‹ Histoire du monde (volume 5)Chapitre 82 sur 135 · Epigr. Carn., III, Sr. 15; II, Sb · texte numérisé non relu

Epigr. Carn., III, Sr. 15; II, Sb

La situation. — Quoique Khizr Khan se fût assuré le trône de Delhi, sa situation était loin d'être enviable Il hésita à prendre officiellement le titre de roi et régna comme simple délégué deTimour. Depuis l'invasion de ce dernier, l'empire avait perdu de son prestige et de ses territoires et l'ambition des gouverneurs provinciaux ne contribuait guère à enrayer les progrès de désagrégation. A la capitale, les partis changeaient rapidement d'opinion et se disputaient le pouvoir, faisant du gouvernement une affaire d'intérêt personnel. Depuis l'époque de Balban, le Doab avait été l'un des districts les plus insoumis de l'empire, et les Zamindars d'Etawah, Rajpoutes du clan Rathor pour la plupart, ainsi que ceux deKanauj et de Badaon, refusèrent de payer tribut et de reconnaître l'autorité du gouvernement central. Ils se rebellèrent avec une telle persistance qu'à plusieurs reprises des expéditions durent être organisées pour ca-mer ces émeutes. Les royaumes de Malwa, de .Jaunpur et du Gujarat, complètement détachés de Delhi, se déchiraient mutuellement. Les souverains de Malwa et du Gujarat luttaient de manière sanglante entre eux et contre les Rajpoutes, auxquels ils refusaient toute influence

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dans les affaires de Delhi. Non loin de la capitale les Mewatis se montraient mécontents; ils refusaient de payer tribut et manifestaient quelque rébellion. A la frontière septentrionale, les Khokhars allèrent commettre des déprédations à Moultan et à Lahore, et tentèrent de profiter de l'anarchie qui régnait dans tout le pays. Les musulmans très civilisés de la cour de Delhi ne pouvaient contenir ces hordes barbares. Les Turcs-bacchas de Sarhind n'étaient pas plus soumis; plus belliqueux même, ils fomentèrent des intrigues pour s'emparer du pouvoir. Les gouverneurs musulmans des provinces engagèrent contre leurs voisins des guerres qui forcèrent le gouvernement central à intervenir plus d'une fois. Quoique non complètement ruiné, le prestige de la monarchie était fort diminué; l'incompétence des souverains en était la cause principale. Il est à remarquer qu'après Firuz, aucun souverain de capacités supérieures n'occupa le trône de Delhi; il semble que la dégénérescence de la maison royale se fût consommée pendant les vingt dernières années. Les musulmans oisifs de cette génération ne pouvaient imiter l'unité ou l'esprit d'organisation de leurs ancêtres, et leurs tendances différentes les divisaient en un nombre infini de clans militaires travaillant à des buts contraires. Il ne manquait pas d'aventuriers rapaces et de politiciens intéressés, mais ceux-ci sont les hommes les moins propres à restituer l'ordre, et à établir une administration ferme dans un pays souffrant de luttes intestines chroniques et d'un amoindrissement de l'autorité. Ce serait une erreur d'attribuer dans une certaine mesure ce déclin du prestige royal au mélange des musulmans et des Hindous. Il n'existait aucune affinité réelle entre

les uns et les autres; ils formaient encore deux partis différents dans le corps politique. Même sous le règne de Firuz qui était pourtant né de mère rajpoute, les Hindous étaient relégués à un rang inférieur et la bureaucratie de l'Etat comprenait exclusivement des musulmans. Les alliances mixtes entre familles royales étaient dues à la force plus qu'au choix, et laissèrent bien souvent de tristes souvenirs1 et firent plus d'ennemis que d'alliés. Le facteur personnel jouait un rôle important dans la politique médiévale et la fortune d'un royaume dépendait trop souvent de la force ou de la faiblesse des hommes qui présidaient à ses destinées. Il ne pouvait en être autrement à une époque où les constitutions et les lois étaient inconnues et où la force primait toujours le droit. La tâche qui incombait aux Sayyids n'était point aisée, et l'avenir de la dynastie dépendait de la manière dont ils affrontraient la situation. Mais quelle dose d'énergie ne fallait-il pas pour une telle reconstruction sociale !

