Rogkhill, Life of Buddha, p
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tion de langue sanscrite qui place Açoka un siècle après le Bouddha. C'est sur cette donnée qu'ont bâti Westergaard et Kern, qui placent le Nirvana en 368-370, en 388 (divergences dues au désaccord sur la date du sacre d'Açoka). — Les bouddhistes du Nord ne connaissant pas le grand concile scripturaire que les bouddhistes de Ceylan placent sous Açoka, on pouvait croire que ceux-ci avaient dédoublé Açoka en « Açoka le Noir » et « Açoka le Juste » (dharmâçoka). Inversement, les avocats de la tradition de Ceylan accusaient les bouddhistes du Nord d'avoir confondu les deux Açokas.
Mais le chiffre de 100 paraît décidément trop petit pour notre liste royale. D'autre part les Purânas ont : . . . Çiçunaga — Kâkavarna... en face des Chroniques singhalaises :... Susunâga — Kâlâsoka; donc Kâkavarnin de la liste bouddhique sanscrite a des chances d'être Kâlâsoka.
Enfin, et surtout, les sources sanscrites sont confuses et contradictoires. 1. L'Açokâvadâna (Divya, p. 368) porte que : « Le Bouddha étant entré dans le Nirvana depuis cent ans, le roi Açoka régnera à Pâtaliputra (Patna)... ». Plusieurs autres sources, le Sage et le Fou (Nanjio, 1322), le Goçringavyâkarana, l'Avadânaçataka, le traité de grand Véhicule Nanjio 1169, confirment cette assertion. — 2. L'Açokâvadâna, le Vinaya tibétain, le Vinaya Sarvâstivadin chinois, qu'on est porté à considérer comme la source ou l'autorité des textes ci-dessus (1), placent le patriarche Upagupta en 100 du Nirvana; l'Açokâvadâna nous apprend qu'Upagupta dirigea les pèlerinages d'Açoka et le présenta à Yaças, le merveilleux vieillard qui avait vu le Bouddha. — Mais il est visibleque les rédacteurs n'ont aucun souci chronologique, superposent les prédictions du Bouddha sur les patriarches qui viendront 100 ans après lui. Il n'y a rien à tirer de cette prétendue date.
On peut d'ailleurs deviner comment elle s'est accréditée. L'ère Maurya,, fondée par Candragupta, commence en 322 av. J.-G; on peut admettre qu'elle est restée en usage et s'est prolongée, avec une modification dans le comput des siècles, en ère Çaka (lre année Çaka = 78 de notre ère = 400 Maurya) — Açoka règne de 263 à 224, c'est-à-dire Maurya 59-98. Nous avons des inscriptions de 318 (statue du Bouddha) et de [40]3, [40]8, etc. (Kanishka et ses successeurs) qu'il faut calculer en Maurya. — Suivant toute vraisemblance, les bouddhistes crurent que l'ère dont ils se servaient comme tout le monde était Fère du Nirvana. C'est ainsi que les Sarvâstivâdins placent Kanishka en 400 et Açoka en 100 du Bouddha *.
La tradition des Sammitiyas place sous Narida et Mahâpadma, à Patna, un concile où on discuta la doctrine de l'Arhat ou saint. Ce concile aurait eu lieu en 137 du Nirvana. Il faut quelques années entre Mahâpadma et Candragupta (315 av. J.-C.) On aurait donc, pour le Nirvana, une date antérieure à 452 2.
6. Les sources singhalaises, d'une part affirment que 218 ans séparent le Nirvana et le sacre d'Açoka, d'autre part remplissent cet intervalle avec des patriarches et des rois.
1. D'après Foucher, Gandhara, IIJ510. — S. Lévt, JRAS. 1914, p. 1016.
2. M. F. W. Thomas a relevé dans la prophétie sur le Li yul ou Khotati des indications curieuses (Gordier, Catalogue, p. 433; Rogkhill, Life, p. 233). Le texte, certainement tardif, rattache à Açoka les origines bouddhiques de ce canton tibétain, et donne une table chronologique qui cadre avec les données qui précèdent :
« Ajâtaçatru régna 32 ans, 5 ans avant et 27 après le Nirvana; entre ce roi et Açoka, 10 générations de rois. Açoka, après 30 ans de règne a un fils nommé Kustana qui, à 12 ans, est adopté (?) par le roi de Chine et à 19 ans fonde le pays nommé d'après son propre nom, Kustana ou Khotan. Du Nirvana au règne de Kustana, il y a 234 ans. » — On a : la 49° année de règne d'Açoka =r 234 du Nirvïîna; Açoka fut couronné dans la 4e ou 5° année de son règne, donc en 234 moins 44, c'est-à-dire 190 du Nirvana, qui est ainsi nxé vers 460.
Il n'est pas absurde d'attacher quelque importance au chiffre 218; mais il faut reconnaître que ce chiffre est médiocrement soutenu par le comput des règnes et des patriarcats.
(a) Upâli avait 44 ans d'ordination au Nirvana et vécut encore 30 ans. (Ceci le fait mourir à 94 ans).
