‹ Histoire du monde (volume 5)Chapitre 52 sur 135 · Loni est à 7 milles N.-N.-O. de Delhi, Tieff, 1, p · texte numérisé non relu

Loni est à 7 milles N.-N.-O. de Delhi, Tieff, 1, p

346 HISTOIRE DE L'iNDE AU MOYEN-AGE

cieux, ni trop timorés, mais agir toujours avec la plus grande prudence. C'est à cette occasion que les émirs Jahan Shah et Sulaiman Shah et d'autres, suggérèrent à Timour que les 100.000 Hindous qui avaient été faits prisonniers durant la campagne, fussent mis à mort afin qu'au grand jour de la bataille ils ne pussent « rompre leurs liens, piller nos tentes et rejoindre l'ennemi ». Timour accepta ce conseil inhumain et fit proclamer dans tout le camp que chaque homme qui détenait des infidèles prisonniers les mit à mort immédiatement. Celui qui désobéirait à cet ordre devait être exécuté et ses biens confisqués par l'Etat. Les champions de la foi qui n'avaient point de sympathie pour les infidèles, tirèrent leurs épées et massacrèrent les prisonniers avec une sauvage brutalité. L'auteur du Malfuzati-Timuri dit que l'ordre fut si rigoureusement exécuté que même un homme pieux et lettré comme Maulana Nâsir-ud-din Omar, qui n'avait jamais fait de mal à un moineau de sa vie, fut obligé de tuer quinze Hindous qui se trouvaient être ses prisonniers1. Ayant accompli cet infâme massacre, Timour se mit à tracer des lignes de conduite pour ses généraux et ses soldats, et leur assigna leurs propres places. Selon leurs vœux, il permit aux savants auxquels les éléphants inspiraient une terreur insurmontable, de

1. Malfuzat, Elliot, III, p. 436. Le mss. Khudabakhoha du Mattaus-Sadain, f. 251, dit que tous ces hommes périrent par l'épée du diihad, et le Maulana qui n'avait jamais tué un mouton dans sa vie mit à mort 15 Hindous de sa suite. Le même auteur attribue à Timur l'ordre de mettre à mort quiconque refuserait d'exécuter les prisonniers, et de livrer ses biens à celui qui aurait dénoncé son « abandon de poste » (Matta-us-Sadain, Elliot, IV, p. 95; Zafarnama, texte de Calcutta, p. 92). Shaaf-ud-din dit qu'on ne peut pas estimer à moins de 10.000 le nombre des Hindous massacres (texte de Calcutta, p. 92).

LES DERNIERS TUGHLUQS ET L'iNVASION DE TIMOUR 347

prendre place à côté des femmes pendant la bataille. Il est étrange que ces hommes aient tenu h être placés de cette manière; la façon dontTimour les traite nous montre la faiblesse de caractère et le peu de bravoure de ces lettrés du moyen- âge qui suivaient le sillage d'un des plus grands guerriers de l'époque. Timour rangea ses armées en bataille, et d'après la traditionnelle coutume orientale, il les divisa en trois ailes : — la droite était commandée par Pir Muhammad Jahangir, Emir Yadgar Barlas et d'autres; la gauche était confiée à des hommes tels que Sultan Husain, le prince Khalil, Emir Jahan Shah, cependant que lui-même se réservait le commandement du centre. Le Sultan Mahmoud et Mallu Iqbal se préparèrent à la bataille et rassemblèrent une armée comprenant 10.000 cavaliers bien entraînés, 40.000 fantassins et 125 éléphants tous pourvus d'armures. Les deux armées s'affrontèrent en dehors de Delhi. La bataille débuta des deux côtés par des cris aigus; il faut dire à l'honneur des troupes de Delhi qu'elles ne faiblirent point devant le danger. Les généraux de Timour, Sandjak Bahadour, Sayyid Khwâja, Allahdae et d'autres commencèrent l'assaut. Ils se séparèrent de l'avant-garde, avancèrent sur la droite et, se repliant sur l'avant-garde ennemie, la prirent par surprise et l'éparpillèrent comme des lions affamés dispersent un troupeau de moutons et tuèrent 600 hommes en cette seule attaque. » Le prince Pir Mohammed, commandant de l'aile droite, écrasa l'aile gauche ennemie et l'obligea à fuir le champ de bataille. Sultan Mahmoud et Mallu Khan attaquèrent l'aile centrale, et, selon les auteurs du Malfuzal-i- Timuri et du Zafarnama, les soldats de Delhi se comportèrent avec le plus admirable courage, mais « le

348 HISTOIRE DE L'iNDE AU MOYEN-AGE

faible daim ne peut pas se mesurer au fier lion », aussi furent-ils obligés de prendre la fuite. Mahmoud et Mallu Iqbal s'enfuirent du champ de bataille et le 8e jour du Rabi-al-âkhir, Timour hissa son drapeau sur les remparts de Delhi. Les Sayyids, les Qazis, les Ulamau et les cheikhs de la ville durent rendre hommage au conquérant; en réponse à leur requête, Timour accorda la vie sauve aux habitants et se livra au triomphe de cette victoire chèrement gagnée.

