‹ Histoire du monde (volume 5)Chapitre 69 sur 135 · Sewell, p · texte numérisé non relu

Sewell, p

C . Le récit de Firishta est différent de celui qui est donné ci-dessus. Mais Nuniz est un chroniqueur contemporain, donc plus sûr. Puis, il ressort du récit de Nuniz qu'il a eu d'excellentes occasions de s'informer de l'état des affaires. Pour le récit de Nuniz sur cette bataille, cf. Sewell, A forgoîten Empire, p. 334-45.

fut en vain : le camp musulman fut pillé et les Hindous en retirèrent un vaste butin. Faria y Souza et Nuniz relatent qu'après la bataille, Krishna Deva fit au Sultan deBijapur des propositions si humiliantes pour les musulmans qu'ils songèrent aux moyens de ruiner leur royaume de Vijayanagar. Cependant, terrifié, le Sultan de Bijapur n'envahit plus de sa vie les territoires du Raja. Sewell discute longuement des résultats politiques de cette bataille; elle diminua tellement le prestige d'Adil Shah* qu'il abandonna tout projet de conquête du côté du Sud, et concentra son attention à des préparatifs pour une lutte future. Les autres puissances musulmanes du Deccan projetèrent d'écraser la prépondérance de l'empire de Vijayanagar; les Hindous, grisés de leur victoire, se faisaient haïr des musulmans par leur insolence. Quant à la position des Portugais, cette bataille ne lui fut point indifférente; la prospérité de leur commerce dépendait de l'activité des marchés de l'empire hindou, mais quand cet empire se démembra, les négociants étrangers perdirent leurs marchés et le commerce déclina.

Krishna Deva Raya et les Portugais. < — Les Portugais s'étaient établis au bord de la mer et quoiqu'ils eussent souvent combattu contre les petits chefs Hindous et les « Maures ». ils avaient noué des relations amicales avec le Raja de Vijayanagar, qui bénéficiait de leur commerce en chevaux et autres objets utiles. Le gouvernement portugais demanda à ses sujets de se maintenir en termes amicaux avec les Hindous, et en 1540 leur gouverneur Albuquerque envoya une mission à Vijayanagar pour obtenir la permission de bâtir un fort à Bhatkal. Le raja

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reçut gracieusement l'envoyé, mais il ne donna pas suite à la requête du gouverneur. Quand les Portugais s'emparèrent de Goa, le Raja leur offrit ses félicitations et leur accorda la permission qu'ils avaient demandée. Les musulmans reprirent Goa qui fut reconquis par les Portugais. Les querelles continuelles des Hindous et des souverains musulmans du Deccan accrurent l'importance politique des négociants étrangers, dont les deux partis se disputaient les faveurs.

Les conquêtes de Krishna Deva augmentèrent considérablement l'étendue de l'empire; il s'étendait alors sur tout le territoire occupé actuellement par la présidence de Madras, le Mysore et quelques autres états du Deccan; il allait, à l'est, jusqu'à Guttack; à l'ouest jusqu'à Salsette; et au sud il confinait à l'extrême limite de la péninsule.

Période de déclin. < — La mort de Krishna Deva Raya fut le signal du déclin pour le royaume de Vij ayanagar. Le nouveau souverain, Achyuta Deva, frère du roi défunt, était incapable de gouverner un vaste empire, entouré de voisins jaloux et puissants. Le Sultan de Bijapur s'empara des forteresses de Raichur et de Mudgal, et Firishta écrit que le Sultan fêta sa victoire par un banquet où il but abondamment et donna libre cours à sa joie bruyante. Peu après son avènement, pressé par les nobles et les officiers, Achyuta appela à son aide Ibrahim Adil Shah de Bijapur, auquel il offrit de larges subsides et de nombreux présents. Aucun historien ne nous explique d'une manière satisfaisante les raisons de cette étrange mesure; Nuniz donne tort au Sultan et dit

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qu'il y fut poussé uniquement par sa couardise et sa faiblesse de caractère1.

