‹ Histoire du mondeChapitre 24 sur 58 · Lévi, Conférences Musée Guimet, 1913, p · texte numérisé non relu

Lévi, Conférences Musée Guimet, 1913, p

devoirs sociaux sont si Lien équilibrés; mais les grands dieux de l'Hindouisme avaient des adorateurs.

En un mot, au moment où s'ouvre l'histoire de PInde, on peut dire que l'Inde a achevé son histoire. Elle ne fera plus que se répéter.

Des empires se constitueront, de grands états solidement organisés et capables de durée, qui, aidés par l'ubiquité des brahmanes et des moines, donneront à l'Inde l'uniformité. Mais on pense généralement que l'Inde n'a pas connu des royaumes et des nations; que les villes ont grossi et sont devenues des capitales, sans devenir des cités. — Aucune tradition ne sera brisée. De nouvelles invasions, de nouveaux mélanges ethniques modifieront l'aspect de certaines provinces; la civilisation brahmanique ou bouddhique rayonnera vers le sud, vers l'est, vers le nord : il arrivera que les brahmanes et les bouddhistes les plus orthodoxes se recruteront dans le Dekkan, à Ceylan, au Cachemire, en pays barbare : mais, à considérer les choses dans l'ensemble, et malgré des changements notables, aucun élément essentiel n'enrichira l'intelligence et l'âme indiennes, ni la constitution sociale et politique.

Notre programme est donc assez facile à définir : un effort pour comprendre la longue et complexe évolution qui aboutit à l'Inde du Bouddha, ou, plus modestement, pour définir les données dont dispose l'indianiste qui se hasarde à considérer cette évolution dans son ensemble.

4. Nous avons la bonne fortune de posséder dans les œuvres d'Auguste Barth — Quarante ans d'Indianisme — un admirable répertoire des choses de

l'Inde1. Dans ses chroniques, dans ses comptes rendus, dans un groupe de mémoires, il a rencontré la plupart des grands problèmes et résolu d'innombrables points litigieux et difficiles. Pour comprendre et apprécier les données astronomiques du Rigveda, il faut savoir les mathématiques et l'astronomie : Barth les savait, comme il savait la musique pour aider Kirste dans ses recherches sur les sdmans, comme il savait tout son métier d'indianiste, Veda, grammaire, épigraphie, touffue littérature de l'Hindouisme et du folk-lore. Que, sur quelques points, son avis ait été infirmé par des découvertes récentes, on pourrait presque dire qu'il avait raison, à l'époque, de se tromper. Cas très rares et qui précisent le caractère de sa quasi infaillibilité faite de clairvoyance, du sentiment du réel et du probable, mais aussi d'un profond respect pour les faits philologiques. Dans une science où, en présence des nombreuses théories édifiées sur des bases chancelantes, la sagesse paraît conseiller l'abstention et le scepticisme, Barth, aussi imaginatif que sensé, ne s'est jamais enfermé dans le doute : sa critique, destructrice des préjugés et des fantaisies, est éminemment constructive : la plupart des idées qu'il a inventées ou frappées de sa marque font aujourd'hui notre pain quotidien.

1. Quarante ans d'Indianisme. Œuvres de Auguste Barth, recueillies à l'occasion de son quatre-vingtième anniversaire, vol. I-IV, 1914-1918. (Sera cité ici sous le nom de « Barth »). Manquent à ce recueil les publications postérieures à août 1898, notamment les notes sur l'inscription dePiprava, sur l'ère Çaka, sur lion de Mathura (Ac. des Inscriptions, 1898, 147; 1901, 303; 1907, 384); les articles du Journal des Savants sur le Grundriss (1900, février-août), sur la grammaire de Kaccayana (1902, septembre), sur l'origine des fables (1904, nov. 1903-janvier 1904), sur le reliquaire de Piprawa (190G octobre). J'omets tout ce qui se rapporte à l'Indo-Ghine.

ABBREVIATIONS

Barth rr Quarante ans d'Indianisme.

