‹ Histoire du mondeChapitre 41 sur 58 · Au nord du Gange, face au Magadha, entre la · texte numérisé non relu

Au nord du Gange, face au Magadha, entre la

1. Rhys Davids prenait difficilement son parti de cette légende; « Espérons que cette horrible histoire de déshonneur, trahison et massacre, est un conte de fées (fairy-tale). Avant de discuter la question avec profit, il nous faut avoir tous les commentaires sous les yeux » (Dans Rapson, p. 185).

Rapti et la Gandhak, s'étendait le territoire des Licchavis, clan féodal ou, comme dit Rhys Davids, républicain. La ville principale, Vaiçàlï-Vesàlï, est importante dans l'histoire religieuse *. C'est là que vivait la courtisane Ambapalï, grande amie du Bouddha et des moines ; c'est à Vaiçâlï que se rattache le seul souvenir de l'ancienne histoire ecclésiastique commune aux diverses branches du Bouddhisme : le souvenir du concile réuni, en 100 ou en 110 du Nirvana, pour condamner avec l'appui des moines d'occident le laxisme fâcheux des moines locaux. Vaiçâlï fut aussi le lieu de naissance et la citadelle du Jaïnisme 2.

Plus loin les Videhas, capitale Mithilâ, qui rappelle Rârna, fils de Daçaratha roi d'Oude, et Sïtâ, fille de Janaka, « le grand Daçarathide et la Mithiléenne » (Leconte de Lisle) ; plus loin les Mallas, clan divisé en deux branches, Mallas de Pâpâ-Pa~vâ(Przyluski, Funérailles, p. 53) où le Bouddha retomba malade et où mourut son rival le Jina; Mallas de Kusinâra 3, où le Bouddha entra dans le Nirvana : « ainsi qu'une flamme s'éteint, ainsi fut délivrée sa pensée ». Dans la même région d'autres clans rajpoutes, souvent en discorde, mais ayant parfois le sentiment d'un commun danger du côté du Magadha : la plupart formaient avec les Licchavis et les Videhas la confédération, dite des Vajjiens, que Faiseur-de-pluie réussit à dissoudre.

1. Actuellement Besar dans le district de Muzaffarpur, Geiger, Mahavamsa, p. 19; BEFEO, 1913, VII, 17; Rhys Davids, Dialogues, II, p. 80.

2. Przyluski, Funérailles du Bouddha, p. 55; Jacobi, JainaSutras. I, p. X.

3. D'après Wilson, Cunningham et Oldenberg {Buddhai, p. 225), la moderne Kasia dans le district de Gorakhpur; nié par Vincent Smith, Vogel, Hoei, qui placent Kusinâra plus au nord (entre 84-85 ouest et 27-28 nord, à l'est de la Gandhak vers le Nopal). Voir aussi Franke, Digha, p. 224, n. 3; JRAS. 1907, 365, 993; 1913, 151.

5. Les Vamsas (Vatsas) sont un peu en dehors du champ de rayonnement de la jeune communauté. La capitale, Kauçàmbï — Kosambi, — probablement Kôsam sur la Yamunâ l — eut cependant de bonne heure des moines résidents qui y disposaient de quatre « jardins ». Elle fut honorée de la visite du Bouddha. — Nos sources mentionnent un roi Paramtapa ; son fils Udayana-Udena, contemporain du Bouddha, un des sept « nés en même temps que Lui », très célèbre dans le folk-lore 2, non moins célèbre dans la légende hagiographique par la torture qu'il fit subir au moine Pindola, ascète entre les ascètes, patient entre les héros de patience, dévoré par les fourmis; son petit-fils Bodhikumâra, de nom très bouddhique.

6. Le royaume d'Avanti — Ujjayini-Ujjeni-Ozênê- Odjein — centre important de la civilisation indienne à toutes les époques, étape de la route de la Yamunâ- Gange vers Surate et les ports de l'Océan.

