‹ Histoire du mondeChapitre 28 sur 58 · J. Bloch, JAs. 1911, I, 162-166 — Denis de S. Bray, The · texte numérisé non relu

J. Bloch, JAs. 1911, I, 162-166 — Denis de S. Bray, The

Brahùi language, 1909 ; The Life-history of a Brahùi, 1913 (JRAS. 1914, 452) — Census Report of Bah/chis(an, 1911. — Un proverbe brahùi montre la difficulté des recherches "anthropologiques : f Par trop de nourrices, la tète de l'enfant devient ovale » (JAs 1914, I, 486).

132 jL'INDE JUSQU'EN 300 AVANT J.-G.

par le marathi et peut-être jusqu'au Rajasthan », que « le brahûi, ou le langage dont il serait un dialecte, était contigu à la fois au gondi et au canarais ».

2. Certaines parties de ce domaine sont des acquisitions plus ou moins récentes. Le dravidien refoule les parlers mundas dans* la province d'Orissa ; il s'est imposé aux petits groupes des « primitifs » des Todas (700 personnes) 1 et des Kotas (1300); les Oraons se disent venus du pays canarais et la linguistique confirme cette tradition 2.

D'autre part, le dravidien a été expulsé par Pâryen de la côte de Konkan et sans doute d'une partie du pays marathe (Indian Empire, 318. Rapson, 30).

Le brahûi pose un problème plus grave. Faut-il croire que les Brahûis ont émigré du Dekkhan au Bélouchistan?3 Faut-il croire que le dravidien occupa jadis toute la région qui sépare le brahûi de la masse des parlers dravidiens ? « Ce qui fait l'intérêt de cette question, c'est que de la solution qu'on lui donne dépend l'idée qu'on peut se faire de la carte linguistique de l'Inde ancienne, au moment de l'invasion du sanskrit, et par suite, des influences qui ont agi sur le déloppement du sanskrit lui-même ». — La plupart des savants (Rapson, 41) pensent que le dravidien a exercé une action phonétique profonde sur les langues âryen-

1. Tribu pastorale des montagnes Nilgiri, les Montagnes bleues, à 2000 mètres d'altitude, voir W. Rivers dans Hastings, XII, 354-357. — Ils ont attiré l'attention de bonne heure, Harkness, Description of a singular aboriginal race inhabiting the summit of the Neilgherry hills, 1832.

2. Les clans qui parlent Oraon sont entourés de clans qui parlent munda « La distinction est purement linguistique et ne correspond à aucune différence physique. Toutefois Sarat Ghandra Roy qui a passé des années dans ce pays dit que quiconque a vécu longtemps parmi les Oraons et les Mundas est à même de les distinguer. » (Hastings, IX, 502J.

3. « La classification indigène des tribus brahûi distingue les autochtones des vrais Brahûi et fait venir ceux-ci de l'étranger (d'Alep en fait) » (J. Bloch, loc. cit.).

nés; que, par conséquent, à l'époque où les Aryas pénétrèrent dans l'Inde du nord, ce pays, après avoir été munda, était devenu dravidien.

Quoi qu'on pense des Brahûis qui se considèrent comme des immigrés en Bélouchistan, quelle que soit l'hypothèse raisonnable sur l'origine asiatique des Dravidiens1, il est à peu près certain que les Aryens ont rencontré des populations mundas là où on parle actuellement munda et dans la région voisine (Yamunâ, Gange), et des populations dravidiennes là où on parle dravida, dans le Dekkan, le long de la côte ouest. L'extension géographique des mundâris, derniers possesseurs du bois et du rocher, a été diminuant, rongée par l'aryen et par le dravidien. — Mais c'est peut-être fausser l'histoire linguistique de Plnde que d'admettre, dans le vieux sanscrit du nord, de notables emprunts phonétiques et de vocabulaire aux parlers autochtones (Voir p. 129, 198).

§ 4 — Types indo- aryen, indo dravidien, etc.

