CHAPITRE XIII Désagrégation
Malwa. — Au xe siècle, les Rajpoutes Parmars acquirent le royaume de Malwa et le firent croître et prospérer; sous le règne du Raja Bhoja de Dhara, nommé à juste titre l'Auguste des Indes, Malwa devint célèbre. En 1235, Iltûtmish envahit Ujjain et démolit le fameux temple de Mahâkâli. Alauddin conquit le royaume en 1310, et depuis lors il continua à être administré par des gouverneurs musulmans jusqu'au démembrement de l'empire de Delhi, après la mort de Firuz Tughluq. En 1401, Dilâwar Khan, descendant de Mohammed le Ghouride, et l'un des vassaux de Firuz Tughluq, se déclara indépendant pendant la période de trouble qui suivit l'invasion de Timour, et fit de Dhar la capitale de son royaume1. Le fils de Dilâwar lui succéda sous le titre de Hushang Shah (1405-1434 ap. J.-C), il transféra sa capitale à Mandu qu'il embellit de magnifiques édifices. La situation du royaume de Malwa, la fertilité de son
1. Firishta donne des informations sur les rois de Malwa (Briggs, IV, p. 167-279). .
sol furent la cause des guerres continuelles et épuisantes qu'il eut à soutenir contre les royaumes voisins de Delhi, Jaunpur et du Gujarat. Hushang fut vaincu dans une lutte contre le Gujarat, et fait prisonnier, mais bientôt il put remonter sur son trône. Son fils, Ghazni Khan, lui succéda, un misérable débauché qui fut assassiné par son ministre, Mahmoud Khan1, Turc Khilji, qui usurpa le trône et revêtit les insignes de la royauté. Malwa devint un royaume puissant et prospère sous le règne de Mahmoud Khilji (1436-69) dont la renommée guerrière s'étendit dans tout l'Hindustan, établie par les luttes incessantes avec les souverains du Rajpoutana, du Gujarat et les Sultans de la dynastie Bahmani. Mahmoud fut, comme Charles XII de Suède, un prodige de valeur, et son amour de la guerre était tel, qu'il passa toute sa vie dans un camp. En tant qu'administrateur, il était large et juste, et Firishta dit : « Mahmoud était affable, courageux, juste et instruit; et sous son règne, ses sujets aussi bien Hindous que Mahométans, furent heureux et entretinrent entre eux des relations amicales. Il se passait rarement une année qu'il ne fût sur le champ de bataille, si bien que sa tente devint sa maison, et le champ de bataille son lieu de repos. Ses heures de loisirs, il les passait à entendre lire l'histoire et les mémoires des cours des différents rois de la terre2.
1. Mahmoud Khilji était le fils de Malik Mughis Khilji. Le père et le fils furent tous deux ministres d'Hushang. Le fils d'Hushang, qui prit le titre de Mohammed le Ghouride, avait épousé la sœur de Mahmoud Khilji. Débauché et buveur, il abandonna les affaires de l'Etat à Mahmoud Khilji que l'ambition poussa à empoisonner son royal chef (Briggs, IV, pp. 186-191-193; Elliot, IV, pp. 562- 54).
2. Abul-Fazl s'indigne quelque peu injustement au sujet du Sultan en disant que la terreur qu'il inspirait lui assurait la tranquillité (Jarrett, Ain-i-Akbari, II, p. 220).
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Mahmoud Khilji agrandit largement ses possessions qui s'étendaient au sud jusqu'à la chaîne de Satpura; à l'ouest et à l'est, des frontières du Gujarat au Bundelkhand; et au nord jusqu'à Mewar et Herauti. En 1440 l'ambitieux Sultan marcha sur Delhi qui déclinait, mais Bahlul Lodi réussit à enrayer son avance. Vers la même époque, la guerre qu'il engagea entre Rana Kumbha de Ghittor resta incertaine; les deux partis prétendaient à la victoire1. Le Rana commémora son triomphe en élevant à Ghittor la « Tour de la Victoire », cependant que le seigneur Khilji érigeait à Mandu une tour haute de sept étages, en mémoire de ses succès.
