Disons : deux ou trois siècles après ce sage
2. Voir Senart, Un roi de Vlnde, Revue des Deux Mondes, 1er mars 1889, p. 89.
disparate de rites, de règles et de spéculations qu'on appelle le Brahmanisme, était achevé. — La caste et le village, cellules permanentes de la société indienne, ont à peine changé depuis ce temps ! : « Longtemps émiettée en une poussière de principautés, d'oligarchies et de républiques, l'Inde avait passé au stage des confédérations et des royautés féodales » 2 : Râjas et Maharajas exerçaient un pouvoir humain et tyrannique ; les brahmanes tiraient, de leur prestige spirituel, beaucoup d'avantages. — Foncièrement païenne et polythéiste comme elle est restée, riche d'un panthéon où domine aussi le régime des castes (Foucher, Art du Gandhâra, n, 28, 102), l'Inde était, comme aux siècles suivants et comme elle est demeurée jusqu'à nos jours, mystique et spiritualiste. Vers l'époque du Bouddha, la grande doctrine de l'émanation, à tendances monistes, était au moins en voie d'élaboration avec tous les corollaires moraux et théosophiques qu'elle comporte. Le Bouddha donna une expression parfaite à un mysticisme plus rationaliste si on peut dire ainsi; il assura à la doctrine morale de la rétribution des actes un triomphe séculaire. Les Jaïnas poussent à l'extrême le respect de des êtres vivants et l'austérité. La dévotion n'avait pas encore produit l'admirable poème de la Bhagavadgïtâ, où le mysticisme dévot et le respect des
1. « Ces communautés de village sont de petites républiques produisant tout ce dont elles ont besoin et presque indépendantes de toute relation extérieure. Les dynasties se succèdent; les révolutions se multiplient; L'Hindou, le Patan, le Mongol, le Marathe, l'Anglais sont maîtres tour à tour; mais les communautés de village restent pareilles à elles-mêmes ». (Montgomery Martin, Hist. of tlie British Colonies, 1835, I. 340, cité par RapSOD, dans JRAS. 1895, p. 871.)