1. La majeure partie des populations de Plnde du Nord parle des langues aryennes : celles-ci, lors-

1. Plusieurs savants ont établi des rapprochements plus ou moins plausibles entre le dravidien d'une part, l'étrusque, le finno-turc, etc. d'autre part. Voir Sten Konow, Etruscan and Dravidian, JRAS. 1904, p. 45-51; Thomas, Tarkhan and Tarquinius, ibid. 1918, 122. Mais aucune conclusion ne se dégage de ces rapprochements. Nous ne pouvons pas non plus nous associer sans réserves à Popinion de M. Rapson (p. 43) : « Rien ne nous empêche de penser que la survivance d'une langue dravidienne en Bélouchistan doit indiquer l'entrée préhistorique des Dravidiens à travers le Bélouchistan. Venaient-ils de l'Asie centrale ou l'Asie occidentale, on ne peut le décider avec une certitude absolue.; mais la seconde alternative trouve une très forte confirmation dans la similitude non douteuse des types ethniques sumérien et dravidien » (D'après Hall, Ancient History of Ihe Near East, p. 173, qui d'ailleurs fait venir les Sumériens de l'Inde).

qu'elles entrent en contact avec des parlers non défendus par une civilisation solide, comme sont les parlers dravidiens du sud, triomphent aisément (Rapson, 45).

Mais les populations de langue aryenne présentent, au point de vue physique, des différences notables *.

Les ethnographes 2 établissent une distinction nette entre le Cachemire, le Penjab à l'est de l'ïndus jusqu'au Sirhind et le Rajpoutana d'une part, et les pays de la vallée du Gange, au nord de la Jumnâ et du Gange/jusqu'au Bengal : ils reconnaissent deux types, le type indo-âryen à l'ouest, le type âryo-dravidien [ou âryo-munda] à l'est.

Les populations occidentales, caractérisées par les Rajpoutes, les Khattris et les Jats, sont du type « grand, clair, yeux noirs, barbu, dolichocéphale, nez étroit et saillant mais pas très long ». On observe qu'aucune différence physique nette ne correspond aux différences sociales. Il y a un abîme entre les Rajpoutes d'Oudaipur et les castes de vidangeurs du Penjab: les uns et les autres sont, physiquement, du même moule.

Bien différent le type des populations orientales (partie du Rajpoutana, Provinces-Unies, Bihar) : dolichocéphale moins marquée, teinl allant du clair-sombre au noir, nez épaté, taille moins haute. En contraste marqué avec l'uniformité qu'on constate dans l'ouest, une grande variété d'après le rang social: en haut, le type se rapproche beaucoup de celui des Occiden-

1. J. Kennedy dans JRAS. 1919, p. 499, groupe les témoignages anciens relatifs aux caractères physiques des Indiens, Strabon, II, ni, 7, xv. 13, Ctesias, Indica, 9 « Ce n'est pas le soleil, mais la nature qui les fait noirs ; ils disent qu'il y a parmi eux des hommes plus blancs... » ; Arrien, lndica, 16 et 17 et AnabaseY, 19, 1.

2. Indian Empire, I, p. 293 ; Risley, Tribes and Castes of Bengal, 1902. — Voir aussi Ramaprasad Ghanda, The Indo-Aryan races, 1916 (Compte rendu de Keith, JRAS. 1947,467-175) et sources citées, opinions de Bhandarkar, de G. V. Vaidya, etc.

taux, en bas la différence avec le type dravidien (sud du Gange), quoique sensible, est petite : « En mesurant Pindex nasal d'un homme, on peut dire à quelle caste il appartient l ».

De ces données anthropologiques, les historiens ont tiré d'importantes conclusions.

Le type aryen s'est maintenu à un haut degré de pureté à l'ouest; il s'est transformé à l'est; il disparaît dans le Bengal (Indian Empire, I 304). Tenons donc pour certain que le Penjab fut conquis par des populations blanches qui, venues de l'Iran, entrèrent dans l'Inde soit par les routes du nord-ouest (Bactriane- Caboul), soit par FAfghanistan-Bélouchistan qui, à cette époque, était mieux arrosé qu'aujourd'hui. Les tribus conquérantes étaient des tribus homogènes où les femmes étaient du même sang que les hommes; elles ont fait souche de blancs dont les gens du Penjab occidental et du Rajpoutana sont, sans croisement ou avec des croisements insignifiants, les arrière-neveux.