Dasaka, qui dirigea l'Eglise après Upâli, fut ordonné par Upâli 16 ans après le Nirvana ; il survécut 50 ans à Upâli. (Donc il nait 4 ans avant le Nirvana et meurt à 84 ans en 80 du Nirvana).
Et de même jusqu'à Tissa Moggaliputta qui meurt 26 ans après le sacre d'Açoka.
Malheureusement les chiffres ne sont pas constants dans la chronique; nous devons faire un choix et des rectifications pour obtenir le total de 218. L'âge de quelques-uns de ces patriarches (Tissa meurt à 106 ans) parait peu vraisemblable. Les sectes du « Nord » ont d'autres patriarches. En résumé, la valeur de nos listes est très faible (Kern ; Przyluski, Empereur Açoka, p. 44).
(b) Les souvenirs relatifs aux rois ne présentent aucune garantie. Un détail curieux est que, à l'imitation d'Ajâtaçatru, tous les rois de cette dynastie tragique assassinèrent leurs pères. Alors les citoyens furent fâchés et dirent: « Ce sont des parricides »; ils bannirent Nagadasaka et prirent comme roi Susunaga qui régna 18 ans. Son fils, Açoka le noir, régna 28 ans. La dixième année d'Açoka le noir, 100 ans s'étaient écoulés depuis le Nirvana. Alors les moines de Vaiçâli pratiquèrent dix pratiques irrégulières. — Suit le concile.
7. Le créateur, ou plutôt le réformateur de la confrérie des Jaïnas, Mahâvïra, est bien connu de la tradition bouddhique qui le nomme le Niggantha Nataputta, et le considère comme un contemporain du
Bouddha, comme le chef des ascètes « sans liens » (nir grantha) , rivaux des moines bouddhistes.
Les traditions relatives à la date de Mahâvïra ne sont pas sans importance pour fixer celle du Bouddha. Nous ne pouvons mieux faire que de traduire ici ce que dit M. J. Charpentier sur cette question1, sans toutetefois partager aucune de ses certitudes.
a Les Jains ont, sur Mahâvïra leur fondateur et les pontifes qui lui ont succédé, des tables chronologiques dont la rédaction a pu commencer à une date relativement primitive. Mais il est avéré que, à l'époque où ces listes prirent l'aspect qu'elles ont aujourd'hui, la date réelle de Mahâvïra était oubliée ou, du moins, était douteuse — La date traditionnelle de la mort de Mahâvïra, sur laquelle les Jains établissent leurs calculs chronologiques, correspond à l'année 470 avant l'ère Vikrama, (à l'année 452 d'après la secte des Digambaras), soit à 528 (510) avant notre ère. Le comput est surtout basé sur la liste des rois et des dynasties, liste complètement dépourvue de valeur, car elle mêle les souverains d'Oudjein, de Magadha, etc. En outre, la tradition bouddhique affirme que Mahâvïra a prêché en même temps que le Bouddha : celui-ci, de l'accord unanime des savants, mourut dans les environs de 480 ; on nous dit qu'il mourut à 80 ans et ne commença pas à prêcher avant 36, à une date où Mahâvïra, d'après le comput traditionnel des Jains, était déjà mort. Ajoutez que Mahâvïra et le Bouddha furent contemporains d'un roi de Magadha — que les Jains appellent Kunika et les bouddhistes, Ajâtaçatru — et dont le règne commença 8 ans avant la mort du Bouddha : si Mahâvïra mourut en 528, il ne fut pas le contemporain de ce roi. — Par conséquent, rejetons la date de 528 et adoptons celle que M. Jacobi a dès longtemps recommandé sur l'autorité de l'écrivain jain Hemacandra (mort en 1172), à savoir la date de 468 : les listes chronologiques jainas pla-
1. Dans Rapson, p. 155; Jacoih, Préface du Pariçisktaparvan (Calcutta, 1891), Kalpasutra, p. 8; Hastings, VII, 467; Charpentier, Ind. Antiquary, 1914, 118, 125, 167.
cent l'avènement de Candragupta en 255 avant l'ère Vikrama, soit en 313 et Hemacandra affirme que, à ce moment, 155 ans s'étaient écoulés depuis la mort de Mahàvira »*.
Pour ne pas être très incomplet, il faudrait examiner ici de nombreuses traditions relatives à la date du Nirvana, traditions curieuses à plus d'un titre, mais qui n'apportent aucune donnée pour la solution du problème 2.
1. M. J. Charpentier observe que, d'après des sources bouddhiques, le Bouddha survécut à Mahâvïra. « Mais, ajoute-t-il, cette assertion est contredite par d'autres affirmations contemporaines, et ne fait pas réellement obstacle à la date. * — Je ne sais quelles sont ces affirmations contemporaines; mais les sources bouddhiques disent des disciples de Pïïrana Kassapa, divisés après la mort de leur maître, ce qu'elles disent des disciples de Mahâvïra : la division des sectes rivales, après la mort de leur chef, est un lieu commun exploité pour vanter la concorde bouddhique.