A Mahmoud succéda en 1469 son fils Ghiyâs-uddin, qui fut lui-même empoisonné par son fils Nasirud-din, lequel monta sur le trône en 1500 ap. J.-G.2. Le parricide de Nasir-ud-din ne semble pas avoir choqué les sentiments musulmans à l'époque où il fut commis, mais près d'un siècle plus tard Jahangir déclara l'anathème et ordonna que les cendres du fils dénaturé fussent jetées dans le feu.
Nasir devint un tyran cruel et sensuel; un envoyé de Jahangir, qui visita la ville en 1617, rapporta à son maître que son harem contenait 15.800 femmes, accomplies dans tous les arts, et dès qu'il entendait parler d'une belle vierge il n'avait de cesse qu'on la
1. Le récit de Lane-Poole disant que la guerre entre Mahmoud Khilji et Rana Kumbha se termina par la sanglante défaite du premier, est probablement basé sur des chroniques rajpoutes (Mediaeval India, p. 174; Tod, Annales and Antiquities, II, édité par Crooke, I p . 334-35; Fergusson, History of Indian Architecture, II, p. 59). D'après Tod, le Rana défit le Sultan et le garda 6 mois prisonnier à. Ghittor, Har Bilas Sarda fonde sa relation sur Tod (H. B. Sarda, Maharana Kumbha, p. 27-28; Archaeol. Survey Report, XXIII,
2. Pour le récit de ce meurtre, voir Memoirs of Jahangir édités par Roger et Beveridge, I, pp. 365-67.
lui amena1. La mort le prit comme il convenait. Quand, dans une crise d'ivrognerie, il tomba dans le lac Kaliyadaha, aucun des hommes de sa suite n'eut le courage de l'en tirer, car auparavant il avait violemment puni un service similaire; il se noya donc sans que personne ne l'en empêchât. Il fut remplacé en 1510 par Mahmoud II qui fit appel aux Rajpoutes pour calmer l'agitation de l'oligarchie musulmane, devenue puissante dans l'Etat. Il nomma ministre un noble rajpoute, Medini Rao, ce qui fit que l'influence rajpoute prédomina à sa cour. Non confiant dans les desseins de son puissant ministre, il appela l'aide de Muzzaffar Shah, roi de Gujarat, pour le congédier et rétablir son pouvoir2. Mahmoud, adepte de la force, entra en conflit avec Rana Sanga, le redoutable souverain de Mewar, qui s'empara de lui, mais avec la magnanimité rajpoute le relâcha peu après et lui rendit son sceptre. Mais le Sultan était incapable d'apprécier un tel acte de générosité; il décida une nouvelle attaque contre le successeur du Rana, mais son allié, Bahadur Shah de Gujarat, le défit et le mit à mort3. Tous les membres mâles de la maison royale furent exécutés, à l'exception d'un seul qu'a-
1. Jahangir's Memoirs, I, p. 366; Iqbalnama Jahangiri, texte Bibliolh. ind.), p. 99.
2. Abu Fazl écrit : « Mahmoud, par les mauvais traitements qu'il nfligea à ses partisans, tomba dans l'infortune; mais son pouvoir lui fut de nouveau restitué par l'entremise du Sultan Muzaffar Shah II de Gujarat » (Jarrett, Ain-i-Akbari, II, pp. 220-21). Jarrett dit dans une note (p. 221 ) : « J a loyauté de Medini Rao, quoique ayant fourni ses meilleures preuves, ne désarma pas les soupçons du Sultan, et il s'enfuit à la cour de Gujarat en 1547 ap. J.-C Le blâme reste pour le Sultan qui nourrissait une méfiance et une peur déraisonnables à l'égard du ministre ».
3. Abu -Fazl dit qu'il se rendait à la forteresse de Champanir, mais qu'il fut tué durant le trajet en 1526 ap. J.-C. (Jarrett, Ain-i- Akbari, II, p. 221).