Ce type aryen ou occidental (blanc) s'arrête brusquement pour faire place au type âryo-dravidien (brun) : il y a transition nette, non point passage graduel. De ce fait, deux explications ont été proposées.

La première a reçu l'approbation des savants les plus qualifiés et « a été généralement acceptée dans les publications officielles du gouvernement des Indes » (Rapson dans Rapson, p. 45). Les Anglais l'appellent la théorie du wedge. Ses partisans l'ont ingénieusement diversifiée: on peut la résumer comme il suit.

i. t C'est à peine une exagération de dire que le rang social d'un homme varie en raison inverse de la largeur de son nez » (Risley, Tribes of Bengal, I. p. xxxiv). Formellement contredit par Crooke, Tribes and Castes of North Western Provinces (Senakt, Castes p. 199, Bouglé, Année sociologique, 1901, p. 59); Baines aussi se moque agréablement des « rhinologistes ».

Après que les Aryas d'une première invasion se furent installés, hommes, femmes et bêtes, dans le Penjab, d'autres bandes aryennes cherchèrent à leur tour le chemin de l'Inde. Mais les premiers venus bloquaient les routes de Caboul ; force fut aux Aryens en retard de prendre plus à l'est, attaquant l'Hindou- Kouch de front, par les hautes vallées du Kumar et de l'Indus, avec des passes de 4000 à 5000 mètres.

Ils débouchèrent dans le Penjab, mais, contenus par les premiers Aryas, ils longèrent les contreforts de l'Himalaya et ne purent prendre extension qu'une fois arrivés dans le bassin du Gange : là, ils* rencontrèrent des autochtones dont ils vinrent à bout. Mais les femmes n'avaient pas accompagné les hommes à travers l'Himalaya: les nouvelles bandes aryennes, composées exclusivement d'hommes, donnèrent, par leur mélange avec les Dravidiens, le type âryo-dravidien.

D'après d'autres « historiens », c'est par le Tibet et l'Himalaya central que cette seconde invasion, s'enfonçant comme un coin {wedge) entre le Penjab blanc et aryen et les masses autochtones du Gange, trouva son chemin vers PInde. — Très peu vraisemblable, la théorie du wedge est cependant défendue par des arguments linguistiques spécieux '. On y a soudé des vues bizarres sur l'histoire du Védisme et de la civilisation brahmanique.

1. Reprenant une hypothèse de Hoernle (Gaudian grammar, 1880, p. xxx ; voir Barth, III, 396), M. G. Grierson divise les langues modernes de l'Inde en deux groupes : d'une part, le groupe central (dialectes de l'hindi occidental, Ganoje-Agra), auquel se rattachent et d'où dérivent les parlers du Rajpoutana, du Guzarate et du Penjab; d'autre part, le groupe extérieur: (1) parlers du Sindh et du Cachemire, (2) du pays des Marathes, (3) du Bihar (Magadha, Patna) et du Bengale. L'hindi oriental (Allahabad, Aoude) se rapproche du groupe extérieur. — M. Grierson croit que cette opposition de la langue centrale et de la langue extérieure

Ecartant ces combinaisons aventureuses, on observe que la région où s'arrête le type dit indo-âryen est ce couloir entre la montagne et le désert où vient naturellement mourir un flot d'immigration insuffisamment alimenté. Les Aryas se seraient fixés, tribus errantes, surtout pastorales, dans le Penjab, pays d'herbe, pays peu peuplé et improductif. Au delà du Penjab, ils n'auraient entrepris que des expéditions guerrières, des exploratiqns commerciales; ils y ont imposé leur langue sans maintenir leur type, donc ils n'ont pas peuplé, ils ont colonisé. Parmi les colons, certains groupes étaient jaloux de leur sang. Ainsi s'expliqueront, en principe, et l'opposition du type occidental avec le type oriental, et la diversité du type oriental. Un mélange de proportions très variées a eu lieu entre les autochtones et les colons qui leur ont apporté l'aryen.

