Zafarnama, Elliot, III, pp
LES DERNIERS TUGHLUQS ET L'iNVASION DE TIMOUR 351
Timour quille Delhi. — Timour fit à Delhi une halte de quinze jours qu'il consacra au plaisir. Mais il se souvint qu'il était venu aux Indes pour faire la guerre à l'infidélité et qu'il devait exécuter ce vœu au mieux de ses forces. Il gagna Firuzabad, puis la forteresse de Mirât (Meerut) à la tête de 10.000 hommes. Mais la place était vaillamment défendue par Ilyas Afghan, fils, Maulana Ahmad Thanesari et Safi. Les soldats de Timour rasèrent les fortifications, mirent le peuple à mort et pillèrent les propriétés. Comme si cela n'eût pas suffi, le conquérant, pour fêter sa victoire, ordonna que tous les monuments fussent abattus au niveau du sol et que les maisons des Hindous fussent brûlés. Toute la contrée avoisinante fut ravagée, et dans la vallée de Hardwar1 il y eut de nouveau un terrible combat entre musulmans et Hindous. Timour, renforcé de Pir Mohammed, conduisit la manœuvre en personne et il fit triompher les armes de l'Islam. Ceci fut suivi d'une incursion favorable dans les collines Siwalik, où Rai Bahruz avait rassemblé une nombreuse armée; il fut vaincu cependant et un énorme butin tomba entre les mains des conquérants. Après avoir défait Bahruz, Timour passa la Jamna et marcha contra Ratan, chef hindou fort influent dans la région montagneuse de Siwalik. Les Hindous s'étaient postés sur des tertres élevés, entièrement recouverts d'épaisses forêts. » Les collines étaient si élevées, que d'en-bas on ne pouvait en apercevoir le sommet, et les arbres étaient si serrés que les rayons du soleil ou de la lune ne pouvaient atteindre le sol. Mais Timour n'était
1. Hardwar est une ville située sur les rives du Gange, dans le district de Sahranpur, dans les Provinces Unies.
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pas homme à reculer devant les difficultés; il ordonna une marche en avant à la lumière des torches, et quand les Hindous apprirent l'approche de son armée, ils s'enfuirent sans la moindre tentative de résistance. Beaucoup d'entre eux furent passés au fil de l'épée et les envahisseurs s'emparèrent de leurs biens.
Ayant complété sa conquête du territoire de Siwalik, Timour marcha sur Jammu, dont le raja fut vaincu et fait prisonnier par Daulat, Timour Tawachi et Husain Malik Kuchain. Charaf-ud-din écrit : « Par espérances, craintes ou menaces, il fut amené à voir les beautés de l'Islam. Il récita le Credo, et mangea de la viande de vache, ce qui est une abomination pour ses compatriotes. Ceci lui valut une grande considération, et il fut mis sous la protection de l'Empereur. » Avant la défaite du raja de Jammu, Sikandar Shah de Cachemire avait envoyé un message apportant sa reddition à l'Emir.
Shaikha Khokhar n'avait point rempli ses engaments; il n'avait témoigné aucun respect aux officiers de Timour qui s'étaient avancés vers Lahore1. Son territoire fut ravagé, et lui-même fait prisonnier.
Timour confia à Khizr Khan les fiefs de Lahore, Moultan et Dibalpur, et partit pour Samarkand.
1. Il est dit dans le Zafarnama (texte de Calcutta, p. 170) que Shaikha Khokhar entra au service de Timour au commencement de la campagne de l'Inde, et son prestige, grâce à la faveur royale, s'était énormément accru. La bonté de Timour à son égard était si grande que partout où les gens disaient qu'ils étaient les hommes du chef Khokhar, ils étaient moins molestés par les Mongols. Mais l'insolence de Shaikha attira sur lui la colère de Timour; il avait manqué de courtoisie envers Maulana Abdus Sadur et H indu Shah Khanyni, deux officiers distingués du conquérant, quand ils étaient venus à Lahore (texte de Calcutta, p. 171).