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britait la cour d'Humayun. Le royaume de Malwa fut annexé au Gujarat en 1531 et en fit partie jusqu'à sa conquête par Humayun. Celui-ci expulsa Bahadur Shah de Malwa en 1535 et le défit à Mandasor et à Mandu. Quand la souveraineté de Delhi échut à SherShah, il confia la province à un co-adjuteur, Shujat Shah qui fut remplacé après sa mort par son fils Malik Bayazid, connu sous le nom de Baz Bahadur, si célèbre dans les chants populaires à cause de son attachement passionné pour la merveilleuse princesse, Rûpmati de Sarangpur. En 1562, la conquête de Malwa s'effectua avec une cruauté terrible par les généraux d'Akbar, Adam Khan et Pir Muhammed, et la province fut annexée à l'empire Mongol. Après un léger combat, Baz Bahadur reconnut la suzeraineté d'Akbar, et reçut, en marque de la faveur royale, le commandement de 2.000 cavaliers .
Gujarat.' — La province de Gujarat, en raison de son opulence, de sa fertilité, et d'abondantes ressources naturelles, avait toujours attiré les envahisseurs étrangers. De temps immémoriaux ses ports de Gambaye, Surate, et Broach avaient été les métropoles du commerce d'au delà des mers, et par eux s'écoulaient les marchandises d'Europe et d'Asie. Les côtes du Gujarat étaient déjà connues des commerçants du temps d'Alexandre. Barygaza ou Bharukacha, aujourd'hui Broach, fut le plus grand centre de commerce des temps anciens, et les transactions indiennes avec l'Arabie et la mer Rouge s'accomplissaient par là1. Mahmoud le Ghaznévide fut le
1. Tazjiyat-ul-Amsar, Elliot, III, p. 31. Wassâf qui écrivit vers la fin du xme siècle parle de l'opulence et de la prospérité de cette
premier envahisseur mahométan et son fameux raid sur le temple de Somnath fut le prélude des invasions musulmanes qui suivirent. Mais la conquête définitive du Gujarat ne fut pas entreprise avant le règne d'Alauddin Khilji qui l'annexa au Sultanat de Delhi en 1297. La province fut administrée depuis lors par des gouverneurs musulmans, subordonnés aux souverains de Delhi, et dont la loyauté variait suivant la force ou la faiblesse du gouvernement central. Après l'invasion de Timour, lorsque les affaires de Delhi s'envenimèrent, Zafar Khan, le gouverneur, assuma la position d'un souverain indépendant, en 1401, et retira officiellement son allégeance. Son fils, Tatar Khan, conspira avec quelques nobles mécontents pour se débarrasser de son père qui était un obstacle à son avènement au trône ; il le j eta en prison, et s'arrogea les honneurs royaux en 1403, sous le titre de Nasir-ud-din Mohammed Shah1. Mais sa gloire fut de courte durée; il fut, peu de temps après, empoisonné par Shanas Khan, l'un des concentrée, de son climat salubre et de l'étonnante fertilité de son sol. Pour le royaume de Gujarat voir le vol. 25 du Journal of the Bombay Branch of the Boy al Asialic Society.
1. Smith (Oxford Hislory, p. 268) écrit que Zafar Khan plaça sur le trône son fils Tatar Khan. Mais l'auteur du Mirat-i- Ahmadi déclare que Tatar Khan, pour gagner le trône, conspira avec les ennemis de son père (Bayley, Local Muhammadan Dynasties, pp. 81-82; Burgers, Archaeological Survey, Western India VI, p. 10).