Sadâçiva Raya. — Quand Achyata mourut, en 1542, son fils, encore enfant, fut élu roi, mais il ne vécut que peu de temps, et la couronne passa au fils de son frère défunt, nommé Sadâçiva. Celui-ci ne fut qu'un fantoche, et le pouvoir reposa entre les mains de Ram Raja Saluva, fils de Saluva Timma, le célèbre ministre de Krishna Deva Raya. Ram Raja était un homme d'une habileté remarquable, pourtant il ne sut jamais établir sa diplomatie sur des bases bien équilibrées, et excéda ses alliés aussi bien que ses adversaires par son arrogante conduite. Il s'éleva une série de complications qui préparèrent la ruine de Vijayanagar. En 1543, Burhna Nizam Shah s'allia avec Ram Raja et Qutb Shah de Golkunda et déclara la guerre à Bijapur. En cette occurence, Ali Adil Shah en appela à son ministre Asad Khan, qui, par sa science diplomatique, réussit à ménager une trêve avec Burhan en lui cédant quelques territoires et détacha de la coalition le Raja de Vijayanagar. Ayant ainsi dispersé l'alliance, il marcha contre Golkunda, défit le chef Qutb Shahi et le blessa. Quand Ibrahim Adil Shah mourut, en 1557, Husain Nizam Shah profita de ce changement de succession et envahit le Bijapur. Mais, afin de se venger de cette attaque sans motif, Ali Adil Shah forma une alliance avec Golkunda et Viyajanagar, envahit Ahmadnagar

1. Achyata n'était certes pas un prince guerrier. De l'inscription (lg. 24, Hk. 123), il ressort qu'il était trop au pouvoir de la classe sacerdotale. 11 fit des largesses excessives aux Brahmanes et établit une sorte de banque à leur bénéfice, la Anandnidhi.

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et demanda la restitution de Kalyan et de Sholapur. Le Sultan d'Ahmadnagar accueillit cette demande avec dédain; et il n'y eut plus moyen d'éviter la guerre. Firishta écrit : « Toute la contrée fut dévastée de manière telle que de Parendah à Khiber et d'Ahmadnagar à Daulatabad, on ne vit plus le moindre vestige de population. Les infidèles de Beejanagar qui pendant plusieurs années avaient souhaité cet événement, se laissèrent aller à toutes les cruautés Ils insultèrent à l'honneur des femmes musulmanes, détruisirent les mosquées, et ne respectèrent même pas le Coran sacré. »

La Grande Alliance. — Les Hindous, par leur conduite cruelle, outragèrent les musulmans et s'aliénèrent même la sympathie de leurs alliés. L'existence d'un puissant royaume hindou au milieu d'autres Etats musulmans moins riches, et moins bien armés était une épine douloureuse au pied de chaque mahométan, et comme nulle puissance ne pouvait, seule, se mesurer aux armées hindoues, les souverains musulmans unirent leurs forces et formèrent une quadruple alliance pour déchirer cet empire. Ibrahim Qutb Shah de Golkunda fut le principal négociateur de ces alliances; il persuada Nizam Shah de donner à Adil Shah sa fille Chand Bibi en mariage avec la forteresse de Sholapur comme dot; et en retour, Adil Shah mariait sa fille au fils aîné de Nizam Shah, Sultan Murtaza. Le Sultan de Berar n'\ étant pas convié, demeura étranger à la confédération. Les armées réunies des quatre princes se mirent en marche vers le Sud, le 25 décembre 1564, et se rassemblèrent près de la ville de Talikota, sur les bords de la Krishna.

Balaille de Talikola, 1565. — Vijayanagar ne craignait point l'approche des alliés, et le Raja considérait leurs mouvements avec la plus magnifique indifférence, puisant sa foice dans l'idée que les musulmans n'y étant pas parvenus jusqu'alors, ne réussiraient jamais à ravager la cité et ses environs. La population prospère et aisée n'avait aucun pressentiment du danger; les démonstrations militaires des alliés ne l'inquiétaient guère, et sans la moindre anxiété les hommes vaquaient à leurs occupations habituelles. Ram Raja, plein d'illusions, restait toujours serein, et, selon le récit de Firishta, traitait avec mépris les ambassadeurs, et regardait cette hostilité comme momentanée. Mais cet état de sécurité illusoire ne pouvait durer longtemps et le Raja, convaincu enfin de l'imminence du danger, organisa ses forces. Il envoya son plus jeune frère avec 20.000 cavaliers, 100.000 fantassins et 500 éléphants, pour garder en tous points le passage de la Krishna; il plaça un second frère à la tête d'autres troupes et lui-même commanda le reste des armées de l'empire. Les auxiliaires provinciaux vinrent grossir l'effectif impérial : les Kanariens et les Telugus de la frontière, les hommes du Mysore et du Malabar de l'ouest et du centre se joignirent aux Tamouls pour combattre les armées de l'slam. Les alliés, qui connaissaient la force de l'ennemi, avaient fait de j uissants préparatifs. Le vétéran Husain Nizam Shah commandait le centre, et les ailes de droite et de gauche étaient confiées à Ali Adil Shah et Qutb Shah. 11 est difficile de déterminer le nombre des troupes qui prirent part à cette bataille, car les chiffres de Firishta semblent fort exagérés1;

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