Le Bouddhisme ne tarda pas à s'y implanter. Toutefois nous avons des textes contemporains d'une époque où il n'y était pas encore florissant: 1. Sona, natif de ce pays, dut attendre trois ans pour que dix moines — les dix moines nécessaires à une ordination — s'y trouvassent réunis (Oldenberg *, p. 164); 2. dans Mahàvagga, VI, 13, 11, le Bouddha déclare: « Dans le pays du sud et dans l'Àvanti les moines sont peu nombreux ; je permets que, dans les pays de frontière, cinq moines procèdent à l'ordination (comparer Abhidharmakoça, iv. 26) ; 3. d'autres détails montrent que le pays d'Avanti bénéficiait d'indulgences : « Dans ce pays on se baigne beaucoup ; le sol est noir et dur ; je per-

1. Question discutée, Watters, Riuan-tsang, I, 366-371; Rapson, p. 524; Jackson, Priyadarçikà, 1923, p. lxxvi.

2. L'histoire de ses trois femmes, Divyavadana, 515-544 ; comm. du Dhammapada, 1, 161-230.

FAITS HISTORIQUES OU SEMI-HISTORIQUES 233 mets l'usage constant des bains, l'usage des souliers. » — Cependant plusieurs des disciples du Bouddha, dont Mahâkaccâyana, sont originaires d'Avanti.

Avanti où régnait Pajjota, fut en conflit avec le Magadha; le roi des Çûrasenas (capitale Mathura), Su» bâhu (?), était le fils d'une princesse d'Avanti.

Les sources bouddhiques ont des listes stéréotypées où figurent d'autres états: le Kalinga, c'est-à-dire l'Orissa, capitale Dantapara « ville de la dent », le Sauvïra, le Gandhâra : nous n'avons là que des noms. C'est à Sâvatthi, Râjagaha, Campa, Sâketa, Kosambi, Bénarès « que beaucoup de kshatriyas, brahmanes et bourgeois croient à Bhagavat » (Oldenberg, Bouddha 6, p. 161).

g 4# — Purânas.

1. Nos renseignements sur l'Inde orientale (Koçala- Videha-Magadha) vers l'époque du Bouddha montrent que ce pays avait déjà une longue histoire, non seulement cette histoire idéologique qui peut s'élaborer dans des hermitages et parmi des moines errants, mais une histoire politique et économique. Moins explicites que les sources bouddhiques mais beaucoup plus anciens, les Brâhmanas témoignent aussi d'une civilisation matérielle avancée. Aux temps grecs, l'empire Maurya suppose une organisation savante. — Faut-il nous résigner à tout ignorer, hormis l'histoire trop souvent décevante des idées et des rites, des siècles qui s'écoulèrent entre l'invasion aryenne et le Bouddha ? En sommes-nous réduits à enregistrer les rares allusions aux choses terrestres que contient la vieille littérature brahmanique et à étayer de linguistique et d'ethnographie des conjectures

plus ou moins ingénieuses sur le progrès des idiomes et des rois aryens?

Un savant dont l'esprit de travail et le désintéressement méritent l'estime, M. F. Pargiter, eroit pouvoir remplir tous ces siècles de dynasties, de royaumes, d'épisodes militaires et religieux l. Disons tout de suite que ses tentatives répétées, concordantes et de plus en plus ambitieuses, nous paraissent tout à fait manquées en ce qui concerve les tables chronologiques auxquelles elles aboutissent : c'est cependant un mérite d'avoir établi le bilan des témoignages d'ordre « historique » des Epopées et des Purânas. Et l'idée qui le guide est juste, — c'est une idée qui appartient à Burnouf et à Barth, — il faut utiliser ce fouillis.

A côté de la tradition sacerdotale a existé une tradition militaire et laïque. La première eut pour gardiens des brahmanes consacrés au culte ; la seconde, sans doute des brahmanes « mondains » et surtout des bardes, les Sûtas, les aurigae des rois, roitelets et marquis, attachés aux cours royales et féodales en qualité de compagnons militaires du prince, de hérauts, de généalogistes. Burnouf, dans la préface de la traduction du Bhâgavata, a heureusement caractérisé ces ancêtres de la littérature profane : l'honneur leur revient d'avoir conservé et stylisé les légendes et récits épiques qui fournirent les éléments des grands ouvrages sanscritisés par les brahmanes, les épopées — l'histoire de Rama (Râmâyana), l'histoire de la grande guerre entre Kauravas et Pândavas (Mahâbhârata). De la tradition des Sûtas dérivent