Il est bien difficile à un ignorant de contester les constatations des ethnographes et de critiquer les déductions des historiens-ethnographes. — Mais on ne doit pas abuser de notre ignorance pour nous imposer des certitudes sur des points qui n'en comportent pas. Que l'actuelle population du Penjab représente la race pure des Aryas védisants *, c'est bien improbable, car le nord-ouest a été ouvert à toutes les invasions depuis plusieurs millénaires. Que les Jats, dont une tribu porte le nom.d'Arabi, soient

remonte à la plus haute .antiquité. Cette doctrine est la doctrine officielle (Impérial gazetteer of India, Indian Empire, I, p. 349-401; Bulletin School of Oriental Studies, I, 1-2). M. Pargiter y a cousu toutes sortes de rêveries d'une érudition trouble, que M. Keith traite justement d'absurdes et d'extravagantes, et qui tinrent trop de place dans le JRAS. 1908, 852 ; 1917, 172, 400; 19*9, 504, etc.; la plus topique est dans J. À. S. Bengal, 1897, I, 85.

1. Voir Keith, JRAS. 1971, 171: We hâve not the slightest évidence of the real type of the Vedic Indian, except that he must hâve had a nose différent from the broad flat type.

d'authentiques indo-iraniens, nous n'en croyons pas un mot. Qu'il soit possible de déterminer le type anthropologique des anciens Aryas du Penjab, de leg définir comme dolichocéphales et aquilins, nous le nions avec sécurité.

On peut aussi beaucoup épiloguer sur cette affirmation que le Penjab était, aux temps védiques, médiocrement peuplé d'autochtones; que, au contraire, les autochtones formaient, depuis le Sirhind et le long du Gange, une population nombreuse. Des mouvements importants de population, venant du nord (type mongoloïde) et du sud (munda, etc.), ont eu lieu à époque historique dans le Bengal : rien n'interdit de penser que la plaine du moyen Gange a été, elle aussi, un lieu d'attraction pour des tribus non aryennes en des temps postérieurs, à l'âryanisation de ce pays. — Résignons-nous à beaucoup ignorer â.

1. Pour ne pas être trop incomplet, il faut signaler d'autres types ethnographiques : 1° type « mongol », Birmanie, Assam, contreforts et vallées de FHimalaya jusqu'au Cachemire. Des populations septentrionales sont descendues du Tibet ou de la Chine : ce mouvement n'a pas pris fin de nos jours ; mais la langue aryenne lutte victorieusement. L'Assam, jadis de langue mon-khmer, ensuite birman, parle un dialecte analogue au bengali (Rapson dans Rapson, p. 39, 47, 49) Nous sommes bien renseignés sur ce qui s'est passé au Népal (S. Lévi, Le Népal, Etude historique d'un royaume hindou, 1905-4908, I, 219-279).

2° Type bengali. — Ce serait un mélange de Dravidien (?) et de Mongol avec un peu de sang aryen dans les classes supérieures » (comparer Rapson, p. 47). La colonisation brahmanique s'y continue à basse époque: des rois font venir des prêtres du haut Gange. — Les Vangas (d'où Bengal) et les Kalingas (Orissa) subissent après le Bouddha l'influence des rois de Patna : Açoka regrette d'avoir ravagé un pays où il y a des brahmanes, et des religieux de diverses sectes. — Visiblement, le Bengale n'est pas un pays aryen : la langue n'est aryenne que par le vocabulaire (Barth, II, 221). Bien plus une bonne partie de la population est encore bilingue « et on peut saisir sur le vif le processus par lequel une race change d'idiome » (Anderson, remarques très intéressantes dans The origins of Bengali, JRAS. 4911, p. 524 527).

3° On se demande si on a le droit de parler d'un type scytho-

g 5 — Les deux « couleurs » dans le Veda et les Suttantas.