Elphinstone décrit ainsi l'étendue de la province de Gujarat : « Quand le Gujarat se sépara de Delhi, le territoire sur lequel régnait Zafar Khan était fort peu étendu. Au nord-ouest se trouvaient les rajas indépendants de Jalor et de Sirohi. Le raja d'Idar possédait la partie ouest des collines cependant que le reste de la partie montagneuse appartenait aux Bhils et aux H ois, parmi lesquels quelques princes rajpoutes avaient formé de petits Etats. La péninsule de Kathiawar était aux mains de quelques tribus hindoues, venues pour la plupart de Kacha et du Sind, quelques siècles auparavant. Les réelles possessions de ces rois, comprenaient seulement la bande de terre resserrée entre les collines et la mer, et même la partie est appartenait à un raja résidant dans le fort de Champanir. »
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fidents de son père. Zafar Khan arriva d'Asawal, et avec le consentement des nobles et des officiers de l'armée il monta sur le trône, sous le titre de Muzaffar Shah. Il conquit Dhar et entreprit plusieurs autres expéditions pour affermir son pouvoir. Mais quatre ans plus tard, il fut empoisonné par son petit-fils Ahmad Shah, fort désireux de tenir le sceptre en ses propres mains.
Ahmad Shah, 1411-1441. — C'est à lui que le Gujarat doit son indépendance. Prince courageux et martial, il passa sa vie à faire la guerre et à conquérir de nouveaux territoires pour élargir les limites de son petit royaume. Dans la première année de son règne, il bâtit la ville d'Ahmadabad, sur la riVe gauche de la rivière Sabarnati, près de la vieille cité d'Asawal, l'embellit de magnifiques monuments et invita des artisans et des marchands à venir s'y installer. Il était, comme son contemporain Firuz Bahmani, un zélé croyant et guerroya continuellement contre les Hindous dont les temples furent détruits et dont les chefs furent contraints d'embrasser l'Islam. En 1414, il marcha contre les Hindous de Girnar, défit Rai Mandalikh et prit le fort de Junagarh. Une année plus tard, il s'employa à détruire le temple de Sidhpur, et en 1416, il avança sur Dhar. Mais des envoyés d'Hushang vinrent à sa rencontre, offrant mainte excuse pour la conduite de leur maître. Mais Ahmad, qui avait résolu de conquérir Malwa, ne se satisfit point de simples expressions de regret, et dès qu'il eut recruté des forces suffisantes, il marcha contre Malwa, en 1421, et mit le siège devant Mandu. Hushang qui savait comment s'y prendre avec un si formidable adversaire envoya ses émis-
saires qui l'implorèrent de renoncer à ravager les terres de l'Islam, et de pardonner au malheureux Hushang qui s'excusait de sa conduite et promettait soumission pour l'avenir. Les plénipotentiaires d'Hushang lui rapportèrent son pardon, mais sa manière perfide d'attaquer l'armée du Gujarat lui valut une grave défaite.
Les trois années suivantes furent consacrées à l'organisation de l'administration, mais Ahmad Shah, qui adorait la guerre, tourna bientôt son ardeur combattive contre Rao Punja d'idar, qui avait échangé avec Hushang une correspondance déloyale. Le raja s'enfuit, mais il fut capturé et décapité et ses territoires revinrent à son fils, qui acheta la paix au prix d'un lourd tribut. La dernière expédition notable fut entreprise par le Sultan, en 1437, pour soutenir le prince Masud, petit-fils de son ennemi mortel, Hushang de Malwa, qui avait fui la tyrannie de Mahmoud Khilji, le meurtrier de son père et l'usurpateur de ses domaines ancestraux. Ahmad assiégea Mandu, et défit Mahmoud Khilji dans un combat chaudement disputé. Mais une grave épidémie, se répandant soudainement, gâta les fruits de la victoire; et il fut obligé, impuissant devant un tel ennemi, de battre une retraite hâtive vers Ahmadabad, où il rendit le dernier soupir en 1441.
Brave et ardent au combat Ahmad Shah fut aussi un zélé champion de la foi. Pendant toute savie il observa strictement les lois de l'Islam, et considéra la guerre aux Hindous comme un devoir religieux.