Rapson 5= Cambridge History of India, I, 1922, Cambridge. JAs. — Journal Asiatique.

JRAS. = Journal of the Royal Asiatic Society. BEFEO ar Bulleti7i de l'Ecole française d'Extrême-Orient. SBE — Sacred Books of the East.

MSL. — Mémoires de la Société de Linguistique.

Hastings £2 Encyclopaedia of Religion and Ethics, 1908-1922, Edimbourg.

E. J. Rapson, Ancient India, from the earliest times to the first century A. D., Cambridge 1914.

La linguistique, confirmée par l'ethnographie et l'étude des mœurs et des institutions, nous renseigne

Bibliographie : Sten Konow, Linginstic survey of India, vol. IV (p. 227, carte des langues dravidiennes).

Thurston, The castes and tribes of Southern lndia, 1909, vol, I, Introduction.

Grooke, dans Hastings, art. Dravidians (North India), et Frazer, art. Dravidians [South India), V, 1-28.

Z. 0. Barnett, The early hisiory of Southern lndia, dans Rapson, p. 593-604.

Hopkins, Religions of India, 1896, p. 524-542 (Description des Gonds,

Khonds, Oraons, Santals, etc.) A. Lyall, Asiatic Studies, trad. de Kérallain, Mœurs religieuses et

sociales de V Extrême -Orient, 1885-1908 (I, p. 213, etc.) Baines, Ethnography, 1912.

H. B. Risley, officer of the French Academy, Census of India, 1902,

vol. I part 1. Report on the Gensus, chap. Caste, Tribe and Race,

et part 2. Ethnographie Appendices, Being the data upon which

the Caste chapter of the report is based, Calcutta, 1903. E. A. Gait, Census of India, 1911, vol. 1, part, chap. 9, Language

(319-343), chap. 11, Caste, tribe and race (365-397). The Indian Empire, I, chap. 6 (283-348) Ethnology and Caste (d'après

Risley); chap. 7 (349-401) Languages (par G. A. Grieson). Râmaprasad Chanda, The Indo-aryan races, 1916 (compte rendu de

A. B. Keith, JRAS. 1917, p. 167).

sur un petit nombre de faits, mais des faits capitaux, do l'histoire de l'Inde !.

A prendre des choses une vue générale, on constate que les langues parlées dans l'Inde forment trois groupes f 1. langues aryennes, d'origine indo-européenne, dans les bassins de l'Indus et du Gange et dans le pays marathe/ 2. langues dravidiennes, dans le Dekkhan (c'est-à-dire dans le sud, dakshina)', 3. langues mundâ, dans le Chotanagpour et le Vindhya, appartenant à des populations du type primitif. — Tandis que les pays de langue aryenne ou dravidienne sont dans l'ensemble brâhmanisés, les pays de langue mundâ restent sauvages; ils sont de nos jours envahis par le brahmanisme, et par les langues aryennes et dravidiennes.

Au point de vue ethnographique, le Penjab et le Rajpoutana, dans une moindre mesure le pays marathe, sont à distinguer du reste de l'Inde, étant plus blancs. On nous dit que les pays de langue aryenne du nord sont aussi moins foncés que le Dekkhan en général; et que les populations non encore brâhmanisées

1. Je résume les quatre pages que M. J. H. Marshall a consacrées, dans Rapson, p. 612-616, aux reliques préhistoriques de l'Inde. — Des pierres, grossièrement taillées, de l'âge paléolithique, en grand nombre dans le sud. Des pierres taillées, d'une grande variété de formes, répandues sur une aire beaucoup plus vaste, appartiennent à la période néolithique (qui s'est prolongée jusqu'au moyen âge et au-delà dans certaines régions) : les plus anciennes reliques des races actuelles, notamment des Dravidiens. Ces objets se retrouvent identiques en Asie occidentale et en Europe, à l'exception de quelques-uns dont le type est signalé en Birmanie, dans le Ghotanagpore et auxquels on attribue une origine munda. — Dans le nord de l'Inde, l'âge de pierre est suivi par l'âge du cuivre-argent (dans un seul gîte 424 outils de cuivre presque pur et 102 lamelles ornementales d'argent). — Le fer est connu du Rigveda (deuxième millénaire av. J.-G.) — Remarquable ressemblance des sarcophages préhistoriques de Pallâvaram avec ceux de Mésopotamie {JRAS. 1887, p. 693). — Dans le Sud, le fer remplace la pierre vers 500 : il y fut apporté par les Indiens du Nord.

et celles avoisinantes marquent la plus grande différence avec le type blanc.