Le sac de Delhi. — Le sac de Delhi par la soldatesque de Timour est l'un des plus tragiques événements des annales ensanglantées de cette infortunée cité. Cet abominable massacre est relaté dans tous ses détails pr le Malf uzat-i-Timuri et le Zafarnama2. Sharaf-ud-din écrit que des milliers de soldats envahirent la ville pour y recueillir des grains et du sucre, mais ils exécutèrent les ordres de l'Emir avec une telle violence que les Hindous et gabrs des villes de Delhi, Siri, Jahanpanah, et du vieux Delhi, pri-

1. Zafarnama, texte de Calcutta, pp. 121-23. La traduction d'El liot n'est pas d'accord avec le texte de Calcutta du Zafarnama. Ce savant traducteur a fait quelques confusions quant aux dates. Dans le texte, ces dates sont les suivantes :

Le jeudi, 16e jour du mois, les soldats se rassemblèrent dans la cité et tourmentèrent le peuple. Timour ordonna à ses émirs de surveiller les soldats afin qu'ils n'agissent pas ainsi. Le vendredi soir, il y avait dans la cité 15.000 hommes qui la pillèrent du soir jusqu'au matin. Le samedi 18, le pillage continua, et chaque soldat captura au moins de 50 à 100 hommes, femmes et enfants. Le dimanche 19, on pensa au vieux Delhi où plusieurs Hindous avaient fui. Emir Khan Malik et Ali Sultan Tawachi, avec 500 hommes bien équipés (peu loyaux comme dit Elliot) marchèrent contre eux et les firent passer au fil de l'épée ((Zafarnama, texte de Calcutta, pp. 121-123; Zafarnama, Elliot, III, pp. 502-04; Malfuzal, Elliot, 111, pp. 445- 47). Firishta dit que lorsque certains nobles ou riches marchands refusaient de payer la rançon, il envoyait des troupes dans la cité pour faire respecter l'autorité des magistrats. Cette mesure eut des conséquences fatales (Briggs, I, p. 493).

rent les armes par esprit de conservation. Mais bientôt réduits au désespoir, ils mirent le feu à leurs biens, jetèrent leurs femmes et leurs enfants dans les flammes, et sans peur et sans hésitation ils s'élancèrent à la rencontre des envahisseurs. Stimulés par leur résistance, la soldatesque musulmane, déjà trop prête au pillage, donna libre cours à sa férocité, et depuis le 16e jour du Rabi-as-sâni jusqu'au 18e jour, ils mirent la ville à sac et massacrèrent ses habitants1. Il n'y eut point de cruautés qui fussent épargnées aux populations des quatre cités de Delhi, Siri, Jahanpanah, et du vieux Delhi; jamais encore le peuple sans défense de Delhi n'avait été victime d'une telle calamité. Sharaf-ud-din fait de ces horreurs une description très vivante :

— « Mais en cette nuit du vendredi, il y eut à peu près 15.000 hommes dans la cité occupés à piller et brûler les maisons, depuis le crépuscule jusqu'au matin. En plusieurs endroits les Gabrs, impurs infidèles, résistèrent. Au matin, incapables de se contenir, les soldats qui étaient à l'extérieur pénétrèrent dans la cité et y jetèrent un grand trouble. Ce dimanche, 17e du mois, toute la place était saccagée et plusieurs palais à Jahanpanah et Siri étaient détruits. Le 18, le même pillage se poursuivit. Chaque soldat obtint plus de 20 personnes comme esclaves, et quelques-uns en emmenèrent hors de la ville, de 50 à 100, hommes, femmes et enfants. Le butin fut immense : pierres précieuses et bijoux de toutes sortes, rubis, diamants, tissus et étoffes de toutes les

I. Selon le Malfuzal, le pillage commença le jeudi et dura jusqu'au samedi 17 (Elliot, III, p. 446). Le Zafarnama dit que le 17e et aussi le 18e jour toute la place fut pillée. Le 19e jour le vieux Delhi était dévasté.

350 HISTOIRE DE L'iNDE AU MOYEN-AGE

espèces, vases et coupes d'or et d'argent; sommes d'argent en Alai tankâs et autres pièces, dépassant toute évaluation. La plupart des femmes qui furent faites prisonnières, portaient à leurs poignets des bracelets d'or et d'argent et de précieuses bagues à leurs doigts de pieds. Des médicaments, parfums onguents et autres, personne ne s'en occupa. Le 19e jour du mois on pensa au vieux Delhi, car plusieurs Hindous s'y étaient enfuis et étaient venus chercher refuge dans la grande mosquée où ils se préparaient à se défendre. Amir Shah Malik et Ali Sultan Tawachi, avec 500 hommes.de confiance, fondirent sur eux l'épée à la main et les envoyèrent en enfer. Avec les têtes des Hindous on bâtit de hautes pyramides, et leurs corps devinrent la nourriture des bêtes et des oiseaux de proie. Le même jour le vieux Delhi fut mis à sac. Les quelques habitants qui s'étaient échappés vivants furent faits prisonniers. Pendant plusieurs jours de suite les prisonniers furent emmenés hors de la ville et chaque émir d'un iuman ou kushun en prit une partie sous son commandement. Plusieurs milliers d'artisans et d'ouvriers furent emmenés hors de la cité sous le commandement de Timour; quelques-uns furent partagés entre les princes, émirs et aghas qui avaient participé à la conquête, et quelques-uns furent réservés pour ceux qui faisaient respecter l'autorité royale en d'autres contrées. Timour ayant formé le dessein de bâtir un Masjid-i-Jami à Samarkand, sa capitale, donna alors l'ordre que toutes les pierres des maisons fussent réservées pour ce pieux monument1. »

Page 1