Son amour delà justice ne connut point d'égal; les droits de la naissance, du rang ou de la parenté n'existaient pas à ses yeux, il lui arriva même de faire exécuter son beau-fils, publiquement et de ma-
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nière barbare pour s'être rendu coupable du meurtre d'un innocent. L'auteur du Mirat-i-Sikandari observe judicieusement que « l'effet de ce châtiment exemplaire dura du commencement jusqu'à la fin du règne du Sultan, et que ni nobles ni soldats ne commirent de meurtres. » A Ahmad Shah, succède son fils Mohammed Shah, surnommé Zarbakhsha ou le « dispensateur d'or». Il marcha contre Champanir, mais le raja demanda l'appui du souverain de Malwa et les efforts des deux armées réunies lui firent prendre la fuite. Ses nobles conspirèrent contre lui et l'empoisonnèrent en 1451. Son fils Qutb-ud-din, qui lui succéda, dépensa une grande partie de son temps en expéditions contre le Rana de Chittor. Il mourut en 1459, après avoir régné 8 ans 1/2 seulement. Il fut remplacé au pouvoir par son oncle Daud, libertin notoire, qui offensa les nobles si profondément, qu'une semaine après son avènement ils le déposèrent et élurent à sa place, en l'an 862 de l'hégire, (1458 ap. J.-G.) Fatah Khan, petit-fils d'AhmadShah, qui prit le nom de Mahmoud, ou plus communément Mahmoud Bîgaraha.
Mahmoud Baikara 1458-1511 ap. J.-C. — Mahmoud Baikara peut être désigné à juste titre comme le plus grand des rois de Gujarat. L'auteur du Mirati-Sikandari fait l'éloge de ce « modèle d'excellence, » et loue sa générosité, sa galanterie, et son amour de la justice. Il fait aussi un portrait du Sultan fort amusant1 :
1. Miral-i-Sikandari, Khudabakhsha MS., f. 217; Bayley, Local M uhammadan Dynasties, p. 162. Il courait dans le peuple de curieuses légendes à propos du Sultan. On disait que sa peau était tellement saturée de poison que si une mouche se posait sur sa personne, elle tombait morte aussitôt.
— « Malgré sa haute dignité et sa royauté, il avait un appétit énorme. La pleine ration quotidienne de nourriture pour le Sultan était d'un mann du poids du Gujarat1. En mangeant, il mettait de côté 5 sires de riz bouilli, et avant de s'endormir il en faisait un pâté dont il plaçait une moitié à la droite de sa couche, et l'autre moitié à sa gauche, afin que de quelque côté qu'il se réveillât, il put trouver quelque chose à manger, et se rendormir ensuite. Au matin, après avoir dit ses prières, il prenait une pleine tasse de miel, puis une pleine tasse de beurre avec cent ou cent-cinquante bananes. Il lui arrivait souvent de dire : ■ Si Dieu n'avait pas élevé Mahmoud au trône du Gujarat, qui donc aurait satisfait sa faim ? »
Son premier exploit fut la délivrance de Nizam Shah Bahmani d'entre les mains de Mahmoud Khilji de Malwa, qui avait envahit ses territoires en 1461- 62. En 1467, il attaqua Rai Mandalik de Junagarh, et après plusieurs incursions, conquit Surat et l'annexa à son royaume.
Ensuite Mahmoud envahit Kutch et défit complètement les chefs Sumra et Sodha. Après quoi il concentra ses forces sur les pirates de Jagat (Dwarka;) sa flotte attaqua l'île, infligea une sanglante défaite à Bhima, chef de Dwarka, qui fut fait prisonnier et envoyé à Ahmadabad. Là il fut coupé en morceaux et les fragments de son cadavre furent pendus aux portes de la cité, à titre de châtiment pour sa conduite envers le Mulla de Samarkand, dont les femmes et les biens avaient été saisis par