Il est certain que, dans les pays de langue aryenne, des populations blanches d'origine ont imposé leur langue, soit qu'elles aient exercé une influence plus ou moins profonde sur la race, soit qu'elles aient été en contact avec des tribus trop peu civilisées pour maintenir leur propre tradition linguistique1; que, dans les pays de langue dravidienne, l'influence blanche ne s'est pas exercée au point de vue ethnique : des brahmanes y sont venus, nombreux, en misionnaires ; la langue indigène s'est enrichie d'emprunts au sanscrit, mais elle est restée maîtresse du sol. Une civilisation de langue dravidienne s'était développée dans le sud, sur laquelle nous ne sommes renseignés que vers les environs de notre ère.

Voilà, en gros, ce que nous savons de certain sur le peuplement de l'Inde, qui soulève de multiples problèmes très difficiles. Beaucoup de conjectures ont été formulées et trop souvent élevées à la dignité de théories. Elles méritent d'être signalées; s'il est prudent de leur faire provisoirement bon accueil, ce serait une faute d'en tenir trop grand compte. A parcourir le consciencieux et méticuleux travail de M. A. Baines (Ethnography ; castes and tribes, 1912), où sont collectionnés et classés beaucoup de faits jusqu'ici éparpillés, on est frappé du caractère purement descriptif que l'auteur donne à son livre : je ne pense pas que le mot a race » y soit écrit.

Nous donnerons ici quelques indications 1. sur les clans sauvages ou primitifs, 2. sur les langues mundâ, 3. sur les langues dravidiennes, 4. sur les popula-

1. Sur l'état des peuplades e montagnardes » au contact de la • civilisation », J. As. 1914, I, 491. — Sur la facilité avec laquelle les petites tribus changent de langue, Gait cité par Rapson, p. 50.

lions de langue aryenne. Nous examinerons ensuite le problème des deux « couleurs » à l'époque védique et à l'époque bouddhique.

§ 1 — Primitifs.

1. Il y a un peu partout, dans presque toutes les régions difficilement accessibles, contreforts de l'Himalaya, monts Vindhyas et Chotanagpour, Ghats, des groupes qui sont restés complètement ou partiellement en dehors de la civilisation brahmanique l: Ce sont des îlots de populations anciennes, demeurés intacts tandis que les populations des plaines se mêlaient, se renouvelaient par des invasions ou migrations successives, progressaient sous des influences civilisatrices, religieuses, politiques, commerciales. Sans prix pour l'histoire des religions et du folklore, ces demi-civilisés intéressent l'indianiste. Sans doute les tribus de langue aryenne (nord de l'Inde) et de langue dravidicnne furent en contact dans les plaines avec les mêmes populations qui survivent dans les lieux difficiles des montagnes. Et nous sommes aujourd'hui témoins de l'incessant travail par lequel la civilisation mord sur ces îlots, imposant sa langue, transformant les démons ou les idoles en dieux brahmano-hindous, les sorciers en brahmanes, les clans à totem en castes.

Parmi ces primitifs, les uns ont des langues à eux, des parlers manda (voir p. 125) — leur langue les isole et, quelle que soit leur race, les dénonce comme « autochtones » ; — les autres, avec un minimum de brahmanisme, ont adopté des dialectes aryens (Bhils,

t. Voir Baines, Ethnography, chapitre Hill Tribes, p. 112-139.