4. Un grand nombre d'articles et d'ouvrages dont je n'ai pas vu le dernier: Ancïent Indian Historical Tradition (1923); voir notamment JRAS. 1908, 309, 603, 831; 1910, 1; 1912, 255 et 1046; 1913, 885, 1076 ; 1915, 333. — Rapson dans la Cambridge History, chapitre xin.

aussi certains chapitres des Purânas * : livres de basse époque, quoique plus anciens que nous ne le pensions jadis, et qui contiennent des listes royales qui ne sont pas absolument fictives. Le préjugé est trop répandu que l'Inde n'a pas le goût et le sentiment de l'histoire : nul pays n'a plus d'inscriptions, de monuments commémoratifs des faits publics et privés, d'archives. Et il est admirable combien souvent des découvertes archéologiques ont confirmé les fragments de tradition orale qui nous sont parvenues à travers tant de remaniements 2. — Mais nous nous occupons ici de temps très anciens.

Les listes royales, de l'origine des temps jusqu'à la guerre du Mahâbhârata et de la guerre du Mahâbhârata aux souverains nommés dans les sources bouddhiques, se prêtent mal à l'exploitation indiscriminante à laquelle on prétend les soumettre. Les matériaux, en partie, sont bons : de même que les premiers plans d'un panorama ou des grottes de Touen-houang sont en relief et les derniers en trompel'œil, de même les noms les plus récents des généalogies pouraniques sont de vrais noms ; mais, à certaine distance, les noms deviennent suspects : demi-historiques, légendaires, littéraires et purement fictifs, franchement mythiques. 11 est difficile et délicat de tracer la limite. Quant à l'arrangement des matériaux « historiques », il en va des Purânas comme des ouvrages historiques du moyen âge : cet arrangement est déplorable. La Vamçâvali du

1. Sur la tradition épique et purânique Burnouf, Bhagavata ; Barth II, 107, III, 119, IV, 384 397; Winternitz, I. 440-483; Pargiter, art. Purâna dans Haslings, X, 447-455 (très bon).

2. Sur le genre historique dans l'Inde, Alberuni, II, 10 ; le Père Pons, III, 42 {Lettres édifiantes, Mémoires des Indes, 1819) ; le P. Coeurdoux, Ac. des I et B. L , 49. p. 649 ; — Oldenberg, Aus alten Indien 1910, p. (15-107 Geschichtschreibung in alten Indien ; Fleet, Epigraphy dans Indian Empire; Baines, Ethnograpliy, § 54.

Népal met en œuvre des rois réels et des événements arrivés, mais elle se trompe de mille ans sur un espace de huit siècles. Partout où les Purânas peuvent être contrôlés par les inscriptions, c'est peu de dire qu'ils nous trompent : ils sont radicalement fantaisistes.

2. Les généalogies des Purânas commencent avec Manu, fils du soleil, le premier homme, ancêtre de tous les rois. La dynastie la plus complète ou la mieux fournie, celle qu'on nomme « solaire » ou d'Ikshvâku, fils de Manu, compte 93 règnes et générations jusqu'à la guerre du Mahâbhârata qui, d'après une opinion, inaugure l'âge de fer (Kaliyuga) i le 28 février 3102 avant notre ère à six heures du matin. Râma, roi d'Oude ou de Koçala, porte le numéro 65. — La dynastie lunaire, à laquelle se rattachent les héros du Mahâbhârata et qui, par ses quatre branches, domine dans la haute vallée du Gange, est notablement moins nombreuse en générations. Mais la ligne des rois Yâdavas, issue de Yadu septième descendant de Manu et qui se termine avec Krishna, porte 75 noms. Les rois de Videha sont à peine moins nombreux. Dans l'ensemble six cents noms qui représentent les souverains d'une dizaine d'états.

