait seul recevra ce qu'il a été convenu. En outre, nous ne les éloignerons pas de leur lieu d'origine et nous ne leur donnerons aucun sujet de peine. Nous en avons ainsi ordonné afin que chacun et tous ceux de cette région vivent, qu'ils soient heureux suivant leur cœur dans leurs maisons et sur leurs terres et qu'ils jouissent d'un bien-être toujours croissant et de la liberté exempte de toute inquiétude, Inshâ' Allah ta'âlâ (si le Seigneur tout-puissant le désire).
Quand Haji llyas apprit l'arrivée du Sultan, il se retrancha dans la forteresse d'Igdala1. Pour l'attirer hors de Ja forteresse, Firuz eut recours à une habileté stratégique fort adroite il revint sur ses pas, sur une distance de quelques milles, espérant quel'en-
1. Pour une description de la forteresse, voir J. A. S. B., 1874 p. 244. Plus tard, Firuz la baptisa Azadpur (Elliot, III, p. 297).
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nemi sortirait de ses lignes pour exterminer l'armée en retraite. Le plan se réalisa, Shams-ud-din suivit les traces de l'armée royale à la tête de 10,000 cavaliers et 200.000 fantassins, tous impatients de se battre contre ceux de Delhi. Le Sultan rangea son armée en bataille d'après la tactique guerrière si respectée au moyen-âge — la droite, la gauche et le centre — et lui-même prit une part active à l'organisation du combat. A la vue d'un tel déploiement d'armes, Shams-ud-din se mit à trembler comme une feuille de saule, mais il était trop fier pour reconnaître la suzeraineté de Delhi. Une sanglante bataille s'engagea, où les adversaires luttèrent avec une ardeur désespérée, faisant preuve de la plus grande énergie. Quand Shams-ud-din vit que l'action tournait mal pour lui i] s'enfuit du champ de bataille pour s'abriter de nouveau dans le fort d'Igdala; les royalistes poursuivirent leur succès et investirent le fort. Mais les cris et les lamentations des femmes pathétiques dans leurs démonstrations de douleur, émurent l'âme compatissante du Sultan, qui décida aussitôt d'abandonner les avantages d'une victoire durement gagnée. Voici comment l'historien officiel du règne décrit l'incapacité de Firuz devant une difficulté sérieuse : « Emporter le fort, faire passer au fil de l'épée et exposer à la honte des femmes honorables, serait un crime dont il ne pourrait répondre au jour du jugement, et qui ne laisserait subsister aucune différence entre lui et les Mongols1. » Tatar Khan, commandant impérial, exigea l'annexion de la province, mais Firuz, avec la faiblesse qui le caractérisait, repoussa ce conseil sous prétexte que le Bengale était une contrée marécageuse et qu'il ne valait pas la peine d'en retenir la possession.