Minas, etc.) ou des dialectes dravidiens (Urâon, Gondi, etc.)- Ces derniers se distinguent, dit-on, par des caractères physiques (indices toujours suspects) et plus sûrement par leurs institutions (matriarcat, clans à totem, etc.). Mais parfois leur caractère « autochtone » est attesté par certains usages : les Bhils, que leurs voisins nomment « le peuple noir », sont les anciens maîtres du sol: à l'investiture d'un chef rajpoute — et les rajpoutes sont les seigneurs depuis peut-être quinze siècles — le front du chef doit être oint avec le sang du pouce ou de l'orteil d'un montagnard Bhil.

La disposition géographique des groupes parlant rnunda et des groupes de primitifs parlant aryen, montre que ces derniers parlaient jadis mundd.

Quant aux primitifs qui parlent dravidien, le meilleur juge (Thurston, Madras Presidency, 124, apud Rapson p. 41) assure que les groupes primitifs méridionaux se distinguent par la race des Dravidiens des plaines: ils seraient apparentés aux Veddas * (Ceylan) aux Toalas et Batins (Gélèbes, Sumatra). — Le dravidien, d'ailleurs, s'est propagé au nord et certains groupes primitifs de langue dravidienne s'enfoncent comme un coin entre des îlots munda.

§2 — Parlers Mundas 2.

1. Les recherches récentes ont établi l'existence d'une famille de langues où se groupent, unis par des liens assez lâches mais certains, des parlers répandus

i. E. Deschamps, Au pays des Veddas, 1892.

2. Grierson JRAS, 1907, p. 748, W Schmidt, BEFEO, 1907, p. 232, (Grundzuge einer Lautlehre der Mon-Khmer-sprachen 1905; Die Mon- Khmer Vollcer, eine Bindeglied zwischen VÔlkern Central Asiens und Austronesiens 1908); Skeat (-t Blagden, Pag an races of Maiay Peninsida, 1906 (voir G. Ferrand, JAS. 1907, I, 545).

sur une grande partie du globe !. C'est la famille qu'on nomme « mon-khmer » : le mon ou talain est l'ancienne langue de la Birmanie, le khmer est la langue du Cambodge. A cette famille, qu'on nomme encore « austro-asiatique » et dont les premiers membres reconnus avaient été qualifiés indûment « kolarien » 2, se rattachent plusieurs dialectes de l'Inde, dont les parlers munda, qui nous intéressent; en outre des langues des îles Nicobar et Andaman, de Formose, de la péninsule malaise, de la Nouvelle-Zélande, de Madagascar 3.

De ces faits linguistiques, on a conclu à une race austro-asiatique, hypothèse contestable qui donne prétexte à de multiples conjectures sur le peuplement de l'Inde. Il faut s'en tenir à la règle « aussi incontestée en principe que négligée en pratique » que la parenté linguistique ne comporte pas nécessairement la parenté du sang 4. — A cultiver de vaines hypothèses, on ne manque pas d'altérer, sciemment ou non, les faits

1. Les langues munda furent d'abord comparées aux langues dravidiennes qui sont aussi du type agglutinatif. Mais Grierson a démontré que la théorie d'une famille linguistique mundo-dravidienne (F. Hahn) était inexacte. — Gonrady {Mélanges Ernest Kuhn, 475-504) veut rattacher le munda au sino-tibétain : hypothèse abandonnée. — On trouvera JRAS. 1908, p. 222, Indian Empire, I, 382, une bonne et succinte définition des langues munda — Les Mundas ne connaissent que la numération par douze et vingt. Les Sararas, par exemple, comptent 12, 12 -|- 7, et au-delà par vingtaines. Le Pamir a des usages analogues (JRAS. 1913, 1065).

2. Le mot kola s'entend, dans les Purânas, de certaines populations sauvages (?) mal déterminées ; mais kolarien vient d'une fantaisiste hypothèse de l'indianiste amateur F. Wilford qui, d'après Plutarque (de Fluviis, IV. 1) et ce qu'il dit du Gange et de la nymphe Galauria, crut que l'Inde s'appelait jadis Colar (1809). Campbell (1866) et les ethnographes ont fait la fortune de kolarien. (W. Crooke, Hastings, VII, 754).