Aussi haut que remonte notre information et jusqu'à nos jours, il y a, à côté de la société policée, des groupes — soit des clans de la montagne, soit des « castes » vivant à part, isolées dans des professions impures — que la société considère comme étrangers. Dans bien des cas, nous avons là des éléments réfractaires à l'assimilation brahmanique plutôt que des éléments ethniques distincts des populations brâhmanisées. — Parmi tant de propositions hasardeuses de Nesfield, il faut retenir celle-ci, hasardée et insusceptible de la plus modeste démonstration, mais qui donne à penser : c< C'est illusion pure que de distinguer dans l'Inde des courants de population divers, aryens et aborigènes. Le flot de l'invasion aryenne s'est abîmé de bonne heure dans la masse; l'unité s'est faite très tôt; plus de mille ans avant l'ère chrétienne, elle était déjà acquise » (Senart, p. 185, résu-

dravidien qui occuperait la Présidence de Bombay en la débordant vers le Mysore et la côte de Konkan. Les ethnographes pensent que les Marathes font le pont entre le Dravidien dolichocéphale et le Turko-iranien (Béluchistan et rive droite de l'Indus) qui est brachycéphale. Plusieurs expliquent ce type mixte par les invasions scythes (çakas) des premiers siècles de notre ère. Les historiens (Rapson dans Rapson, p. 44) qui admettent le type scytho-dravidien supposent des immigrations préhistoriques : « les envahisseurs appartenaient probablement à la race brachycéphale alpine des plateaux de l'Asie occidentale (Anatolie, Arménie, Iran); ils seraient entrés dans l'Inde comme les Dravidiens avant eux, à travers le Bélouchistan, à une époque où la dessication de cette province ne l'avait pas rendu infranchissable à des multitudes > (Rapson, d'après Haddon, Wanderings of Peoples, p. 12, 17). Barnett résoud le même problème par la distinction des prédravidiens, protodravidiens (dans Rapson, p. 594). — Tout cela laisse très sceptique. - Voir Keith, JRAS 1917, p. 170.

mant Nesfield, Caste System; même théorie dans Ketkar, History of caste, I, 82).

On a bien l'impression que l'opposition entre Arya et non-Arya est surtout l'opposition que crée la différence des rites, des dieux, de la manière de vivre. Je ne pense pas que, d'après les sources bouddhiques, on ait le droit d'affirmer une différence ethnique entre les brahmanes et les autres classes. Et, sans contester que les témoignages védiques sur les deux « couleurs » prouvent l'existence en Penjab et Rajpoutana de « peuples noirs », je crains qu'on n'ait exagéré la précision de ces témoignages et leur portée : ils ne démontrent pas que les chantres védiques furent des « blancs de nez aquilin » ; ils ne doivent pas nécessairement être reportés à la catabase de ces blancs dans une Inde noire et camuse.

1. Plusieurs passages du Rigveda racontent la lutte des Aryas, et la lutte d'Indra en faveur des Aryas, contre les Dasyus-Dâsas. Il n'est pas douteux que les Dasyus ne soient souvent des démons et que plusieurs de leurs chefs ne soient des personnalités plus ou moins mythologiques. Mais les détails de caractère réaliste et humain sont nombreux, et dès le Rigveda, comme plus tard, le mot Dasyu a désigné des ennemis terrestres.

A « notre couleur » (varna) (i, 104, 2), à la couleur ârya (ni, 34, 9), au nom {nâman) ârya (x, 49, 3) que protègent les dieux Indra et Agni, s'oppose la couleur dâsa (n, 12, 4), la peau (tvac) noire (krishna) ou foncée (asikni) (x, 41, 1, 73, 5), les clans (viças) dont Agni brise les forteresses (vu, ^5, 3). — L'Arya est quelque fois décrit comme « sans dieux » (adeva) (x, 38, 3), et, de ce chef, est associé au Dâsa dans la haine du prêtre (vu, 22 10); l'Arya, comme le Dasa ou le Çûdra, tient des paroles hostiles (ou profère des malé-