Khizr Khan, 1414-1421 . — Malik Nasir-ul-Mulk Mardan Daulat, gouverneur du Moultan, et dont le fief lui avait été accordé par Firuz Tughluq, éleva au trône le jeune Sayyid nommé Khizr Khan2. Quand)

1. Le cas de Bibi Naila, fille de Ranamal Bhatti et mère de Firuz Tughluq, en est une preuve. Afif raconte comment elle fut enlevée de force par Tughluq Shah et mariée à Sipah Salar Rajah

2. L'auteur du Tarikh-i-Mubarak Shahi mentionne deux raisons en faveur de l'origine Sa\yid de Khizr Khan. L'une est que dans une certaine circonstance, le chef des Sayyids, Jalal-ud-din Bokhari, rendit visite à Malik-Mandou, et que, des mets ayant été servis aux hôtes, Malik-Mandou pria le frère de Khizr, Sulaiman de laver les mains du grand Sayyid. Celui-ci dit : « C'est un Sayyid, il n'est pas fait pour une telle besogne. » Une raison alléguée est qu'il était généreux, brave, humble, hospitalier, fidèle à sa parole et bon. • C'étaient là des vertus qui étaient remarquables dans le Prophète et manifestes en lui. »

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après la mort de Firuz Tughluq, l'empire de Delhi fut livré aux dissensions, Khizr Khan fut assiégé en son fort de Moultan, l'an 798 de l'hégire1 (1395), et pris par Sarang Khan, frère du redoutable Mallu Iqbal Khan. Mais il réussit h s'échapper, et en 139% il se rendit, avec toute sa suite, à Timour qui lui confia son vieux fief du Moultan avec toutes ses dépendances. Les désordres politiques de Delhi permirent à Khizr Khan d'acquérir une plus grande influence, et en 1414 il vainquit Daulat Khan et prit possession de la capitale. Quoiqu'il visât à l'autorité suprême, il eut la diplomatie de régner au nom de Timour et les titres qu'il assuma sont l'indice de son état de ivasselage. On frappa la monnaie, la Khotba se lut au nom de Timour, et après sa mort, au nom de son successeur, le prince Chah Roukh; et Khizr Khan, afin de prouver sa soumission à son seigneur, lui payait tribut quelquefois. S'étant assuré la possession de Delhi, il se livra aux travaux d'organisation. Il créa des rentes pour l'entretien des pauvres et des indigents, dont les désordres politiques avaient considérablement accru le nombre. Afin de rendre l'administration plus efficace, il distribua différemment les charges importantes. Malik-us-Sharq Malik Tuhfa fut nommé vizir avec le titre de Taj-ul-Malik — choix que justifièrent les événements; le fief de Saharanpur fut confié à Sayyid Salim, chef des Sayyids, qui s'occupa tout de suite à remettre les affaires en ordre. Abdur-Rahim, fils adoptif de Malik Sulaiman, administra les fiefs de Moultan et de Fatehpur et prit le titre d'Ala-ul-Mulk; le Doab fut confié à Ikhtiyar

1. Tarikh-i-Mubarak Shahi, Elliot, IV, pp. 32-34. Khizr Khan tt d'autres furent admis à une entrevue avec Timour qui gracia Khizr Khan et fit jeter tous les autres en prison.

Khan. Malik Sarwar, nommé Shahna de la capitale, fut chargé de représenter le roi pendant ses absences. Malik Daud devint secrétaire d'Etat, Malik Kâlî gardien des éléphants et Malik Khair-ud-din fut élevé à la dignité d'Ariz-i-mamâlik (commandantfen chef). Les fonctionnaires de l'Etat conservèrent les fiefs et les terrains qui leur avaient été confiés sous le règne du Sultan Mahmoud.