3. Sur le mon, Elagden, J. As. 1920, I, 457-505; sur les dialectes des îles Nicobar et Andaman, Blagden, JRAS. 1908, 1201.

4. G. Buschan, lllustrierte Vblkerkunde : K. Weule, Leitfaden der VÔlkerkunde (1912), Heine Geldern, Gibt es eine Austro-asiatische Rasse? - Voir Finot, BEFEO, 1920, IV, 67.

observés, et on retarde la rédaction d'une description solide et intelligible, dont nous avons d'abord besoin. 2. On peut appeler munda les parlers indiens de la famille mon-khmer, bien que ce nom appartienne en propre à l'un de ces parlers. Les clans parlant munda fournissent la majeure partie des « primitifs » dont il a été question ci-dessus. La répartition géographique de ces clans est intéressante.

(a) Au nord, dans le Penjab, la kanâvarï et la kanâshî, dans le Népal, le limbu et le vayu se rapprochent des parlers mundas authentiques. D'après de bons juges, ils représenteraient du proto-munda recouvert par des langues tibéto-birmanes (Linguistical survey, III, 1, 179): mais ce point reste douteux.

(b) Au nord-est, dans l'Assam, le khasi voisin du mon !.

(c) Au sud, la khervarï que parlent 2.800.000 personnes. Cette langue se divise en plusieurs dialectes, la khervarï proprement dite, la santalï dans le Bengal, la mundârï qui est l'idiome des Mundas (575.000) et constitue un îlot important dans le Ghotanagpour. — Ensuite, plus ou moins différents de la khervarï, les dialectes des Kharrias (101.000) et des Jouangs (11.000) et celui des Savaras (157.000) et des Gadabas (37.000) au sud du Chotanagpour vers la côte de l'Ovissa. — Le kurku (88.000) est la langue de Mahâdeo et de Satpura au centre même de l'Inde 2.

1. Sur les Khasis que Gurdon a soignement étudiés, The Khasis (1907), voir JRAS, 1907, 700, 743 ; Blogh, BEFEO, 1907, 232: Lacôte, Revue Histoire religions 190S, II, 388; Hastings, II, 487 (art. Bengal) et VII, 690 (Khasis).

2. D'après Indian Empire, I, 383 ; Census of India, 1911, p. 322-7 ; Grierson, JRAS. 1907, 187, 743. — On trouvera dans l'article Inde de la Grande Encyclopédie (S. Lévi) la description des Santhals et des Jouangs. — De nombreux articles de l'encyclopédie de Hastings, dûs pour la plupart à Crooke, fournissent une documentation abondante et facile : Kharwàr VII, 689; Kol VII, 754, Munda. XI, 1

Les indices sont certains d'une extension plus grande. Le kharria est actuellement mangé par le dravidien (par le dialecte kurukh) et par un patois aryen ; le savara et le gadaba sont très mêlés de telugu ; dans le district de Gayâ, aujourd'hui de langue aryenne, on trouve des pierres funéraires semblables à celles du Ghotanagpour où les Mundas sont autochtones ; M. Sten Konow croit pouvoir signaler dans la maithilï, parler du Yideha ou ïirhut au nord du Gange, des influences mundas l. — Les îlots dispersés de langue munda seraient les restes d'un continent disparu : des tribus mon-khmer auraient jadis occupé les plaines de l'Hindoustan (Baines, Ethnography , p. 3) et, qui sait? toute l'Inde: elles auraient été recouvertes par des vagues dravidiennes (Dekkan) et indo-européennes, par des vagues tibeto-chinoises à l'est (Rapson dans Rapson p. 41). M. Sten Konow paraît penser que ces hypothèses sont susceptibles d'une sorte de démonstration linguistique 2, et, sur ce point, je suis

(« Les Mundas, dans leur langue, se nomment Horoko « hommes ». le nom Munda est d'origine sanscrite, signifie « chef de village » et a été donné aux Mundas par leurs voisins » : je veux bien; mais munda signifie « chauve », « tondu », non pas « chef de village »), Santal, XI, 193.