1. Sur l'ère du Kaliyuga, les quatre yugas et l'époque astronomique des Indiens, Barth, III, 92 ; Fleet, JRAS. 1911, 479,675, 1166.— Cette ère est aussi nommée ère de Yudhisthira (3102-58); elle est suivie par l'ère de Vikrama (58 av. J.-G. — 78 ap. J.-G.), suivie elle-même par l'ère Çaka ou de Çâlivahana. On établit différemment la synchronisme de l'ère kali et de la guerre du Mahâbhârata : pour les Purânas, cette ère commence à la mort de Krishna; pour d'autres sources, à l'abdication de Yudhishthira, peu après la guerre; pour l'astronome Varâhamihira, la guerre a lieu en 653 kali. Cette guerre, n'en déplaise à M. Pargiter, qui l'a beaucoup étudiée et en tire beaucoup de renseignements de toutes sortes (JRAS. 1911, 684, etc), est, au mieux, historique à la manière de la guerre de Troie.

Pour les temps postérieurs à la guerre, les Purânas ne donnent plus, dans le détail, que trois dynasties : la lunaire, la solaire et celle de Magadha. On ne peut douter que les derniers souverains nommés ne soient historiques.

1. La dynastie lunaire — capitales Hastinâpura (district de Meerut), Indraprastha (Indarpat près de de Dehli), Kauçâmbi — compte 29 rois. Elle se termine avec Kshemaka quatrième successeur d'un Udayana qu'il convient d'identifier avec PUdena contemporain du Bouddha et roi de Kauçïïmbi.

2. La dynastie solaire — race d'Ikshvâku, Koçala, capitale Oude — se termine avec Sumitra, quatrième successeur de Prasenajit.

3. La première dynastie de Magadha est un rameau de la famille lunaire, étant issue de Kuru, trentième roi de cette maison. Elle porte le nom de Brhadratha « Grand Char », septième successeur de Kuru ; elle prit fin avec Ripumjaya « Vainqueur des ennemis », son vingt-et-unième représentant depuis la guerre, depuis Somadhi qui construisit la citadelle de Girivraja.

La seconde dynastie porte le nom de Çiçunâga, son premier chef; viennent ensuite Kâkavarna, Kshemadharman, Kshatraujas. Bimbisara contemporain du Bouddha. Après Bimbisara des rois de sang pur jusque Nandivardhana et deux générations de rois « çùdras » '. Alors Gandragupta (Rapson, 470).

1. A se reporter ci-dessous, p. 243, on verra que la liste des Purânas est contredite par les souvenirs bouddhiques. Remarquer en outre qu'elle place entre la maison de Brhadratha et celle de Çiçunâga des princes que nous regardons comme des rois d'Àvanti (Pradyota, etc) et que les sources bouddhiques donnent comme contemporains des rois Çiçunâga ; que, entre les Çiçunâga et les rois « Çudra » de Magadha, elle donne un sommaire relatif à une dizaine d'états : noms des états, nombre des règnes : Kurus, 19, 26, 30, 36 ou 50 règnes suivant le Purana que l'on consulte; Pancâlas, 25 ou 27; Çïïrasenas, 23, etc.

On a : « Nandivardhana (42 ans de règne), Mahânandin (43 ans), Mahâpadrna et ses huit fils (100 ans de règne) »; ou bien : « neuf Nandas (22 ans) », ou bien : « Nanda et son fils Mahâpadrna ». Quoi qu'il en soit, les Nandas ont laissé un nom dans l'histoire légendaire, dans la littérature, dans l'épigraphie (voir p. 241, n. 2; sans doute ont-ils agrandi le royaume de Magadha, Rapson, 315). Sortie d'un fils légitimé du dernier Çiçunâga, la maison « çûdra » des « neuf Nandas » ou des « nouveaux Nandas » (navananclas) , fut renversée par Gandragupta, qui, lui aussi, était issu des anciens Nandas (Nandivardhana). — Phegelis ou Phegeus (Bhagala ?), roi des bords de l'Hyphase (Béas), parla à Alexandre des Prasii et des Gangaridae, et du roi Agrammes-Xandrames, de basse extraction, fils d'un barbier, assassin de son prédécesseur : « dans ce personnage, nous dit-on, on reconnait aisément Dhanananda ». De même on corrige le texte relatif à Sandraeoltos-Candragupta « qui sua procacitate Alexandrum offendisset » : lisez Alexanclrum == Nandruni — Nandum (Rapson, 372, 468).