Mais la question la plus difficile qui se posait au nouveau gouvernement était le rétablissement de l'ordre au Doab et dans ces provinces de l'empire qui reconnaissaient encore sa souveraineté. L'intrépide vizir Taj-ul-Mulk envahit le ^district de Katehar en 1414 et ravagea la contrée. Rai Hara Singh s'enfuit sans offrir de résistance, mais il fut poursuivi par les troupes royales et forcé de se rendre. Les Zamindars hindous de Khor1, Kampila, Sakit2 , Parham, Gwalior. Seori et Chandwar, se soumirent et payèrent tribut. Jalesar3 fut enlevé au chef hindou de Chandwar et rendu aux musulmans qui l'avaient déjà eu en leur possession. Les populations du Doab, de Biyana et de Gwalior se révoltèrent à plusieurs reprises, mais les émeutes furent bientôt étouffées et les chefs contraints de reconnaître l'autorité de Delhi. Peu après, les bagarres delà frontière septentrionale attirèrent l'attention du roi; quelques Turcs-bacchas avaient traîtreusement assassiné Malik Sadhu qui

1. Khor est le Shamsabad actuel, situé dans le district de Farrukhabad, sur la rive sud de la rivière Buri Ganga, 18 milles au nordouest de la ville de Fatehgarh, dans les provinces unies. Voir Farrukhabad Dislricl Gaz., 123-4.

2. Sakit se trouve entre Kampila et Rapari, à 12 milles au sud-est d'Etah. C'est à Badoli, dans ce pargana que mourut Bahlol Lodi à son retour d'une expédition contre Gwalior.

3. Jalesar est à 38 milles à l'est de Muttra, dans les Provinces Unies d'Agra et d'Oude.

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avait été envoyé là pour remplacer le prince Mubarak. Us s'emparèrent du fort de Sarhind, et quand les armées du roi furent dirigées contre eux, ils s'enfuirent dans les montagnes. En 1417 éclata la révolte de Tughan Rais et des Turcs-bacchas, mais elle fut réprimée par Zirak Khan, émir de Samana, qui força le Rais à se rendre et à donner son fils en gage de fidélité pour l'avenir. Le Doab était la plus insoumise des provinces de l'empire de Delhi, il serait par trop fastidieux de décrire en détail les nombreuses expéditions que Khizr Khan et ses successeurs entreprirent pour châtier les chefs rebelles. Le pays était en proie à la confusion la plus complète, et même à quelques milles seulement de Delhi, l'autorité de l'Etat était reniée par des Zamindars importants. Hara Singh de Katehar se révolta de nouveau, et quand Taj-ul-Mulk, toujours prêt à diriger une expédition contre les rebelles, s'avança sur son territoire, il s'enfuit dans les montagnes de Kamauyun, laissant tous ses biens aux mains de ses ennemis.

La révolte de Rai Sarwar, en Etawah, qui éclata à cette époque, fut réprimée par Mahabat Khan, émir de Badaon. En 1419, Khizr Khan marcha luimême contre Katehar et rétablit l'ordre dans les districts de Kol, Sambhal et Badaon, où Mahabat Khan, le gouverneur local, s'était révolté. Mais apprenant qu'une conspiration se tramait contre lui, il abandonna le siège et rentra dans sa capitale, d'où il ordonna l'exécution de tous les conspirateurs.