fices, mridhravac, i, 174, 2 ; v, 29, 10 ; vu, 18, 13 et Atharva). Mais c'est au Dasyu-Dâsa qu'on reproche d'avoir des « rites étrangers » (anyaorata), d'être extra-humain ou démoniaque (amanusha) de ne pas sacriûer, de ne pas honorer les dieux (adeoâyu) (vin, 70, ii ; x, -22, 8) : « Que les dieux distinguent PArya qui honore les dieux et le Dasyu qui n'a pas de rites (avrata) » (i, 51, 8; x, 86, 19)1. — A ces mécréants, les Aryas prennent des femmes qui sont les ddsîs, ou esclaves, « à la matrice noire » (krishnayoni, n, 20, 7). Un prince reçoit le nom de Trasaddasyu « terreur des Dasyus ». — On se demande si les Pipru, les Ilibiça, les Gumuri, les Dhuni, d'autres encore, ne représentent pas l'onomastique des chefs barbares : parmi ceux-ci un Balbutha (vin, 46, 32) qui paraît avoir donné aux brahmanes cent chameaux. On pense que des alliances eurent lieu entre Aryas et Dasyus contre Aryas (Keith, dans Rapson, 86).

Deux passages retiennent l'attention, dont les ethnographes et les historiens tirent parti : Pépithète anâs qui se rencontre une seule fois et qui est appliquée aux Dasyus, Pépithète vrishaçipra appliquée à un certain Dâsa (v, 29, 10 ; vm, 99, 4).

Anâs signifie « sans nez » ou « sans bouche ». Les commentateurs indigènes comprennent « sans bouche » ; les indianistes traduisent « sans nez » et comprennent « camus » ; Mégasthènes a des àpptve; et des foropLot. — D'après M. Keith (Rapson, 85), « Pépithète anâsas signifie certainement ce sans nez » 2 et montre clairement que les aborigènes auxquels elle fut appliquée étaient du type dravidien tel que le décrivent

1. Il n'y a rien à tirer de çiçnadeva « ayant pour dieu le phallus », quoiqu'on s'en serve pour voir dans les Dasyus les premiers « lingaïtes ».

2. t Noseless, out of révérence to Mr. Risley and other rhinologists - (Bjunes, JRAS. 1894, p. 664).

les ethnographes; conclusion que confirme la langue hrahùï... » — Mais, à se reporter au texte1, on voit que le passage où figure cet àrcai; est bien obscur.

Quant à orishaçipra « à lèvre de taureau », comment ne pas y reconnaître « le big protuding lip » (Sten Konow)des Dravidiens? Cette épithète est appliquée à Çambara, qu'on tenait jadis et à bon droit pour démoniaque, mais dont M. Sten Konow vient d'interpréter la légende2. — Par le fait, l'exégèse védique avait abusé du soleil: après trois quarts de siècle, la pensée vint que, peut-être, les Hymnes parlaient des ennemis terrestres, et que les « citadelles < — montagnes » étaient des hauts lieux où on enfermait le « bétail — nuage » par crainte des razzias. Mais d'un excès on tombe dans un autre. Que Çushna, « celui qui siffle », « celui qui dessèche », soit un autochtone, il en sera comme il vous plaira ; mais à quoi bon expliquer son épithète « cornu » par sa parure de guerre, et le qualificatif de « bête sauvage » par ses traits bestiaux?

Dans trois passages la « couleur » aryenne est opposée à la « couleur » dasyu, dans deux passages le Dasyu est qualifié « peau noire »; ceci prouve que les tribus védiques connurent des populations foncées; de même les Marhates, qui ne sont pas des blancs, appellent les Bhils « peuple nbir ».

2. On admet que, à l'époque du Bouddha ou plutôt des sources bouddhiques, les brahmanes, différaient des autres castes par la « couleur », • — R. Chalmers (JRAS. 1914, 3.46), cité et approuvé par Rhys Davids (Dialogues of'the Buddha, i, 104), loue le Bouddha

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