§ 5. — Date du Bouddha *.

Les savants semblent être aujourd'hui d'accord pour placer le Nirvana vers 483 avant notre ère. Il est intéressant d'examiner comment ils déterminent cette date, et si nous pouvons la considérer comme à peu près exacte.

Voici, en deux mots, la question qui se pose : les moines de Ceylan ont gardé le souvenir exact de la date

1. Un exposé très clair du problème par Max Mailler, préface de la traduction du Dhammapada, SBE. vol. X, 1898, p. 43-53.

FAITS HISTORIQUES OU SEMI-HISTORIQUES 239 d'Açoka et ils placent le sacre d'Açoka en 218 du Nirvana. Faut-il ou ne faut-il pas les croire sur ce point? D'ailleurs aucune garantie n'entoure ce chiffre 218. Il est douteux, plus que douteux, qu' Açoka ait daté un de ses édits de 256 Nirvana ; mais je crois bien qu'il se vante d'avoir rétabli les bonnes relations entre dieux et hommes interrompues depuis plusieurs siècles (voir la note Aho dhamma, Ac. de Bruxelles, 1922) : d'où je suis tenté de supposer qu'il considérait comme préhistoriques la prédication du Bouddha et les temps « apostoliques ». Je ne cède pas à cette tentation. — Tout compte fait, 483 (= 218 avant la date du sacre que nous connaissons approximativement) est seulement recommandé par la tradition singhalaise qui, d'ailleurs, n'est pas sans poids.

1. L'ancienne communauté bouddhique a gardé le souvenir d'un conflit disciplinaire qui fut réglé au concile de Vaiçâli, 100 ans après le Nirvana d'après l'école de langue pâlie (Vibhajjavadin représentant les Theras ou « école des Anciens »), HO ans, d'après les Sarvâsti vâdins, école sanscrite ». — Aucune mention du roi sous lequel se serait tenu ce concile, du moins dans les textes canoniques : plus tard, rapprochant ces dates 100 et 110 et les listes dynastiques, les moines de Ceylan ont placé le concile sous le roi Kâlâsoka, « Açoka le noir », et plusieurs écoles du Nord sous le roi Açoka qui, d'après certains documents, régnait en 100 du Nirvïïna. — Pour les événements postérieurs aux conciles, il n'y a plus accord entre les textes palis et

sanscrits.

Le Canon (Gullavagga, Vinayapitaka), après avoir

1 Voir Kern, Manual, p. 103-109; Wassilieff, dans la trad. de Taranatha, p. 291, 298. - Sur les conciles, voir notre article Buddkist Connais dans Hastings, IV, p. 179-185 et Przyluski, Légende de l'empereur Açoka, p. 19 et passim.

raconté le premier concile, dit simplement : « A cette époque, le Bienheureux étant entré dans le Nirvana depuis cent ans (vassasata parinibbutë), les moines de Vesâlï... » Oldenberg remarque avec raison que nous avons ici un chiffre rond. La tradition sanscrite met le concile de Vaiçâli 110 ans après le Nirvana : souvenir qui paraît précis.

2. Les chroniques singhalaises fournissent la généalogie des rois de Magadha et de Ceylan depuis l'époque du Bouddha avec la durée des règnes et la succession des patriarches; elles donnent une chronologie continue jusqu'à nos jours (Le Cullavamsa se termine en 1798 par ces mots pathétiques : « Les gens qui s'appellent Ingirisi mirent la main sur tout le royaume ».) — Un calcul très simple montre que le Nirvana eut lieu en 543 (date rectifiée : milieu de 544), et que le sacre d'Açoka est de 325 : d'après la tradition singhalaise 218 années s'écoulèrent entre le Nirvana et le sacre d'Açoka.

Mais il est certain qu'Açoka, — fils de Bindusâra, le Nandasâra ou Bhadrasâra des Purânas que les Grecs connurent sous le titre de « tueur de ses ennemis » (Amitraghâta = Amitrochates) — et petit fils de Candragupta — Sandrocottos, — fut consacré au plus tard en 270.