Taj-ul-Mulk ne devait pas connaître de repos; il n'avait pas plutôt apaisé les troubles d'un côté que de nouvelles émeutes éclataient dans d'autres districts. Rien ne peut prouver plus justement la faiblesse du gouvernement de Delhi que ces perpé-

tuelles révoltes de chefs et de Zamindars. Tout le pays, de Kol à Katehar, était soulevé de mécontentement, et lorsque Rai Sarwar d'Etawah refusa de payer tribut et fit des tentatives pour établir sa propre indépendance, une expédition s'imposa. L'infatigable vizir assiégea Etawah, et contraignit le Rai à conclure la paix et à payer l'arriéré du tribut. Les districts de Kol, Baran et Chandwar furent soumis et Rai Hara Singh de Katehar se renditaussi. Vers la frontière septentrionale, Tughan Rais fomenta une nouvelle révolte, mais il fut chassé sur les territoires de Jasrath Khokhar par Malik Khair-ud-din et son fief passa à Zirak Khan. Les Mewatis furent écrasés par Khizr Khan qui marcha contre eux en personne et assiégea la forteresse de Kutila, appartenant à Bahadur Nahir, qu'il rasa complètement; les Mewatis furent défaits. Taj-ud-Mulk mourut le 7e jour de Moharrem, l'an 824 de l'hégire (12 janvier 1421). La mort de cet intrépide ministre, qui jamais ne manqua à sa loyauté, ce qui fait hautement honneur à son caractère, surtout à cette époque, obligea Khizr Khan à s'occuper lui-même de la répression des émeutes qui ne cessaient d'éclater. Mais il approchait aussi de sa fin; après avoir châtié les chefs de Gwalior et d'Etawah, qui avaient encore défié son autorité, il rentra à Delhi où il tomba malade et mourut le 7e jour de Djamada-al-Dula, l'an 824 de l'hégire (20 mai 1421).

Khizr Khan vécut en vrai Sayyid. Il ne versa jamais le sang humain inutilement ni ne sanctionna d'horribles crimes dans le seul but d'affermir son pouvoir ou de se venger d'un ennemi. Si son règne ne fut point fertile en réformes administratives, la faute n'en est pas à lui, mais aux désordres de l'époque

qui accaparèrent toute son attention. Et Firishta en faitjun éloge^mérité en disant que « Khizr Khan fut' un roi grand et sage, bon et fidèle à sa parole; ses sujets l'aimaient d'une affection reconnaissante; aussi, grands et petits, maîtres et serviteurs, veillèrent et s'affligèrent pour lui, tout de noir vêtus, jusqu'au troisième jour où ils abandonnèrent leurs vêtements de deuil et élevèrent sur le trône son fils Mubarak Shah. »

Mubarak Shah, 1421-1434. . — Khizr Khan, sur son lit de mort, nomma prince héritier son fils Mubarak; et le 17e jour de Djamada-al-Dula1, ce dernier prit la succession de son père, avec l'assentiment des Maliks et des émirs du royaume. Un certain Yahya ibn Ahmad a laissé une chronique détaillée du règne : le Tarikh-i-Mubarak Shahi, qui est la principale source d'information pour cette période. Les annales cependant n'en sont pas plusmouvementéesquecelles du règne précédent; nous n'y trouvons qu'une longue liste de rébellions et d'expéditions entreprises pour les réprimer. A l'exemple de son père, Mubarak conserva aux émirs et aux Maliks leurs possessions rurales et leur témoigna une grande sympathie.

La première insurrection du règne fut celle de Jasrath Khokhar et Tughan Rais à la frontière septentrionale. Le Tarikh-i- Mubarak Shahi ^relate ainsi ies causes de la révolte :

« Jasrath Khokhar était un rustre imprudent. Grisé par la victoirelet illusionné quant aux forces dejson armée, il commença à jeter son dévolu sur

1. Le manuscrit du Tarikh-i- Mubarak Shahi donne cette date, tandis qu'Elliot, dans sa traduction (II, p. 53) place l'avènement deux jours plus tard, c'est-à-dire le 19e jour de Djamada-al-Dula.