1. Le mann du Gujarat pesait probablement 40 livres (Edalji Dosabhi, Hislory of Gujarat, p. 94).
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les pirates. Il mena des expéditions avantageuses dans le territoire de Champanir, et quand en 1482 le Rawal de Champanir tua l'un des officiers de Mahmoud, le Sultan lui déclara la guerre. Le souverain de Malwa se porta au secours du Rawal, mais les forces de Mahmoud l'effrayèrent tant qu'il se retira. Le Rawal dut lutter seul contre des armées considérables; mais il était rajpoute et brave, il tint aussi longtemps qu'il put, mais à la fin il fut contraint de se rendre. Champanir fut pris en 1484, et les musulmans, impitoyables, passèrent au fil de l'épée les derniers vestiges de la garnison. En commémoration de sa victoire, Mahmoud bâtit un mur autour de la ville de Champanir et la rebaptisa Muhammadabad.
Guerre contre les Portugais. — En 1507, vers la fin de son règne, il conduisit une expédition contre les Portugais qui s'étaient confortablement installés sur la côte ouest, et avaient coupé le commerce des musulmans. Il s'allia au Sultan de Turquie, lequel dans le but de mettre fin aux rôles des Portugais dans le commerce par terre arma une flotte de 12 bateaux et envoya 15.000 hommes commandés par Mir Hosseïn, pour les attaquer dans leurs possessions aux Indes. Cette expédition inquiéta Almeida, viceroi portugais, qui dépêcha son fils Dom Lourenço, avec 8 vaisseaux de guerre pour garder les factories de Cannanore et de Cochin. Les Portugais devaient se mesurer à des forces considérables; le conseil de guerre que le vice-roi convoqua exposa à Dom Lourenço la futilité d'un engagement, mais le jeune héros méprisa ces conseils de prudence et décida de se battre. Les musulmans commencèrent l'attaque
près de Chaul, au sud de Bombay; une balle brisa la cuisse de Dom Lourenço, mais il resta fidèle à son poste, encourageant ses hommes, jusqu'à qu'une seconde balle l'atteignît au cou et le terrassât. L'assaut des Maures se fit plus serré; ils coulèrent un bateau portugais chargé d'une précieuse cargaison, et Malik Az, gouverneur de Diu, fut largement récompensé, par son maître, de ce brillant exploit1. Mais les Portugais ne se laissèrent pas abattre; grâce à la vigueur et à l'énergie d'Almeida et d'Albuquerque, ils infligèrent deux ans plus tard une cruelle défaite à la flotte musulmane, près de Diu, dans le Kathiawar. Mir Hosseïn fut blessé pendant l'action; les bateaux musulmans, après avoir été dûment pillés, furent brûlés. La victoire, affirma le pouvoir des Portugais sur la côte et leur donna un contrôle incontesté sur le commerce maritime.
Morl du Sultan. — Le Sultan mourut en 1511, après avoir régné glorieusement pendant 52 ans. Il fut un grand monarque, son aspect physique était même connu jusqu'en Europe2. Aussi longtemps qu'il vécut, il gouverna son peuple avec intelligence et énergie, et le chroniqueur musulman parle de son règne en ces termes :
« Il para de gloire et de splendeur le royaume de Gujarat, et fut le meilleur de tous les rois de Gujarat, y compris tous ceux qui le précédèrent et tous ceux
1. Gerson da Cunha, Hisiory of Chaul and Bassein, p. 29. Les récits des historiens portugais et musulmans varient quant au montant des pertes dans la bataille, mais les deux partis sont d'accord pour dire que les Portugais aboutirent à un échec.
2. Ses moustaches étaient si longues qu'il les attachait sur sa tête, et sa barbe flottait Jusqu'à sa taille.
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qui lui succédèrent; et que ce soit pour sa grande justice et sa générosité; pour ses succès dans les guerres saintes, et pour la diffusion des lois de V Islam et des musulmans; pour la sûreté de son jugement, qui resta le même dans sa jeunesse, son âge mûr, et sa vieillesse; aussi bien que pour sa puissance, sa valeur, et ses victoires, — il fut le modèle de la perfection1.