Après V invasion de Timour. — L'invasion de Timour engendra, en Hindoustan, l'anarchie la plus complète. Le gouvernement de Delhi était absolument paralysé; les provinces et les environs de la capitale se débattaient dans une grande confusion. La population de Delhi avait subi bien des malheurs, elle avait été martyrisée, volée, pillée; les horreurs du sac sont impossibles à décrire. Aux souffrances qui suivent une guerre menée par de sauvages bandits assoiffés de sang et de pillage s'ajoutèrent les horreurs de la famine et des épidémies qui détruisirent les hommes, décimèrent les troupeaux et suspendirent l'industrie agraire. La dislocation de tout le système social et le manque complet d'une autorité politique capable de remettre de Tordre dans les affaires, laissèrent libre champ aux aventuriers militaires désireux d'étendre leurs possessions. Les petits clans militaires, travaillant pour leur propre agrandissement, devinrent la plaie de l'époque. En mars 1399, Sultan Nusrat Shah, qui s'était enfui au Doab, reprit possession de Delhi, qui, d'ailleurs, passa bientôt entre les mains de Iqbal Khan, dont l'autorité s'étendait sur quelques districts du Doab et les fiefs des environs de la capitale1. Iqbal affermit peu à peu son autorité et, en 1401, il fut rejoint par le Sultan Mahmoud qu'il reçut officiellement dans la capitale. Mais comme le pouvoir réel était aux
1. Le reste de l'empire fut morcelé en fiefs indépendants (Tarikh-i-Mubarack Shahi, Elliot, IV, p. 37). Voici les principaux fiefs de l'empire :
Delhi et le Doab, Iqbal Khan ; — Gujarat avec tous ses districts et dépendances, Zafar Khan Wajih-ul-Mulk ; — Moultan, Dibalpur et parties du Sind, Khizr Khan ; — Mahoba et Kalpi, Mahmoud Khan ; — Kanauj, Oude, Kara, Dalanam, Soudila, Bahraich, Bihar, Jaunpur, Khwâja Jahan ; — Dhar, Dilawar Khan ; — Samana, Ghalib Khan ; Biyana, Shams Khan.
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mains dlqbal, Sultan Mahmoud s'irrita de la contrainte qui lui était imposée, et chercha, mais en vain, l'aide d'Ibrahim Shah Sharqi. Frustré ainsi dans ses efforts pour former une coalition contre Iqbal, il se retira à Kanauj, où les déserteurs et les mécontents se rallièrent sous sa bannière. Iqbal marcha sur Gwalior pour combattre le souverain local Bhima Deva, mais il fut contraint de lever le siège et de retourner à Delhi. Il eut plus de succès dans son expédition contre les chefs hindous d'Etawah; mais quand il attaqua Moultan, Khizr Khan, gouverneur de la ville, se dressa contre lui, et Iqbal fut tué dans le combat qui s'ensuivit, l'an 808 de l'hégire ( 1405 ap. J.-C). La mort d'Iqbal écarta du chemin de Mahmoud un dangereux rival, et, poussé par Daulat Khan et d'autres nobles, il marcha sur Delhi, mais sa sottise le rendit impopulaire dans l'armée et l'empêcha de faire de ses droits reconquis un usage convenable. « Toute l'affaire tombait dans le plus grand désordre, le Sultan négligeait les devoirs de sa situation et s'inquiétait fort peu de la permanence du trône; tout son temps était occupé par le plaisir et la débauche1. »
Le Sultan Mahmoud mourut l'an 815 de l'hégire (1412 ap. J.-C.) et avec lui, comme l'écrit Firishta, la race turque tomba du trône de Delhi, dont pendant plus de deux siècles elle avait tenu le sceptre avec puissance. Après sa mort, Daulat Khan et lui jurèrent obéissance. Daulat Khan ne reçut aucun des honneurs de la royauté; il fut simplement la tête d'une oligarchie militaire qui essayait de se sauver d'une situation embarrassée à l'extrême. Sa position