Delhi. Quand il apprit la mort de Khizr Khan, il passa les rivières Biyah (Béas) et Satladar (Sutlej) avec un corps de cavaliers et de fantassins et attaqua Rai Kamal-ud-din Main à Talwandi. Rai Firoz s'enfuit devant lui à travers le désert. Jasrath pilla ensuite la contrée, depuis la ville de Ludhiana jusqu'au voisinage d'Arubar (Rupar), sur le Sutlej. » Puis il mit le siège devant le fort de Sarhind, mais ne réussit point à s'en emparer. En apprenant cette révolte le Sultan marcha sur Samana, etleKhokhar leva le siège de Sarhind et se retira à Ludhiana. L'armée royale poursuivit le rebelle, mais il s'enfuit dans les montagnes. La question de Lahore réglée le Sultan rentra à Delhi, où bientôt lui parvint l'inquiétante nouvelle que Jasrath Khokhar, ayant passé la Ravi, se dirigeait sur Lahore. Malik Mahmoud Hasan. gouverneur de Lahore. vint à sa rencontre, et eut de violentes escarmouches avec l'ennemi qui campa, sans trêve, pendant 35 jours. Jasrath se replia sur Kalanor, mais il fut encore forcé de chercher refuge dans les montagnes. Cependant du renfort arriva de Dibalpur, Sarhind et Delhi, Rai Bhima envoya aussi des troupes et les forces combinées passèrent la Ravi entre Kalanor et la ville de Bhoh et infligèrent aux Khokhars une sanglante défaite. Mahmoud Hasan fut transféré à Jalandhar. et la province de Lahore, qui demandait un gouverneur capable et énergiquet fut confiée à Malik Sikandar, dont la place à la capitale fut prise par Malik-us- Sharq Sarwar, Shahna de la ville.

Expéditions au Doab. < — Il y eut de nouvelles émeutes dans les contrées du Doab; le Sultan marcha sur Katehar en 1423. et contraignit les chefs locaux

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à se rendre et à payer tribut. Il soumit ensuite les Rathors de Kampila et d'Etawah, tribus turbulentes dont les redditions n'avaient jamais été que temporaires, et le fils de Rai Sarwar, se constitua vassal et paya l'arriéré des revenus. Alp Khan, gouverneur de Dhar, fut vaincu devant Gwalior, où il s'était avancé, et signa la paix. En novembre 1424, le Sultan marcha de nouveau sur Katehar, mais quand il atteignit les rives du Gange, Rai Hara Singh vint à sa rencontre et se rendit. Les Mewatis fomentèrent une révolte sous les menées de Jallu et Qaddu, petits-fils de Bahadur Nahir, et ravagèrent leur propre pays. Leur place forte d'Andwar fut démantelée et l'armée royale attaqua Alwar où ils étaient venus chercher refuge; ils se rendirent à la fin et obtinrent le pardon du roi.

L'insurrection de Mohammed Shah, gouverneur de Biyana, fut promptement réprimée par Mubariz Khan que le Sultan nomma gouverneur à la place du rebelle. Mais vers cette époque le Sultan apprit avec consternation qu'Ibrahim Sharqi dirigeait contre Kalpi à des forces considérables. Le frère du roi de Jaunpur, Mukhallas Khan, pénétra dans le territoire d'Etawah ; le Sultan envoya Mohammed Hasan contre lui, et se rendit en personne sur le théâtre de l'action. Ibrahim avança jusqu'à Burh anpur, dépendance d'Etawah, en suivant les bords de la rivière Kali Nadi; cependant que Mubarak Shah passait la Jamna à Chandwar et campait à moins de 8 milles de l'ennemi. Plusieurs escarmouches entretinrent l'ardeur guerrière, mais aucun des deux partis ne s'engagea dans un combat général. Enfin, aubout de vingt-deux jours, la patience du souverain Sharqi étant épuisée, il livra bataille. Le combat ne cessa

pas de midi jusqu'au soir, mais le lendemain, Ibrahim, se rendant compte de la supériorité des armées de Delhi, effectua sa retraite vers la Jamna et se retira dans son pays. Triomphant de ce semblant de victoire, le Sultan rentra à Delhi, où il ordonna que Qaddu Mewati fût mis à mort pour avoir assisté le roi Sharqi dans la dernière guerre. Malik Sarwar fut envoyé à Mewat pour traiter avec les rebelles, mais les chefs Mewatis se défendirent avec un tel courage que Sarwar dut se contenter d'une contribution financière.