Bahadur Shah 1526-1537. — Mahmoud Baikara eut pour successeur son fils, Khalil Khan, qui prit le titre de Muzaffar Shah II. Il défit les Rajpoutes et replaça Mahmoud Khilji de Malwa sur son trône. Le souverain suivant fut Sikandar Shah; il monta sur le trône en 1526, mais il fut assassiné après un règne de trois mois et demi seulement. Ses assassins donnèrent la couronne à son frère Nasir Khan Mahmoud II, qui dut cependant s'effacer devant l'audacieux Bahadur, lequel le priva de sa royauté et fit exécuter Imad-ul-Mulk, son plus fidèle partisan le 20 août 1526.
Guerrier téméraire, Bahadur a gagné, par sa chevalerie et sa bravoure sur le champ de bataille, une place prépondérante dans l'histoire du moyen-âge. Peu après son accession au trône, il commença sa carrière de conquêtes. Les Portugais échouèrent dans leurs efforts pour acquérir Diu. Le Sultan, par deux fois, envahit le Deccan pour sauver les souverains de Khandesh et de Berar des persécutions de Burhan Nizam Shah d'Ahmadnagar. Sa nature agitée ne lui laissait point de repos, et quand le Rana
1. Mirat-i-Sikandari; Bayley, Local Muhammadan Dynasties of Gujarai, p. 161.
de Chittor se plaignit de la tyrannie de Mahmoud Khilji de Mahva, Bahadur se mit en route à la tête d'une forte armée et assiégea Mandu, qui se rendit sans grande résistance en 1531. Les conquêtes de Vii angam et de Mandai dans le Jhalawad, et de Raisin, Bhilsa et Chanderi, en Mahva, suivirent la reddition de Manclu. En 1534, la fameuse forteresse de Chittor fut emportée d'assaut. Mais le Sultan encourut le blâme d'Humayun, empereur de Delhi, en abritant à sa cour un réfugié politique, dont l'empereur demandait la livraison. Bahadur envoya une réponse si insolente qu'Humayun en fut offensé et marcha contre le Gujarat à la tête d'une armée considérable, cependant que Bahadur était occupé à une nouvelle attaque contre Chittor. L'empereur prit Mandu et Champanir et se rendit maître du Gujarat. Mais, fort heureusement pour Bahadur, la révolte de Shir Khan, au Bengale l'obligea de s'en retourner, laissant la province aux soins de son frère Mirza Askari. Bahadur rassembla alors une armée forte de 40.000 cavaliers, et profitant de l'absence d'Humayun, défit les impérialistes près de Muhammadabad et reprit possession du Gujarat. Mais il allait trouver de plus terribles ennemis dans les Portugais, dont il avait sollicité l'aide contre Humayun. Quand il voulut les expulser de Diu où, auparavant, il les avait autorisés à bâtir une manufacture, il rencontra une ferme résistance. Il avait raison pourtant de vouloir les chasser de Diu, qu'ils avaient fortifié et où ils avaient rassemblé des armes el 'les munitions en grand nombre, en cherchant à créer ainsi une sorte d'imperiam in imperio. A cet effet il envoya des missives aux princes du Deccan, mais ces lettres furent interceptées par les Portugais
Inde 24
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qui, effrayés par les plans de Bahadur, fomentèrent un complot secret pour l'exterminer1. On invita^ Bahadur, qui ne se doutait de rien, à venir rendre visite au gouverneur portugais, Nuno da Cunha, mais l'entrevue lui fut fatale. Il fut assassiné de manière barbare, à bord d'un bateau, enfévrier 1537, âgé seulement de 31 ans2. On ne peut douter que le meurtre n'ait été prémédité. Après la mort de Bahadur, l'Etat du Gujarat tomba dans le désordre de l'anarchie. Des partis rivaux élevèrent sur le trône des fantoches qui se succédèrent les uns aux autres avec une grande rapidité. Cet état de choses continua jusqu'à l'annexion de la province à l'empire mongol, par Akbar, en 1572.
Jaunpur. — Quand Firuz entreprit sa seconde expédition contre Sikandar Shah du Bengale, en