Miral-i-Sikandari, Khudabakhsha MS., f
2. Les historiens portugais et musulmans ont fait de ce tragique incident des récits plus ou moins partiaux; mais l'évidence prouve que le Portugais usa de trahison. L'auteur du Miral-i-Sikandari établit clairement que le gouverneur portugais avait déjà combiné «es plans déloyaux. Il dit que le Sultan vint visiter une flotte portugaise en dépit des avertissements de ses six nobles, dont il cit« les noms, et fut tué d'un coup de lance par un assassin portugais (Mirat-i-Sikandari, Khudabakhsha, ms., f. 304. Bayley, Local Muhammadan Dynasties of Gujarat, pp. 396-97). Haji-ud-Dabir, qui est digne de foi, confirme ce récit. Il écrit que le Sultan, malgré les dissuasions de ses courtisans, vint rendre visite au gouverneur portugais qui feignit la maladie et se dit incapable de bouger. Il vint donc s'asseoir auprès de lui, mais le quitta bientôt quoique Bazri le pria, de demeurer plus longtemps. Alors, à un signal de Bazri, les bateaux portugais entourèrent la barque du Sultan, et la scène terrible eut lieu. Le Sultan se battit vaillamment, mais l'un des hommes de Bazri lui transperça la poitrine d'une lance; il tomba à la mer et se noya (Arabie Hislory of Gujarat, éditée par Denison Ross, I, pp. 260-62). Pour d'autres références, voir : Whitevay, The rise of Poriuguese power in India, p. 248-9; Danvers, The Porluguese in Jndia, p. 426; Firishta, texte de Lucknow, p. 224; Briggs (discussion approfondie du sujet) vol. IV, pp. 132-41 (London, 1829). Voir Cheikk Zainuddin, dans son Tuhfatul mujahidin fi baz ahwal al Porlugalin? édition de Lisbonne, p. 59.
1359-60, il fut obligé de camper à Zafarabad1 pendant la saison des pluies. C'est là qu'il conçut l'idée de fonder, dans les environs, une ville qui pût lui servir de point d'appui pour ses opérations militaires au Bengale. Sur les bords de la rivière Gumti, il fit bâtir une nouvelle cité, qu'il nomma Jaunpur en mémoire du nom de son illustre cousin Muhammad Jûnâ, et rien ne fut épargné pour la rendre magnifique et plaisante. En 1376, quand une nouvelle répartition des territoires fut faite pour sauvegarder les frontières de l'empire, Jaunpur et Zafarabad échurent à Malik Bahrûz Sultan qui apaisa en peu de temps les révoltes hindoues. Après la mort de Firuz en 1388, l'histoire de Jaunpur n'enregistra aucun événement important, jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Khwâja Jahân, sous le règne de Mohammed Khwâjâ Jâhan, dont le vrai nom était Sarwar, était un eunuque, parvenu par son seul mérite à une position élevée; le titre de Khwâja Jahân lui fut conféré en 1389, et il fut promu au rang de vizir. Un peu plus tard, quand l'agitation des « infidèles » troubla les affaires des fiefs de l'Hindoustan, Mahmoud Tughluq lui donna, en 1394, le titre de Malik-ush- Sharq ou seigneur de l'est, et lui confia l'administration de tout l'Hindoustan, du Kanauj au Bihar. Le nouveau gouverneur avança alors dans l'intérieur
1. Zafarabad était une ville ancienne. L'inscription sur les portes du palais de Ilazarat-i-Chiragh-i-llind prouve que le nom était connu en l'an 721 de l'hégire, au temps de Ghiyas-ud-din Tughluq, roi de Delhi, c'est une erreur de croire que la ville fut fondée par le prince Zafar, gouverneur de Firuz Tughluq, en 1360 ap. J.-C La dernière ligne de l'inscription porte ceci : « Comme la cité fut acquise par conquête, et repeuplée, on lui donna le nom de Zafarabad », Fasihud-din, The Shartji Monuments oj Jaunpur, p. 105 (inscription n° 1). Voir aussi la note de Fuhrer sur Zafarabad dans The Shar.i Architecture of Jaunpur, pp. 04-66.
372 HISTOIRE DE L'iNDE AU MOYEN-AGE
du Doab, où il étouffa des rébellions à Etawah, Kol et Kanauj et se rendit à Jaunpur pour y prendre possession de son office. La fortune sourit au Khwâjâ et en peu de temps il avait conquis les fiefs de Kanauj, Oude, Kara Sandila, Dalmau, Bahraich, Bihar et Tirhut. et soumis les chefs hindous réfractaires. Sa puissance devint si grande que le Rai de Jajnagar et le souverain de Lakhnauti reconnurent son autorité et lui envoyèrent le même nombre d'éléphants qu'ils avaient envoyés jadis à Delhi, à titre de tribut1. L'anarchie causée par l'invasion de Timour favorisa les plans ambitieux du Khwâjâ, qui se déclara souverain indépendant et prit le titre de Atabak-i-Azam.
L'accession au pouvoir royal ne fut pas qu'une vaine cérémonie; car le Khwâja transmit une autorité bien établie à son fils adoptif Qaranfal, neveu de Sayyid Khizr Khan, qui fut bientôt promu roi. Quand l'ouragan de l'invasion de Timour se fut calmé, Mallu Iqbal Khan, à la tête d'une forte armée, marcha contre le souverain de Jaunpur, qui frappait sa propre monnaie et se faisait nommer dans la Khotba, Mubarak Shah Sharqi. Mais le manque de vivres obligea les deux partis à se retirer après une attente épuisante, longue de deux mois. Mubarak mourut peu après, il laissait la succession à son plus jeune frère Ibrahim, de caractère versatile, qui se fit appeler Shams-ud-din Ibrahim Shah Sharqi-Mahmoud. Tughluq qui n'était qu'une marionnette entre les mains d'Iqbal Khan, voulut échapper à cette tutelle. Pendant qu'Iqbal campait à Kanauj, Mahmoud se sauva sous le prétexte d'une partie de chasse vint