Nouvelle expédition contre Jasrath Khokhar. < — Jasrath Khokhar, en Zilqada, 831 de l'hégire (1428 ap. J.-C), assiégea Kalanor et vainquit Malik Sikandar accouru pour défendre cette ville. Enhardi par le succès, il attaqua Jalandhar, il ne réussit point à s'en emparer et se replia sur Kalanor. Quand le Sultan apprit cela, il ordonna aux émirs de Samana et de Sarhind de marcher au secours de Malik Sikandar. Mais avant qu'ils eussent atteint la place, Malik Sikandar avait défait le chef khokhar qui dut chercher refuge dans les montagnes.

Révolte de Paulad, 1429-1430. — Mais bien plus sérieuse que les autres révoltes fut celle de Paulad, Turc-baccha, un esclave de Sayyid Salim, qui avait été induit à agir de la sorte par les fi's du Sayyid. Le rebelle rassembla de nombreux partisans et se retrancha dans la forteresse de Bhatinda. Il poussa ses alliés, Malik Yusuf Sarup et HenuBhattià s'emparer de Rapri, et ses aggressions forcèrent le Sultan à envoyer contre lui Imad-ul-Mulk. Paulad fit entendre au Sultan qu'il rendrait le fort si on lui laissait la

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vie sauve. Le Sultan acquiesça à cet arrangement; mais un serviteur imbécile informa Imad-ul-Mulk qu'il ne pouvait se fier à cette promesse. Paulad, décidé à résister jusqu'à la fin, rassembla des troupes un peu partout. Il demanda l'aide de l'émir Cheikh Zada, Ali Mughal, gouverneur de Kaboul, et des chefs khokhars, dont les hommes vinrent grossir ses rangs. Cheikh Ali parvint à Sarhind et mit en fuite l'armée royale; en récompense de ses services son allié lui offrit de nombreux et magnifiques présents et la somme de deux lakhs de tankâs; mais le Punjab fut ravagé et, par le pillage, Cheikh Ali se rémunéra lui-même abondamment de son aide. A Lahore, il exigea de Malik Sikandar le payement d'une année de tribut, et se dirigeant sur Dibalpur, il dévasta toute la contrée pendant 20 jours. Moultan fut bientôt atteint et les Kaboulis pillèrent les environs sur un rayon de quatre milles. En apprenant ces excès, le Sultan envoya du renfort et plusieurs de ses généraux, qui permirent à Imad-ul-Mulk de vaincre Cheikh Ali dans un combat chaudement disputé. Le vaincu s'enfuit à Kaboul, mais son armée fut presque entièrement détruite. Imad-ul-Mulk réintégra Moultan; cependant le Sultan jaloux lui enleva le commandement de la place et le donna à Khair-uddin Khani, qui n'était pas à la hauteur de la situation. L'auteur du Tarih-i-Mubarak Shahi dit que ce changement était aussi peu diplomatique que possible et qu'il donna lieu à de graves désordres dans les districts de Moultan. L'effet immédiat de l'acte insensé du Sultan fut l'attaque de Jasrath Khokhar qui mit le siège devant Lahore. Cheikh Ali réitéra aussi ses pillages sur les territoires de Moultan. En 1432, le Sultan envoya Sarwar-ul-Mulk

contre les rebelles et le nomma gouverneur de Moultan. Jasrath et Cheikh Ali se retirèrent, mais Paulad se retrancha dans le fort de Sarhind. Les succès de Sarwar excitèrent la jalousie du Sultan, qui le rappela à son office de vizir. Cependant Imad-ul-Mulk continua à lutter contre les insurgés; il prit Sarhind, vainquit et tua Paulad dont la tête fut apportée au Sultan par Miran-i-Sadr, en Rabi-al-awwal, l'an 837 de l'hégire (novembre 1433).