Les ennemis de la tradition singhalaise disaient: « Cette tradition erre de 70 ans sur la date d'Açoka, fondateur du Bouddhisme à Ceylan. Quelle garantie présente-t-elle pour la période pré-açokienne ?» — L'argument, ainsi présenté, ne vaut plus. Vickremasinghe a constaté que l'erreur sur la date d'Açoka est relativement moderne. En 1153, Ceylan comptait à partir du Nirvana fixé en 543 avant notre ère; mais, jusqu'au commencement du xie siècle, Ceylan plaçait le Nirvana en 486 : certaine invasion que nous savons

par d'autres sources avoir eu lieu en 1011-1012 de notre ère, est datée, dans le Cullavamsa, de l'année 1497- 1498 du Nirvana1. — Cette constatation est du plus haut intérêt : au xie siècle la tradition monastique conservait la date exacte, ou sensiblement exacte, du sacre d'Açoka — mais, visiblement, la question reste entière si le chiffre 218, période Nirvâna-Açoka, mérite confiance.

Lassen considère le chiffre 543 comme bon 2, et admet une erreur de 60-70 ans dans le calcul de la période Nirvâna-Açoka. Mais Max Millier conserve le chiffre 218 et ramène le Nirvana en 477, de même Buhler (477), Gopala Aiyer (487), Winternitz (circa 480). — Une autre école tient compte d'une tradition du Bouddhisme sanscrit qui place Açoka un siècle environ après le Bouddha : Westergaard met le Nirvana en 368-370, Kern en 388. — Le flottement 368-388 d'une part, 477-487 d'autre part, tient à l'incertitude où l'on reste encore, malgré l'étude soucieuse des édits d'Açoka, sur la date du sacre. Pour la période Nirvâna-sacre d'Açoka les savants admettent le chiffre 218 ou bien le chiffre 100.

3. On a cru qu'une des inscriptions d'Açoka indiquait la date du Nirvana et confirmait la tradition de Ceylan. Mais le texte présente de grandes difficultés ; l'opinion la plus récente est que le chiffre 256 qui y figure ne se rapporte ni aux années écoulées depuis le moment où Çâkyamuni quitta la maison paternelle, ni aux an-

1 Epigraphia Zeylanica, I, p. 155 apud Geiger, Mahavamsa,

p. XXVIII.

2. La date 543 a été défendue par V. A. Smith, JRAS. 1918, p. 543, qui tire parti de l'inscription du roi Kharavela, 165 Maurya, (= 170 av. J.-G. environ), laquelle parle d'un canal creusé 300 ans plus tôt par un Nandaraja (qui serait Nandivardhana séparé par 2 règnes de Gandragupta). Avec Nandivardhana en 470 et la durée orthodoxe des règnes de ses prédécesseurs on aurait Ajataçatru en 554 et le Nirvana en 543. — Mais voir Rapson, p. 314.

nées du Nirvana, ni aux missionnaires envoyés par Açoka en pays étranger, ni aux syllabes de l'édit — toutes ces hypothèses ont été essayées et quelques autres — mais aux nuits que le roi a passées hors de chez lui au cours d'une pérégrination dévote. Je ne pense pas que le problème soit résolu1.

4. Le désaccord est moins grand qu'on le croit généralement entre les listes des rois de Magadha fournies par les sources singhalaises et par les sanscrites. Celles-ci, pense Geiger (1912), omettent Gandragupta : grosse omission et faite pour disqualifier la tradition des Sarvâstivïïdins. Mais un texte publié par S. Lévi (1907) montre que le nom du grand père d'Açoka est bien connu de cette tradition 2. Une source tibétaine associe Mahâpadma à Nanda, et établit l'accord entre la tradition bouddhique et les Purânas3. — On aura, en modifiant sur ces deux points l'excellent tableau de Geiger, deux listes, singhalaise et sanscrite, pareilles pour les premiers et les derniers rois, divergeantes pour quatre ou cinq noms : des deux cotés, sept ou huit règnes entre Ajâtaçatru et Candragupta. Il y a de quoi remplir la période de 140 ans environ que les chroniques singhalaises placent entre la fin d'Ajâtaçatru (d'après les chroniques singhalaises 2i ou 32 du Nirvana) et l'avènement de Candragupta (315 av. J.-C., 173 du Nirvana).

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