1. Mais je ne vois pas que M. Grierson le suive dans cette interprétation des faits si complexes de la maithili. Voir l'article de J. Bloch, JAs. 1911, I. 158.

2. La confusion du masculin et du neutre dans les prakrits (?) et les langues modernes (à l'exception de la guzarati et de la marathi qui confinent au dravidien) indiquerait l'ancienne prédominance du Mon-Khmer dans l'Indoustan. Seraient aussi, à l'origine, de langue Mon-Khmer, les Bills et Sauras (bord septentrional des monts Vindyas), probables cousins des Sabaras qui parlent Mon- Khmer, dans l'Orissa. Les Çabaras de l'Aitareya brahmana, et, à date plus ancienne, les Dasyus du Veda, seraient aussi des représentants de la même famille linguistique. (Dieux de Mitani, Christiania 1921 p. 31 et suivantes). Ce n'est certainement pas impossible ; mais la preuve n'est pas faite. — Ces populations, aux temps modernes, émigrent volontiers. Au recensement de 1911, il y avait 67000 mundas dans le Bengal et 91000 dans l'Assam, travaillant aux plantations de thé. Les Santals habitent le district

d'accord avec lui. Mais on peut douter qu'il se soit engagé sur une bonne voie, sur la meilleure voie. Comment nous assurer que la grammaire des parlers modernes aryens a subi l'influence mundciï Comment débrouiller l'histoire des innovations grammaticales de ces parlers, et faire une part certaine à Tautochtone, alors qu'on ne voit pas clair dans le celtique ou pré-celtique du latin des Gaules? C'est du côté du lexique et de l'étymologie que les certitudes sont possibles. Si l'Inde aryenne a jadis été munda, l'étude de la toponymie ne peut manquer de mettre ce fait en évidence. Par malheur, la philologie munda n'est pas encore en possession d'une méthode étymologique rigoureuse : pour des mots sanscrits qui certainement ne sont pas aryens — - noms de la banane, etc. (voir p. 199 n. 2) — l'original munda est mal aisé à déterminer '.

§ 3 — Langues dravidiennes.

Dravidien est la transcription de Dravida, Dramida,

nommé Santal Parganas (sud de Bhagalpur, Bengal). D'après une tradition ils auraient pris ce nom de leur séjour aux environs de Saont, village obscur du pays de Midnapour (sur la côte immédiatement au sud du delta du Gange); d'après une autre tradition, plus solide, ils seraient venus des collines d'Hazaribagh, immédiatement au sud de Gayâ : en tout cas, leur habitat actuel n'est pas leur séjour préhistorique. — Toute spéculation sur l'extension ancienne des parlers munda doit tenir compte de ces faits.

1. Un récent mémoire de S. Lévi, Pré-âryen et pré-dravidien (JAs. 1923, II, 1-57, publié en 1924) marque un grand progrès, a new departure, dans l'étude du problème. De nombreux doublets intéressant le nom des peuples, Kosala-Tosala, Anga-Vanga, Kalinga- Trihnga, Pulinda-Kulinda, etc., et bien des détails de l'onomastique ethnique, s'expliquent, et s'expliquent seulement, par le mon-kmer. L'influence considérable du t polynésien » dans l'Inde pré-historique et historique paraît donc solidement démontrée LNote ajoutée à la lecture de l'épreuve].

Damila, c'est-à-dire tamoul ou tamil. Le mot désigne donc seulement la langue et les habitants du pays Tamoul; mais, depuis R. Caldwell *, on l'entend de toutes les langues apparentées au tamoul.

Il est douteux, quoiqu'on le répète depuis Burnell, que la littérature sanscrite connaisse le composé Andradrâvida, c'est-à-dire « le pays des Andhras ou pays de langue telugu et le pays des Dravidas ou pays tamoul2». — Mais Andhras, Dravidas et d'autres tribus de parler apparenté sont nommés dans de vieux textes.

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