Conspiration contre le sultan. — Sarwar-ul-Mulk reprit ses fonctions de vizir et, afin de rendre l'administration plus efficace, Kamal-ul-Mulk fut nommé au Diwan-i-ashraf. Ils reçurent Tordre d'agir tous deux en coopération, mais l'influence grandissante de Kamal-ul-Mulk vexa son collègue moins capable, qui n'appréciait pas cette division de l'office de chancelier. « Ses pensées devinrent sanglantes. La privation de son fief de Dibalpur lui é*:ait entrée au cœur comme une épine, et il était résolu à effectuer quelque révolution dans l'Etat. » Il conspira contre le Sultan avec les fils de Kangu et Kajwi Khatri, auxquels se joignirent plusieurs mécontents, recrutés parmi les musulmans qui avaient été de hauts dignitaires de l'Etat1. Lorsque le Sultan se rendit à Mubarakabad, le 9e jour de Radjab, l'an 837 de l'hégire (20 février 1434), pour surveiller les constructions de cette ville nouvellement fondée par lui2,

1. Hindous et musulmans se joignirent indistinctement au complot tramé contre le Sultan. Parmi les h usulmans se trouvaient Miran-i-Sahib, député de l'Ariz-i-mamalik, et Qazi Abdus-Samad Khan Hajib avec plusieurs autres. Elliot, IV, p. 78.

2. La date deFirishta : '.iejour de Badjab,830 de l'hégire, est inexacte Le Tarihh-i-Muburak Sliahi donne 9e jour de Hadjab, en 837 de l'hégire, il dit que le Sultan régna 13 ans 3 mois et 16 jours. La date donnée par Elliot y est conforme. Badàonî indique aussi l'an 837 de l'hégire. Ses opinions penchent donc évidemment pour cette annt'

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il fut attaqué par Sidhupal, petit-fils de Kaju, qui, de son épée, frappa le Sultan à la tête avec une telle vigueur que ce dernier tomba mort sur le coup. Le chroniqueur musulman juge le Sultan en ces mots touchants et brefs : « 11 fut un souverain clément et généreux, plein d'excellentes qualités. »

Les successeurs de Mubarak Shah. — ■ Mubarak avait adopté le prince Mohammed bin Farid, petitfils de Khizr Khan, et c'est ce fils adoptif qui prit la succession du défunt Sultan. Mais Sarwar, qui n'entendait pas céder son pouvoir, s'assura la possession des trésors et des magasins, des maisons, des éléphants et de l'arsenal de l'Etat; il prit le titre de Khan-i-Jahan et se mit à distribuer des honneurs et des charges à tous ses complices. Il donna quelquesuns des fiefs importants tels que Biyana, Amroha1, Narnaul2, Kuhram3, et quelques parganas du Doab à Sidhupal l'assassin, et à sa parenté. D'autres conspirateurs, Hindous ou musulmans, furent récompensés de la même manière et élevés h des dignités auxquelles ils n'avaient rêvé de leur vie. Cependant il y avait un homme puissant, dévoué à la maison de Khizr Khan, qui avait juré de châtier Sarwar et ses associés du vil assassinat de Mubarak; il allait à la cour, rendait hommage au nouveau Sultan et attendait silencieusement son heure. Cet homme, fort au courant des charges du gouvernement, se nommait Kamal-ul-Mulk.

La perfidie de Sarwar-ul-Mulk et l'élévation de « vils infidèles » indignèrent les Maliks et les émirs,

1. Amrolia est dans le district Moradabad des Provinces Unies.

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